Project Gutenberg's Psychopathia Sexualis, by Richard von Krafft-Ebing

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Title: Psychopathia Sexualis
       avec recherches spciales sur l'inversion sexuelle

Author: Richard von Krafft-Ebing

Translator: Emile Laurent
            Sigismond Csapo

Release Date: March 6, 2008 [EBook #24766]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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TUDE MDICO-LGALE

PSYCHOPATHIA SEXUALIS AVEC RECHERCHES SPCIALES SUR L'INVERSION
SEXUELLE

PAR

LE DR R. VON KRAFFT-EBING PROFESSEUR DE PSYCHIATRIE ET DE
NEUROPATHOLOGIE  L'UNIVERSIT DE VIENNE

TRADUIT SUR LA HUITIME DITION ALLEMANDE PAR MILE LAURENT ET
SIGISMOND CSAPO


PARIS GEORGES CARR, DITEUR 3, RUE RACINE, 3


1895




PRFACE

Peu de personnes se rendent un compte exact de la puissante influence
que la vie sexuelle exerce sur les sentiments, les penses et les
actes de la vie intellectuelle et sociale.

Schiller, dans sa posie: _Les Sages_, reconnat ce fait et dit:
Pendant que la philosophie soutient l'difice du monde, la faim et
l'amour en forment les rouages.

Il est cependant bien surprenant que les philosophes n'aient prt
qu'une attention toute secondaire  la vie sexuelle.

Schopenhauer, dans son ouvrage: _Le monde comme volont et
imagination_[1], trouve trs trange ce fait que l'amour n'ait
servi jusqu'ici de thme qu'aux potes et ait t ddaign par les
philosophes, si l'on excepte toutefois quelques tudes superficielles
de Platon, Rousseau et Kant.

[Note 1: T. II, p. 586 et suiv.]

Ce que Schopenhauer et, aprs lui, Hartmann, le philosophe de
l'_Inconscient_, disent de l'amour, est tellement erron, les
conclusions qu'ils tirent sont si peu srieuses que, en faisant
abstraction des ouvrages de Michelet[2] et de Mantegazza[3], qui sont
des causeries spirituelles plutt que des recherches scientifiques, on
peut considrer la psychologie exprimentale et la mtaphysique de la
vie sexuelle comme un terrain qui n'a pas encore t explor par la
science.

[Note 2: _L'Amour._]

[Note 3: _Physiologie de l'amour._]

Pour le moment, on pourrait admettre que les potes sont meilleurs
psychologues que les philosophes et les psychologues de mtier; mais
ils sont gens de sentiment et non pas de raisonnement; du moins, on
pourrait leur reprocher de ne voir qu'un ct de leur objet.  force
de ne contempler que la lumire et les chauds rayons de l'objet dont
ils se nourrissent, ils ne distinguent plus les parties ombres.
Les productions de l'art potique de tous les pays et de toutes les
poques peuvent fournir une matire inpuisable  qui voudrait crire
une monographie de la psychologie de l'amour, mais le grand problme
ne saurait tre rsolu qu' l'aide des sciences naturelles et
particulirement de la mdecine qui tudie la question psychologique 
sa source anatomique et physiologique et l'envisage  tous les points
de vue.

Peut-tre la science exacte russira-t-elle  trouver le terme moyen
entre la conception dsesprante des philosophes tels que Schopenhauer
et Hartmann[4] et la conception nave et sereine des potes.

[Note 4: Voici l'opinion philosophique de Hartmann sur l'amour:
L'amour, dit-il dans son volume _La Philosophie de l'Inconscient_
(Berlin, 1869, p. 583), nous cause plus de douleurs que de plaisirs.
La jouissance n'en est qu'illusoire. La raison nous ordonnerait
d'viter l'amour, si nous n'tions pas pousss par notre fatal
instinct sexuel. Le meilleur parti  prendre serait donc de se faire
chtrer. La mme opinion, moins la conclusion, se trouve aussi
exprime dans l'ouvrage de Schopenhauer: _Le Monde comme Volont et
Imagination_, t. II, p. 586.]

L'auteur n'a nullement l'intention d'apporter des matriaux pour
lever l'difice d'une psychologie de la vie sexuelle, bien que la
psycho-pathologie puisse  la vrit tre une source de renseignements
importants pour la psychologie.

Le but de ce trait est de faire connatre les symptmes
psycho-pathologiques de la vie sexuelle, de les ramener  leur origine
et de dduire les lois de leur dveloppement et de leurs causes. Cette
tche est bien difficile et, malgr ma longue exprience d'aliniste
et de mdecin lgiste, je comprends que je ne pourrai donner qu'un
travail incomplet.

Cette question a une haute importance: elle est d'utilit publique et
intresse particulirement la magistrature. Il est donc ncessaire de
la soumettre  un examen scientifique.

Seul le mdecin lgiste qui a t souvent appel  donner son avis sur
des tres humains dont la vie, la libert et l'honneur taient en jeu,
et qui, dans ces circonstances, a d, avec un vif regret, se rendre
compte de l'insuffisance de nos connaissances pathologiques, pourra
apprcier le mrite et l'importance d'un essai dont le but est
simplement de servir de guide pour les cas incertains.

Chaque fois qu'il s'agit de dlits sexuels, on se trouve en prsence
des opinions les plus errones et l'on prononce des verdicts
dplorables; les lois pnales et l'opinion publique elles-mmes
portent l'empreinte de ces erreurs.

Quand on fait de la psycho-pathologie de la vie sexuelle l'objet d'une
tude scientifique, on se trouve en prsence d'un des cts sombres de
la vie et de la misre humaine; et, dans ces tnbres, l'image divine
cre par l'imagination des potes, se change en un horrible masque. 
cette vue on serait tent de dsesprer de la moralit et de la beaut
de la crature faite  l'image de Dieu.

C'est l le triste privilge de la mdecine et surtout de la
psychiatrie d'tre oblige de ne voir que le revers de la vie: la
faiblesse et la misre humaines.

Dans sa lourde tche elle trouve cependant une consolation: elle
montre que des dispositions maladives ont donn naissance  tous les
faits qui pourraient offenser le sens moral et esthtique; et il y a
l de quoi rassurer les moralistes. De plus, elle sauve l'honneur de
l'humanit devant le jugement de la morale et l'honneur des individus
traduits devant la justice et l'opinion publique. Enfin, en s'adonnant
 ces recherches, elle n'accomplit qu'un devoir: rechercher la vrit,
but suprme de toutes les sciences humaines.

L'auteur se rallie entirement aux paroles de Tardieu (_Des attentats
aux moeurs_): Aucune misre physique ou morale, aucune plaie,
quelque corrompue qu'elle soit, ne doit effrayer celui qui s'est
vou  la science de l'homme, et le ministre sacr du mdecin, en
l'obligeant  tout voir, lui permet aussi de tout dire.

Les pages qui vont suivre, s'adressent aux hommes qui tiennent 
faire des tudes approfondies sur les sciences naturelles ou la
jurisprudence. Afin de ne pas inciter les profanes  la lecture de cet
ouvrage, l'auteur lui a donn un titre comprhensible seulement des
savants, et il a cru devoir se servir autant que possible de termes
techniques. En outre, il a trouv bon de n'exprimer qu'en latin
certains passages qui auraient t trop choquants si on les avait
crits en langue vulgaire.

Puisse cet essai clairer le mdecin et les hommes de loi sur
une fonction importante de la vie. Puisse-t-il trouver un accueil
bienveillant et combler une lacune dans la littrature scientifique
o, sauf quelques articles et quelques discussions casuistiques, on
ne possde jusqu'ici que les ouvrages incomplets de Moreau et de
Tarnowsky.




TUDE MDICO-LGALE

PSYCHOPATHIA SEXUALIS

INVERSION SEXUELLE




I

FRAGMENTS D'UNE PSYCHOLOGIE DE LA VIE SEXUELLE

    L'instinct sexuel comme base des sentiments thiques.--L'amour
    comme passion.--La vie sexuelle aux diverses poques de
    la civilisation.--La pudeur.--Le Christianisme.--La
    monogamie.--La situation de la femme dans l'Islam.--Sensualit
    et moralit.--La vie sexuelle se moralise avec les progrs de
    la civilisation.--Priodes de dcadence morale dans la vie
    des peuples.--Le dveloppement des sentiments sexuels
    chez l'individu.--La pubert.--Sensualit et extase
    religieuse.--Rapports entre la vie sexuelle et la vie
    religieuse.--La sensualit et l'art.--Caractre idaliste
    du premier amour.--Le vritable amour.--La
    sentimentalit.--L'amour platonique.--L'amour et
    l'amiti.--Diffrence entre l'amour de l'homme et celui de
    la femme.--Clibat.--Adultre.--Mariage.--Coquetterie.--Le
    ftichisme physiologique.--Ftichisme religieux et
    rotique.--Les cheveux, les mains, les pieds de la femme
    comme ftiches.--L'oeil, les odeurs, la voix, les caractres
    psychiques comme ftiches.


La perptuit de la race humaine ne dpend ni du hasard ni du
caprice des individus: elle est garantie par un instinct naturel
tout-puissant, qui demande imprieusement  tre satisfait. La
satisfaction de ce besoin naturel ne procure pas seulement une
jouissance des sens et une source de bien-tre physique, mais aussi
une satisfaction plus leve: celle de perptuer notre existence
passagre en lguant nos qualits physiques et intellectuelles  de
nouveaux tres. Avec l'amour physiologique, dans cette pousse de
volupt  assouvir son instinct, l'homme est au mme niveau que la
bte; mais il peut s'lever  un degr o l'instinct naturel ne fait
plus de lui un esclave sans volont, o les passions, malgr leur
origine sensuelle, font natre en lui des sentiments plus levs et
plus nobles, et lui ouvrent un monde de sublime beaut morale.

C'est ainsi qu'il peut se placer au-dessus de l'instinct aveugle et
trouver dans la source inpuisable de ses sens un objet de stimulation
pour un plaisir plus noble, un mobile qui le pousse au travail
srieux et  la lutte pour l'idal. Aussi Maudsley[5] a trs justement
remarqu que le sentiment sexuel est la base du dveloppement
des sentiments sociaux. Si on tait  l'homme l'instinct de la
procration et de tout ce qui en rsulte intellectuellement, on
arracherait de son existence toute posie et peut-tre toute ide
morale.

[Note 5: _Deutsche Klinik_, 1873, 2, 3.]

En tout cas la vie sexuelle est le facteur le plus puissant de
l'existence individuelle et sociale, l'impulsion la plus forte pour
le dploiement des forces, l'acquisition de la proprit, la fondation
d'un foyer, l'inspiration des sentiments altruistes qui se manifestent
d'abord pour une personne de l'autre sexe, ensuite pour les enfants et
qui enfin s'tendent  toute la socit humaine. Ainsi toute l'thique
et peut-tre en grande partie l'esthtique et la religion sont la
rsultante du sens sexuel.

Mais, si la vie sexuelle peut devenir la source des plus grandes
vertus et de l'abngation complte, sa toute-puissance offre aussi
le danger de la faire dgnrer en passion puissante et de donner
naissance aux plus grands vices.

L'amour, en tant que passion dchane, ressemble  un volcan qui
brle tout et consomme tout; c'est un gouffre qui ensevelit l'honneur,
la fortune et la sant.

Au point de vue de la psychologie, il est fort intressant de suivre
toutes les phases du dveloppement que la vie sexuelle a traverses
aux diverses poques de la civilisation jusqu' l'heure actuelle[6]. 
l'tat primitif, la satisfaction des besoins sexuels est la mme pour
l'homme et pour les animaux. L'acte sexuel ne se drobe pas au public;
ni l'homme ni la femme ne se gnent pour aller tout nus[7].

[Note 6: Voy. Lombroso: _L'Homme criminel_.]

[Note 7: Voy. Ploss: _Das Weib._, 1884, p. 196 et suiv.]

On peut constater encore aujourd'hui cet tat primitif chez beaucoup
de peuples sauvages tels que les Australiens, les Polynsiens et les
Malais des Philippines.

La femme est le bien commun des hommes, la proie temporaire du plus
fort, du plus puissant. Celui-ci recherche les plus beaux individus de
l'autre sexe et par l il fait instinctivement une sorte de slection
de la race.

La femme est une proprit mobilire, une marchandise, objet de vente,
d'change, de don, tantt instrument de plaisir, tantt instrument de
travail.

Le relvement moral de la vie sexuelle commence aussitt que la pudeur
entre dans les moeurs, que la manifestation et l'accomplissement
de la sexualit se cachent devant la socit, et qu'il y a plus de
retenue dans les rapports entre les deux sexes. C'est de l qu'est
venue l'habitude de se couvrir les parties gnitales--ils se sont
aperu qu'ils taient nus--et de faire en secret l'acte sexuel.

La marche vers ce degr de civilisation a t favorise par le froid
du climat qui fait natre le besoin de se couvrir le corps. Ce qui
explique en partie ce fait, rsultant des recherches anthropologiques,
que la pudeur s'est manifeste plus tt chez les peuples du Nord que
chez les Mridionaux[8].

[Note 8: Voy. l'ouvrage si intressant et si riche en documents
anthropologiques de Westermark: _The history of human mariage_. Ce
n'est pas, dit Westermark, le sentiment de la pudeur qui a fait
natre l'habitude de se couvrir le corps, mais c'est le vtement qui
a produit le sentiment de la pudeur. L'habitude de se couvrir les
parties gnitales est due au dsir qu'ont les femmes et les hommes de
se rendre mutuellement plus attrayants.]

Un autre rsultat du dveloppement psychique de la vie sexuelle, c'est
que la femme cesse d'tre une proprit mobilire. Elle devient une
personne, et, bien que pendant longtemps encore sa position sociale
soit de beaucoup infrieure  celle de l'homme, l'ide que la femme a
le droit de disposer de sa personne et de ses faveurs, commence  tre
adopte et gagne sans cesse du terrain.

Alors la femme devient l'objet des sollicitations de l'homme. Au
sentiment brutal du besoin sexuel se joignent dj des sentiments
thiques. L'instinct se spiritualise, s'idalise. La communaut
des femmes cesse d'exister. Les individus des deux sexes se
sentent attirs l'un vers l'autre par des qualits physiques et
intellectuelles, et seuls deux individus sympathiques s'accordent
mutuellement leurs faveurs. Arrive  ce degr, la femme sent que ses
charmes ne doivent appartenir qu' l'homme qu'elle aime; elle a
donc tout intrt  les cacher aux autres. Ainsi, avec la pudeur
apparaissent les premiers principes de la chastet et de la fidlit
conjugale, pendant la dure du pacte d'amour.

La femme arrive plus tt  ce niveau social, quand les hommes,
abandonnant la vie nomade, se fixent  un endroit, crent pour la
femme un foyer, une demeure. Alors, nat en mme temps le besoin de
trouver dans l'pouse une compagne pour le mnage, une matresse pour
la maison.

Parmi les peuples d'Orient les anciens gyptiens, les Isralites et
les Grecs, parmi les nations de l'Occident les Germains, ont atteint
dans l'antiquit ce degr de civilisation. Aussi trouve-t-on chez eux
l'apprciation de la virginit, de la chastet, de la pudeur et de la
fidlit conjugale, tandis que chez les autres peuples plus primitifs
on offrait sa compagne  l'hte pour qu'il en jouisse charnellement.

La moralisation de la vie sexuelle indique dj un degr suprieur de
civilisation, car elle s'est produite beaucoup plus tard que beaucoup
d'autres manifestations de notre dveloppement intellectuel. Comme
preuve, nous ne citerons que les Japonais chez qui l'on a l'habitude
de n'pouser une femme qu'aprs qu'elle a vcu pendant des annes dans
les maisons de th qui l-bas jouent le mme rle que les maisons de
prostitution europennes. Chez les Japonais, on ne trouve pas du tout
choquant que les femmes se montrent nues. Toute femme non marie peut
se prostituer sans perdre de sa valeur comme future pouse. Il en
ressort que, chez ce peuple curieux, la femme, dans le mariage,
n'est qu'un instrument de plaisir, de procration et de travail, mais
qu'elle ne reprsente aucune valeur thique.

La moralisation de la vie sexuelle a reu son impulsion la plus
puissante du christianisme, qui a lev la femme au niveau social de
l'homme et qui a transform le pacte d'amour entre l'homme et la femme
en une institution religieuse et morale[9].

[Note 9: Cette opinion, gnralement adopte et soutenue par
beaucoup d'historiens, ne saurait tre accepte qu'avec certaines
restrictions. C'est le Concile de Trente qui a proclam nettement le
caractre symbolique et sacramental du mariage, quoique, bien avant,
l'esprit de la doctrine chrtienne et affranchi et relev la femme
de la position infrieure qu'elle occupait dans l'antiquit et dans
l'Ancien Testament.

Cette tardive rhabilitation de la femme s'explique en partie par les
traditions de la Gense, d'aprs lesquelles la femme, faite de la
cte de l'homme, n'tait qu'une crature secondaire; et par le pch
originel qui lui a attir cette maldiction: Que ta volont soit
soumise  celle de l'homme. Comme le pch originel, dont l'Ancien
Testament rend la femme responsable, constitue le fondement de la
doctrine de l'glise, la position sociale de la femme a d rester
infrieure jusqu'au moment o l'esprit du christianisme l'a emport
sur la tradition et sur la scholastique. Un fait digne de remarque:
les vangiles, sauf la dfense de rpudiation (Math., 18, 9), ne
contiennent aucun passage en faveur de la femme. L'indulgence envers
la femme adultre et la Madeleine repentante ne touche en rien  la
situation sociale de la femme. Par contre, les lettres de saint Paul
insistent pour que rien ne soit chang dans la situation sociale de
la femme. Les femmes, dit-il, doivent tre soumises  leurs maris; la
femme doit craindre l'homme. (ptres aux Corinthiens, 11, 3-12. Aux
phsiens, 5, 22-23)

Des passages de Tertullien nous montrent combien les Pres de l'glise
taient prvenus contre la race d've: Femme, dit Tertullien, tu
devrais aller couverte de guenilles et en deuil; tes yeux devraient
tre remplis de larmes: tu as perdu le genre humain.

Saint Jrme en veut particulirement aux femmes. Il dit entre autres:
La femme est la porte de Satan, le chemin de l'injustice, l'aiguillon
du scorpion (_De cultu feminarum_, t. 1)

Le droit canonique dclare: Seul l'tre masculin est cr selon
l'image de Dieu et non la femme; voil pourquoi la femme doit servir
l'homme et tre sa domestique.

Le Concile provincial de Mcon, runi au VIe sicle, discutait
srieusement la question de savoir si la femme a une me.

Ces opinions de l'glise ont produit leur effet sur les peuples
qui ont embrass le christianisme.  la suite de leur conversion au
christianisme, les Germains ont rduit la taxe de guerre des femmes,
valuation nave de la valeur de la femme. (J. Falke, _Die ritterliche
Gesellschaft_. Berlin, 1863, p. 49.--_Uber die schtzung beider
Geschlechter bei den Juden s. Mosis_, 27, 3-4.)

La polygamie, reconnue lgitime par l'Ancien Testament (Deutronome,
21-15), n'est pas interdite par le Nouveau. En effet, des souverains
chrtiens (des rois mrovingiens, comme Chlotaire 1er, Charibert 1er,
Ppin 1er et beaucoup de Francs nobles) ont t polygames.  cette
poque, l'glise n'y trouvait rien  redire. (Weinhold, _Die deutchen
Frauen im mittelalter_, II, p. 15. Voy. aussi: Unger: _Die Ehe_, et
l'ouvrage de Louis Bridel: _La Femme et le Droit_, Paris, 1884.)]

Ainsi on a admis ce fait que l'amour de l'homme, au fur et  mesure
que marche la civilisation, ne peut avoir qu'un caractre monogame et
doit se baser sur un trait durable. La nature peut se borner  exiger
la perptuit de la race; mais une communaut, soit famille, soit
tat, ne peut exister sans garanties pour la prosprit physique,
morale et intellectuelle des enfants procrs. En faisant de la
femme l'gale de l'homme, en instituant le mariage monogame et en le
consolidant par des liens juridiques, religieux et moraux, les peuples
chrtiens ont acquis une supriorit matrielle et intellectuelle
sur les peuples polygames et particulirement sur les partisans de
l'Islam.

Bien que Mahomet ait eu l'intention de donner  la femme comme pouse
et membre de la socit, une position plus leve que celle d'esclave
et d'instrument de plaisir, elle est reste, dans le monde de l'Islam,
bien au-dessous de l'homme, qui seul peut demander le divorce et qui
l'obtient facilement.

En tout cas, l'Islam a exclu la femme de toute participation aux
affaires publiques et, par l, il a empch son dveloppement
intellectuel et moral. Aussi, la femme musulmane est reste un
instrument pour satisfaire les sens et perptuer la race, tandis
que les vertus de la femme chrtienne, comme matresse de maison,
ducatrice des enfants et compagne de l'homme, ont pu se dvelopper
dans toute leur splendeur. L'Islam, avec sa polygamie et sa vie de
srail, forme un contraste frappant en face de la monogamie et de la
vie de famille du monde chrtien. Ce contraste se manifeste aussi dans
la manire dont les deux cultes envisagent la vie d'outre-tombe.
Les croyants chrtiens rvent un paradis exempt de toute sensualit
terrestre et ne promettant que des dlices toutes spirituelles;
l'imagination du musulman rve d'une existence voluptueuse dans un
harem peupl de superbes houris.

Malgr tout ce que la religion, l'ducation et les moeurs peuvent
faire pour dompter les passions sensuelles, l'homme civilis est
toujours expos au danger d'tre prcipit de la hauteur de l'amour
chaste et moral dans la fange de la volupt brutale.

Pour se maintenir  cette hauteur-l, il faut une lutte sans trve
entre l'instinct et les bonnes moeurs, entre la sensualit et la
moralit. Il n'est donn qu'aux caractres dous d'une grande force de
volont de s'manciper compltement de la sensualit et de goter cet
amour pur qui est la source des plus nobles plaisirs de l'existence
humaine.

L'humanit est-elle devenue plus morale au cours de ces derniers
sicles? Voil une question sujette  discussion. Dans tous les cas
elle est devenue plus pudique, et cet effet de la civilisation qui
consiste  cacher les besoins sensuels et brutaux, est du moins une
concession faite par le vice  la vertu.

En lisant l'ouvrage de Scherr (_Histoire de la civilisation
allemande_), chacun recueillera l'impression que nos ides de moralit
se sont pures en comparaison de celles du moyen ge; mais il faudra
bien admettre que la grossiret et l'indcence de cette poque ont
fait place  des moeurs plus dcentes sans qu'il y ait plus de
moralit.

Si cependant on compare des poques plus loignes l'une de l'autre,
on constatera srement que, malgr des dcadences priodiques, la
moralit publique a fait des progrs  mesure que la civilisation
s'est dveloppe, et que le christianisme a t un des moyens les plus
puissants pour amener la socit sur la voie des bonnes moeurs.

Nous sommes aujourd'hui bien loin de cet ge o la vie sexuelle se
manifestait dans l'idoltrie sodomite, dans la vie populaire, dans
la lgislation, et dans la pratique du culte des anciens Grecs, sans
parler du culte du Phallus et de Priape chez les Athniens et les
Babyloniens, ni des Bacchanales de l'antique Rome, ni de la situation
privilgie que les htares ont occupe chez ces peuples.

Dans ce dveloppement lent et souvent imperceptible de la moralit
et des bonnes moeurs, il y a quelquefois des secousses et des
fluctuations, de mme que dans l'existence individuelle la vie
sexuelle a son flux et son reflux.

Dans la vie des peuples les priodes de dcadence morale concident
toujours avec les poques de mollesse et de luxe. Ces phnomnes ne
peuvent se produire que lorsqu'on demande trop au systme nerveux qui
doit satisfaire  l'excdent des besoins. Plus la nervosit augmente,
plus la sensualit s'accrot, poussant les masses populaires aux excs
et  la dbauche, dtruisant les bases de la socit: la moralit et
la puret de la vie de famille. Et quand la dbauche, l'adultre et le
luxe ont rong ces bases, l'croulement de l'tat, la ruine politique
et morale devient invitable. L'exemple de Rome, de la Grce, de la
France sous Louis XIV et Louis XV, peuvent nous servir de leons[10].
Dans ces priodes de dcadence politique et morale on a vu des
aberrations monstrueuses de la vie sexuelle, mais ces aberrations ont
pu, du moins en partie, tre attribues  l'tat nvropathologique ou
psychopathologique de la population.

[Note 10: Voy. Friedlander: _Sittengeschichte Roms_; Wiedmeister:
_Csarenwahnsinn_; Sutone; Moreau: _Des aberrations du sens
gnsique_.]

Il ressort de l'histoire de Babylone, de Ninive, de Rome, de mme
que de celle des capitales modernes, que les grandes villes sont des
foyers de nervosit et de sensualit dgnre.  ce propos il faut
rappeler que, d'aprs l'ouvrage de Ploss, les aberrations du
sens gnsique ne se produisent pas chez les peuples barbares ou
semi-barbares, si l'on veut excepter les Aleutes et la masturbation
des femmes orientales et hottentotes[11].

[Note 11: Cette assertion est en contradiction avec les
constatations de Lombroso et de Friedreich. Ce dernier, notamment,
prtend que la pdrastie est trs frquente chez les sauvages de
l'Amrique. (_Hdb. der Gerichtsrztl. Praxis_, 1843, I, p. 271.)]

L'tude de la vie sexuelle de l'individu doit commencer au moment du
dveloppement de la pubert et le suivre  travers toutes ses phases,
jusqu' l'extinction du sens sexuel.

Mantegazza, dans son livre: _Physiologie de l'Amour_, fait une belle
description de la langueur et des dsirs qui se manifestent  l'veil
de la vie sexuelle, de ces pressentiments, de ces sentiments vagues
dont l'origine remonte  une poque bien antrieure au dveloppement
de la pubert. Cette priode est peut-tre la plus importante au point
de vue psychologique. Le nombre de nouvelles ides et de nouveaux
sentiments qu'elle fait natre nous permet dj de juger de
l'importance que l'lment sexuel exerce sur la vie psychique.

Ces dsirs d'abord obscurs et incompris, naissent de sensations
que des organes qui viennent de se dvelopper ont veilles; ils
produisent en mme temps une vive agitation dans le monde des
sentiments.

La raction psychologique de la vie sexuelle se manifeste dans la
priode de la pubert par des phnomnes multiples, mais tous mettent
l'me dans un tat passionnel et tous veillent le dsir ardent
d'exprimer sous une forme quelconque cet tat d'me trange, de
l'objectiver pour ainsi dire.

La posie et la religion s'offrent d'elles-mmes pour satisfaire ce
besoin; elles reoivent un stimulant de la vie sexuelle elle-mme,
lorsque la priode de dveloppement du sens gnsique est passe et
que les dsirs incompris et obscurs sont prciss. Qu'on songe combien
frquente est l'extase religieuse  l'ge de la pubert, combien
de fois des tentations sexuelles se sont produites dans la vie des
Saints[12] et en quelles scnes rpugnantes, en quelles orgies
ont dgnr les ftes religieuses de l'antiquit, de mme que les
meetings de certaines sectes modernes, sans parler du mysticisme
voluptueux qui se trouve dans les cultes des peuples de l'antiquit.

[Note 12: Consulter Friedreich, qui a cit de nombreux exemples.
Ainsi la nonne Blankebin tait sans cesse tourmente par la
proccupation de savoir ce qu'a pu devenir la partie du corps du
Christ qu'on a enleve lors de la circoncision.

Veronica Juliani, batifie par le pape Pie II, a, par vnration pour
l'Agneau cleste, pris un agneau vritable dans son lit, l'a couvert
de baisers et l'a laiss tter  ses mamelles, qui donnaient quelques
gouttelettes de lait.

Sainte Catherine de Gnes souffrait souvent d'une telle chaleur
intrieure que pour l'apaiser elle se couchait par terre et
criait: Amour, amour, je n'en peux plus! Elle avait une affection
particulire pour son pre confesseur. Un jour elle porta  son nez
la main du confesseur et elle sentit un parfum qui lui pntra au
coeur, parfum cleste, dont les charmes pourraient rveiller les
morts.

Sainte Armelle et sainte Elisabeth taient tourmentes d'une passion
analogue pour l'enfant Jsus. On connat les tentations de saint
Antoine de Padoue. Nous citons encore comme trs caractristique cette
prire trouve dans un trs ancien missel: Oh! puiss-je t'avoir
trouv, trs charmant Emmanuel, puiss-je t'avoir dans mon lit!
Combien mon me et mon corps s'en rjouiraient! Viens, rentre chez
moi, mon coeur sera ta chambre!]

Par contre, nous voyons souvent la volupt non satisfaite chercher et
trouver une compensation dans l'extase religieuse[13].

[Note 13: Consulter Friedreich: _Diagnostik der psych.
Krankheiten_, p. 247, et Neumann: _Lehrb. der Psychiatrie_, p. 80.]

La connexit entre le sens sexuel et religieux se montre aussi dans
le domaine psychopathologique. Il suffit de rappeler  ce propos la
puissante sensualit que manifestent beaucoup d'individus atteints
de monomanie religieuse; la confusion bizarre du dlire religieux
et sexuel, comme on le constate si souvent dans les psychoses, par
exemple chez les femmes maniaques qui s'imaginent tre la mre de
Dieu, mais surtout dans les psychoses produites par la masturbation;
enfin les flagellations cruelles et voluptueuses, les mutilations,
les castrations et mme le crucifiement, tous actes inspirs par un
sentiment maladif d'origine religieuse et gnitale en mme temps.

Quand on veut expliquer les corrlations psychologiques qui existent
entre la religion et l'amour, on se heurte  de grandes difficults.
Pourtant les analogies ne manquent pas.

Le sens sexuel et le sens religieux, envisags au point de vue
psychologique, se composent l'un et l'autre de deux lments.

La notion la plus primitive de la religion, c'est le sentiment de
la dpendance, fait constat par Schleiermacher bien avant que les
sciences nouvelles de l'anthropologie et de l'ethnographie aient
abouti au mme rsultat par l'observation de l'tat primitif. Chez
l'homme seul, arriv  un niveau de civilisation plus lev, le
deuxime lment qui est vraiment thique, c'est--dire l'amour de la
divinit, entre dans le sentiment religieux. Aux mauvais dmons des
peuples primitifs succdent les tres  deux faces, tantt bons,
tantt irrits, qui peuplent les mythologies plus compliques; enfin
on arrive  l'adoration du Dieu souverainement bon, distributeur du
salut ternel, que ce salut soit la prosprit terrestre promise
par Jehova, ou les dlices du paradis de Mahomet, ou la batitude
ternelle du ciel des chrtiens, ou le Nirvana espr par les
Bouddhistes.

Pour le sens sexuel, c'est l'amour, l'espoir d'une flicit sans
bornes, qui est l'lment primaire. En second lieu apparat le
sentiment de la dpendance. Ce sentiment existe en germe chez les deux
tres; pourtant il est plus dvelopp chez la femme, tant donns
la position sociale de cette dernire et son rle passif dans la
procration; par exception, il peut prvaloir chez des hommes dont le
caractre psychique tend vers le fminisme.

Dans le domaine religieux aussi bien que dans le domaine sexuel,
l'amour est mystique et transcendantal. Dans l'amour sexuel, on n'a
pas conscience du vrai but de l'instinct, la propagation de la
race, et la force de l'impulsion est si puissante qu'on ne saurait
l'expliquer par une connaissance nette de la satisfaction. Dans le
domaine religieux le bonheur dsir et l'tre aim sont d'une nature
telle qu'on ne peut pas en avoir une conception empirique. Ces deux
tats d'me ouvrent donc  l'imagination le champ le plus vaste.
Tous les deux ont un objet illimit: le bonheur, tel que le mirage de
l'instinct sexuel le prsente, parat incomparable et incommensurable
 ct de toutes les autres sensations de plaisir; on peut en dire
autant des flicits promises par la foi religieuse et qu'on se
reprsente comme infinies en temps et en qualit.

L'infini tant commun aux deux tats d'me que nous venons de dcrire,
il s'ensuit que ces deux sentiments se dveloppent avec une puissance
irrsistible et renversent tous les obstacles qui s'opposent 
leur manifestation. Leur similitude en ce qui concerne la nature
inconcevable de leur objet, fait que ces deux tats d'me sont
susceptibles de passer  l'tat d'une vague extase o la vivacit du
sentiment l'emporte sur la nettet et la stabilit des ides. Dans ce
dlire l'espoir d'un bonheur inconcevable ainsi que le besoin d'une
soumission illimite jouent un rle galement important.

Les points communs qui existent entre les deux extases, points que
nous venons d'tablir, expliquent comment, lorsqu'elles sont pousses
 un degr trs lev, l'une peut tre la consquence de l'autre, ou
bien l'une et l'autre peuvent surgir en mme temps, car toute motion
forte d'une fibre vivante de l'me peut exciter les autres. La
sensation qui agit d'une manire continuelle et gale voque tantt
l'une, tantt l'autre de ces deux sphres imaginatives. Ces deux tats
d'me peuvent aussi dgnrer en un penchant  la cruaut active ou
passive.

Dans la vie religieuse cet tat engendre le besoin d'offrir des
sacrifices. On offre un holocauste d'abord parce qu'on croit qu'il
sera apprci matriellement par la divinit, ensuite pour l'honorer
et lui rendre hommage, comme tribut; enfin parce qu'on croit expier
par ce moyen le pch ou la faute qu'on a commise envers la divinit,
et acqurir la flicit.

Si, comme cela arrive dans toutes les religions, le sacrifice consiste
dans la torture de soi-mme, il est, chez les natures religieuses
trs sensibles, non seulement un symbole de soumission et le prix d'un
bonheur futur achet par les peines du moment, mais c'est aussi
une joie relle, parce que tout ce qu'on croit venir de la divinit
chrie, tout ce qui se fait par son commandement ou en son honneur,
doit remplir l'me de plaisir. L'ardeur religieuse devient alors
l'extase, tat dans lequel l'intellect est tellement proccup des
sensations et des jouissances psychiques que la notion de la torture
subie peut exister sans la sensation de la douleur.

L'exaltation du dlire religieux peut amener  trouver de la joie dans
le sacrifice des autres, si la notion du bonheur religieux est
plus forte que la piti que nous inspire la douleur d'autrui. Des
phnomnes analogues peuvent se produire dans le domaine de la vie
sexuelle ainsi que le prouvent le Sadisme et particulirement le
Masochisme.

Ainsi l'affinit souvent constate entre la religion, la volupt et
la cruaut[14], peut se rsumer par la formule suivante: le sens
religieux et le sens sexuel, arrivs au maximum de leur dveloppement,
prsentent des similitudes en ce qui concerne le quantum et la
nature de l'excitation; ils peuvent donc se substituer dans certaines
conditions. Tous deux peuvent dgnrer en cruaut, si les conditions
pathologiques ncessaires existent.

[Note 14: Cette trinit trouve son expression non seulement dans
les phnomnes de la vie relle, tels qu'ils viennent d'tre dcrits,
mais aussi dans la littrature dvote et mme dans les beaux-arts des
priodes de dcadence. Sous ce rapport, on peut rappeler la triste
clbrit du groupe de sainte Thrse de Bernini, qui, prise d'un
vanouissement hystrique, s'affaisse sur une blanche nue, tandis
qu'un ange amoureux lui lance dans le coeur la flche de l'amour
divin (Lbke).]

Le facteur sexuel exerce aussi une grande influence sur le
dveloppement du sens esthtique. Que seraient les beaux-arts et la
posie sans l'lment sexuel! C'est l'amour sensuel qui donne cette
chaleur d'imagination sans laquelle il n'y a pas de vritable oeuvre
d'art; c'est  la flamme des sentiments sensuels que l'art puise son
brlant enthousiasme. On comprend alors pourquoi les grands potes et
les grands artistes sont des natures sensuelles. Le monde de l'idal
s'ouvre quand le sens sexuel fait son apparition. Celui qui,  cette
priode de la vie, n'a pu s'enflammer pour le beau, le noble et le
grand, restera un philistin toute sa vie. Mme ceux qui ne sont point
des potes se mettent  faire des vers. Au moment du dveloppement de
la pubert, quand la raction physiologique commence  se produire,
les langueurs vagues, particulires  cette priode, se manifestent
par des tendances au sentimentalisme outr et  la mortification qui
se dveloppent jusqu'au _tdium vit_; souvent il s'y joint le dsir
de causer de la douleur  autrui, ce qui offre une analogie vague avec
le phnomne de la connexit psychologique qui existe entre la volupt
et la cruaut.

L'amour de la premire jeunesse a un caractre romanesque et
idaliste. Il glorifie l'objet aim jusqu' l'apothose.  ses dbuts
il est platonique et prfre les tres de la posie et de l'histoire.
Avec l'veil de la sensualit, cet amour court risque de reporter son
pouvoir d'idalisation sur des personnes de l'autre sexe qui, au
point de vue physique, intellectuel et social, sont bien loin d'tre
remarquables. Il peut en rsulter des msalliances, des faux pas,
toute l'histoire tragique de l'amour passionn qui se met en conflit
avec les principes moraux et sociaux et qui parfois trouve une
solution sinistre dans le suicide ou le double suicide.

L'amour trop sensuel ne peut jamais tre ni durable ni vraiment
profond. Voil pourquoi le premier amour est toujours trs passager:
il n'est que le flamboiement subit d'une passion, un feu de paille.

Il n'y a de vritable amour que celui qui se base sur la connaissance
des qualits morales de la personne aime, qui n'espre pas seulement
des jouissances, mais qui est prt  supporter des souffrances pour
l'tre aim et  faire tous les sacrifices. L'amour de l'homme dou
d'une grande force de caractre ne recule devant aucune difficult
ni aucun danger quand il s'agit d'arriver  la possession de la femme
adore et de la conserver. Il engendre les actes d'hrosme, le
mpris de la mort. Mais un tel amour court risque, dans certaines
circonstances, de pousser au crime, surtout s'il n'y a pas un fonds
solide de moralit. Un des vilains cts de cet amour est la jalousie.
L'amour de l'homme faible est sentimental; il peut conduire au suicide
s'il n'est pas pay de retour ou s'il se heurte  des difficults,
tandis que, dans des conditions analogues, l'homme fort peut devenir
un criminel. L'amour sentimental risque souvent de dgnrer en
caricature, surtout quand l'lment sensuel n'est pas assez fort.
Qu'on se rappelle,  ce propos, les chevaliers Toggenbourg, les Don
Quichotte, beaucoup de mnestrels et de trouvres du moyen ge.

Cet amour a un caractre fadasse, doucereux: par l mme il peut
devenir ridicule; tandis que, dans d'autres cas, les manifestations de
ce sentiment puissant du coeur humain voquent ou la compassion, ou
l'estime, ou l'horreur.

Souvent cet amour faible se porte sur d'autres objets: en posie il
produit des pomes insipides, en esthtique il mne  l'outrancisme,
en religion au mysticisme,  l'extase, et mme, quand il y a un fond
sensuel plus fort, aux ides sectaires et  la folie religieuse. Il y
a quelque chose de tout cela dans l'amour non mri de la pubert.

Les vers et les rimes,  cette priode, ne supportent pas la lecture,
 moins qu'ils n'aient pour auteurs des potes de vocation.

Malgr toute l'thique dont l'amour a besoin pour s'lever  sa
vraie et pure expression, sa plus profonde racine est pourtant la
sensualit.

L'amour platonique est une absurdit, une duperie de soi-mme, une
fausse interprtation d'un sentiment.

Quand l'amour a pour cause le dsir sexuel, il ne peut se comprendre
qu'entre individus de sexe diffrent et capables de rapports sexuels.
Si ces conditions manquent ou si elles disparaissent, l'amour est
remplac par l'amiti.

Il est  remarquer le rle important que jouent les fonctions
sexuelles dans le dveloppement et la conservation de la confiance de
l'homme en lui-mme. On s'en rend compte quand on voit l'onaniste aux
nerfs affaiblis et l'homme devenu impuissant perdre leur caractre
viril et la confiance en leur propre valeur.

M. Gyurkovechky (_Mnnl. Impotenz._ Vienne, 1889) fait justement
remarquer que les vieillards et les jeunes gens diffrent
psychiquement surtout par leur degr de puissance gnitale, car
l'impuissance porte une grave atteinte  la gaiet,  la vie
intellectuelle,  l'nergie et au courage. Plus l'homme qui a perdu
sa puissance gnitale est jeune et plus il tait port aux choses
sensuelles, plus cette atteinte est grave.

Une perte subite de la puissance gnitale peut, dans ces conditions,
produire une grave mlancolie et pousser mme au suicide; car, pour
de pareilles natures, la vie sans amour est insupportable. Mais, mme
dans ces cas o la raction n'est pas aussi violente, celui qui en
est atteint devient morose, envieux, goste, jaloux, misanthrope;
l'nergie et le sentiment d'honneur s'affaiblissent; il devient mme
lche.

On peut constater les mmes phnomnes chez les Skopzys de Russie,
qui, aprs s'tre masculs, perdent leur caractre viril.

La perte de la virilit se manifeste d'une manire bien plus frappante
encore chez certains individus, chez qui elle produit une vritable
effmination.

Au point de vue psychologique, la femme,  la fin de sa vie sexuelle,
aprs la mnopause, tout en tant moins bouleverse, prsente
nanmoins un changement assez notable. Si la vie sexuelle qu'elle
vient de traverser a t heureuse, si des enfants sont venus rjouir
le coeur de la mre au seuil de la vieillesse, le changement de son
individualit biologique chappe  son attention. La situation est
tout autre quand la strilit ou une abstinence impose par des
conditions particulires ont empch la femme de goter les joies de
la maternit.

Ces faits mettent bien en relief la diffrence qui existe entre la
psychologie sexuelle de l'homme et celle de la femme, entre leurs
sentiments et leurs dsirs sexuels.

Chez l'homme, sans doute, l'instinct sexuel est plus vif que chez la
femme. Sous le coup d'une forte pousse de la nature, il dsire,
quand il arrive  un certain ge, la possession de la femme. Il aime
sensuellement, et son choix est dtermin par des qualits physiques.
Pouss par un instinct puissant, il devient agressif et violent dans
sa recherche de l'amour. Pourtant, ce besoin de la nature ne remplit
pas toute son existence psychique. Son dsir satisfait, l'amour, chez
lui, fait temporairement place aux intrts vitaux et sociaux.

Tel n'est pas le cas de la femme. Si son esprit est normalement
dvelopp, si elle est bien leve, son sens sexuel est peu intense.
S'il en tait autrement, le monde entier ne serait qu'un vaste bordel
o le mariage et la famille seraient impossibles. Dans tous les cas,
l'homme qui a horreur de la femme et la femme qui court aprs les
plaisirs sexuels sont des phnomnes anormaux.

La femme se fait prier pour accorder ses faveurs. Elle garde une
attitude passive. Ce rle s'impose  elle autant par l'organisation
sexuelle qui lui est particulire que par les exigences des bonnes
moeurs.

Toutefois, chez la femme, le ct sexuel a plus d'importance que chez
l'homme. Le besoin d'aimer est plus fort chez elle; il est continu et
non pas pisodique; mais cet amour est plutt psychique que sensuel.

L'homme, en aimant, ne voit d'abord que l'tre fminin; ce n'est qu'en
second lieu qu'il aime la mre de ses enfants; dans l'imagination
de la femme, au contraire, c'est le pre de son enfant qui tient le
premier rang; l'homme, comme poux, ne vient qu'aprs. Dans le
choix d'un poux, la femme est dtermine plutt par les qualits
intellectuelles que par les qualits physiques. Aprs tre devenue
mre, elle partage son amour entre l'enfant et l'poux. Devant l'amour
maternel, la sensualit s'clipse. Aussi, dans les rapports conjugaux
qui suivent sa maternit, la femme voit plutt une marque d'affection
de l'poux qu'une satisfaction des sens.

La femme aime de toute son me. Pour la femme, l'amour c'est la vie;
pour l'homme, c'est le plaisir de la vie. L'amour malheureux blesse
l'homme; pour la femme, c'est la mort ou au moins la perte du bonheur
de la vie. Une thse psychologique digne d'tre tudie, ce serait
de savoir si une femme peut, dans son existence, aimer deux fois
d'un amour sincre et profond. Dans tous les cas, la femme est plutt
monogame, tandis que l'homme penche vers la polygamie.

La puissance des dsirs sexuels constitue la faiblesse de l'homme
vis--vis de la femme. Il dpend d'autant plus de la femme qu'il
est plus faible et plus sensuel. Sa sensualit s'accrot avec
son nervosisme. Ainsi s'explique ce fait que, dans les priodes
d'amollissement et de plaisirs, la sensualit s'accrot d'une faon
formidable. Mais alors la socit court le danger de voir l'tat
gouvern par des femmes et entran  une ruine complte (le rgne
des matresses  la cour de Louis XIV et Louis XV; les htares de
la Grce dans l'antiquit). La biographie de bien des hommes d'tat
anciens et modernes nous montre qu'ils taient esclaves des femmes par
suite de leur grande sensualit, sensualit due  leur constitution
nvropathique.

L'glise catholique a fait preuve d'une subtile connaissance de la
psychologie humaine, en astreignant ses prtres  la chastet et au
clibat; elle a voulu, par ce moyen, les manciper de la sensualit
pour qu'ils puissent se consacrer entirement  leur mission.

Malheureusement le prtre qui vit dans le clibat est priv de cet
effet ennoblissant que l'amour et, par suite, le mariage, produisent
sur le dveloppement du caractre.

Comme la nature a attribu  l'homme le rle de provocateur dans la
vie sexuelle, il court le risque de transgresser les limites traces
par la loi et les moeurs.

L'adultre chez la femme est, au point de vue moral, plus grave et
devrait tre jug devant la loi plus svrement que l'adultre commis
par l'homme. La femme adultre comble son propre dshonneur par celui
de l'poux et de la famille, sans tenir compte de la maxime: _Pater
incertus_. L'instinct naturel et sa position sociale font facilement
fauter l'homme, tandis que la femme est protge par bien des choses.
Mme les rapports sexuels de la femme non marie doivent tre jugs
autrement que ceux de l'homme clibataire. La socit exige de l'homme
clibataire de bonnes moeurs; de la femme, la chastet. Avec la
civilisation et la vie sociale de nos temps la femme ne peut servir,
au point de vue sexuel, les intrts sociaux et moraux qu'en tant
qu'elle est pouse.

Le but et l'idal de la femme, mme de celle qui est tombe dans la
fange et dans le vice, est et sera toujours le mariage. La femme,
comme le dit fort justement Mantegazza, ne demande pas seulement 
satisfaire son instinct sexuel, mais elle recherche aussi protection
et aide pour elle et pour ses enfants. L'homme anim de bons
sentiments, ft-il des plus sensuels, recherche pour pouse une
femme qui a t chaste et qui l'est encore. Dans ses aspirations vers
l'unique but digne d'elle, la femme se sert de la pudeur, cuirasse et
ornement de l'tre fminin. Mantegazza dit avec beaucoup de finesse
que c'est une des formes physiques de l'estime de soi-mme chez la
femme.

L'tude anthropologique et historique du dveloppement de ce plus bel
ornement de la femme n'entre pas dans le cadre de notre sujet. Il
est probable que la pudeur fminine est un produit de la civilisation
perptu par l'atavisme.

Ce qui forme un contraste bien curieux avec elle, c'est l'talage
occasionnel des charmes physiques, sanctionn par la loi de la mode
et la convention sociale, et auquel la vierge, mme la plus chaste,
se prte dans les soires de bal. Les mobiles qui prsident  cette
exhibition se comprennent. Heureusement la fille chaste ne s'en rend
pas compte, de mme qu'elle ne comprend pas les raisons de certaines
modes qui reviennent priodiquement et qui ont pour but de faire mieux
ressortir certaines parties plastiques du corps, comme les fesses,
sans parler du corsage, etc.

De tout temps et chez tous les peuples, le monde fminin a manifest
de la tendance  se parer et  mettre en vidence ses charmes. Dans
le monde des animaux la nature a distingu le mle par une plus grande
beaut. Les hommes, au contraire, dsignent les femmes sous le nom de
beau sexe. videmment cette galanterie est le produit de la sensualit
masculine. Tant que les femmes s'attifent uniquement dans le but
d'tre pares, tant qu'elles ne se rendent pas clairement compte de
la cause physiologique de ce dsir de plaire, il n'y a rien  redire.
Aussitt qu'elles le font en pleine connaissance de cause, cette
tendance dgnre en manie de plaire.

L'homme qui a la manie de s'attifer, se rend ridicule toujours. Chez
la femme on est habitu  cette petite faiblesse, on n'y trouve rien
de rprhensible tant qu'elle n'est pas l'accessoire d'une tendance
pour laquelle les Franais ont trouv le mot de coquetterie.

En fait de psychologie naturelle de l'amour, les femmes sont de
beaucoup suprieures aux hommes. Elles doivent cette supriorit soit
 l'hrdit, soit  l'ducation, le domaine de l'amour tant leur
lment particulier; mais elles la doivent aussi  leur plus grand
degr d'intuition (Mantegazza).

Mme quand l'homme est arriv au fate de la civilisation, on ne peut
pas lui faire un reproche de voir dans la femme avant tout un objet
de satisfaction pour son instinct naturel. Mais il lui incombe
l'obligation de n'appartenir qu' la femme de son choix. Dans les
tats civiliss il en rsulte un trait normal et obligatoire, le
mariage; et, comme la femme a besoin de protection et d'aide pour elle
et ses enfants, il en rsulte un code matrimonial.

En vue de certains phnomnes pathologiques que nous traiterons plus
tard, il est ncessaire d'tudier les processus psychologiques qui
rapprochent un homme et une femme, les attachent l'un  l'autre au
point que, parmi tous les individus d'un mme sexe, seuls tel ou telle
paraissent dsirables.

Si l'on pouvait dmontrer que les procds de la nature sont dirigs
vers un but dtermin,--leur utilit ne saurait tre nie,--cette
sorte de fascination par un seul individu du sexe oppos, avec de
l'indiffrence pour tous les autres individus de ce mme sexe, fait
qui existe rellement chez les amoureux vraiment heureux, paratrait
comme une admirable disposition de la cration pour assurer les unions
monogames qui seules peuvent servir le but de la nature.

Quand on analyse scientifiquement cette flamme amoureuse, cette
harmonie des mes, cette union des coeurs, elle ne se prsente
nullement comme un mystre des mes; dans la plupart des cas on peut
la ramener  certaines qualits physiques, parfois morales, au moyen
desquelles la personne aime exerce sa force d'attraction.

On parle aussi du soi-disant ftichisme. Par ftiche on entend
ordinairement des objets, des parties ou des qualits d'objets qui,
par leurs rapports et leur association, forment un ensemble ou
une personnalit capable de produire sur nous un vif intrt ou
un sentiment, d'exercer une sorte de charme,--(_fetisso_
en portugais),--ou du moins une impression trs profonde et
particulirement personnelle que n'explique nullement la valeur ni la
qualit intrinsque de l'objet symbolique[15].

[Note 15:  consulter: Max Mller, qui fait driver le mot
ftiche tymologiquement du mot _factitius_ (factice, chose
insignifiante).]

Quand la personne qui est dans cet tat d'esprit, pousse
l'apprciation individuelle du ftiche jusqu' l'exaltation, un cas de
ftichisme se produit. Ce phnomne, trs intressant au point de vue
psychologique, peut s'expliquer par une loi d'association empirique:
le rapport qui existe entre une reprsentation fractionnelle et
une reprsentation d'ensemble. L'essentiel dans ce cas c'est
que l'accentuation du sentiment personnel provoqu par l'image
fractionnelle se manifeste dans le sens d'une motion de plaisir. Ce
phnomne se rencontre surtout dans deux ordres d'ides qui ont entre
elles une affinit psychique: l'ide religieuse et les conceptions
rotiques. Le ftichisme religieux a d'autres liens et une autre
signification que le ftichisme sexuel. Le premier nat de cette ide
fixe que l'objet revtu du prestige de ftiche ou l'idole n'est pas
un simple symbole, mais possde des qualits divines, ou bien il
lui attribue par superstition une puissance miraculeuse (reliques),
certaines vertus protectrices (amulettes).

Il n'en est pas de mme dans le ftichisme rotique. Celui-ci est
psychologiquement motiv par le fait que des qualits physiques ou
psychiques d'une personne, ou mme des qualits d'objets dont cette
personne se sert, deviennent un ftiche, en veillant par association
d'ides une image d'ensemble et en produisant une vive sensation de
volupt. Il y a analogie avec le ftichisme religieux en ce sens:
que bien souvent des objets insignifiants (des os, des ongles, des
cheveux, etc.) servent de ftiches et peuvent provoquer des sensations
de plaisir qui vont jusqu' l'extase.

En ce qui concerne le dveloppement de l'amour physiologique, il est
probable qu'on doit chercher et trouver son origine dans le charme
ftichiste et individuel qu'une personne d'un sexe exerce sur un
individu de l'autre sexe.

Le cas le plus simple est celui o une motion sensuelle concide avec
le moment o l'on aperoit une personne de l'autre sexe et quand
cette vue augmente l'excitation sensuelle. L'impression optique et
l'impression du sentiment s'associent, et cette liaison devient plus
forte  mesure que la rapparition du sentiment voque le souvenir de
l'image optique ou que la rapparition de l'image veille de nouveau
une motion sexuelle qui peut aller jusqu' l'orgasme ou  la
pollution, comme dans les songes.

Dans ce cas la vue de l'ensemble du corps produit l'effet d'un
ftiche.

Comme le fait remarquer Binet, des parties d'un individu, des qualits
physiques ou morales peuvent aussi agir comme ftiches sur une
personne du sexe oppos, si la vue de ces parties de l'individu
concide accidentellement avec une excitation sexuelle ou si elle en
provoque une.

C'est un fait tabli par l'exprience que cette association d'ides
dpend du hasard, que l'objet ftiche peut tre trs vari, et
qu'il en rsulte les sympathies les plus tranges de mme que les
antipathies les plus curieuses.

Ce fait physiologique du ftichisme explique les sympathies
individuelles entre homme et femme, la prfrence qu'on donne  une
personne dtermine sur toutes les autres du mme sexe. Comme le
ftiche ne reprsente qu'un symbole individuel, il est vident que
son impression ne peut se produire que sur un individu dtermin. Il
voque de trs fortes sensations de plaisir; par suite il fait, par
un trompe-l'oeil, disparatre les dfauts de l'objet aim--(l'amour
rend aveugle)--et provoque une exaltation fonde sur l'impression
individuelle, exaltation qui parat aux autres inexplicable et
mme ridicule. On s'explique ainsi que l'homme calme ne puisse pas
comprendre l'amoureux qui idoltre la personne aime, en fait un
vritable culte et lui attribue des qualits que celle-ci, vue
objectivement, ne possde nullement. Ainsi s'explique galement le
fait que l'amour devient plus qu'une passion, qu'il se prsente
comme un tat psychique exceptionnel dans lequel l'impossible parat
possible, le laid semble beau, le vulgaire sublime, tat dans lequel
tout autre intrt et tout autre devoir disparaissent.

Tarde (_Archives de l'anthropologie criminelle_, 5e anne, n 3) fait
judicieusement ressortir que, non seulement chez les individus mais
aussi chez les nations, le ftiche peut tre diffrent, mais que
l'idal gnral de la beaut reste toujours le mme chez les peuples
civiliss de la mme poque.

 Binet revient le grand mrite d'avoir approfondi l'tude et
l'analyse de ce ftichisme en amour. Il fait natre des sympathies
spciales. Ainsi l'un se sont attir par une taille lance, un autre
par une taille paisse; l'un aime la brune, l'autre la blonde. Pour
l'un, c'est l'expression particulire de l'oeil; pour l'autre,
le timbre de la voix, ou une odeur particulire, mme artificielle
(parfums), ou la main, ou le pied, ou l'oreille, etc., qui forment
le charme ftichique individuel, et sont pour ainsi dire le point de
dpart d'une srie complique de processus de l'me dont l'expression
totale est l'amour, c'est--dire le dsir de possder physiquement et
moralement l'objet aim.

 ce propos il convient de rappeler une condition essentielle pour
la constatation de l'existence du ftichisme encore  l'tat
physiologique.

Le ftiche peut conserver d'une manire durable sa vertu sans qu'il
soit pour cela un ftiche pathologique. Mais ce cas n'existe que quand
l'ide de fraction va jusqu' la reprsentation de l'ensemble et
que l'amour provoqu par le ftiche finit par embrasser comme objet
l'ensemble de la personnalit physique et morale.

L'amour normal ne peut tre qu'une synthse, une gnralisation.
Louis Brunn (_Deutsches Montagsblatt_, Berlin, 20.8.88) dit trs
spirituellement dans son tude sur _Le ftichisme en amour_:

L'amour normal nous parat comme une symphonie qui se compose
de toutes sortes de notes. Il en rsulte les excitations les plus
diverses. Il est pour ainsi dire polythiste. Le ftichisme ne connat
que la note d'un seul instrument; il est la rsultante d'une seule
excitation dtermine: il est monothiste.

Quiconque a quelque peu rflchi sur ce sujet, reconnatra qu'on ne
peut parler de vritable amour--(on n'abuse que trop souvent de ce
mot)--que lorsque la totalit de la personne physique et morale forme
l'objet de l'adoration.

Tout amour a ncessairement un lment sensuel, c'est--dire le dsir
de possder l'objet aim et d'obir, en s'unissant avec lui, aux lois
de la nature.

Mais celui qui n'aime que le corps de la personne d'un autre sexe, qui
ne tend qu' satisfaire ses sens, sans possder l'me, sans avoir la
jouissance spirituelle et partage, n'aime pas d'un vritable amour,
pas plus que le platonique qui n'aime que l'me et qui ddaigne
les jouissances charnelles, ce qui se rencontre dans certains cas
d'inversion sexuelle.

Pour l'un, c'est le corps; pour l'autre, c'est l'me qui constituent
le ftiche: l'amour de tous les deux n'est que du ftichisme.

De pareils individus forment en tous cas un degr de transition vers
le ftichisme pathologique.

Cette remarque est d'autant plus juste qu'un autre critrium du
vritable amour est celui-ci: l'acte sexuel doit absolument procurer
une satisfaction morale[16].

[Note 16: Le spinal crbral postrieur de Magnan, qui trouve son
plaisir avec n'importe quelle femme et auquel n'importe quelle femme
plat, ne peut que satisfaire sa volupt. L'amour achet ou forc
n'est pas un vritable amour (Mantegazza). Celui qui a invent le
proverbe: _Sublata lucerna, nullum discrimen inter feminas_, a d tre
un horrible cynique. Le pouvoir pour l'homme de faire l'acte d'amour
n'est pas une garantie que l'acte procure rellement la plus grande
jouissance amoureuse.]

Parmi les phnomnes physiologiques du ftichisme il me reste encore 
parler de ce fait trs intressant que, parmi le grand nombre d'objets
susceptibles de devenir ftiches, il y en a quelques-uns qui sont
particulirement choisis par un grand nombre de personnes.

Les objets particulirement attractifs pour l'homme sont: les cheveux,
la main, le pied de la femme, l'expression du regard.

Quelques-uns d'entre eux ont, dans la pathologie du ftichisme, une
importance particulire. Tous ces faits remplissent videmment dans
l'me de la femme un rle dont quelquefois elle ne se doute pas;
d'autres fois c'est prmditation de sa part.

Une des principales proccupations de la femme, c'est de soigner ses
cheveux, et elle y consacre souvent plus de temps et d'argent qu'il
ne faudrait. Avec quel soin la mre ne soigne-t-elle pas dj la
chevelure de sa petite fille! Quel rle important pour le coiffeur! La
perte d'une partie des cheveux fait le dsespoir des jeunes femmes.
Je me rappelle le cas d'une femme coquette qui en tait devenue
mlancolique et qui a fini par le suicide. Les femmes aiment  parler
coiffure; elles portent envie  toutes celles qui ont une belle
chevelure.

De beaux cheveux constituent un puissant ftiche pour beaucoup
d'hommes. Dj, dans la lgende de la Loreley, cyrne qui attire les
hommes dans l'abme, on voit figurer comme ftiche ses cheveux dors
qu'elle lisse avec un peigne d'or. Une attraction non moins grande
est exerce par la main et le pied; mais alors, souvent,--pas toujours
cependant,--des sentiments masochistes et sadistes contribuent  crer
un ftiche d'un caractre particulier.

Il y a des uranistes qui ne sont pas impuissants avec une femme, des
poux qui n'aiment pas leur pouse, et qui pourtant sont capables
de remplir leurs devoirs conjugaux. Dans ces cas le sentiment de la
volupt fait pour la plupart du temps dfaut; puisque, en ralit, il
n'y a alors qu'une sorte d'onanisme qui souvent ne peut se pratiquer
qu'avec le concours de l'imagination qui voque l'image d'un autre
tre aim. Cette illusion peut mme produire une sensation de volupt,
mais cette rudimentaire satisfaction physique n'est due qu' un
artifice psychique, tout comme chez l'onaniste solitaire qui souvent
a besoin du concours de l'imagination pour obtenir une sensation
voluptueuse. En gnral, l'orgasme qui produit la sensation de
volupt, ne peut tre obtenu que l o il y a une intervention
psychique.

Dans le cas o il y a des empchements psychiques (indiffrence,
antipathie, rpugnance, crainte d'infection vnrienne ou de
grossesse, etc.), la sensation voluptueuse ne parat gure se
produire.

Par association d'ides, un gant ou un soulier peuvent devenir
ftiches.

Brunn rappelle  ce propos et avec raison que, dans les moeurs du
moyen ge, une des plus prcieuses marques d'hommage et de galanterie
tait de boire dans le soulier d'une belle femme, usage qu'on trouve
encore aujourd'hui en Pologne. Dans le conte de Cendrillon, le soulier
joue galement un rle trs important.

L'expression de l'oeil a une importance particulire pour faire
jaillir l'tincelle amoureuse. Un oeil nvros peut jouer souvent le
rle de ftiche chez des personnes des deux sexes. Madame, vos beaux
yeux me font mourir d'amour (Molire).

Il y a une foule d'exemples de faits o les odeurs du corps jouent le
rle de ftiche, phnomne consciemment ou inconsciemment utilis dans
l'_Ars amandi_ de la femme. Dj la Ruth de l'Ancien Testament s'est
parfume pour captiver Booz.

La demi-mondaine, des temps anciens et modernes, consomme beaucoup de
parfums. Jaeger, dans sa Dcouverte de l'me, donne de nombreuses
indications sur les sympathies des odeurs.

Binet assure que la voix aussi peut devenir un ftiche. A ce sujet il
rapporte une observation faite par Dumas, observation que ce dernier a
utilise dans sa nouvelle: _La maison du veuf_.

Il est question d'une femme qui devint amoureuse de la voix d'un tnor
et qui fit des infidlits  son mari.

Le roman de Belot: _Les Baigneuses de Trouville_, vient  l'appui de
cette supposition. Binet croit que, dans bien des mariages conclus
avec des cantatrices, c'est le charme ftichiste de la voix qui a agi.
Il attire en outre l'attention sur cet autre fait intressant que,
chez les oiseaux chanteurs, la voix a la mme signification sexuelle
que l'odorat chez les quadrupdes.

Ainsi les oiseaux attirent par le chant la femelle qui, la nuit, vole
vers celui des mles qui chante le mieux.

Il ressort des faits pathologiques du masochisme et du sadisme que des
particularits de l'me peuvent aussi agir comme ftiche, au sens le
plus large du mot.

Ainsi s'explique le phnomne des idiosyncrasies; et la vieille maxime
_de gustibus non est disputandum_, a toujours sa valeur.




II

FAITS PHYSIOLOGIQUES

    Maturit sexuelle.--La limite d'ge dans la vie sexuelle.--Le
    sens sexuel.--Localisation.--Le dveloppement physiologique de
    la vie sexuelle.--rection.--Le centre d'rection.--La sphre
    sexuelle et le sens olfactif.--La flagellation comme excitant
    des sens.--La secte des flagellants.--Le _Flagellum salutis_
    de Paullini.--Zones rognes.--L'empire sur l'instinct
    sexuel.--Cohabitation.--jaculation.


Pendant la priode des processus anatomiques et physiologiques qui se
font dans les glandes gnitales, il se manifeste chez les individus un
instinct qui les pousse  perptuer l'espce (instinct sexuel).

L'instinct sexuel,  cet ge de maturit, est une loi physiologique.

La dure des processus anatomico-physiologiques dans les organes
sexuels, ainsi que la dure de la puissance de l'instinct gnsique,
diffrent selon les individus et les peuples. Race, climat, conditions
hrditaires et sociales, exercent une influence dcisive. On sait
que les Mridionaux prsentent une sensualit bien plus grande que les
gens du Nord. Le dveloppement sexuel a lieu bien plus tt chez les
habitants du Midi que chez ceux des pays septentrionaux. Chez la femme
des pays du Nord, l'ovulation, qui se manifeste par le dveloppement
du corps et les hmorragies priodiques des parties gnitales
(menstruation), ne se montre qu'entre treize et quinze ans; chez
l'homme, le dveloppement de la pubert (qui se manifeste par la mue
de la voix, le dveloppement des poils sur la figure et sur le mont de
Vnus, les pollutions priodiques, etc.), ne se montre qu' partir
de quinze ans. Au contraire, chez les habitants des pays chauds, le
dveloppement sexuel s'effectue plusieurs annes plus tt, chez la
femme quelquefois mme  l'ge de huit ans.

Il est  remarquer que les filles des villes se dveloppent  peu prs
un an plus tt que les filles de la campagne, et que plus la ville est
grande, plus le dveloppement, _cteris paribus_, est prcoce.

Les conditions hrditaires n'exercent pas une influence moins grande
sur le _libido_ et la puissance virile. Il y a des familles o,  ct
d'une grande force physique et d'une grande longvit, le _libido_ et
une puissance virile intense se conservent jusqu' un ge trs avanc.
Il y en a d'autres o la _vita sexualis_ clt tard et s'teint bien
avant le temps.

Chez la femme, la priode d'activit des glandes gnitales est plus
limite que chez l'homme, chez qui la production du sperme peut se
prolonger jusqu' l'ge le plus avanc.

Chez la femme, l'ovulation cesse trente ans aprs le dbut de
la nubilit. Cette priode de strilit des ovaires s'appelle la
mnopause. Celle phase biologique ne reprsente pas seulement une mise
hors fonction et une atrophie dfinitive des organes gnitaux, mais
un processus de transformation de tout l'organisme. Dans l'Europe
centrale, la maturit sexuelle de l'homme commence vers l'ge de
dix-huit ans; sa puissance gnsique atteint son maximum vers l'ge de
quarante ans.  partir de cette poque, elle baisse lentement.

La _potentia generandi_ s'teint ordinairement vers l'ge de
soixante-deux ans; la _potentia coeundi_ peut se conserver jusqu'
l'ge le plus avanc. L'instinct sexuel existe sans discontinuer
pendant toute la priode de la vie sexuelle; il n'y a que son
intensit qui change. Il ne se manifeste jamais d'une faon
intermittente ou priodique, sous certaines conditions physiologiques,
comme c'est le cas chez les animaux.

Chez l'homme, l'intensit de l'instinct a des fluctuations, des hauts
et des bas, selon l'accumulation et la dpense du sperme; chez
la femme, l'instinct sexuel augmente d'intensit au moment de
l'ovulation, de sorte que, _post menstrua_, le _libido sexualis_ est
plus accentu.

Le sens sexuel, en tant qu'il se manifeste comme sentiment, ide et
instinct, est un produit de l'corce crbrale. On n'a pas encore pu
jusqu'ici bien dterminer le sige du centre sexuel dans le cerveau.

Les rapports troits qui existent entre la vie sexuelle et le sens
olfactif[17] font supposer que la sphre sexuelle et la sphre
olfactive se trouvent  la priphrie du cerveau, trs prs l'une
de l'autre, ou du moins qu'il existe entre elles des liens puissants
d'association.

[Note 17: Ferrier suppose que le centre de l'olfaction se trouve
dans le _gyrus uncinatus_. Zuckerkandl, dans son ouvrage: _ber das
Riechcentrum_, concluant d'aprs des tudes d'anatomie compare,
considre la corne d'Ammon comme faisant partie du centre olfactif.]

La vie sexuelle se manifeste d'abord par des sensations parties des
organes sexuels en voie de dveloppement. Ces sensations veillent
l'attention de l'individu. La lecture, certains faits observs dans
la vie sociale--(aujourd'hui malheureusement ces observations se font
trop souvent  un ge prmatur),--transforment les pressentiments
en ides nettes. Ces dernires s'accentuent par des sensations
organiques, des sensations de volupt.  mesure que ces ides
rotiques s'accroissent par des sensations voluptueuses, se dveloppe
le dsir de reproduire des sensations semblables (instinct sexuel).

Il s'tablit alors une dpendance mutuelle entre les circonvolutions
crbrales (origine des sensations et des reprsentations) et
les organes de la gnration. Par suite de processus
anatomico-physiologiques, tels que l'hypermie, l'laboration du
sperme, l'ovulation, les organes gnsiques font natre des ides et
des dsirs sexuels.

La priphrie du cerveau ragit sur les organes de la gnration
par des ides perues ou reproduites. Cela se fait par le centre
d'innervation des vaisseaux et le centre de l'jaculation. Tous
deux se trouvent dans la moelle pinire et sont probablement trs
rapprochs l'un de l'autre. Tous les deux sont des centres rflexes.

Le _centrum erectionis_ (Goltz, Eckhard) est un point intermdiaire
intercal entre le cerveau et l'appareil gnital. Les nerfs qui
le relient avec le cerveau passent probablement par les pdoncules
crbraux. Ce centre peut tre mis en activit par des excitations
centrales (physiques et organiques), par une excitation directe de ses
nerfs dans les pdoncules crbraux, la moelle cervicale, ainsi que
par l'excitation priphrique des nerfs sensitifs (pnis, clitoris et
annexes). Il n'est pas directement soumis  l'influence de la volont.

L'excitation de ce centre est transmise par des nerfs qui se relient
 la premire et  la troisime paires des nerfs sacrs (_nervi
erigentes_), et arrive ainsi jusqu'aux corps caverneux.

L'action de ces nerfs rectifs qui transmettent l'rection est
paralysante. Ils paralysent l'appareil d'innervation ganglionnaire
dans les organes rectiles sous l'influence desquels se trouvent les
fibres musculaires des corps caverneux (Koelliker et Kohlrausch).
Sous l'influence de ces _nervi erigentes_ les fibres musculaires des
corps rectiles deviennent flasques et ils se remplissent de sang.
En mme temps, les artres dilates du rseau priphrique des corps
rectiles exercent une pression sur les veines du pnis et le
reflux du sang se trouve barr. Cet effet est encore accentu par la
contraction des muscles bulbo et ischio-caverneux qui s'tendent comme
des aponvroses sur la surface dorsale du pnis.

Le centre d'rection est sous la dpendance des actions nerveuses
excitantes ou paralysantes parties du centre crbral. Les
reprsentations et les perceptions d'images sexuelles agissent comme
excitants. D'aprs les expriences faites sur les corps de pendus,
le centre d'rection semble aussi pouvoir tre mis en action par
l'excitation des voies de communication qui se trouvent dans la moelle
pinire. Le mme fait peut se produire par des excitations organiques
qui ont lieu  la priphrie du cerveau (centre psycho-sexuel?), ainsi
que le prouvent les observations faites sur des alins et des malades
atteints d'affections crbrales. Le centre d'rection peut tre
directement excit par des maladies de la moelle pinire, dans leur
premire priode, quand elles atteignent la moelle lombaire (tabes et
surtout mylitis).

Voici les causes qui peuvent frquemment produire une excitation
rflexe du centre gnital: excitation des nerfs sensitifs
priphriques des parties gnitales et de leur voisinage par la
friction; excitations de l'urtre (gonorrhe), du rectum (hmorrodes
et oxyures), de la vessie (quand elle est pleine d'urine, surtout
le matin, ou quand elle est excite par un calcul); rpltion des
vsicules sminales par le sperme, ce qui se produit quand on est
couch sur le dos et que la pression des viscres sur les veines du
bassin produit une hyperhmie des parties gnitales.

Le centre d'rection peut tre excit aussi par l'irritation des
nombreux nerfs et ganglions qui se trouvent dans le tissu de la
prostate (prostatite, cathtrisme). Ce centre est aussi soumis 
des influences paralysantes de la part du cerveau, ainsi que nous le
montre l'exprience de Goltz qui a montr que, chez des chiens,
quand la moelle pinire est tranche, l'rection se produit plus
facilement.

 l'appui de cette dmonstration vient encore s'ajouter le fait que,
chez l'homme, l'influence de la volont ou une forte motion (crainte
de ne pas pouvoir coter, surprise _inter actum sexualem_, etc.)
peuvent empcher l'rection ou la faire cesser quand elle existe.
La dure de l'rection dpend de la dure des causes excitantes
(excitation des sens ou sensation), de l'absence des causes
entravantes, de l'nergie d'innervation du centre, ainsi que de la
production tardive ou htive de l'jaculation.

La cause importante et centrale du mcanisme sexuel rside dans la
priphrie du cerveau. Il est tout naturel de supposer qu'une rgion
de cette priphrie (centre crbral) soit le sige des manifestations
et des sensations sexuelles, des images et des dsirs, le lieu
d'origine de tous les phnomnes psychosomatiques qu'on dsigne
ordinairement sous les noms de sens sexuel, sens gnsique et instinct
sexuel. Ce centre peut tre anim aussi bien par des excitations
centrales que par des excitations priphriques.

Des excitations centrales peuvent se produire par suite d'irritations
organiques dues  des maladies de la priphrie du cerveau. Elles
se produisent physiologiquement par des excitations psychiques
(reprsentations de la mmoire ou perceptions des sens).

Dans les conditions physiologiques, il s'agit surtout de perceptions
visuelles et d'images voques par la mmoire (par exemple, par
une lecture lascive); puis d'impressions tactiles (attouchements,
serrements de mains, accolade, etc.). Par contre le sens auditif et
le sens olfactif ne jouent qu'un rle secondaire dans le domaine
physiologique. Mais, dans certaines circonstances pathologiques, ce
dernier a une grande importance pour l'excitation sexuelle. Chez les
animaux, l'influence des perceptions olfactives sur le sens gnsique
est de toute vidence. Althaus (_Beitrge zur Physiol. u. Pathol. des
Olfactorius, Arch. fr Psych._, XII, H. 1) dclare nettement que le
sens olfactif est d'une grande importance pour la reproduction de
l'espce. Il fait ressortir que les animaux de sexe diffrent sont
attirs l'un vers l'autre par la perception olfactive et que,  la
priode du rut, il s'exhale de leurs parties gnitales une odeur
pntrante. Une exprience faite par Schiff vient  l'appui de cette
assertion. Schiff a enlev les nerfs olfactifs  de jeunes chiens
nouveau-ns, et il a constat que ces mmes chiens, devenus grands,
ne pouvaient distinguer un mle d'une femelle. Mantegazza (_Hygine de
l'amour_) a fait un essai en sens inverse. Il a enlev les yeux 
des lapins et il a constat que cette dfectuosit artificielle n'a
nullement empch l'accouplement de ces animaux. Cette exprience nous
montre quelle importance parat avoir le sens olfactif dans la _vita
sexualis_ des animaux.

Il est  noter aussi que certains animaux (musc, chat de Zibeth,
castor) ont, dans les parties gnitales, des glandes qui dgagent des
matires fortement odorantes.

Mme en ce qui concerne l'homme, Althaus a mis en relief les
corrlations qui existent entre le sens olfactif et le sens gnsique.
Il cite Cloquet (_Osphrsiologie_, Paris, 1826). Celui-ci appelle
l'attention sur le pouvoir excitant des fleurs; il rappelle l'exemple
de Richelieu qui vivait dans une atmosphre imprgne des plus forts
parfums pour stimuler ses fonctions sexuelles.

Zippe (_Wiener med. Wochenschrift_, 1879, n 25), parlant d'un cas
de kleptomanie observ chez un onaniste, fait aussi ressortir ces
corrlations, et il cite comme tmoin Hildebrand qui dit, dans sa
_Physiologie populaire_: On ne peut pas nier que le sens olfactif
n'ait quelque connexit avec les fonctions sexuelles. Les parfums des
fleurs provoquent souvent des sensations de volupt et, si nous
nous rappelons ce passage du _Cantique des cantiques_: Mes mains
dgouttaient de myrrhe et la myrrhe s'est coule sur mes doigts poss
sur le verrou de la serrure,--nous verrons que le roi Salomon avait
dj fait cette observation. En Orient, les parfums sont trs aims 
cause de leur effet sur les parties gnitales, et les appartements des
femmes du Sultan exhalent l'odeur de toutes sortes de fleurs.

Most, professeur  Rostock, raconte le fait suivant: J'ai appris d'un
jeune paysan voluptueux qu'il avait excit  la volupt maintes filles
chastes et atteint facilement son but en passant, pendant la danse,
son mouchoir sous ses aisselles et en essuyant ensuite, avec ce
mouchoir, la figure de sa danseuse. La perception intime de la
transpiration d'une personne peut devenir la premire cause d'un amour
passionn. Comme preuve, nous citerons le cas de Henri III qui, 
l'occasion des noces de Marguerite de Valois avec le roi de Navarre,
s'essuya la figure avec la chemise trempe de sueur de Marie de
Clves. Bien que Marie ft la fiance du prince de Cond, Henri
conut subitement pour elle une passion si violente qu'il n'y
pouvait rsister et que, fait historique, il la rendit pour cela trs
malheureuse. On raconte un fait analogue sur Henri IV. Sa passion pour
la belle Gabrielle aurait pris naissance parce que, dans un bal, il se
serait essuy le front avec le mouchoir de cette dame.

Le professeur Jaeger (_Entdecke der Seele_) indique dans son livre le
mme fait, quand il dit (page 173) que la sueur joue un rle important
dans les affections sexuelles et qu'elle exerce une vraie sduction.

De la lecture de l'ouvrage de Ploss (_Das Weib_), il ressort que, en
psychologie, on voit maintes fois la transpiration du corps exercer
une sorte d'attraction sur une personne d'un autre sexe.

 ce propos, il faut citer un usage qui, au rapport de Jagor, exista
chez les amoureux indignes des les Philippines. Lorsqu'il arrive,
dans ce pays, qu'un couple amoureux est forc de se sparer pour
quelque temps, l'homme et la femme changent des pices de linge dont
ils se sont servis, pour s'assurer une mutuelle fidlit. Ces objets
sont soigneusement gards, couverts de baisers et renifls. La
prdilection de certains libertins et de certaines femmes sensuelles
pour les parfums[18] prouve galement la connexit qui existe entre le
sens olfactif et le sens sexuel.

[Note 18: Comparer Laycock (_Nervous diseases of women_, 1840),
qui trouve un rapport entre la prdilection pour le musc et les
parfums similaires et l'exaltation sexuelle chez les femmes.]

Il faut encore citer un cas trs remarquable, rapport par Heschl
(_Wiener Zeitschrift f. pract. Heilkunde, 22 Mrz 1861_), cas o il
a constat simultanment le manque des deux bosses olfactives
et l'atrophie des parties gnitales. Il s'agissait d'un homme de
quarante-cinq ans, bien fait, dont les testicules avaient le volume
d'une fve, taient dpourvus de canaux dfrents et dont le larynx
avait des dimensions fminines. Il y avait chez lui absence totale
de nerfs olfactifs. Le triangle olfactif et le sillon  la base
infrieure des lobes antrieurs du cerveau manquaient galement.
Les trous de la lame crible taient clairsems; au lieu de nerfs,
c'taient des prolongements de la dure-mre qui passaient par ces
trous. Sur la membrane pituitaire du nez, on constatait la mme
absence de nerfs. Il faut noter aussi le consensus qui se manifeste
nettement entre l'organe olfactif et l'organe sexuel dans certaines
maladies mentales. Les hallucinations olfactives sont trs
frquentes dans les psychoses des deux sexes qui ont pour origine la
masturbation, de mme que dans les psychoses des femmes, causes par
les maladies des parties gnitales ou les phnomnes de la mnopause;
par contre, dans les cas o il n'y a pas de causes sexuelles, les
hallucinations olfactives sont trs rares.

Je mets en doute cependant que, chez les individus normaux, les
sensations olfactives jouent, comme chez les animaux, un grand rle
dans l'excitation du centre sexuel[19].

[Note 19: L'observation suivante, que nous donne Binet, semble
contredire cette opinion. Malheureusement il ne nous a rien dit sur
la personnalit du sujet de son observation. Dans tous les cas, sa
constatation est trs significative pour la connexit qui existe entre
le sens olfactif et le sens sexuel. D..., tudiant en mdecine, tant
assis un jour sur un banc dans un square et occup  lire un livre
de pathologie, remarqua que, depuis un moment, il tait gn par une
rection persistante. En se retournant, il s'aperut qu'une femme
qui rpandait une odeur assez forte, tait assise sur l'autre bout du
banc. Il attribua  l'impression olfactive, qu'il avait ressentie sans
en avoir conscience, le phnomne d'excitation gnitale.]

Nous avons cru devoir parler, ds maintenant, de la connexit
qui existe entre le sens olfactif et le sens sexuel, tant donne
l'importance de ce consensus pour la comprhension de certains cas
pathologiques.

Il y a,  ct de ces rapports physiologiques, un fait intressant 
noter: c'est qu'il existe une certaine analogie histologique entre le
nez et les organes gnitaux, puisque tous deux (y compris le mamelon)
contiennent un tissu rectile.

J.N. Mackenzie (_Journal of medical Science_, 1884) a rapport,  ce
sujet, de curieuses observations cliniques et physiologiques. Il a
constat: 1 que chez un certain nombre de femmes, dont le nez tait
sain, il se produisait rgulirement,  l'poque de la menstruation,
une congestion des corps bulbeux du nez, qui disparaissait aprs la
menstruation; 2 le phnomne d'une menstruation nasale substitutrice
qui, plus tard, a t souvent remplace par une hmorrhagie utrine,
mais qui, dans certains cas, s'est manifeste priodiquement au moment
de la menstruation, pendant toute la dure de la vie sexuelle; 3 des
phnomnes d'irritation nasale, tels que des ternuements, etc.,
au moment d'une motion sexuelle; et 4 l'inverse de ce phnomne,
c'est--dire des excitations accidentelles du systme gnital,  la
suite d'une maladie du nez.

Mackenzie a aussi observ que, chez beaucoup de femmes atteintes de
maladies du nez, ces maladies empirent pendant la menstruation; il
a, en outre, constat que des excs _in Venere_ peuvent provoquer une
inflammation de la membrane pituitaire ou l'accentuer si elle existe
dj.

Il rappelle aussi ce fait d'exprience que les masturbateurs sont
ordinairement atteints de maladies du nez et souffrent souvent
d'impressions olfactives anormales, de mme que de rhinorrhagies.
D'aprs les expriences de Mackenzie, il y a des maladies du nez qui
rsistent  tout traitement tant qu'on n'a pas supprim les maladies
gnitales qui existent en mme temps chez le malade et qui, peut-tre,
sont la cause de la maladie nasale.

La sphre sexuelle de l'corce crbrale peut tre excite par des
phnomnes produits dans les organes gnitaux et dans le sens des
dsirs et des reprsentations sexuels. Cet effet peut tre produit par
tous les lments qui, par une action centripte, excitent le centre
d'rection (excitation des vsicules sminales quand elles sont
remplies; gonflement des follicules de Graf; excitation sensible
quelconque, produite dans le voisinage des parties gnitales;
hyperhmie et turgescence des parties gnitales, particulirement
des organes rectiles, des corps caverneux du pnis, du clitoris; vie
sdentaire et luxueuse; _plethora abdominalis_; temprature leve;
lit chaud; vtements chauds; usage de cantharide, de poivre et
d'autres pices).

Le _libido sexualis_ peut tre aussi veill par l'excitation des
nerfs du sige (flagellation). Ce fait est trs important pour la
comprhension de certains phnomnes physiologiques[20].

[Note 20: Meibomius, _De flagiorum usu in re medica_, London,
1765. Boileau: _The history of the flagellants_, London, 1783.]

Il arrive quelquefois que, par une correction applique sur le
derrire, on veille chez des garons les premiers mouvements de
l'instinct sexuel et on les pousse par l  la masturbation. C'est un
fait que les ducateurs de la jeunesse devraient bien retenir.

En prsence des dangers que ce genre de punition peut offrir aux
lves, il serait dsirable que les parents, les matres d'cole et
les prcepteurs n'y eussent jamais recours.

La flagellation passive peut veiller la sensualit, ainsi que le
prouve l'histoire de la secte des flagellants, trs rpandue aux
XIIIe, XIVe et XVe sicles, et dont les adeptes se flagellaient
eux-mmes, soit pour faire pnitence, soit pour mortifier la chair
dans le sens du principe de chastet prch par l'glise, c'est--dire
l'mancipation du joug de la volupt.

 son dbut, cette secte fut favorise par l'glise. Mais, comme la
flagellation agissait comme un stimulant de la sensualit et que ce
fait se manifestait par des incidents trs fcheux, l'glise se vit
dans la ncessit d'agir contre les flagellants. Les faits suivants,
tirs de la vie de deux hrones de la flagellation, Maria-Magdalena
de Pazzi et lisabeth de Genton, sont une preuve caractristique de la
stimulation sexuelle produite par la flagellation.

Maria-Magdalena, fille de parents d'une haute position sociale,
tait religieuse de l'ordre des Carmes,  Florence, en 1580. Les
flagellations, et plus encore les consquences de ce genre de
pnitence, lui ont valu une grande clbrit et une place dans
l'histoire. Son plus grand bonheur tait quand la prieure lui faisait
mettre les mains derrire le dos et la faisait fouetter sur les reins
mis  nu, en prsence de toutes les soeurs du couvent.

Mais les flagellations qu'elle s'tait fait donner ds sa premire
jeunesse avaient compltement dtraqu son systme nerveux; il n'y
avait pas une hrone de la flagellation qui et tant d'hallucinations
qu'elle. Pendant ces hallucinations, elle dlirait toujours d'amour.
La chaleur intrieure semblait vouloir la consumer, et elle s'criait
souvent: Assez! n'attise pas davantage cette flamme qui me dvore. Ce
n'est pas ce genre de mort que je dsire; il y aurait trop de plaisir
et trop de charmes. Et ainsi de suite. Mais l'esprit de l'Impur lui
suggrait les images les plus voluptueuses, de sorte qu'elle tait
souvent sur le point de perdre sa chastet.

Il en tait presque de mme avec lisabeth de Genton. La flagellation
la mettait dans un tat de bacchante en dlire. Elle tait prise d'une
sorte de rage quand, excite par une flagellation extraordinaire, elle
se croyait marie avec son idal. Cet tat lui procurait un bonheur
si intense qu'elle s'criait souvent: O amour! O amour infini! O
amour! O cratures, criez donc toutes avec moi: Amour! amour!

On connat aussi ce fait, confirm par Taxil (_op. cit._, p. 145), que
des viveurs se font quelquefois flageller, avant l'acte sexuel, pour
exciter leur puissance gnitale languissante.

On trouve une confirmation trs intressante de ces faits dans les
observations suivantes que nous empruntons au _Flagellum salutis_ de
Paullini (1re dition, 1698, rimprime  Stuttgart, 1847):

Il y a certaines nations, notamment les Perses et les Russes,
chez lesquels, et particulirement chez les femmes, les coups sont
considrs comme une marque particulire d'amour et de faveur. Les
femmes russes surtout ne sont contentes et joyeuses que lorsqu'elles
ont reu de bons coups de leurs maris, ainsi que nous l'explique, dans
un rcit curieux, Jean Barclajus.

Un Allemand nomm Jordan vint en Moscovie et, comme le pays lui
plaisait, il s'y tablit et pousa une femme russe qu'il aimait
beaucoup et pour laquelle il tait gentil en tous points. Mais elle
faisait toujours la mine, baissait les yeux, et ne faisait entendre
que des plaintes et des gmissements. L'poux voulut savoir pourquoi,
car il ne pouvait comprendre ce qu'elle avait. Eh! dit-elle, vous
prtendez m'aimer et vous ne m'en avez encore donn aucune preuve. Il
l'embrassa et la pria de lui pardonner si, par hasard et  son insu,
il l'avait offense: il ne recommencerait plus. Rien ne me manque,
rpondit-elle, sauf le fouet qui, selon l'usage de mon pays, est
une marque d'amour. Jordan se le tint pour dit et il se conforma 
l'usage.  partir de ce moment cette femme aima perdument son mari.

Une pareille histoire nous est raconte aussi par Peter Petreus,
d'Erlesund, avec ce dtail complmentaire, qu'au lendemain de la noce
les hommes ajoutent aux objets indispensables du mnage, un fouet.

 la page 73 de ce livre curieux, nous lisons encore:

Le clbre comte Jean Pic de la Mirandole, assure qu'un de ses amis
qui tait un gaillard insatiable, tait si paresseux et si inhabile
aux luttes amoureuses qu'il ne pouvait rien faire avant qu'il n'et
reu une bonne racle. Plus il voulait satisfaire son dsir, plus
il exigeait de coups et de violences puisqu'il ne pouvait avoir
de bonheur s'il n'avait t fouett jusqu'au sang. Dans ce but, il
s'tait fait faire une cravache spciale qu'il mettait pendant la
journe dans du vinaigre; ensuite il la donnait  sa compagne et la
priait  genoux de ne pas frapper  ct, mais de frapper fort, le
plus fort possible. C'est, dit le brave comte, le seul homme qui
trouve son plaisir dans une torture pareille. Et comme cet homme
n'tait pas mchant, il reconnaissait et dtestait sa faiblesse. Une
pareille histoire est mentionne par Coelius Rhodigin,  qui l'a
emprunte le clbre jurisconsulte Andras Tiraquell.  l'poque
du clbre mdecin Otto Brunfels, vivait dans la rsidence du grand
lecteur bavarois,  Munich, un bon gas qui, cependant, ne pouvait
jamais faire l'amour sans avoir reu auparavant des coups bien
appliqus. M. Thomas Barthelin a connu aussi un Vnitien qu'il fallait
chauffer et stimuler  l'acte sexuel par des coups. De mme Cupidon
entrane ses fidles avec une baguette d'hyacinthe. Il y a quelques
annes, vivait  Lubeck, dans la Muhlstrasse, un marchand de fromages
qui, accus d'adultre devant les autorits, devait tre expuls de
la ville. Mais la catin avec laquelle il s'tait commis, alla chez
les magistrats et demanda grce pour lui en racontant combien pnibles
taient au coupable ses accouplements. Car il ne pouvait rien
faire avant qu'on ne lui et donn une bonne vole de bois vert. Le
gaillard, par honte et de crainte d'tre ridiculis, ne voulait pas
l'avouer d'abord, mais, quand on le pressa de questions, il ne sut
plus nier. Dans les Pays-Bas runis, dit-on, il y eut un homme de
grande considration qui tait afflig de la mme maladie et qui
tait incapable de faire la bagatelle s'il n'avait pas reu des coups
auparavant. Lorsque les autorits en furent informes, cet homme fut
non seulement rvoqu de ses fonctions mais encore puni comme il le
mritait. Un ami, un physicien digne de foi, qui habitait une ville
libre de l'Empire allemand, me rapporta, le 14 juillet de l'anne
passe, comme quoi une femme de mauvaises moeurs, tant  l'hpital,
avait racont  une de ses camarades qu'un individu l'avait invite,
elle et une autre femme de la mme catgorie,  aller avec lui dans
la fort. Lorsqu'elles furent arrives, le gaillard coupa des verges,
exposa son derrire tout nu et ordonna aux femmes de taper dessus, ce
qu'elles firent. Ce qu'il a fait ensuite avec les femmes, on peut
le deviner facilement. Non seulement des hommes se sont excits 
la lubricit par les coups, mais des femmes aussi, afin de jouir
davantage. La Romaine se faisait fouetter dans ce but par Lupercus.
Car ainsi chante Juvnal:

        _Steriles moriuntur, et illis
    Turgida non prodest condita pyscido Lyde:
    Nec prodest agili palmas prbere Luperco._

Il y a, chez la femme ainsi que chez l'homme, d'autres rgions et
organes rectibles qui peuvent produire l'rection, l'orgasme et mme
l'jaculation. Ces zones rognes sont chez la femme, tant qu'elle
est _virgo_, le clitoris, et, aprs la dfloration, le vagin et le col
de l'utrus.

Le mamelon surtout semble avoir un effet rogne chez la femme.
La _titillatio hujus regionis_ joue un rle important dans l'_Ars
erotica_. Dans son _Anatomie topographique_ (dition de 1865, p. 552),
Hyrtl cite Valentin Hildenbrandt qui avait observ, chez une jeune
fille, une anomalie particulire du penchant sexuel, qu'il appelait
_suctusstupratio_. Cette jeune fille s'tait laiss tter les mamelons
par son galant. Bientt, en tirant, elle arriva  pouvoir les sucer
elle-mme, ce qui lui causait les sensations les plus agrables. Hyrtl
rappelle,  ce propos, qu'on voit quelquefois des vaches qui ttent
leurs propres ttines.

L. Brunn (_Zeitg f. Litteratur, etc., d. Hamburger Correspondenten_)
fait remarquer, dans une tude intressante sur La sensualit et
l'amour du prochain, avec quel zle la mre qui nourrit elle-mme son
nourrisson, s'occupe de faire tter l'enfant. Elle le fait, dit-il,
par amour pour l'tre faible, incomplet, impuissant.

Il est tout indiqu de supposer, qu'en dehors des mobiles thiques
dont nous venons de faire mention, que le fait de donner  tter 
l'enfant produit peut-tre une sensation de plaisir charnel et joue
un rle assez important. Ce qui plaide en faveur de cette hypothse,
c'est une observation de Brunn, observation trs juste en elle-mme,
bien que mal interprte. Il rappelle que, d'aprs les observations
de Houzeau, chez la plupart des animaux, la tendresse intime entre la
mre et l'enfant n'existe que pendant la priode de l'allaitement et
qu'elle fait place, plus tard,  une indiffrence complte.

Le mme fait (l'affaiblissement de l'affection pour l'enfant aprs le
sevrage) a t observ par Bastian chez certains peuples sauvages.

Dans certains tats pathologiques, ainsi que cela ressort de la thse
de doctorat de Chambard, des endroits du corps voisins des mamelles
(chez les hystriques) ou des parties gnitales peuvent jouer le rle
de zones rognes.

Chez l'homme, la seule zone rogne, au point de vue physiologique,
c'est le gland et peut-tre aussi la peau des parties extrieures des
organes gnitaux. Dans certains cas pathologiques, l'anus peut
devenir rogne--cela expliquerait l'automasturbation anale, cas
trs frquent, et la pdrastie passive (Comparez Garnier, _Anomalies
sexuelles_, Paris, p. 514, et A. Moll, _L'Inversion sexuelle_, p.
163).

Le processus psychophysiologique qui forme le sens sexuel, est ainsi
compos:

1 Reprsentations voques par le centre ou par la priphrie;

2 Sensations de plaisir qui se rattachent  ces vocations.

Il en rsulte le dsir de la satisfaction sexuelle (_libido
sexualis_). Ce dsir devient plus fort  mesure que l'excitation du
cne crbral, par des images correspondantes et par l'intervention
de l'imagination, accentue les sensations de plaisir, et que,
par l'excitation du centre d'rection et l'hyperhmie des organes
gnitaux, ces sensations de plaisir sont pousses jusqu'aux sensations
de volupt (scrtion de _liquor prostaticus_ dans l'urthre, etc.).

Si les circonstances sont favorables  l'accomplissement de l'acte
sexuel et satisfont l'individu, il cdera au penchant qui devient de
plus en plus vif. Dans le cas contraire, il se produit des ides qui
font cesser le rut, entravent la fonction du centre d'rection et
empchent l'acte sexuel.

Les ides qui arrtent les dsirs sexuels doivent tre  la porte
de l'homme civilis, chose importante pour lui. La libert morale
de l'individu dpend, d'une part, de la puissance des dsirs et des
sentiments organiques qui accompagnent la pousse sexuelle; d'autre
part, des ides qui lui opposent un frein.

Ces deux lments dcident si l'individu doit ou non aboutir  la
dbauche et mme au crime. La constitution physique et, en gnral,
les influences organiques exercent une puissante action sur la force
des lments impulsifs; l'ducation et la volont morale sont les
mobiles des ides de rsistance.

Les forces impulsives et les forces d'arrt sont choses variables.
L'abus de l'alcool produit  ce sujet une influence nfaste, puisqu'il
veille et augmente le _libido sexualis_ et diminue en mme temps la
force de rsistance morale.


LA COHABITATION[21]

[Note 21: Comparez Roubaud: _Trait de l'impuissance et de la
strilit_, Paris, 1878.]

La condition fondamentale pour l'homme, c'est une rection suffisante.
Anjel fait observer (_Archiv fr Psychiatrie_, VIII, H. 2) avec raison
que, dans l'excitation sexuelle, ce n'est pas seulement le centre
d'rection qui est excit, mais que l'excitation nerveuse se rpand
sur tout le systme vaso-moteur des nerfs. La preuve en est: la
turgescence des organes pendant l'acte sexuel, l'injection des
_conjunctiva_, la prominence des bulbes, la dilatation des pupilles,
les battements du coeur (par paralysie des nerfs vaso-moteurs
du coeur qui viennent du sympathique du cou, ce qui produit une
dilatation des artres du coeur et ensuite l'hyperhmie et un plus
fort branlement des ganglions cardiaques). L'acte sexuel va de pair
avec une sensation de volupt qui, chez l'homme, est probablement
provoque par le passage du sperme  travers les canaux jaculateurs
dans l'urthre, effet de l'excitation sensible des parties gnitales.
La sensation de volupt se produit chez l'homme plus tt que chez
la femme, s'accrot comme une avalanche au moment o l'jaculation
commence et atteint son maximum au moment de l'jaculation complte,
pour disparatre rapidement _post ejaculationem_.

Chez la femme la sensation de volupt se manifeste plus tard,
s'accrot lentement, et subsiste dans la plupart des cas aprs
l'jaculation.

Le fait le plus dcisif dans la cohabitation, c'est l'jaculation.
Cette fonction dpend d'un centre (gnito-spinal) dont Budge a
dmontr l'existence et qu'il a plac  la hauteur de la quatrime
vertbre lombaire. Ce centre est un centre rflexe, il est excit par
le sperme qui,  la suite de l'excitation du gland, est pouss
par phnomne rflexe hors des vsicules sminales dans la portion
membraneuse de l'urthre. Quand ce passage de la semence, qui a lieu
avec une sensation de volupt croissante, reprsente une quantit
suffisante pour agir assez fortement sur le centre d'jaculation, ce
dernier entre en action. La voie motrice du rflexe se trouve dans le
quatrime et le cinquime nerf lombaire. L'action consiste dans
une agitation convulsive du muscle bulbo-caverneux (innerv par les
troisime et quatrime nerfs sacrs) et ainsi le sperme est projet au
dehors.

Chez la femme aussi il se produit un mouvement rflexe quand elle se
trouve au maximum de l'agitation sexuelle et voluptueuse. Il commence
par l'excitation des nerfs sensibles des parties gnitales et consiste
en un mouvement pristaltique dans les trompes et l'utrus jusqu' la
_portio vaginalis_, ce qui fait sortir la glaire tubaire et utrine.

Le centre d'jaculation peut tre paralys par des influences venant
de l'corce crbrale (cot  contre-coeur, en gnral motions
morales, et quelque peu par influence de la volont).

Dans les conditions normales, l'acte sexuel termin, l'rection et le
_libido sexualis_ disparaissent, et l'excitation psychique et sexuelle
fait place  une dtente agrable.




III

NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE GNRALE[22]

    Frquence et importance des symptmes pathologiques.--Tableau
    des nvroses sexuelles.--Irritation du centre d'rection.--Son
    atrophie.--Arrts dans le centre d'rection.--Faiblesse
    et irritabilit du centre.--Les nvroses du centre
    d'jaculation.--Nvroses crbrales.--Paradoxie ou instinct
    sexuel hors de la priode normale.--veil de l'instinct
    sexuel dans l'enfance.--Renaissance de cet instinct dans la
    vieillesse.--Aberration sexuelle chez les vieillards explique
    par l'impuissance et la dmence.--Anesthsie sexuelle ou
    manque d'instinct sexuel.--Anesthsie congnitale;
    anesthsie acquise.--Hyperesthsie ou exagration morbide
    de l'instinct.--Causes et particularits de cette
    anomalie.--Paresthsie du sens sexuel ou perversion de
    l'instinct sexuel.--Le sadisme.--Essai d'explication
    du sadisme.--Assassinat par volupt
    sadique.--Anthropophagie.--Outrages aux cadavres.--Brutalits
    contre les femmes; la manie de les faire saigner ou de
    les fouetter.--La manie de souiller les femmes.--Sadisme
    symbolique.--Autres actes de violence contre les
    femmes.--Sadisme sur des animaux.--Sadisme sur n'importe quel
    objet.--Les fouetteurs d'enfants.--Le sadisme de la femme.--La
    _Penthsile_ de Kleist.--Le masochisme.--Nature et symptmes
    du masochisme.--Dsir d'tre brutalis ou humili dans le but
    de satisfaire le sens sexuel.--La flagellation passive dans
    ses rapports avec le masochisme.--La frquence du masochisme
    et ses divers modes.--Masochisme symbolique.--Masochisme
    d'imagination.--Jean-Jacques Rousseau.--Le masochisme chez
    les romanciers et dans les crits scientifiques.--Masochisme
    dguis.--Les ftichistes du soulier et du pied.--Masochisme
    dguis ou actes malpropres commis dans le but de s'humilier
    et de se procurer une satisfaction sexuelle.--Masochisme chez
    la femme.--Essai d'explication du masochisme.--La servitude
    sexuelle.--Masochisme et sadisme.--Le ftichisme; explication
    de son origine.--Cas o le ftiche est une partie du corps
    fminin.--Le ftichisme de la main.--Les difformits comme
    ftiches.--Le ftichisme des nattes de cheveux; les coupeurs
    de nattes.--Le vtement de la femme comme ftiche.--Amateurs
    ou voleurs de mouchoirs de femmes.--Les ftichistes du
    soulier.--Une toffe comme ftiche.--Les ftichistes de
    la fourrure, de la soie et du velours.--L'inversion
    sexuelle.--Comment on contracte cette disposition.--La nvrose
    comme cause de l'inversion sexuelle acquise.--Degrs de
    la dgnrescence acquise.--Simple inversion du sens
    sexuel.--viration et dfmination.--La folie des
    Scythes.--Les Mujerados.--Les transitions  la mtamorphose
    sexuelle.--Mtamorphose sexuelle paranoque.--L'inversion
    sexuelle congnitale.--Diverses formes de cette
    maladie.--Symptmes gnraux.--Essai d'explication de
    cette maladie.--L'hermaphrodisme psychique.--Homosexuels
    ou uranistes.--Effmination ou viraginit.--Androgynie et
    gynandrie.--Autres phnomnes de perversion sexuelle chez
    les individus atteints d'inversion sexuelle.--Diagnostic,
    pronostic et thrapeutique de l'inversion sexuelle.

[Note 22: Sources: Parent-Duchatelet, _Prostitution dans la
ville de Paris_, 1837.--Rosenbaum, _Entstehung der Syphilis_, Halle,
1839.--Le mme, _Die Lustseuche im Alterthum_, Halle, 1839.--Descuret,
_La mdecine des passions_, Paris, 1860.--Casper, _Klin. Novellen_,
1863.--Bastian, _Der Mensch in der Geschichte_.--Friedlnder,
_Sittengeschichte Roms_.--Wiedemeister, _Csarenwahnsinn_.--Scherr,
_Deutsche Kultur und Sittengeschichte_, t. I, chap. IX.--Tardieu,
_Des attentats aux moeurs_, 7e dit., 1878.--Emminghaus,
_Psychopathologie_, pp. 98, 225, 230, 232.--Schle, _Handbuch der
Geisteskrankheiten_, p. 114.--Marc, _Die Geisteskrankheiten_, trad.
par Ideler, II, p. 128.--V. Krafft, _Lehrb. d. Psychiatrie_, 7e dit.,
p. 90; _Lehrb. d. ger. Psychopathol._, 3e dit, p. 279; _Archiv f.
Psychiatrie_, VII, 2.--Moreau, _Des aberrations du sens gnsique_,
Paris, 1880.--Kirn, _Allg. Zeitschrift f. Psychiatrie_, XXXIX, cahiers
2 et 3.--Lombroso, _Instinct sexuel et crimes dans leurs rapports
(Goltdammers Archiv_, t. XXX).--Tarnowsky, _Die Krankhaften
Erscheinungen des Geschlechtssinne_, Berlin, 1886.--Ball, _La Folie
rotique_, Paris, 1888.--Srieux, _Recherches cliniques sur les
anomalies de l'instinct sexuel_, Paris, 1888.--Hammond, _Sexuelle
Impotenz_, traduit par Sallinger, Berlin, 1889.]


Chez les hommes civiliss de notre poque les fonctions sexuelles se
manifestent trs souvent d'une manire anormale. Cela s'explique en
partie par les nombreux abus gnitaux, en partie aussi par ce fait que
ces anomalies fonctionnelles sont souvent le signe d'une disposition
morbide du systme nerveux central, disposition rsultant, dans
la plupart des cas, de l'hrdit. (Symptmes fonctionnels de
dgnrescence.)

Comme les organes de la gnration ont une importante corrlation
fonctionnelle avec tout le systme nerveux, rapports psychiques et
somatiques, la frquence des nvroses et psychoses gnrales dues
aux maladies sexuelles (fonctionnelles ou organiques), se comprend
facilement.


TABLEAU SCHMATIQUE DES NVROSES SEXUELLES

I.--NVROSES PRIPHRIQUES

1 SENSITIVES

a, _Anesthsie_; b, _Hyperesthsie_; c, _Nvralgie_.

2 SCRTOIRES

a, _Aspermie_; b, _Polyspermie_.

3 MOTRICES

a, _Pollutions (spasmes)_; _Spermatorrhe (paralysie)_.


II.--NVROSES SPINALES

1 AFFECTIONS DU CENTRE D'RECTION

_a) L'excitation_ (priapisme) se produit par une action rflexe due 
des excitations sensitives priphriques, directement par l'excitation
organique des voies de communication du cerveau au centre d'rection
(maladies spinales de la partie infrieure de la moelle cervicale et
de la partie suprieure de la moelle dorsale) ou du centre lui-mme
(certains poisons) ou enfin par des excitations psychiques.

Dans ce dernier cas, il y a satyriasis, c'est--dire prolongation
anormale de l'rection et du _libido sexualis_. Quand il y a seulement
excitation rflexe ou excitation directe organique, le _libido_ peut
faire dfaut et le priapisme tre accompagn d'un sentiment de dgot.

_b) La paralysie_ provient de la destruction du centre ou des voies
de communication (_nervi erigentes_), dans les maladies de la moelle
pinire (impuissance paralytique).

Une forme attnue de cet tat est la diminution de la sensibilit du
centre par le surmenage (suite des excs sexuels, surtout onanisme) ou
par l'intoxication due  des sels de brome, etc. Cette paralysie peut
tre accompagne d'une anesthsie crbrale, souvent d'une anesthsie
des parties gnitales externes. Souvent il se produit dans ce cas de
l'hyperesthsie crbrale (_libido sexualis_ accentu, lubricit).

Une forme particulire de l'anesthsie incomplte se produit dans les
cas o le centre n'est sensible qu' certaines excitations spciales
auxquelles il rpond par l'rection. Ainsi il y a des hommes chez qui
le contact sexuel avec une pouse chaste ne donne pas une excitation
suffisante pour amener l'rection, mais chez qui l'rection se
produit quand ils viennent  coter avec une prostitue ou qu'ils
accomplissent un acte sexuel contre nature. Les excitations
psychiques, en tant qu'elles peuvent venir en compte dans ces cas,
peuvent tre cependant inadquates (voir plus bas paresthsie et
perversions du sens sexuel).

_c) Entraves_.--Le centre d'rection peut devenir incapable de
fonctionner par suite des influences crbrales. Ainsi agissent
certaines motions (dgot, crainte des maladies vnriennes), ou bien
la crainte de n'avoir pas la puissance ncessaire[23].

[Note 23: Magnan cite un exemple intressant dans lequel une
obsession de nature non sexuelle peut entrer en jeu (Voir _Ann.
md.-psych._, 1885). Un tudiant de vingt et un ans, trs charg au
point de vue de l'hrdit, autrefois onaniste, a continuellement 
lutter contre l'obsession du chiffre 13. Toutes les fois qu'il veut
se livrer au cot, cette obsession du chiffre 13 empche chez lui
l'rection et rend l'acte impossible.]

Dans le premier cas, rentrent souvent les hommes qui ont pour la femme
une aversion invincible, ou qui craignent une infection, ou encore
ceux qui sont atteints d'une perversion sexuelle; dans le deuxime cas
rentrent les nvropathes (neurasthniques hypocondriaques), souvent
aussi des gens dont la puissance gnitale est affaiblie (onanistes),
des gens qui ont une raison ou croient en avoir une de se mfier de
leur puissance gnsique.

Cet tat psychique agit comme entrave, et rend l'acte sexuel avec une
personne de l'autre sexe temporairement ou pour jamais impossible.

_d) Dbilit sensitive_.--Il existe alors une sensibilit anormale
avec relchement rapide de l'nergie du centre. Il peut s'agir
d'un drangement fonctionnel du centre lui-mme, ou d'une faiblesse
d'innervation des _nervi erigentes_, ou enfin d'une faiblesse du
muscle ischio-caverneux. Avant de passer aux anomalies qui vont
suivre, il faut encore faire mention des cas o, par suite d'une
jaculation anormalement htive, l'rection est insuffisante.

2 AFFECTIONS DU CENTRE D'JACULATION

_a) L'jaculation anormalement facile_ est due au manque d'arrt
crbral qui se manifeste par suite d'une trop grande excitation
psychique, ou d'une faiblesse sensitive du centre. Dans ce cas, une
simple ide lascive suffit, dans certaines circonstances, pour mettre
en action le centre trs entach de neurasthnie spinale, pour la
plupart des cas par suite d'abus sexuels. Une troisime possibilit,
c'est l'hyperesthsie de l'urthre: le sperme en sortant provoque une
action rflexe immdiate et trs vive du centre d'jaculation. Dans ce
cas, la seule approche des parties gnitales de la femme peut suffire
pour amener l'jaculation _ante portam_.

Quand l'hyperesthsie urthrale intervient causalement, l'jaculation
peut produire un sentiment de douleur au lieu d'un sentiment de
volupt. Dans la plupart des cas d'hyperesthsie urthrale, il y a
faiblesse sensitive du centre.

Ces deux troubles fonctionnels sont importants dans l'tiologie de la
_pollutio nimia_ et _diurna_.

La sensation de volupt peut pathologiquement faire dfaut. Cela peut
se rencontrer chez des hommes ou des femmes hrditairement chargs
(anesthsie, aspermie),  la suite de maladies (neurasthnie,
hystrie), ou  la suite de surexcitations suivies d'affaissement
(chez les mrtrices).

Le degr de l'motion motrice et psychique qui se manifeste pendant
l'acte sexuel dpend de l'intensit de la sensation voluptueuse. Dans
certains tats pathologiques, cette motion peut tellement s'accrotre
que les mouvements du cot prennent un caractre convulsif, soustrait
 l'influence de la volont, et peuvent mme se transformer en
convulsions gnrales.

_b) Difficult anormale de l'jaculation_.--Elle est cause par
l'insensibilit du centre (absence du _libido_, atrophie organique du
centre par des maladies du cerveau et de la moelle pinire,
atrophie fonctionnelle  la suite d'abus sexuels, marasme, diabte,
morphinisme). Dans ce cas, l'atrophie du centre est souvent
accompagne de l'anesthsie des parties gnitales. Elle peut tre
aussi la consquence d'une lsion de l'arc rflexe ou de l'anesthsie
priphrique (urthrale) ou de l'aspermie. L'jaculation ne se produit
pas au cours de l'acte sexuel, ou trs tardivement, ou enfin aprs
coup sous forme de pollution.


III.--NVROSES CRBRALES

1 _Paradoxie_, c'est--dire motions sexuelles produites en dehors
de l'poque des processus anatomico-physiologiques dans la zone des
parties gnitales.

2 _Anesthsie_ (manque de penchant sexuel).--Ici toutes les
impulsions organiques donnes par les parties gnitales, de mme que
toutes les reprsentations, toutes les impressions optiques, auditives
et olfactives, laissent l'individu dans l'indiffrence sexuelle.
Physiologiquement ce phnomne se produit dans l'enfance et dans la
vieillesse.

3 _Hyperesthsie_ (penchant augment jusqu'au satyriasis).--Ici, il y
a une aspiration anormalement vive pour la vie sexuelle, dsir qui est
provoqu par des excitations organiques, psychiques et sensorielles.
(Acuit anormale du _libido_, lubricit insatiable.) L'excitation peut
tre centrale (nymphomanie, satyriasis), priphrique, fonctionnelle,
organique.

4 _Paresthsie_ (perversion de l'instinct sexuel), c'est--dire
excitation du sens sexuel par des objets inadquats.

Ces anomalies crbrales tombent dans le domaine de la
psychopathologie. Les anomalies spinales et priphriques peuvent se
combiner avec celles-ci. Ordinairement elles se rencontrent chez
des individus non atteints de maladies mentales. Elles peuvent se
prsenter sous diverses combinaisons et devenir le mobile de dlits
sexuels. C'est pour cette raison qu'elles demandent  tre traites 
fond dans l'expos qui va suivre. L'intrt principal, cependant, doit
revenir aux anomalies causes par le cerveau, ces anomalies poussant
souvent  des actes pervers et mme criminels.


A.--PARADOXIE.--INSTINCT SEXUEL EN DEHORS DE LA PRIODE DES PROCESSUS
ANATOMICO-PHYSIOLOGIQUES

1 _Instinct sexuel dans l'enfance._--Tout mdecin neuro-pathologue
et tout mdecin d'enfants savent que les mouvements de la vie sexuelle
peuvent se manifester chez les petits enfants. Il faut citer, 
ce propos, les communications trs remarquables d'Ultzmann sur la
masturbation dans l'enfance[24].

[Note 24: Louyer-Villermay rapporte ainsi un cas d'onanisme chez
une fille de trois  quatre ans; de mme, Moreau (_Aberrations du
sens gnsique_, 2e dit., p. 209) parle d'un enfant de deux ans.
 consulter Maudsley: _Physiologie et Pathologie de l'me_, p. 218;
Hirschsprung (Kopenhagen), _Berlin. klin. Wochenschrift_, 1886, n 38;
Lombroso, _L'Uomo delinquente_.]

Il faut bien distinguer les cas nombreux o,  la suite de phimosis,
balanites, oxyures dans l'anus ou dans le vagin, les enfants prouvent
des dmangeaisons aux parties gnitales, y font des attouchements, en
ressentent une sorte de volupt et arrivent ainsi  la masturbation.
Il faut bien sparer de tous ces cas ceux o, sans aucune cause
priphrique, mais uniquement par des processus crbraux, l'enfant
prouve des dsirs et des penchants sexuels. Dans ces derniers cas
seulement il s'agit d'une manifestation prcoce de la vie sexuelle.
Il est probable qu'on se trouve l en prsence d'un phnomne partiel
d'un tat morbide neuro-psychopathique. Une observation de Marc (_Les
maladies mentales_) nous fournit une preuve frappante de cet tat. Le
sujet tait une fille de huit ans, issue d'une famille trs honorable
et qui, dnue de tout sentiment moral, se livrait  la masturbation
depuis l'ge de quatre ans. _Prterea cum pueris, decem usque duodecim
annos natis, stupra fecit._ Elle tait hante par l'ide d'assassiner
ses parents pour hriter et pour pouvoir s'amuser ensuite avec des
hommes.

Dans ces cas de _libido_ prcoce, les enfants sont amens  la
masturbation, et, comme ils sont fortement tars, ils aboutissent
souvent  l'idiotie ou aux formes graves des nvroses ou psychoses
dgnratives.

Lombroso (_Archiv. di Psychiatria_, IV. p. 22) a recueilli des
documents sur des enfants hrditairement tars. Il parle, entre
autres, d'une fille de trois ans qui se masturbait sans cesse et sans
vergogne. Une autre fille a commenc  l'ge de huit ans et a continu
 s'onaniser aprs son mariage, surtout pendant la dure de sa
grossesse. Elle a accouch douze fois. Cinq de ses enfants sont morts
trs jeunes; quatre taient des hydrocphales, deux (des garons) se
sont livrs  la masturbation, l'un  partir de l'ge de quatre ans,
l'autre  partir de l'ge de sept ans.

Zambacco (_L'Encphale_, 1882, n 12) raconte l'histoire abominable
de deux soeurs avec prcocit et perversion du sens sexuel. L'ane,
R..., se masturbait dj  l'ge de sept ans, _stupra cum pueris
faciebat_, volait quand elle pouvait le faire, _sororem quatuor
annorum ad masturbationem illixit_, faisait  l'ge de dix ans les
actes les plus hideux, ne put pas mme tre dtourne de sa rage par
le _ferrum candens ad clitoridem_; elle se masturba une fois avec
la soutane d'un prtre pendant que celui-ci l'exhortait  s'amender,
etc., etc.

2 _Rveil du penchant sexuel  l'ge de snilit._--Il y a des cas
rares o l'instinct sexuel se conserve jusqu' un ge trs avanc.
_Senectus non quidem annis sed viribus magis stimatur_ (Zittmann).
OEsterlen (_Maschkas Handbuch_, III, p. 18) rapporte mme le cas
d'un vieillard de quatre-vingt-trois ans qui fut condamn par une cour
d'assises wurtembergeoise  trois ans de travaux forcs pour dlit
contre les moeurs. Malheureusement il ne dit rien du genre du dlit
ni de l'tat psychique de l'accus.

Les manifestations de l'instinct sexuel  un ge trs avanc ne
constituent pas, par elles-mmes, un cas pathologique. Mais il faut
ncessairement admettre des conditions pathologiques quand l'individu
est us (dcrpitude), quand sa vie sexuelle est dj teinte depuis
longtemps, et quand, chez un homme dont autrefois peut-tre les
besoins sexuels n'taient pas trs forts, l'instinct se manifeste
avec une grande puissance et demande  tre satisfait imprieusement,
souvent mme se pervertit.

Dans de pareils cas, le bon sens fera souponner l'existence de
conditions pathologiques. La science mdicale a bien tabli qu'un
penchant de ce genre est bas sur des changements morbides dans le
cerveau, altrations qui peuvent mener  l'idiotie snile (gagasme,
gtisme).

Ce phnomne morbide de la vie sexuelle peut tre le prcurseur de la
dmence snile et se prsente longtemps avant qu'il existe des faits
manifestes de faiblesse intellectuelle. L'observateur attentif
et expriment pourra toujours dmontrer, mme dans cette
phase prodromique, un changement de caractre _in pejus_ et un
affaiblissement du sens moral qui va de pair avec cet trange rveil
sexuel. Le _libido_ de l'homme qui est sur le point de tomber en
dmence snile, se manifeste au dbut par des paroles et des gestes
lascifs. Les enfants sont les premiers attaqus par ces vieillards
cyniques, qui sont en train de verser dans l'atrophie crbrale, et
dans la dgnrescence psychique. Les occasions plus faciles d'aborder
les enfants, et aussi la conscience d'une puissance dfectueuse,
peuvent expliquer ce fait attristant; une puissance gnsique
dfectueuse et un sens moral trs abaiss expliquent encore pourquoi
les actes sexuels de ces vieillards sont toujours pervers. Ce sont des
quivalents de l'acte physiologique dont ils ne sont plus capables.
Comme tels, les annales de la mdecine lgale enregistrent
l'exhibition des parties gnitales (voir Lasgue: _Les
exhibitionnistes. Union mdicale_, 1871, 1er mai), l'attouchement
voluptueux des parties gnitales des enfants (Legrand du Saulle, _La
folie devant les tribunaux_, p. 30), l'excitation des enfants 
la masturbation du sducteur, l'onanisation de la victime (Hirn,
_Maschkas Handbuch d. ger. Med._, p. 373), la flagellation des
enfants.

Dans cette phase, l'intelligence du vieillard peut encore tre assez
conserve pour qu'il cherche  viter l'clat et les rvlations,
tandis que son sens moral a trop baiss pour qu'il puisse juger de la
moralit de l'acte et pour qu'il puisse rsister  son penchant.
Avec l'apparition de la dmence, ces actes deviennent de plus en plus
honts. Alors la proccupation d'impuissance disparat et le malade
recherche des adultes; mais sa puissance gnsique dfectueuse
le rduit  se contenter des quivalents du cot. Dans ce cas, le
vieillard est souvent amen  la sodomie, et alors, comme le fait
remarquer Tarnoswsky (_op. cit._, p. 77), dans l'acte sexuel avec des
oies, des poules, etc., l'aspect de l'animal mourant, ses mouvements
convulsifs procurent une satisfaction complte au malade. Les actes
sexuels pervers accomplis sur des adultes sont aussi abominables et
aussi psychologiquement comprhensibles d'aprs les faits que nous
venons de mentionner.

L'observation 49 de mon trait de _Psychopathologie lgale_ nous
montre combien le dsir sexuel peut devenir intense au cours de
la _dementia senilis quum senex libidinosus germanam suam filiam
mulatione motus necaret et adspectu pectoris csi puell moribund
delectaretur_.

Dans le cours de cette maladie, des dlires rotiques peuvent se
produire avec pisodes maniaques ou sans ces pisodes, ainsi que cela
ressort du fait suivant.

    OBSERVATION 1.--J. Ren s'est adonn de tout temps aux
    plaisirs sexuels, mais en gardant le dcorum. Il a, depuis
    l'ge de soixante-seize ans, montr un affaiblissement graduel
    de ses facults mentales en mme temps qu'une augmentation
    progressive dans la perversion du sens moral. Autrefois avare
    et de trs bonne tenue, _consumpsit bona sua cum meretricibus,
    lupanaria frequentabat, ab omni femina in via occurrente,
    ut uxor fiat sua voluit, aut ut coitum concederet_, et il
    a tellement offens les moeurs publiques, qu'il a fallu
    l'interner dans une maison d'alins. L, son excitation
    sexuelle se surexcita et devint un tat de vritable
    satyriasis qui dura jusqu' sa mort. Il se masturbait sans
    cesse, mme en public, divaguait sur des ides obscnes; il
    prenait les hommes de son entourage pour des femmes et les
    poursuivait de ses sales propositions (Legrand du Saulle, _La
    Folie_, p. 533).

    Un pareil tat d'excitation sexuelle exagre (nymphomanie,
    _furor uterinus_) peut se produire chez des femmes tombes
    en _dementia senilis_, bien qu'elles aient t auparavant des
    femmes trs convenables.

Il ressort de la lecture de Schopenhauer (_Le monde comme volont et
comme reprsentation_, 1859, t. II, p. 461) que, dans la _dementia
senilis_, le penchant morbide et pervers peut se porter exclusivement
vers les personnes du sexe du malade (voir plus loin). La manire de
satisfaire ce penchant est, dans ce cas, la pdrastie passive ou la
masturbation mutuelle, comme je l'ai constat dans le cas suivant.

    OBSERVATION 2.--M. X..., quatre-vingts ans, d'une haute
    position sociale, issu d'une famille tare, cynique, a
    toujours eu de grands besoins sexuels. Selon son propre aveu,
    il prfrait, tant encore jeune homme, la masturbation au
    cot. Il eut des matresses, fit  l'une d'elles un enfant, se
    maria par amour  l'ge de quarante-huit ans et fit encore six
    enfants; durant la priode de sa vie conjugale, il ne donna
    jamais  son pouse aucun motif de se plaindre. Je ne pus
    avoir que des dtails incomplets sur sa famille. Il est
    cependant tabli que son frre tait souponn d'amour
    homosexuel et qu'un de ses neveux est devenu fou  la suite
    d'excs de masturbation. Depuis des annes, le caractre du
    patient qui tait bizarre et sujet  des explosions violentes
    de colre, est devenu de plus en plus excentrique. Il est
    devenu mfiant et la moindre contrarit dans ses dsirs le
    met dans un tat qui peut provoquer des accs de rage pendant
    lesquels il lve mme la main sur son pouse.

    Depuis un an on a remarqu chez lui des symptmes nets de
    _dementia senilis incipiens_. La mmoire s'est affaiblie; il
    se trompe sur les faits du pass et parfois ne sait plus
    s'y reconnatre. Depuis quatorze mois, on constate chez ce
    vieillard de vritables explosions d'amour pour certains
    de ses domestiques hommes, particulirement pour un garon
    jardinier. D'habitude tranchant et hautain envers ses
    subalternes, il comble ce favori de faveurs et de cadeaux,
    et ordonne  sa famille ainsi qu'aux employs de sa maison de
    montrer la plus grande dfrence  ce garon. Il attend,
    dans un tat de vritable rut, les heures de rendez-vous. Il
    loigne de la maison sa famille pour pouvoir rester seul et
    sans gne avec son favori; il s'enferme avec lui pendant des
    heures entires et, quand les portes se rouvrent, on trouve
    le vieillard tout puis, couch sur son lit. En dehors de cet
    amant, ce vieillard a encore priodiquement des rapports avec
    d'autres domestiques mles. _Hoc constat amatos eum ad se
    trahere, ab iis oscula concupiscere, genitalia sua tangi
    jubere itaque masturbationem mutuam fieri._ Ces manies
    produisent chez lui une vritable dmoralisation. Il n'a plus
    conscience de la perversit de ses actes sexuels, de sorte que
    son honorable famille est dsole et n'a d'autre recours que
    de le mettre sous tutelle, de le placer dans une maison de
    sant. On n'a pu constater chez lui d'excitation rotique
    pour l'autre sexe, bien qu'il partage encore avec sa femme
    la chambre  coucher commune. En ce qui concerne la sexualit
    pervertie et le complet affaissement du sens moral de ce
    malheureux, il est  remarquer, comme fait curieux, qu'il
    questionne les servantes de sa belle-fille pour savoir si
    cette dernire n'a pas d'amant.

B.--ANESTHSIE (MANQUE DE PENCHANT SEXUEL)

1 _Comme anomalie congnitale._--On ne peut considrer comme exemples
incontestables d'absence du sens sexuel, occasionne par des causes
crbrales, que les cas dans lesquels, malgr le dveloppement et le
fonctionnement normal des parties gnitales (production du sperme,
menstruation), tout penchant pour la vie sexuelle manque absolument
ou a manqu de tout temps. Ces individus sans sexe, au point de
vue fonctionnel, sont trs rares. Ce sont des tres dgnrs chez
lesquels on peut rencontrer des troubles crbraux fonctionnels,
des symptmes de dgnrescence psychique et mme des stigmates de
dgnrescence anatomique. Legrand du Saulle cite un cas classique
et qui rentre dans cette catgorie (_Annales mdico-psychol._, 1876,
mai.)

    OBSERVATION 3.--D..., trente-trois ans, n d'une mre atteinte
    de la monomanie de la perscution. Le pre de cette femme
    tait galement atteint de la monomanie de la perscution
    et finit par le suicide. La mre tait folle, et la mre de
    celle-ci a t prise de folie puerprale. Trois frres du
    malade sont morts en bas ge, un autre survivant tait d'un
    caractre anormal. D... tait dj,  l'ge de treize ans,
    hant par l'ide qu'il deviendrait fou.  l'ge de quatorze
    ans, il fit une tentative de suicide.

    Plus tard, vagabondage; comme soldat, frquents actes
    d'insubordination et folies.

    Il tait d'une intelligence borne, ne prsentait aucun
    symptme de dgnrescence, avait les parties gnitales
    normales, et eut,  l'ge de dix-sept ou dix-huit ans, des
    coulements de sperme. Il ne s'est jamais masturb, n'a
    jamais eu de sentiments sexuels et n'a jamais dsir avoir des
    rapports avec les femmes.

    OBSERVATION 4.--P..., trente-six ans, journalier, a t reu
    au commencement du mois de novembre dans ma clinique pour
    une paralysie spinale spasmodique. Il prtend tre issu d'une
    famille bien portante. Depuis l'enfance il est bgue. Le crne
    est microcphale. Le malade est un peu niais. Il n'a jamais
    t sociable et n'a jamais eu de penchants sexuels. L'aspect
    d'une femme ne lui dit rien. Jamais il ne s'est manifest
    chez lui de penchant pour la masturbation. Il a des rections
    frquentes, mais seulement le matin,  l'heure du rveil,
    lorsque la vessie est pleine; il n'y a pas trace d'excitation
    sexuelle. Les pollutions chez lui sont trs rares pendant son
    sommeil, environ une fois par an, et alors il rve qu'il a
    affaire  des femmes. Mais ces rves n'ont pas un caractre
    rotique bien net. Il prtend ne pas prouver de sensation de
    volupt proprement dite au moment de la pollution. Il affirme
    que son frre, g de trente-quatre ans, est, au point de vue
    sexuel, constitu comme lui; quant  sa soeur, il la croit
    dans le mme cas. Un frre cadet, dit-il, est d'une sexualit
    normale. L'examen des parties gnitales du malade n'a pas
    permis de constater aucune anomalie, sauf un phimosis.

Hammond (_Impuissance sexuelle_, Berlin, 1889), ne peut citer parmi
ses nombreuses observations que les trois cas suivants d'_ansthesia
sexualis_:

    OBSERVATION 5.--W..., trente-trois ans, vigoureux, bien
    portant, avec des parties gnitales normales, n'a jamais
    prouv de _libido_ et a en vain essay d'veiller son sens
    sexuel absent par des lectures obscnes et des relations avec
    des mrtrices.

    Ces tentatives ne lui causaient qu'un dgot allant jusqu'
    la nause, de l'puisement nerveux et physique; et mme,
    lorsqu'il fora la situation, il ne put qu'une seule fois
    arriver  une rection bien passagre. W... ne s'est jamais
    masturb; depuis l'ge de dix-sept ans, il a eu une pollution
    tous les deux mois. Des intrts importants exigeaient qu'il
    se marit. Il n'avait pas l'_horror femin_, dsirait vivement
    avoir un foyer et une femme, mais il se sentait incapable
    d'accomplir l'acte sexuel, et il est mort clibataire pendant
    la guerre civile de l'Amrique du Nord.

    OBSERVATION 6.--X..., vingt-sept ans, avec des parties
    gnitales normales, n'a jamais prouv de _libido_. L'rection
    ne peut avoir lieu par des excitations mcaniques ni par la
    chaleur; mais, au lieu du _libido_, il se produit alors
    chez lui un penchant aux excs alcooliques. Par contre, ces
    derniers provoquaient des rections spontanes et, dans ces
    moments, il se masturbait parfois. Il avait de l'aversion pour
    les femmes et le cot lui causait du dgot.

    S'il en essayait lorsqu'il tait en rection, celle-ci cessait
    immdiatement. Il est mort dans le coma, par suite d'un accs
    d'hyperhmie du cerveau.

    OBSERVATION 7.--Mme O..., d'une constitution normale, bien
    portante, bien rgle, ge de trente-cinq ans, marie depuis
    quinze ans, n'a jamais prouv de _libido_, et n'a jamais
    ressenti de sensation rotique dans le commerce sexuel avec
    son mari. Elle n'avait pas d'aversion pour le cot, et il
    parat que parfois elle le trouvait agrable, mais elle
    n'avait jamais le dsir de rpter la cohabitation.

 ct de ces cas de pure anesthsie, nous devons rappeler aussi ceux
o, comme dans les prcdents, le ct psychique de la _vita sexualis_
prsente une page blanche dans la biographie de l'individu, mais o de
temps en temps des sentiments sexuels rudimentaires se manifestent au
moins par la masturbation. (Comparez le cas transitoire, observation
6.) D'aprs la subdivision tablie par Magnan, classification
intelligente mais non rigoureusement exacte et d'ailleurs trop
dogmatique, la vie sexuelle serait, dans ce cas, limite dans la zone
spinale. Il est possible que, dans certains de ces cas, il existe
nanmoins virtuellement un cot psychique de la _vita sexualis_, mais
il a des bases faibles et se perd par la masturbation avant de pouvoir
prendre racine pour se dvelopper ultrieurement.

Ainsi s'expliqueraient les cas intermdiaires entre l'anesthsie
sexuelle (psychique) congnitale et l'anesthsie acquise. Celle-ci
menace nombre de masturbateurs tars. Au point de vue psychologique,
il est intressant de constater que, lorsque la vie sexuelle se
dessche trop vite, il se produit aussi une dfectuosit thique.

Comme exemples remarquables, citons les deux faits suivants que j'ai
dj cits autrefois dans l'_Archiv fr Psychiatrie_:

    OBSERVATION 8.--F... J..., dix-neuf ans, tudiant, est n
    d'une mre nerveuse dont la soeur tait pileptique.  l'ge
    de quatre ans, affection aigu du cerveau qui a dur quinze
    jours. Enfant, il n'avait pas de coeur; froid pour ses
    parents; comme lve, il tait trange, renferm, s'isolait,
    toujours cherchant et lisant. Bien dou pour l'tude.  partir
    de l'ge de quinze ans, il s'est livr  la masturbation.
    Depuis sa pubert, il a un caractre excentrique, hsite
    continuellement entre l'enthousiasme religieux et le
    matrialisme, tudie la thologie et les sciences naturelles.
     l'Universit, ses camarades le considraient comme un toqu.
    Il lisait alors exclusivement Jean-Paul et faisait l'cole
    buissonnire. Manque absolu de sentiments sexuels pour l'autre
    sexe. S'est laiss une fois entraner au cot, mais n'y a
    prouv aucun plaisir sexuel, a trouv que le cot est une
    ineptie et n'a jamais essay d'y revenir. Sans aucun motif
    srieux, l'ide de suicide lui est venue souvent; il en a fait
    le sujet d'une thse philosophique dans laquelle il dclare
    que le suicide ainsi que la masturbation sont des actes trs
    utiles. Aprs des tudes prliminaires rptes sur l'effet
    des poisons qu'il essayait sur lui-mme, il a tent de se
    suicider avec 57 grammes d'opium; mais il gurit et on le
    transporta dans un asile d'alins.

    Le malade est dpourvu de tout sentiment moral et social. Ses
    crits dnotent une banalit et une frivolit incroyables. Il
    possde de vastes connaissances, mais sa logique est tout 
    fait trange et biscornue. Il n'y a pas trace de sentiments
    affectifs. Avec une ironie et une indiffrence de blas sans
    pareil, il raille tout, mme les choses les plus sublimes.
    Avec des sophismes et de fausses conclusions philosophiques,
    il plaide la lgitimit du suicide, dont il a l'intention
    d'user, comme un autre accomplirait une affaire des plus
    ordinaires. Il regrette qu'on lui ait enlev son canif. Sans
    cela, il aurait pu, comme Snque, s'ouvrir les veines pendant
    qu'il tait au bain. Un ami lui donna dernirement un purgatif
    au lieu d'un poison qu'il avait demand. Il dit, en faisant un
    calembour, que cette drogue l'avait men aux cabinets au lieu
    de le mener dans l'autre monde. Seul le grand oprateur, arm
    de la faux du trpas, pourrait lui couper sa vieille ide
    folle et dangereuse, etc.

    Le malade a le crne volumineux, de forme rhombode, et
    dform; la partie gauche du front est plus plate que la
    partie droite. L'occiput est trs droit. Les oreilles sont
    trs cartes et fortement dcolles; l'orifice extrieur de
    l'oreille forme une fente troite. Les parties gnitales sont
    flasques, les testicules trs mous et trs petits.

    Quelquefois le malade se plaint d'tre possd de la manie
    du doute. Il est forc de creuser les problmes les plus
    inutiles, hant par une obsession qui dure des heures
    entires, qui lui est pnible et qui le fatigue outre mesure.
    Il se sent alors tellement extnu, qu'il n'est plus capable
    de concevoir aucune ide juste.

    Au bout d'un an, le malade a t renvoy de l'asile comme
    incurable. Rentr chez lui, il passait son temps  lire et
     pleurer, s'occupait de l'ide de fonder un nouveau
    christianisme parce que, dit-il, le Christ tait atteint de
    la monomanie des grandeurs et avait dup le monde avec des
    miracles (!).

    Aprs un sjour d'un an chez son pre, une excitation
    psychique s'tant subitement produite, il fut de nouveau
    intern dans l'asile. Il prsentait un mlange de dlire
    initial, de dlire de perscution (diable, antchrist, se
    croit perscut, monomanie de l'empoisonnement, voix qui
    le perscutent) et de monomanie des grandeurs (se croit le
    Christ, le Rdempteur de l'univers). En mme temps ses actes
    taient impulsifs et incohrents. Au bout de cinq mois, cette
    maladie mentale intercurrente disparaissait, et le malade
    revenait  son tat d'incohrence intellectuelle primitive et
    de dfectuosit morale.

    OBSERVATION 9.--E..., trente ans, ouvrier peintre sans place,
    a t pris en flagrant dlit: il voulait couper le scrotum
    d'un garon qu'il avait attir dans un bois. Il donna comme
    motif qu'il voulait dtruire cette partie du corps, pour
    que le monde ne se peuple pas davantage. Dans son enfance,
    disait-il, il s'tait, pour la mme raison, fait des coupures
    aux parties gnitales. Son arbre gnalogique ne peut pas tre
    tabli. Ds son enfance, E... tait un anormal au point de
    vue intellectuel; il rvassait, n'tait jamais gai; facile
     exciter, emport, il allait toujours mditant; c'tait un
    faible d'esprit. Il dtestait les femmes, aimait la solitude,
    et lisait beaucoup. Quelquefois il riait en lui-mme et
    faisait des btises. Dans ces dernires annes, sa haine
    des femmes s'est accentue; il en veut surtout aux femmes
    enceintes par qui, dit-il, la misre s'augmente dans le monde.
    Il dteste aussi les enfants, maudit celui qui lui a donn la
    vie; il a des ides communistes, s'emporte contre les riches
    et les prtres, contre Dieu qui l'a fait natre si pauvre.
    Il dclare qu'il vaudrait mieux chtrer les enfants que d'en
    faire de nouveaux qui seront condamns  la pauvret et  la
    misre. Ce fut toujours son ide, et,  l'ge de quinze ans
    dj, il avait essay de s'masculer pour ne pas contribuer au
    malheur et  l'augmentation du nombre des hommes. Il mprise
    le sexe fminin qui contribue  augmenter la population. Deux
    fois seulement, dans sa vie, il s'est fait manustuprer par des
    femmes; sauf cet incident il n'a jamais eu affaire avec elles.
    Il a, de temps en temps, des dsirs sexuels, c'est vrai, mais
    jamais le dsir de leur donner une satisfaction naturelle.

    E... est un homme vigoureux et bien muscl. La constitution de
    ses parties gnitales n'accuse rien d'anormal. Sur le
    scrotum et sur le pnis on trouve de nombreuses cicatrices
    de coupures, traces d'anciennes tentatives d'masculation. Il
    prtend que la douleur l'a empch d'excuter compltement son
    projet.  la jointure du genou droit il existe un genu
    valgum. On n'a pu noter aucun symptme d'onanisme. Il est d'un
    caractre sombre, entt et emport. Les sentiments sociaux
    lui sont absolument trangers. En dehors de l'insomnie et
    de maux de tte frquents, il n'y a pas chez lui de troubles
    fonctionnels.

Il faut distinguer ces cas crbraux de ceux o l'absence ou bien
l'atrophie des organes de la gnration constituent la cause
de l'impotence fonctionnelle, ainsi que cela se voit chez les
hermaphrodites, les idiots et les crtins.

Un cas de ce genre se trouve mentionn dans le livre de Maschka.

    OBSERVATION 10.--La plaignante demande le divorce  cause de
    l'impuissance de son mari qui n'a encore jamais accompli
    avec elle l'acte sexuel. Elle a trente et un ans et elle est
    vierge. L'homme est un peu faible d'esprit; au physique il est
    fort; les parties gnitales extrieures sont bien constitues.
    Il prtend n'avoir jamais eu d'rection complte ni
    d'jaculation, et il dit que les rapports avec les femmes le
    laissent absolument indiffrent.

L'aspermie seule ne peut pas tre une cause d'anesthsie sexuelle;
car, d'aprs les expriences d'Ullzmann[25], mme dans le cas
d'aspermie congnitale, la _vita sexualis_ et la puissance gnsique
peuvent se produire d'une faon tout  fait satisfaisante. C'est une
nouvelle preuve que l'absence du _libido ab origine_ ne doit pas tre
attribue qu' des causes crbrales.

[Note 25: _Ueber mnnliche Sterilitt_ (_Wiener med. Presse_,
1875, n 1); _Ueber potentia coeundi et generandi_ (_Wiener Klinik_,
1885, Heft 1, S. 5).]

Les _natur frigid_ de Zacchias reprsentent une forme attnue de
l'anesthsie. On les rencontre plus souvent chez les femmes que chez
les hommes. Peu de penchant pour les rapports sexuels et mme aversion
manifeste, bien entendu sans avoir un autre quivalent sexuel, absence
de toute motion psychique ou voluptueuse pendant le cot qu'on
accorde simplement par devoir, voil les symptmes de cette anomalie
de laquelle j'ai souvent entendu des maris se plaindre devant moi.
Dans de pareils cas, il s'agissait toujours de femmes nvropathiques
_ab origine_. Certaines d'entre elles taient en mme temps
hystriques.

2 _Anesthsie acquise_.--La diminution acquise du penchant sexuel
ainsi que l'extinction de ce sentiment, peut tre attribue  diverses
causes.

Celles-ci peuvent tre organiques ou fonctionnelles, psychiques ou
somatiques, centrales ou priphriques.

 mesure qu'on avance en ge, il se produit physiologiquement une
diminution du _libido_; de mme, immdiatement aprs l'acte sexuel, il
y a disparition temporaire du _libido_.

Les diffrences en ce qui concerne la dure de la conservation du
penchant sexuel sont trs grandes et variables selon la nature
de chaque individu. L'ducation et le genre de vie ont une grande
influence sur l'intensit de la _vita sexualis_.

Les occupations qui fatiguent l'esprit (tudes approfondies), le
surmenage physique, l'abstinence, les chagrins, la continence sexuelle
sont srement nuisibles  l'entretien du penchant sexuel.

L'abstinence agit d'abord comme stimulant. Tt ou tard, selon la
constitution physique, l'activit des organes gnitaux se relche et
en mme temps le _libido_ s'affaiblit.

En tout cas, il y a chez l'individu sexuellement mr, une corrlation
intime entre le fonctionnement de ses glandes gnsiques et le degr
de son _libido_. Mais le premier n'est pas toujours dcisif, ainsi
que nous le dmontre ce fait que des femmes sensuelles, mme aprs la
mnopause, continuent leurs rapports sexuels et peuvent prsenter des
phases d'excitation sexuelle, mais d'origine crbrale.

On peut aussi, chez les eunuques, voir le _libido_ subsister longtemps
encore aprs que la production du sperme a cess.

D'autre part, l'exprience nous apprend que le _libido_ a pour
condition essentielle la fonction des glandes gnsiques, et que
les faits que nous venons de citer ne constituent que des phnomnes
exceptionnels. Comme causes priphriques de la diminution du
_libido_ ou de sa disparition, on peut admettre la castration, la
dgnrescence des glandes gnsiques, le marasme, les excs sexuels
sous forme de cot et de masturbation, l'alcoolisme. De mme, on peut
expliquer la disparition du _libido_ dans le cas de troubles gnraux
de la nutrition (diabte, morphinisme etc.)

Enfin nous devons encore faire mention de l'atrophie des testicules
qu'on a quelquefois constate  la suite des maladies des centres
crbraux (cervelet).

Une diminution de la _vita sexualis_ due  la dgnrescence des nerfs
et du centre gnito-spinal, se produit dans les cas de maladies
du cerveau et de la moelle pinire. Une lsion d'origine centrale
atteignant l'instinct sexuel peut tre produite organiquement par une
maladie de l'corce crbrale (_dementia paralytica_  l'tat avanc),
fonctionnellement par l'hystrie (anesthsie centrale), et par la
mlancolie ou l'hypocondrie.


C.--HYPERESTHSIE (EXALTATION MORBIDE DE L'INSTINCT SEXUEL)

La pathologie se trouve en prsence d'une grande difficult quand
elle doit, mme dans un cas isol, dire si le dsir de la
satisfaction sexuelle a atteint un degr pathologique. Emminghaus
(_Psychopathologie_, p. 225) considre comme videmment morbide le
retour du dsir immdiatement aprs la satisfaction sexuelle, surtout
si ce dsir captive toute l'attention de l'individu; il porte le mme
jugement quand le _libido_ se rveille  l'aspect de personnes et
d'objets qui en eux-mmes n'offrent aucun intrt sexuel. En gnral,
l'instinct sexuel et le besoin correspondant sont proportionns  la
force physique et  l'ge.

 partir de l'poque de la pubert, l'instinct sexuel monte rapidement
 une intensit considrable; il est trs puissant entre 20 et 40 ans,
il diminue ensuite lentement. La vie conjugale parat conserver et
rgler l'instinct.

Les changements rpts d'objet dans la satisfaction sexuelle
augmentent les dsirs. Comme la femme a moins de besoins sexuels que
l'homme, une augmentation de ces besoins chez elle doit toujours faire
supposer un cas pathologique, surtout quand ils se manifestent par
l'amour de la toilette, par la coquetterie ou mme par l'andromanie,
et font dpasser les limites traces par les convenances et les bonnes
moeurs.

Dans les deux sexes, la constitution physique joue un rle important.
Souvent une constitution nvropathique s'accompagne d'une augmentation
morbide du besoin sexuel; des individus atteints de cette dfectuosit
souffrent pendant une grande partie de leur existence et portent
pniblement le poids de cette anomalie constitutionnelle de leur
instinct. Par moments la puissance de l'instinct sexuel peut acqurir
chez eux l'importance d'une mise en demeure organique et compromettre
srieusement leur libre arbitre. La non-satisfaction du penchant peut
alors amener un vritable rut ou un tat psychique plein d'angoisse,
tat dans lequel l'individu succombe  son instinct: alors sa
responsabilit devient douteuse.

Si l'individu ne succombe pas  la violence de son penchant, il court
risque d'amener, par une abstinence force, son systme nerveux  la
neurasthnie ou d'augmenter gravement une neurasthnie dj existante.

Mme chez les individus d'une organisation normale, l'instinct sexuel
n'est pas une quantit constante.  part l'indiffrence temporaire qui
suit la satisfaction, l'apaisement de l'instinct par une abstinence
prolonge qui a pu surmonter heureusement certaines phases de raction
du dsir sexuel, exerce une grande influence sur la _vita sexualis_;
il en est de mme du genre de vie.

Les habitants des grandes villes qui sont sans cesse ramens aux
choses sexuelles et excits aux jouissances ont assurment de plus
grands besoins gnsiques que les campagnards. Une vie sdentaire,
luxueuse, pleine d'excs, une nourriture animale, la consommation
de l'alcool, des pices, etc., ont un effet stimulant sur la vie
sexuelle.

Chez la femme, le dsir augmente aprs la menstruation. Chez les
femmes nvropathiques l'excitation,  cette priode, peut atteindre 
un degr pathologique.

Un fait trs remarquable, c'est le grand _libido_ des phtisiques.
Hoffmann rapporte le cas d'un paysan phtisique qui, la veille de sa
mort, avait encore satisfait sa femme.

Les actes sexuels sont: le cot (ventuellement le viol), faute de
mieux, la masturbation, et, lorsqu'il y a dfectuosit du sens moral,
la pdrastie et la bestialit. Si,  ct d'un instinct sexuel
dmesur, la puissance a baiss ou mme s'est teinte, alors toutes
sortes d'actes de perversit sexuelle sont possibles.

Le _libido_ excessif peut tre provoqu par une cause priphrique ou
centrale. Il peut avoir pour cause le prurit des parties gnitales,
l'eczma, ainsi que l'action de certaines drogues qui stimulent le
dsir sexuel, comme par exemple les cantharides.

Chez les femmes, il y a souvent, au moment de la mnopause, une
excitation sexuelle occasionne par le prurit; mais souvent ce fait
se produit lorsqu'elles sont tares au point de vue nerveux. Magnan
(_Annales mdico-psychol._, 1885) rapporte le cas d'une dame qui avait
les matins de terribles accs d'_erethismus genitalis_, et celui d'un
homme de cinquante-cinq ans qui, pendant la nuit, tait tortur par un
priapisme insupportable. Dans les deux cas il y avait nervosisme.

Une excitation sexuelle d'origine centrale se produit souvent chez des
individus tars, comme les hystriques, et dans les tats d'exaltation
psychique[26].

[Note 26: Pour les individus chez lesquels l'hyperesthsie
sexuelle trs avance va de pair avec la faiblesse sensitive et
acquise de l'appareil sexuel, il peut mme arriver qu'au seul aspect
de femmes dsirables, le mcanisme non seulement de l'rection, mais
mme celui de l'jaculation soit mis en action sans qu'il y ait une
excitation priphrique des parties gnitales. Le mouvement part alors
du centre psychosexuel. Il suffit  ces individus de se trouver en
face d'une femme, soit dans un wagon de chemin de fer, soit dans un
salon ou ailleurs: ils se mettent psychiquement en relation sexuelle
et arrivent  l'orgasme et  l'jaculation.

Hammond (_op. cit._, p. 40) dcrit une srie de malades semblables
qu'il a traits pour de l'impuissance acquise. Il rapporte que ces
individus, pour dsigner leur procd, se servent de l'expression de
cot idal. A. Moll, de Berlin, m'a communiqu un cas tout  fait
analogue.  Berlin aussi on se servait de la mme expression.]

Quand l'corce crbrale et le centre psychosexuel se trouvent dans un
tat d'hyperesthsie (sensibilit anormale de l'imagination, facilit
des associations d'ides), non seulement les sensations visuelles et
tactiles, mais encore les sensations auditives et olfactives peuvent
suffire pour voquer des ides lascives.

Magnan (_op. cit._) rapporte le cas d'une demoiselle qui, ds sa
nubilit, eut des dsirs sexuels toujours croissants et qui, pour les
satisfaire, se livrait  la masturbation. Par la suite, cette dame
prouvait,  l'aspect de n'importe quel homme, une violente motion
sexuelle, et, comme alors elle ne pouvait pas rpondre d'elle, elle se
renfermait dans sa chambre o elle restait jusqu' ce que l'orage ft
pass. Finalement elle se livrait  tout venant pour calmer les dsirs
violents qui la faisaient souffrir. Mais ni le cot, ni l'onanisme ne
lui procuraient le soulagement dsir, et elle fut interne dans un
asile d'alins.

On peut citer encore le cas d'une mre de cinq enfants qui, se
sentant malheureuse  cause de la violence de ses dsirs sexuels, fit
plusieurs tentatives de suicide et demanda plus tard  tre admise
dans une maison de sant. L son tat s'amliora, mais elle n'osait
plus quitter l'asile.

On trouve plusieurs cas bien caractristiques concernant des individus
des deux sexes, dans l'ouvrage de l'auteur de _Ueber gewisse Anomalien
des Geschlechtstriebs_, Observations 6 et 7 (_Archiv fr Psychiatrie_,
VII, 2.)

En voici deux.

    OBSERVATION 11.--Le 7 juillet 1874, dans l'aprs-midi,
    l'ingnieur Clemens qui se rendait pour affaires de Trieste 
    Vienne, quitta le train  la station de Bruck, et, traversant
    la ville, vint dans la commune de Saint-Ruprecht, situe prs
    de Bruck, o il fit une tentative de viol sur une femme de
    soixante-dix ans reste seule  la maison. Il fut pris par
    les habitants du village et arrt par les autorits
    locales. Interrog, il prtendit qu'il avait voulu chercher
    l'tablissement de voirie pour assouvir sur une chienne son
    instinct sexuel surexcit. Il souffre souvent de pareils accs
    de surexcitation. Il ne nie pas son acte, mais il l'excuse
    par sa maladie. La chaleur, le cahot du wagon, le souci de sa
    famille qu'il voulait rejoindre, lui ont compltement troubl
    les sens et l'ont rendu malade. Il ne manifeste ni honte, ni
    repentir. Son attitude tait franche; il avait l'air calme;
    les yeux taient rouges, brillants; la tte chaude, la langue
    blanche, le pouls plein, mou, battant plus de 100 pulsations,
    les doigts un peu tremblants.

    Les dclarations de l'accus sont prcises, mais prcipites;
    son regard est fuyant, avec l'expression manifeste de la
    lubricit. Le mdecin lgiste, qui avait t appel, a t
    frapp de son tat pathologique, comme si l'accus et t au
    dbut du dlire alcoolique.

    Clemens a quarante-cinq ans, est mari, pre d'un enfant. Les
    conditions de sant de ses parents et des autres membres de sa
    famille lui sont inconnues. Dans son enfance, il tait faible,
    nvropathe.  l'ge de cinq ans il a eu une lsion  la tte
     la suite d'un coup de houe. Il porte encore sur l'os de
    l'occiput droit et sur l'os frontal droit une cicatrice longue
    d'un pouce et large d'un demi-pouce. L'os est un peu enfonc.
    La peau qui le recouvre est adhrente  l'os.

    La pression sur cet endroit lui cause une douleur qui
    s'irradie dans la branche infrieure du trijumeau. Souvent
    mme il s'y produit spontanment des douleurs. Dans sa
    jeunesse, il avait souvent des syncopes. Avant l'ge de
    pubert, pneumonie rhumatismale et inflammation d'intestins.
    Ds l'ge de sept ans, il prouvait une sympathie trange
    pour les hommes, notamment pour un colonel.  l'aspect de cet
    homme, il sentait comme un coup de poignard dans son coeur;
    il embrassait le sol o le colonel avait mis le pied.  l'ge
    de dix ans, il tomba amoureux d'un dput du Reichstag.
    Plus tard encore, il s'enflammait pour des hommes, mais cet
    enthousiasme tait purement platonique.  partir de quatorze
    ans, il se masturbait.  l'ge de dix-sept ans, il avait ses
    premiers rapports avec des femmes. Avec l'habitude du
    cot normal disparurent les anciens phnomnes d'inversion
    sexuelle. Dans sa jeunesse il se trouvait dans un tat
    particulier de psychopathie aigu qu'il dsigne lui-mme comme
    une sorte de clairvoyance.  partir de l'ge de quinze
    ans, il souffrit d'hmorrodes avec symptmes de _plethora
    abdominalis_. Aprs l'abondante hmorragie hmorrodale qu'il
    avait rgulirement toutes les trois ou quatre semaines, il
    se sentait mieux. En outre il tait toujours en proie 
    une pnible excitation sexuelle qu'il soulageait tantt par
    l'onanisme, tantt par le cot. Toute femme qu'il rencontrait
    l'excitait. Mme quand il se trouvait au milieu de femmes de
    sa famille, il se sentait pouss  leur faire des propositions
    immorales. Parfois il russissait  dompter ses instincts;
    d'autres fois il tait irrsistiblement entran  des actes
    immoraux. Quand, dans de pareils cas, on le mettait  part, il
    en tait content; car, disait-il, j'ai besoin d'une pareille
    correction et de ce soutien contre ces dsirs trop puissants
    qui me gnent moi-mme. On n'a pu reconnatre aucune
    priodicit dans ses excitations sexuelles.

    Jusqu'en 1861, il fit des excs _in Venere_ et rcolta
    plusieurs blennorrhagies et chancres.

    En 1861, il se maria. Il se sentait satisfait sexuellement,
    mais devenait importun  sa femme par ses besoins excessifs.
    En 1864, il eut,  l'hpital, un accs de monomanie; il
    retomba malade la mme anne et fut transport dans l'asile
    d'Y... o il resta intern jusqu'en 1867.

    Dans la maison de sant il souffrit de rcidives de son tat
    maniaque, avec grandes excitations sexuelles. Il dsigne comme
    cause de sa maladie,  cette poque, un catarrhe intestinal et
    beaucoup de contrarits.

    Plus tard, il se rtablit. Il tait bien portant, mais
    souffrait beaucoup de l'excs de ses besoins sexuels. Aussitt
    qu'il tait loign de sa femme, son dsir devenait si violent
    qu'il lui tait gal de le satisfaire avec des tres humains
    ou avec des animaux. Pendant la saison d't surtout ces
    pousses devenaient excessives; en mme temps il se
    produisait un afflux de sang aux intestins. Clemens qui a des
    rminiscences de lectures mdicales, est d'avis que, chez lui,
    le systme ganglionnaire domine le systme crbral.

    Au mois d'octobre 1873, ses occupations l'obligrent  vivre
    loin de sa femme. Jusqu'au jour de Pques, il n'avait eu aucun
    rapport sexuel, sauf qu'il s'tait masturb par-ci par-l.
     partir de cette poque, il se servait de femmes et de
    chiennes. Du 15 juin jusqu'au 7 juillet, il n'avait eu aucune
    occasion de satisfaire son besoin sexuel. Il prouvait une
    agitation nerveuse, se sentait fatigu, il lui semblait qu'il
    allait devenir fou. Le dsir violent de revoir sa femme, qui
    vivait  Vienne, l'loignait de son service. Il prit un cong.
    La chaleur de la route, la trpidation du chemin de fer,
    l'avaient compltement troubl; il ne pouvait plus supporter
    son tat de surexcitation gnitale, compliqu d'un fort afflux
    de sang aux intestins. Il avait le vertige. Alors, arriv 
    Bruck, il quitta le wagon. Il tait, dit-il, tout troubl, ne
    savait pas o il allait, et  un moment l'ide lui vint de se
    jeter  l'eau; il y avait comme un brouillard devant ses yeux.

    _Mulierem tunc adspexit, penem nudavit, feminamque amplecti
    conatus est._ La femme cependant cria au secours, et c'est
    ainsi qu'il fut arrt.

    Aprs l'attentat, la conscience claire de son acte lui vint
    subitement. Il l'avoua franchement, se souvint de tous les
    dtails, mais il soutint que son action avait quelque chose de
    morbide. C'tait plus fort que lui.

    Clemens souffrait encore quelquefois de maux de tte, de
    congestions; il tait, par moments, trs agit, inquiet,
    et dormait mal. Ses fonctions intellectuelles ne sont pas
    troubles, mais c'est naturellement un homme bizarre, d'un
    caractre mou et sans nergie. L'expression de la figure a
    quelque chose de fauve et porte un cachet de lubricit et de
    bizarrerie. Il souffre d'hmorrodes. Les parties gnitales
    ne prsentent rien d'anormal. Le crne est, dans sa partie
    frontale, troit et un peu fuyant. Le corps est grand et
    bien fait. Sauf une diarrhe, on n'a remarqu chez lui aucun
    trouble des fonctions vgtatives.

    OBSERVATION 12.--Mme E..., quarante-sept ans. Un oncle
    maternel fut atteint d'alination mentale; le pre tait un
    homme exalt qui faisait des excs _in Venere_. Le frre de
    la malade est mort d'une affection aigu du cerveau. Ds son
    enfance, la malade tait nerveuse, excentrique, romanesque, et
    manifestait,  peine sortie de l'enfance, un penchant sexuel
    excessif. Elle s'adonna, ds l'ge de dix ans, aux jouissances
    sexuelles. Elle se maria  l'ge de dix-neuf ans. Elle faisait
    assez bon mnage avec son mari. L'poux, bien que suffisamment
    dou, ne lui suffisait pas; elle eut, jusqu' ces dernires
    annes, toujours quelques amis en dehors de son mari. Elle
    avait pleine conscience de la honte de ce genre de vie, mais
    elle sentait sa volont dfaillir en prsence du penchant
    insatiable qu'elle cherchait du moins  dissimuler. Elle
    disait plus tard que c'tait de l'_andromanie_ qu'elle avait
    souffert.

    La malade a accouch six fois. Il y a six ans, elle est tombe
    de voiture et a subi un branlement crbral considrable.
     la suite de cet accident, il se produisit chez elle une
    mlancolie complique du dlire de la perscution. Cette
    maladie l'amena  l'asile d'alins. La malade approche de
    la mnopause; elle a eu, ces temps derniers, des menstrues
    frquentes et trs abondantes. La violence de son ancien
    penchant s'est attnu, ce qu'elle constate avec plaisir.
    Son attitude actuelle est dcente. Faible degr de _descensus
    uteri_ et _prolapsus ani_.

L'hyperesthsie sexuelle peut tre continue avec des exacerbations, ou
bien intermittente, ou mme priodique. Dans le dernier cas, c'est une
nvrose crbrale particulire (voir la Pathologie spciale), ou
une manifestation d'un tat d'excitation psychique gnral (Manie
pisodique dans la _dementia paralytica senilis_, etc.).

Un cas remarquable de satyriasis intermittent a t publi par Lentz
dans le _Bulletin de la Socit de md. lgale de Belgique_, n 21.

    OBSERVATION 13.--Depuis trois ans, le cultivateur D..., g
    de trente-cinq ans, mari et jouissant de l'estime gnrale,
    avait des accs d'excitation sexuelle, qui devenaient de plus
    en plus frquents et plus violents. Depuis un an, ces accs se
    sont aggravs et sont devenus des crises de satyriasis. On n'a
    rien pu constater au point de vue hrditaire, pas plus qu'au
    point de vue organique.

    D... _tempore, quum libidinibus valde afficeretur, decim vel
    quindecim cohabitationes per 24 horas exegit, neque tamen
    cupiditates suas satiavit_.

    Peu  peu se dveloppait en lui un tat d'rthisme
    gnralis, avec une irascibilit allant jusqu' des accs
    de colre pathologiques; en mme temps, il se manifestait
    un penchant  abuser des boissons alcooliques, et bientt se
    montrrent des symptmes d'alcoolisme. Ses accs de satyriasis
    taient tellement violents que le malade n'avait plus d'ides
    nettes et que, pouss par son instinct aveugle, il se laissait
    aller  des actes lascifs. _Qua de causa factum est ut uxorem
    suam alienis viris immovere animalibus ad coeundum tradi,
    cum ipso filiabus prsentibus concubitum exsequi jusserit,
    propterea quod hc facta majorem ipsi voluptatem afferent._ Il
    ne se souvient pas du tout des faits qui se passent au moment
    de ces crises, et son excitation extrme peut l'amener jusqu'
    la rage. D... avoue qu'il a eu des moments o il n'tait plus
    matre de lui-mme; s'il tait rest sans satisfaction, il
    et t contraint de s'attaquer  la premire femme venue.
    Cet tat d'excitation sexuelle disparat tout d'un coup aprs
    chaque motion morale violente.

Les deux observations suivantes nous montrent quel tat violent,
dangereux et pnible constitue l'hyperesthsie sexuelle pour ceux qui
sont atteints de cette anomalie.

    OBSERVATION 14 (_Hypersthesia sexualis. Delirium acutum
    ex abstinentia_).--Le 29 mai 1882, F..., vingt-trois ans,
    cordonnier, clibataire, a t reu  la clinique. Il est n
    d'un pre colreux, trs violent et d'une mre nvropathique,
    dont le frre tait alin.

    Le sujet n'a jamais t gravement malade ni ne s'est adonn
     la boisson, mais, de tout temps, il a eu de grands besoins
    sexuels. Il y a cinq jours, il a t atteint d'une affection
    psychique aigu. Il a fait, en plein jour et devant deux
    tmoins, une tentative de viol, a eu du dlire obscne, s'est
    masturb avec excs; il y a trois jours, il a eu un accs
    de folie furieuse, et, lors de son arrive  la clinique,
    il tait en tat de _delirium acutum_ trs grave, avec de la
    fivre et des phnomnes d'excitation motrice trs violents.
    Par un traitement  l'ergotine, on amena la gurison.

    Le 5 janvier 1888, le mme individu fut reu une seconde fois,
    prsentant des symptmes de folie furieuse. D'abord, il tait
    morose, irascible, dispos  pleurer et atteint d'insomnie.
    Ensuite, aprs avoir attaqu sans succs des femmes, il se mit
    dans une rage de plus en plus violente.

    Le 6 janvier, son tat s'est aggrav; il a du _delirium
    acutum_ trs grave (jactation, grincement de dents, grimaces,
    etc., symptmes d'incitations motrices; temprature allant
    jusqu' 40,7). Il se masturbait tout  fait instinctivement.
    Il a t guri par un traitement nergique  l'ergotine, qui a
    dur jusqu'au 11 janvier. Aprs sa gurison, le malade a
    donn des explications trs intressantes sur la cause de sa
    maladie.

    De tout temps, il eut de grands besoins sexuels. Son premier
    cot eut lieu  l'ge de seize ans. La continence lui a
    caus des maux de tte, une grande irascibilit psychique,
    de l'abattement, un manque de got pour le travail, de
    l'insomnie. Comme il vivait  la campagne, il n'avait que
    rarement l'occasion de satisfaire ses besoins; il y supplait
    par la masturbation. Il lui fallait se masturber une ou deux
    fois par jour.

    Depuis deux mois, il n'avait pas cot. Son excitation
    sexuelle s'est de plus en plus exalte; il ne pensait qu'au
    moyen de satisfaire son instinct. La masturbation ne suffisait
    plus pour faire cesser les tourments de plus en plus pnibles
    dus  la continence. Ces jours derniers, il eut un dsir
    violent de coter; insomnie de plus en plus aigu et
    irritabilit. Il ne se souvient que sommairement de la priode
    de sa maladie. Le malade tait guri au mois de dcembre.
    C'est un homme trs convenable. Il considre son instinct
    irrsistible comme un cas pathologique et redoute l'avenir.

    OBSERVATION 15.--Le 11 juillet 1884, R..., trente-trois ans,
    employ, atteint de _paranoia persecutoria_ et _neurasthenia
    sexualis_, a t reu  la clinique. Sa mre tait nvropathe.
    Son pre est mort d'une maladie de la moelle pinire. Ds son
    enfance, il eut un instinct sexuel trs puissant dont il prit
    pleine conscience  l'ge de six ans. Depuis cette poque,
    masturbation;  partir de quinze ans, pdrastie, faute de
    mieux; quelquefois tendances  la sodomie. Plus tard, abus du
    cot dans le mariage, _cum uxore_. De temps  autre mme
    des impulsions perverses, ide de faire le _cunnilingus_,
    de donner des cantharides  sa femme, dont le _libido_ ne
    correspond pas au sien. Peu de temps aprs le mariage, la
    femme mourut. La situation conomique du malade devient de
    plus en plus mauvaise; il n'a plus les moyens de se procurer
    des femmes. Il revient  l'habitude de la masturbation, se
    sert de _lingua canis_ pour provoquer l'jaculation. De temps
    en temps accs de priapisme et tat frisant le satyriasis. Il
    tait alors forc de se masturber pour viter le _stuprum_. 
    mesure que la neurasthnie sexuelle a augment, s'accompagnant
    de vellits de mlancolie, il y a diminution du _libido
    nimia_, ce qu'il a considr comme un soulagement salutaire.

Un exemple classique d'hyperesthsie sexuelle pure est le cas suivant
que j'emprunte  la _Folie lucide_ de Trlat et qui est trs
prcieux pour l'tude de certaines Messalines, devenues clbres dans
l'histoire.

    OBSERVATION 16.--Mme V... souffre depuis sa premire jeunesse
    _d'andromanie_. De bonne famille, d'un esprit cultiv, bonne
    de caractre, d'une dcence allant jusqu' la facult de
    rougir, elle tait, encore jeune fille, la terreur de sa
    famille. _Quandoquidem sola erat cum homine sexus alterius,
    negligens, utrum infans sit an vir, an senex, utrum pulcher
    an teter, statim corpus nudavit et vehementer libidines suas
    satiari rogavit vel vim et manus ei injecit._ On essaya de la
    gurir par le mariage. _Maritum quam maxime amavit neque
    tamen sibi temperare potuit quin a quolibet viro, si solum
    apprehenderat, seu servo, seu mercenario, seu discipulo coitum
    exposceret._

    Rien ne put la gurir de ce penchant. Mme lorsqu'elle fut
    devenue grand'mre, elle resta Messaline. _Puerum quondam
    duodecim annos natum in cubiculum allectum stuprare voluit._
    Le garon se dfendit et se sauva. Elle reut une verte
    correction de son frre. C'tait peine perdue. On l'interna
    dans un couvent. L, elle fut un modle de bonne tenue et
    n'encourut aucun reproche. Aussitt revenue du couvent, les
    scandales recommencrent dans la ville. La famille la chassa
    et lui servit une petite rente. Elle se mit  travailler et
    gagnait le ncessaire, _ut amantes sibi emere posset_.

    Quiconque aurait vu cette dame, mise proprement, de manires
    distingues et agrables, n'aurait pu se douter quels immenses
    besoins sexuels elle avait encore  l'ge de soixante-cinq
    ans. Le 17 janvier 1854, sa famille, dsespre par de
    nouveaux scandales, la fit interner dans une maison de sant.
    Elle y vcut jusqu'au mois de mai 1858 et y succomba 
    une _apoplexia cerebri_  l'ge de soixante-treize ans. Sa
    conduite, avec la surveillance de l'tablissement, tait
    irrprochable. Mais aussitt qu'on l'abandonnait  elle-mme
    et qu'une occasion favorable se prsentait, ses penchants
    sexuels se faisaient jour, mme peu de temps avant sa mort.
     l'exception de son anomalie sexuelle, les alinistes n'ont
    rien constat chez elle pendant les quatre annes qu'ils la
    soignrent.


D.--PARESTHSIE DU SENS SEXUEL (PERVERSION SEXUELLE)

Il se produit dans ce cas un tat morbide des sphres de
reprsentation sexuelle avec manifestation de sentiments faisant
que des reprsentations, qui d'habitude doivent provoquer
physico-psychologiquement des sensations dsagrables, sont au
contraire accompagnes de sensations de plaisir. Et mme il peut
se produire une association anormale et tellement forte de ces deux
phnomnes qu'ils peuvent aller jusqu' la forme passionnelle.

Comme rsultat pratique, on a des actes pervertis (Perversion de
l'instinct sexuel). Ce cas se produit d'autant plus facilement que
les sensations de plaisir pousses jusqu' la passion, empchent la
manifestation des reprsentations contraires qui pourraient encore
exister et provoquer des sensations dsagrables. Il se produit
toujours lorsque, par suite de l'absence totale des ides de morale,
d'esthtique ou de justice, les reprsentations contraires sont
devenues impossibles. Mais ce cas n'est que trop frquent quand la
source des reprsentations et des sentiments thiques (sentiment
sexuel normal) est trouble ou empoisonne.

Il faut considrer comme pervertie toute manifestation de l'instinct
sexuel qui ne rpond pas au but de la nature, c'est--dire  la
perptuit de la race, si cette manifestation s'est produite malgr
l'occasion propice pour satisfaire d'une manire naturelle le besoin
sexuel. Les actes sexuels pervertis que la paresthsie provoque sont
trs importants au point de vue clinique, social et mdico-lgal;
aussi est-il indispensable de les traiter ici  fond et de vaincre 
cet effet tout le dgot esthtique et moral qu'ils nous inspirent.

La perversion de l'instinct sexuel, comme je le dmontrerai plus
loin, ne doit pas tre confondue avec la perversit des actes
sexuels. Celle-ci peut se produire sans tre provoque par des causes
psychopathologiques. L'acte pervers concret, quelque monstrueux qu'il
soit, n'est pas une preuve. Pour distinguer entre maladie (perversion)
et vice (perversit), il faut remonter  l'examen complet de
l'individu et du mobile de ses actes pervers. Voil la clef du
diagnostic. (Voir plus bas.)

La paresthsie peut se combiner avec l'hyperesthsie. Cette
combinaison clinique se prsente trs souvent. Alors, on peut srement
s'attendre  des actes sexuels. La perversion de l'activit sexuelle
peut avoir comme objectif la satisfaction sexuelle avec des personnes
de l'autre sexe ou du mme sexe.

Ainsi nous arrivons  classer en deux grands groupes les phnomnes de
la perversion sexuelle.


I.--AFFECTION SEXUELLE POUR DES PERSONNES DE L'AUTRE SEXE AVEC
MANIFESTATION PERVERSE DE L'INSTINCT.

A.--RAPPORTS ENTRE LA CRUAUT ACTIVE, LA VIOLENCE ET LA
VOLUPT.--SADISME[27]

[Note 27: Ainsi nomm d'aprs le mal fam marquis de Sade, dont
les romans obscnes sont ruisselants de volupt et de cruaut. Dans
la littrature franaise Sadisme est devenu le mot courant pour
dsigner cette perversion.]

C'est un fait connu et souvent observ que la volupt et la cruaut
se montrent frquemment associes l'une  l'autre. Des crivains
de toutes les coles ont signal ce phnomne[28]. Mme  l'tat
physiologique, on voit frquemment des individus sexuellement fort
excitables mordre ou gratigner leur _consors_ pendant le cot[29].

[Note 28: Entre autres: Novalis, dans ses _Fragmenten_; Goerres:
_Christliche Mystik_, t. III, p. 400.]

[Note 29: Comparez les clbres vers d'Alfred de Musset 
l'Andalouse:

    Qu'elle est superbe en son dsordre
    Quand elle tombe les seins nus,
    Qu'on la voit bante se tordre
    Dans un baiser de rage et mordre
    En hurlant des mots inconnus!
]

Les anciens auteurs avaient dj appel l'attention sur la connexit
qui existe entre la volupt et la cruaut.

Blumrder (_Ueber Irresein_, Leipzig, 1836, p. 51) _hominem vidit
qui compluria vulnera in musculo pectorali habuit, qu femina valde
libidinosa in summa voluptate mordendo effecit._

Dans un essai _Ueber Lust und Schmerz_ (_Friedreichs Magazin fr
Seelenkunde_, 1830, II, 5), il appelle l'attention particulirement
sur la corrlation psychologique qui existe entre la volupt et la
soif du sang. Il rappelle  ce sujet la lgende indienne de Siwa
et Durga (Mort et Volupt), les sacrifices d'hommes avec mystres
voluptueux, les dsirs sexuels de l'ge de pubert associs 
un penchant voluptueux pour le suicide,  la flagellation, aux
pincements, aux blessures faites aux parties gnitales dans le vague
et obscur dsir de satisfaire le besoin sexuel.

Lombroso aussi (_Verzeni e Agnoletti_, Roma, 1874) cite de nombreux
exemples de tendance  l'assassinat pendant la surexcitation produite
par la volupt.

Par contre, bien souvent, quand le dsir de l'assassinat est excit,
il entrane aprs lui la sensation de volupt. Lombroso rappelle le
fait cit par Mantegazza que, dans les horreurs d'un pillage, les
soldats prouvent ordinairement une volupt bestiale[30].

[Note 30: Au milieu de l'exaltation du combat l'image de
l'exaltation de la volupt vient  l'esprit. Comparez, chez
Grillparzer, la description d'une bataille faite par un guerrier:

Et lorsque sonne le signal,--que les deux armes se
rencontrent,--poitrine contre poitrine,--quels dlices des dieux!--Par
ici, par l--des ennemis,--des frres,--sont abattus par l'acier
mortel.--Recevoir et donner la mort et la vie,--dans l'change
alternant et chancelant,--dans une griserie sauvage! (_Traum ein
Leben_, acte I).]

Ces exemples forment des cas de transition entre les cas manifestement
pathologiques.

Trs instructifs aussi les exemples des Csars dgnrs (Nron,
Tibre), qui se rjouissaient en faisant gorger devant eux des jeunes
gens et des vierges, ainsi que le cas de ce monstre, le marchal
Gilles de Rays (Jacob, _Curiosits de l'Histoire de France_, Paris,
1858) qui a t excut en 1440 pour viols et assassinats commis
pendant huit ans sur plus de huit cents enfants. Il avoua que c'tait,
 la suite de la lecture de Sutone et des descriptions des orgies de
Tibre, de Caracalla, que l'ide lui tait venue d'attirer des
enfants dans son chteau, de les souiller en les torturant et de
les assassiner ensuite. Ce monstre assura avoir prouv un bonheur
indicible  commettre ces actes. Il avait deux complices. Les cadavres
des malheureuses victimes furent brls et seules quelques ttes
d'enfants exceptionnellement belles furent gardes comme souvenir.

Quand on veut expliquer la connexit existant entre la volupt et
la cruaut, il faut remonter  ces cas qui sont encore presque
physiologiques o, au moment de la volupt suprme, des individus,
normaux d'ailleurs mais trs excitables, commettent des actes, comme
mordre ou gratigner, qui habituellement ne sont inspirs que par la
colre. Il faut, en outre, rappeler que l'amour et la colre sont non
seulement les deux plus fortes passions, mais encore les deux uniques
formes possibles de la passion forte (sthnique). Toutes les deux
cherchent leur objet, veulent s'en emparer, et se manifestent par
une action physique sur l'objet; toutes les deux mettent la sphre
psycho-motrice dans la plus grande agitation et arrivent par cette
agitation mme  leur manifestation normale.

Partant de ce point de vue, on comprend que la volupt pousse  des
actes qui, dans d'autres cas, ressemblent  ceux inspirs par la
colre[31].

[Note 31: Schultz (_Wiener med. Wochenschrift_, 1869, n 49)
rapporte le cas curieux d'un homme de vingt-huit ans qui ne pouvait
faire avec sa femme le cot qu'aprs s'tre mis artificiellement en
colre.]

L'une comme l'autre est un tat d'exaltation, constitue une puissante
excitation de toute la sphre psychomotrice. Il en rsulte un dsir de
ragir par tous les moyens possibles et avec la plus grande intensit
contre l'objet qui provoque l'excitation. De mme que l'exaltation
maniaque passe facilement  l'tat de manie de destruction furieuse,
de mme l'exaltation de la passion sexuelle produit quelquefois le
violent dsir de dtendre l'excitation gnrale par des actes insenss
qui ont une apparence d'hostilit. Ces actes reprsentent pour ainsi
dire des mouvements psychiques et accessoires; il ne s'agit point
d'une simple excitation inconsciente de l'innervation musculaire
(ce qui se manifeste aussi quelquefois sous forme de convulsions
aveugles), mais d'une vraie hyperbolie de la volont  produire un
puissant effet sur l'individu qui a caus notre excitation. Le
moyen le plus efficace pour cela, c'est de causer  cet individu une
sensation de douleur. En partant de ce cas o, dans le maximum de la
passion voluptueuse, l'individu cherche  causer une douleur  l'objet
aim, on arrive  des cas o il y a srieusement mauvais traitements,
blessures et mme assassinat de la victime[32].

[Note 32: Voir Lombroso (_Uomo delinquente_), qui cite des faits
analogues chez les animaux en rut.]

Dans ces cas, le penchant  la cruaut qui peut s'associer  la
passion voluptueuse, s'est augment dmesurment chez un individu
psychopathe, tandis que, d'autre part, la dfectuosit des sentiments
moraux fait qu'il n'y a pas normalement d'entraves ou qu'elles sont
trop faibles pour ragir.

Ces actes sadiques monstrueux ont, chez l'homme, chez lequel ils se
produisent plus frquemment que chez la femme, encore une autre cause
puissante due aux conditions physiologiques.

Dans le rapport des deux sexes, c'est  l'homme qu'choit le rle
actif et mme agressif, tandis que la femme se borne au rle passif et
dfensif[33].

[Note 33: Chez les animaux aussi c'est ordinairement le mle qui
poursuit la femelle de ses propositions d'amour. On peut aussi souvent
remarquer que la femelle prend la fuite ou feint de la prendre. Alors
il s'engage une scne semblable  celle qui a lieu entre l'oiseau de
proie et l'oiseau auquel il fait la chasse.]

Pour l'homme, il y a un grand charme a conqurir la femme,  la
vaincre; et, dans l'_Ars amandi_, la dcence de la femme qui reste
sur la dfensive jusqu'au moment o elle a cd, est d'une grande
importance psychologique. Dans les conditions normales, l'homme se
voit en prsence d'une rsistance qu'il a pour tche de vaincre,
et c'est pour cette lutte que la nature lui a donn un caractre
agressif. Mais ce caractre agressif peut, dans des conditions
pathologiques, dpasser toute mesure et dgnrer en une tendance 
subjuguer compltement l'objet de ses dsirs jusqu' l'anantissement
et mme  le tuer[34].

[Note 34: La conqute de la femme se fait aujourd'hui sous une
forme civile, en faisant la cour, par sduction et en employant la
ruse, etc. Mais l'histoire de la civilisation et l'anthropologie nous
apprennent qu'autrefois et maintenant encore il est certains peuples
chez qui la force brutale, le rapt de la femme, et mme l'habitude
de la rendre inoffensive par des coups de massue remplacent les
sollicitations d'amour. Il est possible qu'un retour  l'atavisme
contribue, avec de pareils penchants,  favoriser les accs de
sadisme.

Dans les _Jahrbcher fr Psychologie_ (II, p. 128), Schaefer (Ina)
rapporte deux observations d'A. Payer. Dans le premier cas, un tat
d'excitation sexuelle excessif s'est dvelopp  l'aspect de scnes de
bataille, mme en peinture; dans l'autre cas, c'est la torture cruelle
de petits animaux qui produisit cet effet. Schaefer ajoute: La
combativit et l'envie de tuer sont, dans toutes les espces animales,
tellement l'attribut du mle, que l'existence d'une connexit entre
ces penchants mles et les penchants purement sexuels ne saurait tre
mise en doute. Je crois cependant pouvoir assurer, en me fondant sur
des observations qui ne sauraient tre contestes, que, mme chez des
individus mles dous d'une parfaite sant psychique et sexuelle, les
premiers signes prcurseurs, mystrieux et obscurs des dsirs sexuels
peuvent faire apparition  la suite de lectures de scnes de bataille
ou de chasse mouvantes. Une pousse inconsciente pousse les jeunes
gens  chercher une sorte de satisfaction dans les jeux de guerre
(lutte corps  corps). Dans ces jeux aussi l'instinct fondamental
de la vie sexuelle arrive  son expression: le lutteur cherche 
se mettre en contact extensif et intensif avec son partenaire,
avec l'arrire-pense plus ou moins nette de le terrasser ou de le
vaincre.]

Si ces deux lments constitutifs se rencontrent, si le dsir prononc
et anormal d'une raction violente contre l'objet aim s'unit  un
besoin exagr de subjuguer la femme, alors les explosions les plus
violentes du sadisme se produiront.

Le sadisme n'est donc qu'une exagration pathologique de certains
phnomnes accessoires de la _vita sexualis_ qui peuvent se produire
dans des circonstances normales, surtout chez le mle. Naturellement,
il n'est pas du tout ncessaire, et ce n'est pas la rgle, que le
sadiste ait conscience de ces lments de son penchant. Ce qu'il
prouve, c'est uniquement le dsir de commettre des actes violents et
cruels sur les personnes de l'autre sexe, et une sensation de volupt
rien qu'en se reprsentant ces actes de cruaut. Il en rsulte une
impulsion puissante  excuter les actes dsirs. Comme les vrais
motifs de ce penchant restent inconnus  celui qui agit, les actes
sadistes sont empreints des caractres des actes impulsifs.

Quand il y a association entre la volupt et la cruaut, non seulement
la passion voluptueuse veille le penchant  la cruaut, mais le
contraire aussi peut avoir lieu: l'ide et surtout la vue d'actes
cruels agissent comme un stimulant sexuel et sont dans ce sens
employs par des individus pervers[35].

[Note 35: Il arrive aussi que la vue accidentelle du sang vers
mette le mcanisme psychique et prdispos du sadiste en mouvement et
veille le penchant qui tait  l'tat latent.]

Il est impossible empiriquement d'tablir une distinction entre les
cas de sadisme congnital et de sadisme acquis. Beaucoup d'individus
tars originellement font pendant longtemps tous les efforts possibles
pour rsister  leurs penchants pervers. Si la puissance sexuelle
existe encore, ils ont au commencement une _vita sexualis_ normale,
souvent grce  l'vocation d'images de nature perverse. Plus tard
seulement, aprs avoir vaincu successivement toutes les contre-raisons
thiques et esthtiques et aprs avoir constat  plusieurs reprises
que l'acte normal ne procure pas de satisfaction complte, le penchant
morbide se fait jour et se manifeste extrieurement. Une disposition
perverse et _ab origine_ se traduit alors tardivement par des actes.
Voil ce qui produit souvent l'apparence d'une perversion acquise et
trompe sur le vrai caractre congnital du mal. _A priori_, on peut
cependant supposer que cet tat psychopathique existe toujours _ab
origine_. Nous verrons plus loin les raisons en faveur de cette
hypothse.

Les actes sadistes diffrent selon le degr de leur monstruosit,
selon l'empire du penchant pervers sur l'individu qui en est atteint,
ou bien selon les lments de rsistance qui existent encore,
lments qui, cependant, peuvent tre plus ou moins affaiblis par des
dfectuosits thiques originelles, par la dgnrescence hrditaire,
par la folie morale.

Ainsi naissent une longue srie de formes qui commencent par les
crimes les plus graves et qui finissent par des actes purils qui
n'ont d'autre but que d'offrir une satisfaction symbolique au besoin
pervers du sadiste.

On peut encore classer les actes sadiques selon leur genre. Il faut
alors distinguer s'ils ont lieu aprs la consommation du cot dans
lequel le _libido nimia_ n'a pas t satisfait, ou si, dans le
cas d'affaiblissement de la puissance gnsique, ils servent de
prparatifs pour la stimuler, ou si enfin, dans le cas d'une absence
totale de la puissance gnsique, les actes sadiques doivent remplacer
le cot devenu impossible et provoquer l'jaculation. Dans les deux
derniers cas, il y a, malgr l'impuissance, un _libido_ violent, ou
du moins ce _libido_ subsistait chez l'individu  l'poque o il a
constat l'habitude des actes sadiques. L'hyperesthsie sexuelle
doit toujours tre considre comme la base des penchants sadistes.
L'impuissance si frquente chez les individus psycho-nvropathiques
dont il est ici question,  la suite d'excs faits ds la premire
jeunesse, est ordinairement de la faiblesse spinale. Quelquefois il
se peut qu'il y ait une sorte d'impuissance psychique par la
concentration de la pense vers l'acte pervers,  ct duquel alors
l'image de la satisfaction normale s'efface.

Quel que soit le caractre extrieur de l'acte, pour le comprendre
il est essentiel d'examiner les dispositions perverses de l'me et le
sens du penchant de l'individu atteint.


A.--ASSASSINAT PAR VOLUPT[36] (VOLUPT ET CRUAUT, AMOUR DU MEURTRE
POUSS JUSQU' L'ANTHROPOPHAGIE)

[Note 36: Comparez: Meizger _Ger. Arzneiw_, dit par Remer, p.
539; _Klein's Annalen_, X, p. 176, XVIII, p. 311; Heinroth, _System
der Psych. ger. Med._, p. 270; _Neuer Pitaval_, 1855, 23 Th. (cas
Blaize Ferrage).]

Le fait le plus horrible mais aussi le plus caractristique pour
montrer la connexit qui existe entre la volupt et la cruaut, c'est
le cas d'Andreas Bichel que Feuerbach a publi dans son _Aktenmssigen
Darstellung merkwrdiger Verbrechen_.

_B. puellas stupratas necavit et dissecuit._-- propos de l'assassinat
commis sur une de ses victimes, il s'est exprim dans les termes
suivants au cours de son interrogatoire:

Je lui ai ouvert la poitrine et j'ai tranch avec un couteau les
parties charnues du corps. Ensuite j'ai apprt le corps de cette
personne, comme le boucher a l'habitude de faire avec la bte qu'il
vient de tuer. Je lui ai coup le corps en deux avec une hache de
faon  l'enfouir dans le trou creus d'avance dans la montagne et
destin  recevoir le cadavre. Je puis dire qu'en ouvrant la poitrine
j'tais tellement excit que je tressaillais et que j'aurais voulu
trancher un morceau de chair et le manger.

Lombroso[37] cite aussi des cas de ce genre, entre autres celui d'un
nomm Philippe qui avait l'habitude d'trangler _post actum_ les
prostitues et qui disait: J'aime les femmes, mais cela m'amuse de
les trangler aprs avoir joui d'elles.

[Note 37: _Geschlechtstrieb und Verbrechen in ihren gegenseitigen
Beziehungen, Goltdammers Archiv_, Bd. XXX.]

Un nomm Grassi (V. Lombroso _op. cit._, p. 12) a t pris nuitamment
d'un dsir sexuel pour une parente. Irrit par la rsistance de cette
femme, il lui donna plusieurs coups de couteau dans le bas-ventre, et
lorsque le pre et l'oncle de la malheureuse voulurent le retenir, il
les tua tous deux. Immdiatement aprs il alla calmer dans les bras
d'une prostitue son rut sexuel. Mais cela ne lui suffisait pas; il
assassina son propre pre et gorgea plusieurs boeufs dans l'table.

Il ressort des faits que nous venons d'numrer que, sans aucun doute,
un grand nombre d'assassinats par volupt sont dus  l'hyperesthsie
associe  la paresthsie sexuelle. De mme,  un degr plus lev, la
perversion sexuelle peut amener  commettre des actes de brutalit
sur des cadavres, comme par exemple le dpcement du cadavre,
l'arrachement voluptueux des entrailles. Le cas de Bichel indique
clairement la possibilit d'une pareille observation.

De notre temps, on peut citer comme exemple Menesclou (V. _Annales
d'hygine publique_) sur lequel Lasgue, Brouardel et Motet ont donn
un rapport. On le jugea d'esprit sain, et il fut guillotin.

    OBSERVATION 17.--Le 18 avril 1880, une fille de quatre
    ans disparut de la maison de ses parents. Le 16 on arrta
    Menesclou, un des locataires de cette maison. Dans ses poches
    on trouva les avant-bras de l'enfant; de la chemine on retira
    la tte et les viscres  moiti carboniss. Dans les lieux
    d'aisance on trouva aussi des parties du cadavre. On n'a pu
    retrouver les parties gnitales de la victime. Menesclou,
    interrog sur le sort de l'enfant, se troubla. Les
    circonstances ainsi qu'une posie lascive trouve sur lui,
    ne laissrent plus subsister aucun doute: il avait assassin
    l'enfant aprs en avoir abus. Menesclou ne manifesta
    aucun repentir; son acte, disait-il, tait un malheur.
    L'intelligence de l'accus est borne. Il ne prsente aucun
    stigmate de dgnrescence anatomique; il a l'oue dure et il
    est scrofuleux.

    Menesclou a vingt ans.  l'ge de neuf mois il eut des
    convulsions; plus tard, il souffrit d'insomnies; _enuresis
    nocturna_; il tait nerveux, se dveloppa tardivement et
    d'une faon incomplte.  partir de l'ge de pubert il
    devint irritable, manifestant des penchants mauvais; il tait
    paresseux, indocile, impropre  toute occupation. Il ne se
    corrigea pas, mme dans la maison de correction. On le mit
    dans la marine; l non plus il n'tait bon  rien. Rentr
    de son service, il vola ses parents et eut de mauvaises
    frquentations. Il n'a jamais couru aprs les femmes. Il
    se livrait avec ardeur  l'onanisme et,  l'occasion, il se
    livrait  la sodomie sur des chiennes. Sa mre souffrait de
    _mania menstrualis periodica;_ un oncle tait fou, un autre
    oncle ivrogne.

    L'autopsie du cerveau de Menesclou a permis de constater une
    altration morbide des deux lobes frontaux, de la premire et
    de la seconde circonvolution temporale ainsi que d'une partie
    des circonvolutions occipitales.

    OBSERVATION 18.--Alton, garon de magasin en Angleterre, va se
    promener dans les environs de la ville. Il attire une enfant
    dans un bosquet, rentre aprs y avoir pass quelque temps,
    va au bureau o il inscrit sur son carnet la note suivante:
    _Killed to day a young girl, it was fine and hot_ (Assassin
    aujourd'hui une jeune fille; le temps tait beau; il faisait
    chaud).

    On remarque l'absence de l'enfant, on se met  sa recherche
    et on la trouve dchire en morceaux; certaines parties de
    son corps, entre autres les parties gnitales, n'ont pu tre
    retrouves. Alton ne manifesta pas la moindre trace d'moi
    et ne fournit aucune explication ni sur le mobile ni sur
    les circonstances de son acte horrible. C'tait un individu
    psychopathe qui avait de temps  autre des tats de dpression
    avec _tdium vit_.

    Son pre avait eu un accs de manie aigu, un parent proche
    souffrait de manie avec penchants  l'assassinat. Alton fut
    excut.

Dans de pareils cas, il peut arriver que l'individu morbide prouve
le dsir de goter la chair de la victime assassine et que, cdant 
cette aggravation perverse de ses reprsentations objectives, il mange
des parties du cadavre.

    OBSERVATION 19.--Lger, vigneron, vingt-quatre ans, ds sa
    jeunesse sombre, renferm et fuyant toute socit, s'en va
    pour chercher de l'ouvrage. Pendant huit jours il rde dans
    une fort. _Puellam apprehendit duodecim annorum: stuprat
    genitalia mutilat, cor eripit_, en mange, boit le sang et
    enfouit le cadavre. Arrt, il nie d'abord, mais finit par
    avouer son crime avec un sang-froid cynique. Il coute son
    arrt de mort avec indiffrence et est excut.  l'autopsie,
    Esquirol a constat des adhrences pathologiques entre les
    mninges et le cerveau (Georgel, Compte rendu du procs Lger,
    Feldtmann, etc.).

    OBSERVATION 20.--Tirsch, pensionnaire de l'hospice de Prague,
    cinquante-cinq ans, de tout temps concentr, bizarre, brutal,
    trs irascible, maussade, vindicatif, condamn  vingt ans
    de prison pour viol d'une fille de dix ans, avait, ces temps
    derniers, veill l'attention par ses accs de rage pour des
    raisons futiles et par son _tdium vit_.

    En 1864, aprs avoir t conduit par une veuve  laquelle il
    proposait le mariage, il avait pris en haine les femmes. Le 8
    juillet, il rdait avec l'intention d'assassiner un individu
    du sexe qu'il dtestait tant.

    _Vetulam occurrentem in silvam allexit, coitum poposcit,
    renitentem prostravit, jugulum femin compressit furore
    captus. Cadaver virga betul desecta verberare voluit
    nequetamen id perfecit, quia conscientia sua hc fieri vetuit,
    cultello mammas et genitalia desecta domi cocta proximis
    diebus cum globis comedit._ Le 12 septembre, lorsqu'on
    l'arrta, on trouva encore les restes de cet horrible repas.
    Il allgua comme mobile de son acte une soif intrieure et
    demanda lui-mme  tre excut, puisqu'il avait t de tout
    temps un paria dans la socit. En prison, il manifestait une
    irrascibilit excessive, et parfois il avait des accs de rage
    pendant lesquels il refusait toute nourriture. On a fait la
    remarque que la plupart de ses anciens excs concidaient
    avec des explosions d'irritation et de rage. (Maschka, _Prager
    Vierteljahrsschrift_, 1886, I, p. 79; Gauster dans _Maschka's
    Handb. der ger. Medicin_ IV, p. 489.)

Dans la catgorie de ces monstres psycho-sexuels rentre sans doute
l'ventreur de Whitechapel[38] que la police cherche toujours sans
pouvoir le dcouvrir.

[Note 38: Comparez entre autres: Spitzka, _The Journal of nervous
and mental Diseases_, dc. 1888; Kiernan, _The medical Standard_,
nov.-dc. 1888.]

L'absence rgulire de l'utrus, des ovaires et de la vulve chez les
dix victimes de ce _Barbe-bleue_ moderne, fait supposer qu'il cherche
et trouve encore une satisfaction plus vive dans l'anthropophagie.

Dans d'autres cas d'assassinat par volupt, le _stuprum_ n'a pas lieu
soit pour des raisons physiques, soit pour des raisons psychiques, et
le crime sadiste seul remplace le cot.

Le prototype de pareils cas est celui de Verzeni. La vie de
ses victimes dpendait de la manifestation htive ou tardive de
l'jaculation. Comme ce cas mmorable renferme tout ce que la science
moderne connat sur la connexit existant entre la volupt, la rage
de tuer et l'anthropophagie, il convient d'en faire ici une mention
dtaille, d'autant plus qu'il a t bien observ.

    OBSERVATION 21.--Vincent Verzeni, n en 1849, arrt depuis le
    11 janvier 1872, est accus: 1 d'avoir essay d'trangler sa
    cousine Marianne, alors que celle-ci, il y a quatre ans, tait
    couche et malade dans son lit; 2 d'avoir commis le
    mme dlit sur la personne de l'pouse d'Arsuffi, ge de
    vingt-sept ans; 3 d'avoir essay d'trangler Mme Gala en lui
    serrant la gorge pendant qu'il tait agenouill sur son corps;
    4 il est, en outre, souponn d'avoir commis les assassinats
    suivants:

    Au mois de dcembre, le matin entre sept et huit heures,
    Jeanne Molta se rendit dans une commune voisine. Comme elle ne
    rentrait pas, le matre chez qui elle tait servante, partit
     sa recherche et trouva sur un sentier, prs du village, le
    cadavre de cette fille horriblement mutil. Les viscres
    et les parties gnitales taient arrachs du corps et se
    trouvaient prs du cadavre. La nudit du cadavre, des rosions
    aux cuisses faisaient supposer un attentat contre la pudeur;
    la bouche remplie de terre indiquait que la fille avait t
    touffe. Prs du cadavre, sous un monceau de paille, on
    trouva une partie dtache du mollet droit et des vtements.
    L'auteur du crime est rest inconnu.

    Le 28 aot 1871, de bon matin, Mme Frigeni, ge de vingt-huit
    ans, alla aux champs. Comme  huit heures elle n'tait pas
    encore rentre, son mari partit pour aller la chercher. Il la
    retrouva morte dans un champ, portant autour du cou des traces
    de strangulation et de nombreuses blessures; le ventre ouvert
    laissait sortir les entrailles.

    Le 29 aot,  midi, comme Maria Previtali, ge de dix-neuf
    ans, traversait les champs, elle fut poursuivie par son cousin
    Verzeni, trane dans un champ de bl, jete par terre, serre
    au cou. Quand il la relcha un moment pour s'assurer qu'il
    n'y avait personne dans le voisinage, la fille se releva et
    obtint, sur ses instantes prires, que Verzeni la laisst
    partir aprs lui avoir fortement serr les mains.

    Verzeni fut traduit devant le tribunal. Il a vingt-deux ans,
    son crne est de grandeur moyenne, asymtrique. L'os frontal
    droit est plus troit et plus bas que le gauche; la bosse
    frontale droite est peu dveloppe, l'oreille droite plus
    petite que la gauche (d'un centimtre en hauteur et de trois
    en largeur); la partie infrieure de l'hlix manque aux deux
    oreilles; l'artre de la tempe est un peu athromateuse. Nuque
    de taureau, dveloppement norme de l'os zygomatique et de
    la mchoire infrieure, pnis trs dvelopp, manque
    du _frenulum_, lger _strabismus alternans divergens_
    (insuffisance des _muscles recti interni_ et myopie). Lombroso
    conclut de ces marques de dgnrescence  un arrt congnital
    du dveloppement du lobe frontal droit.  ce qu'il parat,
    Verzeni est un hrditaire. Deux de ses oncles sont des
    crtins, un troisime est un microcphale, imberbe, chez qui
    un des testicules manque, tandis que l'autre est atrophi. Le
    pre prsente des traces de dgnrescence pellagreuse et
    eut un accs d'_hypocondria pellagrosa_. Un cousin souffrait
    d'hyperhmie crbrale, un autre est kleptomane.

    La famille de Verzeni est dvote et d'une avarice sordide. Il
    est d'une intelligence au-dessus de la moyenne, sait trs bien
    se dfendre, cherche  trouver un _alibi_ et  dmentir les
    tmoins. Dans son pass on ne trouve aucun signe d'alination
    mentale. Son caractre est trange; il est taciturne et
    aime la solitude. En prison, son attitude est cynique; il se
    masturbe et cherche  tout prix  voir des femmes.

    Verzeni a fini par avouer ses crimes et dire les mobiles qui
    l'y avaient pouss.

    L'accomplissement de ses crimes, dit-il, lui avait procur
    une sensation extrmement agrable (voluptueuse), accompagne
    d'rection et d'jaculation.  peine avait-il touch sa
    victime au cou, qu'il prouvait des sensations sexuelles. En
    ce qui concerne ces sensations, il lui tait absolument gal
    que les femmes fussent vieilles, jeunes, laides ou belles.
    D'habitude, il prouvait du plaisir rien qu'en serrant le cou
    de la femme, et dans ce cas il laissait la victime en vie.
    Dans les deux cas cits, la satisfaction sexuelle tardait
     venir, et alors il avait serr le cou jusqu' ce que la
    victime ft morte. La satisfaction qu'il prouvait pendant ces
    strangulations tait plus grande que celle que lui procurait
    la masturbation. Les contusions  la peau des cuisses et du
    pubis taient faites avec les dents lorsqu'il suait, avec
    grand plaisir, le sang de sa victime. Il avait suc un morceau
    de mollet et l'avait emport pour le griller  la maison;
    mais, se ravisant, il l'avait cach sous un tas de paille,
    de crainte que sa mre ne s'apert de ses menes. Il avait
    emport avec lui les vtements et les viscres; il les porta
    pendant quelque temps parce qu'il avait du plaisir  les
    renifler et  les palper. La force qu'il possdait dans ces
    moments de volupt tait norme. Il n'a jamais t fou; en
    excutant ses actes, il ne voyait plus rien autour de lui
    (videmment l'excitation sexuelle, pousse au plus haut degr,
    a supprim en lui la facult de perception; acte instinctif).
    Aprs il prouvait toujours un certain bien-tre et un
    sentiment de grande satisfaction. Il n'a jamais prouv de
    remords. Jamais l'ide ne lui est venue de toucher aux parties
    gnitales des femmes qu'il avait tortures, ni de souiller ses
    victimes; il lui suffisait de les trangler et d'en boire le
    sang. En effet, les assertions de ce vampire moderne semblent
    avoir un fondement de vrit. Les penchants sexuels normaux
    paraissent lui avoir t trangers. Il avait deux matresses,
    mais il se contentait de les regarder, et il est lui-mme
    tonn qu'en leur prsence, l'envie ne lui soit pas venue
    de les trangler ou de leur empoigner les mains. Il est vrai
    qu'avec elles il n'prouvait pas la mme jouissance qu'avec
    ses victimes. On n'a constat chez lui aucune trace de sens
    moral, ni de repentir, etc.

    Verzeni dclara lui-mme qu'il deviendrait bon si on le tenait
    enferm; car, rendu  la libert, il ne pourrait pas rsister
     ses envies. Verzeni a t condamn aux travaux forcs 
    perptuit. (Lombroso, _Verzeni e Agnoletti_. _Roma_, 1873.)

    Les aveux faits par Verzeni aprs sa condamnation sont trs
    intressants:

    J'prouvais un plaisir indicible quand j'tranglais des
    femmes; je sentais alors des rections et un vritable dsir
    sexuel. Rien que de renifler des vtements de femme, cela
    me procurait dj du plaisir. La sensation de plaisir que
    j'prouvais en serrant le cou d'une femme tait plus grande
    que celle que me causait la masturbation. En buvant le sang du
    pubis, j'prouvais un grand bonheur. Ce qui me faisait encore
    beaucoup de plaisir, c'tait de retirer de la chevelure des
    assassines les pingles  cheveux. J'ai pris les vtements et
    les viscres pour avoir le plaisir de les renifler et de les
    palper. Ma mre, finalement, s'aperut de mes agissements,
    car, aprs chaque assassinat ou tentative d'assassinat, elle
    apercevait des taches de sperme sur ma chemise. Je ne suis pas
    fou; mais, au moment d'gorger, je ne voyais plus rien. Aprs
    la perptration de l'acte, j'tais satisfait et me sentais
    bien. Jamais l'ide ne m'est venue de toucher ou de regarder
    les parties gnitales. Il me suffisait d'empoigner le cou
    des femmes et de sucer leur sang. J'ignore encore aujourd'hui
    comment la femme est faite. Pendant que j'tranglais et aussi
    aprs, je me pressais contre le corps de la femme, sans porter
    mon attention sur une partie du corps plutt que sur l'autre.

    V... a t amen seul  ses actes pervers aprs avoir
    remarqu,  l'ge de douze ans, qu'il prouvait un plaisir
    trange toutes les fois qu'il avait des poulets  tuer. Voil
    pourquoi il en avait tu alors en quantit, allguant
    qu'une belette avait pntr dans la basse-cour. (Lombroso
    _Goltdammers Archiv._ Bd. 30, p. 13.)

Lombroso (_Goltdammers Archiv._) cite encore un cas analogue qui s'est
pass  Vittoria en Espagne.

    OBSERVATION 22.--Le nomm Gruyo, quarante et un ans, autrefois
    d'une conduite exemplaire et qui avait t mari trois fois,
    a trangl six femmes en dix ans. Les victimes taient presque
    toutes des filles publiques et pas jeunes. Aprs les avoir
    trangles, il leur arrachait _per vaginam_ les intestins et
    les reins. Il abusa de quelques-unes de ses victimes avant de
    les assassiner; sur d'autres il ne commit aucun acte sexuel,
    par suite de l'impuissance qui lui vint plus tard. Il oprait
    ses atrocits avec tant de prcaution que, pendant dix ans, il
    put rester  l'abri de toute poursuite.


B.--NCROPHILES

Au groupe horrible des assassins par volupt les ncrophiles font
naturellement suite, car, chez ces derniers, comme chez les premiers,
une reprsentation qui en soi voque l'horreur et fait frmir l'homme
sain ou non dgnr, est accompagne de sensations de plaisir, et
devient ainsi une impulsion aux actes de ncrophilie.

Les cas de viol de cadavres dcrits dans la littrature par les potes
et les romanciers, font l'impression de phnomnes pathologiques;
seulement ils ne sont ni exactement observs ni exactement dcrits, si
l'on veut toutefois excepter le cas du clbre sergent Bertrand. (Voir
plus loin.)

Dans certains cas, il ne se produit peut-tre pas d'autre phnomne
qu'un dsir effrn qui ne considre pas la mort de l'objet aim comme
un empchement  la satisfaction sensuelle.

Tel est peut-tre le septime des cas rapports par Moreau.

Un homme de vingt-trois ans a fait une tentative de viol sur Madame
X..., ge de cinquante-trois ans, a tu cette femme qui se dfendait,
puis en a abus sexuellement et, l'acte commis, l'a jete  l'eau.
Mais il a repch le cadavre pour le souiller de nouveau. L'assassin
a t guillotin. On a trouv  l'autopsie les mninges frontales
paissies et adhrentes  l'corce crbrale.

D'autres auteurs franais ont cit des exemples de ncrophilie. Deux
fois, il tait question de moines qui taient de garde auprs d'une
morte; dans un troisime cas, il est question d'un idiot atteint de
manie priodique. Aprs avoir commis un viol, il fut intern dans un
asile d'alins; l, il pntra dans la salle mortuaire pour violer
des cadavres de femmes.

Dans d'autres cas, le cadavre est manifestement prfr  la
femme vivante. Si l'auteur ne commet pas d'autres actes de
cruaut--dpcement, etc.--sur le corps du cadavre, il est alors
probable que c'est l'inertie du cadavre qui en fait le charme. Il
se peut qu'un cadavre qui prsente la forme humaine avec une absence
totale de volont, soit, par ce fait mme, capable de satisfaire
le besoin morbide de subjuguer d'une manire absolue et sans aucune
possibilit de rsistance l'objet dsir.

Brire de Boismont (_Gazette mdicale_, 1859, 2 juillet) raconte
l'histoire d'un ncrophile qui, aprs avoir corrompu les gardiens,
s'est introduit dans la chambre mortuaire o gisait le cadavre d'une
fille de seize ans, enfant d'une famille trs distingue. Pendant
la nuit, on entendit dans la chambre mortuaire un bruit comme si un
meuble et t renvers. La mre de la jeune fille dcde pntra
dans la chambre et aperut un homme en chemise qui venait de sauter
du lit de la morte. On le prit d'abord pour un voleur, mais bientt
on s'aperut de quoi il s'agissait. On apprit que le ncrophile, fils
d'une grande famille, avait dj souvent viol des cadavres de jeunes
femmes. Il a t condamn aux travaux forcs  perptuit.

L'histoire suivante, raconte par Taxil (_La Prostitution
contemporaine_, p. 171), est aussi d'un grand intrt pour l'tude de
la ncrophilie.

Un prlat venait de temps en temps dans une maison publique  Paris
et commandait qu'une prostitue, vtue de blanc comme un cadavre,
l'attendt couche sur une civire.

 l'heure fixe, il arrivait revtu de ses ornements, entrait dans la
chambre transforme en chapelle ardente, faisait comme s'il disait une
messe, se jetait alors sur la fille qui pendant tout ce temps devait
jouer le rle d'un cadavre[39].

[Note 39: Simon (_Crimes et Dlits_, p. 209) cite une observation
de Lacassagne auquel un homme trs convenable a avou qu'il
n'prouvait de forte excitation sexuelle que lorsqu'il assistait  un
enterrement.]

Les cas o l'auteur maltraite et dpce le cadavre, sont plus faciles
 expliquer. Ils font un pendant immdiat aux assassins par volupt,
tant donn que la volupt chez ces individus est lie  la cruaut
ou du moins au penchant  se livrer  des voies de fait sur la femme.
Peut-tre un reste de scrupule moral fait-il reculer l'individu devant
l'ide de commettre des actes cruels sur la personne d'une femme
vivante, peut-tre l'imagination omet-elle l'assassinat par volupt et
ne s'en tient-elle qu'au rsultat de l'assassinat: le cadavre. Il est
probable que l'ide de l'absence de volont du cadavre joue ici un
rle.

    OBSERVATION 23.--Le sergent Bertrand est un homme d'une
    constitution dlicate, d'un caractre trange; il tait, ds
    son enfance, toujours taciturne et aimait la solitude.

    Les conditions de sant de sa famille ne sont pas suffisamment
    connues, mais on a pu tablir que, dans son ascendance, il
    y avait des cas d'alination mentale. Il prtend avoir t
    affect d'une trange manie de destruction ds son enfance. Il
    brisait tout ce qui lui tombait entre les mains.

    Ds son enfance, il en vint  la masturbation sans y avoir
    t entran.  l'ge de neuf ans, il commena  prouver de
    l'affection pour les personnes de l'autre sexe.  l'ge de
    treize ans, le puissant dsir de satisfaire ses sens avec des
    femmes se rveilla en lui; il se masturbait sans cesse. En se
    livrant  cet acte, il se reprsentait toujours une chambre
    remplie de femmes. Il se figurait alors, dans son imagination,
    qu'il accomplissait avec elles l'acte sexuel et qu'il les
    maltraitait ensuite. Bientt il se les reprsentait comme des
    cadavres, et, dans son imagination, il se voyait souillant ces
    cadavres. Parfois, quand il se trouvait dans cet tat, l'ide
    lui vint d'avoir affaire aussi  des cadavres d'hommes, mais
    cette ide le remplissait toujours de dgot.

    Ensuite il prouva le vif dsir de se mettre en contact avec
    de vritables cadavres.

    Faute de cadavres humains, il se procurait des cadavres
    d'animaux, auxquels il ouvrait le ventre, arrachait les
    entrailles, pendant qu'il se masturbait. Il prtend avoir
    prouv alors un plaisir indicible. En 1846, les cadavres ne
    lui suffisaient plus. Il tua deux chiens, avec lesquels il
    fit la mme chose. Vers la fin de 1846, il lui vint, pour
    la premire fois, l'envie de se servir de cadavres humains.
    D'abord, il rsista. En 1847, comme il venait d'apercevoir
    par hasard, au cimetire, la tombe d'un mort qu'on venait
    d'enterrer, cette envie le prit si violemment, en lui causant
    des maux de tte et des battements de coeur, que, bien qu'il
    y et du monde tout prs et danger d'tre dcouvert, il se mit
     dterrer le cadavre. N'ayant sous la main aucun instrument
    pour le dpecer, il prit la bche d'un fossoyeur et se mit
     frapper avec rage sur le cadavre. En 1847 et 1848 se
    manifestait pendant quinze jours, avec de violents maux de
    tte, l'envie de brutaliser des cadavres. Au milieu des plus
    grands dangers et des plus grandes difficults, il satisfit
    environ quinze fois ce penchant. Il dterrait les cadavres
    avec ses ongles, et, telle tait son excitation, qu'il ne
    sentait mme pas les blessures qu'il se faisait aux mains. Une
    fois en possession du cadavre, il l'ventrait avec son sabre
    ou son couteau, arrachait les entrailles pendant qu'il
    se masturbait. Le sexe des morts, prtend-il, lui tait
    absolument gal; mais on a constat que ce vampire moderne
    avait dterr plus de cadavres de femmes que de cadavres
    d'hommes. Pendant ces actes, il se trouvait dans une
    excitation sexuelle indescriptible. Aprs avoir dpec les
    cadavres, il les enterrait de nouveau.

    Au mois de juillet 1848, il tomba, par hasard, sur le cadavre
    d'une fille de seize ans.

    C'est alors que, pour la premire fois, s'veilla en lui
    l'envie de pratiquer le cot sur le cadavre. Je le couvrais
    de baisers et le pressais comme un enrag contre mon coeur.
    Toute la jouissance qu'on peut prouver avec une femme vivante
    n'est rien en comparaison du plaisir que j'prouvai. Aprs
    en avoir joui environ quinze minutes, je dpeai, comme
    d'habitude, le cadavre et en arrachai les entrailles. Ensuite
    je l'enterrai de nouveau.

    C'est  partir de cet attentat, prtend B..., qu'il a senti
    l'envie de jouir sexuellement des cadavres avant de les
    dpecer, ce qu'il a fait avec trois cadavres de femmes. Mais
    le vrai mobile qui le faisait dterrer les cadavres tait
    rest le mme: le dpcement, et le plaisir qu'il prouvait 
    cet acte tait plus grand que celui que lui procurait le cot
    pratiqu sur le cadavre.

    Ce dernier acte n'tait qu'un pisode de l'acte principal et
    n'a jamais pu compltement satisfaire son rut. Voil pourquoi,
    aprs l'acte sexuel, il mutilait les cadavres.

    Les mdecins lgistes admirent le cas de monomanie. Le conseil
    de guerre condamna B...  un an de prison.

    (Micha, _Union md._, 1849.--Lunier, _Annales md.-psychol._,
    1849, p. 153.--Tardieu, _Attentats aux moeurs_, 1878, p.
    114.--Legrand, _La Folie devant les Tribunaux_, p. 524.)


C.--MAUVAIS TRAITEMENTS INFLIGS  DES FEMMES (PIQRES, FLAGELLATIONS,
ETC.)

 la catgorie des assassins par volupt et  celle des ncrophiles
qui a beaucoup d'affinits avec la premire, il faut joindre celle des
individus dgnrs qui prouvent du charme et du plaisir  blesser la
victime de leurs dsirs et  voir le sang couler.

Un monstre de ce genre tait le fameux marquis de Sade[40], qui a
donn son nom  cette tendance  unir la volupt  la cruaut.

[Note 40: Taxil (_op. cit._, p. 180) donne des renseignements
dtaills sur ce monstre psychosexuel qui, videmment, a d prsenter
un tat de satyriasis habituel associ  une _paresthesia sexualis_.

De Sade tait cynique au point de vouloir srieusement idaliser sa
cruelle sensualit et se faire l'aptre d'une doctrine fonde sur ce
sentiment pervers. Ses menes taient devenues si scandaleuses (entre
autres il invita chez lui une socit de dames et de messieurs qu'il
mit en rut en leur faisant servir des bonbons de chocolat mlangs de
cantharide) qu'on dut l'enfermer dans la maison de sant de Charenton.
Pendant la Rvolution (1790), il fut remis en libert. Il crivit
alors des romans ruisselants de volupt et de cruaut. Lorsque
Bonaparte devint consul, le marquis de Sade lui fit cadeau de la
collection de ses romans, relis avec luxe. Le consul fit dtruire les
oeuvres du marquis et interner de nouveau l'auteur  Charenton, o
celui-ci mourut en 1814,  l'ge de soixante-quatre ans.]

Le cot n'avait pour lui de charme que lorsqu'il pouvait faire saigner
par des piqres l'objet de ses dsirs. Sa plus grande volupt tait de
blesser des prostitues nues et de panser ensuite leurs blessures.

Il faut aussi classer dans cette catgorie le cas d'un capitaine dont
l'histoire nous est raconte par Brierre de Boismont. Ce capitaine
forait sa matresse, avant le cot qu'il faisait trs frquemment,
 se poser des sangsues _ad pudenda_. Finalement cette femme fut
atteinte d'une anmie trs grave et devint folle.

Le cas suivant, que j'emprunte  ma clientle, nous montre d'une faon
bien caractristique la connexit qui existe entre la volupt, la
cruaut et le penchant  verser, ou  voir couler du sang.

    OBSERVATION 24.--M. X..., vingt-cinq ans, est n d'un pre
    lunatique, mort de _dementia paralytica_ et d'une mre de
    constitution hystro-neurasthnique. C'est un individu faible
    au physique, de constitution nvropathique et portant de
    nombreux stigmates de dgnrescence anatomique. tant enfant,
    il avait dj des tendances  l'hypocondrie et des obsessions.
    De plus, son tat d'esprit passait de l'exaltation  la
    dpression. Dj,  l'ge de dix ans, le malade prouvait une
    trange volupt  voir couler le sang de ses doigts. Voil
    pourquoi il se coupait ou se piquait souvent les doigts et
    prouvait de ces blessures un bonheur indicible. Alors il
    se produisit des rections lorsqu'il se blessait, de mme
    lorsqu'il voyait le sang d'autrui, par exemple une bonne qui
    s'tait blesse au doigt. Cela lui causait des sensations
    d'une volupt particulire. Puis sa _vita sexualis_ s'veilla
    de plus en plus. Il se mit  se masturber sans qu'il y ft
    amen par personne.

    Pendant l'acte de la masturbation, il lui revenait des images
    et des souvenirs de femmes baignes de sang. Maintenant, il
    ne lui suffisait plus de voir couler son propre sang. Il tait
    avide de la vue du sang de jeunes femmes, surtout de celles
    qui lui taient sympathiques. Souvent il pouvait  peine
    contenir son envie de blesser deux de ses cousines et une
    femme de chambre. Mais des femmes qui par elles-mmes ne lui
    taient pas sympathiques, provoquaient chez lui ce dsir si
    elles l'impressionnaient par une toilette particulire, par
    les bijoux et les coraux dont elles taient pares. Il put
    rsister  ce penchant, mais son imagination tait toujours
    hante par des ides sanguinaires qui entretenaient en lui des
    motions voluptueuses. Il y avait une corrlation intime entre
    les deux sphres d'ides et de sentiments. Souvent d'autres
    fantaisies cruelles l'obsdaient. Ainsi, par exemple, il se
    reprsentait dans le rle d'un tyran qui fait mitrailler le
    peuple. Par une obsession de son imagination, il se dpeignait
    les scnes qui se passeraient si l'ennemi envahissait une
    ville, s'il violait, torturait et enlevait les vierges. Dans
    ses moments de calme, le malade qui tait d'ailleurs d'un bon
    caractre et sans dfectuosit thique, prouvait une honte
    et un profond dgot de pareilles fantaisies, cruelles et
    voluptueuses. Aussi ce travail d'imagination cessait aussitt
    qu'il s'tait procur une satisfaction sexuelle par la
    masturbation.

    Peu d'annes suffirent pour rendre le malade neurasthnique.
    Alors le sang et les scnes sanguinaires voqus par son
    imagination, ne suffisaient plus pour arriver  l'jaculation.
    Afin de se dlivrer de son vice et de ses rves de cruaut, le
    malade eut des rapports sexuels avec des femmes.

    Le cot n'tait possible que lorsque le malade s'imaginait que
    la fille saignait des doigts. Il ne pouvait avoir d'rection
    sans avoir prsente cette image dans son ide. L'ide cruelle
    de blesser n'avait alors pour objectif que la main de la
    femme. Dans les moments de plus grande excitation sexuelle, le
    seul aspect d'une main de femme sympathique tait capable de
    lui donner les rections les plus violentes.

    Effray par la lecture d'un ouvrage populaire sur les
    consquences funestes de l'onanisme, il s'imposa une
    abstinence rigoureuse et tomba dans un tat grave de
    neurasthnie gnrale complique d'hypocondrie, _tdium vit_.
    Grce  un traitement mdical trs compliqu et trs actif, le
    malade se rtablit au bout d'un an. Depuis trois ans, il est
    d'un esprit sain; il a, comme auparavant, de grands besoins
    sexuels, mais il n'est hant que trs rarement par ses
    anciennes ides sanguinaires. X... a tout  fait renonc  la
    masturbation. Il trouve de la satisfaction dans la jouissance
    sexuelle normale; il est parfaitement puissant et n'a plus
    besoin d'avoir recours  ses ides sanguinaires.

Quelquefois ces tendances  la volupt cruelle ne se produisent
chez des individus tars qu'pisodiquement et dans certains tats
exceptionnels dtermins, ainsi que nous le montre le cas suivant,
rapport par Tarnowsky (_op. cit._, p. 61).

    OBSERVATION 25.--Z..., mdecin, de constitution nvropathique,
    ragissant faiblement contre l'alcool, pratiquant le cot
    normal dans les circonstances ordinaires, sentait, aussitt
    qu'il avait bu du vin, que le simple cot ne satisfaisait plus
    son _libido_ augment par cette boisson. Dans cet tat,
    il tait forc, pour avoir une jaculation et obtenir le
    sentiment d'une satisfaction complte, de piquer les _nates_
    de la _puella_, de les couper avec une lancette, de voir
    le sang et de sentir comment la lame pntre dans la chair
    vivante.

Mais la plupart des individus atteints de cette forme de perversion,
prsentent cette particularit que le charme de la femme ne les excite
pas. Dj dans le premier des cas cits plus haut, l'imagination a d
recourir  l'ide de l'coulement du sang pour que l'rection puisse
se produire.

Le cas suivant a rapport  un homme qui, par suite de la masturbation
ds son enfance, a perdu la facult d'rection, de sorte que, chez,
lui, l'acte sadique remplace le cot.

    OBSERVATION 26.--Le piqueur de filles de Bozen (communiqu par
    Demme, _Buch der Verbrechen_, Bd. II, p. 341). En 1829, une
    enqute judiciaire fut ouverte contre B..., soldat, g de
    trente ans.  diffrentes poques, et dans plusieurs endroits,
    il avait bless avec un couteau ou un canif des filles au
    derrire, mais de prfrence dans la rgion des parties
    gnitales. Il donna comme mobile de ces attentats un penchant
    sexuel pouss jusqu' la frnsie et qui ne trouvait de
    satisfaction que par l'ide ou le fait de piquer des femmes.
    Ce penchant l'avait obsd pendant des journes. Cela
    troublait ses ides et ce trouble ne cessait que quand il
    avait rpondu par un acte  son penchant. Au moment de piquer,
    il prouvait la satisfaction d'un cot accompli, et cette
    satisfaction tait augmente par l'aspect du sang ruisselant
    sur son couteau. Ds l'ge de dix ans, l'instinct sexuel se
    manifesta violemment chez lui. Il se livra tout d'abord  la
    masturbation et sentit que son corps et son esprit en taient
    affaiblis.

    Avant de devenir piqueur de filles, il avait satisfait son
    instinct sexuel en abusant de petites filles impubres, les
    masturbant et commettant des actes de sodomie. Peu  peu
    l'ide lui tait venue qu'il prouverait du plaisir en piquant
    une belle jeune fille aux parties gnitales et en voyant
    couler le sang le long de son couteau.

    Dans ses effets, on a trouv des imitations d'objets servant
    au culte, des images obscnes peintes par lui et reprsentant
    d'une faon trange la conception de Marie, l'ide de Dieu
    fige dans le sein de la Sainte Vierge.

    Il passait pour un homme bizarre, trs irascible, fuyant les
    hommes, avide de femmes, et morose. On ne constata chez lui
    aucune trace de honte ni de repentir. videmment c'tait
    un individu devenu impuissant par suite d'excs sexuels
    prmaturs, mais que la persistance d'un _libido sexualis_
    violent poussait  la perversion sexuelle[41].

    [Note 41: Voy. Krauss, _Psychologie des Verbrechens_,
    1884, p. 188; Dr Hofer, _Annalen der Staatsarzneikunde_, 6.
    III. 2; _Schmidt's Jahrbcher_, Bd 59, p. 94.]

    OBSERVATION 27.--Dans les premires annes qui suivirent 1860,
    la population de Leipzig tait terrorise par un homme qui
    avait l'habitude d'assaillir, avec un poignard, les jeunes
    filles dans la rue et de les blesser au bras suprieur. Enfin
    on russit  l'arrter et l'on constata que c'tait un
    sadique qui, au moment o il blessait les filles, avait une
    jaculation, et chez qui l'acte de faire une blessure aux
    filles tait un quivalent du cot. (Wharton, _A treatise on
    mental unsoundness_, Philadelphia 1873,  623[42]).

    [Note 42: Les journaux rapportent qu'en dcembre 1896
    une srie d'attentats analogues ont t commis  Mayence. Un
    garon, entre quatorze et seize ans, s'approchait des filles
    et des femmes et leur blessait les jambes avec un instrument
    aigu. Il fut arrt et fit l'impression d'un alin. On
    n'a donn aucun dtail sur ce cas, probablement de nature
    sadique.]

Dans les trois cas suivants, il y a galement impuissance, mais elle
peut tre d'origine psychique, la note dominante de la _vita sexualis_
tant _ab origine_ base sur le penchant sadiste et ses lments
normaux se trouvant atrophis.

    OBSERVATION 28 (communique par Demme, _Buch der Verbrechen_,
    VII, p. 281).--Le coupeur de filles d'Augsbourg, le nomm
    Bartle, ngociant en vins, avait dj des penchants sexuels
     l'ge de quatorze ans, mais une aversion prononce pour la
    satisfaction de l'instinct par le cot, aversion qui allait
    jusqu'au dgot du sexe fminin. Dj,  cette poque, il lui
    vint  l'ide de faire des plaies aux filles et de se procurer
    par ce moyen une satisfaction sexuelle. Il y renona cependant
    faute d'occasions et d'audace.

    Il ddaignait la masturbation; par-ci par-l il avait des
    pollutions sous l'influence de rves rotiques avec des filles
    blesses.

    Arriv  l'ge de dix-neuf ans, il fit, pour la premire fois,
    une blessure  une fille. _Hc faciens sperma ejaculavit,
    summa libidine affectus_. L'impulsion  de pareils actes
    devint de plus en plus forte. Il ne choisissait que des filles
    jeunes et jolies et leur demandait auparavant si elles taient
    maries ou non. L'jaculation et la satisfaction sexuelle
    ne se produisaient que lorsqu'il s'apercevait qu'il avait
    rellement bless la fille. Aprs l'attentat, il se sentait
    toujours faible et mal  l'aise; il avait aussi des remords.

    Jusqu' l'ge de trente-deux ans, il ne blessait les filles
    qu'en coupant la chair, mais il avait toujours soin de ne pas
    leur faire de blessures dangereuses.  partir de cette poque
    et jusqu' l'ge de trente-six ans, il parvint  dompter son
    penchant. Ensuite il essaya de se procurer de la jouissance en
    serrant les filles aux bras ou au cou, mais par ce procd il
    n'arrivait qu' l'rection, jamais  l'jaculation. Alors il
    essaya de frapper les filles avec un couteau rest dans sa
    gaine, mais cela ne produisit pas non plus l'effet voulu.
    Enfin il donna un coup de couteau pour de bon et eut un plein
    succs, car il s'imaginait qu'une fille blesse de cette
    manire perdait plus de sang et ressentait plus de douleur que
    si on lui avait incis la peau.  l'ge de trente-sept ans,
    il fut pris en flagrant dlit et arrt. Dans son logement,
    on trouva un grand nombre de poignards, de stylets et de
    couteaux. Il dclara que le seul aspect de ces armes, mais
    plus encore de les palper, lui avait procur des sensations
    voluptueuses et une vive excitation.

    En tout, il aurait bless cinquante filles, s'il faut s'en
    tenir  ses aveux.

    Son extrieur tait plutt agrable. Il vivait dans une
    situation bien range, mais c'tait un individu bizarre et qui
    fuyait la socit.

    OBSERVATION 29.--J.H..., vingt-cinq ans, est venu en 1883  la
    consultation pour neurasthnie et hypocondrie trs avances.
    Le malade avoue s'tre masturb depuis l'ge de quatorze ans;
    jusqu' l'ge de dix-huit ans il en usa moins frquemment,
    mais depuis il n'a plus la force de rsister  ce penchant.
    Jusque-l, il n'a jamais pu s'approcher d'une femme, car il
    tait soigneusement surveill par ses parents qui,  cause de
    son tat maladif, ne le laissaient jamais seul. D'ailleurs,
    il n'avait pas de dsir prononc pour cette jouissance qui lui
    tait inconnue.

    Il arriva, par hasard, qu'un jour, une fille de chambre de
    sa mre cassa une vitre en lavant les carreaux de la fentre.
    Elle se fit une blessure profonde  la main. Comme il l'aidait
     arrter le sang, il ne put s'empcher de le sucer, ce qui
    le mit dans un tat de violente excitation rotique allant
    jusqu' l'orgasme complet et  l'jaculation.

     partir de ce moment, il chercha par tous les moyens  se
    procurer la vue du sang frais de personnes du sexe fminin et
    autant que possible  en goter. Il prfrait celui des
    jeunes filles. Il ne reculait devant aucun sacrifice ni aucune
    dpense d'argent pour se procurer ce plaisir.

    Au dbut, la femme de chambre se mettait  sa disposition et
    se laissait, selon le dsir du jeune homme, piquer au doigt
    avec une aiguille et mme avec une lancette. Mais lorsque la
    mre l'apprit, elle renvoya la femme de chambre. Maintenant
    il est oblig d'avoir recours  des mrtrices pour obtenir
    un quivalent, ce qui lui russit assez souvent, malgr toutes
    les difficults qu'il a  surmonter. Entre temps, il se livre
     la masturbation et  la _manustupratio per feminam_, ce qui
    ne lui donne jamais une satisfaction complte et ne lui vaut
    qu'une fatigue et les reproches qu'il se fait intrieurement.
     cause de son tat nerveux, il frquentait beaucoup les
    stations thermales; il a t deux fois intern dans des
    tablissements spciaux o il demandait lui-mme  entrer.
    Il usa de l'hydrothrapie, de l'lectricit et de cures
    appropries sans obtenir un rsultat sensible.

    Parfois il russit  corriger sa sensibilit sexuelle anormale
    et son penchant  l'onanisme par l'emploi des bains de sige
    froids, du camphre monobrom et des sels de brome. Cependant,
    quand le malade se sent libre, il revient immdiatement 
    son ancienne passion et n'pargne ni peine ni argent pour
    satisfaire son dsir sexuel de la faon anormale dcrite plus
    haut.

    OBSERVATION 30 (communique par Albert Moll, de Berlin).--L...
    T..., vingt et un ans, commerant dans une ville rhnane,
    appartient  une famille dans laquelle il y a plusieurs
    personnes nerveuses et psychopathes. Une de ses soeurs est
    atteinte d'hystrie et de mlancolie.

    Le malade a toujours t d'un caractre trs tranquille; il
    tait mme timide. tant  l'cole, il s'isolait souvent de
    ses camarades, surtout quand ceux-ci parlaient de filles.
    Il lui semblait toujours choquant de traiter, dans une
    conversation avec dames, maries ou non, la question du
    coucher ou du lever, ou mme d'en faire mention.

    Dans les premires annes de ses tudes, le malade travaillait
    bien; plus tard, il devint paresseux et ne put plus faire de
    progrs. Le malade vint, le 17 aot 1870, consulter le docteur
    Moll sur les phnomnes anormaux de sa vie sexuelle. Cette
    dmarche lui fut conseille par un mdecin ami, la docteur
    X..., auquel il avait fait des confidences auparavant.

    Le malade fait l'impression d'un homme trs timide, farouche.
    Il avoue sa timidit, surtout en prsence d'autres personnes,
    son manque de confiance en lui-mme et d'aplomb. Ce fait a t
    confirm par le docteur X...

    En ce qui concerne sa vie sexuelle, le malade peut en faire
    remonter les premires manifestations  l'ge de sept ans.
    Alors il jouait souvent avec ses parties gnitales, et il fut
    quelquefois puni pour cela. En se masturbant ainsi, il prtend
    avoir obtenu des rections; il se figurait toujours qu'il
    frappait avec des verges une femme sur les _nates_ dnudes
    jusqu' ce qu'elle en et des durillons.

    Ce qui m'excitait surtout, raconte le malade, c'est l'ide
    que la personne flagelle tait une femme belle et hautaine,
    et que je lui infligeais la correction en prsence d'autres
    personnes, surtout des femmes, pour qu'elle sentt la force de
    mon pouvoir sur elle. Je cherchai donc de bonne heure  lire
    des livres o il est question de corrections corporelles,
    entre autres un ouvrage o il tait question des mauvais
    traitements infligs aux esclaves romains.

    Cependant je n'avais pas d'rections quand les mauvais
    traitements que je me reprsentais consistaient en coups
    donns sur le dos ou sur les paules. Tout d'abord je crus
    que ce genre d'excitation passerait avec le temps, et voil
    pourquoi je n'en parlai  personne.

    Le malade, qui s'tait onanis de bonne heure, continua. Au
    moment de sa masturbation, il voquait toujours la mme image
    de flagellation. Depuis l'ge de treize ou quatorze ans, le
    malade avait des jaculations quand il se masturbait. _Decimum
    septimum annum agens primum feminam adiit coeundi causa neque
    coitum perficere potuit libidine et erectione deficientibus.
    Mox autem iterum apud alteram coitum conatus est nullo
    successu. Tum feminam per vim verberavit. Tantopere erat
    excitatus ut mulierem dolore clamantem atque lamentantem
    verberare non desierit._ Il ne pensait pas que ce fait pouvait
    lui attirer des poursuites judiciaires qui, d'ailleurs, n'ont
    pas eu lieu. Par ce procd, il obtenait l'rection, l'orgasme
    et l'jaculation. Il accomplissait l'acte de la manire
    suivante: il serrait de ses deux genoux la femme de manire
    que son pnis touchait le corps de celle-ci, mais sans
    _immissio penis in vaginam_, ce qui lui paraissait tout  fait
    superflu.

    Plus tard le malade eut tant de honte de battre des femmes
    et fut en proie  des ides si noires, qu'il pensa souvent au
    suicide. Pendant les trois annes suivantes, le malade alla
    encore chez des femmes. Mais jamais il ne leur demanda plus de
    se laisser battre par lui. Il essayait d'arriver  l'rection
    en pensant aux coups donns  la femme; mais cet artifice
    n'avait aucun succs, _neque membrum a muliere tractatum se
    erexit_. Aprs avoir fait cet essai et chou, le malade prit
    la rsolution de se confier  un mdecin.

    Le malade fournit encore une srie d'autres renseignements sur
    sa _vita sexualis_. L'anomalie de son instinct sexuel l'avait
    autant gn que son intensit. Il se couchait avec des ides
    sexuelles qui le poursuivaient toute la nuit et revenaient au
    moment de son rveil le matin. Il n'tait jamais  l'abri de
    la rsurrection de ces ides morbides qui l'excitaient, ides
    auxquelles au dbut il se livrait avec dlectation, mais dont
    il ne pouvait se dbarrasser pour quelque temps que par la
    masturbation.

     une de mes questions, le malade rpond qu'en dehors des
    coups sur le dos et surtout sur les _nates_ de la femme, les
    autres violences n'exeraient aucun charme sur lui. Ligotter
    la femme, fouler son corps aux pieds, n'avaient pas du charme
    pour lui. Ce fait est d'autant plus  relever que les coups
    donns  la femme ne procurent au patient un plaisir sexuel
    que parce que ces coups sont humiliants et dshonorants pour
    la femme; celle-ci doit sentir qu'elle est compltement en son
    pouvoir. Le malade n'prouverait aucun charme s'il frappait
    la femme sur une autre partie du corps que celle dont il a
    t fait mention, ou s'il lui causait des douleurs d'un autre
    genre.

    _Multo minorem ei affert voluptatem si nates su a muliere
    verberantur; tamen ea res spe ejaculationem seminis effecit
    sed hc fieri putat erectione deficiente._

    _Inter verbera autem penem in vaginam immittendo nullum
    voluptatem se habere ratus qualibet parte corporis feminin
    pene tacta semen ejaculat._ De mme qu'en battant la femme le
    charme pour lui consistait dans l'humiliation de celle-ci, il
    se sentait de mme excit sexuellement par le fait contraire,
    c'est--dire par l'ide d'tre humili lui-mme par des coups
    et de se trouver entirement livr  la puissance de la femme.
    Pourtant tout autre genre d'humiliation que des coups reus
    sur les fesses, ne pouvait l'exciter. Il lui rpugnait de se
    laisser ligoter et fouler aux pieds par une femme.

    Les rves du malade en tant qu'ils taient de nature rotique,
    se mouvaient toujours dans le mme ordre d'ides que ses
    penchants sexuels  l'tat de veille. Dans ses rves il
    avait souvent des pollutions. Les ides sexuelles perverties
    ont-elles apparu d'abord dans les rves ou  l'tat de veille?
    Le patient n'a pu donner sur ce sujet de renseignements
    prcis, bien que le souvenir de la premire excitation remonte
     l'ge de sept ans. Cependant il croit que ces ides lui sont
    venues  l'tat de veille. Dans ses rves, le malade battait
    souvent des personnes du sexe mle, ce qui lui causait aussi
    des pollutions.  l'tat de veille, l'ide de battre des
    hommes ne lui causait que peu d'excitation. Le corps nu
    de l'homme n'a pour lui aucun charme, tandis qu'il se sent
    nettement attir par le corps nu d'une femme, bien que son
    _libido_ ne trouve de satisfaction que lorsque les faits
    sus-mentionns ont lieu, et bien qu'il n'prouve aucun dsir
    du cot _in vaginam_.

    Le traitement du malade eut essentiellement pour but d'amener
    chez lui un cot normal, autant que possible avec penchant
    normal, car il tait  supposer que si l'on russissait
     rendre normale sa vie sexuelle, il perdrait aussi son
    caractre farouche et craintif qui le gne beaucoup. Dans le
    traitement que j'ai employ (Dr Moll), pendant trois mois et
    demi, j'ai us des trois moyens suivants:

    1 J'ai dfendu expressment au malade qui dsire vivement
    tre guri, de s'abandonner avec plaisir  ses ides
    perverses. Il va de soi que je ne lui donnai pas le conseil
    absurde de ne plus penser du tout  la flagellation. Un pareil
    conseil ne pourrait tre suivi par le malade, car ces ides
    lui viennent indpendamment de sa volont et apparaissent
    rien qu'en lisant par hasard le mot frapper. Ce que je lui
    dfendis expressment, c'tait d'voquer lui-mme de pareilles
    ides et de s'y abandonner volontairement. Au contraire, je
    lui recommandai de faire tout pour concentrer ses ides sur un
    autre sujet.

    2 J'ai permis, j'ai mme recommand au malade, puisqu'il
    s'intresse aux femmes nues, de se reprsenter dans son
    imagination des femmes dans cet tat. Je lui fis cette
    recommandation bien qu'il prtende que ce n'est pas au point
    de vue sexuel que les femmes nues l'intressent.

    3 J'ai essay par l'hypnose, qui tait trs difficile 
    obtenir, et par la suggestion, d'aider le malade dans cette
    nouvelle voie. Pour le moment, toute tentative de cot lui a
    t interdite afin d'viter qu'il se dcourage par un chec
    ventuel.

    Au bout de deux mois et demi, ce traitement eut pour rsultat
    que, d'aprs les affirmations du patient du moins, les ides
    perverses venaient plus rarement et taient de plus en plus
    relgues au second rang; l'image des femmes nues lui donnait
    des rections qui devenaient de plus en plus frquentes et qui
    l'amenaient souvent  se masturber avec l'ide du cot
    sans qu'il s'y mle l'ide de battre une femme. Pendant son
    sommeil, il n'avait que rarement des rves rotiques; ceux-ci
    avaient comme sujet, tantt le cot normal, tantt les coups
    donns aux femmes. Deux mois et demi aprs le dbut de mon
    traitement, j'ai conseill au malade d'essayer le cot. Il
    l'a fait depuis quatre fois. Je lui recommandai de choisir
    toujours une femme qui lui ft sympathique, et j'essayai,
    avant le cot, d'augmenter son excitation sexuelle par de la
    _tinctura cantharidum_.

    Les quatre essais--le dernier a eu lieu le 29 novembre
    1800--ont donn les rsultats suivants. La premire fois, la
    femme a d faire de longues manipulations sur le pnis pour
    qu'il y et rection; alors l'_immissio in vaginam_ russit et
    il y eut jaculation avec orgasme. Pendant toute la dure de
    l'acte, il ne lui vint point l'ide qu'il battait la femme ou
    qu'il en tait battu: la femme l'excitait suffisamment pour
    qu'il pt pratiquer le cot. Au second essai, le rsultat fut
    meilleur et plus prompt. Les manipulations de la femme sur
    les parties gnitales ne furent ncessaires que dans une trs
    faible mesure. Au troisime essai, le cot ne russit qu'aprs
    que le malade eut, pendant longtemps, pens  la flagellation
    et se ft mis, par ce moyen, en rection; mais il n'en vint
    point  des voies de fait. Au quatrime essai, le cot russit
    sans aucune vocation d'ides de frapper et sans aucune
    manipulation de la femme sur le pnis.

    Il est vident que, jusqu'en ce moment, on ne peut considrer
    comme guri le malade dont il est ici question. De ce que le
    malade a pu quelquefois pratiquer le cot d'une manire  peu
    prs normale ou tout  fait normale, cela ne veut pas dire
    qu'il en sera toujours capable  l'avenir, d'autant plus que
    l'ide de battre lui cause toujours un grand plaisir, bien que
    cette ide lui vienne maintenant plus rarement qu'autrefois.
    Pourtant il y a des probabilits pour que le penchant anormal
    qui,  l'heure actuelle, s'est considrablement attnu,
    diminue dans l'avenir ou disparaisse peut-tre compltement.

Ce cas, observ avec beaucoup de soin, est extrmement intressant 
bien des points de vue. Il montre nettement une des raisons caches du
sadisme, la tendance  rduire la femme  une sujtion sans limites,
tendance qui est entre dans ce cas dans la conscience de l'individu.
C'est d'autant plus curieux que l'individu en question tait d'un
caractre timide, et, dans ses autres rapports sociaux, d'allures
excessivement modestes et mmes craintives. Ce cas nous montre aussi
clairement qu'il peut exister un _libido_ puissant et entranant
l'individu malgr tous les obstacles, tandis qu'en mme temps il y a
absence de tout dsir du cot, la note dominante du sentiment tant
tombe sur la sphre des ides sadistes et voluptueusement cruelles.
Le cas en question contient en mme temps quelques faibles lments de
masochisme.

Il n'est pas rare d'ailleurs que des hommes aux penchants pervertis
payent des prostitues pour qu'elles se laissent flageller et mme
blesser jusqu'au sang.

Les ouvrages qui s'occupent de la prostitution contiennent des
renseignements sur ce sujet, entre autres la volume de Coffignon: _La
Corruption  Paris_.


D.--PENCHANT  SOUILLER LES FEMMES

Quelquefois l'instinct pervers qui pousse le sadique  blesser les
femmes,  les traiter d'une manire humiliante et avilissante, peut
se manifester par une tendance  les barbouiller avec des matires
dgotantes ou salissantes.

Dans cette catgorie il faut classer le cas suivant, rapport par
Arndt(_Vierteljahrsschr. f. ger. Medicin_, N. F. XVII, H. 1).

    OBSERVATION 31.--A..., tudiant en mdecine  Greifswald,
    _accusatus quod iterum iterumque puellis honestis parentibus
    natis in publico genitalia sua e bracis dependentia plane
    nudata qu antea summo amiculo (pans de redingote) tecta
    erant, ostenderat. Nonnunquam puellas fugientes secutus easque
    ad se attractas urina oblivit. Hc luce clara facta sunt;
    nunquam aliquid hc faciens locutus est._

    A... est g de vingt-trois ans, fort au physique, proprement
    mis et de manires dcentes. Crne un peu _progeneum_.
    Atteint de pneumonie chronique  la pointe droite du poumon.
    Emphysme. Pouls: 60; en motion: 70  80 coups. Parties
    gnitales normales. Se plaint de troubles priodiques de la
    digestion, de constipation, de vertiges et d'une excitation
    sexuelle excessive qui l'a pouss de bonne heure  l'onanisme,
    mais jamais  la satisfaction normale de ses besoins sexuels.
    Se plaint aussi d'tre d'humeur mlancolique de temps en
    temps, d'ides qui lui viennent de se torturer lui-mme, ainsi
    que de tendances perverses dont il ne saurait s'expliquer le
    mobile. Ainsi, par exemple, il rit dans des occasions graves,
    a quelquefois l'ide de jeter son argent  l'eau, de courir
    sous une pluie torrentielle.

    Le pre de l'inculp est de temprament nerveux, la mre
    sujette  des maux de tte nerveux. Un frre souffrait de
    crises pileptiques.

    Ds sa premire jeunesse, l'inculp montrait un temprament
    nerveux, tait sujet aux crampes et aux syncopes, et tait
    pris d'un tat de catalepsie momentan lorsqu'on le grondait
    svrement. En 1869, il suivait les cours de mdecine 
    Berlin. En 1870, il prit part  la guerre comme ambulancier.
    Ses lettres de cette poque dnotent de la mollesse et de
    l'apathie. En rentrant au printemps de 1871, son irritabilit
    d'humeur veilla l'attention de son entourage. Il se
    plaignait souvent  cette poque de malaises physiques et des
    dsagrments que lui causait une liaison fminine.

    Il passait pour un homme trs convenable.

    En prison, il est calme et quelquefois pensif. Il attribue ses
    actes  des excitations sexuelles trs gnantes et qui,
    ces temps derniers, taient devenues excessives. Il s'tait
    parfaitement rendu compte de l'immoralit de ses actes,
    et aprs coup, il en avait toujours eu de la honte. En les
    accomplissant, il n'a pas prouv une vritable satisfaction
    sexuelle. Il n'a pas une connaissance parfaite de la vraie
    porte de sa situation. Il se considre comme un martyre, une
    victime d'un pouvoir mchant. On suppose que chez lui le libre
    arbitre est supprim.

Ce penchant se manifeste aussi dans l'instinct sexuel paradoxal qui se
rveille  l'ge de snilit et qui souvent se fait jour d'une faon
perverse.

Ainsi Turnowsky (_op. cit._, p. 76) nous rapporte le cas suivant:

    OBSERVATION 32.--J'ai connu un malade qui s'est couch avec
    une femme en toilette de soire et fortement dcollete, sur
    un divan bas, dans une chambre trs claire. _Ipse apud janum
    alius cubiculi obscurati constitit adspiciendo aliquantulum
    feminam, excitatus in eam insiluit excrementa in sinus
    ejus deposuit. Hc faciens ejaculationem quamdam se sentire
    confessus est._

Un journaliste viennois me communique le fait que des hommes, en
payant des prix exorbitants, dcident des prostitues  tolrer,
_ut illi viri in ora earum spuerent, et fces et urinas in ora
explerent_[43].

[Note 43: Lo Taxil, dans son ouvrage: _La Corruption fin de
sicle_, rapporte (p. 223) des faits analogues. Il y a aussi des
hommes qui exigent _introductio lingu meretricis in anum_.]

Dans cette catgorie parat aussi rentrer le cas suivant racont par
le Dr Pascal (_Igiene dell'amore_):

    OBSERVATION 33.--Un homme avait une matresse. Ses rapports
    avec elle se bornaient aux actes suivants: elle devait se
    laisser noircir les mains avec du charbon ou de la suie de
    chandelle, ensuite elle devait se mettre devant une glace, de
    sorte qu'il pt voir dans la glace les mains salies. Durant
    sa conversation souvent assez prolonge avec sa matresse, il
    portait sans cesse ses regards dans la glace sur l'image des
    mains salies, et puis il prenait cong d'elle, l'air trs
    satisfait.

    Trs remarquable aussi  ce point de vue, le cas suivant qui
    m'a t communiqu par un mdecin. Un officier n'tait connu
    dans un lupanar  K..., que sous le sobriquet de l'huile.
    L'huile lui procurait des rections et des jaculations,  la
    condition qu'il ft entrer la _puellam publicam nudam_ dans
    un seau rempli d'huile et qu'il lui enduist d'huile tout le
    corps.

En prsence de ces faits, la supposition s'impose que certains
individus qui abment les vtements de femmes (en versant dessus, par
exemple, de l'acide sulfurique ou de l'encre), doivent obir au dsir
de satisfaire un instinct sexuel pervers. C'est l aussi une faon
de causer de la douleur. Les personnes endommages sont toujours des
femmes, tandis que ceux qui commettent le dgt sont des hommes. Dans
tous les cas, il serait bon, dans de pareilles affaires judiciaires,
de prter  l'avenir quelque attention  la _vita sexualis_ des
agresseurs.

Le caractre sexuel de ces attentats est mis en lumire par le cas de
Bachmann que nous citerons plus loin (Observ. 93) et dans lequel le
mobile sexuel du dlit fut prouv jusqu' l'vidence.


E.--AUTRES ACTES DE VIOLENCE SUR DES FEMMES. SADISME SYMBOLIQUE

Dans les groupes numrs plus haut, toutes les formes sous lesquelles
l'instinct sadiste se manifeste contre la femme, ne sont pas encore
puises. Si le penchant n'est pas trop puissant ou s'il y a encore
assez de rsistance morale, il peut se faire que l'inclination sadiste
se satisfasse par un acte en apparence puril et insens, mais qui,
pour l'auteur, possde un caractre symbolique.

Tel semble tre le sens des deux cas suivants.

    OBSERVATION 34.--(Dr Pascal, _Igiene dell' Amore_). Un homme
    avait l'habitude d'aller une fois par mois,  une date fixe,
    chez sa matresse et de lui couper alors, avec une paire de
    ciseaux, les mches qui lui tombaient sur le front. Cet acte
    lui procurait le plus grand plaisir. Il n'exigeait jamais
    autre chose de la fille.

    OBSERVATION 35.--Un homme, habitant Vienne, frquente
    rgulirement plusieurs prostitues, rien que pour leur
    savonner la figure et y passer ensuite un rasoir comme s'il
    voulait leur faire la barbe. _Numquam puellas ldit, sed hc
    faciens valde excitatur libidine et sperma ejaculat_[44].

[Note 44: Lo Taxil (_op. cit._, p. 224) raconte que, dans les
lupanars de Paris, on tient  la disposition de certains clients des
instruments qui reprsentent des gourdins mais qui, en ralit, ne
sont que des vessies gonfles du genre de celles avec lesquelles
les clowns, dans les cirques, se donnent des coups. Des sadiques se
donnent par ce moyen l'illusion qu'ils battent des femmes.]

Unique dans son genre est le cas suivant qui malheureusement n'a pas
t assez tudi au point de vue scientifique.

    OBSERVATION 36.--Au cours d'un procs devant un tribunal
    correctionnel de Vienne, on a rvl le fait suivant. Dans un
    jardin de restaurant public, un comte N... est venu un jour
    accompagn d'une femme et a scandalis le public par ses
    menes. Il exigea de la femme qui tait avec lui, qu'elle
    s'agenouillt devant lui et qu'elle l'adort les mains
    jointes. Ensuite il lui ordonna de lcher ses bottes. Enfin
    il exigea d'elle, en plein public, quelque chose d'inou
    (_osculum ad nates_ ou quelque chose d'analogue) et ne cda
    que lorsque la femme eut jur d'accomplir l'acte demand chez
    elle, dans l'intimit.

Ce qui frappe dans ce cas c'est le besoin de l'homme perverti
d'humilier la femme devant tmoins ( comparer les fantaisies des
sadistes cits plus haut, observation 30), et le fait que le dsir
d'humilier la femme tient le premier rang, et que c'est seulement un
acte de nature symbolique.  ct de cela, dans ce cas incompltement
observ, les actes cruels sont aussi probables.


F.--SADISME PORTANT SUR DES OBJETS QUELCONQUES. FOUETTEURS DE GARCONS

En dehors des actes sadiques sur des femmes dont on vient de lire la
description, il y en a aussi qui se pratiquent sur des tres ou des
objets quelconques, sur des enfants, sur des animaux, etc. L'individu
peut, dans ces cas, se rendre nettement compte que son penchant cruel
vise en ralit les femmes et qu'il maltraite, faute de mieux, le
premier objet qui se trouve  sa porte.

L'tat du malade peut aussi tre tel qu'il s'aperoive que seul le
penchant aux actes cruels est accompagn d'motions voluptueuses,
tandis que le vritable motif de sa cruaut (qui pourrait seul
expliquer la tendance voluptueuse  de pareils actes) reste pour lui
obscur.

La premire alternative suffit pour expliquer les cas cits par le Dr
Albert (_Friedreichs Bltter f. ger Med._, 1859) et o il s'agit de
prcepteurs voluptueux qui, sans aucun motif, donnaient des fesses 
leurs lves.

Si, d'autre part, des garons, on voyant appliquer une correction
 leurs camarades, sont mis dans un tat d'excitation sexuelle et
reoivent ainsi une direction pour leur _vita sexualis_ dans l'avenir,
cela nous fait penser  la seconde alternative,  un instinct sadique
inconscient par rapport  son objet, comme dans les deux exemples
suivants.

    OBSERVATION 37.--R..., vingt-cinq ans, ngociant, s'est
    adress  moi au printemps de l'anne 1889 pour me consulter
    au sujet d'une anomalie de sa _vita sexualis_, anomalie qui
    lui fait craindre une maladie et des malheurs dans la vie
    matrimoniale.

    Le malade est d'une famille nerveuse; il tait, dans son
    enfance, dlicat, faible, nerveux, d'ailleurs bien portant
    sauf des _morbilli_. Plus tard, il s'est bien dvelopp au
    physique et est devenu vigoureux.

     l'ge de huit ans, il fut tmoin,  l'cole, des corrections
    que le matre appliquait aux garons, leur prenant la tte
    entre ses genoux et leur fouettant ensuite le derrire.

    Cette vue causa au malade une motion voluptueuse. Sans
    avoir une ide du danger et de la honte de l'onanisme, il se
    satisfit par la masturbation, et,  partir de ce moment, il
    se masturba frquemment, en voquant toujours le souvenir des
    garons qu'il avait vu fouetter.

    Il continua ces pratiques jusqu' l'ge de vingt ans. Alors il
    apprit quelle est la porte de l'onanisme, il s'en effraya et
    essaya d'enrayer son penchant  la masturbation; mais il avait
    recours  la masturbation psychique qu'il croyait inoffensive
    et justifiable au point de vue de la morale;  cet effet, il
    voquait le souvenir des enfants fouetts.

    Le malade devint neurasthnique, souffrit de pollutions,
    essaya de se gurir par la frquentation des maisons
    publiques, mais il n'arriva jamais  avoir une rection. Il
    fit alors des efforts pour acqurir des sentiments sexuels
    normaux en recherchant la socit des dames convenables. Mais
    il reconnut bientt qu'il tait insensible aux charmes du beau
    sexe.

    Le malade est un homme de constitution physique normale,
    intelligent et dou d'un bel esprit. Il n'y a chez lui aucun
    penchant pour les personnes de son propre sexe.

    Mon ordonnance mdicale consista en prceptes pour combattre
    la neurasthnie et pour arrter les pollutions. Je lui
    dfendis la masturbation psychique et manuelle, je l'engageai
     se tenir  l'cart de toute excitation sexuelle, et je lui
    fis prvoir un traitement hypnotique pour le ramener tout
    doucement  la _vita sexualis_ normale.

    OBSERVATION 38.--Sadisme larv. N..., tudiant, est venu au
    mois de dcembre 1890  ma clinique. Depuis sa plus tendre
    jeunesse, il se livre  la masturbation. D'aprs ses
    assertions, il a t sexuellement excit en voyant son pre
    appliquer une correction  ses frres, et plus tard, lorsque
    le matre d'cole punissait les lves. Tmoin de ces actes,
    il prouvait toujours des sensations voluptueuses. Il ne sait
    pas dire au juste  quelle date ce sentiment s'est pour la
    premire fois manifest chez lui; vers l'ge de six ans cela a
    dj pu se produire. Il ne sait pas non plus prcisment quand
    il a commenc  se masturber, mais il affirme nettement
    que son penchant sexuel a t veill  l'aspect de la
    flagellation des autres et que c'est ce fait qui l'a amen
    inconsciemment  se masturber. Le malade se rappelle bien que,
    ds l'ge de quatre ans jusqu' l'ge de huit ans, il a t,
    lui aussi,  plusieurs reprises, fouett sur le derrire, mais
    qu'il n'en a ressenti que de la douleur, jamais de la volupt.
    Comme il n'avait pas toujours l'occasion de voir battre les
    autres, il se reprsentait ces scnes dans son imagination.
    Cela excitait sa volupt, et alors il se masturbait. Toutes
    les fois qu'il le pouvait, il s'arrangeait  l'cole de faon
     pouvoir assister  la correction applique aux autres.
    Parfois il prouvait le dsir de fouetter lui-mme ses
    camarades.  l'ge de douze ans, il sut dcider un camarade 
    se laisser battre par lui. Il en prouva une grande volupt.
    Mais lorsque l'autre prit sa revanche et le battit  son tour,
    il ne ressentit que de la douleur.

    Le dsir de battre les autres n'a jamais t trs fort chez
    lui. Le malade trouvait plus de satisfaction  jouir des
    scnes de flagellation qu'il voquait dans son imagination. Il
    n'a jamais eu d'autres tendances sadiques, jamais le dsir de
    voir couler du sang, etc.

    Jusqu' l'ge de quinze ans, son plaisir sexuel fut la
    masturbation jointe au travail d'imagination dont il est fait
    mention plus haut.

     partir de cette poque, il frquenta les cours de danse
    et les demoiselles; alors ses anciens jeux d'imagination
    cessrent presque compltement et n'voqurent que faiblement
    des sensations voluptueuses, de sorte que le malade les a
    tout  fait abandonns. Il essaya alors de s'abstenir de la
    masturbation, mais il n'y russit pas, bien qu'il ft souvent
    le cot et qu'il y prouvt plus de plaisir que dans la
    masturbation. Il voudrait se dbarrasser de l'onanisme,
    qu'il considre comme une chose indigne. Il n'en prouve pas
    d'effets nuisibles. Il fait le cot une fois par mois, mais
    il se masturbe chaque nuit une ou deux fois. Il est maintenant
    normal au point de vue sexuel, sauf l'habitude de la
    masturbation. On ne trouve chez lui aucune trace de
    neurasthnie. Ses parties gnitales sont normales.

    OBSERVATION 39.--L. P..., quinze ans, de famille de haut rang,
    est n d'une mre hystrique. Le frre et le pre de Mme P...
    sont morts dans une maison de sant.

    Deux frres du jeune P... sont morts, pendant leur enfance, de
    convulsions. P... a du talent, il est sage, calme, mais, par
    moments, colreux, entt et violent. Il souffre d'pilepsie
    et se livre  la masturbation. Un jour, on dcouvrit que P...,
    en donnant de l'argent  un camarade pauvre, nomm B... et g
    de quatorze ans, avait dcid ce dernier  se laisser pincer
    aux bras, aux cuisses et aux fesses. Quand B... se mit 
    pleurer, P... s'excita, frappa de la main droite sur B...,
    tandis qu'avec la gauche il farfouillait dans la poche gauche
    de son pantalon.

    P... avoua que le mauvais traitement qu'il avait inflig 
    son ami, qu'il aimait d'ailleurs beaucoup, lui avait caus un
    plaisir particulier. Comme, pendant qu'il battait son ami, il
    se masturbait, l'jaculation qui en fut la suite, disait-il,
    lui procura plus de plaisir que celle de la masturbation
    solitaire. (V. Gyurkovochky, _Pathologie und Therapie der
    mnnlichen Impotenz_, 1889, p. 80.)

Dans tous ces mauvais traitements d'origine sadique exercs sur des
garons, on ne peut pas admettre une combinaison du sadisme avec
l'inversion sexuelle, comme cela arrive quelquefois aux personnes
atteintes d'inversion sexuelle.

Il n'y a aucun signe positif en faveur de cette hypothse; d'ailleurs,
l'absence d'inversion sexuelle ressort aussi de l'examen du groupe
suivant o,  ct de l'objet des mauvais traitements, l'animal, le
sens de l'instinct pour la femme se fait souvent assez bien sentir.


G.--ACTES SADIQUES SUR DES ANIMAUX

Dans bien des cas, des hommes sadiques et pervers qui reculent devant
un crime commis sur des hommes, ou qui, en gnral, ne tiennent qu'
voir souffrir un tre vivant quelconque, ont recours  la torture des
animaux ou au spectacle d'un animal mourant pour exciter ou augmenter
leur volupt.

Le cas rapport par Hofman dans son _Cours de mdecine lgale_ est
trs caractristique.

D'aprs les dpositions de plusieurs prostitues devant le tribunal de
Vienne, il y avait, dans la capitale autrichienne, un homme qui, avant
de faire l'acte sexuel, avait l'habitude de s'exciter en torturant et
en tuant des poulets, des pigeons et d'autres oiseaux. Cette habitude
lui avait valu, de la part des prostitues, le sobriquet du Monsieur
aux poules (_Hendlherr_).

Une observation de Lombroso est trs prcieuse pour expliquer ces
faits. Il a observ deux hommes qui, toutes les fois qu'ils tuaient
des poulets ou des pigeons, avaient une jaculation.

Dans son _Uomo delinquente_, p. 201, le mme auteur raconte qu'un
clbre pote tait toujours trs excit sexuellement toutes les fois
qu'il voyait dpecer un veau qu'on venait de tuer ou qu'il apercevait
de la viande saignante.

D'aprs Mantegazza, des Chinois dgnrs auraient l'habitude de se
livrer  un sport horrible qui consisterait  sodomiser des canards et
 leur couper le cou avec un sabre _tempore ejaculationis_(!).

Mantegazza (_Fisiologia del piacere_, 5e d., p. 394-395) rapporte
qu'un homme qui avait vu couper le cou  un coq, avait depuis
ce moment la passion de fouiller dans les entrailles chaudes et
sanglantes d'un coq tu, parce que, ce faisant, il prouvait une
sensation de volupt.

Dans ce cas et dans les cas analogues, la _vita sexualis_ est
_ab origine_, telle que la vue du sang et du meurtre provoque des
sentiments voluptueux.

Il en est de mme dans le cas suivant.

    OBSERVATION 40.--C. L..., quarante-deux ans, ingnieur, mari,
    pre de deux enfants. Est issu de famille nvropathique: le
    pre est emport, _potator_; la mre, hystrique, a souffert
    d'accs clamptiques.

    Le malade se souvient qu'tant enfant il aimait beaucoup 
    voir tuer des animaux domestiques et surtout des cochons. 
    cet aspect, il avait des sensations de volupt bien prononces
    et de l'jaculation. Plus tard, il visitait les abattoirs
    pour se rjouir au spectacle du sang vers et des animaux se
    dbattant dans l'agonie. Toutes les fois que l'occasion se
    prsentait, il tuait lui-mme un animal, ce qui lui causait
    toujours un sentiment qui supplait au plaisir sexuel.

    Ce n'est que lorsqu'il eut atteint l'ge adulte qu'il reconnut
    le caractre anormal de son tat. Le malade n'avait pas
    d'aversion proprement dite pour les femmes, mais avoir des
    rapports plus intimes avec elles lui paraissait une horreur.
    Sur le conseil d'un mdecin, il pousa,  l'ge de vingt-cinq
    ans, une femme qui lui tait sympathique; il esprait, de
    cette manire, pouvoir se dbarrasser de son anomalie. Bien
    qu'il et beaucoup d'affection pour sa femme, il ne put
    accomplir que trs rarement le cot avec elle, et encore lui
    fallait-il, pour cela, beaucoup d'efforts et la tension de
    son imagination. Malgr cet tat de choses, il engendra deux
    enfants. En 1866, il prit part  la guerre austro-prussienne.
    Les lettres adresses du champ de bataille  sa femme taient
    conues en termes exalts et enthousiastes. Depuis la bataille
    de Koeniggraetz, il a disparu.

Dans le cas que nous venons de citer, la facult du cot normal a t
fortement diminue par la prdominance des ides perverses. Dans le
cas suivant, on pourra constater une suppression complte de cette
facult.

    OBSERVATION 41.--(Dr Pascal. _Igiene dell Amore._) Un individu
    se prsentait chez des prostitues, leur faisait acheter des
    poules vivantes et des lapins, et exigeait qu'on torturt ces
    animaux en sa prsence. Il tenait  ce qu'on leur arracht les
    yeux et les entrailles. Quand il tombait sur une _puella_ qui
    se laissait dcider  ces actes et qui se signalait par une
    cruaut extraordinaire, il tait enchant, payait et s'en
    allait, sans lui demander autre chose, sans mme la toucher.

Il ressort des deux derniers chapitres que les souffrances de tout
tre sensible peuvent devenir, pour des natures disposes au sadisme,
la source d'une jouissance sexuelle perverse. Il y a donc un sadisme
qui a pour objet des tres quelconques.

Mais il serait erron et exagr de vouloir expliquer tous les cas de
cruaut trange et extraordinaire par la perversion sadique, et, comme
cela se fait quelquefois, de donner le sadisme comme mobile  toutes
les atrocits historiques, ou  certains phnomnes de la psychologie
des masses contemporaines.

La cruaut nat de sources diffrentes, et elle est naturelle chez
l'homme primitif.

La piti est un phnomne secondaire, c'est un sentiment acquis assez
tard. L'instinct de combativit et de destruction qui, dans l'tat
prhistorique, tait une arme si prcieuse, continue toujours 
produire son effet, prenant une nouvelle incarnation dans notre
socit civilise contre le criminel, pendant que son objectif
primitif, l'ennemi, existe toujours.

Qu'on ne se contente pas de la mort simple, mais qu'on exige aussi
la torture du vaincu, cela s'explique en partie par le sentiment de
puissance qui veut tre satisfait par ce moyen et, d'autre part,
par l'immensit de l'instinct de revanche. De cette faon, on peut
expliquer toutes les atrocits des monstres historiques sans avoir
recours au sadisme, qui a pu parfois entrer en jeu, mais qui, tant
une perversion relativement rare, ne doit pas tre toujours considr
comme mobile unique.

Il faut, en outre, tenir compte d'un lment psychique qui explique le
grand attrait que les excutions publiques ont encore de nos jours
sur les masses: c'est le dsir d'avoir des sensations fortes et
inaccoutumes, un spectacle rare. Devant ce dsir, la piti est
condamne au silence, surtout chez les natures brutales et blases.

Il y a videmment beaucoup d'individus pour qui, malgr ou peut-tre
grce  leur vive piti, tout ce qui se rattache  la mort et aux
souffrances exerce une force d'attraction mystrieuse. Ces individus
cdent  un instinct obscur et, malgr leur rpugnance intrieure,
cherchent  s'occuper de ces spectacles ou, faute de mieux, des images
et des circonstances qui les retracent. Cela n'est pas non plus du
sadisme, tant qu'aucun lment sexuel n'entre en scne, bien que
des fils mystrieux, ns dans le domaine de l'inconscience, puissent
relier ces phnomnes  un fonds de sadisme ignor.


SADISME CHEZ LA FEMME

On s'explique facilement que le sadisme, perversion frquente chez
l'homme, ainsi que nous l'avons constat, soit de beaucoup plus rare
chez la femme. D'abord, le sadisme dont un des lments constitutifs
est prcisment la subjugation de l'autre sexe, n'est, en ralit,
qu'une accentuation pathologique de la virilit du caractre sexuel;
ensuite, les puissants obstacles qui s'opposent  la manifestation
de ce penchant monstrueux sont videmment encore plus difficiles 
surmonter pour la femme que pour l'homme.

Toutefois, il y a aussi des cas de sadisme chez la femme, ce qui ne
peut s'expliquer que par le premier lment constitutif de ce penchant
et par la surexcitation gnrale de la zone motrice.

Jusqu'ici, on n'en a scientifiquement observ que deux cas.

    OBSERVATION 42.--Un homme mari s'est prsent chez moi et
    m'a montr de nombreuses cicatrices de blessures sur ses bras.
    Voici ce qu'il m'a racont sur l'origine de ces cicatrices.
    Toutes les fois qu'il veut s'approcher de sa jeune femme, qui
    est un peu nerveuse, il est oblig d'abord de se couper au
    bras. Elle suce ensuite le sang de la blessure et alors il se
    produit chez elle une vive excitation sexuelle.

    Ce cas rappelle la lgende trs rpandue des vampires
    dont l'origine pourrait peut-tre se rattacher  des faits
    sadiques[45].

[Note 45: Cette lgende est rpandue surtout dans la presqu'le
Balkanique. Chez les Grecs modernes, elle remonte  l'antique
mythologie des Lamies, femmes qui suaient le sang. Goethe a trait
ce sujet dans sa _Fiance de Corinthe_. Les vers qui ont trait
au vampirisme: Sucent le sang de ton coeur, etc., ne sont
compltement comprhensibles qu'avec l'tude compare des documents
antiques.]

Dans un second cas de sadisme fminin, qui m'a t communiqu par
M. le Dr Moll de Berlin, il y a,  ct de la tendance perverse de
l'instinct, insensible aux procds normaux de la vie sexuelle, comme
cela se voit frquemment, des traces de masochisme.

    OBSERVATION 43.--Mme H..., vingt-six ans, est ne d'une
    famille dans laquelle il n'y aurait eu ni maladies de nerfs
    ni troubles psychiques. Par contre, la malade prsente des
    symptmes d'hystrie et de neurasthnie. Bien que marie et
    mre d'un enfant, Mme H... n'a jamais eu le dsir d'accomplir
    le cot. leve comme jeune fille dans des principes trs
    svres, elle resta, jusqu' son mariage, dans une ignorance
    nave des choses sexuelles. Depuis l'ge de quinze ans, elle a
    des menstrues rgulires. Ses parties gnitales ne prsentent
    aucune anomalie essentielle. Non seulement le cot ne
    lui procure aucun plaisir, mais c'est pour elle un acte
    dsagrable. L'aversion pour le cot s'est de plus en plus
    accentue chez elle. La malade ne comprend pas comment on peut
    considrer un pareil acte comme le suprme bonheur de l'amour,
    sentiment qui,  son avis, est trop lev pour pouvoir tre
    rattach  l'instinct sexuel. Il faut rappeler,  ce propos,
    que la malade aime sincrement son mari. Elle a beaucoup de
    plaisir  l'embrasser, un plaisir sur la nature duquel elle
    ne saurait donner aucune indication prcise. Mais elle ne peut
    pas comprendre que les parties gnitales puissent jouer un
    rle en amour. Mme H... est, du reste, une femme trs sense,
    doue d'un caractre fminin.

    _Si oscule dat conjugi, magnam voluptatem percipit in mordendo
    eum. Gratissimum ei esset conjugem mordere eo modo ut sanguis
    fluat. Contenta esset si loco coitus morderetur a conjuge
    ipsque eum mordere liceret. Tamen eam poeniteret, si morsu
    magnam dolorem faceret._ (Dr Moll).

On rencontre dans l'histoire des exemples de femmes, quelques-unes
illustres, dont le dsir de rgner, la cruaut et la volupt, font
supposer une perversion sadiste chez ces Messalines. Il faut compter
dans la catgorie de ces femmes Messaline Valrie, elle-mme,
Catherine de Mdicis, l'instigatrice de la Saint-Barthlmy et dont le
plus grand plaisir tait de faire fouetter en sa prsence les dames de
sa cour, etc.[46].

[Note 46: Heinrich von Kleist, pote de gnie mais videmment
d'un esprit dsquilibr, nous donne dans sa _Penthsile_ le portrait
horrible d'une sadique parfaite imagine par lui.

Dans la 22e scne de cette pice, Kleist nous prsente son hrone:
elle est prise d'une rage de volupt et d'assassinat, dchire en
morceaux Achille, qu'elle avait poursuivi dans son rut et dont elle
s'est empare par la ruse.

En lui arrachant son armure, elle enfonce ses dents dans la poitrine
blanche du hros, ainsi que ses chiens qui veulent surpasser leur
matresse. Les dents d'Oxus et de Sphynx pntrent  droite et 
gauche. Quand je suis arriv, elle avait la bouche et les mains
ruisselantes de sang. Plus loin, quand Penthsile est dgrise, elle
s'crie: Est-ce que je l'ai bais mort?--Non, je ne l'ai pas bais?
L'ai-je mis en morceaux? Alors c'est un leurre. Baisers et morsures
sont la mme chose, et celui qui aime de tout son coeur peut les
confondre.

Dans la littrature moderne on trouve des descriptions de scnes
de sadisme fminin, dans les romans de Sacher-Masoch, dont il sera
question plus loin, dans la _Brunhilde_ de Ernst von Wildenbruch, dans
la _Marquise de Sade_ de Rachilde, etc.]


MASOCHISME[47] OU EMPLOI DE LA CRUAUT ET DE LA VIOLENCE SUR SOI-MME
POUR PROVOQUER LA VOLUPT.

[Note 47: Ainsi nomm d'aprs Sacher-Masoch, dont les romans et
les contes traitent de prfrence de ce genre de perversion.]

Le masochiste est le contraire du sadiste. Celui-ci veut causer de
la douleur et exerce des violences; celui-l, au contraire, tient 
souffrir et  se sentir subjugu avec violence.

Par masochisme, j'entends cette perversion particulire de la _vita
sexualis_ psychique qui consiste dans le fait que l'individu est, dans
ses sentiments et dans ses penses sexuels, obsd par l'ide d'tre
soumis absolument et sans condition  une personne de l'autre sexe,
d'tre trait par elle d'une manire hautaine, au point de subir
mme des humiliations et des tortures. Cette ide s'accompagne
d'une sensation de volupt; celui qui en est atteint, se plat aux
fantaisies de l'imagination qui lui dpeint des situations et des
scnes de ce genre; il cherche souvent  raliser ces images et, par
cette perversion de son penchant sexuel, il devient frquemment plus
ou moins insensible aux charmes normaux de l'autre sexe, incapable
d'une _vita sexualis_ normale, psychiquement impuissant. Cette
impuissance psychique n'a nullement pour base l'_horror sexus
alterius_; elle est fonde sur ce fait que la satisfaction du penchant
pervers peut, comme dans les cas normaux, venir de la femme, mais non
du cot.

Il y a aussi des cas o,  ct de la tendance perverse de l'instinct,
l'attrait pour les plaisirs rguliers est encore  peu prs
conserv et des rapports sexuels normaux ont encore lieu  ct des
manifestations perverses. Dans d'autres cas, l'impuissance n'est pas
purement psychique, mais bien physique, c'est--dire spinale. Car
cette perversion, comme presque toutes les autres perversions
de l'instinct sexuel, ne se dveloppe que sur le terrain d'une
individualit psychopathique dans la plupart des cas tare, et ces
individus se livrent ordinairement ds leur premire jeunesse  des
excs sexuels, surtout des excs de masturbation auxquels les pousse
la difficult de raliser leurs fantaisies.

Le nombre des cas de masochisme incontestable qu'on a observ
jusqu'ici est dj considrable. Le masochisme existe-t-il
simultanment avec une vie sexuelle normale, ou domine-t-il
exclusivement l'individu? Le malade atteint de cette perversion
cherche-t-il, et dans quelle mesure,  raliser ses fantaisies
tranges? A-t-il par cette perversion plus ou moins perdu sa puissance
sexuelle ou non? Tout cela dpend de l'intensit de la perversion, de
la force des mobiles contraires, thiques et esthtiques, ainsi que
de la vigueur relative, de la constitution physique et psychique de
l'individu atteint. Au point de vue de la psychopathie, l'essentiel
c'est le trait commun qui se trouve dans tous ces cas: tendance
du penchant sexuel  la soumission et  la recherche des mauvais
traitements de la part de l'autre sexe.

On peut appliquer au masochisme tout ce qui a t dit plus haut du
sadisme relativement au caractre impulsif (mobiles obscurs) de ses
actes et au caractre congnital de cette perversion.

Chez le masochiste aussi il y a une gradation dans les actes, depuis
les faits les plus rpugnants et les plus monstrueux jusqu'aux plus
purils et aux plus ineptes, selon le degr d'intensit des penchants
pervers et l'intensit de la force de raction morale et esthtique.
Mais ce qui empche d'aller jusqu'aux consquences extrmes du
masochisme, c'est l'instinct de la conservation. Voil pourquoi
l'assassinat et les blessures graves qui peuvent se commettre sous
l'influence de la passion sadique, ne trouvent pas, autant qu'on sait,
leur pendant masochiste dans la ralit. Il est cependant possible que
les dsirs pervers des masochistes puissent, dans leur imagination,
aller jusqu' ces consquences extrmes. (Voir l'observation 53.)

Les actes auxquels se livrent certains masochistes se pratiquent en
mme temps que le cot, c'est--dire qu'ils servent de prparatifs.
Chez d'autres, ces actes servent d'quivalent au cot. Cela dpend
seulement de l'tat de la puissance sexuelle qui chez la plupart est
psychiquement ou physiquement atteinte par suite de la perversion
des reprsentations sexuelles. Mais cela ne change rien au fond de la
chose.


A.--RECHERCHE DES MAUVAIS TRAITEMENTS ET DES HUMILIATIONS DANS UN BUT
DE SATISFACTION SEXUELLE

L'autobiographie d'un masochiste qui va suivre, nous fournit une
description dtaille d'un cas typique de cette trange perversion.

    OBSERVATION 44.--Je suis issu d'une famille nvropathique
    dans laquelle, en dehors de toutes sortes de bizarreries de
    caractre et de conduite, il y a aussi diverses anomalies au
    point de vue sexuel.

    De tout temps, mon imagination fut trs vive, et, de bonne
    heure, elle fut porte vers les choses sexuelles. En mme
    temps, j'tais, autant que je puis me rappeler, adonn 
    l'onanisme, longtemps avant ma pubert, c'est--dire avant
    d'avoir des jaculations.  cette poque dj, mes penses,
    dans des rveries durant des heures entires, s'occupaient des
    rapports avec le sexe fminin. Mais les rapports dans lesquels
    je me mettais idalement avec l'autre sexe taient d'un genre
    bien trange. Je m'imaginais que j'tais en prison et livr
    au pouvoir absolu d'une femme, et que cette femme profitait
    de son pouvoir pour m'infliger des peines et des tortures de
    toutes sortes.  ce propos, les coups et les flagellations
    jouaient un grand rle dans mon imagination, ainsi que
    d'autres actes et d'autres situations qui, toutes, marquaient
    une condition de servitude et de soumission. Je me voyais
    toujours  genoux devant mon idal, ensuite foul aux pieds,
    charg de fers et jet en prison. On m'imposait de graves
    souffrances comme preuve de mon obissance et pour l'amusement
    de ma matresse. Plus j'tais humili et maltrait dans mon
    imagination, plus j'prouvais de dlices en me livrant  ces
    rves. En mme temps, il se produisit en moi un grand amour
    pour les velours et les fourrures que j'essayais toujours de
    toucher et de caresser et qui me causaient aussi des motions
    de nature sexuelle.

    Je me rappelle bien d'avoir, tant enfant encore, reu
    plusieurs corrections de mains de femmes. Je n'en ressentais
    alors que de la honte et de la douleur, et jamais je n'ai
    eu l'ide de rattacher les ralits de ce genre  mes
    rves. L'intention de me corriger et de me punir m'mouvait
    douloureusement, tandis que, dans les rves de mon
    imagination, je voyais toujours ma matresse se rjouir de
    mes souffrances et de mes humiliations, ce qui m'enchantait.
    Je n'ai pas non plus  rattacher  mes fantaisies les ordres
    ou la direction des femmes qui me surveillaient pendant mon
    enfance. De bonne heure, j'ai pu, par la lectures d'ouvrages,
    apprendre la vrit sur les rapports normaux des deux
    sexes; mais cette rvlation me laissa absolument froid. La
    reprsentation des plaisirs sexuels resta attache aux images
    avec lesquelles elle se trouvait unie ds la premire heure.
    J'avais aussi, il est vrai, le dsir de toucher des femmes,
    de les serrer dans mes bras et de les embrasser; mais les
    plus grandes dlices, je ne les attendais que de leurs
    mauvais traitements et des situations dans lesquelles elles
    me faisaient sentir leur pouvoir. Bientt je reconnus que je
    n'tais pas comme les autres hommes; je prfrais tre seul
    afin de pouvoir me livrer  mes rvasseries. Les filles ou
    femmes relles m'intressaient peu dans ma premire jeunesse,
    car je ne voyais gure la possibilit qu'elles puissent jamais
    agir comme je le dsirais. Dans les sentiers solitaires, au
    milieu des bois, je me flagellais avec les branches tombes
    des arbres et laissais alors libre cours  mon imagination.
    Les images de femmes hautaines me causaient de relles
    dlices, surtout quand ces femmes taient des reines et
    portaient des fourrures. Je cherchais de tous cts les
    lectures en rapport avec mes ides de prdilection. Les
    _Confessions_ de Jean-Jacques Rousseau, qui me tombrent alors
    sous la main, furent pour moi une grande rvlation. J'y
    ai trouv la description d'un tat qui, dans ses points
    principaux, ressemblait au mien. Je fus encore plus frapp
    de retrouver des ides en harmonie avec les miennes, lorsque
    j'eus appris  connatre les ouvrages de Sacher-Masoch.
    Je dvorais ces livres avec avidit, bien que les scnes
    sanguinaires dpassaient souvent mon imagination et me
    faisaient alors horreur. Toutefois, le dsir de raliser ces
    scnes ne m'est pas venu, mme  l'poque de la pubert. En
    prsence d'une femme, je n'prouvais aucune motion sensuelle,
    tout au plus la vue d'un pied fminin me donnait passagrement
    le dsir d'en tre foul.

    Cette indiffrence ne concernait cependant que le domaine
    purement sensuel. Dans les premires annes de ma pubert, je
    fus souvent pris d'une affection enthousiaste pour des jeunes
    filles de ma connaissance, affection qui se manifestait
    avec toutes les extravagances particulires  ces motions
    juvniles. Mais jamais l'ide ne m'est venue de relier le
    monde de mes ides sensuelles avec ces purs idals. Je n'avais
    mme pas  repousser une pareille association d'ides, elle
    ne se prsentait jamais. C'est d'autant plus curieux que
    mes imaginations voluptueuses me paraissaient tranges et
    irralisables, mais nullement vilaines ni rprhensibles.
    Ces rves aussi taient pour moi une sorte de posie; il
    me restait deux mondes spars l'un de l'autre: dans l'un,
    c'tait mon coeur ou plutt ma fantaisie qui s'excitait
    esthtiquement; dans l'autre, ma force d'imagination
    s'enflammait par la sensualit. Pendant que mes sentiments
    transcendantaux avaient pour objet une jeune fille bien
    connue, je me voyais dans d'autres moments aux pieds d'une
    femme mre, qui me traitait comme je viens de le dcrire plus
    haut. Mais je n'attribuais jamais ce rle de tyran  une femme
    connue. Dans les rves de mon sommeil, ces deux formes de
    reprsentations rotiques apparaissaient tour  tour, mais
    jamais elles ne se confondaient. Seules les images de la
    sphre sensuelle ont provoqu des pollutions.

     l'ge de dix-neuf ans, je me laissai conduire par des amis
    chez des prostitues, bien que, dans mon for intrieur, il
    me rpugnt de les suivre; je le fis par curiosit. Mais je
    n'prouvai, chez les prostitues, que de la rpugnance et
    de l'horreur, et je me sauvai aussitt que je pus sans avoir
    ressenti la moindre excitation ou motion sensuelles. Plus
    tard, je rptai l'essai de ma propre initiative pour voir si
    je n'tais pas impuissant, car mon premier chec m'affligeait
    beaucoup. Le rsultat fut toujours le mme: je n'eus pas
    la moindre motion ni rection. Tout d'abord il m'tait
    impossible de considrer une femme en os et en chair comme
    objet de la satisfaction sensuelle. Ensuite, je ne pouvais
    renoncer  des tats et  des situations qui, _in sexualibus_,
    taient pour moi la chose essentielle, et sur lesquelles je
    n'aurais, pour rien au monde, dit un mot  qui que ce soit.
    L'_immissio penis_  laquelle je devais procder me paraissait
    un acte sale et insens. En second lieu, ce fut une rpugnance
    contre des femmes qui appartenaient  tous et la crainte
    d'tre infect par elles. Livr  la solitude, ma vie sexuelle
    continuait comme autrefois. Toutes les fois que les anciennes
    images de mes imaginations surgissaient, j'avais des rections
    vigoureuses et presque chaque jour des jaculations. Je
    commenais  souffrir de toutes sortes de malaises nerveux,
    et je me considrais comme impuissant, malgr les vigoureuses
    rections et les violents dsirs qui se manifestaient quand
    j'tais seul. Malgr cela, je continuais, par intervalles, mes
    essais avec des prostitues. Avec le temps, je me dbarrassai
    de ma timidit et j'arrivai  vaincre en partie la rpugnance
    que m'inspirait tout contact avec une femme vile et commune.

    Mes imaginations ne me suffisaient plus. J'allais maintenant
    plus souvent chez les prostitues et je me faisais masturber
    quand je n'avais pu accomplir le cot. Je crus d'abord que
    j'y trouverais un plaisir plus rel qu' mes rveries; au
    contraire, j'y trouvai un plaisir moins grand. Quand la femme
    se dshabillait, j'examinais avec attention les pices de ses
    vtements. Le velours et la soie jouaient le premier rle;
    mais tout autre objet d'habillement m'attirait aussi, et
    surtout les contours du corps fminin, tels qu'ils taient
    dessins par le corset et les jupons. Je n'avais, pour le
    corps nu de la femme, gure d'autre intrt qu'un intrt
    esthtique. Mais, de tout temps, je m'attachai surtout aux
    bottines  hauts talons et j'y associais toujours l'ide
    d'tre foul par ces talons ou de baiser le pied en guise
    d'hommage, etc., etc.

    Enfin, je surmontai mes dernires rpugnances, et un jour,
    pour raliser mes rves, je me laissai flageller et fouler
    aux pieds par une prostitue. Ce fut pour moi une grande
    dception. Cela tait, pour mes sentiments, brutal, rpugnant
    et ridicule  la fois. Les coups ne me causrent que de la
    douleur, et les autres dtails de cette situation, de la
    rpugnance et de la honte. Malgr cela, j'obtins, par des
    moyens mcaniques, une jaculation, en mme temps qu' l'aide
    de mon imagination je transformais la situation relle en
    celle que je rvais. La situation rve diffrait de celle
    que j'avais cre, surtout par le fait que je m'imaginais une
    femme qui devait m'infliger des mauvais traitements avec
    un plaisir gal  celui avec lequel je les recevais d'elle.
    Toutes mes imaginations sexuelles taient chafaudes sur
    l'existence d'un pareil sentiment chez la femme, femme
    tyrannique et cruelle,  laquelle je devais me soumettre.
    L'acte qui devait montrer cet tat d'esclavage ne m'tait
    que d'une importance secondaire. Ce n'est qu'aprs ce premier
    essai, d'une ralisation impossible, que je reconnus nettement
    quelle tait la vritable tendance de mes dsirs. En effet,
    dans mes rves voluptueux, j'avais souvent fait abstraction de
    toute reprsentation de mauvais traitements, et je me bornais
     me reprsenter une femme aimant  donner des ordres, au
    geste imprieux,  la parole faite pour le commandement,  qui
    je baisais le pied, ou des choses analogues. Ce n'est qu'alors
    que je me rendis clairement compte de ce qui m'attirait en
    ralit. Je reconnus que la flagellation n'tait qu'un
    moyen d'exprimer fortement la situation dsire, mais, qu'en
    elle-mme, la flagellation tait sans valeur, me causant
    plutt un sentiment dsagrable et mme douloureux ou
    rpugnant.

    Malgr cette dception, je ne renonai point  essayer de
    transporter dans la ralit mes reprsentations rotiques,
    maintenant que le premier pas dans ce sens avait t fait. Je
    comptais que mon imagination une fois habitue  la nouvelle
    ralit, je trouverais les lments ncessaires pour
    obtenir des effets plus forts. Je cherchais les femmes qui
    s'appropriaient le mieux  mon dessein et je les instruisais
    soigneusement de la comdie complique que je voulais leur
    faire jouer. J'appris en mme temps que la voie m'avait
    t prpare par des prdcesseurs qui avaient les mmes
    sentiments que moi. La puissance de ces comdies, pour agir
    sur mes imaginations et sur ma sensibilit, restait bien
    problmatique. Ces scnes m'ont servi pour me montrer,
    d'une manire plus vive, quelques dtails secondaires de la
    situation que je dsirais; mais, ce qu'elles donnaient de ce
    ct, elles l'enlevaient en mme temps  la chose principale
    que mon imagination seule, sans le secours d'une duperie
    grossire et de commande, pouvait me procurer en rve,
    d'une manire beaucoup plus facile. Les sensations physiques
    produites par les mauvais traitements, variaient. Plus
    l'illusion russissait, plus je ressentais la douleur comme un
    plaisir. Ou, pour tre plus exact, je considrais alors en mon
    esprit les mauvais traitements comme des actes symboliques.
    Il en sortit l'illusion de la situation tant dsire, illusion
    qui, tout d'abord, s'accompagna d'une sensation de plaisir
    psychique. Ainsi la perception du caractre douloureux des
    mauvais traitements a t quelquefois supprime. Le processus
    tait analogue, mais de beaucoup plus simple, parce qu'il
    restait sur le terrain psychique, quand je me soumettais  de
    mauvais traitements moraux,  des humiliations. Ceux-ci aussi
    s'accentuaient avec la sensation de plaisir,  la condition
    que je russisse  me tromper moi-mme. Mais cette duperie
    russissait rarement bien et jamais compltement. Il restait
    toujours dans ma conscience un lment troublant. Voil
    pourquoi je revenais, entre temps,  la masturbation
    solitaire. D'ailleurs, avec les autres procds galement,
    la scne se terminait habituellement par une jaculation
    provoque par l'onanisme, jaculation qui, parfois, avait lieu
    sans que j'eusse besoin de recourir  des moyens mcaniques.

    Je continuai ce mange pendant des annes entires. Ma
    puissance sexuelle s'affaiblissait de plus en plus, mais non
    mes dsirs et encore moins l'empire que mes tranges ides
    sexuelles avaient sur moi. Tel est, encore aujourd'hui,
    l'tat de ma _vita sexualis_. Le cot, que je n'ai jamais pu
    accomplir, me parat toujours, dans mon ide, comme un de ces
    actes tranges et malpropres que je connais par la description
    des aberrations sexuelles. Mes propres ides sexuelles
    me paraissent naturelles et n'offensent en rien mon got,
    d'ailleurs trs dlicat. Leur ralisation, il est vrai, ne me
    donne gure de satisfaction complte, pour les raisons que
    je viens d'exposer plus haut. Je n'ai jamais obtenu, pas mme
    approximativement, une ralisation directe et vritable de mes
    imaginations sexuelles. Toutes les fois que je suis entr
    en relations plus intimes avec une femme, j'ai senti que la
    volont de la femme tait soumise  la mienne, et jamais je
    n'ai prouv le contraire. Je n'ai jamais rencontr une femme
    qui, dans les rapports sexuels, aurait manifest le dsir de
    rgner. Les femmes qui veulent rgner dans le mnage et, comme
    on dit, porter la culotte, sont choses tout  fait diffrentes
    de mes reprsentations rotiques. En dehors de la perversion
    de ma _vita sexualis_, il y a encore bien des symptmes
    d'anomalie dans la totalit de mon individualit: ma
    disposition nvropathique se manifeste par de nombreux
    symptmes sur le terrain physique et psychique. Je crois,
    en outre, pouvoir constater des anomalies hrditaires
    de caractre dans le sens d'un rapprochement vers le type
    fminin. Du moins je considre comme telle mon immense
    faiblesse de volont et mon manque surprenant de courage
    vis--vis des hommes et des animaux, ce qui contraste avec mon
    sang-froid habituel. Mon extrieur physique est tout  fait
    viril.

L'auteur de cette autobiographie m'a encore donn les renseignements
suivants:

    Une de mes proccupations constantes tait de savoir si les
    ides tranges qui me dominent au point de vue sexuel,
    se rencontrent aussi chez d'autres hommes, et, depuis les
    premiers renseignements que j'ai obtenus par hasard, j'ai fait
    de nombreuses recherches dans ce sens. Il est vrai que les
    observations sur cette question sont difficiles  faire et
    ne sont pas toujours sres, tant donn qu'il s'agit l d'un
    processus intime de la sphre des reprsentations. J'admets
    l'existence du masochisme l o je trouve des actes
    pervers dans les rapports sexuels, actes que je ne peux pas
    m'expliquer autrement que par cette ide dominante. Je crois
    que cette anomalie est trs rpandue.

    Toute une srie de prostitues de Berlin, de Paris, de Vienne
    et d'ailleurs m'ont donn des renseignements sur ce sujet,
    et j'ai appris de cette manire combien sont nombreux mes
    compagnons de douleur. J'eus toujours la prcaution de ne pas
    leur raconter des histoires moi-mme ni de leur demander si
    telle ou telle chose leur tait arrive, mais je les laissais
    raconter au hasard d'aprs leur exprience personnelle.

    La flagellation simple est si rpandue que presque chaque
    prostitue est outille pour cela. Les cas manifestes de
    masochisme sont aussi trs frquents. Les hommes atteints
    de cette perversion se soumettent aux tortures les plus
    raffines. Avec des prostitues auxquelles on a fait la leon,
    ils excutent toujours la mme comdie: l'homme se prosterne
    humblement; il y a ensuite coups de pied, ordres imprieux,
    injures et menaces apprises par coeur, ensuite flagellation,
    coups sur les diverses parties du corps et toutes sortes de
    tortures, piqres d'pingles jusqu' faire saigner, etc.
    La scne se termine parfois par le cot, souvent par une
    jaculation sans cot. Quelques prostitues m'ont montr, 
    deux reprises diffrentes, des chanes en fer avec menottes
    que leurs clients se faisaient fabriquer pour tre enchans,
    puis les pois secs sur lesquels ils se mettaient  genoux,
    les coussins hrisss d'aiguilles sur lesquels ils devaient
    s'asseoir sur un ordre de la femme, et bien d'autres objets
    analogues. Parfois l'homme pervers exige que la femme lui
    ligote le pnis pour lui causer des douleurs, qu'elle lui
    pique la verge avec des pingles, qu'elle lui donne des coups
    de canif ou qu'elle le frappe avec un bout de bois. D'autres
    se font lgrement gratigner avec la pointe d'un couteau
    ou d'un poignard, mais il faut qu'en mme temps la femme les
    menace de mort.

    Dans toutes ces scnes, la symbolique de la soumission est
    la principale chose. La femme est habituellement appele la
    matresse (_Herrin_), l'homme l'esclave.

    Dans toutes ces comdies excutes avec des prostitues,
    scnes qui doivent paratre  l'homme normal comme une folie
    malpropre, le masochiste n'a qu'un maigre quivalent. J'ignore
    si les rves masochistes peuvent se raliser dans une liaison
    amoureuse.

    Si par hasard un pareil fait se produit, il doit tre bien
    rare, car un got conforme chez la femme (sadisme fminin,
    comme le dpeint Sacher-Masoch) doit se rencontrer bien
    rarement. La manifestation d'une anomalie sexuelle chez la
    femme se bute  de plus grands obstacles, entre autres la
    pudeur, etc., que la manifestation d'une perversion chez
    l'homme. Moi-mme je n'ai jamais remarqu la moindre avance
    faite par une femme dans ce sens, et je n'ai pu faire aucun
    essai d'une ralisation effective de mes imaginations. Une
    fois un homme m'a avou confidentiellement sa perversion
    masochiste, et il a prtendu en mme temps qu'il avait trouv
    son idal.

Les deux faits suivants sont analogues  celui de l'observation 44.

    OBSERVATION 45.--M. Z..., vingt-neuf ans, lve de l'cole
    polytechnique, est venu me consulter parce qu'il se croyait
    atteint de tabes. Le pre tait nerveux et est mort tabtique.
    La soeur de son pre tait folle. Plusieurs parents sont
    nerveux  un haut degr et gens bien tranges.

    En l'examinant de plus prs, j'ai constat que le malade est
    un sexuel, spinal et crbral, asthnique. Il ne prsente
    aucun symptme anamnestique ni prsent de tabes dorsalis. La
    question qui s'imposait tait de savoir s'il avait abus de
    ses organes gnitaux. Il rpond que, ds sa premire jeunesse,
    il s'est livr  la masturbation. Au cours de l'examen, on a
    relev les intressantes anomalies psychopathiques suivantes.

     l'ge de cinq ans, la _vita sexualis_ s'veilla chez le
    malade sous forme d'un penchant voluptueux  se flageller et
    en mme temps d'un dsir de se faire flageller par d'autres.
    Pour cela il ne songeait pas  des individus concrets et
    sexuellement diffrencis. Faute de mieux, il se livrait 
    la masturbation, et avec les annes il parvint  avoir des
    jaculations.

    Longtemps auparavant, il avait commenc  se satisfaire par la
    masturbation en voquant en mme temps des images de scnes de
    flagellation.

    Devenu adulte, il vint deux fois au lupanar pour s'y faire
    fouetter par des mrtrices.  cet effet, il choisissait
    la plus belle fille; mais il fut du, il n'arriva pas 
    l'rection et encore moins  l'jaculation.

    Il reconnut alors que la flagellation tait chose secondaire,
    et que l'essentiel c'tait l'ide d'tre soumis  la volont
    de la femme. La premire fois il n'arriva pas  provoquer cet
    tat, mais il russit  un second essai. Il obtint un succs
    complet, parce qu'il avait prsente l'ide de la sujtion.

    Avec le temps, il arriva en excitant son imagination  voquer
    des reprsentations masochistes,  pratiquer le cot,
    mme sans flagellation, mais il n'en prouva que peu de
    satisfaction, de sorte qu'il prfra avoir des rapports
    sexuels  la faon des masochistes. Grce  ses dsirs
    congnitaux de flagellation, il ne trouvait de plaisir aux
    scnes masochistes que lorsqu'il tait flagell _ad podicem_
    ou que du moins son imagination lui composait une scne
    semblable. Dans les moments de grande excitabilit, il lui
    suffisait mme de raconter de pareilles scnes  une belle
    fille. Ce rcit provoquait de l'orgasme, et il arrivait la
    plupart du temps  l'jaculation.

    Il s'ajouta de bonne heure  cet tat une reprsentation
    ftichiste vivement impressionnante. Il s'aperut qu'il
    n'tait attir et satisfait que par des femmes qui portaient
    des jupons courts et des bottes montantes (costume hongrois).
    Il ignore comment cette ide ftichiste lui est venue. Mme
    chez les garons, la jambe chausse d'une botte montante
    le charme, mais c'est un charme purement esthtique et sans
    aucune note sensuelle; il n'a d'ailleurs jamais remarqu
    en lui des sentiments homosexuels. Le malade attribue son
    ftichisme au fait qu'il a une prdilection pour les mollets.
    Mais il n'est excit que par un mollet de femme chauss d'une
    botte lgante. Les mollets nus et en gnral les nudits
    fminines n'exercent pas sur lui la moindre impression
    sexuelle.

    L'oreille humaine constitue pour le malade une reprsentation
    ftichiste accessoire et d'importance secondaire. Il prouve
    une sensation  caresser les oreilles des belles personnes,
    c'est--dire d'individus qui ont l'oreille bien faite. Avec
    les hommes cette caresse ne lui procure qu'un plaisir faible,
    mais il est trs vif avec les femmes.

    Il a aussi un faible pour les chats. Il les trouve simplement
    beaux; tous leurs mouvements lui sont agrables. L'aspect
    d'un chat peut mme l'arracher  la plus profonde dpression
    morale. Le chat est pour lui sacr; il voit dans cet animal,
    pour ainsi dire, un tre divin. Il ne peut nullement se rendre
    compte de la raison de cette idiosyncrasie trange.

    Ces temps derniers, il a plus souvent des ides sadiques dans
    le sens de la flagellation des garons. Dans l'vocation de
    ces images de flagellation, les hommes aussi bien que les
    femmes jouent un rle, mais gnralement ces dernires, et
    alors son plaisir est de beaucoup plus grand.

    Le malade trouve qu' ct de l'tat de masochisme qu'il
    connat et qu'il ressent, il y a encore chez lui un autre tat
    qu'il dsigne par le mot de pagisme.

    Tandis que ses jouissances et ses actes masochistes sont tout
     fait empreints d'un caractre et d'une note de sensualit
    brutale, son pagisme consiste dans l'ide d'tre le page
    d'une belle fille. Il se reprsente cette fille comme tout
     fait chaste, mais piquante et vis--vis de laquelle il
    occuperait la position d'un esclave, mais avec des rapports
    chastes et un dvouement purement platonique. Cette
    ide dlirante de servir de page  une belle crature se
    manifeste avec un plaisir dlicieux, mais qui n'a rien
    de sexuel. Il en prouve une satisfaction morale exquise,
    contrairement au masochisme de note sensuelle, et voil
    pourquoi il croit que son pagisme est une chose  part.

    Au premier aspect, l'extrieur physique du malade n'offre rien
    d'trange; mais son bassin est excessivement large avec des
    hanches tales; il est anormalement oblique et a le caractre
    fminin trs prononc. Il rappelle aussi qu'il a souvent des
    dmangeaisons et des excitations voluptueuses dans l'anus
    (zone rogne) et qu'il peut se procurer de la satisfaction
    _ope digiti_.

    Le malade doute de son avenir. Il ne pourra tre guri,
    dit-il, que s'il peut prendre un vritable intrt  la femme,
    mais sa volont ainsi que son imagination sont trop faibles
    pour cela.

Ce que le malade de cette observation dsigne sous le nom de pagisme
n'a rien qui diffre du caractre du masochisme, ainsi que cela
rsulte de la comparaison des deux cas suivants de masochisme
symbolique et d'autres cas encore. Cette conclusion est encore
corrobore par le fait que, dans ce genre de perversion, le cot est
quelquefois ddaign comme un acte inadquat et que, dans de pareils
cas, il se produit souvent une exaltation fantastique de l'idal
pervers.

    OBSERVATION 46.--X..., homme de lettres, vingt-huit ans, tar,
    hyperesthsique ds son enfance, a rv  l'ge de six ans,
    plusieurs fois, qu'une femme le battait _ad nates_. Il se
    rveillait aprs ce rve en proie  la plus vive motion
    voluptueuse; il fut amen  la masturbation.  l'ge de huit
    ans, il demanda un jour  la cuisinire de le battre.  partir
    de l'ge de dix ans, neurasthnie. Jusqu' l'ge de vingt-cinq
    ans, il eut des rves de flagellations, et quelquefois il
    voquait  l'tat de veille ces images et se masturbait en
    mme temps.

    Il y a trois ans, cdant  une obsession, il s'est fait battre
    par une _puella_. Le malade fut alors du, car ni l'rection
    ni l'jaculation ne se produisirent. Nouvel essai dans ce
    sens  l'ge de vingt-sept ans pour forcer, par ce moyen,
    l'rection et l'jaculation. Il ne russit qu'en ayant recours
     l'artifice suivant. Pendant qu'il essayait le cot, la
    _puella_ lui devait raconter comment elle battait les autres
    impuissants et le menacer d'en faire autant avec lui. En
    outre, il tait oblig de s'imaginer qu'il se trouvait ligot
    et tout  fait  la merci de la femme, et que, sans aucun
    moyen de dfense, il recevait d'elle des coups des plus
    douloureux.  l'occasion, il tait oblig, pour tre puissant,
    de se faire ligoter pour de bon. C'est ainsi que le cot
    lui russissait. Les pollutions n'taient accompagnes de
    sensations de volupt que lorsqu'il rvait (cas trs rare)
    tre maltrait ou voir comment une _puella_ en fouettait
    d'autres. Il n'eut jamais une vraie sensation de volupt
    dans le cot. Chez la femme, il n'y a que les mains qui
    l'intressent. Il prfre avant tout des femmes vigoureuses, 
    la poigne solide. Toutefois, son besoin de flagellation n'est
    qu'idal, car, ayant l'piderme trs sensible, quelques coups
    lui suffisent dans les plus mauvais cas. Des coups donns par
    des hommes lui seraient dsagrables. Il voudrait se marier.
    L'impossibilit de demander la flagellation  une femme
    honnte et la crainte d'tre impuissant sans ce procd crent
    son embarras et lui font prouver le dsir de se gurir.

Dans les trois cas cits jusqu'ici, la flagellation passive servait
aux individus atteints de la perversion masochiste comme une forme de
la servitude envers la femme, situation tant dsire par eux. Le mme
moyen est employ par un grand nombre de masochistes.

Or la flagellation passive, comme on sait, peut, par l'irritation
mcanique des nerfs du sant, produire des rections rflexes[48].

[Note 48: Comparez plus haut, le chapitre d'introduction.]

Les dbauchs affaiblis ont recours  ces effets de la flagellation
pour stimuler leur puissance gnitale amoindrie; et cette
perversit--et non perversion--est trs frquente.

Il convient donc d'examiner quels rapports il y a entre la
flagellation passive des masochistes et celle des dbauchs qui, bien
que physiquement affaiblis, ne sont pas psychiquement pervers.

Il ressort dj des renseignements fournis par des individus atteints
de masochisme, que cette perversion est bien autre chose et quelque
chose de plus grand que la simple flagellation.

Pour le masochiste, c'est la soumission  la femme qui constitue le
point le plus important; le mauvais traitement n'est qu'une manire
d'exprimer cette condition et, il faut ajouter, la manire la plus
expressive. L'action a pour lui une valeur symbolique; c'est un moyen
pour arriver  la satisfaction de son tat d'me et de ses dsirs
particuliers.

Par contre, l'homme affaibli qui n'est pas masochiste, ne cherche
qu'une excitation de son centre spinal,  l'aide d'un moyen mcanique.

Ce sont les aveux de ces individus, et souvent aussi les circonstances
accessoires de l'acte, qui nous permettent, dans un cas isol, de
dire s'il y a masochisme rel ou simple flagellantisme (rflexe).
Il importe, pour juger cette question, de tenir compte des faits
suivants:

1 Chez le masochiste, le penchant  la flagellation passive existe
presque toujours _ab origine_. Il se montre comme dsir, avant mme
qu'une exprience sur l'effet rflexe du procd ait t faite;
souvent ce dsir ne se manifeste d'abord que dans des rves ainsi
qu'on le verra plus loin dans l'observation 48.

2 Chez le masochiste, la flagellation passive n'est ordinairement
qu'une des nombreuses et diverses formes des mauvais traitements dont
l'image nat dans son imagination et qui souvent se ralise. Dans les
cas o les mauvais traitements ainsi que les marques d'humiliation
purement symboliques sont employs en dehors de la flagellation, il
ne peut pas tre question d'un effet d'excitation physique et
rflexe. Dans ces cas donc, il faut toujours conclure  une anomalie
congnitale,  la perversion.

3 Il y a encore une particularit bien importante  considrer, c'est
que si on donne au masochiste la flagellation tant dsire, elle ne
produit pas toujours un effet aphrodisiaque. Souvent elle est suivie
d'une dception plus ou moins vive, ce qui arrive toutes les fois que
le but du masochiste qui veut se crer par l'illusion la situation
tant dsire d'tre  la merci de la femme, n'est pas atteint et
que la femme qu'il a charge d'excuter cette comdie apparat comme
l'instrument docile de sa propre volont.  ce sujet comparez les
trois cas prcdents et l'observation 50, plus loin.

Entre le masochisme et le simple rflexe des flagellants, il y a un
rapport analogue  celui qui existe entre l'inversion sexuelle et la
pdrastie acquise.

Cette manire de voir n'est nullement infirme par le fait que chez
le masochiste la flagellation peut aussi amener un effet rflexe et
qu'une punition corporelle reue dans la jeunesse peut veiller pour
la premire fois la volupt et faire en mme temps sortir de son tat
latent la _vita sexualis_ du masochiste.

Il faut qu'alors le fait soit caractris par les circonstances
numres plus haut pour pouvoir tre considr comme masochisme.

Quand on ne possde pas de dtails sur l'origine des cas, les
circonstances accessoires, comme celles que nous avons cites, peuvent
tout de mme en faire reconnatre clairement le caractre masochiste.
C'est ce qui arrive dans les deux cas suivants.

    OBSERVATION 47.--Un malade du docteur Tarnowsky a fait louer,
    par une personne de confiance, un appartement, pour les
    priodes de ses accs, et il a fait instruire le personnel
    (trois prostitues) de tout ce qu'on doit lui faire.

    Il venait de temps en temps; alors on le dshabillait, on le
    masturbait, on le flagellait, ainsi qu'il l'avait ordonn. Il
    faisait semblant d'opposer une rsistance, demandait grce;
    alors on lui donnait  manger, comme c'tait dans les
    instructions, on le laissait dormir, mais on le retenait
    malgr ses protestations, et on le battait s'il se montrait
    rcalcitrant.

    Ce mange durait quelques jours. L'accs pass, on le
    relchait, et il rentrait chez sa femme et ses enfants qui
    ne se doutaient pas le moins du monde de sa maladie. L'accs
    revenait une ou deux fois par an. (Tarnowsky, _op. cit._)

    OBSERVATION 48.--X..., trente-quatre ans, trs charg, souffre
    d'inversion sexuelle. Pour plusieurs raisons, il n'a pas
    trouv l'occasion de se satisfaire avec un homme, malgr ses
    grands besoins sexuels. Par hasard, il rva, une nuit, qu'une
    femme le fouettait. Il eut une pollution.

    Ce rve l'amena  se laisser fouetter par des mrtrices,
    pour remplacer chez lui l'amour homosexuel. _Conducit sibi
    non nunquam meretricem, ipse vestimenta sua omnia deponit, dum
    puell ultimum tegumentum deponere non licet, puellam pedibus
    ipse percutere, flagellare, verberare jubet. Qua re summa
    libidine affectus pedem femin lambit quod solum eum
    libidinosum facere potest: tum ejaculationem assequitur._
    Aussitt l'jaculation produite, il est pris du plus grand
    dgot d'une situation moralement si avilissante, il se drobe
    ensuite le plus rapidement possible.

Il y a aussi des cas o la seule flagellation passive constitue
tout ce que rve l'imagination des masochistes, sans autres ides
d'humiliation, et sans que l'individu se rende nettement compte de la
vritable nature de cette marque de soumission.

Ces cas sont trs difficiles  distinguer de ceux du flagellantisme
simple et rflexe. Ce qui permet alors de faire le diagnostic
diffrentiel, c'est la constatation de l'origine primitive du dsir
avant toute exprience de l'effet rflexe (voir plus haut), et aussi
ce fait que dans les cas de masochisme vrai, il s'agit ordinairement
d'individus dj pervers ds la premire jeunesse et chez qui la
ralisation du dsir souvent n'est pas mise  excution ou produit une
dception (voir plus haut), puis que tout se passe dans le domaine de
l'imagination.

 ce propos, nous citerons un autre cas de masochisme typique dans
lequel toute la sphre des reprsentations particulires  cette
perversion parat compltement atteinte. Ce cas pour lequel nous avons
une autobiographie dtaille de l'tat psychique du malade, ne diffre
de l'observation 44 que parce que l'individu atteint a tout  fait
renonc  raliser sas fantaisies perverses et que,  ct de la
perversion existante de la _vita sexualis_, les plaisirs normaux ont
encore assez d'effet pour rendre possibles les rapports sexuels dans
les conditions ordinaires.

    OBSERVATION 49.--J'ai trente-cinq ans; mon tat physique et
    intellectuel est normal. Dans ma parent la plus tendue--en
    ligne directe et collatrale--je ne connais aucun cas de
    trouble psychique. Mon pre qui,  ma naissance, tait
    g d'environ trente ans, avait, autant que je sais, une
    prdilection pour les femmes de haute taille et d'une beaut
    plantureuse.

    Dj, dans ma premire enfance, je me plaisais aux
    reprsentations d'ides qui avaient pour sujet le pouvoir
    absolu d'un homme sur l'autre. L'ide de l'esclavage avait
    pour moi quelque chose de trs excitant; l'motion tait
    galement forte en me voyant dans le rle du matre comme dans
    celui du serviteur. J'tais excit outre mesure  la pense
    qu'un homme pouvait en possder un autre, le vendre, le
    battre; et  la lecture de _La Case de l'oncle Tom_ (ouvrage
    que je lus  l'poque o j'entrais en pubert), j'avais des
    rections. Ce qui tait surtout excitant pour moi, c'tait
    l'ide d'un homme attel  une voiture o un autre homme, arm
    d'un fouet, tait assis et le dirigeait, le faisant marcher 
    coups de fouet.

    Jusqu' l'ge de vingt ans, ces reprsentations taient
    objectives et sans sexe, c'est--dire que l'homme attel dans
    mon imagination tait une tierce personne (pas moi-mme), et
    la personne qui commandait n'tait pas ncessairement du sexe
    fminin.

    Aussi ces ides taient-elles sans influence sur mon instinct
    sexuel, ainsi que sur la manifestation de cet instinct. Bien
    que ces scnes cres dans mon imagination m'aient caus des
    rections, je ne me suis jamais de ma vie masturb;  partir
    de l'ge de dix-neuf ans, j'ai fait le cot sans le concours
    des reprsentations imaginaires susindiques et sans y penser.
    Toutefois, j'avais une grande prdilection pour les femmes
    mres, plantureuses et de haute taille, bien que je ne
    ddaignasse pas non plus les plus jeunes.

     partir de l'ge de vingt et un ans, les reprsentations
    commencrent  s'objectiver; il s'y ajoutait une chose
    essentielle, c'est que la matresse devait tre une
    personne grande, forte, et d'au moins quarante ans.  partir
    de ce moment, je fus toujours soumis  mes ides; ma matresse
    tait une femme brutale qui m'exploitait  tous les points
    de vue, mme au point de vue sexuel, qui m'attelait devant
    sa voiture et faisait ainsi ses promenades, une femme que
    je devais suivre comme un chien et aux pieds de laquelle je
    devais me coucher nu pour tre battu et fouett.

    Voil quelle tait la base fixe des reprsentations de mon
    imagination autour desquelles se groupaient toutes les autres
    images.

    J'prouvais,  me livrer  ces ides, un grand plaisir qui me
    causait des rections, mais jamais d'jaculation.  la suite
    de la grande excitation sexuelle que me donnaient ces images,
    je cherchais une femme, de prfrence une femme d'un extrieur
    correspondant  mon idal, et je faisais le cot avec elle
    sans aucun autre procd et sans tre, pendant l'acte, domin
    par les images en question. J'avais en outre des penchants
    pour d'autres femmes et je faisais avec elles le cot sans y
    tre amen par l'impression de l'image voque.

    Bien que j'aie men, d'aprs ce qu'on a pu voir jusqu'ici, une
    vie pas trop anormale au point de vue sexuel, ces images se
    prsentaient priodiquement et avec rgularit  mon esprit,
    et c'taient presque toujours les mmes scnes que mon
    imagination voquait.  mesure que mon instinct sexuel
    augmentait, les intervalles entre l'apparition des
    images devenaient de plus en plus longs. Actuellement ces
    reprsentations se montrent tous les quinze jours ou toutes
    les trois semaines. Si je faisais le cot la veille, j'en
    empcherais peut-tre le retour. Je n'ai jamais essay de
    donner un corps  ces reprsentations trs prcises et trs
    caractristiques, c'est--dire de les relier avec le monde
    extrieur; je me suis content de me dlecter des jeux de mon
    imagination, car j'tais profondment convaincu que jamais je
    ne pourrais obtenir une ralisation de mon idal, pas mme
    une ralisation approximative. L'ide d'arranger une comdie
    avec des filles publiques payes, me paraissait ridicule et
    inutile, car une personne que je payerais ne pourrait jamais,
    dans mon ide, occuper la place d'une souveraine cruelle. Je
    doute qu'il y ait des femmes  tendances sadiques, telles que
    les hrones des romans de Sacher-Masoch. Quand mme il y
    en aurait, et que j'aurais le bonheur d'en trouver une, mes
    rapports avec elle, dans la vie relle, m'auraient toujours
    paru comme une comdie. Eh bien! me disais-je, si je tombais
    sous l'esclavage d'une Messaline, je crois que,  la suite des
    privations qu'elle m'imposerait, j'en aurais bientt assez
    de cette vie tant dsire et que, dans les intervalles de
    lucidit, je ferais tous mes efforts pour pouvoir reprendre ma
    libert.

    Pourtant j'ai trouv un moyen d'obtenir une ralisation
    approximative. Aprs avoir, par l'vocation de ces scnes
    imaginaires fortement excit mon instinct sexuel, je vais
    trouver une prostitue; arriv chez elle, je me reprsente
    vivement dans mon imagination une de ces scnes d'esclavage
    o je m'attribue le rle principal. Au bout d'une demi-heure
    pendant laquelle mon imagination me dpeint ces situations et
    que l'rection augmente de plus en plus, je fais le cot avec
    une volupt plus vive et avec une forte jaculation. Quand
    l'jaculation a eu lieu, le charme est rompu. Honteux, je
    m'loigne le plus vite possible et j'vite de me remmorer ce
    qui s'est pass. Ensuite, quinze jours se passent sans que
    je sois hant par mes ides. Quand le cot m'a satisfait, il
    arrive mme que, pendant la priode calme qui prcde l'accs,
    je ne puis pas comprendre comment on peut avoir des gots
    masochistes. Mais un autre accs arrive srement tt ou tard.
    Je dois cependant faire remarquer que je fais aussi le cot
    sans y tre prpar par de pareilles reprsentations; je
    le fais aussi avec des femmes qui me connaissent bien et en
    prsence desquelles je renie entirement les fantaisies dont
    il est question. Mais, dans ces derniers cas, je ne suis
    pas toujours puissant, tandis que, sous le coup des ides
    masochistes, ma puissance sexuelle est absolue. Je ne crois
    pas inutile de faire encore remarquer que, pour mes autres
    penses et mes autres sentiments, j'ai des dispositions
    esthtiques, et que je mprise au plus haut degr les mauvais
    traitements infligs  un homme. Finalement je dois encore
    rappeler que la forme du dialogue a aussi son importance. Dans
    mes reprsentations, il est essentiel que la Souveraine me
    tutoie, tandis que moi je suis oblig de l'appeler vous et
    madame. Le fait d'tre tutoy par une personne qui s'y prte
    et cela comme expression d'une puissance absolue, m'a caus
    des sensations voluptueuses ds ma premire jeunesse et m'en
    cause encore aujourd'hui.

    J'ai eu le bonheur de trouver une femme qui me convient  tous
    les points de vue, mme au point de vue de la vie sexuelle,
    bien qu'elle soit loin de ressembler  mon idal masochiste.

    Elle est douce, mais plantureuse, qualit sans laquelle je ne
    peux pas m'imaginer aucun plaisir sexuel.

    Les premiers mois de mon mariage se passrent d'une manire
    normale au point de vue sexuel; les accs masochistes ne
    venaient plus; j'avais perdu presque compltement le got du
    masochisme. Mais le premier accouchement de ma femme arriva,
    et l'abstinence par consquent me fut impose. Alors les
    penchants masochistes se manifestrent rgulirement toutes
    les fois que le _libido_ se faisait sentir et, malgr
    mon amour profond et sincre pour ma femme, je fus alors
    fatalement amen  faire le cot extra-conjugal avec
    reprsentations masochistes.

     ce propos, il y a un fait curieux  constater.

    Le _coitus maritalis_ que j'ai repris plus tard n'tait pas
    suffisant pour loigner les ides masochistes, comme cela a
    lieu rgulirement avec le cot masochiste.

    Quant  l'essence du masochisme, je suis d'avis que les ides,
    par consquent le ct intellectuel, constituent le phnomne
    principal, le phnomne lui-mme. Si la ralisation des ides
    masochistes (par consquent la flagellation passive,
    etc.) tait le but dsir, alors comment expliquer ce fait
    contradictoire qu'une grande partie des masochistes n'essaient
    jamais de raliser leurs ides, ou, s'ils le font, qu'ils en
    sortent compltement dgriss ou au moins qu'ils n'y trouvent
    pas la satisfaction qu'ils espraient.

    Enfin je ne voudrais pas laisser chapper l'occasion de
    confirmer, par mon exprience, que le nombre des masochistes,
    surtout dans les grandes villes, parat tre trs
    considrable. La seule source pour de pareils renseignements,
    car il n'y a gure de communications _inter viros_, est dans
    les dpositions des prostitues et, comme elles s'accordent
    dans les points principaux, on peut considrer certains faits
    comme prouvs.

    Ainsi il est bien tabli que chaque prostitue exprimente
    est munie d'un instrument destine  la flagellation
    (habituellement une baguette); mais il faut,  ce propos,
    rappeler qu'il y a des hommes qui se font flageller pour
    stimuler leurs dsirs sexuels, et qui, contrairement aux
    masochistes, considrent la flagellation comme un moyen.

    D'autre part, presque toutes les prostitues sont d'accord
    dans leurs assertions pour dire qu'il y a un certain nombre
    d'hommes qui aiment  jouer le rle d'esclaves, c'est--dire
     s'entendre appeler ainsi,  se laisser injurier, fouler aux
    pieds et mme battre.

    Bref, le nombre des masochistes est plus grand qu'on ne le
    suppose.

    La lecture du chapitre de votre livre sur ce sujet m'a
    fait, ainsi que vous pouvez vous l'imaginer, une formidable
    impression. Je crus  une gurison, mais  une gurison par la
    logique d'aprs la maxime: tout comprendre, c'est tout gurir.

    Il est vrai qu'il ne faut entendre le mot gurison qu'avec
    une certaine restriction, et qu'il faut bien distinguer
    entre sentiments gnraux et ides concrtes. Les premiers ne
    peuvent jamais se supprimer. Ils surgissent comme l'clair;
    ils sont l et l'on ne sait comment ni d'o ils viennent. Mais
    on peut viter la pratique du masochisme en s'abandonnant aux
    images concrtes et cohrentes ou du moins on peut l'endiguer
    en quelque sorte.

     l'heure qu'il est, ma situation a chang. Je me dis: Quoi!
    tu t'enthousiasmes pour des objets que rprouve non seulement
    le sens esthtique des autres, mais aussi le tien! Tu trouves
    beau et dsirable ce qui, d'aprs ton jugement, est vilain,
    bas, ridicule et en mme temps impossible! Tu dsires une
    situation dans laquelle en ralit tu ne voudrais jamais
    entrer! Voil les contre-motifs qui agissent comme entraves,
    dgrisent et coupent court aux fantaisies. En effet, depuis la
    lecture de votre livre (au commencement de cette anne), je ne
    me suis pas une seule fois laiss aller aux rveries, bien
    que les tendances masochistes se manifestent  intervalles
    rguliers.

    Du reste, je dois avouer que le masochisme, malgr son
    caractre pathologique trs prononc, non seulement ne peut
    pas gter le bonheur de ma vie, mais n'a pas non plus la
    moindre action sur ma vie sociale. Pendant la priode exempte
    du masochisme, je suis un homme trs normal en ce qui
    concerne mes actions et mes sentiments. Au moment de mes accs
    masochistes, il se produit une grande rvolution dans le monde
    de mes sentiments, mais ma vie extrieure ne change en rien.
    J'ai une profession qui exige que je me montre beaucoup dans
    la vie publique. Or, j'exerce ma profession, pendant l'tat
    masochiste, aussi bien que pendant d'autres priodes.

L'auteur de ce mmoire m'a encore envoy les notes suivantes:

    I. D'aprs mon exprience, le masochisme est dans tous les
    cas congnital et n'est jamais cr par l'individu. Je sais
    positivement que je n'ai jamais t battu sur les fesses,
    que mes ides masochistes se sont manifestes ds ma premire
    jeunesse, et que j'ai caress de pareilles ides depuis le
    moment o j'ai commenc  penser. Si l'origine de ces ides
    tait due  un coup reu, je n'en aurais pas assurment perdu
    le souvenir. Ce qui est caractristique, c'est que ces ides
    taient l bien avant l'existence du _libido_.

    Mais alors les reprsentations taient tout  fait sans sexe.
    Je me rappelle qu'tant enfant, j'tais trs excit (pour ne
    pas dire agit) lorsqu'un garon plus g que moi me
    tutoyait, tandis que je lui disais: vous. Je recherchais les
    conversations avec lui et j'avais soin d'arranger les choses
    de telle faon que ces tutoiements reviennent le plus souvent
    possible au cours de notre entretien. Plus tard, quand je fus
    plus avanc au point de vue sexuel, ces choses n'avaient de
    charme pour moi que lorsqu'elles avaient lieu avec une femme
    relativement plus ge.

    II. Je suis, au point de vue physique et psychique, d'un
    caractre tout  fait viril. Trs barbu et le corps entier
    trs poilu. Dans mes rapports non masochistes avec la femme,
    la position dominante de l'homme est pour moi une condition
    indispensable, et je repousserais avec nergie toute
    tentative qui y porterait atteinte. Je suis nergique bien
    que mdiocrement brave, mais le manque de bravoure disparat
    surtout quand mon orgueil a t bless. En prsence des
    vnements de la nature (orage, tempte sur la mer, etc.), je
    suis tout  fait calme [49].

    [Note 49: Cette diffrence de bravoure en prsence des
    lments de la nature d'un ct, et en prsence des conflits
    de la volont de l'autre, est en tout cas bien frappante
    (comparez Observation 44); bien que, dans ce cas, elle
    constitue la seule marque d'_effeminatio_ dont il a t fait
    mention.]

    Mes penchants masochistes n'ont pas, non plus, rien de ce
    qu'on pourrait appeler de fminin ou d'effmin. Il est vrai
    qu'alors domine le penchant  tre sollicit et recherch
    par la femme; cependant les rapports avec la Souveraine,
    rapports tant dsirs, ne sont pas les mmes que ceux qui
    existent entre femme et homme; mais c'est la condition
    de l'esclave vis--vis du matre, de l'animal domestique
    vis--vis de son propritaire. En tirant les consquences
    extrmes du masochisme, on ne peut conclure autrement qu'en
    disant que l'idal du masochiste c'est d'avoir une situation
    analogue  celle du chien ou du cheval. Ces deux animaux sont
    la proprit d'un matre qui les maltraite  sa guise sans
    qu'il doive en rendre compte  qui que ce soit.

    C'est prcisment ce pouvoir absolu sur la vie et sur la
    mort, comme on ne le possde que sur l'esclave et sur l'animal
    domestique, qui constitue l'alpha et l'omga de toutes les
    reprsentations masochistes.

    III. La base de toutes les ides masochistes c'est le
    _libido_. Ds qu'il y a flux ou reflux dans ce dernier, le
    mme phnomne se produit dans les fantaisies du masochisme.
    D'autre part, les images voques, aussitt qu'elles se
    prsentent  l'esprit, renforcent considrablement le
    _libido_. Je n'ai pas naturellement de grands besoins sexuels.
    Mais, quand les reprsentations masochistes surgissent dans
    mon imagination, je suis pouss au cot  tout prix (dans la
    plupart des cas je suis alors entran vers les femmes les
    plus viles), et si je ne cde pas assez tt  cette pousse,
    le _libido_ monte en peu de temps jusqu'au satyriasis. On
    pourrait  ce propos parler de cercle vicieux.

    Le _libido_ se produit ou parce que j'ai laiss passer un
    certain laps de temps ou par une excitation particulire,
    quand mme elle ne serait pas de nature masochiste, par
    exemple par un baiser. Malgr cette origine, le _libido_, en
    vertu des ides masochistes qu'il voque, se transforme en un
    _libido_ masochiste, c'est--dire impur.

    Il est du reste incontestable que le dsir est
    considrablement renforc par les impressions accidentelles,
    et surtout par le sjour dans les rues d'une grande ville.
    La vue de belles femmes imposantes _in natura_ de mme qu'_in
    effigie_ produit de l'excitation. Pour celui qui est sous le
    coup du masochisme, toute la vie des phnomnes extrieurs est
    empreinte de masochisme, du moins pendant la dure de l'accs.
    La gifle que la patronne donne  l'apprenti, le coup de
    fouet du cocher, tout cela produit au masochiste de profondes
    impressions, tandis que ces faits le laissent froid ou lui
    causent mme du dgot en dehors des priodes d'accs.

    IV. En lisant les romans de Sacher-Masoch, je fus dj frapp
    par l'observation que, chez le masochiste, des sentiments
    sadistes se mlent de temps en temps aux autres sentiments.
    Chez moi aussi j'ai dcouvert parfois des sentiments
    sporadiques de sadisme. Je dois cependant faire observer que
    les sentiments sadistes ne sont pas aussi marqus que les
    sentiments masochistes, et, outre qu'ils ne se manifestent que
    rarement et d'une faon accessoire, ils ne sortent jamais du
    cadre de la vie des sentiments abstraits, et surtout ils ne
    revtent jamais la forme des reprsentations concrtes et
    cohrentes. Toutefois, l'effet sur le _libido_ est le mme
    dans les deux cas.

Ce cas est remarquable par l'expos complet des faits psychiques qui
constituent le masochisme.

Le cas qu'on va lire plus loin, l'est aussi par l'extravagance
particulire des actes manant de la perversion. Ce cas est
particulirement de nature  montrer nettement les rapports qui
existent entre la soumission  la femme, l'humiliation par la femme et
l'trange effet sexuel qui en rsulte.

    OBSERVATION 50.--Masochisme. M. Z..., fonctionnaire, cinquante
    ans, grand, musculeux, bien portant, prtend tre n de
    parents sains; cependant,  sa naissance, le pre avait trente
    ans de plus que la mre. Une soeur de deux ans plus ge que
    Z..., est atteinte de la monomanie de la perscution.

    L'extrieur de Z... n'offre rien d'trange. Le squelette est
    tout  fait viril, la barbe est forte, mais le torse n'a
    pas de poil du tout. Il dit lui-mme qu'il est un homme
    sentimental qui ne peut rien refuser  personne; toutefois
    il est emport, brusque, mais il se repent aussitt de ses
    mouvements de colre. Z... prtend n'avoir jamais pratiqu
    l'onanisme. Ds sa jeunesse, il avait des pollutions nocturnes
    dans lesquelles l'acte sexuel n'a jamais jou un rle, mais
    toujours la femme seule. Il rvait, par exemple, qu'une femme
    qui lui tait sympathique, s'appuyait fortement contre lui ou,
    qu'tant couch sur l'herbe, la femme par plaisanterie montait
    sur son dos. De tout temps, Z... eut horreur du cot avec une
    femme. Cet acte lui paraissait bestial. Malgr cela, il se
    sentait attir vers la femme. Il ne se sentait  son aise et
     sa place que dans la compagnie de belles filles et de belles
    femmes. Il tait trs galant sans tre importun.

    Une femme plantureuse, avec de belles formes et surtout un
    beau pied, pouvait, quand il la voyait assise, le mettre dans
    la plus grande excitation. Il sentait alors le dsir violent
    de s'offrir pour lui servir de sige et pouvoir supporter
    tant de splendeur. Un coup de pied, un soufflet, venus
    d'elle, lui auraient t le plus grand bonheur. L'ide de
    faire le cot avec elle lui faisait horreur. Il prouvait le
    besoin de se mettre au service de la femme. Il lui semblait
    que les femmes aiment  monter  cheval. Il dlirait  l'ide
    dlicieuse de se fatiguer sous le poids d'une belle femme
    pour lui procurer du plaisir. Il se dpeignait une pareille
    situation dans tous les sens; il voyait dans son imagination
    le beau pied muni d'perons, les superbes mollets, les cuisses
    rondes et molles. Toute dame de belle taille, tout beau pied
    de dame excitait fortement son imagination, mais jamais il ne
    laissait voir ces sensations tranges qui lui paraissaient 
    lui-mme anormales, et il savait toujours se dompter. Mais,
    d'autre part, il n'prouvait aucun besoin de lutter contre
    elles; au contraire, il aurait regrett d'abandonner ses
    sentiments qui lui sont devenus si chers.

     l'ge de trente-deux ans, Z... fit par hasard la
    connaissance d'une femme de vingt-sept ans qui lui tait trs
    sympathique, qui tait divorce de son mari et qui se trouvait
    dans la misre. Il s'intressa  elle, travailla pour elle
    pendant des mois et sans aucune intention goste. Un soir
    elle lui demanda imprieusement une satisfaction sexuelle;
    elle lui fit presque violence. Le cot eut lieu. Z... prit
    la femme chez lui, vcut avec elle, faisant le cot avec
    modration; mais il considrait le cot plutt comme une
    charge que comme un plaisir; ses rections devinrent faibles;
    il ne put plus satisfaire la femme et, un jour, celle-ci
    dclara qu'elle ne voulait plus continuer ses rapports avec
    lui puisqu'il l'excitait sans la satisfaire. Bien qu'il
    aimt profondment cette femme, il ne pouvait renoncer  ses
    fantaisies tranges. Il vcut donc en camarade avec elle,
    regrettant beaucoup de ne pouvoir la servir de la faon qu'il
    aurait dsir.

    La crainte que ses propositions soient mal accueillies, ainsi
    qu'un sentiment de honte, l'empchaient de se rvler  elle.
    Il trouvait une compensation dans ses rves. Il rvait entre
    autres tre un beau coursier fougueux et tre mont par une
    belle femme. Il sentait le poids de la cavalire, les rnes
    auxquelles il devait obir, la pression de la cuisse contre
    ses flancs, il entendait sa voix belle et gaie. La fatigue lui
    faisait perler la sueur, l'impression de l'peron faisait le
    reste et provoquait parfois l'jaculation au milieu d'une vive
    sensation de volupt.

    Sous l'obsession de pareils rves, Z..., il y a sept ans,
    surmonta ses craintes et chercha  reproduire dans la ralit
    une scne analogue.

    Il russit  trouver des occasions convenables.

    Voici ce qu'il rapporte  ce sujet: ... Je savais toujours
    m'arranger de faon que, dans une occasion donne, elle
    s'asst spontanment sur mon dos. Alors je m'efforais de
    lui rendre cette situation aussi agrable que possible, et
    je faisais tant et si bien qu' la prochaine occasion c'tait
    elle qui me disait: Viens, je veux chevaucher sur toi. tant
    de grande taille, je m'appuyais des deux mains sur une chaise,
    je mettais mon dos dans une position horizontale et elle
    l'enfourchait comme les hommes ont l'habitude de monter 
    cheval. Je contrefaisais alors autant que possible tous les
    mouvements d'un cheval et j'aimais  tre trait par elle
    comme une monture et sans aucun gard. Elle pouvait me battre,
    piquer, gronder, caresser, tout faire selon son bon plaisir.
    Je pouvais supporter, pendant une demi-heure ou trois quarts
    d'heure, des personnes pesant 60  80 kilogrammes. Aprs
    ce laps de temps, je demandais toujours un moment de repos.
    Pendant cet entr'acte, les rapports entre ma souveraine et
    moi taient tout  fait inoffensifs, et nous ne parlions pas
    mme de ce qui venait de se passer. Un quart d'heure aprs,
    j'tais compltement repos, et je me mettais de nouveau 
    la disposition de ma souveraine. Quand le temps et les
    circonstances le permettaient, je continuais ce mange trois
    ou quatre fois de suite. Il arrivait que je m'y livrais dans
    la matine et dans l'aprs-midi du mme jour. Aprs, je ne
    sentais aucune fatigue ni aucun malaise, seulement j'avais
    peu d'apptit dans ces journes. Quand c'tait possible, je
    prfrais avoir le torse nu pour mieux sentir les coups de
    cravache. Ma souveraine tait oblige d'tre dcente. Je la
    prfrais avec de belles bottines, de beaux bas, des pantalons
    courts et serrant aux genoux, le torse compltement habill,
    la tte coiffe d'un chapeau et les mains gantes.

    M. Z... rapporte ensuite que, depuis sept ans, il n'a plus
    fait le cot, mais qu'il se sentait tout de mme puissant.

    Le chevauchage par la femme remplace compltement pour
    lui cet acte bestial, mme lorsqu'il ne parvient pas 
    l'jaculation.

    Depuis huit mois, Z... a fait le voeu de renoncer  son sport
    masochiste, et il a tenu parole. Toutefois, il avoue que si
    une femme un peu belle lui disait sans ambage: Viens, je veux
    t'enfourcher! il n'aurait pas la force de rsister  cette
    tentation. Z... demande  tre clair et  savoir si son
    anomalie est gurissable, s'il doit tre dtest comme un
    homme vicieux ou s'il n'est qu'un malade qui mrite de la
    piti.

Le cas que voici ressemble beaucoup au prcdent.

    OBSERVATION 51.--Un homme trouve sa satisfaction sexuelle de
    la manire suivante. Il va de temps en temps chez une
    _puella publica_. Il fait serrer son pnis dans un anneau de
    porcelaine, tels qu'on en emploie pour suspendre les rideaux
    des fentres. On attache sur cet anneau deux ficelles qu'on
    passe entre ses jambes par derrire et qu'on attache ensuite
    au lit. Alors l'homme prie la femme de le fouetter sans
    misricorde et de le traiter comme un cheval rtif. Plus
    la femme le pousse  tirer par ses cris et par les coups de
    fouet, plus il sent augmenter en lui l'excitation sexuelle;
    il a une rection probablement favorise mcaniquement par
    la compression des _vena dorsalis penis_ qui sont serres par
    l'anneau lorsque les ficelles sont trop tendues. L'rection
    augmentant, le membre est comprim par l'anneau, et enfin
    l'jaculation se produit avec une vive sensation de volupt.

Dj, dans les observations prcdentes, l'action d'tre foul aux
pieds joue un rle,  ct d'autres phnomnes, pour exprimer chez
le masochiste les situations d'humili et de souffre-douleur. On voit
l'emploi exclusif et tendu dans la plus grande mesure de ce moyen
dans le cas classique suivant que Hammond (_op. cit._, p. 28), cite
d'aprs une observation du Dr Cox[50], de Colorado.

[Note 50: _Transactions of the Colorado State medical society
quoted in the Alienist and Neurologist_, 1883. April, p. 347.]

Ces cas forment un degr intermdiaire entre un autre genre de
perversion et constituent un groupe spcial.

    OBSERVATION 52.--X..., mari modle, avec des principes moraux
    rigoureux, pre de plusieurs enfants, est pris par moments, ou
    pour mieux dire par accs, de l'envie d'aller au bordel, d'y
    choisir deux ou trois des plus grandes filles et de s'enfermer
    avec elles. Alors il met son torse  nu, se couche par terre,
    croise les bras sur l'abdomen, ferme les yeux et fait marcher
    la _puella_ sur sa poitrine nue, sur son cou et sa figure, en
    la priant d'enfoncer vigoureusement  chaque pas les talons
    dans sa chair.  l'occasion, il demande des filles encore plus
    lourdes ou quelques autres exercices qui rendent le procd
    encore plus cruel. Au bout de deux ou trois heures, il en a
    assez, paie son compte et va  ses affaires pour revenir, une
    semaine aprs, se procurer de nouveau ce plaisir trange.

    Il arrive aussi quelquefois qu'il fait monter une de ces
    filles sur sa poitrine, et les autres doivent alors la prendre
    et la faire tourner sur ses talons comme une toupie jusqu' ce
    que la peau de M. X... saigne sous les talons des bottines.

    Souvent une des filles est oblige de se placer de faon  ce
    qu'elle tienne la bottine sur ses deux yeux et que le talon
    presse un peu la pupille de l'un des yeux tandis que l'autre
    pied chauss est sur le cou. Dans cette position, il soutient
    le poids d'une personne d'environ 150 livres pendant quatre ou
    cinq minutes.

    L'auteur parle d'une douzaine de cas analogues dont il a eu
    connaissance. Hammond suppose avec raison que cet homme, tant
    devenu impuissant dans ses rapports avec les femmes, cherchait
    et trouvait, par ce procd trange, un quivalent du cot;
    pendant qu'il laissait pitiner son corps jusqu' en saigner,
    il prouvait d'agrables sensations sexuelles accompagnes
    d'jaculation.

Les neuf cas de masochisme que nous avons cits jusqu'ici et beaucoup
d'autres cas analogues dont les auteurs font mention, constituent
l'oppos du groupe des cas sadistes dont nous avons donn la
description plus haut. De mme que, dans ce groupe des sadistes, des
hommes pervers cherchent une excitation et trouvent une satisfaction
en maltraitant la femme, de mme, dans le masochisme, ils cherchent 
obtenir un effet semblable en endurant des mauvais traitements.

Mais, fait curieux, le groupe des sadistes, celui des assassins mme,
n'est pas sans avoir un pendant correspondant  celui du masochisme.

Dans ses extrmes consquences, le masochisme devrait aboutir au vif
dsir de se faire donner la mort par une personne de l'autre sexe, de
mme que le sadisme atteint son plus haut degr dans l'assassinat par
volupt. Mais contre cette extrme consquence se dresse l'instinct
de la conservation, de sorte que l'ide extrme n'arrive jamais  tre
mise  excution.

Quand tout l'difice du masochisme n'est chafaud qu'_in petto_,
l'imagination des individus atteints peut mme aller jusqu'aux ides
extrmes, ainsi que le prouve le cas suivant.

    OBSERVATION 53.--Un homme d'ge moyen, mari et pre de
    famille, qui a toujours men une _vita sexualis_ normale, mais
    qui prtend tre n d'une famille trs nerveuse, me fait les
    communications suivantes. Dans sa premires jeunesse, il tait
    sexuellement trs excit toutes les fois qu'il voyait une
    femme qui gorgeait un animal avec un couteau.  partir de
    cette poque, il fut pendant des annes plong dans ce rve
    voluptueux que des femmes armes de couteaux le piquaient, le
    blessaient et mme le tuaient. Plus tard, quand il commena 
    avoir des rapports sexuels normaux, ces ides perdirent pour
    lui tout leur charme pervers.

Il faut rapprocher ce dernier cas des observations cites plus haut
et d'aprs lesquelles il y a des hommes qui trouvent une jouissance
sexuelle  se laisser blesser lgrement par des femmes et  tre
menacs de mort par elles.

Ces fantaisies donneront peut-tre l'explication de l'trange fait qui
va suivre et que je dois  une communication de M. le Dr Koerber de
Hankau (Silsie).

    OBSERVATION 54.--Une dame m'a racont l'histoire suivante.
    Jeune fille ignorante, elle fut marie  un homme d'environ
    trente ans. La premire nuit du mariage, il lui mit presque
    par force un petit bassin avec du savon dans les mains; il
    voulut alors, sans autre marque d'amour, qu'elle lui savonnt
    le menton et le cou comme s'il devait se faire la barbe. La
    jeune femme, tout  fait inexprimente, fit ce que son
    mari exigeait, et fut trs tonne de n'avoir, pendant les
    premires semaines de son mariage, appris rien autre chose des
    mystres de la vie matrimoniale. Son mari lui dclara que son
    plus grand plaisir tait de se faire savonner la figure par
    elle. La jeune femme ayant plus tard consult des amies,
    dcida son mari  faire le cot et, comme elle l'affirme
    formellement, elle eut de lui par la suite trois enfants. Le
    mari est travailleur, mme trs rang, mais il est brusque et
    morose. Il exerce le mtier de ngociant.

Il est trs admissible que l'homme dont il est ici question ait
considr l'acte d'tre ras (ou les prparatifs par le savonnage)
comme la ralisation symbolique d'ides de blessures et d'gorgement,
de fantaisies sanguinaires, comme les ides qui hantrent, dans un
autre cas, un homme d'un certain ge pendant sa jeunesse, et que c'est
cette symbolisation qui lui a procur l'excitation et la satisfaction
sexuelles. La parfaite contre-partie sadiste de ce cas ainsi envisag
se trouve dans l'observation 35 qui traite d'un cas de sadisme
symbolique.

D'ailleurs, il y a tout un groupe de masochistes qui se contentent des
signes symboliques de la scne qui correspond  leur perversion. Ce
groupe correspond au groupe des sadistes symboliques, ainsi que les
groupes masochistes que nous avons cits plus haut correspondent aux
autres groupes du sadisme. Les dsirs pervers du masochiste
peuvent (bien entendu toujours dans son imagination) aller jusqu'
l'assassinat passif par volupt, mais, d'autre part, ils peuvent
se contenter de simples indications symboliques de cette situation
dsire. D'habitude cette situation se traduit par des mauvais
traitements, ce qui, objectivement, dpasse le rve d'tre tu, mais
reste en de de l'ide subjective.

 ct de l'observation 54, nous tenons encore  citer quelques
cas analogues dans lesquels les scnes dsires et arranges par le
masochiste n'ont qu'un caractre purement symbolique et ne servent que
pour indiquer la situation tant dsire.

    OBSERVATION 55.--(Pascal, _Igiene dell Amore_.) Tous les trois
    mois, un homme d'environ quarante-cinq ans, venait chez une
    prostitue et lui payait 10 francs pour faire ce qui suit. La
    _puella_ devait le dshabiller, lui lier pieds et mains, lui
    bander les yeux et en outre fermer les volets des fentres
    pour rendre la chambre obscure. Alors elle le faisait asseoir
    sur un divan et l'abandonnait dans cet tat.

    Une demi-heure plus tard, la fille devait revenir et dlier
    les cordes. L'homme payait alors et s'en allait satisfait pour
    revenir dans trois mois.

Il parat que cet homme en restant dans l'obscurit, compltait par
son imagination l'ide qu'il tait livr sans dfense au pouvoir
absolu d'une femme. Le cas suivant est encore plus trange; c'est une
comdie complique pour satisfaire des dsirs masochistes.

    OBSERVATION 56.--(Dr Pascal, _ibid._)  Paris, un individu se
    rendait  des soires fixes d'avance dans un appartement dont
    la propritaire tait dispose  se prter  ses penchants
    tranges. Il entrait en tenue de soire dans le salon de la
    dame qui devait le recevoir en grande toilette et d'un air
    hautain. Il l'appelait marquise et elle devait l'appeler:
    mon cher comte. Il parlait ensuite du bonheur de la trouver
    toute seule, de son amour et de l'heure du berger. La dame
    devait alors jouer le rle d'une dame froisse dans sa
    dignit. Le prtendu comte s'enflammait de plus en plus et
    demandait  la pseudo-marquise de lui poser un baiser sur
    l'paule. Grande scne d'indignation; elle sonne, un valet
    lou exprs  cet effet, entre et met le comte  la porte. Le
    comte s'en va trs content et paie richement les personnes qui
    ont jou cette comdie prpare.

Il faut distinguer de ce masochisme symbolique le masochisme idal
dans lequel la perversion psychique reste dans le domaine de l'ide et
de l'imagination et n'essaie jamais de transporter dans la ralit les
scnes rves. On peut considrer comme exemples de masochisme idal
les observations 49 et 53. On peut y faire rentrer aussi les deux
cas suivants: le premier concerne un individu tar physiquement et
intellectuellement, portant des marques de dgnrescence, et chez
lequel l'impuissance physique et psychique s'est produite trs tt.

    OBSERVATION 57.--M. Z..., vingt-deux ans, clibataire, m'a
    t amen par son tuteur pour consultation mdicale, le jeune
    homme tant trs nerveux et, de plus, sexuellement anormal.
    Son pre, au moment de la conception, avait une maladie de
    nerfs.

    Le malade tait un enfant vif et dou de talents. On constata
    chez lui la masturbation ds l'ge de sept ans.  partir de
    neuf ans, il devint distrait, oublieux, ne pouvant faire de
    progrs dans ses tudes.

    On tait oblig de l'aider par des rptitions et par
    protection; c'est avec beaucoup de peine qu'il put finir ses
    classes au _Real-gymnasium;_ pendant son anne de volontariat,
    il se fit remarquer par son indolence, son manque de mmoire
    et divers coups de tte.

    Ce qui amena  demander une consultation mdicale fut un
    incident dans la rue. Z... s'tait approch d'une dame et,
    d'une manire trs importune, au milieu des marques d'une vive
    surexcitation, il avait voulu entamer une conversation  tout
    prix.

    Le malade donne comme motif qu'il a voulu, par la conversation
    avec une honnte fille, s'exciter afin d'tre capable de faire
    le cot avec une prostitue.

    Le pre de Z... considre son fils comme un garon
    originairement bon et moral, mais sans nergie, faible,
    troubl, souvent dsespr des insuccs de la vie qu'il a
    mene jusqu'ici, comme un homme indolent qui ne s'intresse
    qu' la musique pour laquelle il a beaucoup de talent.

    L'extrieur physique du malade, notamment son crne
    plagiocphale, ses grandes oreilles cartes, l'innervation du
    ct droit de la bouche, l'expression nvropathique des yeux,
    indiquent un nvropathe dgnr.

    Z... est d'une grande taille, robuste de corps, d'une
    apparence tout  fait virile. Le bassin est viril, les
    testicules sont bien dvelopps; pnis trs gros, _mons
    Veneris_ trs poilu, le testicule droit descend plus bas que
    le gauche, le rflexe crmastrien des deux cts est faible.
    Au point de vue intellectuel, le malade est au-dessous de la
    moyenne. Il sent lui-mme son insuffisance, se plaint de son
    indolence et prie qu'on lui rende la force de caractre. Son
    attitude gauche, embarrasse, son regard effarouch et son
    maintien nonchalant indiquent la masturbation. Le malade
    convient que, depuis l'ge de sept ans jusqu' il y a un an et
    demi, il s'est masturb de 8  12 fois par jour. Jusqu' ces
    dernires annes, poque o il devint neurasthnique (douleurs
     la tte, incapacit intellectuelle, irritation spinale,
    etc.), il prtend avoir prouv toujours beaucoup de volupt
    en se masturbant. Depuis, il n'a plus cette sensation, et la
    masturbation a perdu pour lui tout son charme. Il est devenu
    de plus en plus timide, mou, sans nergie, lche et craintif;
    il ne prend plus intrt  rien, ne vaque  ses affaires que
    par devoir et se sent extnu. Il n'a jamais pens au cot et,
     son point de vue d'onaniste, il ne comprend pas comment les
    autres peuvent y trouver du plaisir.

    J'ai recherch l'inversion sexuelle; j'ai obtenu un rsultat
    ngatif.

    Il prtend n'avoir jamais senti de penchant pour les personnes
    de son propre sexe. Il croit plutt avoir eu par ci par l une
    faible inclination pour les femmes. Il prtend avoir t amen
     l'onanisme de lui-mme.  l'ge de treize ans, il remarqua
    pour la premire fois l'mission de sperme  la suite des
    manipulations onanistes.

    Ce n'est qu'aprs avoir longuement insist que Z... consentit
     rvler tout entire sa _vita sexualis_. Ainsi qu'il ressort
    des renseignements qui suivront, on pourrait le classer comme
    un cas de masochisme idal combin  un sadisme rudimentaire.
    Le malade se rappelle bien distinctement que, ds l'ge de six
    ans, des ides de violence ont germ spontanment dans son
    esprit. Il tait obsd par l'ide que la fille de chambre
    lui cartait de force les jambes pour montrer ses parties
    gnitales  d'autres personnes; qu'elle essayait de le jeter
    dans l'eau froide ou bouillante pour lui causer de la douleur.
    Ces ides de violence taient accompagnes du sensations de
    volupt et provoquaient la masturbation. Plus tard, c'est le
    malade lui-mme qui voquait dans son imagination ces tableaux
    afin de se stimuler  la masturbation. Ils jouaient mme un
    rle dans ses rves, mais ils n'amenaient jamais la pollution,
    videmment parce que le malade se masturbait outre mesure
    pendant la journe.

    Avec le temps se joignirent  ces ides masochistes de
    violence des ides sadiques. D'abord c'tait l'image de
    garons qui, par violence, se masturbaient mutuellement et se
    coupaient rciproquement les parties gnitales. Souvent alors
    il se mettait en imagination dans le rle d'un de ces garons,
    tantt dans le rle actif, tantt dans le rle passif.

    Plus tard, son esprit fut proccup par l'image de filles et
    de femmes qui s'exhibitionnaient l'une devant l'autre; il se
    prsentait  son imagination des scnes o la fille de chambre
    cartait de force les cuisses d'une autre fille et lui tirait
    les poils du pubis; ensuite c'taient des garons cruels qui
    piquaient des filles et leur pinaient les parties gnitales.

    Tous ces tableaux provoquaient chez lui des excitations
    sexuelles; mais il n'eut jamais de penchants  jouer un rle
    actif dans ces scnes ou de les subir passivement. Il
    lui suffisait de se servir de ces reprsentations pour
    l'automasturbation. Depuis un an et demi ces scnes et ces
    dsirs sont devenus plus rares,  la suite de la diminution
    du _libido_ et de l'imagination sexuelle, mais leur sujet
    est rest toujours le mme. Les ides de violence masochiste
    prvalent sur les ides sadistes. Depuis ces temps derniers,
    quand il aperoit une dame, il lui vient toujours l'ide
    qu'elle a les mmes ides sexuelles que lui. Cela explique en
    partie son embarras dans son commerce avec le monde. Comme
    le malade a entendu dire qu'il serait dbarrass de ses ides
    sexuelles qui lui sont devenues importunes, s'il s'habituait
     une satisfaction normale de son instinct, il a, au cours des
    derniers dix-huit mois, tent deux fois d'accomplir le cot,
    bien que cet acte lui rpugnt et qu'il ne se promt aucun
    succs. Aussi l'essai s'est-il termin chaque fois par un
    chec complet. La seconde fois il prouva, au moment de sa
    tentative, une telle rpugnance qu'il repoussa la fille et se
    sauva  toutes jambes.

Le second cas est l'observation suivante qu'un collgue a mise  ma
disposition. Bien qu'aphoristique elle est de nature  montrer le
caractre du masochisme, la conscience de la soumission.

    OBSERVATION 58.--Masochisme. Z..., vingt-sept ans, artiste,
    de vigoureuse constitution physique, d'extrieur agrable,
    prtend n'tre pas tar; bien portant pendant son enfance; est
    depuis l'ge de vingt-trois ans nerveux et enclin aux ides
    hypocondriaques. Au point de vue sexuel, il a un penchant 
    la fanfaronnade, mais toutefois il n'est pas capable de grands
    exploits. Malgr les avances que lui font les femmes, ses
    rapports avec elles se bornent  des caresses innocentes. Avec
    cela, il a un penchant curieux  convoiter les femmes qui se
    montrent farouches avec lui. Depuis l'ge de vingt-cinq
    ans, il a fait lui-mme la constatation que les femmes,
    fussent-elles les plus laides, provoquent en lui une
    excitation sexuelle aussitt qu'il aperoit un trait imprieux
    et hautain dans leur caractre. Un mot de colre de la bouche
    d'une femme suffit pour provoquer chez lui les rections les
    plus violentes. Il tait un jour assis au caf et entendit la
    caissire, femme d'ailleurs trs laide, gronder vertement
    et d'une voix nergique le garon. Cette scne lui causa une
    violente motion sexuelle qui, en peu de temps, aboutit 
    l'jaculation. Z... exige des femmes avec lesquelles il doit
    avoir des rapports sexuels qu'elles le repoussent et lui
    fassent des misres de toutes sortes. Il dit que, seules,
    les femmes qui ressemblent aux hrones des romans de
    Sacher-Masoch pourraient l'exciter.

Ces faits o toute la perversion de la _vita sexualis_ ne se manifeste
que dans le domaine de l'imagination et de la vie intrieure des ides
et de l'instinct, et n'arrive que rarement  la connaissance d'autrui,
paraissent tre assez frquents. Leur signification pratique, comme
en gnral celle du masochisme qui n'offre pas un aussi grand intrt
mdico-lgal que le sadisme, consiste uniquement dans l'impuissance
psychique dans laquelle tombent ordinairement les individus atteints
de cette perversion; leur porte pratique consiste en outre dans un
penchant violent  la satisfaction solitaire sous l'influence
d'images adquates et dans les consquences que ces pratiques peuvent
entraner.

Le masochisme est une perversion trs frquente, cela ressort
suffisamment de ce qu'on en a dj cit scientifiquement des cas
relativement trs nombreux; les diverses observations publies plus
haut en prouvent aussi la grande extension.

Les ouvrages qui s'occupent de la prostitution des grandes villes
contiennent galement de nombreux documents sur cette matire[51].

[Note 51: Lo Taxil (_op. cit._, p. 238), donne la description
de scnes masochistes dans les bordels de Paris. L aussi on appelle
esclave l'homme atteint de cette perversion.]

Un fait intressant et digne d'tre not, c'est qu'un des hommes les
plus clbres de tous les temps ait t atteint de cette perversion et
en ait parl dans son autobiographie bien qu'avec une interprtation
quelque peu errone.

Il ressort des _Confessions_ de Jean-Jacques Rousseau que ce grand
homme tait atteint de masochisme.

Rousseau, dont la vie et la maladie ont t analyses par Moebius
(_J.-J. Rousseau Krankheitsgeschichte_, Leipzig 1889) et par
Chtelain (_La folie de J.-J. Rousseau_, Neuchtel 1890) raconte dans
ses _Confessions_ (1re partie Ier livre) combien Mlle Lambercier,
alors ge de trente ans, lui en imposait lorsque,  l'ge de huit
ans, il tait en pension et en apprentissage chez le frre de cette
demoiselle. L'irritation de la dame, quand il ne savait promptement
rpondre  une de ses questions, ses menaces de le fouetter, lui
faisaient la plus profonde impression. Ayant reu un jour une punition
corporelle de la main de Mlle L..., il prouva, en dehors de la
douleur et de la honte, une sensation voluptueuse et sensuelle qui
lui donna une envie violente de recevoir encore d'autres corrections.
Seule la crainte de faire de la peine  la dame, empchait Rousseau
de provoquer les occasions pour prouver cette douleur voluptueuse. Un
jour cependant il s'attira malgr lui une nouvelle punition de la main
de Mlle L... Ce fut la dernire, car Mlle Lambercier dut s'apercevoir
de l'effet trange que produisait cet acte et,  partir de ce moment,
elle ne laissa plus dormir dans sa chambre ce garon de huit ans.
Depuis R... prouvait le besoin de se faire punir de la mme faon
qu'avec Mlle Lambercier, par des dames qui lui plaisaient, bien qu'il
affirme n'avoir rien su des rapports sexuels avant d'tre devenu jeune
homme. On sait que ce ne fut qu' l'ge de trente ans que Rousseau fut
initi aux vrais mystres de l'amour par Mme de Warens et qu'il perdit
alors son innocence. Jusque-l il n'avait que des sentiments et
des langueurs pour les femmes en vue d'une flagellation passive et
d'autres ides masochistes.

Rousseau raconte _in extenso_ combien, avec ses grands besoins
sexuels, il a souffert de cette sensualit trange et videmment
veille par les coups de fouet, languissant de dsirs et hors d'tat
de pouvoir les manifester. Ce serait cependant une erreur de
croire que Rousseau ne tenait qu' la flagellation seule. Celle-ci
n'veillait en lui qu'une sphre d'ides appartenant au domaine du
masochisme. C'est l que se trouve en tout cas le noyau psychologique
de son intressante auto-observation. L'essentiel chez Rousseau
c'tait l'ide d'tre soumis  la femme. Cela ressort nettement de ses
_Confessions_ o il dclare expressment:

tre aux genoux d'une matresse imprieuse, obir  ses ordres,
avoir des pardons  lui demander, taient pour moi de trs douces
jouissances.

Ce passage prouve donc que la conscience de la soumission et de
l'humiliation devant la femme tait pour lui la principale chose.

Il est vrai que Rousseau lui-mme tait dans l'erreur en supposant que
ce penchant  s'humilier devant la femme n'avait pris naissance que
par la reprsentation de la flagellation qui avait donn lieu  une
association d'ides.

N'osant jamais dclarer mon got, je l'amusais du moins par des
rapports qui m'en conservaient l'ide.

Pour pouvoir saisir compltement le cas de Rousseau et dcouvrir
l'erreur dans laquelle il a d tomber fatalement lui-mme en analysant
son tat d'me, il faut comparer son cas avec les nombreux cas tablis
de masochisme parmi lesquels il y en a tant qui n'ont rien  faire
avec la flagellation et qui par consquent nous montrent clairement le
caractre originel et purement psychique de l'instinct d'humiliation.

C'est avec raison que Binet (_Revue anthropologique_, XXIV, p. 256)
qui a analys  fond le cas de Rousseau, attire l'attention sur la
signification masochiste de ce cas en disant:

Ce qu'aime Rousseau dans les femmes, ce n'est pas seulement
le sourcil fronc, la main leve, le regard svre, l'attitude
imprieuse, c'est aussi l'tat motionnel dont ces faits sont la
traduction extrieure; il aime la femme fire, ddaigneuse, l'crasant
 ses pieds du poids de sa royale colre.

L'explication de ce fait nigmatique de psychologie a t rsolue
par Binet par l'hypothse qu'il s'agissait de ftichisme,  cette
diffrence prs que l'objectif du ftichisme, l'objet d'attrait
individuel (le ftiche), ne doit pas toujours tre une chose
matrielle comme la main, le pied, mais qu'il peut tre aussi une
qualit intellectuelle. Il appelle ce genre d'enthousiasme amour
spiritualiste en opposition avec l'amour plastique, comme cela a
lieu dans le ftichisme ordinaire.

Ces remarques sont intressantes, mais elles ne font que donner un
mot pour dsigner un fait; elles n'en fournissent aucune explication.
Est-il possible de trouver une explication de ce phnomne? C'est une
question qui nous occupera plus loin.

Chez Baudelaire, un auteur franais clbre ou plutt mal rput
et qui a fini dans l'alination mentale, on trouve des lments de
masochisme et de sadisme. Baudelaire est aussi issu d'une famille
d'alins et d'exalts. Il tait ds son enfance physiquement anormal.
Sa _vita sexualis_ tait certainement morbide. Il entretenait des
liaisons amoureuses avec des personnes laides et rpugnantes, des
ngresses, des naines, des gantes. Il exprima  une trs belle femme
le dsir de la voir suspendue par les mains pour pouvoir baiser ses
pieds. Cet enthousiasme pour le pied nu se montre aussi dans une de
ses posies enfivres comme un quivalent de la jouissance sexuelle.
Il dclarait que les femmes sont des animaux qu'il faut enfermer,
battre et bien nourrir. Cet homme qui avouait ses penchants
masochistes et sadistes, a fini dans l'idiotie paralytique (Lombroso:
_L'homme de gnie_).

Dans les ouvrages scientifiques on n'a, jusqu' ces temps derniers,
prt aucune attention aux faits qui constituent le masochisme. On
doit rappeler cependant que Tarnowsky (_Die krankhaften Erscheinungen
des Geschlechtssinns_, Berlin, 1866) a rencontr dans sa pratique des
hommes intelligents, trs heureux en mnage, qui de temps en temps
prouvaient le dsir irrsistible de se soumettre aux traitements les
plus brutaux et les plus cyniques, de se faire injurier et battre par
des Cyndes, des pdrastes actifs ou des prostitues.

 remarquer aussi le fait observ par Tarnowsky, que, chez certains
individus adonns  la flagellation passive, les coups seuls, quand
mme ils font saigner le corps, n'amnent pas toujours le
succs dsir (puissance ou du moins jaculation au moment de la
flagellation). Il faut alors dshabiller de force l'individu en
question, lui ligoter les mains, l'attacher  un banc, etc.; pendant
ces manoeuvres, il fait semblant d'opposer une rsistance et de
profrer des injures. Seuls, dans ces conditions, les coups de fouet
ou de verge produisent une excitation qui aboutit  l'jaculation.

L'ouvrage d'O. Zimmermann (_Die Wonne des Leids_, Leipzig, 1885)
renferme bien des documents sur ce sujet, puiss dans l'histoire de la
littrature et de la civilisation[52].

[Note 52: Il faut cependant bien sparer le masochisme de la thse
principale soutenue dans cet ouvrage, que l'amour contient toujours
une part de douleur. De tout temps on a dpeint les langueurs de
l'amour non partag comme pleines de dlices et de souffrances 
la fois, et les potes ont parl des tortures dlicieuses de
la volupt douloureuse. Il ne faut pas confondre cela avec les
phnomnes du masochisme, ainsi que le fait Zimmermann. De mme on ne
peut comprendre dans cette catgorie les cas o l'on appelle cruelle
l'amante qui ne veut pas se livrer. Toutefois, il est curieux de
remarquer que Hamerling (_Amor und Psyche_, 4e chant), pour exprimer
ce sentiment, a choisi des images tout  fait masochistes, telles que
la flagellation, etc.]

Plus rcemment ce sujet a attir l'attention.

A. Moll, dans son ouvrage Les perversions de l'instinct gnital
(dition franaise, Paris, Carr, 1893), cite une srie de cas de
masochisme qu'on a observs chez des individus atteints d'inversion
sexuelle, entre autres le cas d'un masochiste  inversion sexuelle
qui donne  un homme habitu  cela une instruction dtaille en vingt
paragraphes pour se faire traiter en esclave et torturer.

Au mois de juin 1891, M. Dimitri von Stefanowsky, actuellement
substitut du procureur imprial  Iaroslaw, en Russie, m'a dit que
depuis trois ans dj il a port son attention sur ce phnomne
de perversion de la _vita sexualis_ que j'ai dcrit sous le nom de
masochisme, mais qu'il a dsign par le mot de passivisme. Il y a un
an et demi il a fait prsenter par le professeur Kowalewsky de Charkow
un travail sur ce sujet dans les _Archives russes de psychiatrie_, et,
au mois de novembre 1888, il a fait  la Socit juridique de Moscou
une confrence sur ce sujet au point de vue juridique et psychologique
(reproduite dans le _Juridischen Boten_, organe de la socit en
question).

V. Schrenk-Notring consacre, dans son ouvrage rcemment paru
(_Die suggestions-therapie bei krankhaften erscheinungen des
geschlechtssinnes_, etc., Stuttgart, 1892), au masochisme ainsi qu'au
sadisme quelques chapitres et cite plusieurs observations[53].

[Note 53: Dans la littrature nouvelle, dans les romans et
les contes, la perversion psycho-sexuelle qui fait le sujet de ce
chapitre, a t traite par Sacher-Masoch, dont les crits, plusieurs
fois cits, contiennent des descriptions de l'tat d'me morbide de
ces individus. Beaucoup de gens atteints de cette perversion signalent
les ouvrages de Sacher-Masoch comme une description typique de leur
propre tat psychique.

Zola a, dans sa _Nana_, une scne masochiste, de mme que dans _Eugne
Rougon_. Le dcadentisme littraire, plus moderne, en France et en
Allemagne, s'occupe beaucoup de masochisme et de sadisme. Le roman
moderne russe, s'il faut en croire Stefanowski, traite aussi ce sujet;
mais, d'aprs les communications du voyageur Johann-Georg Forster
(en 1751-94), cet tat jouait dj un rle dans la chanson populaire
russe.]


B.--FTICHISME DU PIED ET DES CHAUSSURES. MASOCHISME LARV

Au groupe des masochistes se rattache celui des ftichistes du pied et
des chaussures, dont on compte des exemples nombreux. Ce groupe forme
une transition avec les phnomnes d'une autre perversion distincte,
le ftichisme, mais il est plus prs du masochisme que du ftichisme,
voil pourquoi nous l'avons fait rentrer dans celui-l.

Par ftichistes j'entends des individus dont l'intrt sexuel se
concentre exclusivement sur une partie dtermine du corps de la femme
ou sur certaines parties du vtement fminin.

Une des formes les plus frquentes du ftichisme consiste dans ce
fait que le pied ou le soulier de la femme sont le ftiche qui devient
l'unique objet des sentiments et des penchants sexuels.

Or il est fort probable, et cela ressort dj de la classification
logique des cas observs, que la plupart des cas de ftichisme des
chaussures, peut-tre tous, ont pour base un instinct d'humiliation
masochiste plus ou moins conscient.

Dj, dans le cas de Hammond (observation 52), le plaisir d'un
masochiste consiste  se faire pitiner sur le corps. Les individus
des observations 44 et 48 se laissent aussi fouler aux pieds; celui de
l'observation 58, _equus eroticus_, est en extase devant le pied de la
femme, et ainsi de suite. Dans la plupart des cas de masochisme, tre
foul aux pieds est la principale forme expressive de la condition de
servitude[54].

[Note 54: Le dsir de se laisser pitiner sur le corps se retrouve
aussi chez les fanatiques religieux. Comparez Turgenjew: _Contes
tranges_.]

Parmi les nombreux cas prcis de ftichisme des souliers, le
cas suivant, rapport par le docteur A. Moll, de Berlin, est
particulirement apte  montrer la connexit qui existe entre le
masochisme et le ftichisme des souliers.

Ce cas offre beaucoup d'analogies avec celui que nous prsente
Hammond, mais il est relat avec plus de dtails et d'ailleurs trs
minutieusement observ.

    OBSERVATION 59.--O. L..., trente et un ans, comptable dans une
    ville wurtembergeoise, issu d'une famille tare.

    Le malade est un homme de grande taille, fort, avec l'aspect
    d'une sant florissante. En gnral il est d'un temprament
    calme; mais, dans certaines circonstances, il peut devenir
    trs violent. Il dit lui-mme qu'il est querelleur et
    chicaneur. L... est d'un bon caractre, gnreux; pour la
    moindre raison il se sent port  pleurer.  l'cole, il
    passait pour un lve de talent, avec un don d'assimilation
    facile. Le malade souffre de temps en temps de congestions
     la tte, mais pour le reste il se porte bien, si ce n'est
    qu'il se sent dprim et souvent mlancolique, par suite de sa
    perversion sexuelle, dont on lira plus loin la description.

    On n'a pu constater que fort peu de chose sur ses antcdents
    hrditaires.

    Le malade donne sur le dveloppement de sa vie sexuelle les
    renseignements suivants.

    Ds sa premire jeunesse, quand il n'avait que huit ou neuf
    ans, il souhaitait tre chien et lcher les bottes de son
    matre d'cole. Il croit qu'il est possible que cette ide
    lui ait t suggre par le fait qu'il a vu un jour comment
    un chien lchait les bottes de quelqu'un; mais il ne peut
    l'affirmer formellement. En tout cas, ce qui lui parat
    certain, c'est que les premires ides sur ce sujet lui sont
    venues pendant qu'il tait  l'tat de veille et non en rve.

     partir de l'ge de dix ans et jusqu' quatorze ans, L...
    cherchait toujours  toucher les bottines de ses camarades et
    mme celles des petites filles; mais il ne choisissait que des
    camarades dont les parents taient riches ou nobles. Un de ses
    condisciples, fils d'un riche propritaire, avait des bottes
    d'cuyer; L..., en l'absence de son camarade, prenait souvent
    ces bottes dans ses mains, se frappait avec sur le corps ou
    les pressait sur sa figure. L... fit de mme avec les bottes
    lgantes d'un officier de dragons.

    Aprs la pubert, le dsir se porta exclusivement sur les
    chaussures de femmes. Entre autres, pendant la saison de
    patinage, le malade cherchait par tous les moyens l'occasion
    d'aider aux femmes et aux filles  attacher ou  ter leurs
    patins; mais il ne choisissait que des femmes ou des filles
    riches et distingues. Quand il passait dans la rue ou
    ailleurs, il ne faisait que guetter les bottines lgantes.
    Sa passion pour les chaussures allait si loin qu'il prenait le
    sable ou la crotte qu'elles avaient foul et le mettait dans
    son porte-monnaie et quelquefois dans sa bouche. N'ayant
    encore que quatorze ans, L... allait au lupanar et frquentait
    un caf-concert uniquement pour s'exciter par la vue de bottes
    lgantes; les souliers avaient moins de prise sur lui; sur
    ses livres d'cole et sur les murs des cabinets il dessinait
    toujours des bottes. Au thtre, il ne regardait que les
    souliers des dames. L... suivait dans les rues et mme sur des
    bateaux  vapeur, pendant des heures entires, les dames qui
    portaient des bottines lgantes; il songeait en mme temps
    avec enchantement comment il pourrait arriver  toucher ces
    bottines. Cette prdilection particulire pour les bottines
    s'est conserve chez lui jusqu' maintenant. L'ide de se
    laisser pitiner par des dames bottes ou de pouvoir baiser
    ces bottines procure  L... la plus grande volupt. Il
    s'arrte devant les magasins de chaussures, rien que pour
    contempler les bottines. C'est surtout la forme lgante de la
    bottine qui l'excite.

    Le patient aime surtout les bottines boutonnes trs haut
    ou laces trs haut, avec des talons trs hauts; mais les
    bottines moins lgantes, mme avec des talons bas, excitent
    le malade si la femme est trs riche, de haute position, et
    surtout si elle est fire.

     l'ge de vingt ans, L... tenta le cot, mais ne put y
    russir, malgr les plus grands efforts, comme il le dit.
    Pendant sa tentative de cot, le malade ne songeait pas aux
    souliers, mais il avait essay de s'exciter pralablement par
    la vue de chaussures; il prtend que sa trop grande excitation
    fut cause de son chec. Il a tent jusqu'ici le cot quatre ou
    cinq fois, mais toujours en vain; dans une de ces tentatives,
    le malade, qui est dj trs  plaindre, a eu le malheur de
    contracter une _lues_. Je lui demandai comment il comprenait
    la suprme volupt; il me dclara: Ma plus grande volupt,
    c'est de me coucher nu sur le parquet et de me laisser ensuite
    pitiner par des filles chausses de bottines lgantes; bien
    entendu, cela n'est possible qu'au lupanar. D'ailleurs, le
    malade prtend que, dans bien des lupanars, on connat bien
    ce genre de perversion sexuelle des hommes. La preuve que
    cette perversion n'est pas trs rare, c'est que les _puell_
    appellent les hommes de ce genre les clients aux bottes. Le
    malade a rarement excut l'acte tel qu'il serait pour lui le
    plus beau et le plus agrable. Il n'a jamais eu d'ides
    qui l'aient pouss au cot, du moins pas dans le sens d'une
    _immissio penis in vaginam_; il n'y pourrait trouver aucun
    plaisir. De plus, il a, avec le temps, pris peur du cot, ce
    qui s'explique suffisamment par l'chec de ses tentatives;
    il dit lui-mme que le fait de ne pouvoir achever le cot
    l'a toujours gn. Le malade n'a jamais pratiqu l'onanisme
    proprement dit. Sauf les quelques cas o il a satisfait son
    penchant sexuel par l'onanisme avec des bottines ou par
    des pratiques analogues, il ne connat pas ce genre de
    satisfaction, car, dans son excitation provoque par les
    bottines, il s'en tient aux rections, et c'est tout au plus
    si, parfois, il a un coulement lent et faible d'un liquide
    qu'il croit tre du sperme.

    L'aspect d'un soulier seul et d'un soulier qui n'est port par
    personne excite aussi le malade, mais pas dans la mme mesure
    que le soulier port par une femme. Des souliers tout neufs et
    qui n'ont pas encore t ports l'excitent beaucoup moins que
    les souliers qui ont t dj ports, mais qui ne sont pas
    uss et ont encore l'aspect neuf. C'est ce genre de souliers
    qui excite le plus le malade.

    Le malade est aussi excit par les bottines de dames quand
    elles ne sont pas portes. Dans ce cas, L... se reprsente la
    dame pour complter l'image; il presse la bottine contre ses
    lvres et son pnis. L... mourrait de plaisir si une femme,
    honnte et fire, pitinait sur lui avec ses souliers.

    Abstraction faite des qualits cites plus haut, telles que
    fiert, richesse, distinction qui, jointes  l'lgance de la
    bottine, offrent un charme particulier, le malade n'est pas
    insensible non plus aux qualits physiques du sexe fminin. Il
    a de l'enthousiasme pour les belles femmes, mme sans penser
    aux bottines; mais cette affection ne vise aucune satisfaction
    sexuelle. Mme dans leurs relations avec l'ide des bottines,
    les charmes physiques jouent un rle; une femme laide et
    vieille ne saurait l'exciter, et-elle les bottines les plus
    lgantes; les autres parties de la toilette et d'autres
    conditions encore jouent un rle important, ce qui ressort
    dj du fait que ce sont les bottines lgantes, portes
    par des femmes de distinction, qui produisent un effet
    particulirement motionnel sur lui. Une servante grossire,
    dans sa tenue de travail, ne l'exciterait pas, quand mme elle
    serait chausse des bottines les plus lgantes.

     l'heure qu'il est, ni les souliers, ni les bottines d'hommes
    ne produisent plus aucun charme sur le malade; il ne se sent
    pas non plus attir sexuellement vers les hommes.

    Par contre, d'autres circonstances provoquent trs facilement
    une rection chez lui. Si un enfant s'assied sur ses genoux,
    s'il pose la main pendant quelque temps sur un chien ou sur un
    cheval, s'il est en chemin de fer ou s'il se promne  cheval,
    il se produit chez lui des rections qu'il attribue, dans ces
    derniers cas, aux mouvements du corps.

    Chaque matin, il a des rections, et il est capable d'en
    provoquer en trs peu de temps rien qu'en pensant qu'il touche
    des bottes comme il les dsire. Autrefois, il avait souvent
    des pollutions nocturnes, environ toutes les trois ou quatre
    semaines, tandis que maintenant elles sont plus rares et n'ont
    lieu que tous les trois ou quatre mois.

    Dans ses rves rotiques, le malade est toujours excit
    sexuellement par la mme pense qui l'excite  l'tat de
    veille. Depuis quelque temps, il croit sentir un coulement de
    sperme au moment de ses rections; mais il n'en conclut ainsi
    que parce qu'il sent quelque chose de mouill au bout de son
    pnis.

    Toute lecture qui touche de prs  la sphre sexuelle du
    malade l'excite d'une manire gnrale; ainsi, en lisant _La
    Vnus  la fourrure_, de Sacher-Masoch, il est si excit que
    le sperme ne fait que filer.

    D'ailleurs, cette sorte d'coulement constitue pour L... une
    satisfaction complte de son instinct sexuel.

    Je le questionnai pour savoir si les coups qu'il recevrait
    d'une femme l'exciteraient; il crut devoir rpondre par
    l'affirmative. Il est vrai qu'il n'a jamais fait une
    exprience dans ce sens; mais quand une femme lui donnait, par
    plaisanterie, quelques coups, cela lui produisait toujours une
    impression trs agrable.

    Le malade prouverait surtout un grand plaisir si une femme,
    mme dchausse, lui donnait des coups de pied. Mais il
    ne croit pas que les coups par eux-mmes produiraient
    l'excitation: c'est plutt l'ide d'tre maltrait par la
    femme, ce qui peut se faire aussi bien par des injures que
    par des voies de fait. Du reste les coups et les injures
    n'auraient d'effet que s'ils venaient d'une femme orgueilleuse
    et distingue.

    En gnral, c'est le sentiment de l'humiliation et du
    dvouement de caniche qui lui procure de la volupt. Si,
    dit-il, une dame m'ordonnait de l'attendre mme par le froid
    le plus rigoureux, j'prouverais, malgr la rigueur de la
    saison, une grande volupt.

    Je lui demandai si, en voyant la bottine, il tait saisi d'un
    sentiment d'humiliation, il me rpondit: Je crois que
    cette passion gnrale de l'humiliation s'est concentre
    spcialement sur les bottines de dames, parce qu'on dit, sous
    forme symbolique, qu'une personne n'est pas digne de dlier
    les cordons des souliers d'une autre, et qu'un subordonn
    doit tre  genoux.

    Les bas de la femme exercent aussi un effet excitant sur le
    malade, mais  un degr moindre, et peut-tre uniquement parce
    qu'ils voquent l'ide de la bottine. La passion pour les
    bottines de dames a augment de plus en plus, et ce n'est
    que dans ces dernires annes qu'il a cru s'apercevoir d'une
    diminution de cette passion. Il ne va plus que rarement chez
    les filles publiques; en outre, il est capable de se retenir.
    Pourtant cette passion le domine encore entirement, et
    lui gte tout autre plaisir. Une belle bottine de dame
    dtournerait ses regards du plus beau des paysages.
    Actuellement il va souvent, pendant la nuit, dans les couloirs
    d'un htel, prend des bottines de dames lgantes qu'il baise,
    qu'il presse contre sa figure, mais surtout contre son pnis.

    Le malade, qui a une belle situation matrielle, a fait, il
    y a quelque temps, un voyage en Italie dans l'unique but de
    devenir, sans se faire connatre, le valet d'une femme riche
    et de haute position. Ce projet n'a pas russi.

    Il est venu  la consultation et n'a pas suivi de traitement
    mdical jusqu'ici.

    Le rcit de cette maladie que nous venons de reproduire,
    s'tend jusqu' une priode rcente, pendant laquelle L... m'a
    donn par correspondance des renseignements sur son tat de
    sant.

    L'histoire qu'on vient de lire, se passe de longs
    commentaires. Elle me parat une des images les plus exactes
    de la maladie; elle est de nature  claircir l'affinit
    suppose par Krafft-Ebing entre le ftichisme des chaussures
    et le masochisme[55].

    [Note 55: Le docteur Moll (_op. cit._, p. 130) fait
    cependant remarquer, contre cette manire de voir, dans
    le ftichisme du pied et des chaussures un phnomne de
    masochisme parfois latent et inexplicable: que le ftichiste
    prfre souvent des bottines  hauts talons, des chaussures
    d'une forme particulire, tantt celles  boutons, tantt les
    vernies. Contre cette objection il faut remarquer d'abord
    que les hauts talons caractrisent la bottine de la femme
    et qu'ensuite le ftichiste, abstraction faite du caractre
    sexuel de son penchant, a l'habitude d'exiger de son ftiche
    certaines particularits de nature esthtique. Comparez plus
    loin, Observation 90.]

    Le principal plaisir pour le malade c'est, comme il l'a
    dclar toujours et sans que par des questions on lui ait
    suggr sa rponse, la soumission  la femme qui doit tre
    place bien au-dessus de lui et par sa fiert et par sa grande
    position sociale.

Nombreux sont les cas o, dans les limites de la sphre des ides
masochistes compltement dveloppes, le pied, la bottine ou la botte
d'une femme, considrs comme instruments d'humiliation, deviennent
l'objet d'un intrt sexuel tout  fait particulier. Dans leurs
gradations nombreuses qu'on peut facilement suivre, ils reprsentent
la transition bien reconnaissable vers d'autres cas dans lesquels les
penchants masochistes sont de plus en plus relgus au second rang
et peu  peu chappent  la conscience, tandis que l'intrt pour le
soulier de la femme reste vivace dans la conscience et prsente
un penchant en apparence inexplicable. Ce sont de nombreux cas de
ftichisme de la chaussure.

Les adorateurs si nombreux des souliers qui, comme tous les
ftichistes, offrent aussi quelque intrt au point de vue
mdico-lgal (vol de chaussures), forment la limite entre le
masochisme et le ftichisme.

On peut les considrer pour la plus grande partie ou mme tous comme
des masochistes larvs avec mobile inconscient, chez qui le pied ou
le soulier de la femme est arriv  une importance par lui-mme, comme
ftiche masochiste.

 ce propos nous allons citer encore deux cas dans lesquels les
chaussures de la femme forment le centre de l'intrt, il est vrai,
mais o pourtant des penchants masochistes manifestes jouent encore un
rle important (Comparez observation 44).

    OBSERVATION 60.--M. X..., vingt-cinq ans, n de parents sains,
    n'ayant jamais eu de maladies srieuses, met  ma disposition
    l'autobiographie suivante.

     l'ge de dix ans, j'ai commenc  me masturber, mais
    sans ide voluptueuse.  cette poque dj, je le sais
    pertinemment, la vue et l'attouchement des bottines de femmes
    lgantes avaient pour moi un charme particulier; aussi mon
    plus vif dsir tait de pouvoir me chausser de semblables
    bottines, dsir que je ralisais  l'occasion des mascarades.
    Il y avait encore une autre ide qui me tourmentait: mon idal
    tait de me voir dans une situation humble; j'aurais voulu
    tre esclave, battu, bref subir tout  fait les traitements
    qu'on trouve dcrits dans les nombreuses histoires d'esclaves.
    Je ne saurais dire si ce dsir s'est veill en moi
    spontanment ou s'il m'a t inspir  la suite de la lecture
    d'histoires d'esclaves.

     l'ge de treize ans, je suis entr en pubert; avec les
    jaculations qui se produisaient, mes sensations de volupt
    s'accrurent, et je me masturbai plus frquemment, souvent deux
    ou trois fois par jour.

    Ds l'ge de douze ans jusqu' seize ans, je me figurais
    toujours, pendant l'acte de la masturbation, qu'on me forait
    de porter des bottines de fille. La vue d'une bottine lgante
    au pied d'une fille un tant soit peu belle me grisait, et je
    reniflais avec avidit l'odeur du cuir. Afin de pouvoir sentir
    du cuir pendant l'acte de la masturbation, je m'achetai des
    manchettes en cuir que je reniflais en me masturbant. Mon
    enthousiasme pour les bottines de femme en cuir est encore le
    mme aujourd'hui, seulement, depuis l'ge de dix-sept ans, il
    s'y mle aussi le dsir d'tre valet, de cirer des bottines de
    femmes distingues, d'tre oblig de les aider  se chausser
    et  se dchausser.

    Mes rves nocturnes ne me montrent que des scnes o les
    bottines jouent un certain rle: tantt je suis couch aux
    pieds d'une dame pour renifler et lcher ses bottines.

    Depuis un an, j'ai renonc  l'onanisme et je vais _ad
    puellas_; le cot ne peut avoir lieu que lorsque je concentre
    ma pense sur des bottines de dame  boutons;  l'occasion, je
    prends le soulier de la _puella_ dans le lit. Je n'ai jamais
    eu de malaises  la suite de mes actes d'onanisme d'autrefois.
    J'apprends avec facilit, j'ai une bonne mmoire et jamais de
    ma vie je n'ai eu de maux de tte. Voil tout ce qui concerne
    ma personne.

    Encore quelques mots concernant mon frre. J'ai la ferme
    conviction que, lui aussi, il est ftichiste du soulier; parmi
    les nombreux faits qui me le prouvent je ne relve que le
    suivant: il prouve un immense plaisir  se laisser pitiner
    sur le corps par une belle cousine. D'ailleurs je me fais
    fort de dire d'un homme qui s'arrte devant un magasin de
    chaussures pour regarder les marchandises, si c'est un amant
    des souliers ou non. Cette anomalie est trs frquente;
    quand, en compagnie de camarades, j'amne la conversation sur
    la question de savoir qu'est-ce qui excite le plus chez la
    femme, j'entends trs souvent dclarer que c'est plutt la
    femme habille que la femme nue; mais chacun se garde bien de
    nommer son ftiche spcial.

    Je suppose aussi qu'un de mes oncles est ftichiste du
    soulier.

    OBSERVATION 61 (Rapporte par Mantegazza dans ses _tudes
    anthropologiques_).--X..., amricain, de bonne famille, bien
    constitu au point de vue physique et moral, n'tait, depuis
    l'ge de la pubert, excit que par des souliers de femme. Le
    corps de la femme et mme le pied nu ou seulement chauss d'un
    bas ne lui faisaient aucune impression, mais le pied chauss
    d'un soulier ou mme le soulier seul lui causaient des
    rections et mme des jaculations. Il lui suffisait seulement
    de voir des bottes lgantes, c'est--dire des bottines de
    cuir noir boutonnes sur le ct, et avec de hauts talons. Son
    instinct gnital tait puissamment excit lorsqu'il touchait
    ou embrassait ces bottines ou bien qu'il s'en chaussait. Son
    plaisir augmente quand il peut planter des clous dans les
    talons, de faon  ce qu'en marchant les pointes des clous
    s'enfoncent dans sa chair. Il en prouve des douleurs
    pouvantables mais en mme temps une vritable volupt. Son
    suprme plaisir est de se mettre  genoux devant les beaux
    pieds d'une dame lgamment chausse et de se laisser fouler
    par ces pieds. Si la porteuse de ces souliers est une
    femme laide, les chaussures ne produisent pas d'effet
    et l'imagination du malade se refroidit. S'il n'a  sa
    disposition que des souliers, il arrive par son imagination 
    y rattacher une belle femme et alors l'jaculation se produit.
    Ses rves nocturnes n'ont pour objet que des bottines de
    belles femmes. La vue des souliers de femmes dans les talages
    choque le malade comme quelque chose de contraire  la morale,
    tandis qu'une conversation sur la nature de la femme lui
    parat inoffensive et inepte.  plusieurs reprises, il a
    tent le cot, mais sans succs. Il n'arrivait jamais 
    l'jaculation.

Dans le cas suivant, l'lment masochiste est encore assez distinct,
mais  ct il y a aussi des vellits sadistes (Comparez plus haut
les tortureurs de btes).

    OBSERVATION 62.--Jeune homme vigoureux, vingt-six ans. Ce qui
    l'excite sensuellement dans le beau sexe, ce sont uniquement
    des bottines lgantes aux pieds d'une femme bien chic,
    surtout quand les bottines sont de cuir noir avec un talon
    trs haut. La bottine sans la porteuse lui suffit. C'est
    sa suprme volupt de voir la bottine, de la palper et de
    l'embrasser. Le pied nu d'une dame ou seulement chauss d'un
    bas le laisse absolument froid. Depuis son enfance il a un
    faible pour les bottines de dames. X... est puissant; pendant
    l'acte sexuel, il faut que la personne soit lgamment mise et
    qu'elle ait avant tout de belles bottines. Arriv  l'apoge
    de l'motion voluptueuse, des ides cruelles se mlent  son
    admiration des bottines. Il faut qu'il pense avec dlice aux
    douleurs d'agonie qu'a souffert l'animal dont la peau a fourni
    la matire des bottines. De temps en temps, il se sent pouss
     apporter des poules et d'autres animaux vivants chez la
    Phryn pour que celle-ci les crase de ses lgantes bottines
    et lui procure ainsi une plus grande volupt. Il appelle ce
    procd sacrifier aux pieds de Vnus. D'autres fois, la
    femme chausse est oblige de le pitiner; plus elle l'crase,
    plus il prouve de plaisir.

    Jusqu' il y a un an, il se contentait, comme il ne trouvait
    aucun charme  la femme mme, de caresser des bottines de
    femmes de son got, et, au milieu de ces caresses, il avait
    des jaculations et une satisfaction complte (Lombroso,
    _Archiv. di psichiatria_, IX, fascic. 3).

Le cas suivant rappelle en partie le troisime de cette srie par
l'intrt que le malade attache aux clous des souliers (comme causes
de douleur) et en partie le quatrime cas en ce qui concerne les
lments sadiques qui se font discrtement sentir.

    OBSERVATION 63.--X..., trente-quatre ans, mari, issu de
    parents nvropathiques; dons son enfance, a souffert de
    convulsions graves; tonnamment prcoce ( l'ge de trois
    ans il savait dj lire!), mais dvelopp dans une seule
    direction, nerveux ds sa premire enfance; a t saisi 
    l'ge de sept ans du violent dsir de s'occuper de souliers
    de femmes ou plutt des clous de ces souliers. Les voir, mais
    plus encore les toucher et les compter, procurait  X... un
    plaisir indescriptible.

    Pendant la nuit, il lui fallait se figurer comment ses
    cousines se font prendre mesures pour des bottines, comment
    il clouait  l'une d'elles un fer  cheval ou lui coupait les
    pieds.

    Avec le temps, ces scnes de souliers ont pris empire sur lui
    pendant la journe, et sans grande peine elles provoquaient
    des rections et des jaculations. Souvent il prenait des
    souliers de femmes demeurant dans le mme appartement; il
    lui suffisait de les toucher avec son pnis pour avoir
    une jaculation. Pendant quelque temps, alors qu'il tait
    tudiant, il russit  refouler ces ides. Mais il vint un
    temps ou il se sentit forc de guetter ne ft-ce que le bruit
    des pas fminins sur le pav des rues, ce qui le faisait
    frmir de volupt, de mme que de voir planter des clous dans
    des bottines de femmes, ou de voir des chaussures de femmes
    tales dans les vitrines des magasins. Il se maria, et,
    dans les premiers mois de son mariage, il n'eut pas de ces
    impulsions. Peu  peu, il devint hystrique et neurasthnique.

     cette priode, il avait des accs hystriques aussitt qu'un
    cordonnier lui parlait de clous de souliers de dames ou
    de l'acte de clouer les talons des souliers de femmes. La
    raction tait encore plus violente quand il voyait une
    belle femme avec des souliers  gros clous. Pour avoir des
    jaculations, il lui suffisait de dcouper en carton des
    talons de souliers de dames et d'y planter des clous, ou bien
    il achetait des souliers de dames, y faisait mettre des clous
    dans un magasin, les tranait sur le parquet, chez lui,
    et enfin les touchait avec le bout de son pnis. Mais
    spontanment aussi il lui venait des images voluptueuses de
    souliers, et au milieu de ces scnes il se satisfaisait par la
    masturbation.

    X... est assez intelligent, zl dans son emploi, mais
    il lutte en vain contre sa perversion. Il est atteint de
    phimosis; le pnis est court et incurv  sa base, trs peu
    apte  l'rection. Un jour le malade se laissa aller  se
    masturber en prsence d'une dame arrte devant la boutique
    d'un cordonnier; il fut arrt comme criminel. (Blanche,
    _Archives de neurologie_, 1882, n 22.)

Il faut encore rappeler  ce propos le cas (cit plus loin,
observation 111) d'un individu atteint d'inversion sexuelle et dont la
sexualit n'tait proccupe que de bottines de domestiques masculins.
Il aurait voulu se laisser pitiner sur le corps par eux, etc.

Un lment masochiste se manifeste encore dans le cas suivant.

    OBSERVATION 64 (Dr Pascal, _Igiene del' amore_).--X...,
    ngociant, a priodiquement, surtout quand il fait mauvais
    temps, les dsirs suivants. Il aborde une prostitue,
    la premire venue, et la prie de venir avec lui chez un
    cordonnier o il lui achte une belle paire de bottines
    vernies,  la condition qu'elle s'en chausse immdiatement.
    Cela fait, la femme doit traverser les rues, autant que
    possible dans les endroits les plus sales et les ruisseaux
    pour bien crotter les bottines. Puis, X... conduit la personne
    dans un htel et,  peine enferm avec elle dans la chambre,
    il se prcipite sur ses pieds, y frotte ses lvres, ce qui
    lui procure un plaisir extraordinaire. Aprs avoir nettoy
    les bottines de cette faon, il fait un cadeau en argent  la
    femme et s'en va.

De tous ces cas il ressort que le soulier est un ftiche chez le
masochiste, videmment en raison des rapports qui existent entre
l'image du pied chauss de la femme et l'ide d'tre pitin et
humili.

Si donc, dans d'autres cas de ftichisme du soulier, la bottine de
la femme se montre comme seul excitant des dsirs sexuels, on peut
supposer qu'alors les mobiles masochistes sont rests  l'tat latent.
L'ide d'tre foul aux pieds, reste dans les profondeurs du domaine
de l'inconscient, et c'est l'ide seule du soulier, en tant que
moyen pour raliser ces actes, qui surgit dans la conscience. Ainsi
s'expliquent bien des cas qui autrement resteraient tout  fait
inexplicables.

Il s'agit l d'un masochisme larv dont le mobile pourrait paratre
inconscient, sauf dans le cas exceptionnel o il est tabli que son
origine est due  une association d'ides provoque par un incident
prcis dans le pass du malade, ainsi qu'on le verra dans les
observations 87 et 88.

Ces cas de penchant sexuel pour les souliers de femme, sans motif
conscient et sans qu'on en ait pu tablir la cause ni l'origine,
sont trs nombreux[56]. Nous citerons comme exemples les trois faits
suivants.

[Note 56: Au ftichisme du pied se rattachent videmment ces faits
de certains individus qui, non satisfaits par le cot ou incapables
de l'accomplir, le remplacent par le _tritus membri inter pedes
mulieris_.]

    OBSERVATION 65.--Ecclsiastique, cinquante ans. Il se montre
    de temps en temps dans des maisons de prostitues, sous
    prtexte de louer une chambre dans ces maisons; il entre
    en conversation avec une _puella_, lance des regards de
    convoitise vers les souliers de la femme, lui en te un,
    _osculatur et mordet caligam libidine captus; ad genitalia
    denique caligam premit, ejaculat semen semineque ejaculato
    axillas pectusque terit_, revient de son extase voluptueuse,
    demande  la propritaire du soulier la faveur de le garder
    quelques jours et le rapporte avec mille remerciements aprs
    le dlai fix. (Cantarano, _La Psichiatria_, V. p. 205.)

    OBSERVATION 66.--Z..., tudiant, vingt-trois ans, issu
    d'une famille tare: la soeur tait mlancolique, le frre
    souffrait _d'hysteria virilis_. Le malade fut, ds sa
    premire enfance, un tre trange, a souvent des malaises
    hypocondriaques. En lui donnant une consultation pour
    une maladie de l'esprit, je trouve chez lui un homme 
    l'intelligence embrouille, tar, prsentant des symptmes
    neurasthniques et hypocondriaques. Mes soupons de
    masturbation se confirment. Le malade fait des rvlations
    trs intressantes sur sa _vita sexualis_.

     l'ge de dix ans, il s'est senti vivement attir par le
    pied d'un camarade.  l'ge de douze ans, il a commenc 
    s'enthousiasmer pour les pieds de femmes. C'tait pour lui
    un plaisir dlicieux de les voir.  l'ge de quatorze ans, il
    commena  pratiquer l'onanisme, en se reprsentant dans son
    imagination un trs beau pied de femme.  partir de ce moment,
    il s'extasiait devant les pieds de sa soeur qui avait trois
    ans de plus que lui. Les pieds d'autres dames, en tant que
    celles-ci lui taient sympathiques, l'excitaient sexuellement.
    Chez la femme, il n'y a que le pied qui l'intresse. L'ide
    d'un rapport sexuel avec une femme lui fait horreur. Il n'a
    jamais essay de faire le cot.  partir de douze ans, il
    n'prouve plus aucun intrt pour le pied masculin.

    La forme de la chaussure du pied fminin lui est indiffrente;
    ce qui est important, c'est que la personne lui soit
    sympathique. L'ide de jouir des pieds de prostitues lui
    inspire du dgot. Depuis des annes, il est amoureux des
    pieds de sa soeur. Rien qu'en voyant ses souliers, sa
    sensualit se trouve violemment excite. Une accolade, un
    baiser de sa soeur ne produisent pas cet effet. Son suprme
    bonheur est de pouvoir enlacer le pied d'une femme sympathique
    et d'y poser ses lvres. Souvent il fut tent de toucher avec
    son pnis un des souliers de sa soeur; mais jusqu'ici il a
    su rprimer ce dsir, d'autant plus que, depuis deux ans,
    sa faiblesse gnitale tant trs grande, l'aspect d'un pied
    suffit pour le faire jaculer.

    On apprend par son entourage que le malade a une admiration
    ridicule pour les pieds de sa soeur, de sorte que celle-ci
    l'vite et tche toujours de lui cacher ses pieds. Le malade
    sent lui-mme que son penchant sexuel pervers est morbide,
    et il est pniblement impressionn de ce que ses fantaisies
    malpropres aient prcisment choisi comme objet le pied de sa
    propre soeur. Autant qu'il lui est possible, il vite les
    occasions et cherche  se compenser par la masturbation au
    cours de laquelle il a toujours prsents dans son imagination
    des pieds de femmes, ainsi que dans ses pollutions nocturnes.
    Quand le dsir devient trop violent, il ne peut plus rsister
     l'envie de voir les pieds de sa soeur.

    Immdiatement aprs l'jaculation, il est pris d'un vif dpit
    d'avoir t trop faible. Son affection pour le pied de sa
    soeur lui a valu bien des nuits blanches. Il s'tonne
    souvent qu'il puisse toujours continuer  aimer sa soeur.
    Bien qu'il trouve juste que sa soeur cache ses pieds devant
    lui, il en est souvent irrit, car cela l'empche d'avoir sa
    pollution. Le malade insiste sur le fait qu'autrement il est
    d'une bonne moralit, ce qui est confirm par son entourage.

    OBSERVATION 67.--S..., de New-York, est accus de vols commis
    sur la voie publique. Dans son ascendance, il y a de nombreux
    cas de folie; le frre et la soeur de son pre sont
    galement anormaux au point de vue intellectuel.  l'ge de
    sept ans, il eut deux fois un violent branlement du cerveau.
     l'ge de treize ans, il est tomb d'un balcon.  l'ge de
    quatorze ans, S... eut de violents maux de tte. Au moment de
    ces accs, ou du moins immdiatement aprs, il se manifestait
    en lui un penchant trange  voler un soulier, jamais une
    paire, appartenant aux membres fminins de sa famille, et de
    le cacher dans un coin. Quand on lui fait des reproches, il
    nie ou il prtend ne plus se rappeler cette affaire. L'envie
    de prendre des souliers lui vient priodiquement tous les
    trois ou quatre mois. Une fois il a essay de drober un
    soulier au pied d'une bonne; une autre fois il a enlev
    un soulier de la chambre de sa soeur. Au printemps, il a
    dchauss par force deux dames qui se promenaient dans la rue
    et leur a pris leurs souliers. Au mois d'aot, S... quitta de
    bon matin son logement pour aller travailler dans l'atelier
    d'imprimerie o il tait employ comme typographe.

    Un moment aprs son dpart, il arracha  une fille, dans la
    rue, un soulier, se sauva avec, et courut  son atelier o on
    l'arrta pour vol.

    Il prtend ne pas savoir grand'chose sur son action;  la vue
    du soulier, il lui vient, comme un clair subit, l'ide qu'il
    en a besoin. Dans quel but? Il n'en sait rien. Il a agi avec
    absence d'esprit. Le soulier se trouvait, comme il l'avoua,
    dans une poche de son veston. En prison il tait dans un
    tel tat de surexcitation mentale qu'on craignit un accs de
    folie. Remis en libert, il enleva encore les souliers de sa
    femme pendant qu'elle dormait. Son caractre moral, son genre
    de vie taient irrprochables. C'tait un ouvrier intelligent;
    seulement les occupations varies qui se suivaient trop
    rapidement le troublaient et le rendaient incapable de
    travailler. Il fut acquitt. (Nichols, _Americ J. J._, 1859;
    Beck, _Medical jurisprud._, 1860, vol. 1, p. 732.)

Le Dr Pascal (_op. cit._) a cit encore quelques observations
analogues et beaucoup d'autres m'ont t communiques par des
collgues et des malades.


C.--ACTES MALPROPRES COMMIS DANS LE BUT DE S'HUMILIER ET DE SE
PROCURER UNE SATISFACTION SEXUELLE.--MASOCHISME LARV

On a constat de nombreux exemples d'hommes pervers dont l'excitation
sexuelle, tait produite par les scrtions ou mme par les excrments
des femmes, qu'ils cherchent  toucher.

Ces cas ont probablement toujours comme base un penchant obscur au
masochisme, avec recherche de la plus basse humiliation de soi-mme et
efforts pour y arriver.

Cette corrlation se dgage nettement des aveux faits par des
personnes atteintes de cette hideuse perversion. L'observation qu'on
va lire plus loin et qui concerne un individu atteint d'inversion
sexuelle, est trs instructive sous ce rapport.

Le sujet de cette observation ne s'extasie pas seulement  l'ide
d'tre l'esclave de l'homme aim, invoquant pour cela le roman _La
Vnus  la fourrure_ de Sacher-Masoch, _sed etiam sibi fingit amatum
poscere ut crepidas sudore diffluentes olfaciat ejusque stercore
vescatur. Deinde narrat, quia non habeat, qu confingat et exoptet,
eorum loco suas crepidas sudore infectas olfacere suoque stercore
vesci, inter qu facta pene erecto se voluptate perturbari semenque
ejaculari._

La signification masochiste des actes dgotants existe encore
clairement dans le cas suivant qu'un collgue m'a communiqu.

    OBSERVATION 68.--H.-R. G..., propritaire, major en retraite,
    qui est mort  l'ge de soixante ans, est issu d'une famille
    o la lgret, les dettes et le relchement des ides
    thiques sont hrditaires. Ds sa jeunesse, il s'adonna aux
    dbauches les plus folles. Il tait connu comme organisateur
    des bals de nu. D'un caractre brutal et cynique, mais
    svre et exact dans son service militaire qu'il a d quitter
    pour une affaire malpropre qui n'a jamais t divulgue,
    il vcut en particulier pendant dix-sept ans. Insouciant de
    l'administration de sa fortune, il s'introduisait partout
    comme viveur; mais on l'vitait  cause de sa lascivit.
    Malgr sa brusquerie, on lui fit sentir qu'il tait mis au
    ban de la bonne socit. Voil ce qui le dcida  frquenter
    ensuite de prfrence le monde commun des cochers, des
    ouvriers et le zinc des cabarets. On n'a pu tablir s'il
    avait des rapports sexuels avec des hommes; mais il est bien
    certain que, mme  un ge avanc, il organisait avec un monde
    trs mlang des symposies, et, jusqu' la fin de ses jours,
    il garda la rputation d'un dbauch.

    Dans les dernires annes de sa vie, il avait pris l'habitude
    de stationner le soir, prs des maisons en construction; il
    choisissait, parmi les ouvriers qui quittaient le btiment,
    les plus sales et les invitait  l'accompagner.

    Il est bien tabli qu'il faisait dshabiller ces journaliers,
    qu'il leur suait ensuite l'orteil, et que, par ce procd, il
    rveillait son _libido_ qu'il satisfaisait ensuite.

Cantarano a publi aussi dans _La Psichiatria_ (V. Anne, p. 207) une
observation d'un individu qui, avant de pratiquer le cot, et pour
la mme raison, suait et mordait l'orteil de la _puella_ qui depuis
longtemps n'avait pas t lav.

J'ai connu plusieurs cas o en dehors d'autres actes masochistes
(mauvais traitements, humiliations), les malades s'adonnaient  ces
penchants dgotants, et les dpositions faites par ces individus
mmes ne laissent plus subsister aucun doute sur la signification
de ces actes malpropres. De pareils faits nous aident  comprendre
d'autres cas qui, si on ne les envisageait pas dans leurs associations
avec le penchant masochiste  l'humiliation, deviendraient absolument
inexplicables[57].

[Note 57: Il y a, dans ces cas, analogie avec les excs du dlire
religieux. L'extatique religieuse Antoinette Bouvignon de la Porte
mlangeait sa nourriture avec des excrments afin de se mortifier
(Zimmermann, _op. cit._, p. 124). Marie Alacoque, batifie depuis,
lchait, pour sa mortification, les djections des malades et suait
leurs orteils couverts de plaies.]

Il est cependant vraisemblable que l'individu pervers n'a pas
conscience de la vraie signification de ce penchant, et qu'il ne
se rend compte que de son envie pour les choses dgotantes. Par
consquent, l aussi il y a masochisme larv.

 cette catgorie de pervertis appartiennent d'autres cas observs
par Cantarano (_mictio_ et dans un autre cas mme _defcatio puell
ad linguam viri ante actum_, usage d'aliments  odeur fcale pour tre
puissant), et enfin le cas suivant qui m'a t galement communiqu
par un mdecin.

    OBSERVATION 69.--Un prince russe trs dcrpit a fait dfquer
    sa matresse sur sa poitrine; elle dut s'accroupir au-dessus
    de lui en lui tournant le dos. De cette manire, il a pu
    rveiller les restes de son _libido_.

    Un autre entretient trs gnreusement une matresse,  la
    condition qu'elle mange exclusivement du pain d'pice. _Ut
    libidinosus fiat et ejaculare possit, excrementa femin ore
    excipit._ Un mdecin brsilien m'a racont plusieurs cas
    de _defcatio femin in os viri_ qui sont parvenus  sa
    connaissance.

De pareils faits arrivent partout et ne sont pas rares. Toutes les
scrtions possibles, la salive, la mucosit nasale et mme le crumen
des oreilles sont employs dans ce but et avals avec avidit, _oscula
ad nates_ et mme _ad anum_. (Le Dr Moll, _op. cit._, p. 135, rapporte
des faits analogues chez les homosexuels). Le dsir pervers trs
rpandu de pratiquer le _cunnilungus_ provient peut-tre souvent de
vellits masochistes.

Pelanda (_Archivio di Psichiatria_ X, _fascicolo 3-4_) rapporte le
fait suivant.

    OBSERVATION 70.--W..., quarante-cinq ans, tar, tait, ds
    l'ge de huit ans, adonn  la masturbation. _A decimo
    sexto anno libidines suas bibendo recentem feminarum urinam
    satiavit. Tanta erat voluptas urinam bibentis ut nec aliquid
    olfaceret nec saperet, hc faciens._ Aprs l'avoir bu, il
    prouvait toujours du dgot, avait mal au coeur et se
    jurait de ne plus recommencer. Une seule fois il prouva le
    mme plaisir en buvant l'urine d'un garon de neuf ans, avec
    lequel il s'tait livr une fois  la _fellatio_. Le malade
    est atteint de dlire pileptique.

Les faits cits dans ce groupe sont en parfaite opposition avec ceux
du groupe des sadistes.

Il faut classer dans cette catgorie les faits plus anciens que
Tardieu (_tude mdico-lgale sur les attentats aux moeurs_, p.
206) avait dj observs chez des individus sniles. Il dcrit comme
renifleurs ceux _qui in secretos locos nimirum theatrorum posticos
convenientes quo complures femin ad micturiendum festinant, per nares
urinali odore excitati, illico se invicem polluunt_.

Les stercoraires dont parle Taxil (_La prostitution contemporaine_)
sont uniques dans ce genre.

Enfin, il faut encore donner place ici au fait suivant qui m'a t
communiqu par un mdecin.

    OBSERVATION 71.--Un notaire, connu dans son entourage comme un
    original et un misanthrope depuis sa jeunesse et qui, pendant
    qu'il faisait ses tudes, tait trs adonn  l'onanisme,
    avait l'habitude, comme il le raconte lui-mme, de stimuler
    ses dsirs sexuels en prenant un certain nombre de feuilles de
    papier de latrine dont il s'tait servi; il les talait sur la
    couverture de son lit, les regardait et reniflait jusqu'
    ce que l'rection se produist, rection dont il se servait
    ensuite pour accomplir l'acte de la masturbation. Aprs sa
    mort, on a trouv prs de son lit un grand panier rempli de
    ces papiers. Sur chaque feuille, il avait soigneusement not
    la date.

    Il s'agit ici probablement d'une vocation imaginaire d'actes
    accomplis, comme dans les exemples prcdents.


D.--LE MASOCHISME CHEZ LA FEMME

Chez la femme, la soumission volontaire  l'autre sexe est un
phnomne physiologique. Par suite de son rle passif dans l'acte de
la procration, par suite des moeurs des socits de tous les temps,
chez la femme l'ide des rapports sexuels se rattache en gnral 
l'ide de soumission. C'est pour ainsi dire le diapason qui rgle la
tonalit des sentiments fminins.

Celui qui connat l'histoire de la civilisation sait dans quelle
condition de soumission absolue la femme fut tenue de tout temps
jusqu' l'poque d'une civilisation relativement plus leve[58].

[Note 58: Les livres de droit du commencement du moyen ge
donnaient  l'homme le droit de tuer sa femme; ceux des priodes
suivantes lui accordaient encore le droit de la chtier. On en a fait
un ample usage, mme dans les classes leves (Comparez Schultze, _Das
hfische Leben sur Zeit des Minnesangs_, Bd I. p. 163 f.).  ct on
trouve le paradoxal hommage rendu aux femmes du moyen ge.]

Un observateur attentif de la vie sociale reconnatra facilement,
aujourd'hui mme, comment les coutumes de nombreuses gnrations
jointes au rle passif que la nature a attribu  la femme, ont
dvelopp dans le sexe fminin la tendance instinctive  se soumettre
 la volont de l'homme. Il remarquera aussi que les femmes trouvent
inepte une accentuation trop forte de la galanterie usuelle, tandis
qu'une nuance d'attitude imprieuse est accueillie avec un blme
hautement manifest, mais souvent avec un plaisir secret[59].

[Note 59: Comparez les paroles de Lady Milford dans _Kabale und
Liebe_ de Schiller: Nous autres femmes, nous ne pouvons choisir
qu'entre la domination et la servitude; mais le plus grand bonheur
du pouvoir n'est qu'un misrable pis-aller, si ce plus grand bonheur
d'tre esclaves d'un homme que nous aimons nous est refus. (Acte II,
scne 1.)]

Sous le vernis des moeurs de salon, l'instinct de la servitude de la
femme est partout reconnaissable.

Ainsi il est tout indiqu de considrer le masochisme comme une
excroissance pathologique des lments psychiques, surtout chez
la femme, comme une accentuation morbide de certains traits de
son caractre sexuel psychique; il faut donc chercher son origine
primitive dans le sexe fminin.

On peut admettre comme bien tabli que le penchant  se soumettre 
l'homme--(qu'on peut toutefois considrer comme une utile institution
acquise et comme un phnomne qui s'est dvelopp conformment 
certains faits sociaux)--existe chez la femme, jusqu' un certain
point, comme un phnomne normal.

Que, dans ces circonstances, on n'arrive pas souvent  la posie de
l'hommage symbolique, cela tient en partie  ce que l'homme n'a pas la
vanit du faible qui veut faire ostentation de son pouvoir (comme les
dames du moyen ge en prsence de leur cavalier servant), mais qu'il
prfre en tirer un profit rel. Le barbare fait labourer ses champs
par sa femme; le philistin de notre civilisation spcule sur la dot.
La femme supporte volontiers ces deux tats.

Il est probable qu'il y a chez les femmes des cas assez frquents
d'une accentuation pathologique de cet instinct dans le sens du
masochisme, mais la manifestation en est rprime par les conventions
sociales. D'ailleurs, beaucoup de jeunes femmes aiment avant tout tre
 genoux devant leurs poux ou leurs amants. Chez tous les peuples
slaves, dit-on, les femmes de basse classe s'estiment malheureuses
quand elles ne sont pas battues par leurs maris.

Un correspondant hongrois m'assure que les paysannes du comitat de
Somogy ne croient pas  l'amour de leur mari tant qu'elles n'ont pas
reu de lui une premire gifle comme marque d'amour.

Il est difficile au mdecin observateur d'apporter des documents
humains sur le masochisme de la femme. Des rsistances internes
et externes, pudeur et convenances, opposent des obstacles presque
insurmontables aux manifestations extrieures des penchants sexuels
pervers de la femme.

De l vient qu'on n'a pu jusqu'ici constater scientifiquement qu'un
seul cas de masochisme chez la femme; encore ce cas est entour de
circonstances accessoires qui le rendent obscur.

    OBSERVATION 72.--Mlle V. X..., trente-cinq ans, ne d'une
    famille trs charge, se trouve depuis quelques annes dans la
    phase initiale d'une _paranoia persecutoria_. Cette maladie a
    eu pour cause une _neurasthenia cerebrospinalis_ dont le point
    de dpart doit tre cherch dans une surexcitation sexuelle.
    Depuis l'ge de vingt-quatre ans, la malade tait adonne 
    l'onanisme.  la suite d'un espoir matrimonial du et
    d'une violente excitation sensuelle, elle en est venue  la
    masturbation et  l'onanisme psychique. Il n'y eut jamais chez
    elle d'affection pour des personnes de son propre sexe. Voici
    les dpositions de la malade:  l'ge de six  huit ans,
    l'envie m'a prise d'tre fouette. Comme je n'ai jamais
    t battue et que je n'ai jamais assist  la flagellation
    d'autrui, je ne peux pas m'expliquer comment ce dsir trange
    a pu se produire chez moi. Je ne peux que m'imaginer qu'il est
    congnital. J'prouvais un vritable sentiment de dlice 
    ces ides de flagellation et, dans mon imagination, je me
    reprsentais combien ce serait bon d'tre fouette par
    une amie. Jamais la fantaisie ne m'est venue de me laisser
    fouetter par un homme. Je jouissais  l'ide seule et n'ai
    jamais essay de mettre  excution mes fantaisies.  partir
    de l'ge de dix ans, j'ai perdu ces ides. Ce n'est qu' l'ge
    de trente-quatre ans, lorsque j'eus lu les _Confessions_ de
    Rousseau, que je compris ce que signifiait cette envie d'tre
    flagelle, et qu'il s'agissait chez moi des mmes ides
    morbides que chez Rousseau. Jamais, depuis l'ge de dix ans,
    je n'ai eu de pareilles tendances.

Ce cas doit videmment, par son caractre primitif ainsi que par
l'vocation de Rousseau, tre class comme cas de masochisme. Que ce
soit une amie qui, dans l'imagination, exerce le rle de flagellant,
cela s'explique simplement par le fait qu'ici les sentiments
masochistes entrent dans la conscience d'une enfant avant que la
_vita sexualis_ soit dveloppe et que le penchant pour l'homme se
manifeste. L'inversion sexuelle est absente dans ce cas d'une faon
absolue.


ESSAI D'EXPLICATION DU MASOCHISME

Les faits de masochisme comptent certainement parmi les plus
intressants de la psychopathologie. Avant d'essayer de les expliquer,
il faut d'abord bien tablir ce qui est essentiel et ce qui est
secondaire dans ce phnomne.

L'essentiel, dans le masochisme, c'est, dans tous les cas, l'envie
d'tre absolument soumis  la volont d'une personne de l'autre sexe
(dans le sadisme, au contraire, le rgne absolu sur cette personne),
mais avec provocation et accompagnement de sensations sexuelles
se traduisant par du plaisir qui va jusqu' produire l'orgasme. Le
secondaire, c'est, d'aprs le critrium prcdent, la manire spciale
dont cette condition de dpendance ou de rgne est manifeste, que ce
soit par des actes purement symboliques ou qu'il y ait en mme temps
dsir de supporter des douleurs causes par une personne de l'autre
sexe.

Tandis qu'on peut considrer le sadisme comme une excroissance
pathologique du caractre sexuel viril dans ses particularits
psychiques, le masochisme est plutt une excroissance morbide des
particularits psychiques propres  la femme.

Il existe sans doute aussi des cas trs frquents de masochisme chez
l'homme; ce sont ceux qui deviennent pour la plupart apparents et
remplissent presque  eux seuls toute la casuistique. Nous en avons
donn les raisons plus haut.

Tout d'abord,  l'tat d'excitation voluptueuse, chaque impression
exerce sur l'excit par la personne qui est le point de dpart du
charme sexuel, vient indpendamment du genre de cette impression.

C'est encore une chose tout  fait normale que des tapes lgres et de
petits coups de poing soient considrs comme des caresses[60].

    _Like the lovers pinch wich hurts and is desired._

    (Shakespeare, _Antonius and Cleopatra_.)

[Note 60: Nous trouvons des faits analogues chez les animaux
infrieurs. Les chenilles du poumon (_Pulmonata Cuv._) possdent une
soi-disant flche d'amour, baguette de chaux pointue qui se trouve
dans une pochette particulire de leur corps et qu'elles font sortir
au moment de l'accouplement. C'est un organe d'excitation sexuelle
qui, d'aprs sa constitution, doit tre un excitant douloureux.]

De l il n'y a pas loin  conclure que le dsir d'prouver une trs
forte impression de la part du _consors_ amne, dans le cas d'une
accentuation pathologique de l'ardeur amoureuse,  l'envie de recevoir
des coups, la douleur tant toujours un moyen facile pour produire une
forte impression physique. De mme que, dans le sadisme, la passion
sexuelle aboutit  une exaltation dans laquelle l'excs de l'motion
psychomotrice dborde dans les sphres voisines, il se produit de
mme, dans le masochisme, une extase dans laquelle la mare montante
d'un seul sentiment engloutit avidement toute impression venant de la
personne aime et la noie dans la volupt.

La seconde cause, la plus puissante du masochisme, doit tre cherche
dans un phnomne trs rpandu qui rentre dj dans le domaine d'un
tat d'me insolite et anormal, mais pas encore dans celui d'un tat
perverti.

J'entends ici ce fait frquent qu'on observe dans des cas trs
nombreux et sous les formes les plus varies, qu'un individu tombe
d'une faon tonnante et insolite sous la dpendance d'un individu
de l'autre sexe, jusqu' perdre toute volont, dpendance qui force
l'assujetti  commettre et  tolrer des actes compromettant souvent
gravement ses propres intrts, contraires et aux lois et aux
moeurs.

Dans les phnomnes de la vie normale, cette dpendance varie selon
l'intensit du penchant sexuel qui est ici en jeu et le peu de force
de volont qui devrait contrebalancer l'instinct. Il n'y a donc qu'une
diffrence quantitative, mais non pas qualitative, comme c'est le cas
dans les phnomnes du masochisme.

J'ai dsign sous le nom de servitude sexuelle ce fait de dpendance
anormale, mais non encore perverse, d'un homme vis--vis d'un individu
de l'autre sexe, fait qui offre un grand intrt, surtout au point de
vue mdico-lgal. Je l'ai nomm ainsi parce que les conditions qui en
rsultent sont empreintes d'une marque de servitude[61]. La volont du
sujet dominateur commande  celle du sujet asservi, comme la volont
du matre  celle du serviteur[62].

[Note 61: Comparer l'essai de l'auteur Sur la servitude sexuelle
et le masochisme dans _Psychiatrische Jahrbcher_, t. X, p. 169, o
ce sujet a t trait  fond, surtout au point de vue mdico-lgal.]

[Note 62: Bien qu'on les emploie au figur pour de pareilles
situations, j'ai cru devoir viter ici les expressions esclave et
esclavage, parce que ce sont des termes qu'on emploie de prfrence
pour le masochisme dont il faut bien distinguer la servitude.

L'expression de servitude ne doit pas tre confondue non plus avec la
sujtion de la femme de J. St. Mill. Mill dsigne par cette expression
des moeurs et des lois, des phnomnes historiques et sociaux.
Mais ici nous ne parlons que de faits ns de mobiles individuels
particuliers et qui sont en contradiction avec les lois et les
moeurs en usage. En outre, il est question des deux sexes.]

Cette servitude sexuelle est, comme nous le disions, un phnomne
anormal, mme au point de vue psychique.

Elle commence l o la rgle extrieure, les limites de la dpendance
d'une partie sur l'autre ou de la dpendance mutuelle, traces par la
loi et les moeurs, sont transgresses  la suite d'une particularit
individuelle due  l'intensit de mobiles qui en eux-mmes sont tout
 fait normaux. La servitude sexuelle n'est pas du tout un phnomne
pervers: les agents moteurs sont les mmes que ceux qui mettent
en mouvement, quoique avec moins de vivacit, la _vita sexualis_
psychique renferme dans les limites et les rgles normales.

La peur de perdre sa compagne, le dsir de la contenter toujours, de
la conserver aimable et dispose aux rapports sexuels, sont ici les
mobiles qui poussent le sujet asservi.

D'un ct un amour excessif qui, surtout chez la femme, n'indique pas
toujours un degr excessif de sensualit; de l'autre, une faiblesse
de caractre: tels sont les premiers lments de ce processus
insolite[63].

[Note 63: Le fait le plus important, dans ces cas, c'est peut-tre
que l'habitude d'obir dveloppe une sorte de mcanisme d'obissance
inconsciente qui fonctionne avec une exactitude automatique et qui n'a
pas  lutter contre des ides contraires, parce qu'il est au del de
la limite de la conscience nette, et qu'il peut tre mani comme un
instrument inerte par la partie rgnante.]

Le mobile de l'autre sujet, c'est l'gosme, qui peut se donner libre
cours.

Les faits de servitude sexuelle sont trs varis dans leurs formes, et
leur nombre est trs grand[64].

[Note 64: Dans les littratures de tous les pays et de toutes
les poques, la servitude sexuelle joue un grand rle. Les phnomnes
insolites mais non pervers de la vie de l'me sont pour le pote des
sujets heureux et qu'il lui est permis de traiter. La description
la plus clbre de la servitude chez l'homme, est celle de l'abb
Prvost dans sa _Manon Lescaut_. Une description parfaite de la
servitude chez la femme se trouve dans le roman _Leone Leoni_, de
George Sand. Il faut citer ici la _Kthchen von Heilbronn_ de Kleist,
qui lui-mme dsigne cette pice comme l'oppos de sa _Penthsile_
(sadisme), enfin la _Griselidis_ de Halm et beaucoup d'autres posies
analogues.]

Nous rencontrons  chaque pas dans la vie des hommes tombs dans la
servitude sexuelle. Il faut compter parmi les gens de cette catgorie
les maris qui vivent sous la domination de leur femme, surtout
les hommes dj vieux qui pousent de jeunes femmes et qui veulent
racheter leur disproportion d'ge et de qualits physiques par une
condescendance absolue  tous les caprices de l'pouse; il faut aussi
classer dans cette catgorie les hommes trop mrs qui, en dehors
du mariage, veulent renforcer leurs dernires chances d'amour par
d'immenses sacrifices, et aussi les hommes de tout ge qui, pris d'une
violente passion pour une femme, se heurtent  une froideur calcule
et doivent capituler dans de dures conditions; les gens trs amoureux
qui se laissent entraner  pouser des catins connues; les hommes
qui, pour courir aprs des aventurires, abandonnent tout, jouent leur
avenir; les maris et les pres qui dlaissent pouse et enfants, et
qui placent les revenus d'une famille aux pieds d'une htare.

Quelque nombreux que soient les exemples de servitude chez l'homme,
tout observateur un peu impartial de la vie conviendra que leur nombre
et leur importance sont bien infrieurs  ceux observs chez la femme.
Ce fait est facilement explicable. Pour l'homme, l'amour n'est presque
toujours qu'un pisode; il a une foule d'autres intrts importants;
pour la femme, au contraire, l'amour est la vie: jusqu' la naissance
des enfants, l'amour tient le premier rang, et souvent mme aprs la
naissance des enfants. Ce qui est encore plus important, c'est que
l'homme peut dompter son penchant ou l'apaiser dans des accouplements
pour lesquels il trouve de nombreuses occasions. La femme, dans les
classes suprieures, quand elle est allie  un homme, est oblige de
se contenter de lui seul, et, mme dans les basses couches sociales,
la polyandrie se heurte encore  des obstacles considrables.

Voil pourquoi, pour la femme, l'homme qu'elle possde signifie
le sexe tout entier. Son importance pour elle devient par ce fait
immense. De plus, les rapports normaux, tels que la loi et les
moeurs les ont tablis entre l'homme et la femme, sont loin d'tre
tablis d'aprs les rgles de la parit et destinent dj la femme 
une grande dpendance.

Sa servitude deviendra encore plus grande par les concessions qu'elle
fait  l'amant pour obtenir de lui cet amour qui pour elle ne peut
se remplacer; dans la mme mesure s'augmenteront les prtentions des
hommes qui sont dcids  mettre  profit leurs avantages et  faire
mtier d'exploiter l'abngation illimite de la femme.

Tels sont: le coureur de dot qui se fait payer des sommes normes
pour dtruire les illusions qu'une vierge s'tait faite de lui; le
sducteur rflchi et calculateur qui compromet une femme et spcule
en mme temps sur la ranon et le chantage; le soldat aux galons d'or,
l'artiste musicien  la crinire de lion qui savent provoquer chez la
femme un brusque: Toi ou la mort! un bon moyen pour payer les dettes
ou pour s'assurer une vie facile; le simple troupier qui, dans
la cuisine, fait payer son amour par la cuisinire en bons repas;
l'ouvrier-compagnon qui mange les conomies de la patronne qu'il a
pouse; et enfin le souteneur qui force par des coups la prostitue,
dont il vit,  lui gagner chaque jour une certaine somme. Ce ne sont
l que quelques-unes des diverses formes de la servitude dans laquelle
la femme tombe forcment par suite de son grand besoin d'amour et des
difficults de sa position.

Il tait ncessaire de donner une courte description de la servitude
sexuelle, car il faut videmment voir en elle le terrain propice d'o
la principale racine du masochisme est sortie. La servitude ainsi que
le masochisme consistent essentiellement en ce que l'individu atteint
de cette anomalie se soumet absolument  la volont d'une personne
d'un autre sexe et subit sa domination[65].

[Note 65: Il peut se produire des cas o la servitude sexuelle
se traduise par les mmes actes que ceux qui sont particuliers au
masochisme. Quand des hommes brutaux battent leurs femmes et que
celles-ci le tolrent par amour, sans cependant avoir la nostalgie
des coups, il y a dans cette servitude un trompe-oeil qui peut nous
faire croire  l'existence du masochisme.]

On peut cependant faire une dmarcation nette entre les deux
phnomnes, car ils diffrent non pas par leur gradation, mais par
leur nature. La servitude sexuelle n'est pas une perversion; elle n'a
rien de morbide. Les lments auxquels elle doit son origine,
l'amour et la faiblesse de la volont, ne sont pas pervers; seule la
disproportion de leurs forces mutuelles donne un rsultat anormal qui
souvent est oppos aux intrts personnels, aux moeurs et aux lois.
Le mobile auquel la partie subjugue obit en subissant la domination,
c'est le penchant normal vers la femme (ou rciproquement vers
l'homme), penchant dont la satisfaction est le prix et la compensation
de la servitude subie. Les actes de la partie subjugue, actes qui
sont l'expression de la servitude sexuelle, sont accomplis sur l'ordre
de la partie dominante pour servir  la cupidit de cette dernire.
Ils n'ont pour la partie assujettie aucun but indpendant, ils ne sont
pour elle que des moyens d'obtenir ou de conserver la possession de la
partie dominatrice, ce qui est le vrai but final. Enfin, la servitude
est une consquence de l'amour pour une personne dtermine; elle n'a
lieu que lorsque cet amour s'est dclar.

Les choses sont tout autres dans le masochisme qui est nettement
morbide, et qui, en un mot, est une perversion. L, le mobile des
actes et des souffrances de la partie assujettie se trouve dans le
charme que la tyrannie exerce sur elle. Elle peut, en mme temps,
dsirer aussi le cot avec la partie dominante; dans tous les cas, son
penchant vise aussi les actes servant d'expression  la tyrannie
comme objets directs de sa satisfaction. Ces actes dans lesquels le
masochisme trouve son expression, ne sont pas pour le subjugu un
moyen d'arriver au but comme c'est le cas dans la servitude, car ils
sont eux-mmes le but final. Enfin, dans le masochisme, la nostalgie
de la soumission se manifeste _a priori_, avant qu'il y ait une
affection pour un objet d'amour concret.

La connexit qu'on peut admettre entre la servitude et le masochisme
vient du trait commun des phnomnes externes de la dpendance, malgr
la diffrence des mobiles; la transition de l'anomalie  la perversion
se produit probablement de la faon suivante.

Celui qui reste pendant longtemps en tat de servitude sexuelle sera
plus enclin  contracter de lgres tendances masochistes. L'amour,
qui supporte volontiers la tyrannie pour l'amour de la personne aime,
devient alors directement un amour de la tyrannie. Quand l'ide d'tre
tyrannis s'est longtemps associe  une reprsentation de l'objet
aim, accompagne d'un sentiment de plaisir, cette manifestation de la
sensation de plaisir finit par se reporter sur la tyrannie mme et
il se produit de la perversion. Voil comment le masochisme peut tre
acquis[66].

[Note 66: C'est un fait bien intressant et qui repose sur
l'analogie qui existe entre la sujtion et le masochisme, relativement
 leur manifestation extrieure, que pour dcrire la servitude
sexuelle on emploie gnralement, soit par plaisanterie, soit au
figur, des expressions comme celles-ci: esclavage, tre enchan,
porter des fers, agiter le fouet sur quelqu'un, atteler quelqu'un 
son char de triomphe, tre aux pieds de quelqu'un, sous le rgne de la
culotte, etc., toutes choses qui, prises au pied de la lettre, sont
pour le masochiste, l'objet de ses dsirs pervers.

Ces locutions images sont d'un frquent usage dans la vie ordinaire
et sont presque devenues triviales. Elles ont pris leur origine
dans la langue potique. De tout temps la posie a vu dans l'image
d'ensemble d'une violente passion amoureuse, l'tat de dpendance
de l'objet qui peut ou qui doit se refuser, et les phnomnes de la
servitude se sont toujours prsents  l'observation des potes. Le
pote, en choisissant des termes comme ceux que nous venons de
citer, pour reprsenter avec des images frappantes la dpendance de
l'amoureux, suit absolument le mme chemin que le masochiste qui, pour
se reprsenter d'une manire frappante sa dpendance (qui est pour lui
le but), cherche  raliser des situations correspondant  son dsir.

Dj la posie antique dsigne l'amante par le mot _domina_ et emploie
de prfrence l'image de la captivit charge de fers (Horace, _Od._,
IV, 11). Ds cette poque et jusqu'aux temps modernes, (comparez
Grillparzer, _Ottokar_, IVe acte: Rgner est si doux, presque aussi
doux qu'obir) la posie galante de tous les sicles est remplie de
phrases et de mtaphores semblables. Sous ce rapport, l'histoire de
l'origine du mot matresse est aussi trs intressante.

Mais la posie ragit sur la vie. C'est de cette faon qu'a pu prendre
naissance le service des dames chez les courtisanes du moyen ge. Ce
service avec adoration des femmes comme matresses dans la socit
aussi bien que dans les liaisons d'amour isoles, en assimilant les
rapports entre faux et serfs avec les rapports entre le chevalier et
sa dame, avec la soumission  tous les caprices fminins, aux preuves
d'amour et aux voeux,  l'engagement d'obissance  tous les ordres
des dames, apparat comme un dveloppement et un perfectionnement
systmatique de la servitude amoureuse. Certains phnomnes extrmes,
commue, par exemple, les souffrances d'Ulric de Lichtenstein ou de
Pierre Vidal au service de leurs dames, ou les menes de la confrrie
des Galois en France qui cherchaient le martyre par amour et se
soumettaient  toutes sortes de tortures, portent dj une empreinte
bien visible du caractre masochiste, et montrent la transition
naturelle d'un tat vers l'autre.]

Un faible degr de masochisme peut bien tre engendr par la servitude
et peut, par consquent, tre acquis. Mais le vrai masochisme complet
et profondment enracin, avec sa nostalgie brlante de soumission ds
la premire enfance, tel que le dpeignent les personnes mmes qui en
sont atteintes, est toujours congnital.

La meilleure explication de l'origine du masochisme complet,
perversion toutefois assez rare, serait dans l'hypothse que cette
perversion est ne de la servitude sexuelle, anomalie de plus en
plus frquente, qui parfois se transmet par hrdit  un individu
psychopathe de faon  dgnrer en perversion. On a dmontr plus
haut qu'un lger dplacement des lments psychiques qui jouent ici
un rle, peut amener cette transition. Ce que peut faire, pour les
cas possibles de masochisme acquis, l'habitude associative, l'hrdit
peut le faire pour les cas bien tablis de masochisme congnital.
Aucun lment nouveau ne s'ajoute alors  la servitude; au contraire,
un lment disparat, le raisonnement qui rattache l'amour  la
dpendance, et qui constitue la diffrence entre l'anomalie et la
perversion, entre la servitude et le masochisme. Il est tout naturel
que ce soit la partie d'instinct seule qui se transmette par hrdit.

Cette transition de l'anomalie  la perversion par transmission
hrditaire s'effectuera facilement, surtout dans le cas o la
disposition psychopathique du descendant fournit un autre facteur
pour le masochisme, c'est--dire l'lment que nous avons appel la
premire cause du masochisme: la tendance des natures sexuellement
hyperesthsies  assimiler aux impressions sexuelles toute impression
qui part de l'objet aim.

C'est de ces deux lments, la servitude sexuelle d'une part, et
d'autre part la prdisposition  l'extase sexuelle qui accepte
avec plaisir les mauvais traitements, c'est de ces deux lments,
disons-nous, dont les causes peuvent tre ramenes jusqu'au domaine
des faits physiologiques, que le masochisme tire son origine, quand
il trouve un terrain psychopathique propice et que l'hyperesthsie
sexuelle amne jusqu'au degr morbide de la perversion les
circonstances physiologiques et anormales de la _vita sexualis_[67].

[Note 67: Quand on voit, ainsi que cela a t dmontr plus haut,
que la servitude sexuelle est un phnomne qui a t constat
bien plus frquemment et avec une intensit plus grande dans le sexe
fminin que dans le sexe masculin, la conclusion s'impose: que le
masochisme (sinon toujours, du moins habituellement) est un legs de
la servitude des ascendants fminins. De cette faon, il entre en
rapport, bien qu'loign, avec l'inversion sexuelle, en raison de ce
fait qu'une perversion qui devrait tre particulire  la femme, se
transmet  l'homme. Cette manire d'envisager le masochisme comme une
inversion sexuelle rudimentaire, comme une _effeminatio_ partielle
qui, dans ce cas, n'atteint que les traits secondaires du caractre de
la _vita sexualis_ (manire de voir que j'ai dj, dans la 6e
dition de cet ouvrage, exprime d'une faon trs nette), est encore
corrobore par les dpositions des malades des observations 44 et
49, cites plus haut, et dont les sujets sont aussi marqus d'autres
traits d'effmination, tous les deux dsignant comme leur idal une
femme relativement plus ge qui les aurait recherchs et conquis.

Il faut cependant noter le fait que la sujtion joue aussi un
rle considrable dans la _vita sexualis_ masculine, et que, par
consquent, le masochisme peut s'expliquer sans l'hypothse de la
transmission des lments fminins  l'homme. Il ne faut pas oublier
non plus,  ce propos, que le masochisme et son oppos le sadisme se
rencontrent quelquefois en combinaisons irrgulires avec l'inversion
sexuelle.]

En tout cas, le masochisme, en tant que perversion sexuelle
congnitale, reprsente aussi dans le tableau de l'hrdit un signe
de dgnrescence fonctionnelle, et cette constatation clinique a t
en particulier confirme par mes propres observations de masochisme et
de sadisme.

Il est facile de prouver que cette tendance psychiquement anormale et
particulire par laquelle le masochisme se manifeste, reprsente une
anomalie congnitale; elle ne se greffe pas sur l'individu port  la
flagellation, par suite d'une association d'ides, comme le supposent
Rousseau et Binet.

Cela ressort de ces cas nombreux, mme de la majorit de ces cas, o
la flagellation n'est jamais venue  l'ide du masochiste, mais o
le penchant pervers visait exclusivement des actes symboliques, qui
expriment la soumission sans causer de douleurs physiques.

Les dtails de l'observation 52 nous renseignent  ce sujet.

Mais on arrive  la mme conclusion, c'est--dire  la constatation
que la flagellation passive ne peut pas tre le noyau qui runit tous
les autres lments autour de lui, mme quand on examine de plus prs
les cas dans lesquels la flagellation passive joue un rle, comme dans
les observations 44 et 49.

Sous ce rapport, l'observation 50 est particulirement instructive,
car il ne peut pas y tre question d'une stimulation sexuelle produite
par une punition reue dans l'enfance. Dans ce cas, il est surtout
impossible de relier le phnomne  un fait ancien, car l'objet du
principal intrt sexuel n'est pas ralisable, mme avec un enfant.

Enfin l'origine purement psychique du masochisme est prouve par la
comparaison du masochisme avec le sadisme. (Voir plus loin.)

Si la flagellation passive se rencontre si frquemment dans le
masochisme, cela s'explique simplement par le fait que la flagellation
est le moyen le plus efficace d'exprimer l'tat de soumission.

Je ne puis que rpter que ce qui diffrencie absolument la simple
flagellation passive de la flagellation base sur un dsir masochiste,
c'est que, dans le premier cas, l'acte est un moyen pour rendre
possible le cot ou l'jaculation, tandis que, dans le dernier cas,
c'est un moyen pour obtenir une satisfaction de l'me dans le sens des
dsirs masochistes.

Ainsi que nous l'avons vu plus haut, les masochistes se soumettent
aussi  d'autres mauvais traitements et  des souffrances pour
lesquelles il ne peut tre question d'une excitation voluptueuse
rflexe. Comme ces faits sont trs nombreux, il faut examiner dans
quelle proportion existent la douleur et le plaisir dans de pareils
actes, et aussi dans la flagellation des masochistes.

De la dposition d'un masochiste, il rsulte le fait suivant.

La proportion n'est pas telle que l'individu prouve simplement
comme plaisir physique ce qui ordinairement cause de la douleur; mais
l'individu se trouvant en extase masochiste, ne sent pas la douleur,
soit que, grce  son tat passionnel, (comme chez le soldat au
milieu de la mle et de la bataille), il n'ait pas la perception de
l'impression physique produite sur les nerfs de son piderme, soit
que, grce  la trop grande abondance de sensations voluptueuses
(comme chez les martyrs ou dans l'extase religieuse), l'ide des
mauvais traitements n'entre dans son esprit que comme un symbole et
sans les attributs de la douleur.

Dans la deuxime alternative, il y a pour ainsi dire une
surcompensation de la douleur physique par le plaisir psychique, et
c'est cet excdent qui reste seul comme plaisir psychique dans la
conscience. Cet excdent de plaisir est encore renforc soit
par l'influence des rflexes spinaux, soit par une accentuation
particulire des impressions sensibles dans le sensorium; il se
produit une espce d'hallucination de volupt physique, avec une
localisation vague de la sensation projete au dehors.

Des phnomnes analogues paraissent se produire dans
l'auto-flagellation des extasis religieux (fakirs, derviches
hurlants, flagellants), seulement les images qui provoquent la
sensation de plaisir ont une autre forme. L aussi on peroit l'ide
de la torture sans ses attributs de douleur, la conscience tant trop
remplie par l'ide accentue du plaisir de servir Dieu en subissant
des tortures, de racheter ses pchs, de gagner le ciel, etc.


MASOCHISME ET SADISME

Le sadisme est l'oppos complet du masochisme. Tandis que celui-ci
veut supporter des douleurs et se sentir soumis, celui-l cherche 
provoquer la souffrance et  violenter.

Le paralllisme est complet. Tous les actes et toutes les scnes qui
sont excuts par le sadiste d'une faon active, constituent
l'objet des dsirs du masochiste dans son rle passif. Dans les deux
perversions ces actes passent graduellement des procds symboliques
aux tortures les plus graves. L'assassinat par volupt lui-mme,
comble du sadisme, trouve sa contre-partie passive dans le masochisme,
bien entendu uniquement comme imagination, ainsi que cela rsulte de
l'observation 53. Ces deux perversions peuvent, dans des circonstances
favorables, subsister  ct d'une _vita sexualis_ normale; dans
les deux cas, les actes par lesquels elles se manifestent servent de
prparatifs au cot ou bien le remplacent[68].

[Note 68: Naturellement toutes deux ont  combattre des
contre-motifs esthtiques et thiques dans le for intrieur. Mais,
lorsqu'il les a vaincus, le sadisme, en se manifestant dans le monde
extrieur, entre en conflit avec le Code pnal. Tel n'est pas le cas
du masochisme, ce qui explique la plus grande frquence des actes
masochistes. Par contre,  la ralisation de ces derniers s'opposent
l'instinct de la conservation et la crainte de la douleur physique.
La signification pratique du masochisme n'existe que dans ses rapports
avec l'impuissance psychique, tandis que celle du sadisme a surtout
une porte mdico-lgale.]

L'analogie ne concerne pas seulement les symptmes extrieurs; elle
s'tend aussi  l'essence intime des deux perversions.

On doit les considrer toutes les deux comme des psychopathies
congnitales chez des individus dont l'tat psychique est anormal et
qui sont atteints surtout d'_hypersthesia sexualis_ psychique, et
habituellement d'autres anomalies accessoires; dans chacune de
ces deux perversions on peut tablir l'existence de deux lments
constitutifs qui tirent leur origine de faits psychiques intervenant
dans la zone physiologique.

Ainsi que je l'ai indiqu plus haut, pour le masochisme, ces lments
consistent dans les faits suivants: 1 Dans la passion sexuelle,
chaque action partant du _consors_ provoque par elle-mme et
indpendamment de la nature de cette action une sensation de plaisir
qui, dans le cas d'_hypersthesia sexualis_, peut aller jusqu'
compenser et au del toute sensation de douleur; 2 La servitude
sexuelle produisant dans la vie psychique des phnomnes qui en
eux-mmes ne sont pas de nature perverse, peut, dans des conditions
pathologiques, devenir un besoin de soumission morbide s'accompagnant
de sensations de plaisir, ce qui--quand mme l'hypothse d'une
hrdit maternelle serait laisse de ct--indique une dgnrescence
pathologique de l'instinct physiologique de soumission qui caractrise
la femme.

De mme, pour expliquer le sadisme, on trouve deux lments
constitutifs dont l'origine peut tre ramene jusque dans le domaine
physiologique: 1 Dans la passion sexuelle, il peut se produire une
sorte d'motion psychique, un penchant  agir sur l'objet aim de la
faon la plus forte possible ce qui, chez des individus sexuellement
hyperesthsis, peut devenir une envie de causer de la douleur; 2 Le
rle actif de l'homme, la ncessit de conqurir la femme, peuvent,
dans des circonstances pathologiques donnes, se transformer en dsir
d'obtenir d'elle une soumission illimite.

Ainsi le masochisme et le sadisme se prsentent comme la contre-partie
complte l'un de l'autre. Ce qui corrobore ce fait, c'est que, pour
les individus atteints de l'une ou de l'autre de ces deux perversions,
l'idal est toujours une perversion oppose  la leur et qui se
manifesterait chez une personne de l'autre sexe. Comme exemples 
l'appui, il suffit de citer les observations 44 et 49 ainsi que les
_Confessions_ de Rousseau.

La comparaison du masochisme et du sadisme peut encore servir 
carter compltement cette hypothse que le masochisme tirerait son
origine primitive de l'effet rflexe de la flagellation passive, et
que tout le reste ne serait que le produit d'associations d'ides se
rattachant au souvenir de la flagellation, ainsi que l'a soutenu Binet
dans son explication du cas de Jean-Jacques Rousseau et ainsi que
Rousseau lui-mme l'a cru. De mme la torture active qui, pour le
sadiste, est le but du dsir sexuel, ne produit aucune excitation
des nerfs sensitifs; par consquent l'origine psychique de cette
perversion ne saurait tre mise en doute. Mais le sadisme et le
masochisme sont tellement similaires, ils se ressemblent tellement
en tous points, que la conclusion par analogie de l'un  l'autre est
permise, et qu'elle suffirait  elle seule  tablir le caractre
psychique du masochisme.

La comparaison de tous les lments et phnomnes du masochisme et
du sadisme tant faite, si nous rsumons le rsultat de tous les cas
observs plus haut, nous pouvons tablir que: le plaisir  causer de
la douleur et le plaisir  la subir ne sont que deux faces diffrentes
d'un mme processus psychique dont l'origine essentielle est l'ide de
la soumission active ou passive, tandis que la runion de la
cruaut et de la volupt n'a qu'une importance psychologique d'ordre
secondaire. Les actes cruels servent  exprimer cette soumission, tout
d'abord parce qu'ils constituent le moyen le plus fort de traduire cet
tat, et puis, parce qu'ils reprsentent la plus forte impression que,
sauf le cot et en dehors du cot, un individu peut produire sur un
autre.

Le sadisme et le masochisme sont le rsultat d'associations d'ides
dans le mme sens que tous les phnomnes compliqus de la vie
psychique. La vie psychique consiste,  part la production des
lments primitifs de la conscience, uniquement en associations et
disjonctions de ces lments.

Le rsultat principal des analyses que nous venons de faire, c'est
que le masochisme et le sadisme, ne sont point le produit d'une
association de hasard due  un incident occasionnel,  une
concidence de temps, mais qu'ils sont bien ns d'associations dont
la prformation, mme dans les circonstances normales, est trs
rapproche, ou qui, dans certaines conditions (hyperesthsie
sexuelle), se nouent trs facilement. Un instinct sexuel accru d'une
faon anormale se dveloppe non seulement en hauteur mais aussi en
largeur. En dbordant sur les sphres voisines, il se confond avec
elles et accomplit ainsi l'association pathologique qui est l'essence
de ces deux perversions[69].

[Note 69: V. Schrenk-Notzing qui, dans l'explication de toutes les
perversions, met au premier rang l'occasion et qui prfre l'hypothse
d'une perversion acquise grce aux circonstances extrieures 
l'hypothse de la prdisposition congnitale, donne aux phnomnes
du masochisme et du sadisme (qu'il appelle algolagnie active et
passive) une place intermdiaire entre la perversion acquise et
congnitale. Ces phnomnes, il est vrai, ne peuvent, dans certains
cas, s'expliquer que par une prdisposition congnitale; mais,
ajoute-t-il, dans une partie des autres cas, l'acquisition par une
concidence de hasard doit videmment jouer le rle principal (_op.
cit._, p. 179).

La dmonstration de cette dernire assertion est faite avec
casuistique. L'auteur reproduit deux observations de la _Psychopathia
sexualis_ de l'dition actuelle, et il montre comment, dans ces cas,
une concidence occasionnelle, l'aspect d'une fille saignante ou d'un
enfant fouett, d'une part, une excitation sexuelle du spectateur,
d'autre part, peut fournir la raison suffisante d'une association
pathologique.

En prsence de cette hypothse, il faut cependant considrer comme
concluant le fait, que chez tout individu hyperesthsique, les
excitations et les mouvements prcoces de la vie sexuelle ont concid
au point de vue du temps, avec bien des lments htrognes, tandis
que les associations pathologiques, ne se relient qu' certains faits
peu nombreux et bien dtermins (faits sadistes et masochistes).
Nombre d'lves se sont livrs aux excitations et aux satisfactions
sexuelles pendant les leons de grammaire, de mathmatiques, dans la
salle de classe et dans des lieux secrets, sans que des associations
perverses en soient rsultes.

Il en ressort jusqu' l'vidence que l'aspect des scnes de
flagellation et d'actes semblables peut bien faire sortir de son tat
latent une association pathologique, dj existante, mais qu'il ne
peut pas en crer une, sans compter que, parmi les faits nombreux
qui se prsentent, ce sont prcisment avec ceux qui normalement
provoquent le dplaisir que l'instinct sexuel veill se met en
rapport.

Ce que nous venons de dire servira galement de rponse  l'opinion
de Binet qui, lui aussi, veut expliquer par des associations de hasard
tous les phnomnes dont il est ici question.]

Bien entendu, les choses ne se passent pas toujours de cette manire,
et il y a des cas d'hyperesthsie sans perversion. Les cas de pure
_hypersthesia sexualis_, du moins ceux qui sont d'une intensit
frappante, sont plus rares que les cas de perversion. Ce qui est
intressant, mais ce qui est bien difficile  expliquer, ce sont les
cas o le masochisme et le sadisme se manifestent simultanment chez
le mme individu. Telles sont les observations 49 et 57, mais surtout
l'observation 30, qui montre que c'est prcisment l'ide de la
soumission soit active, soit passive, qui forme la base du dsir
pervers. On peut, dans bien d'autres cas, reconnatre aussi les traces
plus ou moins nettes d'un tat de choses analogue. videmment c'est
toujours l'une des deux perversions qui l'emporte et de beaucoup.

tant donne cette prdominance dcisive de l'une des deux perversions
et leur manifestation tardive dans ce cas, on peut supposer que seule
l'une des deux, la perversion prdominante, est congnitale, tandis
que l'autre a t acquise. Les ides de soumission et de mauvais
traitements actifs ou passifs, accompagnes de sensations de plaisir,
se sont profondment enracines chez l'individu.  l'occasion,
l'imagination essaie de se placer dans la mme sphre de
reprsentation, mais avec un rle inverse. Elle peut mme arriver 
une ralisation de cette inversion. Ces essais, soit en imagination,
soit en ralit, sont, dans la plupart des cas, bientt abandonns
comme n'tant pas adquats  la tendance primitive.

Le masochisme et le sadisme se trouvent aussi combins avec
l'inversion sexuelle en des formes et des degrs trs varis.
L'individu atteint d'inversion sexuelle peut tre sadiste aussi bien
que masochiste. Comparez  ce sujet l'observation 48 de ce livre,
l'observation 49 de la 7e dition et les nombreux cas d'inversion
sexuelle qui seront traits plus loin.

Toutes les fois que sur la base d'une individualit nvropathique
s'est dveloppe une perversion sexuelle, l'hyperesthsie sexuelle,
qu'il faut supposer dans ce cas, peut aussi produire les symptmes du
masochisme et du sadisme; tantt une de ces deux perversions, tantt
toutes les deux ensemble, de sorte que l'une est engendre par
l'autre. Le masochisme et le sadisme se prsentent donc comme les
formes fondamentales des perversions sexuelles qui peuvent se montrer
sur tout le terrain des aberrations de l'instinct gnital.


3.--ASSOCIATION DE L'IMAGE DE CERTAINES PARTIES DU CORPS OU DU
VTEMENT FMININ AVEC LA VOLUPT.--FTICHISME

Dans nos considrations sur la psychologie de la vie sexuelle normale,
qui ont servi d'entre en matire  ce livre, nous avons montr
que, mme dans les limites de l'tat physiologique, l'attention
particulirement concentre sur certaines parties du corps de
personnes de l'autre sexe et surtout sur certaines formes de
ces parties du corps, peut devenir d'une grande importance
psycho-sexuelle. Qui plus est, cette force d'attraction particulire
pour certaines formes et certaines qualits agit sur beaucoup d'hommes
et mme sur la plupart; elle peut tre considre comme le vrai
principe de l'individualisation en amour.

Cette prdilection pour certains traits distincts du caractre
physique de personnes de l'autre sexe, prdilection  ct de laquelle
il y a aussi quelquefois une prfrence manifeste pour certains
caractres psychiques, je l'ai dsigne par le mot ftichisme, en
m'appuyant sur Binet (_Du ftichisme en amour, Revue Philosophique_,
1887) et sur Lombroso (prface de l'dition allemande de son ouvrage).
En effet, l'enthousiasme et l'adoration de certaines parties du corps
ou d'une partie de la toilette,  la suite des ardeurs sexuelles,
rappelle  beaucoup de points de vue l'adoration des reliques,
des objets sacrs, etc., dans les cultes religieux. Ce ftichisme
physiologique a t dj trait  fond plus haut.

Cependant, sur le terrain psycho-sexuel, il y a, a ct du ftichisme
physiologique, un ftichisme incontestablement pathologique et
rotique, sur lequel nous possdons dj de nombreux documents
humains et dont les phnomnes prsentent un grand intrt en clinique
psychiatrique et mme dans certaines circonstances mdico-lgales.
Ce ftichisme pathologique ne se rapporte pas uniquement  certaines
parties du corps vivant, mais mme  des objets inanims qui cependant
sont toujours des parties de la toilette de la femme et par l se
trouvent en connexit troite avec son corps.

Ce ftichisme pathologique se rattache par des liens intermdiaires et
graduels avec le ftichisme physiologique, de sorte que--du moins pour
le ftichisme du corps--il est presque impossible d'indiquer par une
ligne de dmarcation nette o la perversion commence. En outre, la
sphre totale du ftichisme corporel ne se trouve pas en dehors de la
sphre des choses qui, dans les conditions normales, agissent comme
stimulants de l'instinct gnital; au contraire, il y trouve sa place.
L'anomalie consiste seulement, en ce qu'une impression d'une partie
de l'image de la personne de l'autre sexe, absorbe par elle-mme tout
l'intrt sexuel, de sorte qu' ct de cette impression partielle,
toutes les autres impressions s'effacent ou laissent plus ou moins
indiffrent.

Voil pourquoi il ne faut pas considrer le ftichiste d'une partie
du corps comme un _monstrum per excessum_, tel que le sadiste ou le
masochiste, mais plutt comme un _monstrum per defectum_. Ce n'est pas
la chose qui agit sur lui comme charme qui est anormale, c'est plutt
le fait que les autres parties n'ont plus de charme pour lui; c'est,
en un mot, la restriction du domaine de son intrt sexuel, qui
constitue ici l'anomalie. Il est vrai que cet intrt sexuel resserr
dans des limites plus troites, clate avec d'autant plus d'intensit,
et avec une intensit pousse jusqu' l'anomalie. On pourrait bien
indiquer comme un moyen pour dterminer la ligne de dmarcation du
ftichisme pathologique, d'examiner tout d'abord si l'existence du
ftiche est une _conditio sine qua non_ pour pouvoir accomplir le
cot. Mais, en examinant les faits de plus prs, nous verrons que la
dlimitation base sur ce principe n'est exacte qu'en apparence. Il y
a des cas nombreux o, malgr l'absence du ftiche, le cot est
encore possible, bien qu'incomplet, forc (souvent avec le secours de
l'imagination qui reprsente des objets en rapport avec le ftiche);
mais c'est surtout un cot qui ne satisfait pas et mme fatigue.
Ainsi, en examinant de plus prs les phnomnes psychiques et
subjectifs, on ne trouve que des cas intermdiaires dont une partie
n'est caractrise que par une prfrence purement physiologique,
tandis que pour les autres il y a impuissance psychique en l'absence
du ftiche.

Il vaudrait peut-tre mieux chercher le critrium de l'lment
pathologique du ftichisme corporel sur le terrain de la subjectivit
psychique.

La concentration de l'intrt sexuel sur une partie dtermine du
corps, sur une partie--ce sur quoi il faut insister--qui n'a aucun
rapport direct avec le _sexus_ (comme les mamelles ou les parties
gnitales externes), amne souvent les ftichistes corporels  ne plus
considrer le cot comme le vrai but de leur satisfaction sexuelle,
mais  le remplacer par une manipulation quelconque faite sur la
partie du corps qu'ils considrent comme ftiche. Ce penchant dvoy
peut tre considr, chez le ftichiste corporel, comme le critrium
de l'tat morbide, que l'individu atteint soit capable ou non de faire
le cot.

Mais le ftichisme des choses ou des vtements peut, dans tous les
cas, tre considr comme un phnomne pathologique, son objet se
trouvant en dehors de la sphre des charmes normaux de l'instinct
gnital.

L aussi les symptmes prsentent une analogie apparente avec les
faits de la _vita sexualis_ physiquement normale; mais en ralit
l'ensemble intime du ftichisme pathologique est de nature tout  fait
diffrente. Dans l'amour exalt d'un homme physiquement normal, le
mouchoir, le soulier, le gant, la lettre, la fleur qu'elle a donn,
la mche de cheveux, etc., peuvent aussi tre des objets d'idoltrie,
mais uniquement parce qu'ils reprsentent une forme du souvenir de
l'amante absente ou dcde, et qu'ils servent  reconstituer la
totalit de la personnalit aime. Le ftichiste pathologique ne
saisit pas les rapports de ce genre. Pour lui, le ftiche est la
totalit de sa reprsentation. Partout o il l'aperoit il en
ressent une excitation sexuelle, et le ftiche produit sur lui son
impression[70].

[Note 70: Dans _Thrse Raquin_, de Zola, o l'homme embrasse
plusieurs fois les bottines de l'amante, il s'agit d'un fait tout
diffrent de celui des ftichistes du soulier ou des bottines qui, 
l'aspect de n'importe quelle bottine au pied d'une dame, ou mme
d'une bottine seule, entrent en extase voluptueuse et arrivent mme 
l'jaculation.]

D'aprs les faits observs jusqu'ici, le ftichisme pathologique
parat ne se produire que sur le terrain d'une prdisposition
psychopathique et hrditaire ou sur celui d'une maladie psychique
existante. De l vient qu'il se montre combin avec d'autres
perversions primitives de l'instinct gnital et qui ont la mme
source. Chez les individus atteints d'inversion sexuelle, chez les
sadistes et les masochistes, le ftichisme se rencontre souvent sous
ses formes les plus varies. Certaines formes du ftichisme corporel
(le ftichisme de la main ou du pied) ont mme avec le masochisme et
le sadisme des relations plus ou moins obscures.

Bien que le ftichisme se base sur une disposition psychopathique
gnrale et congnitale, cette perversion en elle-mme n'est pas
primitive de sa nature comme celles que nous avons traites jusqu'ici;
elle n'est pas congnitale, comme nous l'avons dit du sadisme et du
masochisme. Tandis que, dans le domaine des perversions sexuelles qui
nous ont occup jusqu'ici, l'observateur n'a rencontr que des cas
d'origine congnitale, il trouvera dans le domaine du ftichisme des
cas exclusifs de perversion acquise.

Tout d'abord, pour le ftichisme, on peut souvent tablir qu'une cause
occasionnelle a fait natre cette perversion.

Ensuite, on ne trouve pas dans le ftichisme ces phnomnes
physiologiques qui, dans le domaine du sadisme et du masochisme, sont
pousss par une hyperesthsie sexuelle gnrale jusqu' la perversion,
et qui justifient l'hypothse de leur origine congnitale. Pour le
ftichisme, il faut chaque fois un incident qui fournisse matire  la
perversion. Ainsi que je l'ai dit plus haut, c'est un phnomne de la
vie sexuelle normale, de s'extasier devant telle ou telle partie de
la femme: mais c'est prcisment la concentration de la totalit de
l'intrt sexuel sur cette impression partielle, qui constitue le
point essentiel, et cette concentration doit s'expliquer par un motif
spcial pour chaque individu atteint de ce genre d'aberration.

On peut donc se rallier  l'opinion de Binet que, dans la vie de tout
ftichiste, il faut supposer un incident, qui a dtermin par des
sensations de volupt l'accentuation de cette impression isole. Cet
incident doit tre plac  l'poque de la plus tendre jeunesse, et
concide ordinairement avec le premier veil de la _vita sexualis_.
Ce premier veil a eu lieu simultanment avec une impression sexuelle
provoque par une apparition partielle (car ce sont toujours des
choses qui ont quelque rapport avec la femme); il enregistre cette
impression partielle et la garde comme objet principal de l'intrt
sexuel pour toute la dure de sa vie.

Ordinairement, l'individu atteint ne se rappelle pas l'occasion qui a
fait natre l'association d'ides. Il ne lui reste dans la conscience
que le rsultat de cette association. Dans ce cas, c'est en gnral
la prdisposition aux psychopathies, l'hyperesthsie qui est
congnitale[71].

[Note 71: Quand Binet prtend, au contraire, que toute perversion
sexuelle, sans exception, repose sur un incident pareil agissant
sur un individu prdispos--(il entend par prdisposition uniquement
l'hyperesthsie en gnral),--il faut remarquer que cette hypothse
n'est ni ncessaire ni suffisante pour expliquer les autres
perversions sexuelles, except le ftichisme, ainsi que nous l'avons
dmontr prcdemment. On ne peut pas comprendre comment, la vue
d'un individu qu'on flagelle, aurait prcisment pour effet d'exciter
sexuellement un autre individu, mme trs excitable, si l'alliance
physiologique entre la volupt et la cruaut, chez cet individu
anormalement excitable n'avait produit un sadisme primitif. Cependant,
les associations d'ides sur lesquelles repose le ftichisme rotique,
ne sont pas tout  fait dues au hasard. De mme que les associations
sadistes et masochistes sont prformes par le voisinage d'lments
respectifs dans l'me du sujet, de mme la possibilit des
associations ftichistes est prpare par les attributs de l'objet
et s'explique aussi par cette prparation. Ce sont toujours les
impressions d'une partie de la femme (y compris le vtement) dont il
s'agit dans ce cas. Les associations ftichistes dues au pur hasard
n'ont pu tre constates que dans trs peu des cas qui seront cits
plus loin.]

Comme les perversions que nous avons tudies jusqu'ici, le ftichisme
peut se manifester  l'extrieur par les actes les plus tranges,
les plus contraires  la nature et mme par des actes criminels:
satisfaction sur le corps de la femme _loco indebito_, vol et rapt
d'objets agissant comme ftiches, souillure de ces objets, etc.

L aussi tout dpend de l'intensit du penchant pervers et de la force
relative des contre-motifs thiques.

Les actes pervers des ftichistes peuvent, comme ceux des individus
atteints d'autres perversions, remplir  eux seuls toute la _vita
sexualis_ externe, mais ils peuvent aussi se manifester  ct de
l'acte sexuel normal, selon que la puissance physique et psychique,
l'excitabilit par les charmes normaux se sont plus ou moins
conserves. Dans le dernier cas, la vue ou l'attouchement du ftiche
sert souvent d'acte prparatoire ncessaire.

D'aprs ce que nous venons de dire, la grande importance pratique qui
se rattache aux faits de ftichisme pathologique se montre dans deux
circonstances.

Premirement, le ftichisme pathologique est souvent une cause
d'impuissance psychique[72].

[Note 72: On peut considrer comme une sorte de ftichisme
psychique, le fait trs frquent, que de jeunes maris qui autrefois
ont beaucoup frquent les prostitues, se trouvent impuissants en
prsence de la chastet de leurs jeunes pouses. Un de mes clients n'a
jamais t puissant en prsence de sa jeune femme, belle et chaste,
parce qu'il tait habitu aux procds lascifs des prostitues.
S'il essayait de temps en temps le cot avec les _puell_, il tait
parfaitement puissant. Hammond rapporte un cas tout  fait analogue et
trs intressant. Il est vrai que dans de pareils cas le remords ainsi
que la crainte d'tre impuissant jouent un certain rle.]

Comme l'objet sur lequel se concentre l'intrt sexuel du ftichiste,
n'a par lui-mme aucun rapport immdiat avec l'acte sexuel normal,
il arrive souvent que le ftichiste cesse, par sa perversion, d'tre
sensible aux charmes normaux, ou que, du moins, il ne peut faire le
cot qu'en concentrant son imagination sur le ftiche. Dans cette
perversion, de mme que dans beaucoup d'autres, il y a tout d'abord,
par suite de la difficult  obtenir une satisfaction adquate, une
tendance continuelle  l'onanisme psychique et physique, surtout
chez les individus encore jeunes et chez d'autres encore que des
contre-motifs esthtiques font reculer devant la ralisation de leurs
dsirs pervers. Inutile de dire que l'onanisme, soit psychique soit
physique, auquel ils ont t amens, ragit d'une faon funeste sur
leur constitution physique et sur leur puissance.

Secondement, le ftichisme est d'une grande importance mdico-lgale.
De mme que le sadisme peut dgnrer en assassinat, provoquer des
coups et des blessures, le ftichisme peut pousser au vol et mme 
des actes de brigandage.

Le ftichisme rotique a pour objet, ou une certaine partie du corps
du sexe oppos, ou une certaine partie de la toilette de la femme, ou
mme une toffe qui sert  l'habillement. (Jusqu'ici on ne connat des
cas de ftichisme pathologique que chez l'homme; voil pourquoi nous
ne parlons que du corps et de la toilette de la femme.)

Les ftichistes se divisent donc en trois groupes.


A.--LE FTICHE EST UNE PARTIE DU CORPS DE LA FEMME

Dans le ftichisme physiologique, ce sont surtout l'oeil, la main,
le pied et les cheveux de la femme qui deviennent souvent ftiches; de
mme dans le ftichisme pathologique, ce sont la plupart du temps
ces mmes parties du corps qui deviennent l'objet unique de l'intrt
sexuel. La concentration exclusive de l'intrt sur ces parties
pendant que toutes les autres parties de la femme s'effacent, peut
amener la valeur sexuelle de la femme  tomber jusqu' zro, de sorte
qu'au lieu du cot, ce sont des manipulations tranges avec l'objet
ftiche qui deviennent le but du dsir. Voil ce qui donne  ces cas
un caractre pathologique.

    OBSERVATION 73 (Binet, _op. cit._).--X..., trente-sept
    ans, professeur de lyce; dans son enfance a souffert de
    convulsions.  l'ge de dix ans il commena  se masturber,
    avec des sensations voluptueuses se rattachant  des ides
    bien tranges. Il tait enthousiasm pour les yeux de la
    femme; mais comme il voulait  tout prix se faire une ide
    quelconque du cot et qu'il tait tout  fait ignorant _in
    sexualibus_, il en arriva  placer le sige des parties
    gnitales de la femme dans les narines, endroit qui est le
    plus proche des yeux. Ses dsirs sexuels trs vifs tournent, 
    partir de ce moment, autour de cette ide. Il fait des dessins
    qui reprsentent des profils grecs trs corrects, des ttes de
    femmes, mais avec des narines si larges que l'_immissio penis_
    devient possible.

    Un jour, il voit dans un omnibus une fille chez laquelle il
    croit reconnatre son idal. Il la poursuit jusque dans son
    logement, demande sa main, mais on le met  la porte; il
    revient toujours jusqu' ce qu'on le fasse arrter. X... n'a
    jamais eu de rapports sexuels avec des femmes.

Les ftichistes de la main sont trs nombreux. Le cas suivant que nous
allons citer n'est pas encore tout  fait pathologique. Nous le citons
comme cas intermdiaire.

    OBSERVATION 74.--B..., de famille nvropathique, trs sensuel,
    sain d'esprit, tombe en extase  la vue d'une belle main de
    femme jeune, et sent alors de l'excitation sexuelle allant
    jusqu' l'rection. Baiser et presser la main, c'est pour lui
    le suprme bonheur.

    Il se sent malheureux tant qu'il voit cette main recouverte
    d'un gant. Sous prtexte de dire la bonne aventure, il cherche
     s'emparer des mains. Le pied lui est indiffrent. Si les
    belles mains sont ornes de bagues, cela augmente son plaisir.
    Seule la main vivante, et non l'image d'une main, lui produit
    cet effet voluptueux. Mais, quand il s'est puis  la suite
    de cots ritrs, la main perd alors pour lui son charme
    sexuel. Au dbut, le souvenir des mains fminines le troublait
    mme dans ses travaux. (Binet, _op. cit._)

Binet rapporte que ces cas d'enthousiasme pour la main de la femme
sont trs nombreux.

Rappelons  ce propos qu'il y a enthousiasme pour la main de la femme
dans l'observation 24 pour des motifs sadistes et dans l'observation
46 pour des raisons masochistes. Ces cas admettent donc des
interprtations multiples.

Mais cela ne veut pas dire que tous les cas de ftichisme de la
main ou mme la plupart de ces cas demandent ou ncessitent une
interprtation sadiste ou masochiste.

Le cas suivant, trs intressant et observ minutieusement, nous
apprend que, bien qu'au dbut un lment sadiste ou masochiste ait t
en jeu, cet lment semble avoir disparu  l'poque de la maturit de
l'individu et aprs que la perversion ftichiste se fut compltement
dveloppe. On peut supposer que, dans ce cas, le ftichisme a pris
naissance par une association accidentelle; c'est une explication trs
suffisante.

    OBSERVATION 75.--Cas de ftichisme de la main communiqu par
    le docteur Albert Moll.--P. L..., vingt-huit ans, ngociant
    en Westphalie.  part le fait que le pre du malade tait un
    homme d'une mauvaise humeur excessive et d'un caractre un peu
    violent, aucune tare hrditaire ne peut tre note dans sa
    famille.

     l'cole, le malade n'tait pas trs appliqu; il n'a jamais
    pu concentrer pendant longtemps son attention sur un sujet; en
    revanche, ds son enfance, il avait beaucoup d'amour pour la
    musique. Son temprament fut toujours un peu nerveux.

    En 1890 il est venu me voir, se plaignant de maux de tte et
    de ventre qui m'ont fait l'effet de douleurs neurasthniques.
    Le malade avoue en outre qu'il manque d'nergie. Ce n'est
    qu'aprs des questions bien dtermines et bien prcises, que
    le malade m'a donn les renseignements suivants sur sa vie
    sexuelle. Autant qu'il peut se rappeler, c'est  l'ge de sept
    ans que se sont manifests chez lui les premiers symptmes
    d'motion sexuelle. _Si pueri ejusdem fere tatis mingentis
    membrum adspexit, valde libidinibus excitatus est._ L...
    assure que cette motion tait accompagne d'rections
    manifestes.

    Sduit par un autre garon, L... a t amen  l'onanisme
     l'ge de sept ou huit ans. D'une nature trs facile 
    exciter, dit L..., je me livrai trs frquemment  l'onanisme
    jusqu' l'ge de dix-huit ans, sans que j'aie eu une
    conception nette ni des consquences fcheuses ni de la
    signification de ce procd. Il aimait surtout _cum nonnulis
    commilitonibus mutuam masturbationem tractare_; mais il ne lui
    tait pas du tout indiffrent d'avoir tel ou tel garon; au
    contraire, il n'y avait que peu de ses camarades qui auraient
    pu le satisfaire dans ce sens. Je lui demandai pour quelle
    raison il prfrait un garon  un autre; L... me rpondit
    que ce qui le sduisait dans la masturbation mutuelle avec un
    camarade d'cole, c'tait quand un de ses camarades avait une
    belle main blanche. L... se rappelle aussi que souvent, au
    commencement de la leon de gymnastique, il s'occupait  faire
    des exercices seul sur une barre qui se trouvait dans un
    coin loign; il le faisait dans l'intention _ut quam maxime
    excitaretur idque tantopere assecutus est, ut membro manu non
    tacto, sine ejuculatione--puerili tate erat--voluptatem clare
    senserit_. Il est encore un incident fort intressant de
    sa premire jeunesse dont le malade se rappelle. Un de
    ses camarades favoris N..., avec lequel L... pratiquait
    la masturbation mutuelle, lui fit un jour la proposition
    suivante: _ut L... membrum N...i apprehendere conaretur_; N...
    se dbattrait autant que possible et essayerait d'en empcher
    L... L... accepta la proposition.

    L'onanisme tait donc directement associ  une lutte des deux
    garons, lutte dans laquelle N... tait toujours vaincu[73].

    [Note 73: C'est ainsi une sorte de sadisme rudimentaire
    chez L... et de masochisme rudimentaire chez N...]

    La lutte se terminait rgulirement _ut tandem coactus
    sit membrum masturbari_. L... m'affirme que ce genre de
    masturbation lui a procur un plaisir tout  fait particulier
    de mme qu' N... Il se masturba frquemment jusqu' dix-huit
    ans. Instruit par un ami des consquences de ses pratiques,
    L... fit tous les efforts possibles et usa de toute son
    nergie pour lutter contre sa mauvaise habitude. Cela lui
    russit peu  peu, jusqu' ce qu'il eut accompli son premier
    cot, ce qui lui arriva  vingt et un ans et demi; il
    abandonna alors compltement l'onanisme qui lui parat
    maintenant incomprhensible, et il est pris de dgot en
    songeant qu'il a pu trouver du plaisir  pratiquer l'onanisme
    avec des garons. Aucune puissance humaine, dit-il, ne
    pourrait aujourd'hui le dcider  toucher le membre d'un autre
    homme; la vue seule du pnis d'autrui lui est odieuse. Tout
    penchant pour l'homme a disparu chez lui et le malade ne se
    sent attir que vers la femme.

    Il faut cependant rappeler que malgr son penchant bien
    prononc pour la femme, il subsiste toujours chez L... un
    phnomne anormal.

    Ce qui l'excite surtout chez la femme, c'est la vue d'une
    belle main; L... est de beaucoup plus motionn en touchant
    une belle main de femme, _quam si eamdem feminam plane nudatam
    adspiceret_.

    Jusqu' quel point va la prdilection de L... pour une belle
    main de femme? Nous allons le voir par le fait suivant.

    L... connaissait une belle jeune femme, doue de tous les
    charmes; mais sa main tait quelque peu trop grande et n'tait
    peut-tre pas toujours aussi propre que L... l'aurait dsir.
    Par suite de cette circonstance, il tait non seulement
    impossible  L... de porter un intrt srieux  cette dame,
    mais il n'tait mme pas capable de la toucher. Il dit qu'il
    n'y a rien qui le dgote autant que des ongles mal soigns;
    seul l'aspect d'ongles malpropres le met dans l'impossibilit
    de tolrer le moindre contact avec une dame, ft-elle la plus
    belle. D'ailleurs, pendant les annes prcdentes, L... avait
    souvent remplac le cot _ut puellam usque ad ejaculationem
    effectam membrum suum manu tractare jusserit_.

    Je lui demande ce qui l'attire particulirement dans la main
    de la femme, s'il voit surtout dans la main le symbole du
    pouvoir et s'il prouve du plaisir  subir une humiliation
    directe de la femme. Le malade me rpond que c'est uniquement
    la belle forme de la main qui l'excite, qu'tre humili par
    une femme ne lui procurerait aucune satisfaction et que,
    jusqu'ici, jamais l'ide ne lui est venue de voir dans la
    main le symbole ou l'instrument du pouvoir de la femme. Sa
    prdilection pour la main de la femme est encore aujourd'hui
    si forte chez lui, _ut majore voluptate afficiatur si manus
    femin membrum tractat, quam coitu in vaginam_. Pourtant,
    le malade prfre accomplir le cot, parce que celui-ci lui
    parat naturel, tandis que l'autre procd lui semble tre un
    penchant morbide. Le contact d'une belle main fminine sur
    son corps cause au malade une rection immdiate; il dit que
    l'accolade et les autres genres de contact sont loin de lui
    faire une impression aussi puissante.

    Ce n'est que dans les dernires annes que le malade a fait
    plus souvent le cot, mais toujours il lui en cotait de s'y
    dcider.

    De plus, il n'a pas trouv dans le cot la satisfaction pleine
    et entire qu'il cherchait. Mais quand L... se trouve prs
    d'une femme qu'il dsire possder, son motion sexuelle
    augmente au seul aspect de cette femme, au point de provoquer
    l'jaculation. L... affirme formellement que, dans une
    pareille occurrence, il s'abstient intentionnellement de
    toucher ou de presser son membre. L'coulement du sperme qui
    a lieu dans ce cas procure  L... un plaisir de beaucoup plus
    grand que l'accomplissement du cot rel[74].

    [Note 74: Donc hyperesthsie sexuelle  un trs haut degr
    (comparez plus haut).]

    Les rves du malade, dont nous avons encore  nous occuper, ne
    concernent jamais le cot. Quand, au milieu de la nuit, il a
    des pollutions, celles-ci arrivent sous l'influence d'ides
    tout autres que celles qui hantent, dans des circonstances
    analogues, les hommes normaux. Ces rves du malade sont des
    reconstitutions des scnes de son sjour  l'cole. Pendant
    cette priode, le malade avait, en dehors de la masturbation
    mutuelle dont il a t question plus haut, des jaculations
    toutes les fois qu'il tait saisi d'une grande anxit.

    Quand, par exemple, le professeur dictait un devoir et que
    L... ne pouvait pas suivre dans la traduction, il avait
    souvent une jaculation[75]. Les pollutions nocturnes qui se
    produisent parfois maintenant, sont toujours accompagnes de
    rves portant sur un sujet analogue ou identique aux incidents
    de l'cole dont nous venons de parler.

    [Note 75: Cela est aussi de l'hyperesthsie sexuelle.
    Toute motion forte, de quelque nature qu'elle soit, met la
    sphre sexuelle en bullition (Binet, _Dynamognie gnrale_).
    Le docteur Moll me communique  ce sujet le cas suivant:

    Un fait analogue m'est rapport par M. E..., g de
    vingt-huit ans. Celui-ci, un commerant, avait souvent 
    l'cole et aussi en dehors de l'cole une jaculation avec
    un sentiment de volupt, quand il tait pris d'une forte
    angoisse. En outre, presque toute douleur morale ou physique
    lui produit un effet analogue. Le malade E... prtend avoir
    un instinct gnital normal, mais il souffre d'impuissance
    nerveuse.]

    Le malade croit que, par suite de son penchant et de ses
    sensations contre nature, il est incapable d'aimer une femme
    longtemps.

    Jusqu'ici, on n'a pu entreprendre un traitement mdical de la
    perversion sexuelle du malade.

Ce cas de ftichisme de la main ne repose certainement ni sur le
masochisme ni sur le sadisme; il s'explique simplement par l'onanisme
mutuel que le malade a pratiqu de trs bonne heure. Il n'y a pas l
d'inversion sexuelle non plus. Avant que l'instinct gnital ait pu se
rendre nettement compte de son objet, la main d'un condisciple a
t employe. Aussitt que le penchant pour l'autre sexe se dessine,
l'intrt concentr sur la main en gnral est report sur la main de
la femme.

Chez les ftichistes de la main, qui, selon Binet, sont trs nombreux,
il se peut que d'autres associations d'ides arrivent au mme
rsultat.

 ct des ftichistes de la main je rangerai, comme suite naturelle,
les ftichistes du pied. Mais tandis que le ftichisme de la main
est rarement remplac par le ftichisme du gant, qui appartient, 
proprement parler, au groupe du ftichisme d'objets inanims, nous
trouvons l'enthousiasme pour le pied nu de la femme, qui prsente bien
rarement quelques signes pathologiques trs peu accuss, mais qui est
remplac par les innombrables cas de ftichisme du soulier et de la
bottine.

La raison en est bien facile  comprendre. Dans la plupart des cas
le garon voit la main de la femme dgante, et le pied revtu d'une
chaussure. Ainsi les associations d'ides de la premire heure qui
dterminent chez les ftichistes la direction de la _vita sexualis_,
se rattachent naturellement  la main nue; mais quand il s'agit du
pied, elles se rattachent au pied couvert d'une chaussure.

Le ftichisme de la chaussure pourrait trouver sa place dans le groupe
des ftichistes du vtement qui sera tudi plus loin; mais  cause de
son caractre masochiste qu'on a pu prouver dans la plupart des cas,
il a t analys en grande partie dans les pages prcdentes.

En dehors de l'oeil, de la main et du pied, la bouche et l'oreille
remplissent encore souvent le rle de ftiches. A. Moll fait en
particulier mention de pareils cas. (Comparez aussi le roman de Belot
_La bouche de Madame X..._ qui, d'aprs l'assertion de l'auteur,
repose sur une observation prise dans la vie relle.)

Dans ma pratique j'ai rencontr le cas suivant qui est assez curieux.

    OBSERVATION 76.--Un homme trs charg m'a consult pour son
    impuissance, qui le pousse au dsespoir.

    Tant qu'il fut clibataire, son ftiche tait la femme
    aux formes plantureuses. Il pousa une femme de complexion
    correspondant  son got; il tait parfaitement puissant avec
    elle et trs heureux. Quelques mois plus tard, sa femme tomba
    gravement malade et maigrit considrablement. Quand, un jour,
    il voulut de nouveau remplir ses devoirs conjugaux, il fut
    tout  fait impuissant et il l'est rest. Mais quand il essaye
    le cot avec des femmes fortes, il redevient tout de suite
    puissant.

Des dfauts physiques mme peuvent devenir des ftiches.

    OBSERVATION 77.--X..., vingt-huit ans, issu d'une famille
    gravement charge. Il est neurasthnique, se plaint de manquer
    de confiance en lui-mme, il a de frquents accs de mauvaise
    humeur, avec tendance au suicide, contre laquelle il a souvent
    une forte lutte  soutenir.  la moindre contrarit, il perd
    la tte et se dsespre. Le malade est ingnieur dans une
    fabrique, dans la Pologne russe; il est de forte constitution
    physique, sans stigmates de dgnrescence. Il se plaint
    d'avoir une manie trange, qui souvent, le fait douter qu'il
    soit un homme sain d'esprit. Depuis l'ge de dix-sept ans,
    il n'est sexuellement excit que par l'aspect des difformits
    fminines, particulirement des femmes qui boitent et qui ont
    les jambes dformes. Le malade ne peut pas se rendre compte
    des premires associations qui ont attach son _libido_  ces
    dfauts de la beaut fminine.

    Depuis la pubert, il est sous l'influence de ce ftichisme,
    qui lui est trs pnible. La femme normale n'a pour lui
    aucun charme; seule l'intresse la femme boiteuse, avec
    des pieds-bots ou des pieds dfectueux. Quand une femme est
    atteinte d'une pareille dfectuosit, elle exerce sur lui un
    puissant charme sensuel, qu'elle soit belle ou laide.

    Dans ses rves de pollutions, il ne voit que des femmes
    boiteuses. De temps  autre, il ne peut pas rsister 
    l'impulsion d'imiter une femme qui boite. Dans cet tat, il
    est pris d'un violent orgasme et il se produit chez lui une
    jaculation, accompagne de la plus vive sensation de volupt.
    Le malade affirme tre trs libidineux et souffrir beaucoup de
    la non-satisfaction de ses dsirs. Toutefois, il n'a pratiqu
    son premier cot qu' l'ge de vingt-deux ans, et, depuis,
    il n'a cot qu'environ cinq fois en tout. Bien qu'il soit
    puissant, il n'y a pas prouv la moindre satisfaction. S'il
    avait la chance de coter une fois avec une femme boiteuse,
    cela serait pour lui bien autre chose. Dans tous les cas, il
    ne pourrait se dcider au mariage,  moins que sa future ne
    soit une boiteuse.

    Depuis l'ge de vingt ans, le malade prsente aussi des
    symptmes de ftichisme des vtements. Il lui suffit souvent
    de mettre des bas de femme ou des souliers ou des pantalons de
    femme. De temps en temps, il s'achte ces objets de toilette
    fminine, s'en revt en secret, en prouve alors une
    excitation voluptueuse et arrive, par ce moyen, 
    l'jaculation. Des vtements qui ont dj t ports par
    des femmes n'ont pour lui aucun charme. Ce qu'il aimerait le
    mieux, ce serait de s'habiller en femme aux moments de ses
    excitations sensuelles, mais il n'a pas encore os le faire,
    de crainte d'tre dcouvert.

    Sa _vita sexualis_ se borne aux pratiques sus-mentionnes.
    Le malade affirme avec certitude et d'une faon digne de foi
    qu'il ne s'est jamais adonn  la masturbation. Depuis ces
    temps derniers, il est trs fatigu par des pollutions en mme
    temps que ses malaises neurasthniques augmentent.

Un autre exemple est Descartes, qui (_Trait des Passions_, CXXXVI) a
fait lui-mme des rflexions sur l'origine des penchants tranges  la
suite de certaines associations d'ides. Il a toujours eu du got pour
les femmes qui louchent, parce que l'objet de son premier amour avait
ce dfaut (Binet, _op. cit._).

Lydstone (_A Lecture on sexual perversion_, Chicago 1890), rapporte le
cas d'un homme qui a entretenu une liaison amoureuse avec une femme 
qui on avait amput une cuisse. Quand il fut spar de cette femme,
il rechercha sans cesse et activement des femmes atteintes de la mme
dfectuosit. Un ftiche ngatif!

Quand la partie du corps fminin qui constitue le ftiche peut tre
dtache, les actes les plus extravagants peuvent se produire  la
suite de cette circonstance.

Aussi les ftichistes des cheveux constituent-ils une catgorie trs
intressante et en outre importante au point de vue mdico-lgal.
Comme ces admirateurs des cheveux de la femme se rencontrent
frquemment aussi sur le terrain physiologique, et que probablement,
les diffrents sens (l'oeil, l'odorat, l'oue par les froissements,
et mme le sens tactile chez les ftichistes du velours et de la
soie), peroivent aussi dans les conditions physiologiques des
motions qui se traduisent par une sensation voluptueuse, on a
constat par contre toute une srie de cas pathologiques de forme
semblable, et on a vu, sous l'impulsion puissante du ftichisme des
cheveux, des individus se laisser entraner  commettre des dlits.
C'est le groupe des coupeurs de nattes[76].

[Note 76: Moll (_op. cit._) rapporte: Le nomm X... est trs
excit sexuellement toutes les fois qu'il aperoit une femme avec une
natte; des cheveux tombant librement ne sauraient produire sur lui la
mme impression, fussent-ils des plus beaux.

Il n'est pas juste, toutefois, de prendre pour des ftichistes tous
les coupeurs de nattes; car, dans certains cas, l'pret au gain
matriel est le mobile; la natte est une marchandise et non pas un
ftiche.]

    OBSERVATION 78.--Un coupeur de nattes, P..., quarante ans,
    ouvrier serrurier, clibataire, n d'un pre temporairement
    frapp d'alination mentale et d'une mre trs nerveuse. Il
    s'est bien dvelopp dans son enfance, tait intelligent, mais
    de bonne heure, il fut atteint de tics et d'obsessions. Il ne
    s'est jamais masturb; il aimait platoniquement, avait souvent
    des projets de mariage, ne cotait que rarement avec des
    prostitues, mais ne se sentait jamais satisfait dans ses
    rapports avec ces dernires: au contraire, il en prouvait
    plutt du dgot. Il y a trois ans, il eut de gros malheurs
    (ruine financire); en outre, il traversa une affection
    fbrile, aggrave par des accs de dlire. Ces preuves ont
    gravement atteint le systme nerveux central du malade qui,
    du reste, est charg hrditairement. Le soir du 28 aot 1889,
    P... a t arrt en flagrant dlit, place du Trocadro, 
    Paris, au moment o, dans la foule, il avait coup la natte
    d'une jeune fille. On l'arrta la natte en main, et une paire
    de ciseaux en poche. Il allgua un trouble momentan des sens,
    une passion funeste et indomptable, et il avoua avoir dj
    coup  dix reprises des nattes qu'il gardait chez, lui et
    qu'il contemplait de temps en temps avec dlices.

    Dans la perquisition  son domicile, on trouva chez lui 65
    nattes et queues assorties et mises en paquets. Dj, le
    15 dcembre 1886, P... avait t arrt une fois dans des
    circonstances analogues, mais on l'avait relch, faute de
    preuves suffisantes.

    P... dclare que, depuis trois ans, il se sent anxieux, mu et
    pris de vertige toutes les fois qu'il reste le soir seul
    dans sa chambre; et c'est alors qu'il est saisi de l'envie
    de toucher des cheveux de femme. Lorsqu'il a eu l'occasion de
    tenir effectivement dans la main la natte d'une jeune fille,
    _libidine valde excitatus est neque amplius puella tacta,
    erectio et ejaculatio evenit_. Il s'en tonne d'autant plus
    qu'autrefois, dans ses relations les plus intimes avec les
    femmes, il n'avait jamais prouv une sensation pareille.
    Un soir il ne put rsister au dsir de couper la natte
    d'une fille. Arriv chez lui, la natte dans sa main, l'effet
    voluptueux se renouvela. Il avait le dsir de se passer la
    natte sur le corps et d'en envelopper ses parties gnitales.
    Enfin, aprs avoir puis ces pratiques, il en avait honte, et
    pendant quelques jours il n'osait plus sortir. Aprs plusieurs
    mois de tranquillit, il fut de nouveau pouss  porter la
    main sur des cheveux de femme, de n'importe quelle femme.
    Quand il arrivait  son but, il se sentait comme possd d'un
    pouvoir surnaturel et hors d'tat de lcher sa proie. S'il
    ne pouvait atteindre l'objet de sa convoitise, il en devenait
    profondment triste, rentrait chez lui, fouillait dans sa
    collection de nattes, les touchait, les palpait, ce qui lui
    donnait un violent orgasme qu'il satisfaisait alors par
    la masturbation. Les nattes exposes dans les vitrines des
    coiffeurs le laissaient tout  fait froid. Il lui fallait des
    nattes tombant de la tte d'une femme.

    Au moment prcis o il commettait ses attentats, P... prtend
    avoir t toujours saisi d'une si vive motion qu'il n'avait
    qu'une perception incomplte de tout ce qui se passait autour
    de lui, et que, par consquent, il n'en a pu garder qu'un
    souvenir fort vague. Aussitt qu'il touchait les nattes avec
    des ciseaux, il avait de l'rection et, au moment de les
    couper, il avait une jaculation.

    Depuis qu'il a prouv, il y a trois ans, des revers de
    fortune, sa mmoire, prtend-il, s'est affaiblie; son esprit
    se fatigue vite; il est tourment d'insomnies, de soubresauts,
    quand il dort. P... se repent vivement de ses actes.

    On a trouv chez lui, non seulement des nattes, mais aussi des
    pingles  cheveux, des rubans et autres objets de toilette
    fminine qu'il s'tait fait donner en cadeaux. De tout temps,
    il eut une vritable manie  collectionner des objets de ce
    genre, de mme que des feuilles de journaux, des morceaux de
    bois et autres objets sans aucune valeur, mais dont jamais
    il n'aurait voulu se dsaisir. Il avait aussi une rpugnance
    trange et qu'il ne pouvait s'expliquer,  traverser certaines
    rues; quand il essayait de le faire, il se sentait tout  fait
    mal.

    L'examen des mdecins a dmontr qu'on avait affaire  un
    hrditaire, que les actes incrimins avaient un caractre
    impulsif dnu de tout libre arbitre, et qu'ils lui taient
    imposs par une obsession renforce par des sentiments sexuels
    anormaux. Acquittement. Internement dans un asile d'alins.
    (Voisin, Socquet, Motet, _Annales d'hygine_, 1890, avril.)

Pour faire suite  ce cas, nous en citerons un autre analogue qui
mrite toute notre attention, car il a t soigneusement observ; il
fournit un exemple pour ainsi dire classique et jette une vive lumire
sur le ftichisme ainsi que sur l'veil de cette perversion par une
association d'ides.

    OBSERVATION 79.--Un coupeur de nattes. E..., vingt-cinq ans;
    une tante du cot maternel pileptique; un frre a souffert de
    convulsions. E... prtend avoir t bien portant pendant son
    enfance et avoir bien travaill  l'cole.  l'ge de
    quinze ans, il prouva, pour la premire fois, une sensation
    voluptueuse avec rection, en voyant une belle fille du
    village se peigner les cheveux. Jusque-l les personnes de
    l'autre sexe n'avaient fait sur lui aucune impression. Deux
    mois plus tard,  Paris, il se sentit vivement excit  la
    vue de jeunes filles dont les cheveux flottaient autour de la
    nuque. Un jour il ne put se retenir de prendre la natte d'une
    jeune fille et de la tortiller entre ses doigts. Il fut arrt
    et condamn  trois mois de prison.

    Peu de temps aprs, il fut soldat et fit cinq ans de service.
    Pendant cette priode, il n'eut pas  redouter de voir des
    nattes. Cependant il rvait parfois de ttes de femmes avec
    des nattes ou des cheveux flottants.  l'occasion, il faisait
    le cot avec des femmes, mais sans que leurs cheveux agissent
    comme ftiche.

    Rentr  Paris, il eut de nouveau des rves du genre
    sus-indiqu et, de nouveau, il se sentit excit  la vue des
    cheveux de femmes.

    Jamais il ne rve du corps entier de la femme; ce ne sont que
    des ttes  nattes qui lui apparaissent. Ces temps derniers,
    l'excitation sexuelle due  ce ftiche est devenue si forte
    qu'il a d recourir  la masturbation.

    Il tait de plus en plus en proie  l'obsession de toucher des
    cheveux de femme, ou, de prfrence, de possder des nattes
    pour pouvoir se masturber avec.

    Depuis quelque temps, l'jaculation se produit chez lui
    aussitt qu'il tient des cheveux de femme entre ses doigts.
    Un jour il a russi  couper dans la rue trois nattes d'une
    longueur de vingt-cinq centimtres sur la tte de petites
    filles qui passaient. Une tentative semblable faite sur
    une quatrime enfant amena son arrestation. Il manifesta un
    repentir profond et de la honte.

    Depuis qu'il est intern dans une maison d'alins, il en est
    arriv  n'tre plus excit  la vue des nattes de femme. Il
    a l'intention, aussitt remis en libert, de rentrer dans son
    pays o les femmes portent les cheveux relevs et attachs en
    haut. (Magnan, _Archives de l'anthropologie criminelle_, t. V,
    n 28.)

Nous citerons encore le fait suivant, qui est aussi de nature  nous
clairer sur le caractre psychopathique de ces phnomnes et dont la
curieuse gurison mrite attention.

    OBSERVATION 80.--Ftichisme des nattes de cheveux. M. X...,
    entre trente et quarante ans, appartenant  une classe sociale
    trs leve, clibataire, issu d'une famille cense tre sans
    tare; ds son enfance, nerveux, sans esprit de suite,
    bizarre; prtend que depuis l'ge de huit ans, il s'est
    senti puissamment attir par les cheveux des femmes,
    particulirement lorsqu'il se trouvait en prsence de jeunes
    filles. Lorsqu'il eut neuf ans, une jeune fille de treize ans
    fit avec lui des actes d'impudicit. Mais il n'tait pas 
    mme de comprendre, et il n'y eut chez lui aucune excitation.

    Sa soeur, ge de douze ans, s'occupait beaucoup de lui;
    elle l'embrassait et le pressait souvent contre elle. Il se
    laissait faire parce que les cheveux de cette jeune fille lui
    plaisaient beaucoup.

     l'ge d'environ dix ans, il commena  prouver des
    sensations voluptueuses  l'aspect des cheveux des femmes
    qui lui plaisaient. Peu  peu, ces sensations se produisirent
    spontanment, et aussitt s'y joignait le souvenir imaginaire
    de cheveux de jeunes filles.  l'ge de onze ans, il fut
    entran  la masturbation par des camarades d'cole. Le lien
    d'association des sentiments sexuels avec l'ide ftichiste,
    tait alors dj solidement tabli et se faisait jour, toutes
    les fois que le malade pratiquait avec ses camarades des actes
    d'impudicit. Avec les annes, le ftiche devint de plus
    en plus puissant. Les fausses nattes mme commenaient 
    l'exciter, pourtant il prfrait les vraies. Quand il en
    pouvait toucher ou y poser ses lvres, il se sentait tout
    heureux. Il rdigeait en prose des articles, il faisait des
    posies sur la beaut des cheveux des femmes; il dessinait des
    nattes et se masturbait en mme temps.  partir de l'ge de
    quatorze ans, il devint tellement excit par son ftiche qu'il
    en avait des rections violentes. Contrairement au got qu'il
    avait, tant encore petit garon, il n'tait plus excit que
    par les nattes bien touffues, noires et solidement tresses.
    Il prouvait une envie folle de poser ses lvres sur ces
    nattes et de les mordre. L'attouchement des cheveux ne lui
    donnait que peu de satisfaction; c'tait plutt la vue qui lui
    en procurait, mais avant tout, le fait d'y poser les lvres et
    de les mordre.

    Si cela lui tait impossible, il se sentait malheureux
    jusqu'au _tdium vit_. Il essayait alors de se ddommager en
    voquant dans son imagination l'image d'aventures de nattes
    et en se masturbant en mme temps.

    Souvent, dans la rue, au milieu d'une bousculade de la foule,
    il ne pouvait pas se retenir de poser un baiser sur la tte
    des dames. Cela fait, il courait chez lui pour se masturber.
    Parfois il russissait  rsister  cette impulsion, mais
    alors il tait forc, oppress d'une angoisse vive, de prendre
    vite la fuite, pour chapper au cercle magique du ftiche. Une
    fois seulement, au milieu de la bousculade d'une foule, il eut
    l'obsession de couper la natte d'une jeune fille. Il prouva
    pendant cette tentative une vive anxit, ne russissant pas
    avec son canif, et chappa avec peine en se sauvant au danger
    d'tre pris.

    Devenu grand, il essaya de se satisfaire par le cot avec des
    _puellis_. Il provoquait une rection violente en baisant les
    nattes, mais il ne pouvait pas arriver  l'jaculation. Voil
    pourquoi il n'tait pas satisfait du cot. Pourtant son ide
    favorite tait de coter en baisant des nattes. Cela ne lui
    suffisait pas, puisque par ce moyen il n'arrivait pas non plus
     l'jaculation. Faute de mieux, il vola un jour  une dame
    les cheveux qu'elle avait laisss en se peignant; il se les
    mettait dans la bouche et se masturbait en voquant dans son
    esprit en mme temps l'image de la dame. Dans l'obscurit, il
    n'avait aucun intrt pour la femme, parce qu'il ne voyait
    pas ses cheveux. Des cheveux dfaits n'avaient pour lui aucun
    charme, les poils des parties gnitales non plus. Ses rves
    rotiques n'avaient pour sujet que des nattes. Ces temps
    derniers, le malade tait tellement excit sexuellement qu'il
    tomba dans une sorte de satyriasis. Il devint incapable de
    vaquer  ses affaires, et, il se sentait si malheureux, qu'il
    essaya de s'tourdir par l'alcool. Il en consomma de
    grandes quantits, fut pris de dlire alcoolique et dut tre
    transport  l'hpital. Aprs l'avoir guri de l'intoxication,
    un traitement appropri fit disparatre assez rapidement son
    excitation sexuelle, et, lorsque le malade fut renvoy de
    l'hpital, il tait dlivr de son ide ftichiste qui ne se
    manifestait que rarement dans ses rves nocturnes.

    L'examen du corps a fait constater l'tat normal des parties
    gnitales et l'absence totale de stigmates de dgnrescence.

Ces cas de ftichisme des nattes, qui mnent  des vols de nattes de
femmes, paraissent se rencontrer de temps en temps dans tous les
pays. Au mois de novembre 1890, des villes entires des tats-Unis de
l'Amrique ont t, au dire des journaux amricains, inquites par un
coupeur de nattes.


B.--LE FTICHE EST UNE PARTIE DU VTEMENT FMININ

On sait combien grande est, en gnral, l'importance des bijoux et
de la toilette de la femme, mme pour la _vita sexualis_ normale de
l'homme. La civilisation et la mode ont cr pour la femme des traits
artificiels de caractre sexuel dont l'absence peut tre considre
comme une lacune et peut produire une impression trange, quant on se
trouve en prsence d'une femme nue, malgr l'effet sensuel que doit
normalement produire cette vue[77].

[Note 77: Comparez les remarques de Goethe sur son aventure 
Genve (_Lettres de Suisse_).]

 ce propos, il ne faut pas oublier que la toilette de la femme a
souvent tendance  faire ressortir, et mme  exagrer, certaines
particularits du sexe, des traits de caractre sexuel secondaires,
tels que la gorge, la taille, les hanches.

Chez la plupart des individus, l'instinct gnital s'veille longtemps
avant de pouvoir trouver l'occasion d'avoir des rapports intimes avec
l'autre sexe, et les apptits de la premire jeunesse se proccupent
habituellement d'images du corps de la femme vtue. De l vient
que souvent, au dbut de la _vita sexualis_, la reprsentation de
l'excitant sexuel et celle du vtement fminin s'associent. Cette
association peut devenir indissoluble; la femme vtue peut tre pour
toujours prfre  la femme nue, surtout lorsque les individus
en question, se trouvant sous la domination d'autres perversions,
n'arrivent pas  une _vita sexualis_ normale ni  la satisfaction par
les charmes naturels.

Par suite de cette circonstance, il arrive alors que, chez des
individus psychopathes et sexuellement hyperesthsiques, la femme
habille est toujours prfre  la femme nue. Rappelons-nous bien
que, dans l'observation 48, la femme n'a jamais d laisser tomber ses
derniers voiles, et que l'_equus eroticus_ de l'observation 40 prfre
la femme habille. Plus loin encore, on trouvera une dclaration de ce
genre faite par un inverti.

Le Dr Moll (_op. cit._) fait mention d'un malade qui ne pouvait faire
le cot avec une _puella nuda_; la femme devait tre revtue au moins
d'une chemise. Le mme auteur cite un individu atteint d'inversion
sexuelle qui est sous le coup du mme ftichisme du vtement.

La cause de ce phnomne doit videmment tre cherche dans l'onanisme
psychique de ces individus. Ils ont,  la vue de bien des personnes
habilles, prouv des dsirs avant de s'tre trouv en prsence de
nudits[78].

[Note 78: Un phnomne analogue en ce qui concerne l'objet, mais
tout  fait diffrent en ce qui concerne le moyen psychique, est le
fait que le corps  demi revtu, produit souvent plus de charme que le
corps tout nu. Cela tient aux effets de contraste et  la passion
de l'attente qui sont des phnomnes gnraux et n'ont rien de
pathologique.]

Une seconde forme de ftichisme du vtement, forme plus prononce,
consiste en ce que ce n'est pas gnralement la femme habille qu'on
prfre, mais c'est seulement un certain genre d'habillement qui
devient ftiche. Il est bien concevable qu'une forte impression
sexuelle, surtout si elle se produit de trs bonne heure, et si elle
se rattache au souvenir d'une certaine toilette de femme, puisse, chez
des individus hyperesthsiques, veiller un intrt intense pour ce
genre de toilette. Hammond (_op. cit._, p. 46) rapporte le cas suivant
qu'il emprunte au _Trait de l'impuissance_ de Roubaud.

    OBSERVATION 81.--X..., fils d'un gnral, a t lev  la
    campagne.  l'ge de quatorze ans il fut initi par une jeune
    dame aux mystres de l'amour. Cette dame tait une blonde,
    qui portait les cheveux en boucles; afin de ne pas tre
    dcouverte, elle gardait habituellement ses vtements, ses
    gutres, son corset et sa robe de soie, quand elle avait une
    conversation intime avec son jeune amant.

    Aprs avoir termin ses tudes, X... fut envoy en garnison;
    il voulut profiter de sa libert pour se payer du plaisir; il
    constata que son penchant sexuel ne pouvait s'exciter que
    dans certaines conditions dtermines. Ainsi une brune ne lui
    faisait aucun effet, et une femme en costume de nuit pouvait
    teindre compltement tout son enthousiasme en amour. Une
    femme, pour veiller ses dsirs, devait tre blonde, chausse
    de gutres, avoir un corset et une robe de soie, en un
    mot tre vtue tout  fait comme la dame qui avait pour
    la premire fois veill chez lui l'instinct gnital. Il a
    toujours rsist aux tentatives qu'on a faites pour le marier,
    sachant qu'il ne pourrait s'acquitter de ses devoirs conjugaux
    avec une femme en costume de nuit.

Hammond rapporte encore (page 42), un cas o le _cotus maritalis_
n'a pu tre obtenu qu' l'aide d'un costume dtermin. Le Dr Moll fait
mention de plusieurs cas semblables chez des htro- et homo-sexuels.
Comme cause primitive, il faut toujours supposer une association
d'ides qui s'est produite  la premire heure. C'est la seule raison
plausible de ce fait que, chez ces individus, tel costume agit avec un
charme irrsistible, quelle que soit la personne qui porte le ftiche.
On comprend ainsi que, d'aprs le rcit de Coffignon, des hommes qui
frquentent les bordels, insistent pour que les femmes avec lesquelles
ils ont affaire, mettent un costume particulier, de ballerine, de
religieuse, etc., et que les maisons publiques soient,  cet effet,
munies de toute une garde-robe pour dguisements.

Binet (_op. cit._) raconte le cas d'un magistrat, qui n'tait amoureux
que des Italiennes qui viennent  Paris pour poser dans les ateliers,
et que cet amour avait pour vritable objet leur costume particulier.
La cause en a pu tre bien tablie; c'tait l'effet de la premire
impression au moment de l'veil de l'instinct gnital.

Une troisime forme du ftichisme du vtement, qui prsente un degr
beaucoup plus avanc vers l'tat pathologique, se prsente plus
frquemment  l'observation du mdecin. Elle consiste dans le fait
que ce n'est plus la femme, habille ou mme habille d'une certaine
faon, qui agit en premire ligne comme excitant sexuel; mais
l'intrt sexuel se concentre tellement sur une certaine partie de la
toilette de la femme, que la reprsentation de cet objet de toilette,
accentue par un sentiment de volupt, se dtache compltement
de l'ide d'ensemble de la femme, et acquiert par l une valeur
indpendante. Voil le vrai terrain du ftichisme du vtement; un
objet inanim, une partie isole du vtement suffit par elle seule 
l'excitation et  la satisfaction du penchant sexuel. Cette troisime
forme de ftichisme du vtement est aussi la plus importante au point
de vue mdico-lgal.

Dans un grand nombre de cas de ce genre, il s'agit de pices de linge
de femme qui, par leur caractre intime, sont surtout de nature 
produire des associations d'ides dans ce sens.

    OBSERVATION 82.--K..., quarante-cinq ans, cordonnier, prtend
    n'avoir aucune tare hrditaire; il est d'un caractre
    bizarre, mal dou intellectuellement, d'habitus viril, sans
    stigmates de dgnrescence; d'une conduite gnralement sans
    reproche, il fut pris en flagrant dlit le 5 juillet 1876,
    au soir, emportant du linge vol qu'il avait gard dans
    un endroit cach. On trouva chez lui trois cents objets de
    toilette de femme, entre autres, des chemises de femme, des
    pantalons de femme, des bonnets de nuit, des jarretires et
    mme une poupe. Quand on l'arrta, il avait sur le corps
    une chemise de femme. Dj,  l'ge de treize ans, il s'tait
    livr  son impulsion  voler du linge de femme; puni une
    premire fois, il devint plus prudent; il commettait ses vols
    avec ruse et beaucoup d'adresse. Quand cette impulsion lui
    venait, il avait toujours de l'angoisse et se sentait la tte
    lourde. Dans de pareils moments, il ne pouvait rsister, cote
    que cote. Peu lui importait  qui il enlevait ces objets.

    La nuit, quand il tait au lit, il mettait les objets de
    toilette qu'il avait vols, en mme temps il voquait dans
    son imagination l'image de belles femmes, et il prouvait une
    sensation voluptueuse avec coulement de sperme.

    Voil videmment le mobile de ses vols; en tous cas, il
    n'avait jamais vendu aucun des objets vols, mais il les
    tenait cachs dans un endroit quelconque. Il dclara qu'il
    avait eu autrefois des rapports sexuels normaux avec des
    femmes. Il nie avoir jamais pratiqu l'onanisme ou la
    pdrastie ou d'autres actes sexuels anormaux.  l'ge de
    vingt-cinq ans, il fut fianc, mais l'engagement fut rompu par
    sa faute. Il n'tait pas  mme de comprendre que ses actes
    taient criminels, et en outre, empreints d'un caractre
    morbide. (Passow, _Vierteljahrsschrift fr ger. Medicin._ N.
    F. XXVIII, p. 61; Krauss, _Psychologie des Verbrechens_, 1884,
    p. 190.)

Hammond (_op. cit._, p. 43) rapporte un cas de passion pour une partie
du vtement de la femme. Dans ce cas aussi, le plaisir du malade
consiste  porter sur son corps un corset de femme, de mme que
d'autres pices de toilette fminine, sans qu'il y ait chez lui trace
d'inversion sexuelle. La douleur que lui cause  lui ou  une femme
un corset trop fortement lac, lui fait plaisir: lment
sadico-masochiste.

Tel est encore le cas que rapporte Diez (_Der Selbstmord_, 1838, p.
24). Il s'agit d'un jeune homme qui ne pouvait rsister  l'impulsion
de dchirer du linge de femme. Pendant qu'il dchirait, il avait
toujours une jaculation.

Une alliance entre le ftichisme et la manie de dtruire le ftiche
(sorte de sadisme contre un objet inanim), semble se rencontrer assez
souvent. Comparez observation 93.

Le tablier est une pice du vtement qui n'a aucun caractre intime
proprement dit, mais qui, par l'toffe et la couleur, rappelle le
linge du corps, et qui, par l'endroit o il est port, voque des
ides de rapports sexuels. (Comparez l'emploi mtonymique en allemand
des mots tablier et jupon dans la locution _Ieder Schrze nachlaufen_,
etc. Ceci dit, nous arriverons  mieux comprendre le cas suivant.

    OBSERVATION 83.--C..., trente-sept ans, de famille trs
    charge, crne plagiocphale, facults intellectuelles
    faibles, a aperu  l'ge de quinze ans, un tablier qu'on
    avait suspendu pour le faire scher. Il se ceignit de ce
    tablier et se masturba derrire une haie.

    Depuis il ne put voir un tablier sans rpter l'acte. Quand il
    voyait passer quelqu'un, femme ou homme, ceint d'un tablier,
    il tait forc de courir aprs. Pour le gurir de ses vols
    rpts de tabliers, on le mit,  l'ge de seize ans, dans la
    marine. L, il n'y avait pas de tabliers et par consquent il
    resta tranquille. Revenu  l'ge de dix-neuf ans, il eut de
    nouveau l'impulsion de voler des tabliers, ce qui lui amena
    des complications fcheuses. Il fut plusieurs fois arrt;
    enfin, il essaya de se gurir de sa manie en s'enfermant
    dans un couvent de Trappistes. Aussitt sorti du couvent, il
    recommena.

     l'occasion d'un vol rcent, on l'a soumis  l'examen de
    mdecins lgistes, et on l'a ensuite transport dans une
    maison de sant. Il ne volait jamais autre chose que des
    tabliers. C'tait pour lui un plaisir d'voquer le souvenir du
    premier tablier vol. Ses rves n'avaient pour sujet que
    des tabliers. Plus tard, il se servait de ces vocations de
    souvenirs, soit pour pouvoir accomplir le cot  l'occasion
    soit pour se masturber (Charcot-Magnan, _Arch. de Neurologie_,
    1882, _Nr._ 12).

Un cas analogue  cette srie d'observations que nous venons de citer,
est rapport par Lombroso (_Amori anormali precoci nei pazzi. Arch. di
psych._, 1883, p. 17). Un garon, trs charg hrditairement,
avait dj  l'ge de quatre ans, des rections et une forte motion
sexuelle  la vue des objets blancs et surtout du linge. Le contact,
le froissement de ces objets, lui procuraient de la volupt.  l'ge
de dix ans, il commena  se masturber  la vue du linge blanc
empes. Il parat tre atteint de folie morale; il a t excut pour
assassinat.

Le cas suivant de ftichisme du jupon est combin  des circonstances
bien particulires.

    OBSERVATION 84.--M. Z..., trente-cinq ans, fonctionnaire, est
    l'enfant unique d'une mre nerveuse et d'un pre bien portant.
    Il tait nerveux ds son enfance;  la consultation on
    remarque son oeil nvropathe, son corps fluet et dlicat,
    ses traits fins, sa voix grle et sa barbe trs clairseme.
    Sauf des symptmes d'une lgre neurasthnie, on ne constate
    chez le malade rien de morbide. Les parties gnitales sont
    normales, de mme que les fonctions sexuelles. Le malade
    prtend ne s'tre masturb que quatre ou cinq fois, lorsqu'il
    tait encore petit garon.

    Dj,  l'ge de treize ans, le malade tait trs excit
    sexuellement  la vue de vtements mouills, tandis que les
    mmes vtements  l'tat sec ne l'excitaient nullement.
    Son plus grand plaisir tait de regarder, par une pluie
    torrentielle, les femmes trempes. Quand il en rencontrait,
    et si la femme avait une figure sympathique, il prouvait une
    volupt intense, une violente rection et se sentait pouss au
    cot.

    Il prtend n'avoir jamais eu l'envie de se procurer des jupons
    tremps ou de mouiller une femme. Le malade n'a pu fournir
    aucun renseignement sur l'origine de sa _pica_.

    Il est possible que l'instinct gnital se soit veill pour la
    premire fois  la vue d'une femme qui, par la pluie, a relev
    ses jupons et fait voir ses charmes. Ce penchant obscur et qui
    ne se rendait pas encore bien compte de son vritable objet,
    s'est report sur les jupons tremps, phnomne qui a continu
     se produire.

Les amateurs de mouchoirs de femmes se rencontrent souvent: voil
pourquoi ces cas sont importants au point de vue mdico-lgal. Ce qui
peut contribuer  la grande propagation du ftichisme du mouchoir,
c'est peut-tre que le mouchoir est la pice du linge fminin qui
est le plus souvent expose aux regards, mme dans les rapports
non intimes; il peut tomber par hasard entre les mains d'une
tierce personne en lui apportant le parfum spcial et moite de
sa propritaire. C'est peut-tre pour cela que l'ide du mouchoir
s'associe si frquemment avec les premires sensations de volupt,
association qu'il faut supposer dans ces cas.

    OBSERVATION 85.--Un garon boulanger de trente-deux ans,
    clibataire et jusqu'ici d'antcdents nets, a t pris au
    moment o il volait le mouchoir d'une dame. Il avoua, avec un
    repentir sincre, qu'il avait dj vol 80  90 mouchoirs de
    cette faon. Il ne recherchait que des mouchoirs de femme et
    exclusivement de femmes jeunes et qui lui plaisaient.

    L'extrieur de l'inculp ne prsente rien d'intressant.
    Il s'habille trs soigneusement; il a une attitude bizarre,
    craintive, dprime, avec un genre trop obsquieux et trs peu
    viril qui va souvent jusqu'au ton larmoyant et aux pleurs.
    On reconnat aussi en lui une maladresse manifeste, de la
    faiblesse de la facult d'assimilation, de la paresse dans
    l'orientation des ides et dans la rflexion. Une de ses
    soeurs est pileptique. Il vit dans une bonne situation; il
    n'a jamais t gravement malade, et il s'est bien dvelopp.

    En relatant sa biographie, il fait preuve de manque de
    mmoire, de manque de clart; faire du calcul lui est
    difficile, bien qu' l'cole il faisait des progrs et
    apprenait avec facilit. Son air craintif, son manque
    d'assurance font souponner l'onanisme. L'inculp avoue que,
    depuis l'ge de dix-neuf ans, il s'est livr avec excs  ce
    vice.

    Depuis quelques annes, il a souffert des suites de ce vice:
    dpression, fatigue, tremblements des jambes, douleurs dans
    le dos, dgot du travail. Souvent il tait en proie  une
    dpression mlancolique avec peur; alors il vitait les
    hommes. Il avait des ides exagres et fantastiques sur les
    consquences des rapports sexuels avec les femmes, et voil
    pourquoi il ne pouvait se dcider au cot. Ces temps derniers
    cependant il a song  se marier.

    C'est avec un repentir profond et comme un dbile qu'il est,
    que X... m'avoua qu'il y a six mois, en voyant au milieu de
    la foule une belle jeune fille, il se sentit sexuellement trs
    excit, il dut se frotter contre elle et prouva le dsir de
    se ddommager par une satisfaction plus complte de son dsir
    sexuel en lui prenant son mouchoir. Bien qu'il se rendt
    compte du caractre dlictueux de son action, il ne put
    rsister  son impulsion. En mme temps, il prouva une
    angoisse terrible, cause en partie par le dsir gnital qui
    l'obsdait, et aussi par la peur d'tre dcouvert.

     la suite de cet incident, aussitt qu'il voyait une
    femme sympathique, il tait saisi d'une excitation sexuelle
    violente, avec battement de coeur, rection, _impetus
    coeundi_, et il prouvait l'obsession de se frotter contre
    la personne en question et, faute de mieux, de lui voler son
    mouchoir.

    Le rapport des mdecins lgistes fait trs judicieusement
    valoir sa dbilit d'esprit congnitale, l'influence
    dmoralisante de l'onanisme, et attribue son penchant anormal
     un instinct gnital pervers, dans lequel on trouve une
    connexit intressante entre le sens gnsique et le sens
    olfactif, connexit observe d'ailleurs sur le terrain
    physiologique. On reconnut l'irrsistibilit de l'impulsion
    morbide. X... fut acquitt. (Zippe, _Wiener med.
    Wochenschrift_, 1879, n 23.)

Je dois  l'obligeance de M. le docteur Fritsch, mdecin lgiste au
Landesgericht de Vienne, d'autres renseignements sur ce ftichiste du
mouchoir qui, au mois d'aot 1890, fut de nouveau arrt au moment o
il cherchait  tirer un mouchoir de la poche d'une dame.

    Une perquisition domiciliaire a amen la dcouverte de 446
    mouchoirs de dames. L'accus prtend avoir brl deux paquets
    de ces _corpora delicti_. Au cours de l'enqute, on a, en
    outre, constat que, dj en 1883, X... avait t condamn 
    quinze jours de prison pour avoir vol 27 mouchoirs, et que,
    pour un dlit analogue, on lui avait inflig, en 1866, trois
    semaines de prison.

    En ce qui concerne ses rapports de parent, on sait que son
    pre a beaucoup souffert de congestions, et qu'une fille de
    son frre est une imbcile de constitution nvropathique.

    X... s'est mari en 1879, et commena par s'tablir boulanger.
    En 1881, il fit faillite. Bientt aprs, sa femme, qui tait
    toujours en msintelligence avec lui et qui prtendait qu'il
    ne remplissait pas ses devoirs conjugaux (fait contest par
    X...), demanda le divorce. Il vcut ensuite comme garon
    boulanger dans l'tablissement de son frre.

    Il regrette profondment son malheureux penchant pour les
    mouchoirs de dames; mais, dit-il, quand il se trouve dans son
    tat critique, il ne peut malheureusement pas se matriser. Il
    prouve alors une sensation dlicieuse, et il lui semble tre
    pouss par quelqu'un. Parfois, il russit  se retenir;
    mais, si la jeune dame lui est sympathique, il succombe 
    la premire impulsion. Dans de pareils moments, il est tout
    tremp de sueur, par suite de la peur d'tre dcouvert et par
    suite de l'impulsion  commettre son acte. Il prtend avoir
    prouv des motions sensuelles  l'aspect de mouchoirs de
    femmes ds l'ge de la pubert. Il ne peut se rappeler les
    incidents prcis sous le coup desquels l'association d'ides
    ftichistes s'est tablie chez lui. L'motion sensuelle 
    la vue de dames, de la poche desquelles sortait un bout
    de mouchoir, s'est augmente de plus en plus.  plusieurs
    reprises cela lui a donn des rections, mais jamais
    d'jaculation. Il prtend avoir eu, depuis sa vingt et unime
    anne, quelquefois des vellits de satisfaction normale de
    l'instinct sexuel, et avoir fait le cot sans difficult et
    sans avoir recours  l'vocation mentale d'un mouchoir.
    Quand le ftiche eut pris plus d'empire sur lui, le vol des
    mouchoirs est devenu pour lui une satisfaction beaucoup plus
    grande. Le vol du mouchoir d'une dame sympathique avait pour
    lui autant de valeur que s'il avait eu des rapports sexuels
    avec cette dame. Il prouvait alors un vritable orgasme.

    Quand il ne pouvait prendre un mouchoir convoit, il
    en ressentait une excitation pleine de tourments, avec
    tremblements et sueurs sur tout le corps.

    Il gardait dans un endroit spcial les mouchoirs de dames qui
    lui taient particulirement sympathiques; il tait heureux de
    les contempler et prouvait alors un sentiment de bien-tre.
    Leur odeur aussi lui causait une sensation dlicieuse; mais,
    dit-il, c'tait l'odeur particulire  la lingerie et non
    pas celle des parfums artificiels qui excitait ses sens. Il
    prtend ne s'tre masturb que rarement.

    Sauf des maux de tte priodiques et des vertiges, X... ne se
    plaint d'aucun malaise. Il regrette profondment son malheur,
    son penchant morbide, le mauvais dmon qui le pousse 
    ces actes criminels. Il n'a qu'un dsir, c'est de trouver
    quelqu'un qui puisse l'en gurir. Au physique, il prsente
    de lgers symptmes de neurasthnie, des anomalies dans la
    circulation du sang, des pupilles ingales.

    Il fut prouv que X... avait agi sous l'influence d'une
    obsession morbide et irrsistible. Acquittement.

Ces cas de ftichisme du mouchoir qui entranent l'individu anormal 
commettre des vols, sont trs nombreux. Ils se rencontrent aussi chez
des personnes atteintes d'inversion sexuelle, ainsi que le prouve le
cas suivant, pris dans l'ouvrage de M. le docteur Moll que nous avons
dj plusieurs fois cit[79].

[Note 79: Page 124 (_op. cit._), le docteur Moll dit,  propos de
ce penchant chez les htro-sexuels: La passion pour les mouchoirs
peut tre si violente que l'homme se trouve littralement subjugu par
ce petit objet. Voici ce qui me fut racont par une femme: Je connais
un monsieur, me dit-elle; il me suffit, quand je le vois de loin, de
tirer de ma poche le coin de mon mouchoir pour qu'il me suive comme
un chien. Je puis aller n'importe o, il ne me quitte plus. Que ce
monsieur se trouve en voiture ou soit occup par une affaire trs
srieuse, aussitt qu'il voit mon mouchoir, il abandonne tout pour me
suivre.]

    OBSERVATION 86.--Ftichisme du mouchoir combin avec
    l'inversion sexuelle.--K..., trente-huit ans, ouvrier, homme
    solidement bti, se plaint de malaises nombreux, tels que
    faiblesse des jambes, douleurs dans le dos, maux de tte,
    manque de courage au travail, etc. Ses plaintes font penser
    manifestement  la neurasthnie avec tendance  l'hypocondrie.
    Ce n'est qu'aprs avoir suivi plusieurs mois mon traitement,
    qu'il avoua qu'il tait aussi anormal au point de vue sexuel.

    K... n'a jamais eu aucun penchant pour les femmes; par contre,
    les beaux hommes ont exerc sur lui, de tout temps, un charme
    particulier.

    Le malade s'est beaucoup masturb depuis sa jeunesse jusqu'
    l'poque o il est venu me consulter. K... n'a jamais pratiqu
    ni l'onanisme mutuel, ni la pdrastie. Il ne croit pas qu'il
    y aurait trouv une satisfaction quelconque, car, malgr sa
    prdilection pour les hommes, le plaisir principal pour
    lui est d'avoir un morceau de linge blanc d'homme; mais,
    l encore, c'est la beaut du propritaire qui joue un rle
    important. Ce sont surtout les mouchoirs des beaux hommes qui
    l'excitent sexuellement. Sa plus grande volupt consiste  se
    masturber dans des mouchoirs d'hommes. C'est pour cette raison
    qu'il enlevait souvent des mouchoirs  ses amis; pour viter
    d'tre dcouvert comme voleur, le malade laissait toujours un
    de ses propres mouchoirs chez l'ami pour remplacer celui qu'il
    venait de voler. De cette faon, K... voulait chapper au
    soupon de vol et faire croire  un changement de mouchoir.
    D'autres pices de linge d'homme ont aussi excit K..., mais
    pas au mme point que les mouchoirs.

    K... a souvent fait le cot avec des femmes; il eut des
    rections suivies d'jaculation, mais sans aucune sensation
    de volupt. De plus, le malade n'prouvait aucune envie
    particulire de pratiquer le cot. L'rection et l'jaculation
    ne se produisaient que, lorsqu'au milieu de l'acte, le malade
    pensait au mouchoir d'un homme. Il y arrivait encore plus
    facilement quand il prenait avec lui le mouchoir d'un ami et
    le tenait en main pendant l'acte.

    Conformment  sa perversion sexuelle, ses pollutions
    nocturnes aussi se produisent sous l'influence de
    reprsentations voluptueuses dans lesquelles le linge d'homme
    joue le rle principal.

On rencontre plus frquemment que les ftichistes du linge les
ftichistes du soulier de la femme. Ces cas sont, pour ainsi dire,
innombrables, et un grand nombre dj ont t scientifiquement
analyss, tandis que pour le ftichisme du gant je n'ai que quelques
rares communications de troisime main. Relativement aux causes de la
raret du ftichisme du gant, voir plus haut.

Dans le ftichisme du soulier il n'y a pas de rapport troit entre
l'objet et le corps de la femme, rapport qui rend explicable le
ftichisme du linge. C'est pour cette raison, et aussi parce qu'il y
a toute une srie de cas soigneusement tudis, dans lesquels
l'adoration ftichiste de la chaussure de la femme a, d'une manire
incontestable et bien tablie, pris naissance dans une sphre d'ides
masochistes; c'est pour ces motifs, disons-nous, qu'on peut,  juste
titre, admettre l'hypothse d'une cause de nature masochiste, bien
que dguise, toutes les fois que, dans un cas dtermin, on ne peut
trouver une autre origine.

C'est pour ce motif que j'ai insr dans le chapitre sur le masochisme
la plus grande partie des observations sur le ftichisme du soulier ou
du pied qui taient  ma disposition. L, nous avons, en montrant
les diverses transitions, dj suffisamment dmontr le caractre
rgulirement masochiste de cette forme du ftichisme rotique.

Cette hypothse du caractre masochiste du ftichisme du soulier,
n'est rfute et infirme, que l o l'on a acquis la preuve qu'un
accident de hasard a amen une association entre les motions
sexuelles et l'image du soulier de la femme; car la formation _a
priori_ d'une pareille association d'ides est tout  fait improbable.

Une corrlation de ce genre existe dans les deux observations
suivantes.

    OBSERVATION 87.--Ftichisme du soulier.--M. von P..., de
    vieille noblesse polonaise, trente-deux ans, m'a consult en
    1890, au sujet de sa _vita sexualis_ anormale. Il affirme tre
    issu d'une famille tout  fait saine, mais tre nerveux depuis
    son enfance et avoir souffert  l'ge de onze ans de
    _chorea minor_. Depuis l'ge de dix ans, il souffre beaucoup
    d'insomnie, et de malaises neurasthniques.

    Il prtend n'avoir connu la diffrenciation des sexes qu'
    l'ge de quinze ans; c'est de cette poque que datent ses
    penchants sexuels.  l'ge de dix-sept ans, une institutrice
    franaise l'a sduit, mais ne lui a pas permis d'accomplir
    le cot, de sorte que seule une excitation sensuelle
    (masturbation mutuelle) a pu avoir lieu. Au milieu de cette
    scne, son regard tomba sur les bottines trs lgantes de
    cette femme. Cette vue lui fit une profonde impression. Ses
    relations avec cette personne dissolue se continurent
    pendant quatre mois. Durant ces attouchements, les bottines de
    l'institutrice devenaient un ftiche pour le malheureux jeune
    homme. Il commena  s'intresser aux chaussures de dames,
    et rdait afin de rencontrer de belles bottines de dames. Le
    ftiche soulier prit sur son esprit un ascendant de plus en
    plus grand. _Sicuti calceolus mulieris gallic penem tetigit,
    statim summa cum voluptate sperma ejaculavit._ Quand on
    eut loign celle qui l'avait sduit, il dut aller chez les
    _puellas_ avec lesquelles il avait recours au mme procd.
    Ordinairement cela suffisait pour le satisfaire. Ce n'est que
    rarement et subsidiairement qu'il avait recours au cot. Son
    penchant pour cet acte disparaissait de plus en plus. Sa _vita
    sexualis_ se bornait aux pollutions dues  des rves,
    o, seules les chaussures de dames jouaient un rle, et 
    satisfaire ses sens avec des chaussures de femmes, _apposita
    ad mentulam_; mais il fallait que la _puella_ ft cette
    manipulation. Dans le commerce avec l'autre sexe, il n'y
    avait que la bottine qui l'excitt sensuellement, et encore la
    bottine devait tre lgante, de forme franaise, avec talon
    d'un noir reluisant comme l'tait la premire. Avec le temps
    sont survenues des conditions accessoires: souliers d'une
    prostitue trs lgante, chic, avec des jupons empess et
    autant que possible des bas noirs.

    Le reste de la femme ne l'intresse pas. Le pied nu lui est
    tout  fait indiffrent. Aussi au point de vue de l'me, la
    femme n'exerce pas le moindre charme sur lui. Il n'a jamais
    eu des tendances masochistes, comme de vouloir tre foul aux
    pieds d'une femme. Avec les annes son ftichisme a pris un
    tel empire sur lui que, dans la rue, s'il aperoit une dame
    d'un certain extrieur et chausse d'une certaine faon, il
    est si violemment excit qu'il est forc de se masturber.
    Une lgre pression sur le pnis suffit  cet individu trs
    neurasthnique pour provoquer une jaculation. Des chaussures
    dans les talages et, depuis quelque temps, la lecture mme
    d'une simple annonce de magasin de chaussures suffisent pour
    le mettre dans un tat d'motion violente.

    Son _libido_ tant trs vif, il se soulageait par la
    masturbation, quand il ne pouvait se servir de chaussures. Le
    malade reconnut vite l'inconvnient et le danger de son tat,
    et, bien qu'il se portt physiquement bien, sauf ses malaises
    neurasthniques, il prouvait tout de mme une profonde
    dpression morale. Il consulta plusieurs mdecins.
    L'hydrothrapie, l'hypnotisme furent employs sans aucun
    rsultat. Les mdecins les plus clbres lui conseillaient
    de se marier et l'assuraient qu'aussitt qu'il aimerait
    srieusement une jeune fille, il serait dbarrass de son
    ftiche. Le malade n'avait aucune confiance en son avenir;
    pourtant il suivit le conseil des mdecins. Il fut cruellement
    du dans cette esprance veille par l'autorit des
    mdecins, bien qu'il se soit alli avec une dame que
    distinguent de grandes qualits physiques et intellectuelles.
    La premire nuit de son mariage fut terrible pour lui; il se
    sentit criminel et ne toucha pas  sa femme. Le lendemain il
    vit une prostitue avec le certain chic qu'il aimait. Il
    eut la faiblesse d'avoir des rapports avec elle,  sa faon
    accoutume. Il acheta alors une paire de bottines de femme
    trs lgantes et les cacha dans le lit nuptial; en les
    touchant, il put, quelques jours plus tard, remplir ses
    devoirs conjugaux. L'jaculation ne venait que tardivement,
    car il devait se forcer au cot; au bout de quelques semaines,
    l'artifice employ n'avait dj plus d'effet, son imagination
    ayant perdu de sa vivacit. Le malade se sentait excessivement
    malheureux, et il aurait autant aim mettre immdiatement fin
     ses jours. Il ne pouvait plus satisfaire sa femme qui avait
    sexuellement de grands besoins et qui avait t trs excite
    par les rapports qu'elle avait eus jusqu'ici avec lui; il
    voyait combien elle en souffrait moralement et physiquement.
    Il ne pouvait ni ne voulait rvler son secret  son pouse.
    Il prouvait du dgot pour les rapports conjugaux; il avait
    peur de sa femme, craignait les soires et les tte--tte
    avec elle. Il arriva  ne plus avoir d'rections.

    Il fit de nouveau des essais avec des prostitues; il se
    satisfaisait en touchant leurs souliers et ensuite la _puella_
    tait oblige _calceolo mentulam tangere_; il jaculait ou, si
    l'jaculation ne se produisait pas, il essayait le cot avec
    la femme vnale, mais sans rsultat, car alors l'jaculation
    se faisait subitement.

    Le malade vient  la consultation tout dsespr. Il regrette
    profondment d'avoir, malgr sa conviction intime, suivi le
    conseil funeste des mdecins, d'avoir rendu malheureuse une
    trs brave femme et de lui avoir caus un prjudice physique
    et moral. Pouvait-il rpondre devant Dieu de continuer une
    pareille vie? Quand mme il se confesserait  sa femme et
    qu'elle ferait tout ce qu'il dsire, cela ne lui servirait 
    rien, car il lui faudrait encore le parfum du demi-monde.

    L'extrieur de ce malheureux ne prsente rien de frappant,
    sauf sa douleur morale. Les parties gnitales sont tout  fait
    normales. La prostate est un peu grosse. Il se plaint d'tre
    tellement sous l'obsession des ides de chaussures,
    qu'il rougit quand il est question de bottines. Toute son
    imagination ne s'occupe que de ce sujet. Quand il est dans sa
    proprit  la campagne, il se voit souvent forc de partir
    pour la ville la plus proche, qui est encore  dix lieues de
    distance, afin de pouvoir satisfaire son ftichisme devant les
    talages et aussi avec des _puellis_.

    On ne pouvait entreprendre aucun traitement mdical chez
    ce malheureux, car sa confiance dans les mdecins tait
    profondment branle. Un essai d'hypnose et de suppression
    des associations ftichistes par la suggestion a chou, par
    suite de l'motion morale de ce pauvre jeune homme qu'obsde
    l'ide d'avoir rendu sa femme malheureuse.

    OBSERVATION 88.--X..., vingt-quatre ans, de famille charge
    (frre de sa mre et grand'pre maternel fous, soeur
    pileptique, autre soeur souffrant de migraines, parents
    d'un temprament trs irritable), a eu  l'poque de sa
    dentition quelques accs de convulsions.  l'ge de sept ans,
    il fut entran  l'onanisme par une bonne. La premire fois,
    X... trouva plaisir  ces manipulations _cum illa puella
    fortuito pede calceolo tecto penem tetigit_.

    Ce fait a suffi pour crer chez l'enfant tar une association
    d'ides, grce  laquelle, dornavant, le seul aspect d'un
    soulier de femme et ensuite le rappel d'un souvenir dans ce
    sens pouvaient provoquer de l'rection et de l'jaculation. Il
    se masturbait alors en regardant des souliers de femme ou en
    se les reprsentant dans son imagination.  l'cole, il
    tait vivement excit par les souliers de l'institutrice. En
    gnral, les bottines qui taient en partie caches par une
    longue robe lui produisaient toujours cet effet.

    Un jour il ne put pas s'empcher de saisir l'institutrice
    par les bottines, ce qui lui causa une vive motion sexuelle.
    Malgr les coups qu'il reut, il ne put s'empcher de ritrer
    ce mange. Enfin, on reconnut qu'il y avait l un mobile
    morbide, et on le plaa sous la direction d'un matre d'cole.
    Il s'abandonnait alors aux dlicieux souvenirs de la scne des
    bottines avec l'institutrice; cela lui donnait des rections,
    de l'orgasme et,  partir de l'ge de quatorze ans, mme
    des jaculations. En outre, il se masturbait en pensant 
    un soulier de femme. Un jour l'ide lui vint d'augmenter
    son plaisir en se servant d'un soulier de dame pour la
    masturbation. Il prit souvent en secret des souliers et s'en
    servait  cet effet.

    Rien de la femme ne pouvait l'exciter sexuellement; l'ide du
    cot lui inspirait de l'horreur. Les hommes ne l'intressaient
    pas non plus.

     l'ge de dix-huit ans, il s'tablit comme marchand et fit
    entre autres le commerce de chaussures. Il prouvait une
    excitation sexuelle toutes les fois qu'il essayait des
    souliers aux pieds des dames ou qu'il pouvait manipuler des
    souliers uss par des femmes.

    Un jour, il eut, au milieu de ces pratiques, un accs
    pileptique qui, bientt, fut suivi d'un second, pendant qu'il
    se masturbait, comme  son habitude. Ce n'est qu'alors qu'il
    reconnut le danger de ces procds sexuels pour sa sant.
    Il combattit son penchant  l'onanisme, ne vendit plus de
    chaussures et s'effora de se dbarrasser de cette association
    morbide entre les chaussures de femmes et les fonctions
    sexuelles. Mais alors il se produisit des pollutions
    frquentes sous l'influence de rves rotiques ayant pour
    sujet des chaussures de femmes, et les accs pileptiques
    ne cessrent point. Bien qu'il n'et pas le moindre penchant
    sexuel pour le sexe fminin, il se dcida  conclure un
    mariage, ce qui lui parut tre le seul remde possible.

    Il pousa une femme jeune et belle. Malgr une vive rection
    produite en pensant aux souliers de sa femme, il fut tout 
    fait impuissant dans ses essais de cohabitation, car le dgot
    du cot et des rapports intimes en gnral, l'emportait sur
    l'influence de la reprsentation du soulier, son stimulant
    sexuel. Pour se gurir de son impuissance, le malade s'adressa
    au docteur Hammond qui traita son pilepsie par le brome, et
    qui lui conseilla de fixer ses regards pendant le cot sur un
    soulier attach au-dessus du lit nuptial et de se figurer que
    sa femme tait un soulier.

    Le malade gurit de ses accs pileptiques et devint puissant.
    Il pouvait faire le cot tous les huit jours. Son excitation
    sexuelle,  la vue des souliers de dames, s'attnuait de plus
    en plus. (Hammond, _Impuissance sexuelle_.)

Ces deux cas de ftichisme du soulier qui, comme en gnral tous
les cas de ftichisme, se basent sur des associations subjectives
et accidentelles, ainsi qu'on vient de le prouver, n'ont rien
d'extraordinaire en ce qui concerne la cause objective. Dans le
premier cas il s'agit d'une impression partielle dgage de l'ensemble
de la femme; dans le second cas, d'une impression partielle produite
par une manipulation excitante.

Mais on a aussi observ des cas--il est vrai que jusqu'ici il n'y en
a que deux--o l'association dcisive n'a nullement t amene par
un rapport entre la nature de l'objet et les choses qui normalement
peuvent provoquer une excitation.

    OBSERVATION 89.--L..., trente-sept ans, employ de commerce,
    d'une famille trs charge, a eu,  l'ge de cinq ans, sa
    premire rection, en voyant un parent plus g qui couchait
    dans la mme chambre, mettre son bonnet de nuit. Le mme effet
    se produisit quand, plus tard, il vit un soir une vieille dame
    mettre son bonnet de nuit.

    Plus tard, il lui suffisait, pour se mettre en rection, de
    la seule ide d'une tte de vieille femme laide, coiffe d'un
    bonnet de nuit. Le seul aspect d'un bonnet de femme, ou d'une
    femme nue, ou d'un homme nu, le laissaient absolument froid.
    Mais le contact d'un bonnet de nuit lui donnait une rection
    et parfois mme une jaculation.

    L... n'tait pas un masturbateur et, jusqu' l'ge de
    trente-deux ans, lorsqu'il pousa une belle fille qu'il
    aimait, il n'avait jamais pratiqu aucune manoeuvre
    sexuelle.

    Pendant sa nuit de noce, il resta insensible jusqu' ce que,
    dans son embarras, il se vit oblig d'voquer le souvenir de
    la tte de vieille femme laide coiffe d'un bonnet de nuit.
    Aussitt le cot russit.

    Dans la priode qui suivit, il dut parfois recourir  ce
    moyen. Depuis son enfance, il avait de temps en temps de
    profondes dpressions de caractre avec tendances au suicide,
    et quelquefois aussi des hallucinations terrifiantes pendant
    la nuit. En regardant par la fentre, il tait saisi de
    vertige et d'angoisse. C'tait un homme gauche, bizarre,
    embarrass, et mal dou intellectuellement. (Charcot et
    Magnan, _Arch. de Neurol._, 1882, n 12.)

Dans ce cas trs curieux, une concidence fortuite entre la premire
motion sexuelle et une impression tout  fait htrogne, semble
avoir seule dtermin le caractre du penchant.

Un cas presque aussi trange de ftichisme d'association accidentelle
est rapport par Hammond (_op. cit._, p. 50). Un homme mari, g
de trente ans, et qui en somme tait tout  fait bien portant et
psychiquement normal, aurait vu l'impuissance se dclarer  la suite
d'un changement de logement et disparatre aprs qu'on lui eut remis
sa chambre  coucher dans son ancien tat.


C.--LE FTICHE EST UNE TOFFE

Il y a un troisime groupe principal de ftichistes, dont le ftiche
n'est ni une partie du corps fminin, ni une partie des vtements de
la femme, mais une toffe dtermine, qui mme ne sert pas toujours
 la confection de la toilette fminine, et qui cependant peut,
par elle-mme, en tant que matire, faire natre ou accentuer les
sentiments sexuels. Ces toffes sont: les fourrures, le velours et la
soie.

Ces cas se distinguent des faits prcdents de ftichisme rotique du
vtement par le fait que ces toffes ne sont pas, comme le linge,
en rapports troits avec le corps fminin et n'ont pas, comme les
souliers ou les gants, une corrlation avec des parties dtermines du
corps fminin ou ne sont pas une signification symbolique quelconque
de ces parties.

Ce genre de ftichisme ne peut pas provenir non plus d'une association
accidentelle, comme dans les cas tout  fait particuliers du bonnet
de nuit ou des meubles de la chambre  coucher; mais ils forment un
groupe dont l'objet est homogne. Il faut donc supposer que certaines
sensations tactiles--(une sorte de chatouillement qui a une parent
loigne avec les sensations voluptueuses)--sont, chez des individus
hyperesthsiques, la cause premire de ce genre de ftichisme.

 ce propos nous donnerons tout d'abord une observation personnelle
expose par un homme qui lui-mme tait atteint de cet trange
ftichisme.

    OBSERVATION 90.--N..., trente-sept ans, issu de famille
    nvropathique, de constitution nvropathique lui-mme,
    dclare:

    Depuis ma premire jeunesse, j'ai une passion profondment
    enracine pour les fourrures et le velours, parce que ces
    toffes veillent en moi une motion sexuelle, et que leur vue
    et leur contact me procurent un plaisir voluptueux. Je ne
    puis me rappeler qu'un incident quelconque ait occasionn ce
    penchant trange--(concidence de la premire motion sexuelle
    avec l'impression de ces toffes, respectivement premire
    excitation pour une femme vtue de ces toffes).--En somme, je
    ne me souviens pas comment a commenc cette prdilection. Je
    ne veux point exclure absolument la possibilit d'un pareil
    incident, ni d'une liaison accidentelle de la premire
    impression qui aurait pu crer une association d'ides; mais
    je crois peu probable que pareille chose ait pu se passer,
    car je suis convaincu qu'un incident de ce genre se serait
    profondment grav dans ma mmoire.

    Ce que je sais, c'est qu'tant encore petit enfant, j'aimais
    vivement voir des fourrures et les caresser, et qu'en faisant
    ainsi j'prouvais un vague sentiment de volupt. Lors de
    la premire manifestation de mes ides sexuelles concrtes,
    c'est--dire quand mes ides sexuelles se dirigrent vers
    la femme, j'avais dj une prdilection particulire pour la
    femme vtue de ces toffes.

    Cette prdilection m'est reste jusqu' l'ge d'homme mr.
    Une femme qui porte une fourrure ou qui est vtue de velours,
    m'excite plus rapidement et plus violemment qu'une femme sans
    ces accessoires. Ces toffes, il est vrai, ne sont pas la
    _conditio sine qua non_ de l'excitation; le dsir se produit
    aussi sans elles pour les charmes habituels; mais l'aspect, et
    surtout le contact de ces tissus ftichistes, constituent pour
    moi un moyen, aident puissamment les autres charmes normaux,
    et me procurent une augmentation du plaisir rotique. Souvent,
    la seule vue d'une femme  peine jolie, mais vtue de ces
    toffes, me donne la plus violente excitation et m'entrane
    compltement. La simple vue de mes tissus ftiches me fait un
    plaisir bien plus grand encore que l'attouchement.

    L'odeur pntrante de la fourrure m'est indiffrente,
    plutt dsagrable, et je ne la supporte, qu' cause de son
    association avec des sensations agrables de la vue et du
    tact. Je languis du plaisir de pouvoir toucher ces toffes sur
    le corps d'une femme, de les caresser, de les embrasser et
    d'y mettre ma figure. Mon plus grand plaisir est de voir et de
    sentir _inter actum_ mon ftiche sur les paules de la femme.

    La fourrure et le velours isolment me produisent l'impression
    que je viens de dcrire. L'effet de la premire est de
    beaucoup plus fort que celui du dernier. Mais la combinaison
    de ces deux matires produit le plus grand effet. Des pices
    de vtements fminins en velours ou en fourrure, que je vois
    et touche dtaches de leur porteuse, m'excitent sexuellement
    aussi, quoiqu' un degr moindre,--de mme les couvertures
    confectionnes en fourrure, qui ne font nullement partie de la
    toilette fminine, le velours et la peluche des meubles et des
    draperies. De simples gravures reprsentant des toilettes en
    fourrures et en velours sont pour moi l'objet d'un intrt
    rotique, et mme le seul mot fourrure a pour moi une vertu
    magique et me donne des ides rotiques.

    La fourrure est pour moi tellement l'objet de l'intrt
    sexuel, qu'un homme qui porte une fourrure  effet, me produit
    une impression trs dsagrable, horripilante et scandaleuse,
    comme l'effet que produirait sur tout individu normal, un
    homme en costume et dans l'attitude d'une ballerine. De
    mme je trouve rpugnant l'aspect d'une vieille femme laide
    couverte d'une belle fourrure; cette vue veille en moi des
    sentiments qui s'entrechoquent.

    Ce plaisir rotique de voir des fourrures et du velours
    est tout  fait diffrent de mes apprciations purement
    esthtiques. J'ai un got trs vif pour les belles toilettes
    de femmes, et en mme temps une prdilection particulire
    pour les dentelles, mais c'est un got d'une nature purement
    esthtique. Je trouve la femme en toilette de dentelles ou
    bien pare avec une autre belle toilette, plus belle qu'une
    autre, mais la femme vtue de mes toffes ftiches est la plus
    charmante pour moi.

    La fourrure n'exerce sur moi l'effet dont j'ai parl que
    lorsqu'elle est  poils fins, touffus, lisses, longs, et
    se dressant en haut. C'est de ces qualits que dpend
    l'impression. Je reste tout  fait indiffrent, non seulement
    aux fourrures  poils drus, emmls, espce qu'on estime comme
    infrieure, mais aussi aux fourrures qu'on estime comme trs
    belles et suprieures, mais dont on a enlev les poils qui
    redressent (castor, chien de mer) ou qui ont naturellement les
    poils courts (hermine) ou trop long et couchs (singe, ours).
    Les poils redresss ne me produisent l'impression spcifiques
    que chez la zibeline, la martre, etc. Or, le velours est
    fait de poils fins touffus et redresss en haut, ce qui
    expliquerait l'impression analogue qu'il me produit. L'effet
    parat dpendre d'une impression dtermine de l'extrmit
    pointue des poils sur les terminaisons des nerfs sensitifs.

    Mais je ne peux pas m'expliquer quel rapport cet effet trange
    sur les nerfs tactiles peut avoir avec la vie sexuelle. Le
    fait est que tel est le cas chez beaucoup d'hommes. Je fais
    encore remarquer expressment, qu'une belle chevelure de femme
    me plat beaucoup, mais qu'elle ne joue pas un rle plus grand
    que tout autre charme fminin, et qu'en touchant des fourrures
    je ne pense nullement  des cheveux de femme. (La sensation
    tactile dans les deux cas n'a pas d'ailleurs la moindre
    analogie.) En gnral il ne s'y attache aucune ide. La
    fourrure par elle-mme rveille en moi la sensualit. Comment?
    Voil ce qui me parat absolument inexplicable.

    Le seul effet esthtique produit par la beaut des fourrures
    grand genre,  laquelle chacun est plus ou moins sensible, par
    la fourrure qui, depuis la Fornarina de Raphal et l'Hlne
    Fourment de Rubens, a t employe par beaucoup de peintres
    comme cadre et ornement des charmes fminins, et qui dans la
    mode, dans l'art et la science de la toilette fminine, joue
    un si grand rle--cet effet esthtique, dis-je, n'explique
    rien dans ce cas, ainsi que j'ai dj eu l'occasion de le
    faire remarquer. Cet effet esthtique que les belles fourrures
    produisent sur les hommes normaux, les fleurs, les rubans,
    les pierres prcieuses et les autres parures le produisent sur
    moi, comme chez tout le monde. Habilement employs, ces objets
    font mieux ressortir la beaut fminine et peuvent ainsi,
    dans certaines circonstances, produire indirectement un effet
    sensuel. Mais ils ne produisent jamais sur moi le mme effet
    sensuel direct que les toffes ftiches dont j'ai parl.

    Bien que chez moi, comme peut-tre chez tous les autres
    ftichistes, il faille bien distinguer l'impression sensuelle
    de l'impression esthtique, cela ne m'empche pas d'exiger de
    mon ftiche une srie de conditions esthtiques concernant la
    forme, la coupe, la couleur, etc. Je pourrais m'tendre ici
    longuement sur ces exigences de mon penchant, mais je laisse
    de ct ce point qui ne touche pas le fond du sujet. Je ne
    voulais qu'attirer l'attention sur ce fait que le ftichisme
    rotique se complique encore d'un mlange d'ides purement
    esthtiques.

    L'effet particulirement rotique de mes toffes ftichistes,
    ne peut pas s'expliquer par l'association avec l'ide du corps
    d'une femme qui porterait ces toffes, pas plus que par un
    effet d'esthtique quelconque. Car, premirement, ces toffes
    me produisent de l'effet, mme quand elles sont isoles et
    dtaches du corps, quand elles se prsentent comme simple
    matire; et, secondement, des parties de la toilette intime
    (corset, chemise) qui, sans doute, voquent des associations,
    ont sur moi une action beaucoup plus faible. Les toffes
    ftichistes ont toutes pour moi une valeur sensuelle
    intrinsque. Pourquoi? C'est pour moi une nigme. Les plumes
    sur les chapeaux de femme ou les ventails produisent sur moi
    la mme impression ftichiste que la fourrure et le velours:
    similitude de la sensation tactile et du chatouillement
    trange produit par le mouvement lger de la plume. Enfin
    l'effet ftichiste, quoiqu' un degr trs attnu, est encore
    provoqu par d'autres toffes unies, telles que la soie,
    le satin, etc., tandis que les toffes rugueuses, le
    drap grossier, la flanelle, me produisent plutt un effet
    rpugnant.

    Enfin, je tiens encore  rappeler que j'ai lu quelque part
    un essai de Carl Vogt sur les hommes microcphales: il y est
    racont comment un microcphale,  la vue d'une fourrure, s'y
    est prcipit et l'a caresse en manifestant une vive joie. Je
    suis loin de voir pour cette raison, dans le ftichisme trs
    commun de la fourrure, une rgression atavique vers les gots
    des anctres de la race humaine qui taient couverts de peaux
    d'animaux. Le microcphale dont parle Carl Vogt faisait, avec
    le sans-gne qui lui tait naturel, un attouchement qui
    lui tait agrable, mais dont le caractre n'tait pas
    sexuellement sensuel; il y a beaucoup d'hommes normaux
    qui aiment  caresser un chat,  toucher des fourrures, du
    velours, sans en tre sexuellement excits.

On trouve encore dans la littrature quelques cas de ce genre.

    OBSERVATION 91.--Un garon de douze ans prouva une vive
    motion sexuelle en se couvrant un jour, par hasard, d'une
    couverture en fourrure.  partir de ce moment, il commena 
    se masturber en se servant de fourrures ou en prenant dans son
    lit un petit chien  longs poils. Il avait des jaculations
    suivies quelquefois d'accs hystriques. Ses pollutions
    nocturnes taient occasionnes par des rves o il se
    voyait couch nu sur une fourrure soyeuse qui l'enveloppait
    compltement. Les charmes de la femme ou de l'homme n'avaient
    aucune prise sur lui.

    Il devint neurasthnique, souffrit de la monomanie de
    l'observation, croyant que tout le monde s'apercevait de son
    anomalie sexuelle; il eut, pour cette cause du _tdium vit_
    et devint fou.

    Il tait trs charg, avait les parties gnitales mal
    conformes, et d'autres signes de dgnrescence anatomique.
    (Tarnowsky, _op. cit._, p. 22.)

    OBSERVATION 92.--C... est un amateur enrag de velours. Il se
    sent attir d'une manire normale vers les belles femmes,
    mais il est particulirement excit lorsque la personne
    de rencontre avec laquelle il a des rapports est vtue de
    velours.

    Ce qui est frappant dans ce cas, c'est que ce n'est pas la vue
    du velours, mais le contact qui produit l'excitation. C...
    me disait qu'en passant la main sur une jaquette de femme en
    velours, il avait une excitation sexuelle telle qu'aucun autre
    moyen ne saurait jamais en provoquer une pareille chez lui.
    (Dr Moll, _op. cit._, p. 127.)

Un mdecin m'a communiqu le cas suivant. Un des habitus d'un lupanar
tait connu sous le sobriquet de Velours. Il avait l'habitude
de revtir de velours une _puella_ qui lui tait sympathique et de
satisfaire ses penchants sexuels rien qu'en caressant sa figure avec
un coin de la robe en velours, sans qu'il y ait autre contact entre
lui et la femme.

Un autre tmoin m'assure que, surtout chez les masochistes,
l'adoration des fourrures, du velours et de la soie est trs frquente
(Comparez plus haut, observation 44, 45[80]).

[Note 80: Dans les romans de Sacher-Masoch la fourrure joue aussi
un rle important; elle sert mme de titre  un de ses romans. Mais
son explication, qui fait de la fourrure, de l'hermine, le symbole de
la domination, et en fait pour la mme raison le ftiche des hommes
dpeints dans ce roman, me parat spcieuse et peu satisfaisante.]

Le cas suivant est un cas de ftichisme d'toffe bien curieux. On
voit se joindre au ftichisme l'impulsion  dtruire le ftiche. Ce
penchant est, dans ce cas, ou un lment de sadisme contre la femme
qui porte l'toffe ou un sadisme impersonnel dirig contre l'objet,
tendance qui se rencontre souvent chez les ftichistes.

Cet instinct de destruction a fait du cas dont nous parlons une cause
criminelle trs curieuse.

    OBSERVATION 93.--Au mois de juillet 1891, a d comparatre
    devant la seconde chambre du tribunal correctionnel de Berlin
    le garon serrurier Alfred Bachmann, g de vingt-cinq ans.

    Au mois d'avril de la mme anne, la police avait reu
    plusieurs plaintes: une main mchante avait, avec un
    instrument bien tranchant, coup les robes de plusieurs
    dames. Le soir du 25 avril, on russit  prendre l'agresseur
    mystrieux dans la personne de l'accus. Un agent de la police
    remarqua l'accus qui cherchait d'une trange faon  se
    blottir contre une dame qui traversait un passage, accompagne
    d'un monsieur. Le fonctionnaire pria la dame d'examiner sa
    robe, pendant qu'il tenait l'homme suspect. On constata que
    la robe avait reu une longue entaille. L'accus fut amen
    au poste o on le visita. En dehors d'un couteau bien aiguis
    dont il avoua s'tre servi pour dchirer des robes, on trouva
    encore sur lui deux rubans de soie comme on en emploie pour la
    garniture des robes de femmes. L'accus avoua qu'il les avait
    dtachs des robes dans une bousculade. Enfin, la visite amena
    encore la dcouverte sur son corps d'un foulard de soie de
    dame. Quant  ce dernier objet, il prtendit l'avoir trouv.
    Comme on ne pouvait infirmer son assertion  ce sujet, on ne
    l'accusa sous ce chef que de fraude d'objets trouvs, tandis
    que ses deux autres actes lui valurent, dans les deux cas o
    les endommages demandaient des poursuites, une accusation
    pour destruction d'objets et, dans deux autres cas, une
    accusation de vol. L'accus qui a t dj plusieurs fois
    condamn, est un homme  la figure ple et sans expression.
    Il donna devant le juge une explication bien trange de sa
    conduite nigmatique. La cuisinire d'un commandant, dit-il,
    l'avait jet au bas de l'escalier alors qu'il demandait
    l'aumne, et, depuis ce temps, il avait une haine implacable
    contre le sexe fminin. On douta de sa responsabilit, et
    on le fit examiner par un mdecin attach au service de
    l'Administration.

    Aux dbats judiciaires, l'expert dclara qu'il n'y avait
    aucune raison de considrer comme un alin l'accus dont, il
    est vrai, l'intelligence tait trs peu dveloppe.
    L'accus se dfendit d'une faon bien trange. Une impulsion
    irrsistible, dit-il, le force de s'approcher des femmes qui
    portent des robes de soie. Le contact avec une toffe de
    soie est pour lui tellement dlicieux que, mme pendant sa
    dtention, il se sentait mu, quand, en cardant de la laine,
    un fil de soie lui tombait par hasard dans les mains.

    Le procureur royal, M. Muller, considra simplement l'accus
    comme un homme mchant et dangereux, qu'il fallait, pour un
    certain laps de temps, rendre incapable de nuire. Il requit
    contre lui la peine d'un an de prison. Le tribunal condamna
    l'accus  six mois de prison et  la perte de ses droits
    civiques pour un an.


II.--SENS SEXUEL FAIBLE OU NUL POUR L'AUTRE SEXE ET REMPLAC PAR UN
PENCHANT SEXUEL POUR LE MME SEXE (SENS HOMOSEXUEL OU INVERTI).

Une des parties constitutives les plus solides de la conscience du
moi,  l'poque de la pleine maturit sexuelle, c'est d'avoir la
conviction de reprsenter une individualit sexuelle bien dtermine,
et d'prouver le besoin, pendant les processus physiologiques
(formation de la semence et de l'oeuf), d'accomplir des actes
sexuels conformes  l'individualit sexuelle, actes qui consciemment
ont pour but la conservation de la race.

Sauf quelques sentiments et quelques impulsions obscurs, le sens
sexuel et l'instinct gnital restent  l'tat latent jusqu' l'poque
du dveloppement des organes gnitaux. L'enfant est de _generis
neutrius_. Quand mme, dans cette priode o la sexualit latente
n'existe que virtuellement et n'est pas encore annonce par des
sentiments organiques puissants, ni entre dans la conscience, il se
produirait prmaturment des excitations des organes gnitaux, soit
spontanment, soit par une influence externe, et qu'elles trouveraient
une satisfaction par la masturbation, il y a dans tout cela absence
totale de rapports idals avec les personnes de l'autre sexe, et
les actes sexuels de ce genre ont plus ou moins la signification de
phnomnes spinaux rflexes.

Le fait de l'innocence ou de la neutralit sexuelle mrite d'autant
plus d'attention que dj, de trs bonne heure, l'enfant constate une
diffrenciation entre les enfants des deux sexes par l'ducation, les
occupations, les vtements etc. Ces impressions toutefois ne sont
pas perues par l'me, car elles ne sont pas appuyes sexuellement,
l'organe central (l'corce crbrale) des ides et des sentiments
sexuels n'tant pas encore dvelopp et n'ayant pas encore la facult
de perception.

Quand commence le dveloppement anatomique et fonctionnel des organes
gnitaux avec la diffrenciation simultane des formes du corps,
attribut de l'un ou l'autre sexe, on voit apparatre chez le garon,
ainsi que chez la jeune fille, les bases d'un tat d'me conforme
au sexe de chacun, tat que contribuent puissamment  dvelopper
l'ducation et les influences externes, tant donn que l'individu est
devenu plus attentif.

Si le dveloppement sexuel est normal et n'est pas troubl dans son
cours, il se forme un caractre bien dtermin et conforme  la nature
du sexe. Les rapports avec les personnes de l'autre sexe font alors
natre certains penchants, certaines ractions, et, au point de vue
psychologique, il est bien remarquable de voir avec quelle rapidit
relative se forme le type moral particulier au sexe de chaque
individu.

Tandis que, dans l'enfance, la pudeur, par exemple, n'est
qu'une exigence de l'ducation mal comprise par l'enfant et qui,
incomprhensible pour lui, tant donne son innocence, ne peut arriver
qu' une expression incomplte; la pudeur parat au jeune homme et 
la vierge comme une obligation imprieuse de l'estime de soi-mme
 laquelle on ne peut toucher sans provoquer une puissante raction
vaso-motrice et un dsir psychique.

Si la disposition primitive est favorable, normale, si les facteurs
nuisibles au dveloppement psycho-sexuel restent hors de jeu, il se
forme une individualit psycho-sexuelle si harmonique, si solidement
construite et si conforme au sexe reprsent par l'individu, que
mme la perte des organes gnitaux,  une poque ultrieure (par la
castration, par exemple), ou bien le _climax_ ou le _senium_ ne la
peuvent plus changer dans son essence.

Cela ne veut pas dire que l'homme mascul, la femme chtre, le jeune
homme et le vieillard, la vierge et la matrone, l'homme puissant et
l'homme impuissant, ne diffrent pas l'un de l'autre dans leur tat
d'me.

Une question trs intressante et trs importante pour la matire que
nous allons traiter est de savoir si c'est l'influence priphrique
des glandes gnitales (testicules et ovaires) ou si ce sont
les conditions crbrales centrales qui sont dcisives pour le
dveloppement psycho-sexuel. Un fait qui plaide en faveur de
l'importance des glandes gnitales, est que l'absence congnitale
de celles-ci ou leur enlvement avant la pubert ont une influence
puissante sur le dveloppement du corps et sur le dveloppement
psycho-sexuel, de sorte que ce dernier est arrt et prend une
direction dans le sens du sexe contraire (eunuques, viragines, etc.).

Toutefois les processus physiques qui se passent dans les organes
gnitaux ne sont que des facteurs auxiliaires, mais non pas
les facteurs exclusifs de la formation d'une individualit
psycho-sexuelle; cela ressort du fait que, malgr une constitution
normale au point de vue physiologique et anatomique, il peut se
dvelopper un sentiment sexuel contraire au caractre du sexe que
l'individu reprsente.

La cause ici ne peut se trouver que dans une anomalie des conditions
centrales, dans une disposition psycho-sexuelle anormale. Cette
disposition est, sous le rapport de sa cause anatomique et
fonctionnelle, encore enveloppe de mystre. Comme, dans presque tous
les cas en question, l'inverti prsente des tares nvropathiques de
plusieurs sortes et que ces tares peuvent tre mises en corrlation
avec des conditions dgnratives hrditaires, on peut, au point
de vue clinique, considrer cette anomalie du sentiment psychosexuel
comme un stigmate de dgnrescence fonctionnelle. Cette sexualit
perverse se manifeste spontanment et sans aucune impulsion externe,
au moment du dveloppement de la vie sexuelle, comme phnomne
individuel d'une dgnrescence anormale de la _vita sexualis_; et
alors elle nous frappe comme un phnomne congnital; ou bien elle ne
se dveloppe qu'au cours d'une vie sexuelle qui, au dbut, a suivi
les voies normales, et elle a t produite par certaines influences
manifestement nuisibles: alors elle nous apparat comme une perversion
acquise. Pour le moment, on ne peut pas encore expliquer sur quoi
repose le phnomne nigmatique du sens homosexuel acquis et l'on
en est rduit aux hypothses. Il parat probable, d'aprs l'examen
minutieux des cas dits acquis, que l aussi la disposition consiste
dans une homosexualit, du moins en une bisexualit latente qui,
pour devenir apparente, a eu besoin d'tre influence par des causes
accidentelles et motrices qui l'ont fait sortir de son tat de
sommeil.

On trouve, dans les limites de l'inversion sexuelle, des gradations
diverses du phnomne, gradations qui correspondent presque
compltement au degr de tare hrditaire de l'individu, de sorte
que, dans les cas peu prononcs, on ne trouve qu'un hermaphroditisme
psychique; dans les cas un peu plus graves, les sentiments et les
penchants homosexuels sont limits  la _vita sexualis_; dans les
cas plus graves, toute la personnalit morale, et mme les sensations
physiques sont transformes dans le sens de la perversion sexuelle;
enfin, dans les cas tout  fait graves, l'_habitus_ physique mme
parat transform conformment  la perversion.

C'est sur ces faits cliniques que repose par consquent la
classification suivante des diffrentes formes de cette anomalie
psycho-sexuelle.


A.--LE SENS HOMOSEXUEL COMME PERVERSION ACQUISE.

L'important ici est de prouver qu'il y a penchant pervers pour son
propre sexe, et non pas de constater des actes sexuels accomplis sur
des individus de mme sexe. Ces deux phnomnes ne doivent pas tre
confondus; on ne doit pas prendre la perversit pour de la perversion.
Souvent on a l'occasion d'observer des actes pervers sexuels qui ne
sont pas bass sur la perversion. C'est surtout le cas dans les actes
sexuels entre personnes de mme sexe et notamment dans la pdrastie.
L il n'est pas toujours ncessaire que la _parsthesia sexualis_
soit en jeu, mais il y a souvent de l'hyperesthsie avec impossibilit
physique ou psychique d'une satisfaction sexuelle naturelle.

Ainsi nous rencontrons des rapports homosexuels chez des onanistes
ou des dbauchs devenus impuissants, ou bien chez des femmes ou des
hommes sensuels dtenus dans les prisons, chez des individus confins
 bord d'un vaisseau, dans les casernes, dans les pensionnats, dans
les bagnes, etc.

Ces individus reprennent les rapports sexuels normaux aussitt que les
obstacles qui les empchaient cessent d'exister.

Trs souvent, la cause d'une pareille aberration temporaire est la
masturbation avec ses consquences chez les individus jeunes. Rien
n'est aussi capable de troubler la source des sentiments nobles et
idaux que fait natre le sentiment sexuel avec son dveloppement
normal, que l'onanisme pratiqu de bonne heure: il peut mme la faire
tarir compltement. Il enlve au bouton de rose qui va se dvelopper
et le parfum et la beaut, et ne laisse que le penchant grossirement
sensuel et brutal pour la satisfaction sexuelle. Quand un individu
corrompu de cette manire arrive  l'ge o il peut procrer, il n'a
plus ce caractre esthtique et idal, pur et ingnu, qui l'attire
vers l'autre sexe. Alors l'ardeur du sentiment sensuel est teinte
et l'inclination pour l'autre sexe diminue considrablement. Cette
dfectuosit influence d'une faon dfavorable la morale, l'thique,
le caractre, l'imagination, l'humeur, le monde des sentiments et des
penchants du jeune onaniste, homme ou femme; avec les circonstances,
elle amne le dsir pour l'autre sexe  tomber  zro, de sorte que la
masturbation est prfre  toute satisfaction naturelle.

Parfois le dveloppement de sentiments sexuels levs pour l'autre
sexe est contrari par la peur hypocondriaque d'une infection
vnrienne ou par une infection contracte effectivement, ou par une
fausse ducation qui, avec intention, a rappel ces dangers et les a
exagrs, chez les filles par la crainte lgitime des suites du cot
(peur de devenir enceinte), ou bien par le dgot de l'homme par
suite de ses dfectuosits physiques et morales. Alors la satisfaction
devient perverse et le penchant se manifeste avec une violence
morbide. Mais la satisfaction sexuelle perverse pratique de trop
bonne heure n'atteint pas seulement les facults mentales, elle
atteint aussi le corps, car elle produit des nvroses de l'appareil
sexuel (faiblesse irritative du centre d'rection et d'jaculation,
sensations de volupt dfectueuses au moment du cot, etc.), tout en
maintenant l'imagination dans une motion continuelle et en excitant
le _libido_.

Pour presque tous les masturbateurs il vient un moment o, effrays
d'apprendre les consquences de leur vice en les constatant sur
eux-mmes (neurasthnie), ou bien pousss vers l'autre sexe soit par
sduction soit par l'exemple d'autrui, ils voudraient fuir leur vice
et rendre leur _vita sexualis_ normale.

Les conditions morales et physiques sont, dans ce cas, les plus
dfavorables qu'on puisse imaginer. La chaleur du pur sentiment est
teinte, le feu de l'ardeur sexuelle manque de mme que la confiance
en soi-mme, car tout masturbateur est plus ou moins lche. Quand le
jeune pcheur runit ses nergies pour essayer le cot, il en revient
du, car la sensation de volupt manque et il n'a pas de plaisir,
ou bien la force physique pour accomplir l'acte lui fait dfaut. Cet
chec a la signification d'une catastrophe et l'amne  l'impuissance
psychique absolue. Une conscience qui n'est pas nette, le souvenir
d'checs honteux empchent toute russite en cas de nouveaux
essais. Mais le _libido sexualis_ qui continue  subsister, exige
imprieusement une satisfaction, et la perversion morale et physique
loigne de plus en plus l'individu de la femme.

Pour diffrentes raisons (malaises neurasthniques, peur
hypocondriaque des suites, etc.), l'individu se dtourne aussi des
pratiques de la masturbation. Dans ce cas il peut pour un moment et
passagrement tre pouss  la bestialit. L'ide des rapports avec
les gens de son propre sexe s'impose alors facilement; elle est
amene par l'illusion de sentiments d'amiti qui, sur le terrain de la
pathologie sexuelle, se lient aisment avec des sentiments sexuels.

L'onanisme passif et mutuel remplace alors les procds habituels.
S'il se trouve un sducteur, et il y en a tant malheureusement,
nous avons alors le pdraste d'ducation, c'est--dire un homme qui
accomplit des actes d'onanisme avec des personnes de son propre sexe,
et qui se plat dans un rle actif correspondant  son vritable sexe,
mais qui, au point de vue des sentiments de l'me, est indiffrent non
seulement aux personnes de l'autre sexe, mais aussi  celles de son
propre sexe.

Voil le degr auquel peut arriver la perversit sexuelle d'un
individu de disposition normale, exempt de tare et jouissant de ses
facults mentales. On ne peut citer aucun cas o la perversit soit
devenue une perversion, une inversion du penchant sexuel[81].

[Note 81: Garnier (_Anomalies sexuelles_, Paris, pp. 568-569
rapporte deux cas (Observations 222 et 223) qui semblent tre en
contradiction avec cette thse, surtout le premier, o le chagrin
prouv  la suite de l'infidlit de l'amante a fait succomber le
sujet aux sductions des hommes. Mais il ressort clairement de cette
observation que cet individu n'a jamais trouv de plaisir aux actes
homosexuels. Dans l'observation 223, il s'agit d'un effmin _ab
origine_, du moins d'un _hermaphrodite_ psychique. L'opinion de
ceux qui rendent une fausse ducation et les tats psychologiques
exclusivement responsables de l'origine des sentiments et penchants
homosexuels, est tout  fait errone.

On peut donner  un individu exempt de toute tare l'ducation la
plus effmine, et  une femme l'ducation la plus virile; ni l'un ni
l'autre ne deviendront homosexuels. C'est la disposition naturelle
qui est importante et non pas l'ducation et les autres lments
accidentels comme, par exemple, la sduction. Il ne peut tre question
d'inversion sexuelle que lorsque la personne exerce sur une autre du
mme sexe un charme psycho-sexuel, c'est--dire qu'elle provoque le
_libido_, l'orgasme, et surtout lorsqu'elle produit l'effet d'une
attraction psychique. Tout autres sont les cas o, par suite d'une
trop grande sensualit et d'une absence de sens esthtique, l'individu
se sert, faute de mieux, du corps d'un individu de mme sexe pour
pratiquer avec lui un acte d'onanisme (non le cot dans le sens d'un
entranement de l'_me_).

Moll, dans son excellente monographie, signale, d'une manire
trs claire et trs convaincante, l'importance dcisive de la
prdisposition hrditaire en prsence de l'importance trs relative
des causes occasionnelles (Comparez _op. cit_., pp. 156-175). Il
connat beaucoup de cas o des rapports sexuels pratiqus avec des
hommes pendant une certaine priode n'ont pu amener la perversion.
Moll dit aussi d'une manire trs significative: Je connais une
pidmie de ce genre (onanisme mutuel) qui s'est produite dans une
cole berlinoise o un lve, aujourd'hui acteur, avait introduit
d'une manire honte l'onanisme mutuel. Bien que je connaisse
les noms de nombreux uranistes berlinois, je n'ai pu tablir avec
probabilit qu'aucun des anciens lves de ce lyce soit devenu
uraniste; par contre, je sais assez exactement que beaucoup d'entre
eux,  l'heure qu'il est, se comportent, au point de vue sexuel, d'une
faon normale.]

Tout autre est la situation de l'individu tar. La sexualit perverse
latente se dveloppe sous l'influence de la neurasthnie cause par la
masturbation, l'abstinence ou d'autres causes.

Peu  peu le contact avec des personnes de son propre sexe met
l'individu en motion sexuelle. Ces ides sont renforces par des
sensations de plaisir et provoquent des dsirs correspondants. Cette
raction, nettement dgnrative, est le commencement d'un processus
de transformation du corps et de l'me, processus qui sera dcrit plus
loin en dtail et qui prsente un des phnomnes psycho-pathologiques
les plus intressants. On peut reconnatre dans cette mtamorphose
divers degrs ou phases.


Premier degr: Inversion simple du sens sexuel.

Ce degr est atteint quand une personne du mme sexe produit sur
un individu un effet aphrodisiaque, et que ce dernier prouve
pour l'autre un sentiment sexuel. Mais le caractre et le genre du
sentiment restent encore conformes au sexe de l'individu. Il se sent
dans un rle actif; il considre son penchant pour son propre sexe
comme une aberration et cherche ventuellement un remde.

Avec cette amlioration pisodique de la nvrose il se peut
qu'au dbut des sentiments sexuels normaux se manifestent et se
maintiennent. L'observation suivante nous parat tout  fait apte
 montrer par un exemple frappant cette tape sur la route de la
dgrrescence psycho-sexuelle.

    OBSERVATION 94.--Inversion acquise.

    Je suis fonctionnaire; je suis n, autant que je sais, d'une
    famille exempte de tares; mon pre est mort d'une maladie
    aigu, ma mre vit: elle est assez nerveuse. Une de mes
    soeurs est devenue depuis quelques annes d'une religiosit
    exagre.

    Quant  moi, je suis de grande taille et j'ai tout  fait le
    caractre viril dans mon langage, ma dmarche et mon maintien.
    Je n'ai pas eu de maladies, sauf la rougeole; mais, depuis
    l'ge de treize ans, j'ai souffert de ce qu'on appelle des
    maux de tte nerveux.

    Ma vie sexuelle a commenc  l'ge de treize ans, en faisant
    la connaissance d'un garon un peu plus g que moi, _quocum
    alter alterius genitalia tangendo delectabar_.  l'ge
    de quatorze ans, j'eus ma premire jaculation. Amen 
    l'onanisme par deux de mes camarades d'cole, je le pratiquai,
    tantt avec eux, tantt solitairement, mais toujours en me
    reprsentant dans mon imagination des tres du sexe fminin.
    Mon _libido sexualis_ tait trs grand; il en est encore de
    mme aujourd'hui. Plus tard, j'ai essay d'entrer en relations
    avec une servante jolie, grande, ayant de fortes _mamm_; _id
    solum assecutus sum, ut me prsente superiorem corporis sui
    partem enudaret mihique concederet os mammasque osculari, dum
    ipsa penem meum valde erectum in manum suam recepit eumque
    trivit. Quamquam violentissime coitum rogavi hoc solum
    concessit, ut genitalia ejus tangerem._

    Devenu tudiant  l'Universit, je visitai un lupanar et je
    russis le cot sans effort.

    Mais un incident est arriv qui a produit en moi une
    volution. Un soir, j'accompagnais un ami qui rentrait chez
    lui et, comme j'tais un peu gris, je le saisis _ad genitalia_
    en plaisantant. Il ne se dfendit pas beaucoup; je montai
    ensuite avec lui dans sa chambre, nous nous masturbmes,
    et nous pratiqumes assez souvent dans la suite cette
    masturbation mutuelle; il y avait mme _immissio penis in os_
    avec jaculation. Ce qui est trange, c'est que je n'tais pas
    du tout amoureux de ce camarade, mais passionnment pris d'un
    autre de mes camarades dont l'approche ne m'a jamais produit
    la moindre excitation sexuelle et, dans mon ide, je ne
    mettais jamais sa personne en rapport avec des faits sexuels.
    Mes visites au lupanar, o j'tais un client bien vu,
    devenaient de plus en plus rares; je trouvais une compensation
    chez mon ami et ne dsirais plus du tout les rapports sexuels
    avec les femmes.

    Nous ne pratiquions jamais la pdrastie; nous ne prononcions
    pas mme ce mot. Depuis le commencement de cette liaison
    avec mon ami, je me suis remis  me masturber davantage;
    naturellement l'ide de la femme fut de plus en plus relgue
    au second rang; je ne pensais qu' des jeunes gens vigoureux
    avec de gros membres. Je prfrais surtout les garons
    imberbes de seize  vingt-cinq ans, mais il fallait qu'ils
    soient jolis et propres. J'tais surtout excit par les
    jeunes ouvriers en pantalon d'toffe de manchester ou de
    drap anglais; les maons principalement me produisaient cette
    impression.

    Les personnes de mon monde ne m'excitaient pas du tout;
    mais,  l'aspect d'un fils du peuple, vigoureux et nergique,
    j'avais une motion sexuelle bien prononce. Toucher ces
    pantalons, les ouvrir, saisir le pnis, puis embrasser le
    garon, voil ce qui me paraissait le plus grand bonheur.

    Ma sensibilit pour les charmes fminins s'est un peu
    mousse, mais, dans les rapports sexuels avec la femme,
    surtout quand elle a des seins forts, je suis toujours
    puissant sans avoir besoin de me crer dans mon imagination
    des scnes excitantes. Je n'ai jamais essay de sduire  mes
    vils dsirs un jeune ouvrier ou quelqu'un de son monde, et je
    ne le ferai jamais; mais j'en ai souvent envie. Quelquefois
    je fixe dans ma mmoire l'image d'un de ces garons et je me
    masturbe chez moi.

    Je n'ai aucun got pour les occupations fminines. Je n'aime
    pas trop  tre dans la socit des dames; la danse m'est
    dsagrable. Je m'intresse vivement aux beaux arts. Si j'ai
    parfois un sentiment d'inversion sexuelle, c'est, je crois, en
    partie une consquence de ma grande paresse qui m'empche de
    me dranger pour entamer une liaison avec une fille;
    toujours frquenter le lupanar, cela rpugne  mes sentiments
    esthtiques. Aussi je retombe toujours dans ce maudit onanisme
    auquel il m'est bien difficile de renoncer.

    Je me suis dj dit cent fois que, pour avoir des sentiments
    sexuels tout  fait normaux, il me faudrait avant tout
    touffer ma passion presque indomptable pour ce maudit
    onanisme, aberration si rpugnante pour mes sentiments
    esthtiques. J'ai pris tant et tant de fois la ferme
    rsolution de combattre cette passion de toute la force de
    ma volont! Mais jusqu'ici je n'ai pas russi. Au lieu de
    chercher une satisfaction naturelle quand l'instinct gnital
    devenait trop violent chez moi, je prfrais me masturber, car
    je sentais que j'en prouverais plus de plaisir.

    Et cependant l'exprience m'a appris que j'tais toujours
    puissant avec les filles, sans difficult et sans avoir
    recours  des images des parties gnitales viriles, sauf une
    seule fois ou je ne suis pas arriv  l'jaculation, parce
    que la femme--c'tait dans un lupanar--manquait absolument de
    charme. Je ne peux pas me dbarrasser de l'ide ni me dfendre
    du grave reproche que je me fais  ce sujet, que l'inversion
    sexuelle dont sans doute je suis atteint  un certain degr,
    n'est que la consquence de mes masturbations excessives, et
    cela me cause d'autant plus de dpression morale que j'avoue
    ne gure me sentir la force de renoncer par ma propre volont
     ce vice.

     la suite de mes rapports sexuels avec un condisciple et ami
    de longue date, rapports qui n'ont commenc que pendant notre
    sjour  l'Universit et aprs sept ans de relations amicales,
    le penchant pour les satisfactions anormales du _libido_ s'est
    renforc en moi.

    Permettez-moi de vous raconter encore un pisode qui m'a
    proccup pendant des mois entiers.

    L't 1882 je fis la connaissance d'un collgue de
    l'Universit, de six ans plus jeune que moi, et qui m'avait
    t recommand par plusieurs jeunes gens,  moi et  d'autres
    personnes de ma connaissance. Bientt j'prouvai un intrt
    profond pour ce jeune homme qui tait trs beau, de formes
    bien proportionnes, de taille svelte et d'aspect bien
    portant. Aprs des relations de quelques semaines avec lui,
    cet intrt devint un sentiment d'amiti intense et plus tard
    un amour passionn entreml des tourments de la jalousie. Je
    m'aperus bientt que des mouvements sensuels se confondaient
    avec cette affection. Malgr ma ferme rsolution de me
    contenir vis--vis de ce jeune homme que j'estimais  cause
    de son excellent caractre, pourtant une nuit, aprs force
    libations de bire, nous tions dans ma chambre o nous
    vidions une bouteille de vin en l'honneur de notre amiti
    sincre et durable; je succombai  l'envie irrsistible de le
    presser contre moi, etc., etc.

    Le lendemain lorsque je le revis, j'avais tellement honte
    que je n'osais pas le regarder dans les yeux. J'prouvais
    le repentir le plus amer de ma faute et me faisais les plus
    violents reproches d'avoir ainsi souill cette amiti qui
    aurait d rester pure et noble. Pour lui prouver que je
    n'avais agi que sous le coup d'une impulsion momentane,
    j'insistai auprs de lui pour qu'il ft avec moi un voyage 
    la fin du semestre. Il y consentit, aprs quelques hsitations
    dont les raisons taient assez claires pour moi. Nous avons
    alors couch plusieurs nuits dans la mme chambre, sans que
    j'aie jamais fait la moindre tentative pour rpter l'acte de
    la nuit mmorable. Je voulais lui parler de cet incident, mais
    je n'en avais pas le courage. Lorsque, le semestre suivant,
    nous fmes spars l'un de l'autre, je ne pus me dcider  lui
    crire sur cette affaire, et quand, au mois de mars, je lui
    fis une visite  X..., j'eus la mme faiblesse. Et pourtant,
    j'prouvais le besoin imprieux de lui expliquer ce point
    obscur, par un entretien franc et loyal. Au mois d'octobre
    de la mme anne, j'tais  X..., et ce n'est qu'alors que
    je trouvai le courage ncessaire pour une explication sans
    rserves. J'implorai son pardon, qu'il m'accorda volontiers;
    je lui demandai mme pourquoi il ne m'avait pas alors oppos
    une rsistance rsolue; il me rpondit qu'il m'avait en partie
    laiss faire par complaisance, que d'autre part, tant ivre,
    il se trouvait dans un certain tat d'apathie. Je lui exposai
    alors ma situation d'une manire dtaille, je lui donnai
    aussi  lire la _Psychopathia sexualis_ et lui exprimai
    le ferme espoir que par ma force de volont j'arriverais 
    dompter compltement mon penchant contre nature. Depuis cette
    explication mes relations avec cet ami sont devenues des plus
    heureuses et des plus satisfaisantes; les sentiments amicaux
    sont de part et d'autre intimes, sincres, et j'espre
    durables aussi.

    Dans le cas o je n'apercevrais pas une amlioration dans mon
    tat, je me dciderais  me soumettre compltement  votre
    traitement, d'autant plus que, d'aprs l'tude de votre
    ouvrage, je crois pouvoir dire que je n'appartiens pas  la
    catgorie des soi-disant uranistes et qu'une ferme volont
    seconde et dirige par le traitement d'un homme comptent
    pourrait faire de moi un homme aux sentiments normaux.

    OBSERVATION 95.--Ilma S...[82], vingt-neuf ans, non marie,
    fille de ngociant, est issue d'une famille lourdement tare.

    [Note 82: Comparez: _Experimentelle Studien auf dem
    Gebiete des Hypnotismus_ de l'auteur, 3e dition, 1893.]

    Le pre tait _potator_ et finit par le suicide, de mme
    que le frre et la soeur de la malade. Une soeur souffre
    _d'hysteria convulsiva_. Le grand-pre du ct maternel
    s'est brl la cervelle dans un accs de folie. La mre tait
    maladive et est morte paralyse par apoplexie. Elle n'a jamais
    t gravement malade; elle est bien doue intellectuellement,
    romanesque, d'imagination vive et rveuse. Rgle  dix-huit
    ans, sans malaises; les menstruations furent irrgulires.
     l'ge de quatorze ans, chlorose et catalepsie par frayeur.
    Plus tard, _hysteria gravis_ et accs de folie hystrique. 
    l'ge de dix-huit ans, liaison avec un jeune homme, liaison
    qui n'en est pas reste aux termes platoniques. Elle rpondait
    avec ardeur et chaleur  l'amour de cet homme. Des allusions
    faites par la malade indiquent qu'elle tait trs sensuelle
    et que, aprs le dpart de son amant, elle s'est livre  la
    masturbation. La malade mena ensuite une vie romanesque.
    Pour pouvoir gagner son pain, elle s'habilla en homme, devint
    prcepteur dans une famille, quitta cette place parce que la
    matresse de la maison, ne connaissant pas son sexe, tomba
    amoureuse d'elle et la poursuivit de ses assiduits. Elle
    devint ensuite employ de chemins de fer. En compagnie de
    ses collgues, elle tait oblige, pour cacher son sexe, de
    frquenter les bordels et d'couter des propos malsants. Cela
    lui rpugnait; elle donna sa dmission, se rhabilla en femme,
    et chercha dornavant  gagner son pain par des occupations
    fminines. On l'a arrte pour vol et, par suite de crises
    hystro-pileptiques, on l'a transporte  l'hpital.

    L on dcouvrit chez elle des penchants pour son propre
    sexe. La malade devint importune par ses poursuites aprs les
    gardes-malades fminines et ses camarades d'hpital.

    On prit son inversion sexuelle pour une perversion acquise. La
    malade a donn  ce sujet d'intressantes explications qui ont
    rectifi l'erreur.

    On porte sur moi, dit-elle, un jugement erron, quand on
    croit qu'en prsence du sexe fminin, je me sens homme. Au
    contraire, dans ma manire de penser et de sentir, je me
    conduis en femme. J'ai aim mon cousin comme une femme est
    capable d'aimer un homme.

    Le changement de mes sentiments a pris naissance par le fait
    qu' Budapest, dguise en homme, j'eus l'occasion d'observer
    mon cousin. Je vis combien il m'avait trompe. Cette
    constatation m'a caus une grande douleur d'me. Je savais que
    jamais je ne serais plus capable d'aimer un homme, car je suis
    de celles qui n'aiment qu'une fois dans leur vie. Puis, en
    compagnie de mes collgues de chemin de fer, je fus oblige
    d'couter les conversations les plus choquantes et de
    frquenter les maisons les plus mal fames. Ayant ainsi pu
    entrevoir les menes du monde masculin, je conus une aversion
    invincible pour les hommes. Mais, comme je suis d'un naturel
    passionn et que j'prouve le besoin de m'attacher  une
    personne aime et de me donner entirement, je me sentis
    de plus en plus attire vers les femmes et les filles qui
    m'taient sympathiques, et surtout vers celles qui brillaient
    par leurs qualits intellectuelles.

L'inversion sexuelle, videmment acquise, de cette malade se
manifestait souvent d'une manire imptueuse et trs sensuelle; elle a
gagn du terrain par la masturbation, une surveillance permanente dans
les hpitaux ayant rendu impossible toute satisfaction sexuelle
avec des personnes de son propre sexe. Le caractre et le genre
d'occupation sont rests fminins. Elle ne prsentait pas les
caractres de la virago. D'aprs les communications que l'auteur vient
de recevoir, la malade, aprs un traitement de deux ans  l'asile, a
guri de sa nvrose et de sa perversion sexuelle.

    OBSERVATION 96.--X..., dix-neuf ans, n d'une mre souffrant
    d'une maladie de nerfs; deux soeurs du pre et de la mre
    taient folles. Le malade, de temprament nerveux, bien dou,
    bien dvelopp au physique, de conformation normale, a t,
     l'ge de douze ans, amen par son frre an  pratiquer
    l'onanisme mutuel.

    Plus tard, le malade persvra dans ce vice, en le pratiquant
    solitairement. Depuis trois ans, il lui vint, pendant l'acte
    de la masturbation, d'tranges fantaisies dans le sens d'une
    inversion sexuelle.

    Il se figure tre une femme, par exemple tre une ballerine,
    et faire le cot avec un officier ou un cavalier de cirque.
    Ces images perverses accompagnent l'acte d'onanisme depuis que
    le malade est devenu neurasthnique.

    Il reconnat lui-mme les dangers de la masturbation, il la
    combat dsesprment, mais toujours et toujours il finit par
    succomber  son violent penchant.

    Si le malade russit  s'en abstenir pendant quelques jours,
    il se produit alors chez lui des impulsions normales dans le
    sens des rapports sexuels avec des femmes; mais la crainte
    d'une infection arrte ces impulsions et le pousse de nouveau
     la masturbation.

    Ce qui est digne d'tre remarqu, c'est que les rves
    rotiques de ce malheureux n'ont pour sujet que la femme.

    Au cours de ces derniers mois, le malade est devenu
    neurasthnique et hypocondriaque  un degr trs avanc. Il
    craint le tabes.

    Je lui conseillai de faire traiter sa neurasthnie, de
    supprimer la masturbation et d'arriver  la cohabitation
    aussitt que sa neurasthnie se serait attnue.

    OBSERVATION 97.--X..., trente-cinq ans, clibataire, n d'une
    mre malade, dprime au moral. Le frre est hypocondriaque.

    Le malade tait bien portant, vigoureux, de temprament vif et
    sensuel, avait un instinct gnital puissant qui s'veilla de
    trop bonne heure; il s'est masturb tant encore tout petit
    garon, a fait le premier cot  l'ge de quatorze ans et,
    assure-t-il, avec plaisir; il fut compltement puissant. 
    l'ge de quinze ans, un homme a essay de le dbaucher et l'a
    manustupr. X... en prouva du dgot et se sauva de cette
    situation dgotante. Devenu grand, il fit des excs de
    cot avec un _libido_ indomptable. En 1880, il devint
    neurasthnique, souffrit de la faiblesse de ses rections et
    _d'ejaculatio prcox_; il devint en mme temps de plus en plus
    impuissant et cessa d'prouver du plaisir  l'acte sexuel.
     cette poque, il eut, pendant une certaine priode, un
    penchant qui lui tait auparavant tranger et qui lui parat
    encore aujourd'hui inexplicable, pour les rapports sexuels
    _cum puellis non pubibus XII ad XIII annorum_. Son libido
    s'augmentait  mesure que sa puissance s'affaiblissait.

    Peu  peu il conut un penchant pour les garons de treize 
    quatorze ans. Il tait pouss  s'approcher d'eux.

    _Quodsi ei occasio data est, ut tangere posset pueros, qui
    si placuere, penis vehementer se erexit tum maxime quum
    crura puerorum tangere potuisset. Abhinc feminas non cupivit.
    Nonnunquam feminas ad cotum coegit sed erectio debilis,
    ejaculatio prmatura erat sine ulla voluptate._

    Il n'avait plus d'intrt que pour les jeunes garons. Il en
    rvait et avait alors des pollutions.  partir de 1882, il eut
    parfois l'occasion, _concumbere cum juvenibus_. Il tait alors
    sexuellement trs excit et se soulageait par la masturbation.

    Ce n'est que par exception qu'il osa, _socios concumbentes
    tangere et masturbationem mutuam adsequi_. Il dtestait la
    pdrastie. La plupart du temps il tait oblig de satisfaire
    par la masturbation solitaire ses besoins sexuels. Pendant
    cet acte, il voquait le souvenir et l'image de garons
    sympathiques. Aprs les rapports sexuels avec des garons,
    il se sentait toujours ragaillardi, frais, mais en mme temps
    moralement dprim par l'ide d'avoir commis un acte pervers,
    immoral et encourant des peines. Il fait la constatation trs
    pnible que son penchant dtestable tait plus puissant que sa
    volont.

    X... suppose que son amour pour son propre sexe a pour
    cause ses excs des plaisirs sexuels normaux; il regrette
    profondment son tat et a demand, au mois de dcembre 1880,
     l'occasion d'une consultation, s'il n'y avait pas moyen de
    le ramener  la sexualit normale, puisqu'il n'a pas _d'horror
    femin_ et qu'il aimerait bien  se marier.

Sauf les symptmes d'une neurasthnie sexuelle et spinale modre,
le sujet, d'ailleurs intelligent et exempt de stigmates de
dgnrescence, ne prsente aucun symptme de maladie.

Deuxime degr: Eviratio et defeminatio.

Si, dans l'inversion sexuelle dveloppe de cette manire, il n'y pas
de raction, il peut se produire des transformations plus radicales
et plus durables de l'individualit psychique. Le processus qui
s'accomplit alors peut tre dsign sous le simple mot d'_eviratio_.
Le malade prouve un changement profond de caractre, spcialement
dans ses sentiments et ses penchants, qui deviennent ceux d'une
personne de sentiments fminins.

 partir de ce moment, il se sent aussi femme pendant l'acte sexuel;
il n'a plus de got que pour le rle passif et peut, suivant
les circonstances, tomber au niveau d'une courtisane. Dans cette
transformation psycho-sexuelle, profonde et durable, l'individu
ressemble parfaitement  l'uraniste (congnital) d'un degr
plus avanc. La possibilit de rtablir l'ancienne individualit
intellectuelle et sexuelle parat, dans ce cas, absolument impossible.

L'observation suivante nous fournit un exemple classique d'une
inversion sexuelle qui a t acquise de cette faon et est devenue
permanente.

    OBSERVATION 98.--Sch..., trente ans, mdecin, m'a communiqu
    un jour sa biographie et l'histoire de sa maladie, en me
    demandant des claircissements et des conseils sur certaines
    anomalies de sa _vita sexualis_.

    L'expos suivant s'en tient compltement  l'autobiographie
    trs dtaille et ne comporte que quelques abrviations 
    l'occasion.

    Procr par des parents sains, j'tais un enfant faible, mais
    j'ai prospr grce  de bons soins;  l'cole je faisais de
    rapides progrs.

     l'ge de onze ans, je fus entran  la masturbation par un
    camarade avec lequel je jouais; je me livrais avec passion
     ces pratiques. Jusqu' l'ge de quinze ans, j'apprenais
    facilement. A mesure que les pollutions devenaient plus
    frquentes, ma force de travail pour l'tude diminuait; je ne
    pouvais plus aussi bien suivre les leons  l'cole. Quand le
    professeur m'appelait au tableau, j'tais peu rassur; je me
    sentais oppress et embarrass. Effray de voir baisser mes
    facults et reconnaissant que les grandes pertes de sperme en
    taient la cause, je cessai de pratiquer l'onanisme; toutefois
    les pollutions taient frquentes, de sorte que j'jaculais
    deux  trois fois dans une nuit.

    Dsespr, je consultai les mdecins l'un aprs l'autre. Aucun
    n'y pouvait rien faire.

    Comme je devenais de plus en plus faible, extnu par les
    pertes sminales et que l'instinct gnital me tourmentait de
    plus en plus violemment, j'allai au lupanar. Mais l je ne
    pus me satisfaire; car, bien que l'aspect de la femme nue me
    rjouit, il ne se produisit ni orgasme, ni rection, et mme
    la manustupration de la part de la _puella_ ne put amener
    d'rection.

     peine avais-je quitt le lupanar, que l'instinct gnital
    recommenait  me tourmenter par des rections violentes.
    Alors j'eus honte devant les filles, et je n'allai plus dans
    les maisons de ce genre. Ainsi se passrent quelques annes.
    Ma vie sexuelle consistait en pollutions. Mon penchant pour
    l'autre sexe se refroidissait de plus en plus.  l'ge de
    dix-neuf ans, j'entrai comme lve  l'Universit. C'tait le
    thtre qui m'attirait. Je voulus devenir artiste, mes parents
    s'y opposaient. Dans la capitale, j'ai d, en compagnie de
    mes collgues, aller de temps en temps chez les filles. Je
    craignais les situations de ce genre, sachant que le cot
    ne me russirait pas, que mon impuissance serait rvle
    aux amis. C'est pour cette raison que j'vitais autant que
    possible le danger de devenir leur rise et d'essuyer une
    honte.

    Un soir, assistant  une reprsentation d'opra, j'avais comme
    voisin un monsieur plus g. Il me fit la cour. Je riais de
    tout mon coeur de ce vieillard foltre, et je faisais
    bonne grce  ses plaisanteries. _Exinopinato genitalia mea
    prehendit, quo facto statim penis meus se erexit._ Effray je
    lui demandai des explications sur ce qu'il me voulait. Il me
    dclara tre amoureux de moi. Comme dans la clinique j'avais
    entendu parler d'hermaphrodites, je crus en avoir un devant
    moi, _curiosus factus genitalia ejus videre volui_. Le
    vieillard consentit avec joie et vint avec moi aux cabinets
    d'aisance. _Sicuti penem maximum ejus erectum adspexi,
    perterritus effugi._

    L'autre me guettait, me fit des propositions tranges que je
    ne comprenais pas et que je repoussais. Il ne me laissa plus
    tranquille. Je fus renseign sur les mystres de l'amour
    homosexuel et sentis combien ma sensualit en devenait
    excite: mais je rsistai  une passion si honteuse (d'aprs
    mes ides d'alors) et je restai exempt pendant les trois
    annes conscutives  cet incident. Pendant ce temps j'essayai
     plusieurs reprises mais vainement le cot avec des filles.
    Mes efforts pour me faire gurir de mon impuissance par l'art
    mdical n'eurent pas non plus de succs.

    Un jour que j'tais de nouveau tourment par le _libido
    sexualis_, je me rappelai le propos du vieillard me disant que
    des homosexuels se donnent rendez-vous sur la promenade.

    Aprs une longue lutte contre moi-mme et avec un battement de
    coeur, j'allai  l'endroit indiqu; je fis la connaissance
    d'un monsieur blond et me laissai sduire. Le premier pas
    tait fait. Cette sorte d'amour sexuel m'tait adquat. Ce
    que j'aimais le plus c'tait d'tre entre les bras d'un homme
    vigoureux.

    La satisfaction consistait dans la manustupration mutuelle. A
    l'occasion _osculum ad penem alterius_. Je venais d'atteindre
    l'ge de vingt-trois ans. Le fait d'tre assis  ct de mes
    collgues dans la salle des cours ou sur les lits des malades
    dans la clinique, m'excitait si violemment qu' peine je
    pouvais suivre le cours du professeur. Dans la mme anne je
    nouai une vritable liaison d'amour avec un ngociant g de
    trente-quatre ans. Nous vivions maritalement. X... voulait
    jouer l'homme, devenait de plus en plus amoureux. Je le
    laissais faire, mais il fallait qu'il me laisst aussi de
    temps en temps jouer le rle d'homme. Avec le temps je me
    lassai de lui, je devins infidle, et lui devint jaloux. Il y
    eut des scnes terribles, des rconciliations temporaires, et
    finalement une rupture dfinitive (ce ngociant fut plus tard
    frapp d'alination mentale et mit fin  ses jours par le
    suicide).

    Je faisais beaucoup de connaissances, aimant les gens les plus
    communs. Je prfrais ceux qui taient barbus, grands, d'ge
    moyen, et capables de bien jouer le rle actif.

    Je contractai une _proctitis_. Le professeur (de la Facult de
    mdecine) tait d'avis que cela venait de la vie sdentaire
     laquelle je m'tais condamn en prparant mon examen. Il se
    forma une fistule qu'il fallut oprer, mais, cet accident ne
    me gurit nullement de mon penchant  prendre le rle passif.
    Je devins mdecin, m'tablis dans une ville de province o
    j'ai d vivre comme une religieuse.

    J'eus l'envie de me montrer dans la socit des dames; l on
    me vit d'un oeil favorable, car on trouvait que je n'avais
    pas l'esprit aussi exclusif que les autres hommes, et je
    m'intressais aux toilettes des femmes et aux conversations
    qui traitaient de ces sujets. Cependant je me sentais trs
    malheureux et trs isol.

    Heureusement je rencontrai dans cette ville un homme qui
    pensait comme moi, une soeur. Pour quelque temps mes
    besoins furent satisfaits grce  lui. Quand il tait oblig
    de quitter la ville, j'avais une priode de dsespoir avec
    mlancolie allant jusqu' des ides de suicide.

    Trouvant le sjour de cette petite ville insupportable, je me
    mis mdecin militaire dans une grande ville. Je respirai de
    nouveau; je vivais, je faisais souvent en un jour deux ou
    trois connaissances. Je n'avais jamais aim ni les garons ni
    les jeunes gens, mais seuls les hommes d'aspect viril. C'est
    ainsi que j'chappai aux griffes des matres chanteurs.
    L'ide de tomber un jour entre les mains de la police m'tait
    terrible; toutefois je ne pouvais pas m'empcher de continuer
     satisfaire mes penchants.

    Quelques mois plus tard, je devins amoureux d'un fonctionnaire
    g de quarante ans. Je lui restai fidle pendant un an. Nous
    vivions comme un couple amoureux. J'tais la femme et comme
    telle dorlot par mon amant. Un jour je fus transfr dans
    une petite ville. Nous tions dsesprs. _Per totam noctem
    postremam nos vicissim osculati et amplexati sumus._

     T..., j'tais trs malheureux, malgr quelques soeurs
    que j'ai pu y rencontrer. Je ne pouvais pas oublier mon amant.
    Pour apaiser le penchant grossirement sexuel qui exigeait
    sans cesse satisfaction, je choisissais des troupiers. Pour
    de l'argent, ces gens-l faisaient tout; mais ils restaient
    froids et je n'avais aucun plaisir avec eux. Je russis  me
    faire transfrer de nouveau dans la capitale. Nouvelle liaison
    d'amour, mais avec bien des jalousies, car mon amant aimait 
    frquenter la compagnie des soeurs, il tait vaniteux et
    coquet. Il y eut rupture.

    J'tais infiniment malheureux, et par suite trs content
    de pouvoir quitter de nouveau la capitale en me faisant
    transfrer dans une petite garnison. Me voil solitaire
    et inconsolable  C... Je fis la leon  deux troupiers de
    l'infanterie, mais le rsultat fut aussi peu satisfaisant
    qu'autrefois. Quand retrouverai-je le vritable amour?

    Je suis de taille un peu au-dessus de la moyenne, bien
    dvelopp au physique; j'ai l'air un peu fatigu, c'est pour
    cela que, quand je veux faire des conqutes, je dois avoir
    recours  des artifices de toilette. Le maintien, les gestes
    et la voix sont virils. Au physique, je me sens jeune comme un
    garon de vingt ans. J'aime le thtre et les arts en gnral.
    Mon attention au thtre se porte surtout sur les actrices
    chez qui je remarque et critique tout mouvement ou tout pli de
    leur robe.

    En compagnie d'hommes je suis timide, embarrass: dans la
    socit des gens de mon espce, je suis d'une gaiet folle,
    spirituel; je puis tre clin comme une chatte si l'homme
    m'est sympathique. Quand je suis sans amour, je tombe dans une
    mlancolie trs profonde, mais qui s'vanouit tout de suite
    devant les consolations que m'offre un bel homme. Du reste,
    je suis trs lger et rien moins qu'ambitieux. Mon grade dans
    l'arme ne me dit rien. Les occupations d'homme ne me sont
    pas agrables. Ce que j'aime le mieux faire, c'est lire des
    romans, aller au thtre, etc. Je suis sensible, doux, facile
     toucher, aussi facile  froisser, nerveux. Un bruit subit
    fait tressaillir tout mon corps, et il faut alors que je me
    retienne pour ne pas crier.

    _Epicrise._--Ce cas est videmment un cas d'inversion sexuelle
    acquise, car le sentiment et le penchant gnital taient au
    prime abord dirigs vers la femme. Par la masturbation Sch...
    devient neurasthnique. Comme phnomne partiel de la nvrose
    neurasthnique, il se produit une diminution de la force
    du centre d'rection et ainsi une impuissance relative. Le
    sentiment pour l'autre sexe se refroidit en mme temps que le
    _libido sexualis_ continue  subsister. L'inversion acquise
    doit tre morbide, car le premier attouchement par une
    personne du mme sexe constitue dj un charme adquat pour le
    centre d'rection de l'individu en question. La perversion des
    sentiments sexuels devient prononce. Au dbut, Sch... garde
    encore le rle de l'homme pendant l'acte sexuel; au cours
    de ces pratiques, ses sentiments et ses penchants sexuels se
    transforment, comme c'est la rgle chez l'uraniste congnital.

    Cette viration fait dsirer le rle passif et plus tard la
    pdrastie (passive). L'viration s'tend aussi au caractre
    de l'individualit qui devient fminine. Sch... prfre la
    compagnie des vraies femmes; il prend de plus en plus got
    aux occupations fminines; il a mme recours au fard et aux
    artifices de toilette pour rparer ses charmes en baisse et
    pour pouvoir faire des conqutes.

Les faits prcdents d'inversion acquise et d'viration trouvent une
confirmation trs intressante dans les faits ethnologiques suivants.

Dj nous trouvons, chez Hrodote, la description d'une maladie
trange dont les Scythes furent atteints. La maladie consistait en
ce que des hommes, effmins de caractre, mettaient des vtements de
femmes, faisaient des travaux de femmes et donnaient  leur extrieur
physique un cachet tout  fait fminin.

Hrodote donne pour cause  cette folie des Scythes, la lgende
mythologique d'aprs laquelle la desse Vnus, irrite du pillage de
son temple d'Ascalon par les Scythes, aurait transform en femmes les
sacrilges et leurs descendants[83].

[Note 83: Comparez Sprengel: _Apologie des Hippokrates_, Leipzig,
1793, p. 611; Friedreich, _Literrgeschichte der psych. Krankheiten_,
1830, I, p. 31; Lallemand, _Des pertes sminales_, Paris, 1836, I,
p. 58; Nysten, _Dictionn. de Mdecine_, 11e dit., Paris, 1858; (art.
_viration et Maladie des Scythes_); Marandon, _De la maladie des
Scythes_ (_Annal, mdico-psychol._, 1877, mars, p. 161); Hammond,
_American Journal of Neurology and Psychiatry_, 1882, August.]

Hippocrate ne croit pas aux maladies surnaturelles; il reconnat que
l'impuissance sexuelle joue dans ce cas un rle intermdiaire, mais il
l'explique par l'habitude qu'ont les Scythes qui, pour se gurir des
nombreuses maladies contractes dans leurs chevauches continuelles,
se font faire une saigne autour des oreilles. Il croit que ces veines
sont trs importantes pour la conservation de la force gnitale
et qu'en les tranchant on amne l'impuissance. Comme les Scythes
considraient leur impuissance comme une punition du ciel et par
consquent ingurissable, ils se mettaient des vtements de femmes, et
vivaient comme femmes au milieu des femmes.

Il est bien remarquable que, d'aprs Klaproth (_Reise in den
Kaukasus_, Berlin, 1812, V, p. 235) et Chotomski, mme dans notre
sicle, l'impuissance soit encore souvent chez les Tartares la
consquence de chevauches sur des chevaux non sells. On a observ le
mme fait chez les Apaches et Navajos du continent amricain, qui
ne vont presque jamais  pied, font des excs de cheval, et sont
remarquables par leur parties gnitales minuscules, leur _libido_ et
leur puissance trs restreints. Dj Sprengel, Lallemand et Nysten
savaient que des chevauches excessives peuvent tre nuisibles aux
organes gnitaux.

Des faits analogues et fort intressants sont rapports par Hammond 
propos des Indiens de Pueblo dans le nouveau Mexique.

Ces descendants des Aztques lvent des soi-disant _mujerados_; il en
faut au moins un pour chaque tribu de Pueblo, afin qu'il puisse
servir aux crmonies religieuses, de vraies orgies de printemps, dans
lesquelles la pdrastie joue un rle considrable.

Pour lever un _mujerado_, on choisit un homme vigoureux autant que
possible, on le masturbe avec excs et on lui fait faire sans cesse
des courses  cheval. Peu  peu il se dveloppe chez lui une telle
faiblesse d'irritation des parties gnitales, que, pendant qu'il est 
cheval, il se produit des coulements sminaux en abondance. Cet tat
d'irritation finit par amener une impuissance paralytique. Alors le
pnis et les testicules s'atrophient, les poils de la barbe tombent,
la voix perd son ampleur et son accent mle, la force physique et
l'nergie baissent.

Le caractre et les penchants deviennent fminins. Le _mujerado_ perd
sa situation d'homme dans la socit, il prend des allures et des
moeurs fminines, recherche la compagnie des femmes. Toutefois on
l'estime pour des motifs religieux. Il est probable que, en dehors des
ftes aussi, il sert aux gots pdrastes des notables de la tribu.

Hammond a eu l'occasion d'examiner deux _mujerados_. L'un l'tait
devenu, sept ans auparavant, alors qu'il avait trente-cinq ans.
Jusqu' cette poque il avait t tout  fait viril et puissant. Peu 
peu il constata une atrophie des testicules et du pnis. En mme temps
il perdait le _libido_ et la facult d'rection. Dans ses vtements et
son maintien il ne diffrait point des femmes parmi lesquelles Hammond
l'a rencontr.

Les poils des parties gnitales manquaient, le pnis tait atrophi,
le scrotum flasque, pendant, les testicules tout  fait atrophis et 
peine sensibles  une pression quelconque.

Le _mujerado_ avait de grosses mamelles comme une femme enceinte et
affirma qu'il avait dj allait plusieurs enfants dont la mre tait
morte.

Un deuxime _mujerado_ g de trente ans, et tant depuis dix ans
dans cet tat, prsentait les mmes phnomnes; cependant ses mamelles
taient moins dveloppes. Comme celle de l'autre, sa voix tait d'un
ton lev, grle, le corps tait riche en tissu adipeux.


Troisime degr. Transition vers la metamorphosis sexualis paranoca.

On arrive  un second degr de dveloppement dans les cas o les
sensations physiques se transforment aussi dans le sens d'une
_transmutatio sexus_.

L'observation suivante est,  ce sujet, un cas vritablement unique.

    OBSERVATION 99.--Autobiographie.--N en Hongrie, en 1884,
    je fus, pendant de longues annes, l'unique enfant de mes
    parents, mes soeurs et frres tant morts de faiblesse; ce
    n'est que tardivement qu'un frre vint au monde, frre qui
    vcut.

    Je descends d'une famille dans laquelle les maladies
    psychiques et nerveuses taient trs frquentes. tant petit
    enfant, j'tais, comme on me l'assure, trs joli, avec des
    cheveux blonds boucls et une peau transparente; j'tais
    trs docile, tranquille, modeste; on pouvait me mettre dans
    n'importe quelle socit de dames sans que je gne.

    Dou d'une imagination trs vive,--mon ennemie de toute ma
    vie,--mes talents se sont trs rapidement dvelopps. 
    l'ge de quatre ans, je savais lire et crire; mes souvenirs
    remontent jusqu' l'ge de trois ans. Je jouais avec tout ce
    qui me tombait entre les mains, soldats de plomb, cailloux
    et rubans pris dans en magasin d'articles d'enfants. Seul un
    appareil pour couper du bois, dont on m'avait fait cadeau,
    ne me plaisait pas. Je n'en voulais pas. J'aimais, par dessus
    tout, rester  la maison prs de ma mre qui tait tout pour
    moi. J'avais deux ou trois amis avec lesquels j'tais assez
    bien, mais j'aimais autant rester avec les soeurs de ces
    amis qui me traitaient toujours en fille, ce qui ne me gnait
    nullement.

    J'tais en trs bonne voie pour devenir tout  fait une fille,
    car je me rappelle encore trs bien que souvent on me disait:
    Cela ne convient pas  un garon. Sur ce, je m'efforais de
    faire le garon, j'imitais tous mes camarades et je cherchais
    mme  les surpasser en imptuosit, ce qui me russissait;
    il n'y avait pour moi ni arbre, ni btiment assez haut pour ne
    pas grimper dessus. J'aimais beaucoup  jouer avec des soldats
    en plomb, j'vitais les filles, puisque je ne devais pas jouer
    avec leurs joujous et parce que, au fond, j'tais froiss de
    ce qu'elles me traitaient comme leur semblable.

    Dans la compagnie des gens adultes je restais toujours modeste
    et j'tais bien vu. Souvent j'tais dans la nuit tourment
    par des rves fantastiques de btes froces, rves qui me
    chassrent une fois de mon lit sans que je me rveille. On
    m'habillait toujours simplement, mais trs coquettement,
    et ainsi j'ai pris got  tre bien mis. Ce qui me parat
    curieux, c'est que, mme avant d'entrer  l'cole, j'avais un
    penchant pour les gants de femme, et en secret j'en mettais
    toutes les fois que l'occasion se prsentait. Aussi je
    protestai vivement un jour, parce que ma mre avait fait
    cadeau de ses gants  quelqu'un; je lui dis: J'aurais prfr
    les garder pour moi-mme. On me railla beaucoup, et  partir
    de ce moment je me gardai bien soigneusement de faire voir ma
    prdilection pour les gants de femme.

    Et pourtant ils faisaient ma joie. J'avais surtout un grand
    plaisir en voyant des toilettes de mascarade, c'est--dire des
    masques fminins; quand j'en voyais, j'enviais la porteuse
    de ce dguisement; je fus ravi de voir un jour deux messieurs
    superbement dguiss en dames blanches avec de trs beaux
    masques de femmes; et pourtant, pour rien au monde, je ne me
    serais montr dguis en fille, tant tait grande ma crainte
    d'tre tourn en ridicule.  l'cole, je faisais preuve de la
    plus grande application, j'tais toujours au premier rang;
    mes parents m'ont, ds mon enfance, appris que le devoir passe
    avant tout, et ils m'en ont donn l'exemple; du reste aller en
    classe m'tait un plaisir, car les instituteurs taient doux
    et les plus grands lves ne tourmentaient pas les petits. Un
    jour nous quittmes ma premire patrie, car mon pre,  cause
    de ses occupations, fut oblig de se sparer pour un an de sa
    famille; nous allmes nous fixer en Allemagne. Dans ce pays
    rgnait une morgue brutale chez les instituteurs et aussi chez
    les lves; je fus de nouveau raill  cause de mes manires
    de petite fille.

    Mes condisciples allrent jusqu' donner mon nom  une fille
    dont les traits ressemblaient aux miens et me donner le sien
    en change, de sorte que je pris en haine cette fille pour
    laquelle j'ai eu de l'amiti plus tard, quand elle fut marie.
    Ma mre continuait  m'habiller coquettement, et cela me
    dplaisait  cause des railleries que m'attirait ma mise. Je
    fus content le jour o je pus enfin mettre de vrais pantalons
    et des vestons, comme les hommes. Mais ce changement de mise
    amena de nouvelles peines. Les vtements me gnaient aux
    parties gnitales, surtout si le drap tait un peu grossier,
    et l'attouchement du tailleur, lorsqu'il me prenait la mesure,
    m'tait insupportable,  cause du chatouillement qui me
    faisait frissonner, surtout quand il touchait  mes parties
    gnitales.

    Or, je devais faire de la gymnastique et je ne pouvais pas
    excuter tous les exercices, ou je faisais mal les exercices
    que les filles ne peuvent non plus excuter avec facilit.
    Quand il fallait se baigner, j'tais gn par la pudeur au
    moment de me dshabiller; cependant j'aimais  prendre un
    bain; jusqu' l'ge de douze ans j'eus une grande faiblesse
    des reins. Je n'appris  nager que tard, mais ensuite
    j'arrivai  devenir un bon nageur, de sorte que je pouvais
    faire des tours de force.  l'ge de treize ans, j'avais des
    poils, j'avais environ six pieds de taille, mais ma figure
    resta fminine jusqu' l'ge de dix-huit ans, lorsque la barbe
    commena  me pousser fortement; je fus enfin assur de ne
    plus ressembler  une femme. Une hernie inguinale, contracte
     l'ge de douze ans et gurie  l'ge de vingt ans, me gnait
    beaucoup, surtout quand je faisais de la gymnastique.

     partir de l'ge de douze ans, lorsque je restais longtemps
    assis et surtout lorsque je travaillais la nuit, il me venait
    une dmangeaison, une brlure, un tressaillement allant du
    pnis jusqu'au del du sacrum, ce qui rendait difficile la
    station assise ou debout, chose qui s'accentuait quand j'avais
    chaud ou froid. Mais j'tais loin de me douter que cela
    pouvait avoir quelque rapport avec mes parties gnitales.
    Comme aucun de mes amis n'en souffrait, cela me parut tout 
    fait trange, et il me fallut toute ma patience pour supporter
    ce malaise, d'autant plus que les intestins me faisaient
    souvent souffrir.

    J'tais encore tout  fait ignorant _in sexualibus_; mais 
    l'ge de douze  treize ans j'eus le sentiment bien prononc
    que je prfrais tre femme. C'est leur corps qui me plaisait
    le plus, leur attitude tranquille, leur dcence; leurs
    vtements surtout me convenaient. Mais je me gardais bien d'en
    laisser transpirer un mot. Je sais toutefois pertinemment qu'
    cette poque, je n'aurais pas craint le couteau du chtreur
    pour atteindre mon but. S'il m'et fallu dire pourquoi
    j'aurais prfr tre habill en femme, je n'aurais pu dire
    autre chose que c'tait une force impulsive qui m'attirait;
    peut-tre en tais-je venu,  cause de la douceur peu
    frquente de ma peau,  me figurer que j'tais une fille. Ma
    peau tait surtout trs sensible  la figure et aux mains.

    J'tais trs bien vu chez les filles; bien que j'eusse prfr
    tre toujours avec elles, je les raillais quand je pouvais;
    j'ai d exagrer pour ne pas paratre effmin moi-mme; mais
    au fond de mon coeur, j'enviais leur sort. Mon envie tait
    grande surtout quand une amie portait une robe longue, et
    allait gante et voile.  l'ge de quinze ans, je fis un
    voyage; une jeune dame chez laquelle j'tais log me proposa
    de me dguiser en femme et de sortir avec elle; comme elle
    n'tait pas seule, je n'acceptai pas sa proposition, bien que
    j'en eusse grande envie.

    Voil combien peu de cas on faisait de moi. Dans ce voyage
    je vis avec plaisir que les garons d'une ville portaient des
    blouses  manches courtes qui laissaient voir leurs bras nus.
    Une dame bien attiffe me semblait une desse; si de sa main
    gante elle me touchait, j'tais heureux et jaloux  la
    fois, tant j'aurais aim tre  sa place, revtu de sa
    belle toilette. Pourtant je faisais mes tudes avec beaucoup
    d'application: en neuf ans, je faisais mes classes d'cole
    royale et de Lyce, je passai un bon examen de baccalaurat.
    Je me rappelle,  l'ge de quinze ans, avoir exprim pour
    la premire fois  un ami le dsir d'tre fille; comme il me
    demandait pour quelle raison j'avais ce dsir, je ne sus lui
    rpondre.  l'ge de dix-sept ans, je tombai dans une socit
    de gens dissolus; je buvais de la bire, je fumais, j'essayais
    de plaisanter avec des filles de brasserie; celles-ci aimaient
     causer avec moi, mais elles me traitaient comme si j'avais
    port aussi des jupons. Je ne pouvais pas frquenter le cours
    de danse; aussitt entr dans la salle, j'avais une impulsion
    qui m'en faisait partir. Ah! si j'avais pu y aller dguis,
    c'et t autre chose! J'aimais tendrement mes amis, mais j'en
    hassais un qui m'avait pouss  l'onanisme. Jour de malheur,
    qui m'a port prjudice toute ma vie! Je pratiquais l'onanisme
    assez frquemment; et pendant cet acte, je me figurais tre un
    homme ddoubl; je ne puis pas vous dcrire le sentiment
    que j'prouvais, je crois qu'il tait viril, mais mlang de
    sensations fminines.

    Je ne pouvais m'approcher d'une fille; je craignais les filles
    et pourtant elles ne m'taient point trangres; mais elles
    m'en imposaient plus que les hommes; je les enviais; j'aurais
    renonc  toutes les joies, si, aprs la classe, j'avais pu,
    rentr chez moi, tre fille, et surtout si j'avais pu sortir
    comme telle; la crinoline, des gants serrs: tel tait mon
    idal.

    Chaque fois que je voyais une toilette de dame, je me figurais
    comment je serais si j'en tais revtu; je n'avais pas de
    dsirs pour les hommes.

    Je me rappelle, il est vrai, d'avoir t attach avec assez
    de tendresse  un trs bel ami,  figure de fille, avec des
    boucles noires, mais je crois n'avoir eu que le dsir de nous
    voir filles tous les deux.

    tant tudiant  l'Universit, je parvins une fois  faire le
    cot; _hoc modo sensi, me libentius sub puella concubuisse et
    penem meum cum cunno mutatum maluisse_. La fille,  son
    grand tonnement, dut me traiter en fille, ce qu'elle fit
    volontiers; elle me traita comme si j'avais eu  remplir son
    rle. Elle tait encore assez nave et ne me ridiculisa pas
    pour cela.

    tant tudiant, j'tais par moments sauvage, mais je sentais
    bien que j'avais pris cet air sauvage pour masquer et dguiser
    mon vrai caractre; je buvais, je me battais, mais je ne
    pouvais toujours pas frquenter la leon de danse, craignant
    de me trahir. Mes amitis taient intimes, mais sans
    arrire-penses; ce qui me causait la plus grande joie,
    c'tait quand un ami se dguisait en femme, ou quand je
    pouvais, dans un bal, examiner les toilettes des dames; je m'y
    connaissais trs bien, et je commenais  me sentir de plus en
    plus femme.

     cause de cette situation malheureuse, je fis deux tentatives
    de suicide; je suis rest une fois sans raison pendant quinze
    jours sans sommeil; j'avais alors beaucoup d'hallucinations
    visuelles et auditives  la fois; je parlais avec les morts et
    les vivants, ce qui m'arrive encore aujourd'hui.

    J'avais une amie qui connaissait mes prfrences; elle mettait
    souvent mes gants, mais elle aussi me considrait comme si
    j'tais une fille. Ainsi j'arrivais  mieux comprendre les
    femmes qu'aucun autre homme; mais du moment que les femmes
    s'en apercevaient, elles me traitaient aussitt _more
    feminarum_, comme si elles n'avaient rencontr en moi qu'une
    nouvelle amie. Je ne pouvais plus supporter du tout qu'on tnt
    des propos pornographiques devant moi, et, quand je le faisais
    moi-mme, ce n'tait que par fanfaronnade. Je surmontai
    bientt le dgot que j'avais, au dbut de mes tudes
    mdicales, pour le sang et les mauvaises odeurs, mais il y
    avait des choses que je ne pouvais regarder sans horreur. Ce
    qui me manquait, c'est que je ne pouvais voir clair dans
    mon me; je savais que j'avais des penchants fminins, et je
    croyais pourtant tre un homme. Mais je doute qu'en dehors de
    mes tentatives de cot, qui ne m'ont jamais fait plaisir (ce
    que j'attribue  l'onanisme), j'aie jamais admir une femme
    sans avoir senti le dsir d'tre femme moi-mme ou sans me
    demander si je voudrais l'tre, si je voudrais paratre
    dans sa toilette. J'ai toujours eu--aujourd'hui encore--un
    sentiment de frayeur  surmonter pour l'art d'accoucher, qu'il
    m'tait trs difficile d'apprendre--(j'avais honte pour ces
    filles tales, et je les plaignais). Ce qui plus est, il me
    semblait quelquefois sentir avec la malade les tractions. Je
    fus dans plusieurs endroits employ avec succs comme mdecin;
    j'ai pris part  une campagne comme mdecin volontaire.
    Il m'tait difficile de faire des courses  cheval; l'art
    questre m'tait dj pnible lorsque j'tais encore tudiant,
    car les parties gnitales me transmettaient des sensations
    fminines (monter  cheval  la mode des femmes m'et t
    peut-tre plus facile).

    Je croyais toujours tre un homme aux sentiments obscurs;
    quand je me trouvais avec des femmes, j'tais toujours trait
    comme une femme dguise en militaire. Quand, pour la premire
    fois, j'endossai mon uniforme, j'aurais prfr m'affubler
    d'un costume de femme et d'un voile. Je me sentais troubl
    toutes les fois qu'on regardait ma taille imposante et ma
    tenue militaire. Dans la clientle prive, j'eus beaucoup
    de succs, dans les trois branches principales de la science
    mdicale; je pris ensuite part  une seconde campagne. L
    mon naturel me servit beaucoup, car je crois que, depuis le
    premier ne qui ait vu le jour, aucun animal gris n'eut autant
    d'preuves de patience  traverser que moi. Les dcorations ne
    manqurent point; mais elles me laissaient absolument froid.

    Ainsi je gagnais ma vie aussi bien que je pouvais; mais je
    n'tais jamais content de moi; j'tais pris souvent entre la
    sentimentalit et la sauvagerie, mais cette dernire n'tait
    que pure affectation.

    Je me trouvai dans une situation bien trange, quand je fus
    fianc. J'aurais prfr ne pas me marier du tout, mais des
    affaires de famille et les intrts de ma profession mdicale
    m'y forcrent. J'pousai une femme aimable et nergique,
    sortie d'une famille o, de tout temps, les femmes avaient
    port la culotte. J'tais amoureux d'elle, autant qu'un homme
    comme moi pouvait l'tre, car ce que j'aime, je l'aime de
    tout mon coeur et je me livre entirement, bien que je ne
    paraisse pas aussi ptulant qu'un homme complet; j'aimais ma
    fiance avec toute l'ardeur fminine, presque comme on aime
    son fianc. Seulement je ne m'avouai pas ce caractre de
    mes sentiments, car je croyais toujours tre un homme, trs
    dprim il est vrai, mais qui, par le mariage, finirait par se
    remettre et par se retrouver. Ds la nuit nuptiale je sentis
    que je ne fonctionnais que comme une femme doue d'une
    conformation masculine; _sub femina locum meum esse mihi visum
    est._ Nous vcmes ensemble contents et heureux et restmes
    pendant quelques annes sans enfants. Aprs une grossesse
    pleine de malaises, pendant laquelle j'tais dans un pays
    ennemi, en face de la mort, ma femme, dans un accouchement
    difficile, mit au monde un petit garon qui, jusqu'
    aujourd'hui, a gard un naturel mlancolique et qui est
    toujours d'humeur triste; il en vint un second qui est trs
    calme, un troisime trs espigle, un quatrime, un cinquime;
    mais tous ont dj des dispositions  la neurasthnie. Comme
    je ne pouvais jamais rester en place, je frquentais beaucoup
    les compagnies gaies, mais je travaillais toujours de
    toutes mes forces; j'tudiais, je faisais des oprations
    chirurgicales, des expriences sur les remdes et les mthodes
    de traitement, j'exprimentais aussi sur mon propre corps.
    Je laissai  ma femme le gouvernement du mnage, car elle
    s'entendait trs bien  diriger la maison. J'accomplissais mes
    devoirs conjugaux aussi bien que je le pouvais, mais sans
    en prouver aucune satisfaction. Ds le premier cot et mme
    aujourd'hui, la position de l'homme pendant l'acte me rpugne,
    et il m'a t difficile de m'y conformer. J'aurais de beaucoup
    prfr l'autre rle. Quand je devais accoucher ma femme,
    cela me fendait toujours le coeur, car je savais trop bien
    comprendre ses douleurs. Nous vcmes longtemps ensemble
    jusqu' ce qu'un grave accs de goutte me fora  aller dans
    plusieurs stations thermales et me rendit neurasthnique. En
    mme temps je devins tellement anmique, que j'tais oblig,
    tous les deux mois, de prendre du fer pendant quelque temps,
    autrement j'aurais t chlorotique ou hystrique ou tous les
    deux  la fois. La stnocardie me tourmentait souvent; alors
    j'avais des crampes semi-latrales au menton, au nez, au cou,
     la gorge, de l'hmicranie, des crampes du diaphragme et des
    muscles de la poitrine; pendant trois ans environ, je sentis
    ma prostate comme grossie, avec sensation d'expulsion, comme
    si j'avais d accoucher de quelque chose, des douleurs dans
    les reins, des douleurs permanentes au sacrum, etc.; mais je
    me dfendais avec la rage du dsespoir contre ces malaises
    fminins ou qui me paraissaient fminins, lorsque, il y a
    trois ans, un accs d'arthritis m'a compltement bris.

    Avant que ce terrible accs de goutte et lieu, j'avais, dans
    mon dsespoir et pour la combattre, pris des bains chauds
    autant que possible  la temprature du corps. Il arriva alors
    un jour que je me sentis tout  coup chang et prs de la
    mort; je sautai hors du bassin d'un dernier effort, mais je
    m'tais senti femme avec des dsirs de femme. Ensuite quand
    l'_extrait de cannabis indica_ fut mis en usage et fut mme
    vant, j'en pris, contre un accs de goutte et aussi contre
    mon indiffrence pour la vie, une dose peut-tre trois ou
    quatre fois plus forte que celle d'usage; j'eus alors un
    empoisonnement par le haschisch qui m'a presque cot la vie.
    Il se produisit des accs de rire, un sentiment de forces
    physiques et de vitesse extraordinaires, une sensation trange
    dans le cerveau et les yeux: des milliers d'tincelles, un
    tremblement; je sentais mon cerveau  travers la peau; je
    pouvais encore arriver  parler; tout d'un coup je me vis
    femme du bout des pieds jusqu' la poitrine; je sentis, comme
    auparavant dans le bain, que mes parties gnitales s'taient
    retires dans l'intrieur de mon corps, que mon bassin
    s'largissait, que les mamelles poussaient sur ma poitrine,
    et une volupt indicible s'empara de moi. Je fermai alors les
    yeux pour ne pas voir changer ma figure. Mon mdecin, pendant
    ce temps, me semblait avoir, au lieu d'une tte, une norme
    pomme de terre entre les paules, et ma femme, une pleine lune
    en guise de tte. Et pourtant, quand ils eurent tous les
    deux quitt la chambre, j'eus encore la force d'inscrire ma
    dernire volont sur mon calepin.

    Mais qui dpeindra ma terreur quand, le lendemain matin, je
    me rveillai en me sentant tout  fait transform en femme, en
    m'apercevant, lorsque je marchais ou que j'tais debout, que
    j'avais une vulve et des seins.

    En sortant du lit, je sentis que toute une mtamorphose
    s'tait produite en moi. Dj, pendant ma maladie, quelqu'un
    qui tait venu nous voir avait dit: Pour un homme il est bien
    patient. Ce visiteur me fit cadeau d'un pot de roses, ce qui
    m'tonna et me fit pourtant plaisir.  partir de ce moment je
    fus patient, je ne voulais plus rien enlever d'assaut; mais
    je devins tenace et ttu comme un chat, en mme temps doux,
    conciliant, pas vindicatif; en un mot, j'tais devenu femme
    de caractre. Pendant ma dernire maladie j'eus beaucoup
    d'hallucinations de la vue et de l'oue, je parlais avec
    les morts, etc.; je voyais et j'entendais les _spiritus
    familiares_; je me croyais un tre double; sur mon grabat je
    ne m'apercevais pas encore que l'homme en moi tait mort.
    Le changement de mon humeur fut une chance pour moi, car un
    revers de fortune me frappa alors, revers qui, dans d'autres
    conditions, m'aurait donn la mort, mais que j'acceptai alors
    avec rsignation, au point que je ne me reconnaissais plus
    moi-mme. Comme je confondais encore assez souvent avec la
    goutte les phnomnes de la neurasthnie, je prenais beaucoup
    de bains jusqu' ce qu'une dmangeaison de la peau, comme si
    j'avais la gale, se dveloppt  la suite de ces bains qui
    auraient d l'attnuer: je renonai  toute la thrapeutique
    externe--(j'tais de plus en plus anmi par les bains). Je
    commenai  m'entraner autant que je pouvais. Mais l'ide
    obsdante que j'tais femme, subsistait et devint si forte
    qu'aujourd'hui je ne porte que le masque d'un homme; pour
    le reste, je me sens femme  tous les points de vue et
    dans toutes mes parties; pour le moment, j'ai mme perdu le
    souvenir de l'ancien temps.

    Ce que la goutte avait laiss intact fut achev compltement
    par l'influenza.

    tat prsent.--Je suis grand; cheveux trs clairsems; ma
    barbe commence  grisonner; mon maintien commence  tre
    courb; depuis l'influenza, j'ai perdu environ un quart de ma
    force physique. La figure a un peu rougi par suite de troubles
    circulatoires; je porte ma barbe entire; conjonctivite
    chronique; plutt musculeux que gras; au pied gauche
    apparaissent des veines variqueuses, il s'engourdit souvent,
    n'est pas encore enfl d'une manire perceptible, mais parat
    devoir le devenir.

    Le ventre a la forme d'un ventre fminin, les jambes ont la
    position qu'elles ont chez les femmes, les mollets sont comme
    chez ces dernires; il en est de mme des bras et des mains.
    Je peux porter des bas de femmes et des gants 7 3/4  7 1/2;
    de mme je porte sans tre gn un corset. Mon poids varie
    entre 168 et 184 livres. Urine sans albumine, sans sucre, mais
    contient de l'acide urique d'une faon anormale; elle est trs
    claire, presque comme de l'eau, toutes les fois que j'ai eu
    une grande motion. Les selles sont rgulires, mais, quand
    elles ne le sont pas, j'prouve tous les malaises de la
    constipation de la femme. Je dors mal, souvent pendant des
    semaines entires; mon sommeil ne dure que deux ou trois
    heures. L'apptit est assez bon, mais mon estomac ne supporte
    pas plus que celui d'une forte femme, et ragit contre les
    plats piments par un exanthme de la peau et des sensations
    de brlure dans le canal urthral. La peau est blanche, trs
    lisse; la dmangeaison insupportable qui m'a tourment depuis
    deux ans, s'est attnue ces semaines dernires et ne se
    manifeste plus qu' la jointure des genoux et au scrotum.

    Disposition aux sueurs; autrefois presque pas de
    transpirations; maintenant j'ai toutes les nuances des
    mauvaises transpirations fminines, surtout dans le bas du
    corps, de sorte que je suis oblig de me tenir encore plus
    propre qu'une femme. Je mets des parfums dans mon mouchoir, je
    me sers de savons parfums et d'eau de Cologne.

    tat gnral.--Je me sens comme une femme ayant la forme d'un
    homme; bien que je sente encore une conformation d'homme en
    moi, le membre viril me parat une chose fminine; ainsi, par
    exemple, le pnis me parat un clitoris, l'urthre un vagin
    et l'entre vaginale; en le touchant, je sens toujours quelque
    chose de moite, quand mme il serait aussi sec que possible;
    le scrotum me parat des grandes lvres, en un mot je
    sens toujours une vulve et seul celui qui a prouv cette
    sensation, saurait dire ce qu'elle est. La peau de tout mon
    corps me semble fminine; elle peroit toutes les impressions,
    soit les attouchements, soit la chaleur, soit les effets
    contraires, comme une femme, et j'ai les sensations d'une
    femme; je ne peux pas sortir les mains dgantes, car la
    chaleur et le froid me font galement mal; quand la saison o
    il est permis mme aux messieurs de porter des ombrelles est
    passe, je suis en grande peine  l'ide que la peau de ma
    figure pourrait souffrir jusqu' la prochaine saison. Le
    matin, en me rveillant, il se produit pendant quelques
    minutes un crpuscule dans mon esprit, comme si je me
    cherchais moi-mme; alors se rveille l'ide obsdante d'tre
    femme; je sens l'existence d'une vulve et salue le jour par un
    soupir plus ou moins fort, car j'ai peur dj d'tre oblig
    de jouer la comdie toute la journe. Ce n'est pas une petite
    affaire que de se sentir femme et pourtant d'tre oblig
    d'agir en homme. J'ai d tout tudier de nouveau, les
    lancettes, les bistouris, les appareils. Car depuis trois ans
    je ne touche plus  ces objets de la mme faon qu'auparavant;
    mes sensations musculaires ayant chang, j'ai d tout
    apprendre de nouveau. Cela m'a russi; seul le maniement de la
    scie et du ciseau  os me donne encore des difficults; c'est
    presque comme si ma force physique n'y suffisait plus. Par
    contre, j'ai plus d'adresse au travail de la curette dans les
    parties molles; ce qui me rpugne, c'est qu'en examinant des
    dames, j'ai souvent les mmes sensations qu'elles, ce qui
    d'ailleurs ne leur semble pas trange. Le plus dsagrable
    pour moi, c'est quand je ressens avec une femme grosse les
    sensations causes par les mouvements de l'enfant. Pendant
    quelque temps, et parfois durant des mois, je suis tourment
    par les liseurs de penses des deux sexes; du ct des femmes
    je supporte encore qu'on cherche  scruter mes penses, mais
    de la part des hommes cela me rpugne absolument. Il y a
    trois ans je ne me rendais pas encore clairement compte que
    je regarde le monde avec des yeux de femme; cette mtamorphose
    d'impression optique m'est venue subitement sous forme
    d'un violent mal de tte. J'tais chez une dame atteinte
    d'inversion sexuelle; alors je la vis tout d'un coup toute
    change, comme je m'en rends compte maintenant, c'est--dire
    que je la voyais en homme et par contre, moi en femme, de
    sorte que je la quittai avec une excitation mal dissimule.
    Cette dame n'avait pas encore une conscience nette de son
    tat.

    Depuis, tous mes sens ont des perceptions fminines, de mme
    que leurs rapports. Aprs le systme crbral ce fut presque
    immdiatement le systme vgtatif, du sorte que tous
    mes malaises se manifestent sous une forme fminine. La
    sensibilit des nerfs, surtout celle des nerfs auditif,
    optique et trijumeau, s'est accrue jusqu' la nvrose. Quand
    une fentre se ferme avec bruit, j'ai un soubresaut, un
    soubresaut intrieur, car pareille chose n'est pas permise 
    un homme. Si un mets n'est pas frais, j'ai immdiatement une
    odeur de cadavre dans le nez. Je n'aurais jamais cru que les
    douleurs causes par le trijumeau sautent avec tant de caprice
    d'une branche  l'autre, d'une dent dans l'oeil.

    Depuis ma mtamorphose, je supporte avec plus de calme les
    maux de dents et la migraine; j'prouve aussi moins d'angoisse
    de la stnocardie. Une observation qui me semble bien
    curieuse, c'est que maintenant je me sens devenu un tre
    timide et faible, et qu'au moment d'un danger imminent j'ai
    plus de sang-froid et de calme, de mme dans les oprations
    trs difficiles. Mon estomac se venge du moindre croc-en-jambe
    donn au rgime--(rgime de femme)--d'une manire inexorable,
    par des malaises fminins, soit par des ructations, soit par
    d'autres sensations.

    C'est surtout l'abus de l'alcool qui se fait sentir; le mal
    aux cheveux chez un homme qui se sent femme est bien plus
    atroce que le plus formidable mal de cheveux que jamais un
    tudiant ait pu ressentir aprs ses libations. Il me semble
    presque que, quand on se sent femme, on est tout  fait sous
    le rgne du systme vgtatif.

    Quelque petits que soient les bouts de mes seins, il leur faut
    de la place, et je les sens comme s'ils taient des mamelles;
    dj au moment de la pubert mes seins ont gonfl et m'ont
    fait du mal; voil pourquoi une chemise blanche, un gilet, un
    veston me gnent. Je sens mon bassin comme s'il tait fminin,
    de mme du derrire et des _nates_; au dbut j'tais troubl
    aussi par l'ide fminine de mon ventre qui ne voulait pas
    entrer dans les pantalons; maintenant ce sentiment de fminit
    du ventre persiste. J'ai aussi l'ide obsdante d'une taille
    fminine. Il me semble qu'on m'a drob ma peau pour me mettre
    dans celle d'une femme, une peau qui se prte  tout, mais qui
    sent tout comme si elle tait d'une femme, qui fait pntrer
    tous ses sentiments dans le corps masculin renferm sous
    cette enveloppe et en chasse les sentiments masculins. Les
    testicules, bien qu'ils ne soient ni atrophis ni dgnrs,
    ne sont plus de vrais testicules; ils me causent souvent de
    la douleur par une sorte d'impression qu'ils devraient
    rentrer dans la ventre et y rester; leur mobilit me tourmente
    souvent.

    Toutes les quatre semaines,  l'poque de la pleine lune,
    j'ai, pendant cinq jours, tous les signes du molimen, comme
    une femme, au point de vue physique et intellectuel,  cette
    exception prs que je ne saigne pas, tandis que j'prouve une
    sensation comme s'il y avait coulement de liquide et comme si
    les parties gnitales et le bas-ventre taient gonfls; c'est
    une priode trs agrable, surtout si, quelques jours aprs
    ces phnomnes, se manifeste le sentiment physiologique et le
    besoin d'accouplement avec toute la force dont il pntre la
    femme  ces moments; le corps entier est alors satur de
    ce sentiment, de mme qu'un morceau de sucre mouill ou une
    ponge sont imbibs d'eau; alors on devient avant tout une
    femme qui a besoin d'aimer, et on n'est plus homme qu'en
    seconde ligne. Ce besoin est, il me semble, plutt une
    langueur de concevoir que de coter. L'immense instinct
    naturel ou plutt la lubricit fminine refoule, dans ce cas,
    la pudeur, de sorte qu'on dsire indirectement le cot. Comme
    homme, je n'ai dsir le cot que tout au plus trois fois dans
    ma vie, si toutefois c'tait cela; les autres fois j'tais
    indiffrent. Mais dans ces trois dernires annes, je le
    dsire d'une manire passive, en femme, et quelquefois avec
    la sensation d'jaculation fminine; je me sens alors toujours
    accoupl et fatigu comme une femme; quelquefois je suis,
    aprs l'acte, un peu indispos, ce que l'homme n'prouve
    jamais. Plusieurs fois il m'a fait tant de plaisir que je ne
    puis comparer  rien cette jouissance; c'est tout simplement
    le plus grand bonheur de ce monde, une puissante sensation
    pour laquelle on est capable de sacrifier tout; dans un moment
    pareil, la femme n'est qu'une vulve qui a englouti toute
    l'individualit.

    Depuis trois ans, je n'ai pas perdu un seul moment le
    sentiment que je suis femme. Grce  l'habitude prise, ce
    sentiment m'est moins pnible maintenant, bien que je sente
    depuis cette poque ma valeur diminue; car se sentir femme
    sans dsirer la jouissance, cela peut se supporter, mme par
    un homme, mais quand les besoins se font sentir, alors toute
    plaisanterie cesse; j'prouve une sensation cuisante, de
    la chaleur, le sentiment de turgescence dans les parties
    gnitales. (Quand le pnis n'est pas rig, les parties
    gnitales ne sont plus dans leur rle.) Avec cette forte
    impulsion, la sensation de turgescence du vagin et de la vulve
    est terrible; c'est une torture d'enfer de la volupt,  peine
    peut-on la supporter. Quand, dans cet tat, j'ai l'occasion
    d'accomplir le cot, cela me soulage un peu; mais ce cot,
    puisqu'il n'y a pas conception suffisante, ne me donne pas une
    satisfaction complte; la conscience de la strilit se fait
    alors sentir avec toute sa dpression humiliante; on se voit
    presque dans le rle d'une prostitue. La raison n'y peut rien
    faire; l'ide obsdante de la fminit domine et force tout.
    On comprend facilement combien il est dur de travailler 
    son mtier dans un pareil tat; mais on peut s'y mettre en se
    violentant. Il est vrai qu'alors il est presque impossible de
    rester assis, de marcher, d'tre couch; du moins on ne peut
    supporter longtemps aucune de ces trois positions; au
    surplus, il y a le contact continuel du pantalon, etc. C'est
    insupportable.

    Le mariage fait alors, en dehors du moment du cot o l'homme
    doit se sentir comme couvert, l'effet de la cohabitation de
    deux femmes dont l'une se sent dguise en homme. Quand
    le molimen priodique ne se manifeste pas, on prouve le
    sentiment de la grossesse ou de la saturation sexuelle,
    qu'ordinairement l'homme ne connat pas, mais qui accapare
    toute l'individualit aussi bien que chez la femme,  cette
    diffrence prs qu'il est dsagrable, de sorte qu'on aimerait
    mieux supporter le molimen rgulier. Quand il se produit des
    rves ou des ides rotiques, on se voit dans la forme qu'on
    aurait si l'on tait femme; on voit des membres en rection
    qui se prsentent, et comme par derrire aussi on se sent
    femme, il ne serait pas difficile de devenir cynde; seule
    l'interdiction positive de la religion nous en empche, toutes
    les autres considrations s'vanouiraient.

    Comme de pareils tats doivent forcment rpugner  tout
    le monde, on dsire tre de sexe neutre ou pouvoir se faire
    neutraliser. Si j'tais encore clibataire, il y a longtemps
    que je me serais dbarrass de mes testicules avec le scrotum
    et le pnis.

     quoi sert la sensation de jouissance fminine, quand on ne
    conoit pas?  quoi bon les motions de l'amour fminin quand
    pour les satisfaire on n'a  sa disposition qu'une femme, bien
    qu'elle nous fasse sentir comme homme l'accouplement?

    Quelle honte terrible nous cause l'odeur fminine! Combien
    l'homme est abaiss par la joie que lui causent les robes et
    les bijoux! Dans sa mtamorphose, quand mme il ne pourrait
    plus se souvenir de son ancien instinct gnital masculin, il
    voudrait n'tre pas forc de se sentir femme; il sait trs
    bien qu'il y eut une poque o il ne sentait pas toujours
    sexuellement qu'il tait simplement un homme sans sexe.
    Et voil que tout d'un coup il doit considrer toute son
    individualit comme un masque, se sentir toujours femme et
    n'avoir de changement que toutes les quatre semaines, quand
    il a ses malaises priodiques et entre temps sa lubricit
    fminine qu'il ne peut pas satisfaire! S'il lui tait permis
    de s'veiller sans tre oblig de se sentir immdiatement
    femme!  la fin il languit aprs le moment o il pourra lever
    son masque; le moment n'arrive pas. Il ne peut trouver un
    soulagement  sa misre que lorsqu'il peut revtir en partie
    le caractre fminin, en mettant un bijou, une jupe; car il
    ne peut pas sortir habill en femme; ce n'est pas une petite
    tche que de remplir ses devoirs professionnels pendant qu'on
    se sent comme une actrice dguise en homme, et qu'on ne sait
    pas o tout cela doit aboutir. La religion seule nous prserve
    d'une grande faute, mais elle n'empche pas les peines que
    l'individu qui se sent femme prouve quand la tentation
    s'approche de lui comme d'une vraie femme, et quand il est
    comme celle-ci forc de l'prouver et de la traverser. Quand
    un homme de haute considration, qui jouit dans le public
    d'une rare confiance, est oblig de lutter contre une vulve
    imaginaire; quand on rentre aprs un dur travail et qu'on est
    forc d'examiner la toilette de la premire dame venue, de la
    critiquer avec des yeux de femme, de lire dans sa figure ses
    penses, quand un journal de mode--(je les aimais dj tant
    enfant)--nous intresse autant qu'un ouvrage scientifique!
    Quand on est oblig de cacher son tat  sa femme dont on
    devine les penses, parce qu'on est aussi femme, tandis
    qu'elle a nettement devin qu'on s'est transform d'me et de
    corps! Et les tourments que nous causent les combats que
    nous avons  soutenir pour surmonter la mollesse fminine!
    On russit quelquefois, surtout quand on est en cong seul, 
    vivre quelque temps en femme, par exemple  porter, notamment
    la nuit, des vtements de femme, de garder ses gants, de
    prendre un voile ou un masque pendant qu'on est dans sa
    chambre; on russit alors  avoir un peu de tranquillit du
    ct du _libido_, mais le caractre fminin qui s'est implant
    exige imptueusement qu'il soit reconnu. Souvent il se
    contente d'une modeste concession, telle que, par exemple,
    un bracelet mis au-dessous de la manchette, mais il exige
    inexorablement une concession quelconque.

    Le seul bonheur est de pouvoir sans honte se voir costum en
    femme, avec la figure couverte d'un voile ou d'un masque:
    ce n'est qu'alors qu'on se croit dans son tat naturel. On a
    alors, comme une oie prise de la mode, du got pour ce qui
    est en vogue, tellement on est transform. Il faut beaucoup
    de temps et beaucoup d'efforts pour s'habituer  l'ide,
    d'un ct, de ne sentir que comme une femme, et de l'autre
    de garder comme une rminiscence de ses anciennes manires de
    voir, afin de pouvoir se montrer comme homme devant le monde.

    Pourtant il arrive par-ci par-l qu'un sentiment fminin vous
    chappe, soit qu'on dise qu'on prouve _in sexualibus_ telle
    ou telle chose, qu'un tre qui n'est pas femme ne peut pas
    savoir, ou qu'on se trahisse par hasard en se montrant trop
    au courant des affaires de la toilette fminine. Si
    pareille chose arrive devant les femmes, il n'y a l aucun
    inconvnient; une femme se sent toujours flatte quand on
    montre beaucoup d'intrt pour ce qui la touche et qu'on s'y
    connat bien; seulement il ne faut pas que cela se produise
    devant sa propre pouse. Combien je fus effray un jour que
    ma femme disait  une amie que j'avais un got trs distingu
    pour les articles de dames! Combien fut surprise une dame 
    la mode et trs orgueilleuse qui voulait donner une fausse
    ducation  sa fille, lorsque je lui analysai en paroles et
    par crit tous les sentiments et toutes les sensations d'une
    femme! (Je fis un mensonge en lui allguant que j'avais puis
    dans des lettres ces connaissances d'un caractre si intime.)
    Maintenant cette dame a une grande confiance en moi, et
    l'enfant qui tait sur le point de devenir folle, est reste
    sense et trs gaie. Elle m'avait confess, comme si c'taient
    des pchs, toutes les manifestations des sentiments fminins;
    maintenant elle sait ce qu'elle doit supporter comme fille,
    ce qu'elle doit matriser par sa volont et par dvouement
    religieux: elle se sent comme un tre humain. Les deux dames
    riraient beaucoup, si elles savaient que je n'ai puis que
    dans ma propre et triste exprience. Je dois ajouter encore
    que, depuis, j'ai une sensibilit beaucoup plus vive pour la
    temprature;  cela s'est joint encore le sentiment, inconnu
    auparavant, d'avoir la peau lastique et de comprendre ce que
    les malades prouvent dans la dilatation des intestins.
    Mais, d'autre part, quand je dissque un corps ou fais une
    opration, les liquides pntrent plus facilement ma peau.
    Chaque dissection me cause de la douleur; chaque examen d'une
    femme ou d'une prostitue avec fluor ou odeur de crevette,
    etc., m'agace horriblement. Je suis maintenant trs accessible
     l'influence de l'antipathie et de la sympathie, qui se
    manifestent mme par suite de l'effet de certaines couleurs
    aussi bien que par l'impression totale qu'un individu me fait.
    Les femmes devinent par un coup d'oeil l'tat sexuel de
    leurs semblables; voil pourquoi les femmes portent un voile,
    bien qu'elles ne le baissent pas toujours, et pourquoi elles
    se mettent des odeurs, ne ft-ce que dans les mouchoirs ou
    dans les gants, car leur acuit olfactive en prsence de
    leur propre sexe est norme. En gnral, les odeurs ont une
    influence incroyable sur l'organisme fminin; ainsi, par
    exemple, je suis calm par l'odeur de la rose ou de la
    violette; d'autres odeurs me donnent la nause; l'ylang-ylang
    me cause tant d'excitation sexuelle que je ne puis plus y
    tenir. Le contact avec une femme me parat homogne; le cot
    avec ma femme ne m'est possible que si elle est un peu plus
    virile, a la peau plus dure; et pourtant c'est plutt un _amor
    lesbicus_.

    Du reste, je me sens toujours passif. Souvent la nuit, quand
    je ne puis pas dormir  cause de l'excitation, j'y arrive
    pourtant, _si femora mea distensa habeo, sicut mulier cum viro
    concumbens_, ou en me couchant sur un ct; mais alors il ne
    faut pas qu'un bras ou une pice de literie vienne toucher 
    mes seins, sinon c'en est fait du sommeil. Il ne faut pas non
    plus que rien me pse ou presse sur le ventre. Je dors mieux
    quand je mets une chemise de femme et une camisole de nuit
    de dame, ou quand je garde mes gants, car la nuit j'ai trs
    facilement froid aux mains; je me trouve aussi trs bien
    en pantalons de femme et en jupes, car alors les parties
    gnitales ne sont pas serres. J'aime, plus que toutes
    les autres, les toilettes de l'poque de la crinoline. Les
    vtements de femme ne gnent nullement l'homme qui se sent
    femme; il les considre comme lui appartenant et ne les sent
    pas comme des objets trangers. La socit que je prfre 
    toutes, est celle d'une dame qui souffre de neurasthnie, et
    qui, depuis son dernier accouchement, se sent homme, mais qui,
    depuis que je lui ai fait des allusions  ce sujet, se rsigne
     son sort, _cotu abstinet_, ce qui ne m'est pas permis, 
    moi, homme. Cette femme m'aide, par son exemple,  supporter
    mon sort. Elle se rappelle encore bien clairement ses
    sentiments fminins, et elle m'a donn maints bons conseils.
    Si elle tait homme et moi jeune fille, j'essaierais de faire
    sa conqute; je voudrais bien qu'elle me traite en femme. Mais
    sa photographie rcente diffre tout  fait de ses anciennes
    photographies: c'est maintenant un monsieur, trs lgamment
    costum, malgr les seins, la coiffure, etc.; aussi a-t-elle
    le parler bref et prcis, elle ne se plat plus aux choses qui
    font ma joie. Elle a une sorte de sentimentalit mlancolique,
    mais elle supporte son sort avec rsignation et dignit,
    ne trouve de consolation que dans la religion et
    l'accomplissement de ses devoirs;  la priode des menstrues
    elle souffre  en mourir; elle n'aime plus la compagnie des
    femmes, ni leurs conversations, de mme qu'elle n'aime plus
    les choses sucres.

    Un de mes amis de jeunesse se sent, depuis son enfance, comme
    fille; mais il a de l'affection pour le sexe masculin; chez sa
    soeur, c'tait le contraire; mais lorsque l'utrus rclama
    ses droits quand mme et qu'elle se vit femme aimante
    malgr son caractre viril, elle trancha la difficult en se
    suicidant.

    Voici quels sont les changements principaux que j'ai constats
    chez moi depuis que mon effmination est devenue complte:

    1 Le sentiment continuel d'tre femme des pieds  la tte;

    2 Le sentiment continuel d'avoir des parties gnitales
    fminines;

    3 La priodicit du molimen toutes les quatre semaines;

    4 De la lubricit fminine qui se manifeste priodiquement,
    mais sans que j'aie une prfrence pour un homme quelconque;

    5 Sensation fminine passive pendant l'acte du cot;

    6 Ensuite sensation de la partie qui a t _futue_;

    7 Sentiment fminin en prsence des images qui reprsentent
    le cot;

    8 Sentiment de solidarit  l'aspect des femmes et intrt
    fminin pour elles;

    9 Intrt fminin  l'aspect des messieurs;

    10 Il en est de mme  la vue des enfants;

    11 Humeur change,--une plus grande patience;

    12 Enfin, rsignation  mon sort, rsignation que, il est
    vrai, je ne dois qu' la religion positive, sans cela je me
    serais dj suicid, il y a longtemps.

    Car il n'est gure supportable d'tre homme et d'tre forc de
    sentir que chaque femme est futue comme elle dsire l'tre.

L'autobiographie trs prcieuse pour la science qu'on vient de lire
tait accompagne de la lettre suivante, qui ne manque pas non plus
d'intrt.

    Je dois, tout d'abord, vous demander pardon de vous importuner
    par ma lettre; j'avais perdu tout appui et je me considrais
    comme un monstre qui m'inspirais du dgot  moi-mme. Alors
    la lecture de vos crits m'a rempli d'un nouveau courage,
    et j'ai dcid d'aller au fond de la chose, de jeter un coup
    d'oeil rtrospectif sur ma vie, quoi qu'il en arrive. Or,
    j'ai considr comme un devoir de reconnaissance envers vous
    de vous communiquer le rsultat de mes souvenirs et de mes
    observations, car je n'ai trouv cit dans votre ouvrage aucun
    cas analogue au mien. Enfin j'ai pens aussi qu'il pourrait
    vous intresser d'apprendre par la plume d'un mdecin quelles
    sont les penses et les sensations d'un tre humain masculin
    compltement manqu et se trouvant sous l'obsession d'tre
    femme.

    Peut-tre tout cela ne s'accorde pas; mais je n'ai plus
    la force de faire d'autres rflexions, et je ne veux pas
    approfondir davantage cette matire. Bien des choses sont
    rptes, mais je vous prie de bien songer qu'on peut avoir
    des dfaillances dans un rle dont le dguisement vous a t
    impos malgr vous.

    J'espre, aprs avoir lu vos ouvrages, que, en continuant 
    remplir mes devoirs comme mdecin, citoyen, pre et poux, je
    pourrai toujours me compter au nombre de ceux qui ne mritent
    pas d'tre mpriss entirement.

    Enfin j'ai tenu  vous prsenter le rsultat de mes souvenirs
    et de mes mditations, afin de prouver qu'on peut tre mdecin
    malgr la nature fminine de ses penses et de ses sentiments.
    Je crois que c'est un grand tort de fermer  la femme la
    carrire mdicale; une femme dcouvre, grce  son instinct,
    les signes de certains maux que l'homme scruta dans
    l'obscurit, en dpit de tout diagnostic; en tout cas, il en
    est ainsi lorsqu'il s'agit de maladies de femmes et d'enfants.
    Si on pouvait le faire, chaque mdecin devrait tre forc de
    faire un stage de trois mois comme femme; il comprendrait et
    estimerait alors mieux cette partie de l'humanit d'o il est
    sorti; il saurait alors apprcier la grandeur d'me des femmes
    et, d'autre part, la duret de leur sort.

    _Epicrise._--Le malade, trs charg, est originairement
    anormal au point de vue psycho-sexuel; car pendant l'acte
    sexuel il a une sensation fminine caractristique. Cette
    sensation anormale demeura purement une anomalie psychique
    jusqu' il y a trois ans, anomalie base sur une neurasthnie
    grave, et puissamment accentue par des sensations physiques
    dans le sens d'une _transmutatio sexualis_, sensations
    suggres par obsession  sa conscience. Le malade,  sa
    grande frayeur, se sent alors aussi physiquement femme et,
    sous le coup de l'ide obsdante d'tre femme, il croit
    prouver une mtamorphose complte de ses penses, de ses
    sentiments et de ses aspirations d'autrefois, et mme de sa
    _vita sexualis_ dans le sens d'une viration. Toutefois son
    moi est capable de conserver son empire sur ces processus
    morbides de l'me et du corps, et de se sauver de la
    _paranoia_. Voil un exemple remarquable de sensations,
    d'ides obsdantes bases sur des tares nerveuses, un
    cas d'une grande valeur pour arriver  tudier comment la
    transformation psycho-sexuelle a pu s'accomplir.


Quatrime degr. Mtamorphose sexuelle paranoque.

Le dernier degr possible dans le processus de la maladie est la
monomanie de la mtamorphose sexuelle. Elle se dveloppe sur la base
d'une neurasthnie sexuelle qui dgnre en _neurasthenia universalis_
dans le sens d'une maladie psychique, la _paranoia_.

Les observations nous montrent le dveloppement intressant du
processus nvrotico-psychologique jusqu' son point culminant.

    OBSERVATION 100.--K..., trente-six ans, clibataire,
    domestique agricole, reu  la clinique le 20 fvrier 1889,
    prsente un cas typique de _neurasthenia sexualis_, dgnre
    en _paranoa persecutoria_ avec hallucinations olfactives,
    sensations, etc.

    Il est issu d'une famille charge. Plusieurs de ses soeurs
    et frres taient psychopathes. Le malade a un crne
    hydrocphale, enfonc au niveau de la fontanelle droite;
    l'oeil est nvropathique. De tout temps, le malade eut de
    grands besoins sexuels; il s'est adonn  l'ge de onze ans 
    la masturbation; il a fait le cot  l'ge de vingt-trois ans;
    il a procr trois enfants illgitimes et a cess ensuite tout
    rapport sexuel de peur de faire encore des enfants et d'tre
    trop charg de pensions alimentaires. L'abstinence lui tait
    trs pnible; il renona aussi  la masturbation et eut  la
    suite des pollutions abondantes. Il y a un an et demi, il est
    devenu sexuellement neurasthnique; il avait alors aussi des
    pollutions diurnes; il fut trs affaibli et dprim; cet tat
    de choses durant, il a fini par contracter une neurasthnie
    gnrale et tre atteint de _paranoa_.

    Depuis un an, il a eu des sensations paresthsiques; il lui
    semble avoir une grande pelotte  la place de ses parties
    gnitales; ensuite il se figura que son pnis et son scrotum
    lui manquaient, et que ses parties gnitales s'taient
    transformes en parties gnitales fminines. Il sentait des
    mamelles lui pousser, une natte de cheveux, et des vtements
    fminins se coller  son corps. Il se figurait tre femme. Les
    passants dans les rues lui semblaient tenir des propos comme
    ceux-ci: Voyez donc cette garce, cette vieille drlesse!

    Dans son sommeil accompagn de rves, il avait la sensation
    d'un homme qui accomplissait le cot sur lui devenu femme. Il
    en avait de l'jaculation avec un vif sentiment de volupt.

    Pendant son sjour  la clinique, il s'est produit une
    interruption dans sa _paranoa_ et en mme temps une
    amlioration notable de sa neurasthnie. Alors disparurent
    momentanment les sentiments et les ides d'une mtamorphose
    sexuelle.

Voici un autre cas d'viration avance sur le chemin de la
_transformatio sexus paranoca_.

    OBSERVATION 101.--Franz St..., trente-trois ans, instituteur
    dans une cole primaire, clibataire, probablement issu d'une
    famille charge, nvropathe de tout temps, motif, peureux, ne
    pouvant supporter l'alcool, a commenc  se masturber  l'ge
    de dix-huit ans.  l'ge de trente ans se produisirent chez
    lui des symptmes de _neurasthenia sexualis_. (Pollutions avec
    faiblesse conscutive, pollutions qui se produisaient aussi
    dans la journe, douleurs dans la rgion du plexus sacr,
    etc.). Il s'y ajouta encore de l'irritation spinale, des
    pressions sur la tte et de la crbrasthnie.

    Depuis le commencement de 1885, le malade s'est abstenu du
    cot qui ne lui procurait plus aucune sensation de volupt. Il
    se masturbait souvent.

    En 1888, commena chez lui la monomanie de la perscution. Il
    remarquait qu'on l'vitait, qu'il rpandait une odeur infecte,
    qu'il puait (hallucinations olfactives); il s'expliquait de
    cette faon le changement d'attitude des gens  son gard, de
    mme que leurs ternuements, leur toux, etc.

    Il sentait des odeurs du cadavre, d'urine corrompue. Il
    attribuait la cause de sa mauvaise odeur  des pollutions 
    l'intrieur. Il les percevait par une sensation, comme si un
    liquide montait du pubis  la poitrine.

    Le malade quitta bientt la clinique. En 1889, il revint pour
    y tre reu; il tait dj dans un tat avanc de _paranoa
    masturbatoria persecutoria_ (monomanie de la perscution).

    Au commencement du mois de mai 1889, le malade veilla
    l'attention parce qu'il protestait violemment toutes les fois
    qu'on l'appelait: Monsieur.

    Il proteste contre cette apostrophe, car, prtend-il, il est
    femme. Des voix le lui disent. Il s'aperoit que des mamelles
    lui poussent. Il y a une semaine, les autres malades lui ont
    fait des attouchements voluptueux. Il a entendu dire qu'il
    est une putain. Ces temps derniers il a eu des rves
    d'accouplement. Il rvait qu'on pratiquait le cot sur lui
    comme sur une femme. Il sentait l'_immissio penis_, et a eu la
    sensation d'une jaculation au milieu de son rve.

    Le crne est pointu, la face est longue et troite;
    bosses paritales prominentes. Les parties gnitales sont
    normalement dveloppes.

Le cas suivant, observ dans l'asile d'Illenau, est un exemple
manifeste d'inversion durable et maniaque de la conscience sexuelle.

    OBSERVATION 102.--_Metamorphosis sexualis paranoca._

    N..., vingt-trois ans, clibataire, pianiste, a t reu vers
    la fin du mois d'octobre 1865  la maison de sant d'Illenau.
    Il est n d'une famille cense tre exempte de tares
    hrditaires, mais tuberculeuse. Le pre et le frre ont
    succomb  la phtisie pulmonaire. Le malade, tant enfant,
    tait faible, mal dou, mais avait un talent exclusif pour la
    musique. De tout temps il eut un caractre anormal, taciturne,
    renferm, insociable, avec des manires brusques.

     partir de l'ge de quinze ans, il se livra  la
    masturbation. Quelques annes plus tard, des malaises
    neurasthniques se produisirent (battements de coeur,
    faiblesse, douleurs de tte priodiques, etc.), en mme temps
    que des vellits hypocondriaques. L'anne dernire, le
    malade travaillait beaucoup et durement. Depuis six mois,
    sa neurasthnie s'est accentue. Il se plaignit alors de
    battements de coeur, congestion de la tte, insomnie, il
    devint trs irritable; paraissait sexuellement trs excit, et
    prtendait qu'il lui fallait se marier le plus tt possible,
    pour raisons de sant. Il tomba amoureux d'une artiste, mais
    presqu'en mme temps (septembre 1865), il devint malade du
    _paranoa persecutoria_ (voyait des actes hostiles,
    entendait des injures dans la rue, trouvait du poison dans sa
    nourriture, on tendait une corde  travers le pont pour
    qu'il ne puisse pas aller chez son amante).  la suite de son
    excitation croissante et de conflits avec son entourage
    qu'il considrait comme ennemi, il a t reu dans l'asile
    d'alins.  son entre, il prsentait encore l'image typique
    de la _paranoa persecutoria_ avec les symptmes de la
    neurasthnie sexuelle qui devint plus tard gnrale; mais sa
    monomanie de la perscution ne s'chafaudait point sur ce fond
    nerveux. Ce n'est qu'accidentellement que le malade entendait
    dire  son entourage: Voil qu'on lui enlve le sperme, voil
    qu'on lui enlve la vessie.

    Au cours des annes de 1866  1868, la manie de la perscution
    fut relgue de plus en plus au second rang et fut
    remplace en grande partie par des ides rotiques. La base
    somatico-physique tait une excitation violente et continuelle
    de la sphre sexuelle. Le malade s'amourachait de chaque dame
    qu'il voyait; il entendait des voix qui l'encourageaient
     s'approcher d'elles; il demandait imprieusement le
    consentement au mariage et prtendait que, si on ne lui
    procurait pas une femme, il mourrait de consomption. Grce 
    sa pratique continuelle de la masturbation, les signes d'une
    prochaine viration se montrent dj en 1869. Il disait que
    si on lui donnait une femme, il ne l'aimerait que
    platoniquement. Le malade devient de plus en plus bizarre,
    il ne vit que dans une sphre d'ides rotiques, voit partout
    faire dans l'asile de la prostitution, entend par-ci par-l
    des voix qui l'accusent d'avoir une attitude indcente
    vis--vis des femmes. Il vite donc la socit des dames,
    et ne consent  faire de la musique devant les dames qu' la
    condition d'avoir deux hommes comme tmoins.

    Au cours de l'anne 1872, l'tat neurasthnique prend un
    dveloppement considrable. Alors la _paranoia persecutoria_
    aussi reparat de plus en plus au premier plan et avec
    une couleur clinique particulire due  l'tat nerveux
    fondamental. Des hallucinations olfactives se produisent;
    il est influenc par l'action du magntisme. Il dit que
    des ondulations magntiques agissent sur lui. (Fausse
    interprtation de malaises spinaux asthniques.) Sous le
    coup d'une excitation violente et continuelle et d'excs de
    masturbation, le processus de l'viration progresse de plus en
    plus. Il n'est plus qu'pisodiquement homme, il est consum du
    dsir d'tre femme, et se plaint amrement que la prostitution
    honte des hommes, dans cette maison, rende impossible la
    venue d'une femme vers lui; l'air empoisonn de magntisme,
    l'amour non satisfait l'ont rendu mortellement malade; il ne
    peut pas vivre sans amour; il est empoisonn par un poison de
    lubricit qui agit sur l'instinct gnital. La dame qu'il aime
    est ici, au milieu de la plus basse dbauche. Les prostitues,
    dans cette maison, ont des chanes de flicit, c'est--dire
    des chanes dans lesquelles on est enchan sans pouvoir
    bouger et dans lesquelles on prouve de la volupt. Il est
    prt, maintenant,  se contenter d'une prostitue. Il possde
    un admirable rayonnement des penses par les yeux qui vaut 20
    millions. Ses compositions valent 500,000 francs.  ct de
    ces symptmes de monomanie des grandeurs, il y a des symptmes
    de monomanie de la perscution; la nourriture est empoisonne
    par des excrments vnriens; il sent le poison, il entend des
    accusations infmes, et il demande une machine  boucher les
    oreilles.

     partir du mois d'aot 1872, les signes de l'viration
    deviennent de plus en plus nombreux. Il se comporte avec
    beaucoup d'affterie et dclare qu'il ne pourrait plus vivre
    au milieu des hommes qui boivent et qui fument. Il pense et
    sent tout  fait en femme. On doit le traiter dornavant en
    femme, et le mettre dans la section des femmes. Il demande des
    confitures, des gteaux fins. Pris de tnesme et de spasme
    de la vessie, il demande  tre transport dans un hpital
    d'accouchement, et  tre trait comme une malade enceinte.
    Le magntisme morbide des hommes qui le soignent a une action
    nuisible sur lui.

    Passagrement, il se sent encore, par moments, homme, mais il
    plaide d'une manire trs significative pour son sens sexuel
    morbide, inverti; il veut la satisfaction par la masturbation,
    le mariage sans cot. Le mariage est une institution de
    volupt. La fille qu'il pouserait devrait tre onaniste.

     partir du mois de dcembre 1872, la conscience de sa
    personnalit se transforme dfinitivement en une conscience
    fminine. Il a t de tout temps une femme, mais, entre un et
    trois ans, un empirique, un charlatan franais, lui a greff
    des parties gnitales masculines et a empch le dveloppement
    de ses mamelles en lui frottant et en lui prparant le thorax.

    Il demande nergiquement  tre intern dans la section
    des femmes,  tre protg contre les hommes qui veulent
    le prostituer et  tre habill en femme. ventuellement
    il serait dispos  s'occuper dans un magasin de jouets
    d'enfants,  faire de la couture ou du dcoupage, ou 
    travailler pour une modiste.  partir du moment de la
    _transformatio sexus_, commence pour le malade une re
    nouvelle. Dans ses souvenirs, il considre son individualit
    d'autrefois comme celle d'un cousin  lui.

    Pour le moment, il parle de lui-mme  la troisime personne;
    il dclare tre la comtesse V..., la meilleure amie de
    l'impratrice Eugnie, demande des parfums, des corsets, etc.
    Il prend les autres hommes de l'asile pour des femmes, essaie
    de se tresser une natte, demande un cosmtique oriental pour
    l'pilation, afin qu'on ne mette plus en doute sa nature de
    femme. Il se plat  faire l'apologie de l'onanisme, car il
    tait, ds l'ge de quinze ans, onaniste, et il n'a jamais
    cherch de satisfactions d'un autre genre. Occasionnellement
    on observe encore chez lui des malaises neurasthniques, des
    hallucinations olfactives, des ides de perscution. Tous les
    faits de sa vie qui se sont passs jusqu'au mois de dcembre
    1872, reviennent  la personnalit du cousin.

    Le malade ne peut tre dissuad de son ide fixe qu'il est la
    comtesse V... il invoque qu'il a t examin par la sage-femme
    qui a constat son sexe fminin. La comtesse ne se mariera
    pas, parce qu'elle mprise les hommes. Comme le malade
    n'obtient pas d'avoir des vtements de femme ni des souliers 
    hauts talons, il prfre rester toute la journe au lit; il se
    comporte en femme noble et souffrante, fait la douillette, la
    pudique, demande des bonbons, etc. Autant qu'il peut, il fait
    de ses cheveux des nattes, il s'arrache les poils de la barbe,
    et il se fait avec des petits pains un buste de femme.

    En 1877, il se produit une carie  la jointure du genou
    gauche, et bientt s'y ajoute une phtisie pulmonaire. Le
    malade meurt le 2 dcembre 1874. Crne normal. Le lobe frontal
    est atrophi, le cerveau anmi. Examen microscopique (Dr
    Schle): sur la couche superficielle du lobe frontal, les
    cellules ganglionnaires sont lgrement rtrcies; dans la
    tunique adventice des vaisseaux beaucoup de granulations
    graisseuses; le _glia_ n'est pas chang; parcelles de pigment
    et granulations collodes isoles. Les couches profondes de
    l'corce crbrale sont normales. Les parties gnitales sont
    trs grosses, les testicules petits, flasques;  la coupe,
    aucun changement macroscopique.

Ce cas de monomanie de la transformation sexuelle que nous venons de
dcrire dans ses origines et les diverses phases de son dveloppement,
est un phnomne d'une raret tonnante dans la pathologie de l'esprit
humain. En dehors des cas prcdents que je dois  mon observation
personnelle, j'en ai observ un cas, comme phnomne pisodique, chez
une dame invertie, un autre comme phnomne permanent chez une fille
atteinte de _paranoia_ primitive, et enfin un autre chez une dame
atteinte de _paranoia_ primitive.

Dans la littrature je n'ai pas rencontr d'observations sur la
monomanie de la transformation sexuelle, sauf un cas trait
brivement par Arndt dans son Manuel (p. 172), un cas tudi assez
superficiellement par Srieux (_Recherches cliniques_), p. 33, et les
deux cas bien connus d'Esquirol. Nous reproduisons ici sommairement le
cas d'Arndt, bien que, pas plus que ceux d'Esquirol, il n'offre aucun
renseignement sur la gense de la monomanie.

    OBSERVATION 103.--Une femme d'ge moyen, interne dans l'asile
    de Greifswalder, se prenait pour un homme et se comportait
    en consquence. Elle se coupait les cheveux trs courts, se
    faisait une raie sur le ct,  la mode des militaires. Un
    profil bien prononc, un nez un peu fort et une certaine
    grossiret de traits donnaient  sa figure un cachet bien
    caractristique; des cheveux courts et colls aux oreilles
    achevaient de donner  sa tte une expression tout  fait
    virile.

    Elle tait de grande taille, maigre; sa voix tait profonde et
    rauque; la pomme d'Adam anguleuse et prominente; son maintien
    tait raide, sa dmarche et ses mouvements pesants sans tre
    lourds. Elle avait l'air d'un homme dguis en femme. Quand
    on lui demandait comment lui tait venue l'ide de se prendre
    pour un homme, elle s'criait presque toujours, pleine
    d'irritation: Eh bien, regardez-moi donc! Est-ce que je n'ai
    pas l'air d'un homme? Aussi je sens que je suis homme. J'ai
    toujours eu un sentiment de ce genre, mais ce n'est que peu
     peu que je suis parvenue  m'en rendre compte clairement.
    L'homme qui est cens tre mon mari n'est pas un vrai homme;
    j'ai procr mes enfants toute seule. J'ai toujours senti en
    moi quelque chose de pareil, mais ce n'est que plus tard que
    j'ai vu clair. Et dans mon mnage, est-ce que je n'ai pas
    toujours agi en homme? L'homme qui est cens tre mon mari,
    n'tait qu'un aide. Il a excut ce que je lui ai command.
    Ds ma jeunesse, je fus toujours plutt porte vers les choses
    viriles que vers les affaires des femmes. J'ai toujours mieux
    aim m'occuper de ce qui se passe dans la ferme et dans les
    champs que des affaires du mnage et de la cuisine. Seulement,
    je n'avais pas reconnu  quoi cela tenait. Maintenant je sais
    que je suis un homme; aussi je veux me comporter comme tel,
    et c'est une honte de me tenir toujours dans des vtements de
    femme.

    OBSERVATION 104.--X..., vingt-six ans, de haute taille et
    de belle prestance, aimait, ds son enfance,  mettre des
    vtements de femme. Devenu grand, il savait,  l'occasion des
    reprsentations thtrales par des amateurs, toujours si bien
    arranger les choses, qu'on lui donnait des rles de femme 
    jouer. Aprs avoir prouv une forte dpression mlancolique,
    il s'imagina tre rellement une femme, et essaya d'en
    convaincre son entourage. Il aimait  se dshabiller,  se
    coiffer ensuite en femme et  se draper. Un jour il voulut
    sortir dans cette tenue. Sauf cette ide, il tait tout  fait
    raisonnable. Il avait l'habitude de se coiffer pendant toute
    la journe, de se regarder dans la glace, et,  l'aide de sa
    robe de chambre, de se costumer autant que possible en femme.

    Un jour qu'Esquirol faisait mine de lui soulever son jupon, il
    se mit en colre et lui reprocha son insolence (Esquirol).

    OBSERVATION 105.--Madame X..., veuve, fut, par suite de la
    mort de son mari et de la perte de sa fortune, en proie  de
    vives motions et au chagrin. Elle devint folle; aprs avoir
    commis une tentative de suicide, elle fut transporte  la
    Salptrire.

    Madame X..., svelte, maigre, continuellement en excitation
    maniaque, s'imaginait tre un homme et se mettait toujours en
    colre quand on l'appelait: Madame. Un jour qu'on mit  sa
    disposition des vtements d'homme, elle fut transporte de
    joie. En 1802, elle est morte d'une maladie de consomption,
    et elle a manifest, peu de temps encore avant son dcs, sa
    manie d'tre un homme (Esquirol).

Dans un prcdent chapitre, j'ai fait mention des rapports
intressants qui existent entre ces faits de la mtamorphose sexuelle
imaginaire et la soi-disant folie des Scythes.

Marandon (_Annales mdico-psychologiques_, 1888, p. 160) a, comme
beaucoup d'autres, accept l'hypothse errone que, chez ces Scythes
de l'antiquit, il s'agissait d'une vritable monomanie et non pas
d'une simple viration. D'aprs la loi de l'empirisme actuel,
cette monomanie, si rare aujourd'hui, a d tre non moins rare dans
l'antiquit. Comme il est impossible de l'admettre autrement que base
sur une _paranoia_, il n'a jamais pu tre question d'une manifestation
endmique de ce phnomne, mais seulement de l'interprtation
superstitieuse d'une viration (dans le sens d'un chtiment d'une
desse), ainsi que cela ressort des allusions d'Hippocrate.

Le fait qui ressort de la soi-disant folie des Scythes ainsi que
des observations modernes releves chez les Indiens de Pueblo, reste
toujours remarquable au point de vue anthropologique; avec l'atrophie
des testicules, on a constat en mme temps celle des parties
gnitales et en gnral une rgression vers le type fminin au point
de vue physique et moral. C'est d'autant plus frappant qu'une pareille
raction est aussi insolite chez l'homme qui,  l'ge adulte, a perdu
ses organes gnitaux, que chez la femme adulte aprs la mnopause
artificielle ou naturelle.


B.--LE SENS HOMOSEXUEL COMME PHNOMNE MORBIDE ET CONGNITAL[84].

[Note 84: Ouvrages (en dehors de ceux qui seront mentionns plus
tard): Tardieu, _Des attentats aux moeurs_, 7 dit., 1878, p.
210--Hoffmann, _Lehrb. d. ger. Med._, 6 dit., p. 170, 887.--Glay
_Revue philosophique_, 1881, n1.--Magnan, _Annal. md.-psychol._,
1885, p. 558.--Shaw et Ferrin, _Journal of nervous and mental
disease_, 1883, Avril, n 2.--Bernhardi, _Der Uranismus_, Berlin
(_Volksbuchhandlung_), 1882--Chevalier, _De l'inversion de l'instinct
sexuel_, Paris, 1885.--Ritti, _Gaz. hebdom. de mdecine et de
chirurgie_, 1878, 4 janvier.--Tamassla, _Rivista sperim._, 1878, p.
97-117.--Lombroso. _Archiv. di Psychiatr._, 1881.--Charcot et Magnan,
_Archiv. de Neurologie_, 1882, nos 7, 12.--Moll, _Die contrre
Sexualempfindung_, Berlin, 1891.--Chevalier, _Archives de
l'anthropologie criminelle_, t. V, n 27; t. VI, n 31.--Reuss,
_Aberrations du sens gnsique_ (_Annales d'hygine publique_,
1896).--Saury, _tude clinique sur la folie hrditaire_,
1880.--Brouardel, _Gaz. des hpitaux_, 1886 et 1887.--Tilier,
_L'instinct sexuel chez l'homme et chez les animaux_, 1889.--Carlier,
_Les deux prostitutions_, 1887.--Lacassagne, Art. _Pdrastie_
in _Dictionn. encyclopdique_.--Vibert, Art. _Pdrastie_ in
_Dictionnaire de md. et de chirurgie_.]

L'essentiel, dans ce phnomne trange de la vie sexuelle, c'est la
frigidit sexuelle pousse jusqu' l'horreur pour l'autre sexe,
tandis qu'il y a un sens sexuel et un penchant pour son propre sexe.
Toutefois, les parties gnitales sont normalement dveloppes, les
glandes gnitales fonctionnent tout  fait convenablement, et le type
sexuel est compltement diffrenci.

Les sentiments, les penses, les aspirations et en gnral le
caractre rpondent, quand l'anomalie est compltement dveloppe,
 la sensation sexuelle particulire, mais non pas au sexe que
l'individu atteint reprsente anatomiquement et physiologiquement.
Ce sentiment anormal se manifeste aussi dans la tenue et dans
les occupations; il va jusqu' donner  l'individu une tendance 
s'habiller conformment au rle sexuel pour lequel il se sent dou.

Au point de vue clinique et anthropologique, ce phnomne anormal
prsente divers degrs dans son dveloppement, c'est--dire diverses
formes et manifestations.

1)  ct du sentiment homosexuel prdominant il y a des traces de
sentiments htro-sexuels (hermaphrodisme psycho-sexuel);

2) Il n'y a de penchant que pour son propre sexe (homosexualit);

3) Tout l'tre psychique se conforme au sentiment sexuel anormal
(effmination et viraginit);

4) La conformation du corps se rapproche de celle qui rpond au sens
sexuel anormal.

Cependant, on ne rencontre jamais de vraies transitions 
l'hermaphrodisme; au contraire, les organes gnitaux sont parfaitement
diffrencis, de sorte que, comme dans toutes les perversions morbides
de la vie sexuelle, il faut chercher la cause du phnomne dans le
cerveau (androgynie et gynandrie).

Les premiers renseignements un peu exacts[85] sur ces phnomnes
de nature nigmatique nous viennent de Casper (_ber Nothzucht und
Pderastie, Casper's Vierteljahrsschr._, 1852, I) qui les confond avec
la pdrastie, c'est vrai, mais qui dj fait cette juste remarque
que, dans la plupart des cas, cette anomalie est congnitale et doit
tre considre comme une sorte d'hermaphrodisme intellectuel.

[Note 85: M. le docteur Moll, de Berlin, attire mon attention
sur le fait qu'on trouve dj des allusions  l'inversion
sexuelle concernant des hommes, dans le _Moritz's Magazin f.
Erfahrungseelenkunde_, t. VIII, Berlin, 1791. En effet, on y cite les
biographies de deux hommes pris d'un amour dlirant pour des personnes
de leur propre sexe. Dans le deuxime cas, qui est particulirement
remarquable, le malade explique l'origine de son aberration par
le fait qu'tant enfant, il n'a t caress que par des personnes
adultes, et  l'ge de dix  douze ans par ses camarades d'cole.
Cela et la privation de la socit des personnes de l'autre sexe ont
eu pour consquence chez moi de dtourner le penchant naturel pour le
sexe fminin et de le reporter sur les hommes. Maintenant encore les
femmes me sont indiffrentes.

On ne peut pas dire s'il s'agissait d'un cas d'inversion congnitale
(hermaphrodisme psycho-sexuel) ou acquise. Le cas le plus ancien
d'inversion sexuelle qu'on connaisse jusqu'ici en Allemagne concerne
une femme qui tait marie avec une autre femme et cohabitait avec son
consort au moyen d'un priape en cuir. Un cas de viraginit qui s'est
prsent au commencement du sicle pass, et qui est trs intressant
aussi au point de vue juridique et historique, a t puis dans les
dossiers officiels et cit par le docteur Muller d'Alexandersbad dans
_Friedreichs Bltter f. ger. Medicin_ cahier 4.]

Il y a l un vritable dgot des attouchements sexuels avec des
femmes, tandis que l'imagination se rjouit  la vue des beaux jeunes
hommes, des statues et des tableaux qui en reprsentent. Ce fait n'a
pas chapp  Casper que, dans ces cas, l'_immissio penis in anum_
(pdrastie) n'est pas la rgle, mais ces individus recherchent et
obtiennent des satisfactions sexuelles par des actes sexuels d'un
autre genre (onanisme mutuel).

Dans ses _Klinischen novellen_ (1863, p. 33), Casper cite la
confession intressante d'un homme atteint de cette perversion de
l'instinct gnital, et il n'hsite pas  dclarer que, abstraction
faite des imaginations corrompues, de la dmoralisation produite par
la satit des jouissances sexuelles normales, il y a de nombreux
cas o la pdrastie provient d'une impulsion congnitale, trange,
inexplicable, mystrieuse. Vers 1860, un nomm Ulrichs, qui lui-mme
tait atteint de cet instinct perverti, a soutenu dans de nombreux
crits[86], publis sous le pseudonyme de Numa Numantius, cette thse
que la vie sexuelle de l'me est indpendante du sexe physique, et
qu'il y a des individus masculins qui, en prsence de l'homme, se
sentent femmes (_anima muliebris in corpore virili inclusa_).

[Note 86: _Vindex, Inclusa, Vindicta, Formatrix, Ara spei, Gladius
jurens_ (1864 et 1865, Leipzig, H. Matthes). Ulrichs, _Kritische
Pfeile_, 1879, en commission chez H. Crnlein, Stuttgart,
Augustenstrasse, 5. L'auteur qui combat sans se dcourager les
prjugs dont ses semblables ont  souffrir, a publi dans ce but,
depuis 1889,  Aquila degli Abruzzi (Italie), un journal crit en
latin sous le titre: _Il periodico latino_.]

Il dsignait ces gens sous le nom d'uranistes (Urning), et rclamait
rien moins que l'autorisation de l'tat et de la socit pour l'amour
sexuel des uranistes, comme un amour congnital et par consquent
lgitime, ainsi que l'autorisation du mariage entre eux. Seulement,
Ulrichs nous doit encore la preuve que ce sentiment sexuel paradoxal,
qui est en tout cas congnital, soit un phnomne physiologique et non
pas pathologique.

Griesinger a jet une premire lumire anthropologico-clinique sur ces
faits (_Archiv f. Psychiatrie_, I, p. 651), en montrant, dans un cas
qu'il avait observ personnellement, la lourde tare hrditaire de
l'individu atteint.

Nous devons  Westphal (_Archiv f. Psychiatrie_, II, p. 73) le premier
essai sur le phnomne qu'il appelle inversion sexuelle congnitale,
avec conscience du caractre morbide de ce phnomne. Il a ouvert la
discussion: le nombre des cas a atteint jusqu'ici le chiffre de 107,
sans compter ceux qui sont rapports dans notre monographie[87].

[Note 87: Concernant les individus du sexe masculin: 1 Casper,
_Klin. Novellen_, p. 36 (_Lehrb. d. ger. Med._, 7e dit., p. 176);
2 Westphal, _Archiv f. Psych._, II, p. 73; 3 Schminke, dans le mme
journal, III, p. 325; 4 Scholz, _Vierteljahrsschr. f. ger. Medicin_
XIX; 5 Guck, _Arch. f. Psych._, V, p. 564; 6 Servaes, au mme
endroit, VI, p. 384; 7 Westphal, dans la mme feuille, VI, p. 62O;
8, 9, 10 Stark, _Zeitschr. f. Psychiatrie_, t. XXXI; 11 Liman
(Caspers, _Lehrb. d. ger. Med._, 6e dit., p. 509, p. 292); 12
Legrand du Saulle, _Annal. md.-psychol._, 1876, mai; 13 Sterg,
_Jahrb. f. Psychiatrie_, III, cahier 3; 14 Krueg, _Zeitschr., Brain_,
1884, oct.; 15 Charcot et Magnan, _Arch. de Neurolog._, 1882, n 9;
16, 17, 18 Kirn, _Zeitschr. f. Psychiatr._, t. XXXIX, p. 216; 19
Rabow, _Erlenmeyers Centralbl._, 1883, n 8; 20 Blumer, _Americ.
Journ. of insanity_, 1882, juillet; 21 Servage, _Journal of mental
science_, 1884, octobre; 22 Scholz, _Vierteljahrsschr. f. ger. Med._,
N. F., t. XL, fascicule 7; 23 Magnan, _Ann. med.-psychol._, 1885,
p. 461; 24 Chevalier, _De l'inversion de l'instinct sexuel_, Paris,
1885, p. 129; 25 Morselli, _La Riforma medica, 4e anne_, mars; 26
Leonpacher, _Friedreichs Bltter_, 1888, II, 4; 27 Hollnder, _Allg.
Wiener med. Zeitung_ 1882; 28 Kriese, _Erlenmeyers Centralbl._, 1888,
n 19; 29, 30, 31, 32 v. Krafft-Ebing, _Psychopathia sexualis_,
3e dit., Observations 32, 36, 42, 43; 33 Golenko, _Russ. Archiv
f. Psychiatrie_, t. IX, II, 3 (cit par Rothe dans _Zeitschr. f.
Psychiatrie_; 34 v. Krafft, _Internationales Centralblatt f. d.
Physiol. und Pathologie der Harn und Sexualorgane_, t. I, fasc. 4;
35 Cantarano, _La Psychiatria_, 1887, 5e anne, p. 195; 36 Srieux,
_Recherches cliniques sur les anomalies de l'instinct sexuel_, Paris,
1888, Obs. 13; 37-42 Kiernan, _The medic. Standard_, 1888, 7 cas;
43-46 Rabow, _Zeitschr. f. Klin. Medicin_, t. XVII, Suppl.; 47-51
v. Krafft, _Neue Forschungen_, Observations 1, 3, 4, 5, 8; 52-61 v.
Krafft, _Psychopathia sexualis_, 5e dit., Observ. 53, 61, 64, 66,
73, 75, 78, 84, 85, 87; 62-65 Le mme, _Neue Forschungen_, 2e
dit., Observ. 3, 4, 5, 6; Hammond, _Impuissance sexuelle_, p. 30, 36;
68-71 Garnier, _Anomalies sexuelles_, 1889, Observ. 227, 228, 229,
230; 72 v. Krafft, _Friedreichs Bltter_, 1891, fascicule 6; 73-87
v. Krafft, _Psychopathia sexualis_, 6e dit., Observ. 78, 81, 82, 84,
85, 86, 87, 89, 93, 94, 96, 97, 98, 101, 102; 88 Fraenkel, _Medic.
Zeitung d. Vereins f. Hertkunde in Preussen_, t. XXII, p. 102 (_homo
mollis_); 89-91 Bernheim, _Hypnotisme_, Paris, 1891, Obs. 38 et
suivantes; 92 Wetterstrand, _Der Hypnotismus_, 1891; 93 Mller,
_Hydrothrapie_, 1890, p. 309; 94  96 v. Sehrenk-Notzing,
_Suggestionstherapie_, 1892, cas 63, 68, 97; 97 Ladame, _Revue
de l'hypnotisme_, 1889, 1er septembre; 98 v. Krafft, _Internat.
Centralblatt f. d. Krankheiten der Harn und Geschlechtsorgane_, t. I,
fasc. 1; 99  100 Wachholz, _Friedreichs Bltter f. gerichtl. Med._,
1892, fascicule 6.

Concernant des individus fminins: 1 Westphal, _Arch. f. Psych._,
II, p. 73; 2 Gock, _Op. cit._, n 1; 3 Wise, _The Alienist and
Neurologist_, 1883, janvier; 4 Cantanaro, _La Psychiatria_, 1883,
201; 5 Srieux, _Op. cit._, Observ. 14; 6 Kiernan, _op. cit._; 7
Mller, _Friedreichs Bltter f. ger. Med._, 1891, fascicule 4.]

Westphal ne touche pas la question de savoir si l'inversion sexuelle
est le symptme d'un tat nvropathique ou psychopathique, ou bien si
elle constitue un phnomne isol. Il maintient avec fermet que cet
tat est congnital.

Me fondant sur les cas que j'ai publis jusqu'en 1877, j'ai signal
cet trange sentiment sexuel comme un stigmate de dgnrescence
fonctionnelle, et comme un phnomne partiel d'un tat
nvro-psycho-pathologique ayant pour cause, dans la plupart des cas,
l'hrdit. Cette supposition a t confirme par l'analyse des cas
qui se sont prsents depuis. On peut citer, comme symptmes de cette
tare nvro-psycho-pathologique les points suivants.

1 La vie sexuelle des individus ainsi conforms se manifeste
rgulirement bien avant la priode normale et bien aprs, d'une
faon trs violente. Souvent elle prsente encore d'autres phnomnes
pervers, en dehors de cette direction anormale imprime par l'trange
sentiment sexuel.

2 L'amour psychique de ces individus est souvent romanesque
et exalt; de mme leur instinct gnital se manifeste dans leur
conscience avec une force particulire, obsdante mme.

3  ct du stigmate de dgnrescence fonctionnelle de l'inversion
sexuelle, on trouve encore d'autres symptmes de dgnrescence
fonctionnelle et souvent aussi anatomique.

4 Il existe des nvroses (hystrie, neurasthnie, tats pileptodes,
etc.). Presque toujours on peut constater de la neurasthnie
temporaire ou permanente. Cette neurasthnie est ordinairement
constitutionnelle, c'est--dire qu'elle est produite par des causes
congnitales. Elle est rveille et maintenue par la masturbation ou
par l'abstinence force.

Chez les individus masculins, la _neurasthenia sexualis_ se dveloppe
sur ce terrain morbide ou prdispos congnitalement. Elle se
manifeste alors surtout par la faiblesse irritative du centre
d'jaculation. Ainsi s'explique le fait que, chez la plupart des
individus atteints, une simple accolade ou un baiser donn  la
personne aime, quelquefois mme le simple aspect de cette dernire,
provoquent l'jaculation. Souvent l'jaculation est alors accompagne
d'une sensation de volupt anormalement forte, qui va jusqu' la
sensation d'un courant magntique  travers le corps.

5 Dans la majorit des cas, on rencontre des anomalies psychiques
(talents brillants pour les beaux-arts, surtout pour la musique,
la posie, etc.), en mme temps que de la faiblesse des facults
intellectuelles (esprits faux, bizarres), et mme des tats de
dgnrescence psychique trs prononce (imbcillit, folie morale).

Beaucoup d'uranistes en viennent temporairement ou pour toujours
aux dlires caractristiques des dgnrs (tats passionnels
pathologiques, dlires priodiques, paranoia, etc.).

6 Dans presque tous les cas o il fut possible de rechercher l'tat
physique et intellectuel des ascendants et des proches parents, on a
constat dans ces familles des nvroses, des psychoses, des stigmates
de dgnrescence, etc.[88].

[Note 88: L'inversion sexuelle, comme phnomne partiel de la
dgnrescence nerveuse, peut se produire aussi chez les descendants
de parents exempts de nvrose. Cela ressort d'une observation de
Tarnowsky _(op. cit_., p. 34) dans laquelle le _lues_ du procrateur
tait en jeu, ainsi que d'un cas du mme genre rapport par Scholz
(_Vierteljahrsschrift f. ger. Medicin_) o la tendance perverse de
l'instinct gnital tait lie  un arrt de dveloppement physique
d'origine traumatique.]

L'inversion sexuelle congnitale est bien profonde et bien enracine;
cela ressort dj du fait que les rves rotiques de l'uraniste
masculin n'ont pour sujet que des hommes, et ceux de l'homosexuel
fminin des individus fminins.

L'observation de Westphal, que la conscience de la dfectuosit
congnitale des sentiments sexuels pour l'autre sexe et du penchant
pour son propre sexe, est ressentie pniblement par l'individu
atteint, ne se confirme que dans un certain nombre des cas. Beaucoup
d'individus n'ont pas mme conscience de la nature morbide de
leur tat. La plupart des uranistes se sentent heureux avec leurs
sentiments sexuels pervers et la tendance de leur instinct; ils ne se
sentent malheureux que par l'ide que la loi et la socit ont lev
des obstacles contre la satisfaction de leur penchant pour leur propre
sexe.

L'tude de l'inversion sexuelle montre nettement les anomalies de
l'organisation crbrale des individus atteints de cette perversion.
Gley (_Revue philosophique_, 1884, janvier) croit pouvoir donner le
mot de l'nigme, en supposant que ces individus ont un cerveau fminin
avec des glandes gnitales masculines, et que, chez eux, c'est la
vie crbrale morbide qui dtermine la vie sexuelle, contrairement
 l'tat normal dans lequel les organes gnitaux dterminent les
fonctions sexuelles du cerveau.

Un de mes clients m'a expos une manire de voir trs intressante
et qui pourrait tre admise pour expliquer l'inversion congnitale
primitive. Il prend comme point de dpart la bisexualit relle telle
qu'elle se prsente anatomiquement chez tout foetus jusqu' un
certain ge.

On devrait, dit-il, prendre en considration qu'au caractre
originairement hermaphrodite des parties congnitales correspond
probablement aussi un caractre originairement hermaphrodite avec
des germes latents de tous les traits secondaires du sexe, tels que
cheveux, barbe, dveloppement des mamelles, etc. L'hypothse d'un
hermaphrodisme latent des traits secondaires du sexe subsistant chez
chaque individu pendant toute la vie est justifie par les phnomnes
de rgression partielle d'un type sexuel dans l'autre, mme aprs le
dveloppement complet du corps, phnomnes qu'on a pu constater chez
les castrates, les mujerados, et,  la mnopause, chez les femmes,
etc.

La partie crbrale de l'appareil sexuel, le centre psycho-sexuel
masculin ou fminin reprsente un des traits secondaires les plus
importants du sexe; il est mme gal en valeur  l'autre moiti de
l'appareil sexuel. Quand il y a dveloppement tout  fait normal
de l'individu, les organes gnitaux hermaphrodites du foetus,
c'est--dire les glandes des germes et des organes de copulation,
forment d'abord des organes qui portent le caractre prononc
d'un seul sexe; ensuite, les traits secondaires du caractre
sexuel--physiques et psychiques--subissent la mme transition de la
conformation hermaphrodite  la conformation monosexuelle (en tout
cas, pendant qu'ils sont  l'tat latent; ou bien pendant la vie
ftale, simultanment avec les organes de la gnration; ou encore,
plus tard, quand ils sont sur le point de sortir de leur tat latent).
Troisimement, pendant cette transition, les traits secondaires du
caractre sexuel suivent l'volution opre sur l'un des deux sexes
par les organes gnitaux, pour rendre possible le fonctionnement
harmonique de la vie sexuelle.

Cette volution uniforme de tous les traits du caractre sexuel se
fait rgulirement, par suite d'une disposition spciale dans
le processus du dveloppement. L'origine et le maintien de cette
disposition s'expliquent suffisamment par leur ncessit absolue.

Mais, dans des conditions anormales (dgnrescence hrditaire,
etc.), cette harmonie de dveloppement peut tre trouble de
diffrentes faons. Non seulement l'volution des organes gnitaux de
l'tat hermaphrodite vers l'tat monosexuel peut faire dfaut, mais
le mme fait peut aussi se produire pour les traits secondaires du
caractre sexuel, pour les traits physiques et plus encore pour les
traits psychiques. Enfin, l'harmonie du dveloppement de l'appareil
sexuel peut tre tellement trouble qu'une partie suive l'volution
vers un sexe et l'autre vers le sexe oppos.

Quatre types principaux d'hermaphrodisme sont donc possibles (il y
a des types secondaires, comme les hommes  mamelles, les femmes 
barbe): 1 l'hermaphrodisme purement physique des parties gnitales
avec monosexualit psychique; 2 l'hermaphrodisme purement psychique,
avec parties gnitales monosexuelles; 3 l'hermaphrodisme parfait,
physique et intellectuel, avec tout l'appareil sexuel bisexuellement
constitu; 4 l'hermaphrodisme crois o la partie psychique et la
partie physique sont monosexuelles, mais chacune dans un sens oppos 
l'autre.

En y regardant de plus prs, la premire forme physique
d'hermaphrodisme peut tre considre comme croise, car les glandes
gnitales rpondent  un sexe et les parties gnitales externes  un
sexe oppos.

La deuxime et la quatrime forme d'hermaphrodisme ne sont, au fond,
rien autre chose que de l'inversion sexuelle congnitale[89].

[Note 89: Frank Lydston (_Philadelph. med. and surgical Reporter_,
sept. 1818) et Thierman, (_Medical Standard_, novembre 1888), essaient
d'expliquer d'une manire analogue une partie des cas de _Paranoia_
sexuelle congnitale en les plaant dans une catgorie subordonne
de l'hermaphrodisme. Kiernan, pour complter son explication, suppose
que, chez les individus tars, il se produit plus facilement des
rgressions vers les formes primitives de l'hermaphrodisme de la srie
animale: _The original bi-sexuality of the ancestors of the race,
shown in the rudimentary female organs of the male, could not fail
to occasion functional, if not organic, reversions, when mental or
physical manifestations were interfered with by disease or congenital
defect. It seems certain that a feminely functionating brain can
occupy a male body and_ vice versa. _Males may be borne with female
external genitals and_ vice versa. _The lowest animals are bisexual,
and the various types of hermaphroditism are more or less complete
reversions to the ancestral type._ (_Op. cit._, p. 9. Note de
l'auteur.)]

La troisime forme parat tre trs rare. Cependant, le droit
canonique de l'glise s'en est occup; car il exige de l'hermaphrodite
avant son mariage un serment sur la manire dont il se comportera
(Voir Phillip, _Kirchenrecht_, p. 633 de la 7e dit.).

Par appareil gnital psychique monosexuel dans un corps monosexuel
appartenant un sexe oppos, il ne faut pas comprendre une me
fminine dans un cerveau masculin ou _vice versa_, manire de
voir qui serait en contradiction manifeste avec toutes les ides
scientifiques. Il ne faudrait pas non plus se figurer qu'un cerveau
fminin puisse exister dans un corps masculin, ce qui contredirait
tous les faits anatomiques: mais il faut admettre qu'un centre
psycho-sexuel fminin peut exister dans un cerveau masculin, et _vice
versa_.

Ce centre psycho-sexuel (dont il est ncessaire de supposer
l'existence, ne ft-ce que pour expliquer les phnomnes
physiologiques) ne peut tre autre chose qu'un point de concentration
et d'entrecroisement des nerfs conducteurs qui vont aux appareils
moteurs et sensitifs des organes gnitaux, mais qui, d'autre part,
vont aussi aux centres visuel, olfactif, etc., portant ces phnomnes
de conscience qui, dans leur ensemble, forment l'ide d'un tre
masculin ou fminin.

Comment pourrions-nous reprsenter cet appareil gnital psychique dans
l'tat d'hermaphroditisme primitif que nous avons suppos plus haut?
L aussi, nous devrions admettre que les futures voies conductrices
taient dj traces, bien que fort lgrement, ou prpares par le
groupement des lments.

Ces voies latentes hermaphrodites sont projetes pour relier
les organes de copulation (qui eux-mmes sont encore  l'tat
hermaphrodite) avec le sige futur des lments de reprsentation des
deux sexes. Quand tout l'organisme se dveloppe d'une manire normale,
une moiti des ces voies doit plus tard se dvelopper pour devenir
capable de fonctionner, tandis que l'autre moiti doit rester  l'tat
latent; et, dans ce cas, tout dpend probablement de l'tat du point
d'entrecroisement que nous avons suppos, comme un centre subcortical
intercal.

Cette hypothse trs complique ne contredit pas forcment le fait que
le cerveau foetal n'a pas de structure. Cette absence de structure
n'est admise que grce  l'insuffisance de nos moyens d'investigation
actuels. Mais, d'autre part, cette hypothse repose  son tour sur une
supposition bien risque: elle admet une localisation dj existante
pour des reprsentations qui n'existent pas encore, en d'autres termes
une diffrenciation quelconque des parties du cerveau qui sont en
rapport avec les reprsentations futures. Nous ne sommes donc pas trop
loigns de la thorie si dconsidre des reprsentations innes.
Mais nous sommes aussi en prsence du problme gnral de tous
les instincts, problme qui nous pousse toujours  de semblables
hypothses.

Peut-tre s'ouvrira-t-il maintenant une voie par laquelle nous
pourrons faire un pas vers la solution de ces problmes d'hrdit
psychique. En nous appuyant sur les connaissances modernes beaucoup
plus tendues sur les faits de la gnration dans toutes les sries
des organismes et sur la connaissance de la connexit de ces faits
que la biologie commence  nous donner, nous pourrons jeter un
coup d'oeil plus profond sur la nature de l'hrdit physique et
psychique.

Nous connaissons actuellement le processus de la gnration,
c'est--dire la transformation des individus dans sa manifestation la
plus simple. Elle nous montre l'amibe qui se scinde en deux cellules
filles qui qualitativement sont identiques  la cellule mre.

Nous voyons, en allant plus loin, le dtachement dans le
bourgeonnement d'une partie rduite quantitativement, mais identique
en qualit avec l'entier.

Le phnomne primitif de toute gnration n'est donc pas une
reproduction, mais une continuation. Si donc,  mesure que les types
deviennent plus grands et plus compliqus, les germes des organismes
paraissent, en comparaison de l'organisme-mre, non seulement
diminus quantitativement, mais aussi simplifis qualitativement,
morphologiquement et physiologiquement, la conviction que la
gnration est une continuation et non pas une reproduction nous
amne  la supposition gnrale d'une continuation latente mais
ininterrompue de la vie des parents dans leurs descendants. Car, dans
l'infiniment petit, il y a place pour tout, et il est aussi faux de se
figurer que la rduction du volume progressant  l'infini, dduction
qui n'est toujours qu'un rapport compar  la grandeur du corps
de l'tre humain qui observe, arrive quelque part  une limite
infranchissable pour la diffrenciation de la matire, qu'il serait
erron de croire que la grandeur illimite de l'espace de l'univers
arrive quelque part  une limite de remplissage avec des formations
individualises. Ce qui me parat avoir besoin d'tre expliqu, c'est
plutt le fait que ce ne sont pas toutes les qualits des parents,
soit morphologiques en volume, soit physiologiques avec le mode des
mouvements des particules, qui se manifestent spontanment dans la
descendance, aprs le dveloppement du germe. Ce fait, dis-je, a
plutt besoin d'tre expliqu que l'hypothse d'une diffrenciation
hrditaire de la substance du cerveau qui a des relations fixes
avec les reprsentations qui n'ont pas t perues par l'individu,
hypothse sans laquelle les instincts restent inexplicables.

Magnan (_Ann. md.-psychol._, 1885, p. 458) parle trs srieusement
d'un cerveau de femme dans un corps d'homme, et _vice versa_[90].

[Note 90: Cette hypothse tombe d'elle-mme devant l'autopsie
cite dans mon observation 118, autopsie qui a constat que le cerveau
pesait 1,150 grammes et celle de l'observation 130, o l'on a constat
que le cerveau pesait 1,175 grammes.]

L'essai d'explication de l'uranisme congnital donn, par exemple,
par Ulrichs qui, dans son _Memnon_, paru en 1868, parle d'une _anima
muliebris virili corpore inclusa (virili corpori innata)_, et qui
cherche  donner la raison du caractre congnital fminin de sa
propre tendance sexuelle anormale, n'est pas plus satisfaisant. La
manire de voir du malade de l'observation 124 est trs originale. Il
est probable, dit-il, que son pre, en le procrant, a voulu faire une
fille; mais, au lieu de cela, c'est un garon qui est venu au monde.

Une des plus tranges explications de l'inversion sexuelle congnitale
se trouve dans Mantegazza (op. 1886, p. 106).

D'aprs cet auteur, il y aurait des anomalies anatomiques chez les
invertis, en ce sens que, par une erreur de la nature, les nerfs
destins aux parties gnitales se rpandraient dans l'intestin,
de sorte que c'est de l que part l'excitation voluptueuse, qui,
d'habitude, est provoque par l'excitation des parties gnitales.
Comment l'auteur, d'habitude si perspicace, s'expliquerait-il alors
les cas nombreux o la pdrastie est abhorre par ces invertis? La
nature ne fait d'ailleurs jamais de pareils soubresauts. Mantegazza
invoque, en faveur de son hypothse, les communications d'un ami,
crivain remarquable, qui lui assurait n'tre pas encore bien fix sur
le fait de savoir s'il prouvait un plus grand plaisir au cot qu' la
dfcation!

L'exactitude de cette exprience admise, elle ne prouverait pas que
l'homme en question soit sexuellement anormal, et que chez lui la
sensation voluptueuse du cot soit rduite au minimum.

On pourrait peut-tre expliquer l'inversion congnitale en disant
qu'elle reprsente une particularit spciale de la descendance, mais
ayant pris naissance par voie d'hrdit.

L'atavisme serait le penchant morbide pour son propre sexe, penchant
acquis par l'ascendant, et qui se trouverait fix comme phnomne
morbide et congnital chez le descendant. Cette hypothse est,
en somme, admissible, puisque, d'aprs l'exprience des attributs
physiques et moraux acquis, non seulement les qualits, mais aussi
et surtout les dfectuosits, se transmettent par hrdit. Comme il
n'est pas rare que des invertis fassent des enfants, que dans tous
les cas ils ne sont pas toujours impuissants (les femmes ne le sont
jamais), une hrdit par voie de procration serait possible.

L'observation 124 dans laquelle la fille d'un inverti, ge de huit
ans, pratique dj l'onanisme mutuel,--acte sexuel qui, tant donn
l'ge, fait supposer une inversion sexuelle,--plaide videmment en
faveur de cette hypothse.

La communication qui m'a t faite par un inverti de vingt-six ans,
class dans le groupe 3, est non moins significative.

Il sait positivement, dit-il, que son pre, mort il y a plusieurs
annes, a t galement atteint d'inversion sexuelle. Il affirme
connatre encore beaucoup d'hommes avec lesquels son pre avait
entretenu des liaisons. On n'a pu tablir s'il s'agissait chez
le pre d'une inversion congnitale ou acquise, ni  quel groupe
appartenait sa perversion.

L'hypothse sus-indique parat d'autant plus acceptable que les trois
premiers degrs de l'inversion congnitale correspondent parfaitement
aux degrs de dveloppement qu'on peut suivre dans la gense de
l'inversion acquise. On se sent donc tent d'interprter les divers
degrs de l'inversion congnitale comme les divers degrs d'anomalies
sexuelles acquises ou dveloppes d'une autre manire chez
l'ascendance, et transmises par la procration  la descendance;
encore, faut-il rappeler,  ce propos, la loi d'hrdit progressante.

D'autres ont, faute de mieux, recours  l'onanisme pour les mmes
raisons multiples qui, souvent, font repousser le cot mme par
les non-uranistes. Chez les uranistes dous d'un systme nerveux
originairement irritable, ou qui a t dtraqu par l'onanisme
(faiblesse irritable du centre d'jaculation), de simples accolades,
des caresses avec ou sans attouchement des parties gnitales,
suffisent pour provoquer l'jaculation, et procurer par l une
satisfaction sexuelle. Chez des individus moins excitables, l'acte
sexuel consiste en manustupration accomplie par la personne aime, ou
en onanisme mutuel, ou en une contrefaon du cot _inter femora_. Chez
les uranistes de moralit perverse et puissants _quoad erectionem_,
l'impulsion sexuelle est satisfaite par la pdrastie, acte qui
rpugne aux individus sans dfectuosit morale autant qu'aux hommes
htrosexuels. Fait digne d'attention, les uranistes affirment que
l'acte sexuel qui leur plat avec des personnes de leur propre sexe
leur procure une grande satisfaction, comme s'ils s'taient retremps,
tandis que la satisfaction par l'onanisme solitaire ou le cot forc
avec une femme les affecte beaucoup, les rend misrables, et augmente
leurs malaises neurasthniques. La manire dont se satisfont les
uranistes fminins est peu connue. Dans une de mes observations
personnelles, la fille se masturbait en se sentant dans le rle d'un
homme, et en s'imaginant avoir affaire  une femme aime. Dans un
autre cas, l'acte consistait dans l'onanisation de la personne aime,
 laquelle elle touchait les parties gnitales.

Il est difficile d'tablir nettement jusqu' quel degr cette anomalie
est rpandue[91], car la plupart des individus qui en sont atteints ne
sortent que rarement de leur rserve; et, dans les faits qui viennent
devant les tribunaux, on confond l'uraniste par perversion de
l'instinct gnital avec le pdraste qui est simplement un immoral.

[Note 91: L'inversion sexuelle ne doit pas tre rare; la preuve,
c'est que c'est un sujet souvent trait dans les romans.

Chevalier (_op. cit._) indique, dans la littrature franaise (outre
les romans de Balzac qui, dans la _Passion au dsert_, traite de
la bestialit, et dans _Sarrasine_, de l'amour d'une femme pour
un eunuque); Diderot, _La Religieuse_ (roman d'une femme adonne 
l'amour lesbien); Balzac, _La Fille aux yeux d'or_ (_Amor lesbiens_);
Th. Gautier, _Mademoiselle de Maupin_; Feydeau, _La comtesse de
Chalis_; Flaubert, _Salammb_, etc.

Il faut aussi faire mention de _Mademoiselle Giraud ma femme_, de
Belot.

Ce qui est intressant, c'est que les hrones de ces romans
(lesbiens) se montrent avec le caractre et dans le rle d'un homme
vis--vis de la personne de leur propre sexe qu'elles aiment, et que
leur amour est trs ardent. La base nvropathique de cette perversion
sexuelle n'a pas chapp non plus  l'attention de ces romanciers.
Dans la littrature allemande, ce sujet a t trait par Wilbrandt
dans _Fridolins heimliche Ehe_ et par le comte Emeric Stadion dans
_Brick and Brack oder Licht im Schatten_. Le plus ancien roman
uraniste est probablement celui de Ptrone, publi  Rome  l'poque
des Csars, sous le titre de _Satyricon_.]

D'aprs les tudes de Casper, de Tardieu, ainsi que d'aprs les
miennes, cette anomalie est probablement plus frquente que ne le fait
supposer le nombre minime des cas observs.

Ulrichs (_Kritische Pfeile_, 1880, p. 2) prtend qu'en moyenne, pour
200 hommes adultes htrosexuels, il y a un adulte inverti, un sur
800, et que cette proportion est encore plus grande parmi les Magyares
et les Slaves du Sud, affirmations sur lesquelles nous n'insistons
pas.

Un des sujets de mes observations personnelles connat
personnellement, dans la commune o il est n (localit de 1,300
habitants), 14 uranistes. Il affirme en connatre au moins 80 dans une
ville de 60,000 habitants. Il est  supposer que cet homme, d'ailleurs
digne de foi, ne fait pas de diffrence entre l'homosexualit
congnitale et acquise.


1. HERMAPHRODISME PSYCHIQUE[92].

[Note 92: Comparez l'article de l'auteur: _Ueber psychosexuales
Zwitterthum_ dans l'_Internat. Centrablatt f. d. Physiologie und
Pathologie der Harn und Sexualorgane_, t. I, f. 2.]

Ce degr de l'inversion est caractris par le fait que, outre un
sentiment et un penchant sexuel prononc pour les individus de son
propre sexe, il y a encore un penchant pour l'autre sexe, mais que ce
dernier est beaucoup plus faible que le premier, et ne se manifeste
qu'pisodiquement, tandis que le sentiment homosexuel tient le premier
rang et se manifeste, au point de vue de sa dure, de sa continuit et
de son intensit, comme l'instinct dominant dans la vie sexuelle.

Le sentiment htrosexuel peut exister  l'tat rudimentaire,
ventuellement ne se manifester que dans la vie inconsciente (les
rves) ou clater vivement au jour (du moins pisodiquement).

Les sentiments sexuels pour l'autre sexe peuvent tre consolids et
renforcs par la force de la volont, la discipline de soi-mme,
par le traitement moral, par l'hypnotisme, par l'amlioration de la
constitution physique, par la gurison des nvroses (neurasthnie), et
avant tout par l'abstention de la masturbation.

Mais il y a toujours danger de cder compltement  l'influence des
sentiments homosexuels, ces derniers ayant une base plus forte, et
d'arriver ainsi  l'inversion sexuelle exclusive et permanente.

Ce danger peut natre surtout sous l'influence de la masturbation
(ainsi que c'est le cas dans l'inversion acquise), de la neurasthnie
ou de son aggravation, consquence de la masturbation, puis, par suite
de mauvaises tentatives de rapports sexuels avec des personnes de
l'autre sexe (manque de sensation voluptueuse pendant le cot,
chec dans le cot par faiblesse d'rection, jaculation prcoce,
infection).

D'autre part, le got esthtique et thique pour des personnes
de l'autre sexe peut favoriser le dveloppement des sentiments
htrosexuels.

C'est ainsi qu'il est possible que l'individu, selon la prdominance
des influences favorables ou dfavorables, prouve tantt un sentiment
htrosexuel, tantt un sentiment homosexuel.

Il me parat fort probable que ces hermaphrodites tars ne sont pas
trs rares[93].

[Note 93: Cette supposition est corrobore par un renseignement
que M. le docteur Moll, de Berlin, a eu la bont de me transmettre et
qui concerne un uraniste clibataire. Celui-ci a pu citer une srie
de cas, parmi des gens de sa connaissance, d'hommes maris qui
entretenaient en mme temps une liaison avec un homme.]

Comme, dans la vie sociale, il n'attire que peu ou pas du tout
l'attention, et que ces secrets de la vie conjugale ne parviennent
qu'exceptionnellement  la connaissance du mdecin, on s'explique
facilement que cet intressant groupe intermdiaire de l'inversion
sexuelle, groupe trs important au point de vue pratique, ait
jusqu'ici chapp  l'exploration scientifique.

Bien des cas de _frigiditas uxoris_ et _mariti_ reposent probablement
sur cette anomalie. Les rapports sexuels avec l'autre sexe sont
possibles. Dans tous les cas, dans ce degr d'inversion, il n'y a pas
d'_horror sexus alterius_. Un terrain bien favorable s'offre l  la
thrapie mdicale et surtout morale.

Le diagnostic diffrentiel de l'inversion acquise peut tre difficile;
car, tant que l'inversion n'a pas fait disparatre tous les restes de
l'ancien sentiment gnital normal, le _status prsens_ donnera le mme
rsultat.

Dans l'tat du premier degr, la satisfaction des penchants
homosexuels se fait par l'onanisme passif et mutuel, _coitus inter
femora_.

    OBSERVATION 106 (_Hermaphrodisme psychique chez une
    dame_).--Mme M..., quarante-quatre ans, est un exemple vivant
    du ce fait que, dans un tre, soit masculin, soit fminin, des
    tendances d'inversion sexuelle peuvent subsister avec une vie
    sexuelle normale.

    Le pre de cette dame tait trs musicien, dou d'un grand
    talent d'artiste, viveur, grand admirateur de l'autre sexe, et
    d'une rare beaut. Il est mort de dmence, dans une maison de
    sant, aprs avoir eu plusieurs accs d'apoplexie. Le frre du
    pre tait nvro-psychopathe; ce fut un enfant lunatique; de
    tout temps il fut atteint d'hyperesthsie sexuelle. Quoique
    mari et pre de plusieurs fils maris, il voulait enlever
    Mme M..., sa nice, qui avait dix-huit ans et dont il tait
    amoureux fou. Le pre du pre tait trs excentrique; artiste
    remarquable, tout d'abord il tudia la thologie, mais,  la
    suite d'une ardente vocation pour l'art dramatique, il devint
    acteur et chanteur. Il fit des excs _in Baccho_ et _Venere_;
    prodigue, aimant le luxe, il mourut  l'ge de quarante-neuf
    ans d'apoplexie crbrale. Les parents de la mre sont morts
    de tuberculose pulmonaire.

    Mme M... avait onze frres et soeurs, dont six seulement
    sont rests vivants. Deux frres, tenant au physique de la
    mre, sont morts de tuberculose, l'un  l'ge de seize ans,
    l'autre  l'ge de vingt ans. Un frre est atteint de phtisie
    du larynx. Les quatre soeurs qui sont vivantes, ainsi
    que Mme M..., tiennent du physique du pre; l'ane est
    clibataire, trs nerveuse, et fuit la socit. Deux soeurs
    plus jeunes sont maries, bien portantes, et ont des enfants
    sains. Une autre est _virgo_ et souffre des nerfs.

    Mme M... a quatre enfants, dont plusieurs sont trs dlicats
    et nvropathes.

    Sur son enfance la malade ne sait rien d'important  nous
    dire. Elle apprenait facilement, avait des dons pour la posie
    et l'esthtique, passait pour tre un peu exalte, aimait la
    lecture des romans, les choses sentimentales; elle tait de
    constitution nvropathique, trs sensible aux fluctuations
    de la temprature, et attrapait au moindre courant d'air un
    _cutis anserina_ trs dsagrable. Il est encore  noter
    que la malade,  l'ge de dix ans, eut l'ide que sa mre ne
    l'aimait pas, trempa un jour des allumettes dans du caf, le
    but afin de devenir bien malade et de provoquer par ce moyen
    l'affection de sa mre.

    Le dveloppement s'opra sans difficult ds l'ge de onze
    ans. Depuis, les menstrues sont rgulires. Dj, avant
    l'poque du dveloppement de la pubert, la vie sexuelle
    commena  se faire sentir; d'aprs les dclarations de
    la malade elle-mme, ses impulsions sexuelles furent trop
    puissantes pendant toute sa vie. Ses premiers sentiments,
    ses premires impulsions taient franchement homosexuels.
    La malade conut une affection passionne, mais tout  fait
    platonique, pour une jeune dame; elle lui ddiait des sonnets
    et des posies qu'elle composait; c'tait pour elle un bonheur
    suprme quand elle pouvait admirer au bain ou pendant la
    toilette les charmes blouissants de l'adore ou bien
    dvorer des yeux la nuque, les paules, et les seins de la
    belle. L'impulsion violente de toucher ces charmes physiques
    fut toujours combattue et refoule. tant jeune fille, elle
    devint amoureuse des Madones peintes par Raphal et Guido
    Reni. Elle avait l'obsession de suivre pendant des heures
    entires les belles filles et les belles femmes dans les
    rues, quel que ft le temps, en admirant leur maintien et en
    guettant le moment de leur tre agrable, de leur offrir un
    bouquet, etc. La malade m'a affirm que, jusqu' l'ge
    de dix-neuf ans, elle n'eut absolument aucune ide de la
    diffrence des sexes; car elle avait reu d'une tante,
    une vieille vierge trs prude, une ducation tout  fait
    claustrale. Par suite de cette ignorance, la malade fut la
    victime d'un homme qui l'aimait passionnment et qui l'avait
    dcide  faire le cot. Elle devint l'pouse de cet homme,
    mit au monde un enfant, mena avec lui une vie sexuelle
    excentrique, et se sentit compltement satisfaite par les
    rapports conjugaux. Peu d'annes aprs, elle devint veuve.
    Depuis, les femmes sont redevenues l'objet de son affection;
    en premire ligne, dit la malade, par peur des suites que
    pourraient avoir des rapports avec un homme.

     l'ge de vingt-sept ans, elle conclut un second mariage avec
    un homme maladif et pour lequel elle n'avait pas d'affection.
    La malade a accouch trois fois, a rempli ses devoirs
    maternels; elle dprit au physique et prouva dans les
    dernires annes de sa vie matrimoniale un dplaisir croissant
     faire le cot, bien qu'il y et toujours en elle un violent
    dsir de satisfaction sexuelle. Le dplaisir  faire le cot a
    t en partie occasionn par l'ide de la maladie de son mari.

    Trois ans aprs la mort de son second mari, la malade
    dcouvrit que sa fille du premier mariage, ge de neuf ans,
    se livrait  la masturbation et en dprissait. Elle consulta
    le Dictionnaire Encyclopdique sur ce vice, ne put rsister 
    l'impulsion de l'essayer et devint elle aussi onaniste. Elle
    ne peut se dcider  faire une confession complte sur cette
    priode de sa vie. Elle affirme avoir t en proie  une
    terrible excitation sexuelle et avoir plac hors de la maison
    ses deux filles pour les prserver d'un sort terrible,
    tandis qu'elle ne voyait aucun inconvnient  garder avec elle
    ses deux garons.

    La malade devint neurasthnique _ex masturbatione_
    (irritation spinale, congestion  la tte, faiblesse, embarras
    intellectuel, etc.), parfois mme dysthymique avec un _tdium
    vit_ trs pnible.

    Son sens sexuel la poussait tantt vers la femme, tantt vers
    l'homme. Elle savait se dompter, souffrait beaucoup de
    son abstinence, d'autant plus que,  cause de ses malaises
    neurasthniques, elle n'essayait de se soulager par la
    masturbation que dans les cas extrmes.  l'heure qu'il est,
    cette femme, qui a dj quarante-quatre ans, mais qui a
    encore ses menstruations rgulirement, souffre beaucoup de la
    passion qu'elle a conue pour un jeune homme dont elle ne peut
    pas viter le voisinage pour des raisons professionnelles.

    La malade, dans son extrieur, ne prsente rien
    d'extraordinaire: elle est gracieusement btie, d'une
    musculature faible. Le bassin est tout  fait fminin, mais
    les bras et les jambes sont tonnamment grands et d'une
    conformation masculine trs prononce. Comme aucune chaussure
    fminine ne va  son pied et qu'elle ne veut pas pourtant se
    faire remarquer, elle serre ses pieds dans des bottines
    de femme, de sorte qu'ils en ont t dforms. Les parties
    gnitales sont dveloppes d'une faon tout  fait normale, et
    sans changements, sauf un _descensus uteri_ avec hypertrophie
    de la portion vaginale. Dans un examen plus approfondi la
    malade se dclare essentiellement homosexuelle; le penchant
    pour l'autre sexe, dit-elle, n'est chez elle qu'pisodique et
    quelque chose de grossirement sensuel. Il est vrai qu'elle
    souffre actuellement beaucoup de son penchant sexuel pour
    ce jeune homme de son entourage, mais elle estime, comme un
    plaisir plus noble et plus lev, de pouvoir poser un baiser
    sur la joue tendre et ronde d'une jeune fille. Ce plaisir se
    prsente souvent, car elle est trs aime parmi ces gentilles
    cratures, comme une tante complaisante, puisqu'elle leur
    rend sans se dcourager les services les plus chevaleresques
    et se sent alors toujours tre un homme.

    OBSERVATION 107 (_Inversion sexuelle, avec satisfaction par
    rapports htro-sexuels_).--M. Z..., trente-six ans, rentier,
    m'a consult pour une anomalie de ses sentiments sexuels,
    anomalie qui lui fait paratre comme trs risque la
    conclusion d'un mariage projet. Le malade est n d'un pre
    nvropathe qui a, la nuit, des rveils subits avec angoisse.
    Son grand-pre tait aussi nvropathe. Un frre de son pre
    est idiot. La mre du malade et sa famille taient bien
    portantes, avec un tat mental normal.

    Trois soeurs et un frre, ce dernier atteint de folie
    morale. Deux soeurs sont bien portantes et vivent heureuses
    en mnage.

    tant enfant, le malade tait nerveux, souffrait comme son
    pre de soubresauts nocturnes, mais n'a jamais t atteint de
    maladies graves, sauf une coxalgie  la suite de laquelle il
    est rest boiteux.

    Les impulsions sexuelles se sont veilles chez lui trs tt.
     l'ge de huit ans, et sans y tre incit par quelqu'un, il a
    commenc  se masturber.  partir de l'ge de quatorze ans,
    il a jacul du sperme. Au point de vue intellectuel, il tait
    bien dou; il s'intressait aux arts et  la littrature. De
    tout temps il fut d'une faible musculature, et ne prit jamais
    de plaisir aux jeux des garons, ni plus tard aux occupations
    des hommes. Il portait un certain intrt aux toilettes
    fminines, aux attifements et aux occupations de la femme. Ds
    l'ge de pubert, le malade s'est aperu de son affection pour
    les individus du sexe masculin. C'taient surtout les jeunes
    gars de la classe populaire qui lui taient sympathiques. Les
    cavaliers avaient pour lui un attrait particulier. _Impetu
    libidonoso spe affectus est ad tales homines aversos se
    premere. Quodsi in turba populi, si occasio fuerit bene
    successit, voluptate erat perfusus; ab vigesimo secundo anno
    interdum talis occasionibus semen ejaculavit. Ab hoc tempore
    idem factum est si quis, qui ipsi placuit, manum ad femora
    posuerat. Ab hinc metuit ne viris manum adferret. Maxime
    pericolusus sibi homines plebeios fuscis et adstrictis bracis
    indutos esse putat. Summum gaudium ei esset si viros tales
    amplecti et ad se trahere sibi concessum esset; sed patri
    mores hoc fieri velant. Pderastia ei displacet; magnam
    voluptatem genitalium virorum adspectus ei affert. Virorum
    occurentium genitalia adspici semper coactus est._

    Au thtre, au cirque, etc., c'taient les artistes masculins
    qui seuls l'intressaient. Le malade prtend n'avoir jamais
    remarqu chez lui un penchant pour les femmes. Il ne les
    vite pas;  l'occasion, il danse mme avec elles, mais, en le
    faisant, il ne ressent pas la moindre motion sexuelle.

     l'ge de vingt-huit ans, le malade tait dj
    neurasthnique, peut-tre bien  la suite de ses excs de
    masturbation.

    Ensuite ce furent de frquentes pollutions pendant le sommeil,
    pollutions qui l'affaiblissaient. Dans ces pollutions il ne
    rvait que trs rarement des hommes, et jamais des femmes. Une
    fois la pollution fut provoque par un rve lascif dans lequel
    il commettait un acte de pdrastie. Sauf ce cas, ses rves de
    pollutions lui reprsentaient des scnes de mort, des attaques
    par des chiens, etc. Le malade continuait de souffrir du plus
    violent _libido sexualis_. Souvent il lui venait des ides
    voluptueuses d'aller se rjouir  l'abattoir  la vue des
    btes en agonie ou de se laisser battre par des garons; mais
    il rsistait  ce dsir de mme qu' l'impulsion de mettre un
    uniforme militaire.

    Pour se dbarrasser de son habitude de la masturbation et pour
    satisfaire son _libido nimia_, il se dcida  faire une visite
    au lupanar. Il tenta un premier essai de satisfaction sexuelle
    avec une femme,  l'ge de vingt et un ans, un jour qu'il
    avait fait force libations bachiques. La beaut du corps de la
    femme, de mme que toute nudit fminine, lui tait  peu prs
    indiffrente. Mais il tait capable de pratiquer le cot avec
    plaisir, et il frquenta dornavant rgulirement le lupanar,
    pour raisons de sant, comme il disait.

     partir de cette poque, il trouvait aussi un grand plaisir
     se faire raconter par des hommes leurs rapports sexuels avec
    des femmes.

    Au lupanar, des ides de flagellation lui viennent trs
    souvent, mais il n'a pas besoin de fixer ces images pour
    tre puissant. Il considre les rapports sexuels au lupanar
    seulement comme des expdients contre son penchant  la
    masturbation et  l'amour des hommes, comme une sorte de
    soupape de sret, afin de ne pas se compromettre un jour
    devant un homme sympathique.

    Le malade voudrait se marier, mais il craint de ne pas avoir
    d'amour et, par consquent, de n'tre pas puissant devant une
    honnte femme. Voil pourquoi il a des scrupules et pourquoi
    il consulte un mdecin.

    Le malade est un personnage trs cultiv et d'un extrieur
    tout  fait viril. Il ne prsente rien d'trange ni dans sa
    mise, ni dans son attitude. Sa dmarche et sa voix ont un
    caractre tout  fait viril, de mme que son squelette et son
    bassin. Ses parties gnitales sont normalement dveloppes.
    Elles sont trs poilues, de mme que la figure. Personne dans
    l'entourage, ni dans les connaissances du malade, ne se doute
    de son anomalie sexuelle. Dans ses fantaisies d'inversion
    sexuelle, dit-il, il ne s'est jamais senti dans le rle de la
    femme vis--vis de l'homme. Depuis quelques annes, le
    malade est rest presque tout  fait exempt de malaises
    neurasthniques.

    Il ne saurait dire s'il se considre comme inverti congnital.
    Il semble que son faible penchant _ab origine_ pour la femme,
     ct de son penchant trs fort pour l'homme, a t
    affaibli encore par une masturbation prcoce, et au profit de
    l'inversion sexuelle, mais sans avoir t compltement rduit
     zro. Avec la cessation de la masturbation le sentiment pour
    le sexe fminin a augment quelque peu, mais seulement dans le
    sens d'une sensualit grossire.

    Comme le malade dclarait tre oblig de se marier pour des
    raisons de famille et d'affaires, on ne pouvait luder au
    point de vue mdical cette question dlicate.

    Heureusement le malade se bornait  la question de savoir s'il
    serait puissant comme mari. On dut lui rpondre qu'en ralit
    il tait puissant et qu'il le serait selon toutes prvisions
    avec une femme de son choix, dans le cas o elle lui serait au
    moins intellectuellement sympathique.

    D'ailleurs, en ayant recours  son imagination, il pourrait
    toujours amliorer sa puissance.

    La principale chose consisterait  renforcer ses penchants
    sexuels pour les femmes, penchants qui n'ont t qu'arrts
    dans leur dveloppement, mais qui ne lui manquent pas
    absolument. Il pourrait atteindre ce but en cartant et en
    refoulant tout sentiment, toute impulsion homosexuelle, mme
    avec le concours des influences artificielles et inhibitives
    de la suggestion hypnotique (suggestion contre les sentiments
    homosexuels), ensuite en s'incitant avec effort aux
    sentiments sexuels normaux, par l'abstinence complte de toute
    masturbation, et en faisant disparatre les derniers vestiges
    de l'tat neurasthnique du systme nerveux par l'emploi
    de l'hydrothrapie et, ventuellement, de la faradisation
    gnrale.

Je dois  un collgue, g de trente ans, l'autobiographie suivante
qui,  d'autres points de vue encore, mrite toute attention.

    OBSERVATION 108 (_Hermaphrodisme psychique; Inversion
    avorte_).--Mon ascendance est assez lourdement charge.
    Mon grand-pre du ct paternel tait un viveur gai et un
    spculateur; mon pre, un homme de caractre intgre, mais
    qui, depuis trente ans, est atteint de folie circulaire, sans
    tre srieusement empch de vaquer  ses affaires. Ma mre
    souffre, comme son pre, d'accs stnocardiaques. Le pre
    de ma mre et le frre de ma mre auraient t des sexuels
    hyperesthsiques. Ma soeur unique, qui est de neuf ans plus
    ge que moi, fut atteinte deux fois d'accs clamptiques;
    elle tait,  l'ge de la pubert, exalte au point de vue
    religieux et probablement aussi hyperesthsique au point de
    vue sexuel. Pendant des annes, elle eut  combattre une
    grave nvrose hystrique; mais maintenant elle est trs bien
    portante.

    Comme fils unique, venu tardivement au monde, je fus le chri
    de ma mre, et je dois  ses soins infatigables d'tre, 
    l'ge de jeune homme, bien portant, aprs avoir endur,
    enfant et petit garon, toutes sortes de maladies infantiles
    (hydrocphalie, rougeole, croup, variole;  l'ge de dix-huit
    ans, catarrhe intestinal chronique pendant un an). Ma mre,
    qui avait des principes religieux trs rigoureux, m'a lev
    dans ce sens, sans me gter, et elle m'a toujours inculqu
    comme principe suprme de morale un sentiment de devoir
    inflexible qui a t dvelopp jusqu' la rigidit par un
    matre d'cole que je considre encore aujourd'hui comme mon
    ami. Comme, par suite de mon tat maladif, j'ai pass la plus
    grande partie de mon enfance dans le lit, j'en fus rduit
     des occupations tranquilles et notamment  la lecture. De
    cette manire, je suis devenu un garon prcoce, mais non
    blas. Dj,  l'ge de huit  neuf ans, les passages des
    livres qui m'intressaient le plus taient ceux o il tait
    question de blessures et d'oprations chirurgicales que de
    belles filles ou des femmes avaient d subir. Entre autres, un
    rcit o il est racont comment une jeune fille s'enfona une
    pine dans le pied, et comment cette pine lui fut retire par
    un garon, me mit dans une excitation trs violente; de plus,
    j'avais une rection toutes les fois que je regardais la
    gravure reprsentant cette scne, qui cependant n'avait rien
    de lascif. Autant qu'il m'tait possible, j'allais voir
    tuer des poulets, et, quand j'avais manqu ce spectacle, je
    regardais avec un frisson voluptueux les taches de sang, je
    caressais le corps de l'animal encore tout chaud. Je dois
    faire remarquer ici que, de tout temps, je fus un grand
    amateur de btes, et que l'abatage de plus grands animaux,
    mme la vivisection des grenouilles, m'inspiraient du dgot
    et de la piti.

    Aujourd'hui encore, l'gorgement des poulets a pour moi un
    grand charme sexuel, surtout quand on les trangle; j'prouve
    des battements de coeur et une oppression prcordiale. Fait
    intressant, mon pre avait la passion de ligotter les deux
    mains  des filles ou  des jeunes femmes.

    Je crois qu'une autre de mes anomalies sexuelles doit encore
    tre rattache  cette fibre cruelle de mon caractre. Ainsi
    que je le raconterai plus loin, un de mes jeux favoris tait
    un thtre de poupes que j'improvisais et o j'indiquais le
    sujet aux excutants. Il y avait dans la pice une jeune
    fille qui, sur l'ordre svre de son pre--c'tait toujours
    moi,--devait se soumettre  une opration douloureuse du
    pied excute par le mdecin. Plus la poupe pleurait et se
    dsolait, plus ma satisfaction tait grande. Pourquoi
    ai-je toujours dsign le pied comme lieu de l'opration
    chirurgicale? Cela s'explique par le fait suivant. tant petit
    garon, j'arrivai par hasard au moment o ma soeur ane
    changeait de bas. En la voyant vite cacher ses pieds, mon
    attention fut veille, et bientt la vue de ses pieds nus
    jusqu'aux chevilles devint l'idal de mes dsirs.

    Bien entendu, cela fit que ma soeur redoubla de prcautions;
    et c'est ainsi qu'il s'engagea une lutte continuelle o
    j'employais toutes les armes: la ruse, la flatterie et les
    explosions de colre, et que je soutins jusqu' l'ge de
    dix-sept ans. Pour le reste, ma soeur m'tait indiffrente;
    les baisers qu'elle me donnait m'taient mme dsagrables.
    Faute de mieux, je me contentais des pieds de nos bonnes; mais
    les pieds masculins me laissaient froid. Mon plus vif dsir
    aurait t de pouvoir couper les ongles ou, _sit venia verbo_,
    les oeils-de-perdrix d'un beau pied de femme. Mes rves
    rotiques tournaient toujours autour de ce sujet; ce qui plus
    est, je ne me suis consacr  l'tude de la mdecine que dans
    l'espoir d'avoir l'occasion de satisfaire mon penchant ou
    de m'en gurir. Dieu merci! c'est ce dernier moyen qui m'a
    russi. Quand j'eus fait ma premire dissection des extrmits
    infrieures de la femme, le charme funeste tait rompu; je dis
    funeste, car en moi-mme je rougissais de ces penchants.
    Je crois pouvoir omettre d'autres dtails sur cette passion
    trange qui m'a mme enthousiasm jusqu' faire des posies,
    et qui a t dj dcrite souvent en d'autres endroits.

    Passons  la dernire page de mes aberrations sexuelles.

    J'avais environ treize ans et commenais  changer de voix,
    lorsqu'un camarade d'cole, qui tait incidemment chez nous
    comme hte, m'agaa un soir en me poussant avec son pied
    nu qu'il sortait de la couverture. J'attrapai son pied, et
    aussitt je fus pris d'une excitation trs violente qui fut
    suivie d'une pollution, la premire que j'eus. Le garon avait
    une structure de fille  s'y mprendre, et ses dispositions
    intellectuelles taient conformes  cette particularit de
    son corps. Un autre camarade, qui avait des pieds et des mains
    trs petits et trs dlicats et que je vis un jour au bain,
    me causa une trs violente excitation. Je considrais comme
    un trs grand bonheur de pouvoir coucher avec l'un ou avec
    l'autre dans le mme lit, mais je n'ai nullement pens  un
    rapport sexuel plus intime et qui aurait dpass une simple
    accolade. D'ailleurs, je repoussais avec horreur de pareilles
    ides.

    Quelques annes plus tard,  l'ge de seize  dix-huit ans,
    je fis la connaissance de deux autres garons qui ont rveill
    mon sentiment sexuel. Quand je me colletais avec eux, j'avais
    immdiatement des rections. Tous les deux taient des garons
    nergiques, gais, d'une conformation dlicate, d'_habitus_
    enfantin. Lorsqu'ils atteignirent l'ge de pubert, aucun
    d'eux ne put plus m'inspirer un intrt profond, bien que
    j'eusse conserv pour tous les deux un intrt amical. Je ne
    me serais jamais laiss entraner  des pratiques d'impudicit
    avec eux.

    Quand je me suis fait inscrire  l'Universit, j'oubliai
    compltement ces phnomnes de mon _libido sexualis_; mais,
    par principe, je me suis abstenu jusqu' l'ge de vingt-quatre
    ans de tout rapport sexuel, malgr les railleries de mes
    collgues. Comme alors les pollutions devenaient trop
    frquentes, que j'avais  craindre de la sorte de contracter
    ventuellement une crbralasthnie _ex abstinentia_, je me
    jetai dans la vie sexuelle normale, et ce fut pour mon bien,
    malgr que j'en aie fait un assez grand usage.

    Si je suis presque impuissant en face des _puell public_,
    et si le corps nu de la femme me dgote plutt qu'il ne
    m'attire, cela tient probablement aux branches spciales de la
    mdecine que j'ai tudies pendant des annes.

    L'acte me satisfait toujours mieux quand je peux, en le
    faisant, fixer l'ide de la _vis_; mais, comme d'autre part,
    l'ide m'est insupportable que cette fille est satisfaite par
    d'autres que par moi, j'ai rsolu, depuis des annes, comme
    une ncessit pour l'quilibre de mon me, de me payer une
    femme entretenue et autant que possible une _virgo_, bien que
    ces sacrifices matriels me grvent lourdement. Autrement la
    jalousie la plus absurde me rendrait incapable de travailler.
    Je dois encore rappeler que,  l'ge de treize ans, je devins
    pour la premire fois amoureux, mais platoniquement, et depuis
    j'ai souvent soupir avec des langueurs de trouvre. Ce qui
    distingue mon cas de tous les autres, c'est que je ne me suis
    jamais masturb de ma vie.

    Il y a quelques semaines, je fus effray: pendant mon sommeil,
    j'avais rv de _pueris nudis_, et je m'tais veill avec une
    rection.

    Enfin, je vais entreprendre la tche toujours dlicate de vous
    dpeindre mon tat actuel. De taille moyenne, lgamment bti,
    crne dolichocphale de 59 centimtres de circonfrence,
    avec bosses frontales trs prominentes; regard un peu
    nvropathique, pupilles moyennes, mchoire trs dfectueuse.
    Musculature forte. Chevelure forte, blonde.  gauche,
    varicocle; le frein tait trop court, me gnait pendant
    le cot; je le coupai moi-mme, il y a trois ans. Depuis,
    l'jaculation est retarde, la sensation de volupt diminue.

    Temprament colreux, don d'assimilation rapide; bonnes
    facults pour combiner avec nergie; pour un hrditaire,
    je suis trs tenace; j'apprends facilement les langues
    trangres, j'ai l'oreille musicale, mais autrement pas de
    talents artistiques. Zl pour mes devoirs, mais toujours
    rempli du _tdium vit_, tendances au suicide auxquelles
    je n'ai rsist que par religion et par gard pour ma mre
    adore. Du reste, candidat typique au suicide. Ambitieux,
    jaloux, paralysophobe et gaucher. J'ai des ides socialistes.
    Chercheur d'aventures, car je suis trs brave; j'ai rsolu de
    ne me jamais marier.

    OBSERVATION 109 (_Hermaphrodisme psychique;
    autobiographie_).--Je suis n en 1868. Les familles de mes
    deux parents sont saines. Dans tous les cas, il n'y eut chez
    eux aucune maladie mentale. Mon pre tait commerant; il a
    maintenant soixante-cinq ans, est nerveux depuis des annes
    et trs enclin  la mlancolie. Avant son mariage, mon pre,
    dit-on, aurait t un vaillant viveur. Ma mre est bien
    portante, quoique pas trs forte. J'ai une soeur et un frre
    bien portants.

    Moi-mme je me suis dvelopp sexuellement de trs bonne
    heure;  l'ge de quatorze ans, j'avais tellement de
    pollutions que j'en fus effray. Je ne puis plus dire dans
    quelles circonstances ces pollutions se manifestaient ni par
    quel genre de rves elles taient provoques. Le fait est que,
    depuis des annes, je ne me sens attir sexuellement que vers
    les hommes et que, malgr toute mon nergie et malgr une
    lutte terrible, je ne puis pas vaincre ce penchant contre
    nature qui me rpugne tant. Dans les premires annes de ma
    vie, dit-on, j'aurais endur beaucoup de maladies graves, de
    sorte qu'on craignit pour ma vie. De l vient aussi que plus
    tard on m'a gt et trop choy. J'tais confin souvent  la
    chambre; j'aimais mieux jouer avec des poupes qu'avec des
    soldats; je prfrais en gnral les jeux tranquilles de la
    chambre aux jeux bruyants de la rue.  l'ge de dix ans, on
    me mit au lyce. Bien que je fusse trs paresseux, je comptai
    parmi les meilleurs lves, car j'apprenais avec une facilit
    extraordinaire, et j'tais le favori de mes professeurs.
    Depuis mon ge le plus tendre (sept ans), j'eus plaisir  tre
    avec les petites filles. Je me rappelle que, jusqu' l'ge de
    treize ans, j'entretenais avec elles des liaisons d'amour, que
    j'tais jaloux de ceux qui parlaient  l'objet de mon amour,
    que j'avais plaisir  regarder sous les jupons des amies de ma
    soeur et des bonnes, et que j'avais des rections quand je
    touchais le corps de mes petites camarades de jeux. Je ne puis
    pas me rappeler avec exactitude si,  cet ge prcoce,
    les garons avaient pour moi un aussi puissant attrait et
    m'motionnaient sexuellement. J'eus toujours beaucoup de
    plaisir  la lecture des pices de thtre: j'avais un thtre
    de poupes, je contrefaisais les artistes que je voyais au
    grand thtre et surtout, cherchant pour moi les rles de
    femmes, je me plaisais alors  m'affubler de vtements de
    femmes.

    Quand l'veil de ma vie sexuelle est devenu plus fort, le
    penchant pour les garons l'emporta. Je devins tout  fait
    amoureux de mes camarades; j'prouvais un sentiment voluptueux
    quand l'un d'eux, qui me plaisait, me touchait le corps.
    Je devins trs farouche, je refusais d'aller  la leon de
    gymnastique et de natation. Je croyais tre fait autrement que
    mes camarades, et j'tais gn quand je me dshabillais devant
    eux. J'avais plaisir  _adspicere mentulam commilitum meorum_,
    et j'avais des rections trs faciles. Je ne me suis masturb
    qu'une fois dans ma jeunesse. Un ami me raconta qu'on pouvait
    avoir du plaisir sans une femme; j'en essayai, mais je n'y
    prouvai aucune jouissance.  cette poque, le hasard me
    fit tomber entre les mains un livre qui prvenait contre les
    consquences funestes de l'onanisme. Je ne revins plus  mon
    premier essai.  l'ge de quatorze ou quinze ans, je fis la
    connaissance de deux garons un peu plus jeunes que moi, mais
    qui m'excitaient sexuellement  un trs haut degr. C'tait
    surtout de l'un d'eux que j'tais amoureux.  son approche,
    j'tais mu sexuellement; j'tais inquiet quand il n'tait pas
    l, jaloux de tous ceux qui lui parlaient et embarrass en sa
    prsence. Celui-ci ne se doutait pas du tout de mon tat. Je
    me sentais trs malheureux, je pleurais souvent et volontiers,
    car les pleurs me soulageaient. Pourtant je ne pouvais pas
    comprendre ce sentiment, et j'en sentais bien le caractre
    irrgulier. Ce qui me rendait particulirement malheureux
    alors, c'est que ma facult pour le travail sembla disparatre
    tout d'un coup. Moi qui autrefois apprenais avec la plus
    grande facilit, j'prouvai subitement la plus grande
    difficult: mes ides n'taient jamais  la question, mais
    vagabondaient. C'tait par le dploiement de toute mon nergie
    que j'arrivais  faire entrer quelque chose dans ma tte.
    J'tais oblig de rpter  haute voix ma leon afin de
    maintenir mon attention en veil. Ma mmoire, autrefois si
    bonne, me trahissait souvent. Je restais, malgr tout, un bon
    lve; je passe encore aujourd'hui pour un homme bien dou;
    mais j'ai une difficult terrible  me graver quelque chose
    dans la mmoire. J'employai alors toute mon nergie pour
    sortir de cet tat pitoyable. J'allais tous les jours faire de
    la gymnastique, de la natation et des promenades  cheval;
    je frquentais assidment la salle d'armes, et je trouvais
    beaucoup de plaisir  tous ces exercices. Aujourd'hui encore,
    je me sens trs  mon aise quand je suis  cheval, bien que je
    ne m'entende pas bien en fait d'quitation et que je n'aie pas
    un don particulier pour les exercices de corps. Les relations
    avec mes camarades me faisaient beaucoup de plaisir, je
    ne manquais  aucune beuverie; je fumais et j'tais trs
    populaire parmi eux. Je frquentais beaucoup les brasseries,
    j'aimais  m'amuser avec les filles de brasserie, sans
    cependant en tre sexuellement mu. Aux yeux de mes amis et de
    mes professeurs, je passais pour un homme dbauch, un grand
    coureur de femmes. Malheureusement, c'tait  tort.

     l'ge de dix-neuf ans, je devins lve de l'Universit. Je
    passai mon premier semestre  l'Universit de B... J'en ai
    gard jusqu' aujourd'hui un souvenir terrible. Mes besoins
    sexuels se faisaient sentir avec une violence extrme; je
    courais toute la nuit, surtout quand j'avais beaucoup bu, pour
    chercher des hommes. Heureusement je ne trouvais personne. Le
    lendemain d'une pareille promenade, j'tais toujours hors
    de moi-mme. Le deuxime semestre, je me fis inscrire 
    l'Universit de M...; ce fut l'poque la plus heureuse de ma
    vie. J'avais des amis gentils; fait curieux, je commenais 
    avoir du got pour les femmes, et j'en tais bien heureux. Je
    nouai une liaison d'amour avec une fille jeune mais dbauche,
    avec laquelle je passai bien des nuits cheveles; j'tais
    extraordinairement apte aux joutes amoureuses.

    Aprs le cot je me sentais dispos et aussi bien que possible.
    Outre cela, moi qui avais toujours t chaste, j'avais
    beaucoup de relations avec des femmes. Chez la femme, ce
    n'tait pas le corps qui me charmait, car je ne le trouvais
    jamais beau, mais un certain je ne sais quoi; bref, je
    connaissais les femmes et leur seul contact me donnait une
    rection. Cette joie et cet tat ne durrent pas longtemps; je
    commis la btise de prendre une chambre commune avec un ami.
    C'tait un jeune homme aimable, dou de talents et redout des
    femmes; ces qualits m'avaient vivement attir. En gnral,
    je n'aime que les hommes instruits, tandis que les hommes
    vigoureux mais sans ducation ne peuvent m'exciter vivement
    que pour un moment, sans jamais m'attacher. Bientt je devins
    amoureux de mon ami. Alors arriva la priode terrible qui a
    dtraqu ma sant. Je couchais dans la mme chambre que mon
    ami; j'tais oblig de le voir tous les jours se dshabiller
    devant moi; je dus rassembler toute mon nergie pour ne pas me
    trahir. J'en devins nerveux; je pleurais facilement, j'tais
    jaloux de tous ceux qui causaient avec lui. Je continuais
    toujours  avoir des rapports avec des femmes, mais ce n'tait
    que difficilement que je pouvais arriver  faire le cot, qui
    me dgotait ainsi que la femme.

    Les mmes femmes, qui autrefois m'excitaient le plus vivement,
    me laissaient froid. Je suivis mon ami  W... o il rencontra
    un ami d'autrefois avec lequel il prit une chambre commune. Je
    devins jaloux, malade d'amour et de nostalgie. En mme temps
    je repris mes rapports avec les femmes; mais ce n'est que
    rarement et avec beaucoup de peine que j'arrivais  accomplir
    le cot. Je devins terriblement dprim, et je fus prs de
    devenir fou. Du travail, il n'en tait plus question. Je
    menais une vie insense et fatigante; je dpensais des sommes
    normes; je jetais pour ainsi dire l'argent par les fentres.
    Un mois et demi plus tard je tombai malade, et on dut me
    transporter dans un tablissement d'hydrothrapie, o je
    passai plusieurs mois. L je me suis ressaisi; bientt je
    devins trs aim de la socit; car je puis tre trs gai
    et je trouve beaucoup de plaisir dans la socit des dames
    instruites. Pour la conversation, je prfre les dames maries
    aux jeunes demoiselles, mais je suis aussi trs gai dans la
    compagnie des messieurs,  la table de la brasserie et au jeu
    de quilles.

    Je rencontrai, dans l'tablissement hydrothrapique, un
    jeune homme de vingt-neuf ans qui videmment avait les mmes
    prdispositions que moi. Cet homme-l cherchait  se fourrer
    contre moi, voulait m'embrasser; mais cela me rpugnait
    beaucoup, bien qu'il m'excitt et que son contact me donnt
    des rections et mme de l'jaculation. Un soir cet homme me
    dcida  faire de la _masturbatio mutua_. Je passai ensuite
    une nuit terrible, sans sommeil; j'avais un dgot horrible de
    cette affaire et je pris la rsolution ferme de ne plus jamais
    pratiquer pareille chose avec un homme. Pendant des jours
    entiers, je ne pus me tranquilliser. Cela m'pouvantait
    que cet homme, malgr tout et en dpit de ma volont,
    pt m'exciter sexuellement; d'autre part, j'prouvais une
    satisfaction  voir qu'il tait amoureux de moi et que,
    videmment, il avait  traverser les mmes luttes que moi. Je
    sus le tenir  l'cart.

    Je me fis inscrire dans diverses Universits; je frquentai
    encore plusieurs tablissements hydrothrapiques, obtenant des
    gurisons momentanes, mais jamais durables. Je m'amourachai
    encore par-ci par-l d'un ami, mais jamais plus je n'eus une
    passion aussi violente que celle que j'eus pour l'ami de M...
    Je n'avais plus de rapports sexuels, ni avec des femmes, car
    j'en tais incapable, ni avec des hommes, car je n'en avais
    pas l'occasion, et je m'efforais de me dtourner d'eux. J'ai
    rencontr encore souvent l'ami de M...; nous sommes maintenant
    plus amis que jamais; sa vue ne m'excite plus, ce dont je suis
    bien aise. Il en est toujours ainsi; quand j'ai perdu de
    vue pour quelque temps une personne qui m'avait excit
    sexuellement, l'influence sexuelle disparat.

    J'ai pass mes examens brillamment. Pendant la dernire anne,
    avant mes examens, j'ai commenc  pratiquer l'onanisme,
    c'est--dire  l'ge de vingt-trois ans, ne pouvant satisfaire
    autrement mon instinct gnital qui devenait trs gnant. Mais
    je ne me livrai  la masturbation que rarement, car, aprs
    l'acte, j'tais rempli de dgot et je passais une nuit
    blanche. Quand j'ai beaucoup bu, je perds toute mon nergie.
    Alors je cours des heures entires  la recherche des hommes
    et finis par en arriver  la masturbation pour me rveiller le
    lendemain la tte lourde, avec le dgot de moi-mme, et pour
    rester en proie  une profonde mlancolie les jours suivants.
    Tant que j'ai de l'empire sur moi, je cherche  combattre mon
    naturel avec toute l'nergie dont je dispose. C'est horrible
    de ne pouvoir entrer en relations tranquilles avec aucun de
    ses amis, et de tressaillir  la vue de tout soldat ou de tout
    garon boucher. C'est horrible, quand la nuit vient et que
    je guette  ma fentre si au mur d'en face, il n'y a pas
    quelqu'un qui pisse et me fournisse l'occasion de voir ses
    parties gnitales. Ils sont horribles ces rves, et surtout
    la conviction de l'immoralit, du caractre criminel de mes
    dsirs et de mes sentiments. J'ai de moi-mme un dgot qu'on
    ne peut gure dcrire. Je considre mon tat comme morbide. Je
    ne peux pas le prendre pour congnital, je crois plutt que ce
    penchant m'a t inculqu  la suite d'une ducation manque.
    Ma maladie me rend goste et dur pour les autres; elle
    touffe chez moi toute bonhomie et tout gard pour ma famille.
    Je suis capricieux, souvent excit jusqu' la folie, souvent
    triste; de sorte que je ne sais pas comment me sortir
    d'embarras; alors j'ai les pleurs faciles. Et pourtant j'ai un
    dgot pour les rapports sexuels avec les hommes. Un soir que
    je revenais du cabaret, ivre et excit, et que j'avais perdu 
    demi conscience, l'me pleine de _libido_, je me promenai dans
    un square public; je rencontrai un jeune homme qui me dcida 
    faire un acte de masturbation mutuelle. Bien qu'il m'excitt,
    je fus aprs l'acte tout  fait hors de moi. Aujourd'hui
    mme, quand je passe devant ce square, je suis pris de dgot;
    rcemment encore, comme j'y passais  cheval, je tombai sans
    aucune raison de ma monture docile, tellement le souvenir de
    cette vilenie m'avait rvolt.

    J'aime les enfants, la famille et la socit, et je suis,
    grce  ma position sociale, en tat de fonder et de diriger
    un mnage. Je dois renoncer  tout cela, et pourtant je ne
    peux pas renoncer  l'espoir de gurir. Ainsi, je suis balanc
    entre la joie de l'esprance et un dsespoir terrible; je
    nglige mon mtier et ma famille. Je ne dsire mme pas
    arriver  me marier et fonder une famille. Je serais content
    si je pouvais dompter cet horrible penchant pour le sexe
    masculin, si je pouvais communiquer tranquillement avec mes
    amis et reprendre l'estime de moi-mme.

    Personne ne peut se faire une ide de mon tat; je passe
    pour un vert galant et je cherche  me maintenir cette
    rputation. J'essaie souvent de nouer des liaisons avec des
    filles, car l'occasion se prsente souvent. J'en ai dj connu
    plus d'une qui m'aimait et qui m'aurait sacrifi son honneur;
    mais je ne puis lui offrir de l'amour, je ne puis rien lui
    donner sexuellement. Je pourrais bien aimer un homme; je ne
    suis excit que par des hommes trs jeunes, des jouvenceaux de
    dix-sept  vingt-cinq ans, qui ne portent pas de favoris ou,
    ce qui est mieux encore, qui ne portent pas de barbe du
    tout. Je ne puis aimer que ceux qui sont trs instruits,
    convenables, et de manires aimables. Moi-mme je suis de
    petite taille, trs vaniteux, trs tourdi, trs exalt
    aussi; je me laisse facilement guider par des personnes qui
    me plaisent et que je cherche  imiter en tout, mais je suis
    aussi trs susceptible et facile  froisser. J'attache une
    trs grande valeur aux apparences; j'aime les beaux meubles
    et les beaux vtements, et je m'en laisse imposer par des
    manires aristocratiques et une mise lgante. Je suis
    malheureux de ce que mon tat neurasthnique m'empche
    d'tudier et de cultiver tout ce que je voudrais.

    J'ai fait la connaissance d'un malade pendant l'automne
    dernier. Il n'a pas de stigmates de dgnrescence; il est
    d'un habitus tout  fait viril, bien que d'une constitution
    dlicate et frle. Les parties gnitales sont normales.
    L'extrieur, distingu, n'a rien d'trange. Il maudit sa
    perversion sexuelle dont il voudrait se dbarrasser  tout
    prix. Malgr tous les efforts du mdecin ainsi que du
    malade, on n'a pu obtenir qu'un degr d'hypnose trs lger et
    insuffisant pour un traitement par suggestion.

    OBSERVATION 110 (_Hermaphrodisme psychique; ftichisme de la
    bouche_).--J'ai trente et un ans; je suis employ dans une
    fabrique. Mes parents sont bien portants et n'ont rien de
    maladif. On dit que mon grand-pre paternel a souffert du
    cerveau; ma grand'mre maternelle est morte mlancolique;
    un cousin de ma mre tait un alcoolique; plusieurs autres
    parents proches sont anormaux au point de vue psychique.

    J'avais quatre ans lorsque mon instinct gnital commena 
    s'veiller. Un homme de vingt et quelques annes, qui jouait
    avec nous autres enfants et qui nous prenait sur ses bras, me
    donna l'envie de l'enlacer et de l'embrasser violemment. Ce
    penchant  embrasser sensuellement sur la bouche est trs
    caractristique dans mon tat, car cette manire d'embrasser
    est chez moi le charme principal de ma satisfaction sexuelle.

    J'ai prouv un mouvement analogue  l'ge de neuf ans. Un
    homme laid, mme sale,  barbe rousse, m'a donn cette envie
    d'embrasser.

    Alors se montra chez moi pour la premire fois, un symptme
    qu'on retrouve encore aujourd'hui: par moments les choses
    viles, mme les personnes en vtements sales et communes dans
    leurs manires, exercent un charme particulier sur mes sens.

    Au lyce je fus, de onze  quinze ans, passionnment amoureux
    d'un camarade. L aussi mon plus grand plaisir aurait t de
    l'enlacer de mes bras et de l'embrasser sur la bouche. Parfois
    j'tais pris pour lui d'une passion telle que je n'en ai
    jamais eu depuis de plus forte pour les personnes aimes.
    Mais, autant que je me rappelle, je n'eus des rections que
    vers l'ge de treize ans.

    Durant ces annes, je n'eus, comme je viens de le dire, que
    l'envie d'enlacer de mes bras et d'embrasser sur la bouche;
    _cupiditas videndi vel tangendi aliorum genitalia mihi plane
    deerat_. J'tais un garon tout  fait naf et innocent,
    et j'ignorai, jusqu' l'ge de quinze ans, tout  fait la
    signification de l'rection; de plus, je n'osais pas mme
    embrasser l'aim, car je sentais que je faisais l un acte
    trange.

    Je n'prouvais pas le besoin de me masturber, et j'eus la
    chance du ne pas y avoir t entran par des camarades plus
    gs. En gnral, je ne me suis jamais masturb jusqu'ici;
    j'ai une certaine rpugnance pour cela.

     l'ge de quatorze  quinze ans, je fus pris de passion pour
    une srie de garons dont quelques-uns me plaisent encore
    aujourd'hui. Ainsi, je fus trs amoureux d'un garon auquel
    je n'ai jamais parl; pourtant, j'tais heureux rien qu'en le
    rencontrant dans la rue.

    Mes passions taient de nature sensuelle; cela ressort dj du
    fait que, rien qu'en pressant la main de l'individu aim et en
    le caressant, j'avais de violentes rections.

    Mais mon plus grand plaisir a t toujours _amplecti et os
    osculari_; je ne demandais jamais autre chose.

    J'ignorais que le sentiment que j'prouvais tait de l'amour
    sexuel, seulement je me disais qu'il tait impossible que
    j'prouve seul de pareilles dlices. Jusqu' l'ge de quinze
    ans, jamais femme ne m'avait excit; un soir que j'tais seul
    avec la bonne dans ma chambre, j'prouvai la mme envie que
    j'avais jusqu'ici pour les garons; je plaisantai d'abord avec
    elle, et quand je vis qu'elle se laissait faire volontiers, je
    la couvris de baisers; _voluptatem sensi tantam quantam nunc
    rarissime sentio. Alter alterius os osculati sumus et post X
    minutas pollutio evenit_. C'est ainsi que je me satisfaisais
    deux  trois fois par semaine: bientt je nouai une liaison
    analogue avec une de nos cuisinires et d'autres bonnes
    encore. _Ejuculatio semper evenit postquam X fere minutas nos
    osculati sumus._

    Entre temps, je pris des leons de danse: c'est alors que,
    pour la premire fois, je fus pris d'une demoiselle de bonne
    famille. Cet amour disparut bientt; j'aimai encore une autre
    jeune fille dont je n'ai jamais fait la connaissance, mais
    dont la vue exerait sur moi la mme force d'attraction que
    la vue des jeunes gens; j'prouvai pour elle plus que cette
    chaleur sensuelle que je sentais en d'autres occasions pour
    les filles. Mon penchant pour les filles tait,  cette
    poque, arriv  son point culminant: les filles me plaisaient
     peu prs autant que les garons. Je satisfaisais ma
    sensualit, ainsi que je l'ai dit plus haut, en embrassant la
    bonne, ce qui provoquait toujours une pollution. C'est ainsi
    que je passai ma vie, de l'ge de seize ans jusqu' dix-huit.
    Le dpart de nos bonnes me priva de l'occasion de satisfaire
    mes sens. Vint alors une priode de deux  trois ans, pendant
    laquelle j'ai d renoncer aux jouissances sexuelles; en
    gnral, les filles me plaisaient moins; devenu un peu plus
    grand, j'eus honte de me commettre avec des servantes. Il
    m'tait impossible de me procurer une matresse, car, malgr
    mon ge, j'tais rigoureusement surveill par mes parents;
    je ne frquentais que peu les jeunes gens, de sorte que je
    n'avais que trs peu d'esprit d'initiative.  mesure que le
    penchant pour les femmes diminuait, l'attrait pour les jeunes
    gens augmentait.

    Comme, depuis l'ge de seize ans, j'avais beaucoup de
    pollutions en rvant tantt de femmes, tantt d'hommes,
    pollutions qui m'affaiblissaient beaucoup et dprimaient
    compltement mon humeur, je voulus absolument essayer du cot
    normal.

    Cependant, des scrupules et l'ide que des filles publiques ne
    pourraient m'exciter, m'empchrent, jusqu' l'ge de vingt et
    un ans, d'aller au bordel. Je soutins, pendant deux ou
    trois ans, un combat quotidien (s'il y avait eu des bordels
    d'hommes, aucun scrupule n'aurait pu m'empcher d'y aller).
    Enfin, j'allai un jour au lupanar; je n'arrivai pas mme 
    l'rection, d'abord parce que la fille, bien que jeune et
    assez frache pour une prostitue, n'avait pas de charme pour
    moi, ensuite parce qu'elle ne voulut pas m'embrasser sur la
    bouche. Je fus trs dprim et je me crus impuissant.

    Trois semaines aprs, je visitai _aliam meretricem qu statim
    osculo erectionem effecit; erat robusto corpore, habuit crassa
    labia, multo libidinosior quam prior. Jam post tres minutas
    oscula sola in os data ejaculationem ante portam effecerunt._
    J'allai sept fois chez des prostitues, pour essayer d'arriver
    au cot.

    Parfois, je n'arrivais point  avoir d'rection, parce que la
    fille me laissait froid; d'autres fois, j'jaculais trop
    tt. En somme, les premires fois, j'eus quelque rpugnance
     _penem introducere_, et mme, aprs avoir russi  faire
    le cot normal, je n'y prouvai aucun charme. La satisfaction
    voluptueuse est produite par des baisers sur la bouche, c'est
    pour moi le plus important; le cot n'est que quelque
    chose d'accessoire qui doit servir  rendre plus troit
    l'enlacement. Le cot seul, quand mme la femme aurait pour
    moi les plus grands charmes, me serait indiffrent sans les
    baisers, et mme, dans la plupart des cas, l'rection cesse
    ou elle n'a pas lieu du tout quand la femme ne veut pas
    m'embrasser sur la bouche. Je ne peux pas embrasser n'importe
    quelles femmes, mais seulement celles dont la vue m'excite;
    une prostitue dont l'aspect me dplat ne peut me mettre en
    chaleur, malgr tous les baisers qu'elle pourrait me prodiguer
    et qui ne m'inspireraient que du dgot.

    Ainsi, depuis quatre ans, je frquente tous les dix  quinze
    jours le lupanar; ce n'est que rarement que je ne russis
    pas  coter, car je me suis tudi  fond, et je sais, en
    choisissant la _puella_, si elle m'excitera ou si elle me
    laissera froid. Il est vrai que, ces temps derniers, il m'est
    arriv de nouveau de croire qu'une femme m'exciterait et que
    pourtant aucune rection ne s'est produite. Cela se produisait
    surtout quand, les jours prcdents, j'avais d faire trop
    d'efforts pour touffer mon penchant pour les hommes.

    Dans les premiers temps de mes visites au lupanar, mes
    sensations voluptueuses taient trs minimes; je n'prouvais
    que rarement un vrai plaisir (comme autrefois par les
    baisers). Maintenant, au contraire, j'prouve, dans la plupart
    des cas, une forte sensation de volupt. Je trouve un charme
    particulier aux lupanars de basse espce; car, depuis ces
    temps derniers, c'est l'avilissement des femmes, l'entre
    obscure, la lueur blafarde des lanternes, en un mot tout
    l'entourage qui a pour moi un attrait particulier; la
    principale raison en est, probablement, que ma sensualit est
    inconsciemment stimule par le fait que ces endroits sont trs
    frquents par des militaires, et que cette circonstance revt
    pour ainsi dire la femme d'un certain charme.

    Quand je trouve alors une femme dont la figure m'excite, je
    suis capable d'prouver une trs grande volupt.

    En dehors des prostitues, mes dsirs peuvent encore tre
    excits surtout par des filles de paysans, des servantes, des
    filles du peuple et, en gnral, par celles qui sont habilles
    grossirement et pauvrement.

    Un fort coloris des joues, des lvres paisses, des formes
    robustes: voila ce qui me plat avant tout. Les dames et les
    demoiselles distingues me sont absolument indiffrentes.

    Mes pollutions ont lieu, la plupart du temps, sans me procurer
    aucune sensation de volupt; elles se produisent souvent quand
    je rve d'hommes, trs rarement ou presque jamais quand
    je rve de femmes. Ainsi qu'il ressort de cette dernire
    circonstance, mon penchant pour les jeunes hommes subsiste
    toujours, malgr la pratique rgulire du cot. Je peux mme
    dire qu'il a augment, et cela dans une mesure considrable.
    Quand, immdiatement aprs le cot, les filles n'ont plus de
    charme pour moi, le baiser d'une femme sympathique pourrait,
    au contraire, me mettre tout de suite en rection; c'est
    prcisment dans les premiers jours qui suivent le cot que
    les jeunes hommes me paraissent le plus dsirables.

    En somme, les rapports sexuels avec les femmes ne satisfont
    pas entirement mon besoin sensuel. Il y a des jours o j'ai
    des rections frquentes avec un dsir ardent d'avoir des
    jeunes gens; ensuite viennent des jours plus calmes, avec des
    moments d'une indiffrence complte  l'gard de toute femme
    et un penchant latent pour les hommes.

    Une trop grande accalmie sensuelle me rend pourtant triste,
    surtout quand ce calme suit des moments d'excitation
    supprime; ce n'est que lorsque la pense des jeunes gens
    aims me donne de nouvelles rections que je me sens de
    nouveau le moral relev. Le calme fait alors brusquement place
     une grande nervosit; je me sens dprim, j'ai parfois des
    maux de tte (surtout aprs avoir refoul les rections);
    cette nervosit va souvent jusqu' une agitation violente que
    je cherche alors  apaiser par le cot.

    Un changement essentiel dans ma vie sexuelle s'est opr
    l'anne passe, quand j'eus pour la premire fois l'occasion
    de goter  l'amour des hommes. Malgr le cot avec les
    femmes, qui me faisait plaisir--( vrai dire c'taient
    les baisers qui me faisaient plaisir et provoquaient
    l'jaculation),--mon penchant pour les jeunes gens ne me
    laissait pas tranquille. Je rsolus d'aller dans un lupanar
    frquent par beaucoup de militaires et de me payer un soldat
    en cas extrme. J'eus la chance de tomber bientt sur un
    individu qui pensait comme moi et qui, malgr la trs grande
    infriorit de sa position sociale, n'tait pas indigne de moi
    ni par ses manires, ni par son caractre. Ce que j'prouvai
    pour ce jeune homme--(et je l'prouve encore),--c'est
    bien autre chose que ce que j'prouve pour les femmes. La
    jouissance sensuelle n'est pas plus grande que celle que me
    procurent les prostitues, dont l'accolade et les baisers
    m'excitent beaucoup; avec lui je peux toujours prouver une
    sensation de volupt et j'ai pour lui un sentiment que je n'ai
    pas pour les femmes. Malheureusement, je n'ai pu l'embrasser
    qu' huit reprises diffrentes.

    Bien que nous soyons spars l'un de l'autre depuis plusieurs
    mois dj, nous ne nous sommes pas oublis et nous entretenons
    une correspondance trs suivie. Pour le possder, j'osai
    aller dans un lupanar, l'embrasser dans cet endroit, au risque
    d'tre trahi.

    Au dbut de notre liaison, il y eut une priode pendant
    laquelle je n'entendis plus parler de lui; il ne me croyait
    pas digne d'assez de confiance.

    Pendant ces semaines, j'ai souffert de chagrins et de peines
    qui m'ont mis dans un tat de dpression et d'inquitude
    anxieuse comme je n'en avais jamais prouv auparavant. Avoir
     peine trouv un amant et tre dj oblig de renoncer  lui,
    voil ce qui me paraissait le tourment le plus affreux.
    Quand, grce  mes efforts, nous nous retrouvmes, ma joie
    fut immense, j'tais mme tellement excit, qu' la premire
    accolade, aprs son retour, je ne pus arriver  l'jaculation,
    malgr mon plaisir sensuel.

    _Usus sexualis in osculis et amplexionibus solis constitit,
    pene meo ludere ei licebat (dum ferre non possum mulierem
    penem manu tangere neque mulieri tangere cum concedo)._ Il
    est  remarquer d'ailleurs qu'en prsence du bien-aim j'ai
    immdiatement une rection: une poigne de main, mme sa vue
    me suffit. Des heures entires je me suis promen avec lui le
    soir, et jamais je ne me lassais de sa compagnie, malgr sa
    position sociale fort infrieure  la mienne; c'est avec lui
    que je me sentais heureux; la satisfaction sexuelle n'tait
    que le couronnement de notre amour. Bien que j'eusse enfin
    trouv l'me-soeur tant cherche, je ne devins pas pour cela
    insensible aux femmes, et je frquentais comme autrefois les
    bordels, quand l'instinct me tourmentait trop. J'esprais
    passer cet hiver dans la ville o se trouve mon amant;
    malheureusement, cela m'est impossible, et je suis maintenant
    forc de rester spar de lui jusqu' une poque indtermine.
    Cependant, nous essayerons de nous revoir, ne ft-ce que
    passagrement, quand mme ce ne serait qu'une ou deux fois
    par an; en tout cas, j'espre qu' l'avenir nous pourrons nous
    retrouver et rester plus longtemps ensemble. Ainsi cet hiver
    j'en suis de nouveau rduit  rester sans un ami qui pense
    comme moi. J'ai bien rsolu, par crainte du danger d'tre
    dcouvert, de ne plus me mettre en qute d'autres uranistes,
    mais cela m'est impossible, car les rapports sexuels avec les
    femmes ne me satisfont plus; par contre, l'envie d'avoir
    des jeunes gens va toujours croissant. Parfois j'ai peur de
    moi-mme; je pourrais me trahir par l'habitude que j'ai de
    demander aux prostitues si elles ne connaissent pas un
    homme avec mes tendances; malgr cela, je ne puis renoncer 
    chercher un jeune homme partageant mes sentiments; je crois
    mme qu'au besoin je prendrais le parti de m'acheter un
    soldat, bien que je me rende parfaitement compte du risque que
    je cours.

    Je ne puis plus rester sans l'amour d'un homme, sans ce
    bonheur je serai toujours en dsharmonie avec moi-mme. Mon
    idal serait d'entrer en relations avec une srie de personnes
    ayant mes gots, bien que je me trouve dj content de
    pouvoir, sans empchement, communiquer avec mon amant.
    Je pourrais facilement me passer de femmes si j'avais
    rgulirement des satisfactions avec un homme; cependant,
    je crois que, par moments et  des intervalles plus espacs,
    j'embrasserais aussi, pour me changer, une femme, car
    mon naturel est absolument hermaphrodite au point de vue
    psycho-sexuel (les femmes, je ne les peux dsirer que
    sensuellement; mais les jeunes gens, je puis les aimer et les
    dsirer  la fois). S'il existait un mariage entre hommes, je
    crois que je ne reculerais pas devant une vie commune qui me
    paratrait impossible avec une femme. Car, d'un ct, quand
    mme la femme m'exciterait beaucoup, ce charme se perdrait
    bientt dans les rapports rguliers, et alors tout plaisir
    sexuel deviendrait un acte sans jouissance, bien que non
    impossible  accomplir; d'autre part, il me manquerait le
    vritable amour pour la femme, attrait que j'prouve en face
    des jeunes gens et qui me fait paratre dsirable un commerce
    avec eux, mme sans rapports sexuels. Mon plus grand bonheur
    serait une vie commune avec un jeune homme qui me plairait
    au physique, mais qui s'accorderait avec moi au point de vue
    intellectuel, qui comprendrait tous mes sentiments et qui, en
    mme temps, partagerait mes ides et mes dsirs.

    Pour me plaire, les jeunes gens devaient avoir entre dix-huit
    et vingt-huit ans; quand j'avanai en ge, la limite des
    jeunes gens capables de m'exciter fut galement recule. Du
    reste, les tailles les plus diverses peuvent me plaire. La
    figure joue le principal rle, bien que ce ne soit pas tout.
    Ce sont plutt les blonds que les bruns qui m'excitent; ils
    ne doivent pas tre barbus; ils doivent porter une petite
    moustache peu paisse, ou pas de moustache du tout. Pour le
    reste, je ne puis dire que certaines catgories de figures me
    plaisent. Je repousse les visages  nez grand et droit, aux
    joues ples, bien qu'il y ait l aussi des exceptions. Je vois
    avec plaisir des rgiments de soldats, et bien des hommes me
    plaisent en uniforme, qui me laisseraient froid, s'ils taient
    en bourgeois.

    De mme que chez les femmes, c'est une mise commune (surtout
    les jaquettes claires) qui m'excite, le costume militaire
    exerce un attrait sur moi. Dans les salles de danse, dans des
    cabarets frquents par de nombreux militaires, me mler dans
    la foule aux troupiers et dcider ceux qui me plaisent  me
    donner l'accolade et  m'embrasser,--bien qu'au point de
    vue intellectuel et social toute grossiret de propos et
    de manires me rpugne,--me mler, dis-je, aux soldats,
    constituerait une stimulation naturelle de mes sens.

    En prsence de jeunes gens des meilleures classes, l'envie
    sensuelle se manifeste moins. Ce que j'ai dit de l'attrait
    qu'exerce sur moi le costume, ne doit pas tre pris dans ce
    sens que ce sont les vtements qui m'excitent. Cela veut dire
    que le vtement peut contribuer  renforcer et  mieux faire
    ressortir l'effet que me produit la figure qui, dans d'autres
    circonstances, ne m'attirerait pas avec autant de force. Je
    puis en dire autant, seulement dans un autre sens, de l'odeur
    et de la fume des cigares. Chez les hommes qui me sont
    indiffrents, l'odeur de cigare m'est plutt dsagrable;
    mais chez les gens qui me sont sexuellement sympathiques,
    elle m'excite. Les baisers d'une prostitue qui sent le cigare
    augmentent ses charmes (d'abord pour cette raison particulire
    que cela me fait penser, bien qu'inconsciemment, aux baisers
    d'un homme). Ainsi, j'aimais particulirement  embrasser mon
    amant quand il venait de fumer un cigare (il est  remarquer
     ce propos que je n'ai jamais fum ni un cigare, ni une
    cigarette; je ne l'ai pas mme essay).

    Je suis de grande taille, mince; la figure a une expression
    virile; l'oeil est mobile; l'ensemble de mon corps a
    quelque chose de fminin. Ma sant laisse  dsirer, elle est
    probablement trs influence par mon anomalie sexuelle; ainsi
    que je l'ai dj mentionn, je suis trs nerveux et j'ai par
    moments tendance  m'absorber dans la mditation. J'ai aussi
    des priodes terribles de dpression et de mlancolie, surtout
    quand je songe aux difficults que j'ai  me procurer une
    satisfaction homo-sexuelle correspondant  ma nature, mais
    surtout quand je suis trs excit sexuellement et que, devant
    l'impossibilit de me satisfaire avec un homme, je dois
    dompter mon instinct. Dans cet tat, il se produit,
    conjointement  la mlancolie, une absence totale de dsirs
    sexuels.

    Je suis trs courageux au travail, mais souvent superficiel,
    tant port aux travaux trs rapides avec une activit
    dvorante. Je m'intresse beaucoup  l'art et  la
    littrature. Parmi les potes et les romanciers, je suis le
    plus attir par ceux qui dpeignent des sentiments raffins,
    des passions tranges et des impressions insolites; un style
    fignol, affect, me plat. De mme en musique, c'est la
    musique nerveuse et excitante de Chopin, Schumann, Schubert,
    Wagner, etc., qui me convient le mieux. Tout ce qui dans l'art
    est non seulement original, mais bizarre aussi, m'attire.

    Je n'aime pas les exercices du corps et je ne les cultive pas.

    Je suis bon de caractre, compatissant; malgr les peines que
    me cause mon anomalie, je ne me sens pas malheureux d'aimer
    les jeunes gens; mais je regarde comme un malheur que la
    satisfaction de cet amour soit considr comme inadmissible et
    que je ne puisse obtenir sans obstacles cette satisfaction. Il
    ne me semble pas que l'amour pour l'homme soit un vice, mais
    je comprends bien pourquoi il passe pour tel. Comme cet amour
    est considr comme un crime, je serais, en le satisfaisant,
    en harmonie avec moi-mme, c'est vrai, mais jamais avec le
    monde de notre poque; voil pourquoi je serai fatalement
    et toujours un peu dprim, d'autant plus que je suis d'un
    caractre franc qui dteste tout mensonge. Le chagrin que
    j'ai d'tre oblig de tout cacher dans mon for intrieur,
    m'a dcid  avouer mon anomalie  quelques amis dont la
    discrtion et l'intelligence sont absolument sres. Bien
    que parfois ma situation me paraisse triste,  cause de la
    difficult que j'ai  me satisfaire et du mpris gnral
    qu'inspire l'amour pour l'homme, j'ai souvent des moments o
    je tire presque vanit de mes sentiments anormaux. Je ne me
    marierai jamais, cela est entendu; je n'y vois aucun mal, bien
    que j'aime la vie de famille et que j'aie pass jusqu'ici une
    vie dans ma famille. Je vis dans l'espoir d'avoir  l'avenir
    un amant masculin pour toujours; il faut que j'en trouve un,
    sans cela l'avenir me paratrait sombre et monotone, et toutes
    les choses auxquelles on aspire ordinairement, honneurs,
    haute position, etc., ne seraient que vanit et choses sans
    attraits.

    Si cet espoir ne devait pas se raliser, je sens que je ne
    serais plus capable de me consacrer  mon mtier; je serais
    capable de relguer tout au second rang pour obtenir l'amour
    des hommes. Je n'ai plus de scrupules moraux au sujet de mon
    anomalie; en gnral, je ne me proccupe gure de ce fait que
    je suis attir par les charmes des jeunes hommes. Du reste, je
    juge la moralit et l'immoralit plutt d'aprs mes sentiments
    que d'aprs des principes absolus, tant toujours enclin  un
    certain scepticisme et n'ayant pu encore arriver  me former
    une philosophie arrte.

    Jusqu'ici il me semble qu'il n'y a de mauvais et d'immoral que
    les faits qui portent prjudice  autrui, les actes que je ne
    voudrais pas qu'on me ft  moi-mme; mais, je puis dire 
    ce sujet que j'vite autant que possible d'empiter sur les
    droits d'autrui; je suis capable de me rvolter contre toute
    injustice qui serait commise envers un tiers. Mais je ne
    vois pas comment ni pourquoi l'amour pour les hommes serait
    contraire  la morale. Une activit sexuelle sans but--(si
    l'on voit l'immoralit dans l'absence du but, dans le fait
    contre nature)--existe aussi dans les rapports avec les
    prostitues, mme dans les mariages o l'on se sert de
    prservatifs contre la procration des enfants. Voil pourquoi
    les rapports sexuels avec des hommes doivent,  mon avis, tre
    placs au mme niveau que tout rapport sexuel qui n'a pas
    pour but de faire des enfants. Mais, il me parat bien douteux
    qu'une satisfaction sexuelle doive tre considre comme
    morale, parce qu'elle se propose le but sus-indiqu. Il
    est vrai qu'une satisfaction sexuelle qui ne vise pas la
    procration, est contraire  la nature; mais nous ne savons
    pas si elle ne sert pas  d'autres buts qui sont encore pour
    nous un mystre; et quand mme elle serait sans but, on n'en
    pourrait point conclure qu'il faut la rprouver, car il n'est
    pas prouv que la mesure d'aprs laquelle on doit juger une
    action morale soit son utilit.

    Je suis convaincu et certain que le prjug actuel disparatra
    et que, un jour, on reconnatra,  juste raison, le droit aux
    homosexuels de pratiquer sans entraves leur amour.

    En ce qui concerne la possibilit de la libert d'un pareil
    droit, qu'on se rappelle donc les Grecs et leurs amitis qui,
    au fond, n'taient pas autre chose que de l'amour sexuel;
    qu'on songe un peu que, malgr cette impudicit contre
    nature, pratique par les plus grands gnies, les Grecs sont
    considrs, encore aujourd'hui, au point de vue intellectuel
    et esthtique, comme des modles qu'on n'a pas pu encore
    atteindre et qu'on recommande d'imiter.

    J'ai dj song  gurir mon anomalie par l'hypnotisme. Quand
    mme il pourrait donner un rsultat, ce dont je doute, je
    voudrais tre sr que je deviendrais rellement et pour
    toujours un homme qui aimerait les femmes; car, bien que je
    ne puisse pas me satisfaire avec les hommes, je prfrerais
    pourtant conserver cette aptitude  l'amour et  la volupt,
    quoique inassouvie, que d'tre tout  fait sans sentiment.

    Ainsi, il me reste l'espoir que je trouverai l'occasion de
    satisfaire cet amour que je dsire tant et qui me rendrait
    heureux; mais je ne prfrerais nullement  mon tat actuel
    une dsuggestion des sentiments homosexuels sans trouver une
    compensation dans des sentiments htrosexuels quivalents.

    Finalement, je dois, contrairement aux diverses dclarations
    des uranistes que je trouve cites dans les biographies
    publies, faire remarquer que, pour ma part du moins, il m'est
    trs difficile de reconnatre mes semblables.

    Bien que j'aie dcrit d'une manire assez dtaille mes
    anomalies sexuelles, je crois que les remarques suivantes
    seront encore importantes pour la comprhension complte de
    mon tat.

    Ces temps derniers, j'ai renonc  l'_immissio penis_, et je
    me suis content du _coitus inter femora puell_.

    L'jaculation s'est alors produite plus rapidement que par la
    _conjunctio membrorum_ et, en outre, j'prouvai une certaine
    volupt au pnis mme. Si cette faon de rapport sexuel me fut
    assez agrable, cela doit tre en partie attribu au fait que,
    dans ce genre de jouissance sexuelle, la diffrence de sexe
    est tout  fait indiffrente, et qu'inconsciemment cela me
    rappelait l'accolade d'un homme. Mais, cette rminiscence
    tait absolument inconsciente, bien que perue vaguement; car
    je n'avais pas un plaisir d  ma force d'imagination, mais
    caus directement par les baisers sur la bouche de la femme.
    Je sens aussi que le charme que le lupanar et les mrtrices
    exercent sur moi commence  s'effacer; mais je sais
    pertinemment que certaines femmes pourront toujours m'exciter
    par leurs baisers.

    Aucune femme ne me semble dsirable au point d'tre capable de
    surmonter quelque obstacle pour la possder; aucune ne le sera
    jamais, tandis que la crainte d'tre dcouvert et livr  la
    honte ne peut que difficilement me retenir dans la recherche
    des treintes des hommes.

    Ainsi, je me suis laiss entraner dernirement  me payer
    un soldat chez une mrtrice. La volupt fut trs vive et
    surtout, aprs la satisfaction obtenue, je fus remont. Les
    jours suivants je me sentais, pour ainsi dire, rconfort,
    ayant  tout moment des rections; bien que je n'aie pu
    jusqu'ici retrouver ce soldat, l'ide de pouvoir m'en payer
    un autre me procure une certaine inquitude; cependant, je
    ne serais parfaitement satisfait que si je trouvais une
    me-soeur parmi les gens de ma position sociale et de mon
    instruction.

    Je n'ai pas encore mentionn que, tandis qu'un corps de femme,
    sauf la figure, me laisse absolument froid, le toucher avec la
    main me dgoterait, _membrum virile me tangere dum os meum
    os ejus osculatur, mihi exoptatum esse_; de plus, je
    n'prouverais aucun dgot  poser mes lvres sur celles d'un
    homme qui me serait trs sympathique.

    La masturbation, ainsi que je l'ai dit, m'est impossible.

    OBSERVATION 111 (_Hermaphrodisme psychique; sentiment
    htrosexuel dvelopp de bonne heure,  la suite de
    masturbation pisodique, mais puissante; sentiment homosexuel
    pervers ab origine; excitation sensuelle par les bottes
    d'hommes_).--M. X..., vingt-huit ans, est venu chez moi au
    mois de septembre 1887, tout dsespr, pour me consulter
    sur la perversion de sa _vita sexualis_, qui lui rend la vie
    presque insupportable et qui,  plusieurs reprises, l'a dj
    pouss au suicide.

    Le malade est issu d'une famille o les nvroses et les
    psychoses sont trs frquentes. Dans la famille du ct
    paternel, des mariages entre cousins ont eu lieu depuis trois
    gnrations. Le pre, dit-on, est bien portant, et est heureux
    en mnage. Le fils, cependant, fut frapp par la prdilection
    de son pre pour les beaux valets. La famille du ct maternel
    passe pour tre compose d'originaux. Le grand-pre et l'aeul
    de la mre sont morts mlancoliques; la soeur de la mre
    tait folle. Une fille du frre du grand-pre tait hystrique
    et nymphomane. Des douze frres et soeurs de la mre, trois
    seulement se sont maris, parmi lesquels un frre qui tait
    atteint d'inversion sexuelle et d'une maladie de nerfs,
    par suite d'excs de masturbation. La mre du malade tait,
    dit-on, bigotte, d'une intelligence borne, nerveuse,
    irritable et porte  la mlancolie.

    Le malade a un frre et une soeur: le premier est
    nvropathe, souvent en proie  une dpression mlancolique;
    bien qu'il soit dj adulte, il n'a jamais montr trace de
    penchants sexuels; la soeur est une beaut connue et pour
    ainsi dire clbre dans le monde des hommes. Cette dame est
    marie, mais sans enfants; on prtend que c'est  cause de
    l'impuissance du mari. Elle resta, de tout temps, froide aux
    hommages que lui rendaient les hommes; mais elle est ravie par
    la beaut fminine et presque amoureuse de quelques-unes de
    ses amies.

    Le malade, en venant  sa personnalit, nous raconta qu'
    l'ge de quatre ans dj, il rvait de beaux cuyers, chausss
    de belles bottes. Quand il fut devenu plus grand, il ne rvait
    jamais de femmes. Ses pollutions nocturnes ont toujours t
    provoques par des rves de bottes.

    Ds l'ge de quatre ans, il prouvait une trange affection
    pour les hommes ou plutt pour les laquais qui portaient des
    bottes bien cires. Au dbut, ils ne lui paraissaient que
    sympathiques; mais,  mesure que sa vie sexuelle commena 
    se dvelopper, il prouvait,  leur aspect, de violentes
    rections et une motion voluptueuse. Les bottes bien
    reluisantes ne l'excitaient que quand elles taient chausses
    par des domestiques; sur les pieds des personnes de son monde,
    elles l'auraient laiss absolument froid.

     cet tat de choses ne se rattachait aucune impulsion
    sexuelle dans le sens d'un amour d'hommes. La seule ide de
    cette possibilit lui faisait horreur. Mais il lui vint
     l'esprit des ides, renforces par des sensations
    voluptueuses, d'tre le valet de ses valets, de pouvoir leur
    ter leurs bottes, de se laisser fouler aux pieds par eux,
    d'obtenir la permission de cirer leurs bottes. Sa morgue
    d'aristocrate se rvoltait contre cette ide. En gnral, ces
    ides de bottes lui taient pnibles et le dgotaient. Les
    sentiments sexuels se dvelopprent chez lui de bonne heure
    et puissamment. Ils trouvrent alors leur expression dans ces
    ides voluptueuses de bottes, et,  partir de la pubert, dans
    des rves analogues, accompagns de pollutions.

    Du reste, le dveloppement physique et intellectuel
    s'accomplissait sans troubles. Le malade apprenait avec
    facilit; il termina ses tudes, devint officier, et, grce
     son apparence virile et distingue, ainsi qu' sa haute
    position, un personnage trs bien vu dans le monde.

    Il se dpeint lui-mme comme un homme de bon coeur, d'une
    grande force de volont, mais d'un esprit superficiel. Il
    affirme tre un chasseur et un cavalier passionn, et ne
    jamais avoir eu de got pour les occupations fminines. Dans
    la socit des dames, il fut, comme il l'assure, toujours un
    peu timide; dans les salles de bal, il s'est toujours ennuy.
    Il n'a jamais eu d'intrt pour une dame du monde. Parmi
    les femmes, c'taient, seules, les paysannes robustes,
    comme celles qui posaient chez les peintres de Rome, qui
    l'intressaient, mais jamais une motion sensuelle, dans
    la vraie acception du mot, ne lui vint en prsence de ces
    reprsentantes du sexe fminin. Au thtre et au cirque, il
    n'avait d'yeux que pour les artistes hommes. Il n'prouvait
    aucune excitation sensuelle mme pour ceux-ci. Chez l'homme,
    ce sont surtout les bottes qui l'intressent, et encore
    faut-il que le porteur de ce genre de chaussures appartienne
     la classe domestique et soit un bel homme. Ses gaux,
    quand mme ils porteraient les plus belles bottes, lui sont
    absolument indiffrents.

    Le malade n'est pas encore clairement fix sur la nature
    de ses penchants sexuels, et il ne saurait pas dire si
    l'affection l'emporte chez lui pour l'un ou pour l'autre sexe.

     mon avis, il a eu primitivement plutt du got pour la
    femme, mais cette sympathie tait, en tout cas, trs faible.
    Il affirme avec certitude que l'_adspectus viri nudi_ lui
    tait antipathique, et celui des parties gnitales viriles
    lui serait mme rpugnant. Ce n'tait prcisment pas le cas
    vis--vis de la femme; mais il restait sans excitation mme
    devant le plus beau _corpus feminimum_. Quand il tait jeune
    officier, il tait oblig d'accompagner de temps en temps ses
    camarades au bordel. Il s'y laissait dcider volontiers, car
    il esprait se dbarrasser, de cette faon, de ses ides. Il
    tait impuissant tant qu'il n'avait pas recours  ses ides
    de bottes. Alors le cot avait lieu d'une faon tout  fait
    normale, mais sans lui procurer le moindre sentiment de
    volupt. Le malade n'prouvait aucun penchant  avoir des
    rapports avec les femmes; il lui fallait, pour cela, une
    impulsion extrieure,  vrai dire une sduction. Abandonn
     lui-mme, sa _vita sexualis_ consistait dans le plaisir de
    penser  des bottes et en rves analogues avec pollutions.
    Comme chez lui l'obsession d'embrasser les bottes de ses
    valets, de les leur ter, etc., s'accentuait de plus en plus,
    le malade rsolut de faire tous les efforts possibles pour
    se dbarrasser de cette impulsion dgotante, qui le blessait
    dans son amour-propre. Il avait vingt ans et se trouvait 
    Paris; alors il se rappela d'une trs belle paysanne, laisse
    dans sa lointaine patrie. Il esprait pouvoir se dlivrer,
    avec cette fille, de ses tendances sexuelles perverses; il
    partit aussitt pour sa patrie et sollicita les faveurs de
    la belle campagnarde. Il parat que, de sa nature, le malade
    n'tait pourtant pas tout  fait prdispos  l'inversion
    sexuelle. Il affirme qu' cette poque il tomba rellement
    amoureux de la jeune paysanne, que son aspect, le contact de
    son jupon lui donnaient un frisson voluptueux; un jour qu'elle
    lui accorda un baiser, il eut une violente motion. Ce n'est
    qu'aprs une cour assidue d'un an et demi que le malade arriva
     son but auprs de la jeune fille.

    Il tait puissant, mais il jaculait tardivement (dix  vingt
    minutes), et n'avait jamais de sensation voluptueuse pendant
    l'acte.

    Aprs une priode d'un an et demi de rapports sexuels avec
    cette fille, son amour pour elle se refroidit, car il ne la
    trouvait pas aussi pure et fine qu'il l'aurait dsir. 
    partir de ce moment, il a d de nouveau recourir  l'vocation
    des images de bottes pour rester puissant dans ses rapports
    avec sa paysanne.  mesure que sa puissance diminuait, ses
    ides de bottes revenaient spontanment.

    Plus tard le malade fit aussi le cot avec d'autres femmes.
    Par-ci, par-l, quand la femme lui tait sympathique, la chose
    se passait sans l'vocation des ides de bottes.

    Une fois il est mme arriv au malade de se rendre coupable de
    _stuprum_. Fait curieux, cette seule fois cet acte--qui tait
    cependant forc--lui procura un sentiment de volupt.

     mesure que sa puissance baissait, et qu'elle ne pouvait plus
    se maintenir que par les ides de bottes, le _libido_ pour
    l'autre sexe baissait aussi. Chose significative, malgr son
    faible degr de _libido_, son faible penchant pour les
    femmes, le malade en arriva  la masturbation pendant qu'il
    entretenait des rapports sexuels avec la fille de paysans. Il
    apprit ces pratiques par la lecture des Confessions de J.-J.
    Rousseau, ouvrage qui lui tomba par hasard entre les mains.
    Aux impulsions dans ce sens se joignirent des ides de bottes.
    Il entrait alors dans des rections violentes, se masturbait,
    avait pendant l'jaculation une volupt trs vive qui manquait
    pendant le cot; il se sentait au commencement ragaillardi et
    stimul intellectuellement par la masturbation.

    Avec le temps cependant les symptmes de la neurasthnie,
    sexuelle d'abord, ensuite gnrale, avec irritation spinale,
    firent leur apparition. Il renona pour un moment  la
    masturbation et alla trouver son ancienne matresse. Mais elle
    lui tait devenue tout  fait indiffrente et, comme il ne
    russissait plus, mme avec l'vocation des images de bottes,
    il s'loigna de la femme et retomba de nouveau dans la
    masturbation qui le mettait  l'abri de l'impulsion de baiser
    et de cirer des bottes de valets. Toutefois, sa situation
    sexuelle restait bien pnible. Parfois il essayait encore le
    cot et russissait quand, dans son imagination, il pensait
     des bottes cires. Aprs une longue abstinence de la
    masturbation, le cot lui russissait quelquefois, sans qu'il
    et besoin de recourir  aucun artifice.

    Le malade dclare qu'il a de trs grands besoins sexuels.
    Quand il n'a pas jacul depuis un long laps de temps, il
    devient congestif, trs excit et psychiquement tourment par
    ses horripilantes ides de bottes, de sorte qu'il est forc de
    faire le cot ou, ce qu'il prfre, se masturber.

    Depuis un an sa situation morale s'est complique d'une
    faon fcheuse par le fait, qu'tant le dernier rejeton d'une
    famille riche et noble, sur le dsir pressant de ses parents,
    il doit enfin penser au mariage.

    La fiance qui lui est destine est d'une rare beaut et elle
    lui est tout  fait sympathique au point de vue intellectuel.
    Mais comme femme elle lui est indiffrente, comme toutes les
    femmes. Elle le satisfait au point de vue esthtique comme
    n'importe quel chef-d'oeuvre de l'art. Elle est devant ses
    yeux comme un idal. L'adorer platoniquement serait pour lui
    un bonheur digne de tous ses efforts; mais la possder comme
    femme est pour lui une pense pnible. Il sait d'avance qu'en
    face d'elle il ne pourra tre puissant qu' l'aide de ses
    ides de bottes. Mais sa haute estime pour cette personne,
    ainsi que son sens moral et esthtique, se rvolteraient
    contre l'emploi d'un pareil moyen. S'il la souillait avec
    ces ides de bottes, elle perdrait  ses yeux mme sa valeur
    esthtique, et alors il deviendrait tout  fait impuissant; il
    la prendrait en horreur. Le malade croit que sa situation
    est dsespre, et il avoue que ces temps derniers il fut 
    plusieurs reprises tent de se suicider.

    C'est un homme d'une haute culture intellectuelle, d'_habitus_
    tout  fait viril,  la barbe fortement dveloppe,  la
    voix grave et aux parties gnitales normales. L'oeil a
    l'expression nvropathique. Aucun stigmate de dgnrescence.
    Symptmes de neurasthnie spinale. On a russi  rassurer le
    malade et  lui inspirer confiance dans l'avenir.

    Les conseils mdicaux consistaient en moyens pour combattre la
    neurasthnie: interdiction de continuer la masturbation et
    de s'abandonner  ses ides de bottes, affirmation qu'avec la
    gurison de la neurasthnie la cohabitation serait possible
    sans le secours des ides de bottes, et qu'avec le temps le
    malade serait apte au mariage moralement et physiquement.

    Vers la fin du mois d'octobre 1888, le malade m'crivait qu'il
    avait rsist victorieusement  la masturbation et aux ides
    de bottes. Il n'a rv qu'une seule fois de bottes et il n'a
    presque plus eu de pollutions. Il est affranchi des tendances
    homosexuelles, mais, malgr de frquentes et puissantes
    motions sexuelles, il n'a aucun _libido_ pour la femme. Dans
    cette situation fatale, il est forc par les circonstances de
    se marier dans trois mois.


2. HOMOSEXUELS OU URANISTES.

Contrairement au groupe prcdent, c'est--dire celui des
hermaphrodites psychosexuels, il y a ici, _ab origine_, un sentiment
et un penchant sexuels exclusifs pour les personnes du mme sexe;
mais, contrairement au groupe qui suit, l'anomalie des individus se
borne uniquement  la _vita sexualis_ et n'exerce pas un effet plus
profond et plus grave sur le caractre ni sur la totalit de la
personnalit intellectuelle.

La _vita sexualis_ est, chez ces homosexuels (uranistes), _mutatis
mutandis_, tout  fait semblable  celle de l'amour normal
htrosexuel; mais, comme elle est contraire au sentiment naturel,
elle devient une caricature, d'autant plus que ces individus sont en
gnral atteints d'_hypersthesia sexualis_ et que, par consquent,
leur amour pour leur propre sexe est un amour ardent et extatique.

L'uraniste aime, idoltre son amant masculin, de mme que l'homme qui
aime la femme, idoltre sa matresse. Il est capable de faire pour
lui les plus grands sacrifices; il prouve les tortures de l'amour
malheureux, souvent non pay de retour, de l'infidlit de l'amant, de
la jalousie, etc.

L'attention de l'homme homosexuel n'est captive que par le danseur,
l'acteur, l'athlte, la statue d'homme, etc. L'aspect des charmes
fminins lui est indiffrent, sinon rpugnant; une femme nue lui
parat dgotante, tandis que la vue des parties gnitales viriles, la
vue des cuisses de l'homme, etc., le fait tressaillir de joie.

Le contact charnel avec un homme qui lui est sympathique lui donne
un frisson de volupt; et, comme de pareils individus sont souvent
neurasthniques sexuellement, soit de naissance, soit par suite de
la pratique de l'onanisme ou d'une abstinence force de tout rapport
sexuel, il se produit facilement des jaculations qui, dans les
rapports les plus intimes avec la femme, n'auraient pas lieu du
tout ou ne pourraient tre forcment provoques que par des moyens
mcaniques. L'acte sexuel de n'importe quel genre, accompli avec
l'homme, procure du plaisir et laisse derrire lui un sentiment de
bien-tre. Quand l'uraniste est capable de se forcer au cot,
le dgot agit rgulirement comme ide d'entrave et rend l'acte
impossible; il prouve  peu prs le mme sentiment qu'un homme
qui serait forc de goter  de la nourriture ou  des boissons
nausabondes. Toutefois, l'exprience nous apprend que souvent des
invertis de ce second degr se marient pour des raisons thiques ou
sociales.

Ces malheureux sont relativement puissants, quand, au milieu de
l'treinte conjugale, ils fouettent leur imagination et se figurent
tenir, au lieu de l'pouse, un homme aim entre leur bras.

Mais le cot est pour eux un lourd sacrifice, et non un plaisir; il
les rend pour des journes entires faibles, nervs et souffrants.
Quand ces uranistes ne sont pas capables de contrebalancer les ides
et les reprsentations d'entrave, soit par l'effort nergique de leur
imagination, soit par l'emploi de boissons alcooliques excitantes,
soit par des rections artificiellement cres  l'aide de vessies
pleines, etc., ils sont compltement impuissants, tandis que le
seul contact d'un homme peut leur donner des rections et mme de
l'jaculation.

Danser avec une femme est dsagrable  l'uraniste. La danse avec un
homme, surtout avec un homme de formes sympathiques, lui parat tre
le plus grand plaisir.

L'uraniste masculin, quand il est d'une classe bien leve, n'a pas
d'antipathie pour les rapports non sexuels avec les femmes, quand
leur conversation et leur got artistique lui paraissent agrables. Il
n'abhorre la femme que dans son rle sexuel.

La femme homosexuelle prsente ces mmes phnomnes, _mutatis
mutandis_.  ce degr de l'aberration sexuelle, le caractre et les
occupations restent conformes au sexe que l'individu reprsente. La
perversion sexuelle reste une anomalie isole, mais qui laisse des
traces profondes dans l'existence sociale et intellectuelle de la
personne en question. Conformment  ce fait, elle se sent, dans
n'importe quel acte sexuel, dans le rle qui lui chouerait dans le
cas d'une tendance htrosexuelle.

Il y a cependant des cas intermdiaires, formant une transition vers
le troisime groupe, dans ce sens que la personne s'imagine, dsire ou
rve le rle sexuel qui correspondrait  ses sentiments homosexuels et
qu'il se manifeste incompltement des penchants  des occupations, des
tendances de got, qui ne sont pas conformes au sexe que l'individu
reprsente. Dans certains cas on a l'impression que ces phnomnes
ont t artificiellement produits par l'influence de l'ducation, dans
d'autres qu'ils reprsentent des dgnrescences plus profondes et
produites, dans les limites du degr en question, par une activit
sexuelle perverse (masturbation); ces derniers cas prsentent des
phnomnes de dgnrescence progressive analogues  ceux que nous
avons observs dans les inversions sexuelles acquises.

En ce qui concerne la faon de se satisfaire au point de vue sexuel,
il faut remarquer que, chez beaucoup d'uranistes hommes, qui sont
atteints de faiblesse sexuelle irritable, la seule accolade
suffit pour provoquer une jaculation. Les personnes sexuellement
hyperesthsiques et atteintes de paresthsie des sentiments
esthtiques, ont souvent un plus grand plaisir  se commettre avec des
individus sales et communs, pris dans la lie de la populace.

Sur le mme terrain se produisent des dsirs pdrastes (naturellement
actifs) et d'autres aberrations; mais il est rare, et videmment
c'est seulement chez des personnes d'une moralit dfectueuse et trs
cupides, que le _libido nimia_ amne aux actes de pdrastie.

Contrairement aux vieux dbauchs corrompus qui prfrent des garons
et pratiquent de prfrence la pdrastie, l'affection sexuelle
des uranistes adultes ne parat pas se tourner vers les individus
masculins non dvelopps.

L'uraniste ne pourrait probablement devenir dangereux pour les garons
que par suite d'un rut violent, ou quand il ne trouve pas mieux.

Le mode de satisfaction sexuelle des uranistes fminins est
probablement la masturbation mutuelle et passive; ces personnes
trouvent le cot aussi dgotant, fatigant et inadquat que l'homme
uraniste.

    OBSERVATION 112.--L'observation suivante est l'extrait d'une
    trs longue autobiographie qu'un mdecin atteint d'inversion
    sexuelle a mise  ma disposition.

    J'ai quarante ans; je suis n d'une famille trs saine[94],
    j'ai toujours t bien portant; je passais pour un modle de
    fracheur physique et intellectuelle, d'nergie; je suis d'une
    constitution robuste, mais je n'ai que peu de barbe; sauf aux
    aisselles et au _mons Veneris_, je n'ai pas de poils sur le
    corps.

    [Note 94: Plus tard, on a appris qu'un proche parent tait
    mort fou, et que huit soeurs et frres du malade avaient
    pri entre l'ge de un  huit ans d'_hydrocephalus acutus_ ou
    _chronicus_.]

    Peu aprs ma naissance, mon pnis tait dj
    extraordinairement grand;  l'heure qu'il est, il a en _statu
    erectionis_ 21 centimtres de longueur et une circonfrence de
    14 centimtres. Je suis excellent cavalier, gymnaste, nageur;
    j'ai pris part  deux campagnes comme mdecin militaire. Je
    n'ai jamais eu de got pour les vtements de femme ni pour
    les occupations fminines. Jusqu' l'ge de pubert, j'tais
    timide en face du sexe fminin, et je le suis encore quand je
    me trouve en prsence de femmes que je ne connais que depuis
    peu de temps.

    De tout temps la danse me fut antipathique.  l'ge de huit
    ans s'veilla en moi l'affection pour mon propre sexe. Tout
    d'abord j'prouvais du plaisir en regardant les parties
    gnitales de mes frres. _Fratrem meum juniorem impuli ut
    alter alterius genitalibus luderet, quibus factis penis meus
    se erexit._ Plus tard, en prenant un bain avec les enfants de
    l'cole, les garons m'intressaient beaucoup, les filles
    pas du tout. J'avais si peu de got pour elles qu' l'ge
    de quinze ans encore je croyais qu'elles taient munies d'un
    pnis comme nous autres. En compagnie de garons ayant les
    mmes sentiments, nous nous amusions _vicissim genitalibus
    nostris ludere_.  l'ge de onze ans et demi, on me donna un
    prcepteur trs svre; je ne pouvais que rarement aller en
    cachette trouver mes camarades. J'apprenais trs facilement,
    mais je ne m'accordais pas bien avec mon prcepteur; un jour
    qu'il m'ennuyait trop, je me mis en rage et je courus sur lui
    avec un couteau; je l'aurais tu avec plaisir, s'il ne m'avait
    pas saisi le bras.  l'ge de douze ans et demi, j'ai dsert
    la maison paternelle pour une raison analogue, et pendant six
    semaines je rdai dans le pays voisin.

    On me mit ensuite au lyce; j'tais dj dvelopp
    sexuellement, et, en nous baignant, je m'amusais avec les
    garons de la manire que j'ai indique, plus tard aussi par
    l'_imitatio cotus inter femora_. J'avais alors treize
    ans. Les filles ne me plaisaient pas du tout. Des rections
    violentes m'amenrent  jouer avec mes parties gnitales;
    l'ide me vint aussi _penem in os recipere_, ce  quoi
    j'arrivai en me courbant. Je provoquai, par ce moyen,
    une jaculation. C'est ainsi que j'arrivai  pratiquer la
    masturbation. J'en fus vivement effray, je me considrais
    comme un criminel; je me dcouvris  un condisciple g de
    seize ans. Celui-ci m'claira, me rassura et conclut avec
    moi une liaison d'amour. Nous tions heureux et nous
    nous satisfaisions par l'onanisme mutuel. En outre, je me
    masturbais aussi; au bout de deux ans, cette union fut rompue,
    mais, aujourd'hui encore, quand nous nous rencontrons par
    hasard--mon ami est un fonctionnaire suprieur--l'ancienne
    flamme se rallume de nouveau.

    Ce temps que j'ai pass avec mon ami H... fut bien heureux,
    et j'en payerais le retour avec le sang de mon coeur. La vie
    m'tait alors un plaisir; mes tudes taient pour moi comme
    un jeu facile; j'avais de l'enthousiasme pour tout ce qui est
    beau.

    Pendant ce temps, un mdecin, ami de mon pre, me sduisit en
    me caressant,  l'occasion d'une visite, en m'onanisant,
    en m'expliquant les procds sexuels et en m'engageant 
    ne jamais me faire de manustuprations, cet acte tant
    trs prjudiciable  la sant. Il pratiqua alors avec moi
    l'onanisme mutuel et me dclara que c'tait pour lui le seul
    moyen de fonctionner au point de vue sexuel. Il a, dit-il, le
    dgot des femmes; voil pourquoi il a vcu en dsaccord avec
    sa femme, morte depuis. Il m'invita avec insistance  venir
    le voir le plus souvent possible. Ce mdecin tait un homme de
    belle prestance, pre de deux fils gs du quatorze et quinze
    ans, avec lesquels, l'anne suivante, je nouai une liaison
    d'amour analogue  celle que j'entretenais avec mon ami H...
    J'avais honte d'avoir fait des infidlits  ce dernier;
    toutefois je continuais mes rapports avec le mdecin. Il
    pratiquait avec moi l'onanisme mutuel, me montrait nos
    spermatozodes sous le microscope; il me montrait aussi
    des ouvrages et des images pornographiques, mais qui ne me
    plaisaient gure, car je n'avais d'intrt que pour les corps
    masculins. Plus tard,  l'occasion d'une visite, il me pria de
    lui accorder une faveur qu'il n'avait encore jamais gote et
    dont il avait grande envie. Comme je l'aimais, je consentis
     tout. _Instrumentis anum dilatavit, me pdicavit, dum simul
    penem meum trivit ita ut eodem tempore dolore et voluptate
    affectus sim._ Aprs cette dcouverte j'allai immdiatement
    trouver mon ami H..., croyant que cet homme aim me donnerait
    un plaisir plus grand encore. _Alter alterum pdicavit_; mais
    nous fmes dus tous les deux et nous n'y revnmes plus;
    car, passif, je n'prouvais que de la douleur; et, actif,
    je n'avais pas de plaisir, tandis que l'onanisme mutuel nous
    procurait la plus grande jouissance. Je me laissai faire
    encore plusieurs fois par le mdecin, et encore je ne le fis
    que par gratitude. Jusqu' l'ge de quinze ans, je pratiquai
    avec des amis l'onanisme passif ou mutuel.

    J'tais devenu grand; les femmes et les filles me faisaient
    toutes sortes d'avances; mais je les fuyais comme Joseph
    fuyait la femme de Putiphar.  l'ge de quinze ans, je vins
    dans la capitale. Je n'avais que rarement l'occasion de
    satisfaire mon penchant sexuel. En revanche, je jouissais 
    l'aspect des images et des statues d'hommes, et je ne pouvais
    m'empcher d'embrasser ardemment les statues aimes. L'ennui
    principal pour moi, c'taient les feuilles de vigne qui
    couvraient les parties gnitales.

     l'ge de dix-sept ans, je me fis inscrire  l'Universit. De
    nouveau je vcus deux ans avec mon ami H...

     l'ge de dix-sept ans et demi on me poussa, alors que
    j'tais en tat d'ivresse,  faire le cot avec une femme. Je
    me forai; mais, aussitt l'acte accompli, je pris la fuite,
    rempli de dgot. De mme qu'aprs ma premire manustupration
    active, j'eus comme le sentiment que j'avais commis un crime.
    Dans un nouvel essai que je fis, sans tre ivre, _puella nuda
    pulcherrima operante erectio non evenit_, tandis que la vue
    seule d'un garon ou le contact de ma cuisse avec une main
    d'homme rendait mon pnis raide comme de l'acier. Mon ami H...
    venait, il y a peu de temps, de faire la mme exprience. Nous
    nous creusmes alors la tte, mais en vain, pour en dcouvrir
    la cause. Je laissai donc les femmes pour ce qu'elles sont, et
    je trouvai mon plaisir chez des amis par l'onanisme passif et
    mutuel: entre autres je le pratiquais avec les deux fils du
    mdecin qui, depuis mon dpart, avait abus de ses enfants en
    leur faisant de la _pdicatio_.

     l'ge de dix-neuf ans je fis la connaissance de deux vrais
    uranistes.

    A..., cinquante-six ans, d'un extrieur fminin, imberbe, trs
    mdiocre au point de vue intellectuel, avec un instinct
    sexuel trs fort et qui s'est manifest trop prmaturment, a
    pratiqu l'amour uraniste depuis l'ge de six ans. Il venait
    tous les mois une fois dans la capitale. J'tais oblig de
    coucher avec lui: il tait insatiable d'onanisme mutuel et me
    fora aussi  la _pdicatio_ active et passive, ce que j'ai d
    accepter  contre-coeur, par-dessus le march.

    B..., ngociant, trente-six ans, d'apparence tout  fait
    virile, avait des besoins normes, de mme que moi-mme. Il
    savait donner  ses manipulations sur mon corps un tel charme
    que je dus lui servir de cynde. C'est le seul avec lequel
    j'prouvai dans le rle passif quelque jouissance. Il
    m'avoua que, rien qu'en me sachant prs de lui, il tait pris
    d'rections trs tourmentantes: quand je ne pouvais pas le
    servir, il tait oblig de se soulager par la masturbation.

    Malgr ces amourettes, j'tais assistant de clinique 
    l'hpital et je passais comme trs zl et trs capable
    dans mon mtier. Bien entendu, j'ai cherch dans toute
    la littrature mdicale une explication de ma bizarrerie
    sexuelle. Partout je la trouvais stigmatise comme un
    dlit qui mrite d'tre puni, tandis que moi je n'y pouvais
    reconnatre que la simple et naturelle satisfaction de mes
    dsirs sexuels. J'avais la conscience que cette particularit
    m'est venue de naissance; mais, me sentant en antagonisme avec
    le monde entier, et souvent prs de la folie et du suicide,
    j'essayais toujours et toujours de satisfaire avec les femmes
    mon immense apptit gnital. Le rsultat tait toujours le
    mme: ou il y avait absence de toute rection ou, quand je
    russissais  faire l'acte, il y avait dgot et horreur d'y
    revenir.

    tant mdecin-major, je souffris normment  la vue et au
    contact de milliers de corps d'hommes nus. Heureusement,
    je contractai une liaison d'amour avec un lieutenant qui
    partageait mes sentiments, et je passai encore une fois une
    priode de divines dlices.

    Par amour pour lui, je me laissai dcider  la _pdicatio_,
    que son me dsirait tant. Nous nous aimmes jusqu' sa mort,
     la bataille de Sedan. Depuis, je n'acceptai plus jamais la
    _pdicatio_ ni passive, ni active, bien que j'aie eu beaucoup
    d'amourettes et que je sois un personnage trs demand.

     l'ge de vingt-trois ans, je suis all m'tablir comme
    mdecin  la campagne, j'tais trs couru et trs aim comme
    mdecin. Pendant cette priode, je me satisfaisais avec des
    garons de quatorze ans. Je me suis,  cette poque, lanc
    dans la vie politique et brouill avec le clerg. Un de mes
    amants me trahit, le clerg me dnona et je fus forc de
    prendre la fuite. L'enqute judiciaire conclut en ma faveur.
    J'ai pu rentrer, mais je fus vivement branl et je profitai
    de la guerre qui venait d'clater (1870) pour servir sous les
    armes, esprant trouver la mort. Je rentrai de la guerre, avec
    nombre de distinctions honorifiques; homme mr et calme, je ne
    trouvais plus de plaisir que dans les travaux assidus de mon
    mtier. J'esprais que mon norme instinct gnital tait prs
    de s'teindre, puis que j'tais par les immenses fatigues de
    la campagne.

     peine fus-je repos que l'ancien instinct indomptable
    recommena  se faire sentir en moi et m'entrana  des
    satisfactions effrnes. Souvent je faisais mon examen de
    conscience, me reprochais mon penchant rprhensible aux yeux
    du monde, sinon aux miens.

    Pendant un an, je m'abstins, en dployant toute ma force de
    volont; ensuite, j'allai dans la capitale pour me forcer
    aux rapports avec les femmes. Moi qui,  la vue du plus sale
    garon d'curie, tais pris d'rections violentes, je n'avais
    gure d'motion auprs de la plus belle des femmes. Je
    rentrais ananti. J'avais un garon pour mon service et en
    mme temps pour mes satisfactions sexuelles.

    La solitude de la vie du mdecin du campagne, le vif dsir
    d'avoir des enfants, me poussaient au mariage. Du reste, je
    voulais couper court aux cancans des gens, et j'esprais en
    outre triompher enfin de mon fatal penchant.

    Je connaissais une demoiselle pleine de bont et de coeur,
    et de l'amour de laquelle j'tais convaincu. Je russis,
    grce  l'estime et  l'adoration que j'avais pour ma femme, 
    remplir mes devoirs conjugaux. Ce qui me facilita ma tche, ce
    fut l'air garon qu'avait ma femme. Je l'appelais mon Raphal,
    je fouettais mon imagination pour voquer des images de
    garons et arriver ainsi  l'rection. Mon imagination se
    lassa au bout d'un moment: c'en tait fait de l'rection. Je
    ne pouvais pas dormir dans le mme lit que ma femme. Dans ces
    deux dernires annes, le cot m'a toujours t de plus en
    plus difficile  excuter, et, depuis deux ans, nous y avons
    renonc. Ma femme connat mon tat d'me. Sa bont de coeur
    et son amour pour moi ont pu la dcider  n'y attacher aucune
    importance.

    Mon penchant sexuel pour mon propre sexe est rest toujours
    le mme, et malheureusement il m'a forc souvent  faire des
    infidlits  ma femme.

    Aujourd'hui encore, l'aspect d'un garon de seize ans me met
    dans une vive excitation sexuelle avec des rections gnantes,
    de sorte que je me soulage  l'occasion par la manustupration
    du garon ou par la masturbation sur moi-mme.

    Les tourments que je souffre sont indescriptibles. Faute de
    mieux, _uxor mea penem lerit, sed quod mulieris manus magno
    opere post dimidiam horam aduquitur, pueri manus post nonnulla
    momenta adsequitur_. Et ainsi je passe ma vie misrable,
    esclave de la loi et de mon devoir envers ma femme!

    Je n'ai jamais eu le dsir de la _pdicatio_ ni active ni
    passive. Quand je la faisais ou la subissais, c'tait toujours
    par gratitude et par complaisance.

Le mdecin auquel je dois cette auto-observation m'affirme que,
jusqu'ici, il a eu des rapports sexuels avec au moins six cents
uranistes. Il y en a beaucoup qui vivent encore et occupent des
positions sociales trs leves et trs respectes (10 p. 100
seulement d'entre eux sont devenus plus tard amateurs de femmes). Une
autre partie ne dteste pas la femme, mais a plus de penchant pour le
sexe masculin; les autres sont exclusivement et pour toujours amateurs
d'hommes.

Ce mdecin prtend n'avoir jamais rencontr de conformations anormales
des parties gnitales chez ces six cents uranistes; mais il a souvent
pu remarquer certains rapprochements vers les formes fminines, le peu
d'abondance des poils, un teint plus tendre, une voix plus haute. Il y
avait souvent aussi un dveloppement des mamelles; X..., _affirmat ab
13-15 anno lac in mammis suis habuisse quod amicus H... esuxit_.
Seuls 10 p. 100 de ces hommes montraient du got pour les occupations
fminines. Tous ses amis taient atteints d'un penchant sexuel
anormalement prcoce et fort. La grande majorit d'entre eux se
sentait vis--vis l'un de l'autre comme hommes, se satisfaisait par
l'onanisme mutuel, manustupration sur l'amant ou par l'amant. La
plupart d'entre eux inclinaient vers la pdrastie active. Mais
souvent, la crainte du Code pnal ou des raisons esthtiques contre
l'anus, sont les causes pour lesquelles l'acte n'est pas excut. Ils
se sentent rarement dans le rle de femme vis--vis des autres, et ont
rarement un penchant  la pdrastie passive.

Au commencement de l'anne 1887, ce mdecin fut arrt parce qu'il
s'tait livr  des actes d'impudicit avec deux garons de quatorze
ans. Le dlit consistait en ce qu'il faisait d'abord frotter par
les garons _mentulam propriam inter femora viri_ jusqu' ce que
l'jaculation se produist, et qu'il excutait le mme procd _cum
mentula propria inter femora pueri_. Lors des dbuts judiciaires, on
admit qu'on se trouvait en prsence d'un instinct morbide; mais il fut
prouv que l'inculp n'avait pas de troubles mentaux, qu'il n'avait
pas perdu son libre arbitre, en tout cas qu'il n'avait pas agi sous
une impulsion irrsistible.

Toutefois, il fut condamn  un an de prison, tout en tenant compte
des plus grandes circonstances attnuantes.

    OBSERVATION 113.--M. X..., de haute position sociale, m'a
    consult pour une neurasthnie et une insomnie dont il souffre
    depuis des annes. L'enqute sur la cause du mal a amen le
    malade  avouer qu'il a un penchant sexuel anormal pour son
    propre sexe, qu'il a en gnral de grands besoins sexuels, et
    que probablement sa maladie de nerfs vient de l. Les passages
    suivants de l'historique de la maladie de cet homme trs
    intelligent pourront prsenter quelque intrt scientifique.

    Mon sentiment sexuel anormal remonte  l'poque de mon
    enfance.  l'ge de trois ans, un journal de modes me tomba
    par hasard entre les mains. J'embrassai les belles gravures
    d'hommes  en dchirer le papier, et je ne fis pas mme
    attention aux figures de femmes. Je dtestais les jeux des
    garons.

    J'aimais mieux jouer avec les filles, car elles avaient
    toujours des poupes. Je confectionnais de prfrence des
    robes pour les poupes; aujourd'hui encore, malgr mes
    trente-trois ans, les poupes m'intressent beaucoup. tant
    encore petit garon, je restais des heures entires aux aguets
    des cabinets _ut virorum genitalia adspicerem_. Quand je
    russissais  en apercevoir, j'avais toujours une motion
    trange et j'tais pris d'une sorte de vertige. Les hommes
    frles m'taient peu sympathiques, mais les garons surtout
    m'taient absolument indiffrents.  l'ge de treize ans, je
    me livrai  l'onanisme. De l'ge de treize ans jusqu' quinze
    ans, je dormis dans le mme lit qu'un trs beau jeune homme.
    C'tait mon bonheur! _Per multas horas vespere pene erecto
    illum domum venientem expectavi. Quod si ille fortuito
    genitalia mea in tecto tetigit, summa voluptate affectus
    sum._  l'ge de quatorze ans, j'avais un camarade d'cole
    qui partageait mes gots. _In schola per nonnulas horas
    alter genitalia alterius tenebat manibus._ Ah! quelles heures
    dlicieuses! Je stationnais dans les maisons de bains le plus
    souvent que je pouvais. L'aspect des parties gnitales viriles
    me causait de violentes rections.  l'ge de seize ans,
    je fus envoy dans la grande ville. La vue de tant de
    beaux hommes me ravissait.  l'ge de dix-sept ans et demi,
    j'essayai le cot avec une fille publique, mais, pris de
    dgot et de rpugnance, je fus incapable de l'accomplir.
    D'autres essais encore chourent, jusqu' l'ge de dix-neuf
    ans. Alors je russis une fois; mais le cot ne me procura
    aucun plaisir, il me laissa plutt un sentiment de dgot. Je
    me fis violence; j'tais fier du succs, de cette preuve que
    j'tais pourtant un homme, ce dont j'avais commenc  douter.

    Des essais ultrieurs ne russirent plus. Le dgot tait trop
    vif. Quand la femme se dshabillait j'tais oblig d'teindre
    tout de suite la lumire. Je me crus alors impuissant;
    je consultai des mdecins; je frquentai les bains et les
    tablissements hydrothrapiques pour gurir ma prtendue
    impuissance, car je ne savais pas du tout ce que je devais en
    penser. J'aimais la socit des dames, par vanit peut-tre,
    car je paraissais sympathique et aimable  la plupart
    des femmes. Je n'estimais chez la femme que les qualits
    spirituelles et esthtiques. J'aimais  danser avec des femmes
    doues de ces qualits, mais quand ma danseuse se serrait
    pendant la danse contre moi, j'prouvais une sensation
    fortement dsagrable, du dgot mme, et j'aurais bien voulu
    la battre. Quand, par hasard, il arrivait qu'un monsieur, par
    pure plaisanterie, dansait avec moi, j'avais toujours le rle
    de la dame. Alors je me serrais, je me pressais contre lui, et
    j'en tais tout ravi et content. Quand j'eus dix-huit ans, un
    monsieur qui venait dans notre bureau dit un jour: C'est un
    gentil garon, pour lequel on pourrait, en Orient, demander
     chaque instant une livre sterling. Ce propos m'intrigua
    beaucoup, et j'aurais bien voulu avoir le mot de cette nigme.
    Un autre monsieur aimait  plaisanter avec moi et, en sortant
    de chez nous, il m'enlevait souvent des baisers que, hlas!
    je lui aurais si volontiers accords. Ce voleur de baisers est
    devenu plus tard un de mes amants. Grce  ces circonstances,
    mon attention fut veille, et j'attendais une occasion
    propice.

    Quand j'eus atteint l'ge de vingt-cinq ans, il arriva un jour
    qu'un ancien capucin me fixa du regard. Il devint pour moi
    comme un Mphisto. Enfin il m'adressa la parole. Aujourd'hui
    encore, en y pensant, je crois sentir les battements
    prcipits de mon coeur; j'tais prs de m'vanouir. Il me
    donna rendez-vous pour le soir dans un restaurant. J'y allai;
    mais, arriv  la porte, je m'en retournai; je redoutais
    des mystres terribles. La soire suivante, le capucin me
    rencontra de nouveau. Il me persuada, m'amena dans sa chambre,
    car c'est  peine si je pouvais marcher, tellement mon motion
    tait grande. Mon sducteur me fit asseoir sur le canap,
    me fixa en souriant de ses beaux yeux noirs: je perdis
    connaissance.

    Il me faudrait beaucoup crire pour pouvoir donner une ide
    approximative de cette volupt, de ces joies divines et
    idales qui remplissaient toute mon me; je crois que seul un
    jeune homme innocent, amoureux par-dessus les oreilles,
    qui, pour la premire fois, arrive  satisfaire sa langueur
    amoureuse, pourrait tre aussi heureux que je le fus dans
    cette soire mmorable. Mon sducteur exigea ma vie par
    plaisanterie--(ce que je pris d'abord au srieux). Je le priai
    de me laisser tre heureux encore pendant quelque temps,
    et alors je serais prt  mourir avec lui. C'et t bien
    conforme  mes ides exaltes de cette poque. J'entretins
    alors pondant cinq ans une liaison avec cet homme qui m'est
    encore si cher aujourd'hui. Ah! que j'tais heureux  cette
    poque, mais souvent aussi malheureux! Je n'avais qu' le
    voir causer avec un joli garon, et la rage de la jalousie
    s'veillait en moi.

     l'ge de vingt-sept ans, je me suis fianc avec une jeune
    dame. Son esprit, ses sentiments dlicats et esthtiques ainsi
    que des raisons financires, dans l'intrt de mon commerce,
    me dcidrent  songer  me marier avec elle. D'ailleurs,
    je suis un grand ami des enfants, et toutes les fois que je
    rencontrais un pauvre journalier qui avait avec lui sa femme
    et un bel enfant, j'enviais son bonheur de pre de famille.

    Je m'illusionnais donc moi-mme; je traversai sans accident ma
    priode de fianailles; cependant, en embrassant ma fiance,
    j'prouvais plutt de l'angoisse et de la peur que du plaisir.
    Une ou deux fois il arriva pourtant qu'aprs un copieux
    dner, en l'embrassant vivement et courageusement, j'eus des
    rections. Que j'tais alors heureux! Je me voyais dj papa!
    Deux fois je fus sur le point de rompre le mariage. Le jour
    des noces,--les invits taient dj runis,--je m'enfermai
    dans ma chambre; je pleurai comme un enfant; je ne voulais pas
    me marier. Cdant aux persuasions des membres de ma famille
    auxquels je donnais les raisons les plus futiles, je me
    laissai traner en toilette de rue devant l'autel.

    _Uxor mea nuptiarum tempore menses habuit._

    Oh! que j'en rendis grce  tous les saints! Aujourd'hui
    encore je suis convaincu que seule cette circonstance m'a
    permis d'accomplir plus tard le cot.

    J'ignore encore aujourd'hui comment je suis arriv  pouvoir
    plus tard faire cet acte avec ma femme et procrer un charmant
    garon. Il est ma consolation dans ma vie manque. Je ne puis
    que remercier le bon Dieu du bonheur d'avoir un enfant. Ma vie
    conjugale fut pour ainsi dire une filouterie. Ma femme, que
    j'estime beaucoup  cause de ses qualits excellentes, ne se
    doute pas du tout de mon tat rel; seulement elle se plaint
    souvent de ma froideur. Grce  sa bont de coeur et 
    sa navet, il me fut possible de lui faire accroire que
    l'accomplissement du devoir conjugal ne se fait qu'une fois
    par mois. Comme elle n'est pas sensuelle et que je trouve
    toujours une excuse dans ma nervosit, je russis  la
    tromper. Le cot est pour moi le plus grand sacrifice qu'on
    puisse imaginer. Grce  de fortes libations de vin et en
    utilisant le matin les rections produites sous l'influence de
    la rpltion vsicale, je russis  faire le cot une fois
    par mois; mais je n'prouve aucune volupt; j'en suis tout
    affaibli, et le lendemain je sens une aggravation de mes
    malaises nerveux. Seule la conscience d'avoir rempli mon
    devoir conjugal envers ma femme, que j'aime du reste, m'est
    alors un plaisir, une satisfaction morale. Il n'en est pas
    ainsi avec un homme. Je peux cohabiter avec lui plusieurs
    fois dans la mme nuit, en me sentant toujours dans le rle de
    l'homme. J'prouve alors la plus grande volupt, le bonheur
    le plus pur, et je m'en sens rassrn et content. Ces temps
    derniers, mon penchant pour les hommes s'est un peu relch.
    J'ai mme eu le courage d'viter un beau jeune homme qui me
    faisait la cour. Cela durera-t-il? Je crains que non. Je ne
    puis pas du tout me passer de l'amour des hommes; quand
    je suis forc de m'en priver, je me sens abattu, fatigu,
    misrable, et j'ai alors des douleurs et des congestions  la
    tte. J'ai toujours compris que ma bizarrerie regrettable est
    morbide et congnitale; je m'estimerais heureux si je n'tais
    pas mari. Je plains ma femme, si bonne et si gentille.
    Souvent je suis pris de la peur de ne pouvoir plus vivre avec
    elle. Alors des ides de divorce me viennent, ou je fais le
    projet de me suicider ou bien de partir pour l'Amrique.

    Le malade, auquel je dois cette communication, ne prsente 
    premire vue aucun signe de son tat. Il est d'un _habitus_
    tout  fait viril, porte une forte barbe, a la voix forte et
    grave, et les parties gnitales tout  fait normales. Le crne
    a une conformation normale; les stigmates de dgnrescence
    manquent absolument; seulement son oeil, particulirement
    nerveux, rappelle la nvropathie. Les organes vgtatifs
    fonctionnent normalement. Le malade prsente les symptmes
    ordinaires d'une neurasthnie qu'on peut attribuer aux excs
    sexuels d'un homme ayant des besoins anormaux, dans ses
    rapports avec des personnes de son propre sexe, et aux
    influences nuisibles du cot forc avec sa femme malgr son
    _horror femin_.

    Le malade dclare tre n de parents sains et n'avoir dans son
    ascendance ni nvropathes ni alins. Son frre an fut mari
    pendant trois ans. Le mariage fut dissous parce que l'poux
    n'avait jamais eu de rapports sexuels avec sa femme. Il se
    maria une seconde fois. La seconde femme aussi se plaignit
    d'tre nglige par son mari; mais elle a quatre enfants
    dont la lgitimit n'est pas mise en doute. Une soeur est
    hystrique.

    Le malade prtend avoir, tant jeune homme, souffert d'accs
    de vertige qui duraient plusieurs secondes et pendant lesquels
    il avait comme le sentiment que tout son tre se dsagrgeait.
    Il dit avoir t de tout temps trs irritable, trs motif, et
    avoir eu de l'enthousiasme pour la posie et pour la musique.
    Lui-mme il dpeint son caractre comme mystrieux, anormal,
    nerveux, inquiet, extravagant et hsitant. Il est souvent
    exalt sans aucune raison, et ensuite dprim sans motif,
    jusqu' concevoir des ides de suicide. Il peut, par une
    transition rapide et subite, passer des sentiments religieux
     la frivolit, de l'esthtique au cynisme, de la lchet  la
    provocation, de la crdulit bonasse  la mfiance, enfin de
    la tendance  faire du mal  autrui  celle d'tre touch
    aux larmes du malheur des autres, d'tre libral jusqu' la
    prodigalit et ensuite avare comme Harpagon. En tout cas, le
    malade est un tre tar. Intellectuellement il semble tre
    trs bien dou; aussi nous a-t-il affirm avoir appris avec
    facilit et avoir toujours t parmi les premiers en classe.

    Le mariage de cet homme ne fut pas heureux. Le malade est
    rest neurasthnique malgr qu'il n'ait que rarement accompli
    avec sa femme l'acte sexuel si inadquat et si nuisible pour
    lui, et qu'il n'ait pas moins rarement trouv de compensations
    chez des amants masculins. Sa souffrance prsentait par
    moments des exacerbations considrables jusqu' dsesprer de
    sa situation conjugale et sexuelle, et allant mme jusqu'au
    plus violent _tdium vit_.

    Sa femme est devenue hystropathe, anmique, et le malade
    lui-mme est d'avis qu'elle l'est devenue _ex abstinentia_.
    Quelque violence qu'il se fasse, quelque effort qu'il dploie,
    il lui est impossible depuis quelques annes de faire le cot;
    les rections font absolument dfaut, tandis qu'il se sent
    trs puissant dans ses rapports avec ses amants masculins.

    Le garon de ces malheureux parents a maintenant neuf ans et
    se porte bien.

    Le malade m'avoua encore qu'autrefois il n'tait puissant
    pendant le cot avec sa femme qu'en voquant par artifice dans
    son imagination l'image d'un homme aim. (Extrait du _Lehrbuch
    der Psychiatrie_ de l'auteur, 2e dition, avec des notes
    supplmentaires).

    OBSERVATION 114. Autobiographie.--L'auteur de ces lignes est
    uraniste de naissance.

    Bien que je n'aie jamais rencontr d'autres uranistes, je
    suis compltement renseign sur mon tat, ayant russi  me
    procurer avec le temps tous les ouvrages scientifiques qui
    traitent de ce sujet. Il n'y a pas longtemps que j'ai eu
    l'occasion de lire votre livre _Psychopathia sexualis_.

    Je vis que vous examiniez et prcisiez les choses sans
    prjug, seulement dans l'intrt de la science et de
    l'humanit.

    Bien que je ne puisse vous communiquer beaucoup de faits
    nouveaux, je tiens tout de mme  vous mentionner certaines
    choses que vous voudrez bien accepter comme une pierre de plus
    pour votre difice; je les remets en pleine confiance entre
    vos mains, convaincu que vous vous en servirez pour notre
    rhabilitation sociale.

    Vous tes peut-tre dans le vrai en supposant que nous sommes
    souvent atteints d'une tare hrditaire. Mon pre souffrait
    d'une maladie de la moelle pinire avant ma naissance; plus
    tard, il est devenu mlancolique et s'est suicid.

    Un autre point cependant sur lequel je ferai mes rserves,
    est l'opinion exprime par vous, dans un autre passage, que
    l'onanisme, pratiqu ds la premire jeunesse, pourrait amener
    un individu  des penchants pervers.

    Ngociant, propritaire d'un petit fonds de commerce,
    clibataire--(cela va de soi),--je viens de passer ma
    trentime anne; j'ai l'apparence d'un homme bien portant
    et mon extrieur s'carte  peine du type viril normal. J'ai
    ressenti  partir de l'ge de dix ans mes premires motions
    sexuelles qui, ds le dbut, se portrent exclusivement vers
    le sexe masculin.

     partir de l'ge de douze ans, j'ai pratiqu la masturbation.
    J'ai d jusqu' aujourd'hui me contenter de ce genre de
    satisfaction, le cot avec la femme ayant t impossible,
    malgr tous mes essais, et n'ayant jamais prouv de dsirs
    mais plutt du dgot pour la femme, et par consquent n'ayant
    jamais la moindre rection.

    Si je dois faire maintenant une confession sur la manire de
    satisfaire mon instinct sexuel, je dois avouer qu'autrefois
    des camarades d'cole, des garons de mon ge, pouvaient
    provoquer chez moi une excitation sexuelle. Mon penchant pour
    les garons de dix ans, mais surtout pour les jeunes gens de
    quinze  vingt ans, subsiste encore aujourd'hui.

    Ce qui me charme avant tout, ce sont les formes des corps
    bien vigoureux mais pourtant dlicats des cadets (lves
    militaires), dont l'uniforme plein de got et les manires
    distingues m'excitent particulirement.

    Je n'ai pas eu l'occasion d'entrer avec eux en rapports, mme
    purement sociaux. Je dois me contenter de les suivre dans les
    rues et les promenades ou bien dans les cas plus favorables,
    au restaurant, sur le tramway ou en chemin de fer; je
    m'assieds prs d'eux et, quand je puis le faire sans tre
    aperu, je me satisfais au moyen de l'onanisme.

    Mon dsir le plus ardent serait souvent d'tre l'ami, le
    serviteur ou l'esclave d'un de ces jeunes hommes.

    Je ne pense jamais  la pdrastie directe: _exoptatum mihi
    est corpus tangere, amplecti, membrum meum ab amato juvene
    tangi, me autem genitalia vel podicem ejus osculare posse_.

    J'ai souvent cette envie que Sacher Masoch dpeint dans son
    roman La Vnus  la fourrure, dans lequel un homme se fait
    volontairement l'esclave d'une femme, et prouve des frissons
    de volupt quand il est battu ou humili par elle. Seulement,
    chez moi, ce sentiment est modifi dans ce sens que je ne
    voudrais nullement tre l'esclave d'une femme, mais l'esclave
    d'un homme ou plutt d'un jeune homme que j'aimerais tellement
    que je me mettrais  sa merci avec tout mon tre.

    Voil quelles sont  peu prs les scnes de volupt qui sont
    prsentes  mon esprit pendant que je m'onanise, scnes dans
    lesquelles je me reprsente toujours les jeunes hommes ou les
    garons que j'ai rencontrs.

    Je sens bien que l'onanisme est toujours un pis-aller bien
    triste et bien incomplet.

    Voici comment je procde dans mon rve de volupt.--(Je dis
    tout, car je tiens  crire la vrit et toute la vrit.)--Je
    me figure m'tre engag  une obissance absolue envers un
    jeune homme qui me plat au physique. Je m'imagine qu'il vient
    m'humilier, qu'il exige, par exemple, que je baise ses pieds
    ou qu'il m'oblige  renifler ses chaussettes trempes de
    sueur. _Quia quod exopto et concupisco mihi non contingit meas
    crepidas (chaussettes) olfacio casque in os recipio, genitalia
    mea iis praestringo, quibus factis mox pene erecto voluptate
    perturbatus semen ejaculo._

    Dans l'vocation de ces images, je suis all mme jusqu' me
    figurer que le jeune homme que je me reprsentais comme
    mon matre, m'ordonnait pour m'humilier de manger de ses
    excrments. Alors,  dfaut de la ralisation de la scne
    imagine, je mange de mes propres excrments, toutefois en
    petite quantit seulement, avec un dgot partiel et un
    vif battement de coeur; alors il se produit une violente
    rection suivie d'jaculation.

    Cependant, je n'arrive  ces scnes malpropres d'une
    imagination fivreuse et  leur excution que lorsque je me
    suis priv, pendant un laps de temps plus ou moins long, du
    plaisir de me satisfaire par l'onanisme, dans le voisinage
    immdiat d'un jeune homme.

    Ce dernier procd est plus conforme  mon naturel, car il
    me procure un peu plus de jouissance et en quelque sorte un
    rassrnement physique et intellectuel, bien que je n'aie pas
    encore pu arriver  mon idal d'une satisfaction relle et
    directe, accorde avec consentement mutuel.

    Je crois presque que l'horrible fantaisie dont j'ai parl
    n'est que la consquence de la privation des satisfactions
    normales, c'est--dire des satisfactions qui sont normales
    pour moi, dans ma nature d'uraniste. Je crois que, par une
    satisfaction rgulire, corps  corps, cette passion pousse
    jusqu' la folie se calmerait et renoncerait en tout cas 
    de pareilles extravagances. Ou, pour tre plus prcis, c'est
    l'effet final de mes essais d'abstinence, car c'est seulement
    aprs une plus ou moins longue priode de privation que
    j'aboutis  ces images de folie et de volupt.

    Je crois mme que, dans d'autres circonstances sociales, je
    serais capable de grandes et de nobles affections ainsi que
    d'abngation. Mes ides ne sont point exclusivement charnelles
    ou morbidement sensuelles. Que de fois,  l'aspect d'un
    beau jeune homme, je suis saisi d'un sentiment profond et
    romanesque! Et alors, je rcite comme une prire ce beau vers
    de Heine:

    Tu es comme une fleur, si dlicieuse, si belle, si pure,
    etc.

    Un jour que je dus me sparer d'un jeune homme que j'estimais
    et que j'apprciais, bien qu'il ignort mon amour pour lui, ce
    furent les beaux vers de Scheffel qui me revinrent, ces beaux
    vers dont la dernier couplet--_mutatis mutandis_--rsonnait
    surtout dans mon me:

    Le monde est devant moi, gris comme le ciel. Mais que mon
    sort tourne au bien ou au mal!--Cher ami, fidle je pense 
    toi;--Que Dieu t'ait en sa garde! C'et t trop beau!--Que
    Dieu te protge! Le sort en a dcid autrement.

    Jamais un jeune homme ne s'est encore dout de mon amour pour
    lui; je n'ai port  aucun un funeste prjudice au point de
    vue moral; mais il y en a beaucoup  qui j'ai fray le chemin;
    alors je ne recule devant aucune peine, et je fais tous les
    sacrifices que je puis faire.

    Quand j'ai l'occasion d'avoir auprs de moi un ami aim, de
    le former, de le maintenir et de le protger, quand mon
    amour, rest ignor, est pay de retour (bien entendu par
    une affection non sexuelle), alors les sales images de mon
    imagination se dissipent. Alors mon amour devient presque
    platonique; il s'ennoblit, pour retomber ensuite dans
    la fange, quand il ne lui est pas donn de se manifester
    dignement.

    Je suis d'ailleurs, sans me flatter, un homme qui ne compte
    pas parmi les plus mchants. D'un esprit plus vif que
    la moyenne des gens, je prends part  tout ce qui meut
    l'humanit. Je suis bon, doux et facile  apitoyer; je ne
    ferais pas de mal  une bte et moins encore  un tre humain;
    au contraire, partout o je le peux, je fais le bien et des
    actions humanitaires.

    Bien que, devant ma conscience, je ne puisse rien me reprocher
    et que je repousse vivement le jugement du monde sur nous, je
    souffre beaucoup. Il est vrai que je n'ai jamais fait de mal
     personne et que je crois mon amour, dans ses manifestations
    nobles, un sentiment aussi lev que l'amour des hommes
    normaux; mais, avec le sort malheureux que nous prpare
    l'intolrance et l'ignorance, je souffre souvent trs
    durement, au point d'tre las de cette vie.

    Il n'y a pas d'crits ni de paroles qui puissent dpeindre
    toute notre misre, toutes nos situations malheureuses, la
    peur continuelle d'tre dcouverts dans notre anomalie
    et d'tre mis au ban de la socit. La seule ide d'tre
    dcouvert, de perdre sa position et d'tre rpudi par tout le
    monde, est plus pnible qu'on ne le croit. Alors tout ce
    qu'on aurait fait de bien serait oubli; tout individu de
    prdisposition normale se rengorgerait, fort de son sentiment
    de haute moralit, mme s'il et agi le plus cyniquement en ce
    qui concerne son amour. Je connais plus d'un individu normal
    dont la frivolit en amour me semblera toujours difficile 
    comprendre.

    Cependant, qu'importe notre misre! Nous pouvons finir nos
    jours malheureux en maudissant l'humanit. En vrit, souvent
    j'aspire au calme de l'asile d'alins. Que ma vie finisse
    quand il le faudra! Le plus tt serait le mieux; je suis prt.

    Pour passer  une autre question, je crois aussi, comme les
    autres qui vous ont crit, que notre nervosit n'est que
    le rsultat de notre existence malheureuse et infiniment
    misrable au milieu de la socit humaine.

    Et maintenant, encore une remarque.  la fin de votre
    ouvrage, vous parlez de la suppression de l'article du Code
    relativement  nos actes. Certes, par cette suppression
    l'humanit ne prira point. En Italie, comme je crois le
    savoir, il n'y a pas de paragraphe de ce genre. Et pourtant
    l'Italie n'est pas une contre sauvage, mais un pays civilis.
    Et moi qui suis oblig de saper ma sant par l'onanisme, je ne
    pourrais pas tre atteint par la loi, dont jusqu'ici je n'ai
    viol aucun article. Pourtant je souffre de ce maudit mpris
    qui pse sur nous. Mais comment l'opinion de la socit
    pourrait-elle se modifier, tant qu'un article du Code la
    confirmera dans sa fausse moralit. La loi doit en tout cas
    rpondre  la conscience du peuple, non pas  la conscience
    populaire qui est errone, mais aux opinions des gens les
    mieux pensants et les plus instruits de la nation; elle
    ne doit pas se rgler sur les dsirs et les prjugs d'une
    populace superstitieuse et obscure.

    Les esprits perspicaces ne doivent pas persvrer plus
    longtemps dans les vieilles opinions  ce sujet.

    Excusez-moi, Monsieur, de terminer sans me nommer. Ne cherchez
    pas aprs moi. Je ne pourrais rien ajouter qui soit digne
    d'tre not. Je vous remets ces lignes dans l'intrt de mes
    compagnons de malheur. Publiez-en ce que vous croyez utile
    dans l'intrt de la science, de la vrit et de l'quit.

    OBSERVATION 115.--Par une soire d't, au crpuscule, X.
    Y..., docteur en mdecine dans une ville de l'Allemagne du
    Nord, a t pris en flagrant dlit par un garde champtre, au
    moment o il faisait sur un chemin des actes d'impudicit avec
    un vagabond. Il masturbait ce dernier et ensuite _mentulam
    alius in os suum immisit_. X... s'est soustrait aux poursuites
    judiciaires en prenant la fuite. Le procureur royal abandonna
    la plainte parce qu'il n'y avait aucun scandale public et que
    l'_immissio membri in anum_ n'avait pas eu lieu. On a trouv
    en la possession d'X... une vaste et longue correspondance
    uraniste qui a permis de constater que, depuis des annes,
    il avait des rapports uranistes suivis avec des personnes
    appartenant  toutes les classes de la socit. X... est issu
    d'une famille tare. Le grand-pre du ct paternel est
    mort alin et s'est suicid. Le pre tait un homme de
    constitution faible et de caractre bizarre. Un frre du
    malade s'est masturb ds l'ge de deux ans. Un cousin tait
    inverti, il commit les mmes actes contre les bonnes moeurs
    que X...; c'tait un jeune homme imbcile; il a fini ses
    jours avec une maladie de la moelle pinire. Un frre de son
    grand-pre du ct paternel tait hermaphrodite. La soeur de
    sa mre tait folle. La mre passe pour tre bien portante. Le
    frre de X... est nerveux et  des accs de colre violente.

    tant enfant, X... tait aussi trs nerveux. Le miaulement
    d'un chat lui causait une peur terrible; on n'avait qu'
    imiter la voix d'un chat pour qu'il se mt  pleurer amrement
    et  se cramponner de peur aux personnes de son entourage.

     l'occasion de maladies peu graves, il tait toujours pris de
    fivres violentes. C'tait un enfant calme, rveur, dou d'une
    imagination trs vive, mais de faibles moyens intellectuels.
    Il ne rechercha jamais les jeux des garons. Il s'amusait,
    de prfrence, aux occupations fminines. Il avait un plaisir
    particulier  coiffer la servante de la maison ou son frre.

     l'ge de treize ans, X... fut mis en pension. L, il
    pratiqua l'onanisme mutuel, sduisit ses camarades, se rendit
    impossible par sa conduite cynique, de sorte qu'on dut le
    renvoyer chez ses parents. Dj,  cette poque, des lettres
    d'amour, d'un caractre lascif et parlant d'inversion
    sexuelle, tombrent entre les mains des parents.

     partir de l'ge de dix-sept ans, X... fit ses tudes sous
    la direction svre d'un professeur de lyce. Il faisait des
    progrs convenables. Il n'avait du talent que pour la musique.
    Aprs avoir fait son baccalaurat, X... devint,  l'ge
    de dix-neuf ans, tudiant de l'Universit. L, il se fit
    remarquer par son genre cynique et par la frquentation de
    jeunes gens sur lesquels toutes sortes de bruits couraient,
    avec force allusions  leurs amours homosexuelles. Il
    commena  devenir coquet dans sa mise; il aimait les cravates
    voyantes, portait des chemises trs chancres au cou, serrait
    ses pieds dans des bottes troites et peignait ses cheveux
    d'une faon trange. Ces penchants disparurent lorsqu'il eut
    termin ses tudes universitaires et qu'il fut rentr chez ses
    parents.

     l'ge de vingt-quatre ans, il fut gravement neurasthnique
    pendant quelque temps.  partir de cette poque et jusqu'
    l'ge de vingt-neuf ans, il parut trs srieux, se montrant
    trs capable dans son mtier; mais il vitait la socit
    du beau sexe et rdait toujours avec des messieurs d'une
    rputation douteuse.

    Le malade n'a pas consenti  un examen personnel. Il s'est
    excus par lettre, en disant qu'il le croit sans utilit, son
    penchant pour son propre sexe existant chez lui depuis son
    enfance et tant congnital. De tout temps, il a eu l'_horror
    femin_, et il n'a jamais pu se dcider  goter les charmes
    fminins. Vis--vis de l'homme, il se sent dans le rle
    masculin. Il reconnat que son penchant pour son propre sexe
    est anormal, mais il s'excuse de ses excs sexuels par sa
    prdisposition morbide.

    Depuis sa fuite d'Allemagne, X... vit dans le sud de l'Italie,
    et, comme je l'apprends par une lettre qu'il m'a adress, il
    s'adonne, comme autrefois,  l'amour uraniste.

    X... est un homme grave, de trs belle prestance et de traits
    tout  fait virils; il a une barbe trs fournie; ses parties
    gnitales sont normalement dveloppes. Le docteur X... a mis,
    il y a quelque temps, son autobiographie  ma disposition;
    les passages suivants mritent d'en tre reproduits. Quand,
     l'ge de sept ans, je suis entr dans une pension, je me
    sentis trs mal  mon aise, et j'ai trouv un accueil trs
    peu avenant de la part de mes condisciples. Je ne me sentais
    attir que vers un seul d'entre eux, un trs joli enfant que
    j'aimais presque passionnment. Dans nos jeux d'enfants, je
    savais toujours arranger les choses pour paratre habill en
    fille; et mon plus grand plaisir tait de faire  notre bonne
    des coiffures bien compliques. Je regrettais souvent de
    n'tre pas n fille.

    Mon instinct gnital s'veilla  treize ans et se porta, ds
    son origine, vers les jeunes gens vigoureux. Au commencement,
    je ne me rendis pas encore compte du caractre anormal de ce
    penchant; je n'en eus conscience que quand je vis et entendis
    comment mes camarades taient conforms sous le rapport
    sexuel.  l'ge de treize ans, je commenai  me masturber. 
    l'ge de dix-sept ans, je quittai la maison paternelle et je
    frquentai le lyce d'une grande capitale, o l'on m'avait
    mis en pension chez un professeur mari. J'eus plus tard des
    rapports sexuels avec le fils de ce professeur. C'tait la
    premire fois que j'prouvais une satisfaction sexuelle.
    Ensuite, je fis la connaissance d'un jeune artiste, qui
    s'aperut bientt de mon naturel anormal et qui m'avoua que
    c'tait aussi son cas. J'appris par lui que cette anomalie
    tait trs frquente: cette communication anantit l'ide qui
    m'affligeait beaucoup que j'tais le seul individu anormal. Ce
    jeune homme avait de nombreuses connaissances de son got et
    il m'introduisit dans ce cercle d'amis. L, je fus bientt
    l'objet de l'attention gnrale, car, comme on disait, au
    physique je promettais beaucoup. Bientt, je fus idoltr
    par un monsieur d'un ge mr, que je reus pour une courte
    priode; puis, j'coutai avec complaisance les propositions
    d'un jeune et bel officier qui tait  mes pieds.  vrai dire,
    celui-ci tait mon premier amour.

    Aprs avoir fait mon baccalaurat,  l'ge de dix-neuf ans,
    affranchi de la discipline de l'cole, je fis la connaissance
    d'un grand nombre de gens ayant mes penchants, entre autres
    celle de Karl Ulrichs (_Numa Numantius_).

    Lorsque, plus tard, je passai  l'tude de la mdecine et
    que j'eus des relations avec beaucoup de jeunes gens de nature
    normale, je me trouvai souvent dans l'obligation de cder
    aux invitations de mes camarades et d'aller chez des filles
    publiques. Aprs m'tre couvert de honte devant plusieurs
    femmes, parmi lesquelles il y en avait de trs belles,
    l'opinion se rpandit parmi mes amis que j'tais impuissant.
    Je donnai  ce bruit de la consistance en racontant de
    prtendus exploits excessifs que j'avais autrefois accomplis
    avec des femmes. J'avais,  cette poque, de nombreuses
    relations au dehors. Dans les cercles, on vantait tellement
    ma beaut physique, que ma rputation de beaut prit une
    trs grande extension. Ceci eut pour consquence qu' chaque
    instant un voyageur se prsentait et que je recevais une telle
    quantit de lettres d'amour que j'en tais souvent embarrass.
    Cette situation atteignit son apoge quand, plus tard, je fus
    log au lazaret comme mdecin faisant son volontariat d'un
    an. Il y avait l un va-et-vient comme chez une personnalit
    clbre, et les scnes de jalousie qui s'y jouaient  cause
    de moi faillirent amener la dcouverte de toute cette affaire.
    Peu de temps aprs, je tombai malade: j'avais une inflammation
    de l'articulation de l'paule, dont je ne guris que trois
    mois plus tard.

    Pendant ma maladie, on me fit plusieurs fois par jour des
    injections sous-cutanes de morphine, qu'on cessa brusquement
    un jour, mais que, en secret, je continuai de pratiquer,
    mme aprs ma gurison. Avant de commencer  pratiquer comme
    mdecin, je fis un sjour de plusieurs mois  Vienne pour
    faire des tudes spciales. Grce  des recommandations, j'eus
    dans cette ville mes entres dans divers cercles de personnes
    de mon genre. J'y fis la remarque que l'anomalie dont il est
    ici question est, dans ses formes varies, aussi rpandue
    dans les classes populaires que dans les hautes classes de la
    socit, et que ceux qui sont abordables par mtier, contre
    espces sonnantes, se rencontrent frquemment aussi dans les
    hautes classes.

    Quand je me suis tabli comme mdecin  la campagne,
    j'esprais pouvoir me dbarrasser de la morphine en prenant
    de la cocane. Ainsi je tombai dans le cocanisme qu'on n'a pu
    supprimer qu'aprs trois rechutes, il y a un an et neuf
    mois. Dans ma position, il m'tait impossible de trouver des
    satisfactions sexuelles, et je m'aperus avec plaisir que
    l'usage de la cocane avait pour consquence d'teindre
    mes dsirs. Quand je fus dlivr pour la premire fois du
    cocanisme, grce aux soins nergiques de ma tante, je
    partis en voyage pour quelques semaines afin de me rtablir
    compltement. Les envies perverses taient revenues avec toute
    leur force. Un soir que je m'tais amus avec un homme
    en champ libre, dans les environs de la ville, je fus le
    lendemain mand au cabinet du procureur royal, qui me dit que
    j'tais surveill, qu'on m'avait dj dnonc, mais que l'acte
    dont on m'accusait ne tombant pas sous le coup de la loi,
    selon la dcision de la Cour suprme de l'empire allemand, je
    devais cependant prendre garde, car le bruit de cette affaire
    avait dj pntr partout.  la suite de cet incident, je me
    vis dans la ncessit de quitter l'Allemagne et de me chercher
    une nouvelle patrie dans un pays o les lois et l'opinion
    publique considrent que tous les penchants anormaux ne
    peuvent pas tre supprims par la force de la volont. Comme
    je me rendais parfaitement compte que mes penchants taient en
    contradiction avec la manire de voir de la socit, j'essayai
     plusieurs reprises de les matriser; je ne faisais que les
    attiser davantage, et mes amis disaient qu'ils avaient observ
    sur eux le mme effet. Me sentant exclusivement attir vers
    les jeunes gens vigoureux et trs virils, et ne trouvant que
    rarement des complaisances chez ces individus, j'en tais
    souvent rduit  acheter ce consentement. Comme mes dsirs
    ne visaient que des personnes de la classe infrieure, j'en
    trouvais toujours qui, pour de l'argent, se prtaient  mes
    fantaisies. J'espre que les rvlations que je vais faire
    ne provoqueront pas votre indignation; j'ai voulu d'abord
    les passer sous silence, mais il faut que je les ajoute pour
    rendre ma communication plus complte, puisqu'elles sont
    destines  augmenter le nombre des cas que vous avez
    observs. J'prouve le besoin d'accomplir l'acte sexuel de la
    faon suivante:

    _Pene juvenis in os recepto, ita ut commovendo ore meo
    effecerim, ut is quem cupio, semen ejaculaverit, sperma in
    perinum exspuo, femora comprimi jubeo et penem meum adversus
    et intra femora compressa immitto. Dum hc fiunt, necesse
    est ut juvenis me, quantum potest, amplectatur. Qu prius me
    fecisse narravi, eumdem mihi afferunt voluptatem, acsi ipse
    ejaculo. Ejaculationem pene in anum immitendo vel manu terendo
    assequi, mihi sequaquam amoenum est._

    _Sed inveni qui penem meum recaperint atque ea facientes
    qu supra exposui, effecerint, ut libidines me plane sint
    saturat._

    Quant  ma personne, je dois encore donner les renseignements
    suivants. J'ai 1 m, 80 de taille; je suis d'un _habitus_ tout 
    fait viril, et bien portant, sauf une irritabilit anormale
    de la peau. J'ai des cheveux blonds et touffus, la barbe
    idem. Mes parties gnitales sont de grosseur moyenne et d'une
    conformation normale. Je suis capable de faire, dans les
    vingt-quatre heures, quatre  six fois l'acte dont j'ai parl,
    sans prouver la moindre fatigue. Mon genre de vie est trs
    rgulier. Je ne bois que trs peu d'alcool et je suis trs
    modr dans l'usage du tabac. Je joue assez bien du piano,
    et quelques petites compositions que j'ai faites ont t trs
    applaudies. Il n'y a pas longtemps, j'ai achev un roman qui,
    comme premier ouvrage, est trs favorablement apprci par mes
    amis. Ce roman a pour sujet plusieurs problmes de la vie des
    invertis sexuels. tant donn le grand nombre de compagnons
    de souffrance que j'ai connus personnellement, je fus, bien
    entendu, souvent  mme de faire des observations sur les
    diverses formes de cette anomalie; les renseignements suivants
    pourront donc vous tre de quelque utilit.

    Le fait le plus anormal que je connaisse, c'est la manie d'un
    monsieur habitant les environs de Berlin. _Is juvenes sordidos
    pedes habentes aliis proefert, pedes eorum quasi furibundus
    lambit._ Tel est un monsieur de Leipzig, qui _linguam in
    anum coeno iniquatum quod ei gratissimum est, immittere
    narratur_.

     Paris, il y a un monsieur qui, par ses insistances, a
    dcid un de mes amis, _ut in os ei mingat_. On m'affirme
    que d'aucuns,  la vue de bottes de cavaliers ou de pices
    d'uniforme militaire, entrent dans une telle extase qu'il se
    produit chez eux spontanment des jaculations.

    L'exemple de deux personnages de Vienne nous montre jusqu'
    quel point certains invertis se sentent femmes, ce qui n'est
    pas du tout mon cas. Ces deux individus ont des sobriquets
    fminins: l'un est un coiffeur, qui s'appelle _Die
    franzsische Laura_ (Laura la Franaise), l'autre est un
    ancien boucher qu'on appelle _Die Selcher Fanny_ (Fanny
    la Charcutire). Tous deux ne manquent jamais, pendant le
    carnaval, l'occasion de se montrer dguiss en femmes. 
    Hambourg, il y a un personnage que beaucoup de gens prennent
    pour une femme, parce que cet individu est toujours, chez
    lui, habill en femme et que, dans ses rares sorties, il est
    galement revtu d'une toilette fminine. Ce monsieur a mme
    voulu,  l'occasion d'un baptme, figurer comme marraine, ce
    qui a provoqu un scandale norme.

    Les dfauts des femmes, commrages, manque  la parole
    donne, faiblesse de caractre, sont le partage rgulier de
    pareils individus.

    Je connais plusieurs cas de tendance sexuelle perverse
    o l'individu est en mme temps atteint d'pilepsie et de
    psychoses; ce qui est surprenant, c'est la frquence des
    hernies dans ces cas. Pendant que je pratiquais la mdecine,
    plusieurs personnes auxquelles je fus recommand par mes amis,
    s'adressrent  moi pour des maladies contractes  l'anus.
    J'ai constat deux chancres syphilitiques, un chancre mou,
    plusieurs fissures, et actuellement j'ai en traitement un
    monsieur qui a,  l'anus, des conditomes pointus, qui forment
    une sorte de gonflement ressemblant  un chou-fleur et
    ayant presque la grosseur du poing. J'ai vu  Vienne un cas
    d'affection primitive du palais chez un jeune homme qui avait
    l'habitude de frquenter, dguis en femme, les bals masqus
    et d'y attirer  l'cart les messieurs. Il prtendait
    toujours, au moment psychologique, avoir ses rgles, et par ce
    moyen, il savait s'arranger de faon  ce qu'on se servt de
    lui _per os_. De cette manire il aurait, en une seule soire,
    sduit quatorze jeunes gens.

    N'ayant, dans aucun des ouvrages sur l'inversion sexuelle qui
    me sont tombs sous les yeux, rien trouv sur les rapports
    des pdrastes entre eux, je voudrais vous donner, pour finir,
    encore quelques renseignements  ce sujet.

    Aussitt que deux invertis font connaissance, ils changent
    mutuellement des communications sur les incidents de leur
    pass, sur leurs amours et leurs conqutes,  moins qu'une
    pareille conversation soit impossible par la grande distance
    sociale qui spare un uraniste de l'autre. Ce n'est que
    rarement qu'on s'abstient d'une pareille conversation quand
    on fait une nouvelle connaissance. Entre eux, les invertis
    se dsignent par le mot tantes;  Vienne ils s'appellent
    soeurs. Deux prostitues viennoises, d'allures masculines,
    dont j'ai fait la connaissance par hasard, et qui ont entre
    elles des rapports d'inversion sexuelle, me racontrent que,
    dans des circonstances analogues, les femmes se servent de la
    dsignation d'oncles. Depuis que j'ai une conscience nette
    de mon tat anormal, je suis entr en relations avec plus de
    mille individus, ayant des sentiments conformes  ma nature.
    Presque dans chaque grande ville il y a un lieu de runion
    pour eux, ce qu'on appelle un trottoir, un lieu de
    raccolage. Dans les petites villes il y a relativement peu de
    tantes; cependant, j'en ai trouv huit dans une bourgade de
    2.300 habitants; dans une ville de 7.000 habitants dix-huit
    dont j'tais sr, sans parler des autres que je souponnais.
    Dans ma ville natale, qui a 30.000 habitants, je connais
    personnellement environ cent-vingt tantes. La plupart ont la
    facult, et pour ma part je la possde au plus haut degr, de
    juger du premier coup d'oeil si un individu a nos tendances
    ou non, ou, pour employer l'argot des tantes, s'il est
    raisonnable ou non raisonnable. Mes amis taient souvent
    tonns de la sret extraordinaire de mon coup d'oeil. Je
    reconnaissais au premier coup d'oeil des tantes chez des
    individus qui, selon toute apparence, taient organiss tout 
    fait virilement. D'autre part, j'ai tellement la facult de
    me comporter virilement que, dans les cercles o je fus
    recommand par des amis, on manifesta au premier abord des
    doutes sur l'authenticit de mon caractre. Quand je suis de
    mauvaise humeur, je peux me comporter tout  fait comme une
    femme. La plupart des tantes, y compris moi, ne regardent
    pas leur anomalie comme un malheur; ils regretteraient plutt
    de voir leur tat changer. Comme, selon mon opinion et celle
    des autres tantes, cet tat congnital ne peut gure tre
    influenc par rien, nous n'avons qu'un espoir, c'est de voir
    un jour modifier les articles du Code dans ce sens que le viol
    ou la provocation au scandale public, quand ils sont constats
    simultanment, pourraient tre poursuivis par la loi.

    OBSERVATION 116 (_Inversion sexuelle chez une femme_).--S...
    I..., trente-huit ans, institutrice, m'a consult pour des
    souffrances nerveuses. Le pre fut passagrement alin; il
    est mort d'une maladie du cerveau. La malade est une enfant
    unique. Dj, dans sa premire jeunesse, elle souffrait de
    sentiments d'angoisse et d'ides qui la tourmentaient, par
    exemple, qu'elle se trouvait dans un cercueil et qu'elle
    s'veillerait aprs qu'on l'aurait ferm, qu'elle avait oubli
    de dire quelque chose  confesse et qu'elle ne serait pas
    digne de la communion. Elle souffrait beaucoup de maux de
    tte, tait trs motionnable, peureuse, mais avait tout de
    mme des impulsions  voir des choses mouvantes, par exemple
    des cadavres.

    Ds sa plus tendre enfance, la malade tait excite
    sexuellement, et elle en vint  la masturbation sans y avoir
    t entrane par personne. Les rgles se produisirent  l'ge
    de quatorze ans, plus tard elles s'accompagnrent de douleurs
    et de coliques, d'une violente excitation sexuelle, de
    migraines et d'une forte dpression morale.  partir de l'ge
    de dix-huit ans, la malade a pu supprimer son penchant  la
    masturbation.

    La malade n'a jamais ressenti d'affection pour une personne
    de l'autre sexe. Quand elle pensait au mariage, ce n'tait
    que parce qu'elle dsirait par ce moyen se caser. En revanche,
    elle se sentait puissamment attire vers les filles. Elle prit
    au commencement cette affection pour un sentiment d'amiti.
    Mais bientt elle reconnut,  l'ardeur avec laquelle elle
    s'attachait  ses amies,  l'immense langueur qu'elle
    prouvait sans cesse pour elles, que ces sentiments taient
    pourtant plus que de l'amiti.

    La malade ne peut pas comprendre qu'une fille puisse aimer un
    homme, mais elle comprend trs bien qu'un homme puisse avoir
    de l'affection pour une fille. Elle s'est toujours vivement
    intresse aux belles femmes et aux belles filles, et leur
    aspect lui a toujours caus une puissante motion. Son plus
    grand dsir a toujours t de pouvoir embrasser ces gentilles
    cratures. Elle n'a jamais rv d'hommes, mais toujours de
    filles. Son bonheur tait de jouir de leur vue. La sparation
    de ses amies l'a toujours plonge dans le dsespoir.

    La malade, dont l'extrieur est tout  fait fminin et trs
    dcent, dit qu'elle ne s'est jamais sentie dans un rle
    particulier vis--vis de ses amies, pas mme dans ses rves de
    bonheur. Le bassin est de conformation fminine, les mamelles
    sont fortes; aucune trace de barbe sur la figure.

    OBSERVATION 117.--Mme R..., trente-cinq ans, femme du monde,
    m'a t amene par son mari, en 1886, pour une consultation
    mdicale. Le pre tait mdecin et trs nvropathe. Le
    grand-pre paternel tait bien portant, normal, et a atteint
    l'ge de quatre-vingt-dix ans. Sur la mre du pre de la
    malade on n'a pas de renseignements. Les frres et soeurs
    du pre sont, dit-on, tous nerveux. La mre de la malade tait
    atteinte d'une maladie de nerfs et souffrait d'asthme. Les
    parents de cette dernire taient tout  fait sains. La
    soeur de la mre fut atteinte de mlancolie.

    Depuis l'ge de dix ans, la malade a souffert de mal de tte
    habituel; sauf la rougeole, elle n'a eu aucune maladie; elle
    tait trs douce, a reu la meilleure ducation; avait un
    talent particulier pour la musique et les langues trangres;
    fut oblige de faire des tudes pour obtenir un brevet
    d'institutrice; fut pendant sa priode de dveloppement
    intellectuellement trs surmene et a eu,  l'ge de dix
    ans, une mlancolie sans dlire qui a dur plusieurs mois. La
    malade affirme que, de tout temps, elle n'a eu de sympathie
    que pour des personnes de son propre sexe et qu'elle n'a eu
    que tout au plus un intrt esthtique pour les hommes.
    Elle n'a jamais eu de got pour les travaux de femmes. tant
    petite, elle prfrait  tout, courir et jouer avec les
    garons.

    La malade dit qu'elle est reste bien portante jusqu' l'ge
    de vingt-sept ans. Alors elle est devenue, sans aucune raison
    extrieure, mlancolique; elle se prenait pour une mauvaise
    personne pleine de pchs, n'avait plus de joie  rien, tait
    sans sommeil. Pendant cette priode de maladie, elle tait
    tourmente d'ides obsdantes; elle se reprsentait sa mort,
    son agonie et celle de son entourage. Elle gurit aprs cinq
    mois. Elle devint alors gouvernante; elle tait trs
    surmene; elle tait bien portante sauf quelques malaises
    neurasthniques et des irritations spinales priodiques.

     l'ge de vingt-huit ans, elle fit la connaissance d'une dame
    plus jeune qu'elle de cinq ans. Elle en tomba amoureuse et
    en fut aime. Leur amour tait trs sensuel et trouvait  se
    satisfaire dans l'onanisme mutuel. Je l'ai idoltre, c'est
    un tre si noble! disait la malade en parlant de cette
    liaison d'amour qui a dur quatre ans et qui s'est termine
    par le mariage malheureux de cette amie.

    En 1885, aprs bien des motions morales, la malade fut
    atteinte d'une maladie, une sorte d'hystro-neurasthnie
    (dyspepsie gastrique, irritation spinale, accs de catalepsie,
    d'hmianopie avec migraine, accs d'aphasie transitoire,
    _pruritus pudendi et ani_).

    Au mois du fvrier 1886, ces symptmes disparaissaient.

    Au mois de mars, la malade fit la connaissance de son mari
    actuel, l'pousa sans hsiter, car il tait riche, avait
    beaucoup d'affection pour elle, et son caractre lui tait
    sympathique.

    Le 6 avril, elle lit un jour cette phrase: La mort n'pargne
    personne. Comme un coup de foudre, ses anciennes ides
    obsdantes de la mort lui reviennent. Dans son obsession
    elle s'imaginait la mort la plus terrible pour elle et
    son entourage; elle se reprsentait des scnes d'agonie
    particulire; elle en perdit la tranquillit et le sommeil, et
    ne se plaisait plus  rien. Son tat s'amliora. Son mariage
    eut lieu fin mai 1886, mais elle fut encore tourmente de
    l'ide pnible qu'elle porterait malheur  son mari et  sa
    parent.

    Le 6 juin, premier cot. Elle en fut moralement trs dprime.
    Ce n'est pas comme cela qu'elle s'tait figur le mariage! Au
    commencement elle fut tourmente par un violent _tdium vit_.
    Sou poux qui l'aimait sincrement, faisait tout son possible
    pour la rassurer. Les mdecins consults taient d'avis que
    tout irait bien, une fois que la malade serait grosse. La mari
    ne pouvait s'expliquer la conduite nigmatique de sa femme.
    Elle tait aimable pour lui, tolrait ses caresses, se
    comportait d'une faon tout  fait passive dans le cot
    qu'elle cherchait  viter autant que possible; elle tait,
    aprs l'acte, pendant des jours entiers fatigue, puise,
    tourmente par une irritation spinale et nerveuse.

    Un voyage des poux lui permit de revoir son amie qui, depuis
    trois ans, vivait malheureuse en mnage. Les deux femmes
    tressaillirent de joie et d'motion, quand elles tombrent
    dans les bras l'une de l'autre; elles furent ds ce moment
    insparables. Le mari trouva cette liaison amicale quelque
    peu trange et pressa le dpart. Il se convainquit en prenant
    connaissance de la correspondance de sa femme avec cette amie,
    que cet change de lettres ressemblait absolument  celui qui
    est en usage entre amoureux.

    Mme R... devint enceinte. Pendant sa grossesse, les restes de
    sa dpression psychique et ses obsessions disparurent. Vers le
    15 septembre, avortement environ  la neuvime semaine de
    la grossesse.  la suite, nouveaux symptmes
    d'hystro-neurasthnie; de plus antflexion et latroflexion 
    droite de l'utrus, anmie, atonie ventriculaire.

     la consultation, la malade fait l'impression d'une personne
    trs tare nvropathiquement. L'expression nvropathique de
    l'oeil est manifeste. _Habitus_ tout  fait fminin. Sauf un
    palais trs troit et trs incurv, il n'y a pas d'anomalies
    du squelette. Ce n'est que difficilement que la malade s'est
    dcide  faire des confidences sur son anomalie sexuelle.
    Elle se plaint d'avoir fait un mariage sans savoir ce que
    c'est que la vie conjugale entre homme et femme. Elle aime son
    mari cordialement  cause de ses qualits d'esprit, mais les
    rapports conjugaux lui sont un supplice; elle n'y consent
    qu' contre-coeur et sans en prouver jamais la moindre
    satisfaction. _Post actum_, elle est pendant des jours entiers
    tout  fait fatigue et puise. Depuis l'avortement et
    l'interdiction du mdecin de continuer les rapports conjugaux,
    elle se sent mieux, mais c'est l'avenir qui lui parat
    terrible. Elle estime son mari, elle l'aime psychiquement,
    elle ferait tout pour lui, si seulement il voulait dornavant
    l'pargner sexuellement. Elle espre qu'avec le temps elle
    pourrait devenir capable d'un sentiment sensuel pour lui.
    Quand il joue du violon, elle croit souvent qu'il surgit en
    elle un sentiment qui est plus que de l'amiti, mais ce n'est
    qu'un sentiment phmre dans lequel elle ne voit aucune
    garantie pour l'avenir. Son suprme bonheur c'est sa
    correspondance avec son ancienne amante. Elle sent que c'est
    un tort, mais elle ne peut y renoncer; sans cela elle se
    sentirait trop malheureuse.

Il faut noter comme trs remarquable le fait que l'anomalie peut,
pendant longtemps, se borner  une simple inversion du sentiment
sexuel et que l'impulsion  une satisfaction perverse ne se manifeste
qu' la suite d'une cause occasionnelle, par exemple une sduction,
ou d'une nvrose qui vient de se dclarer. Ces cas peuvent tre
facilement confondus avec ceux d'inversion morbide acquise, quand
on ne peut pas dmontrer anamnestiquement qu'ils sont primitifs et
congnitaux par rapport au sens sexuel.

    OBSERVATION 118.--Mme C..., trente-deux ans, femme d'un
    fonctionnaire, grande, pas laide, d'un extrieur tout  fait
    fminin, est ne d'une mre nvropathe et trs motive. Un
    frre tait psychopathe et a pri par _potus_. La malade
    fut, de tout temps, bizarre, entte, renferme, violente,
    colreuse, excentrique. Ses frres et soeurs aussi sont des
    gens trs irritables. Dans la famille, il y eut plusieurs cas
    de phtisie pulmonaire.  treize ans, la malade se faisait dj
    remarquer par des signes d'une grande motivit sexuelle
    et par un amour extatique pour une camarade de son ge.
    Son ducation fut trs svre; toutefois la malade lisait
    clandestinement beaucoup de romans et crivait des posies
    en quantit.  l'ge de dix-huit ans, elle s'est marie, pour
    chapper  la situation dsagrable qu'elle avait dans la
    maison paternelle.

    Elle dit qu'elle a toujours t indiffrente aux hommes. En
    effet, elle vitait les bals.

    Les statues de femmes lui plaisaient beaucoup. Le comble du
    bonheur pour elle, serait d'tre marie avec une femme aime.
    Il est vrai que cela lui a toujours paru inexplicable. Elle
    dit qu'avant d'avoir conclu son mariage, elle n'avait pas
    conscience de son anomalie sexuelle. La malade s'est soumise
    au devoir conjugal; elle a donn naissance  trois enfants
    dont deux ont souffert de convulsions; elle vcut d'accord
    avec son mari qu'elle estimait, mais uniquement pour ses
    qualits morales. Elle vitait volontiers le cot. J'aurais
    prfr avoir des rapports avec une femme.

    En 1878, la malade a fini par devenir neurasthnique. 
    l'occasion d'un sjour dans une station balnaire, elle fit
    la connaissance d'un uraniste fminin, dont j'ai publi
    l'histoire dans l'_Irrenfreund_ (1884, n 1, observation n
    6).

    La malade rentra change dans sa famille. Le mari rapporte
     ce sujet: Elle n'tait plus mon pouse, elle n'avait plus
    d'affection ni pour moi, ni pour ses enfants, et ne voulait
    plus entendre parler de rapports conjugaux. Elle tait prise
    d'amour ardent pour son amie; elle n'avait plus d'ides pour
    autre chose. Quand son mari eut interdit la maison  la dame
    en question, il y eut une correspondance o l'on pouvait lire
    des passages comme celui-ci: Ma colombe, je ne vis que pour
    toi, mon me! C'tait une motion terrible quand une lettre
    attendue n'arrivait pas. La liaison n'tait pas du tout
    platonique. Certaines allusions laissent supposer que le
    procd du satisfaction sensuelle tait l'onanisme mutuel.
    Cette liaison amoureuse dura jusqu'en 1882 et rendit la malade
    neurasthnique au plus haut degr. Comme elle ngligeait
    absolument la maison, le mari prit une dame de soixante ans
    comme femme de mnage, et, en outre, une gouvernante pour les
    enfants. La malade est devenue amoureuse de toutes les deux;
    celles-ci tolraient ses caresses et tiraient un profit
    matriel de la passion de leur matresse.

    Vers la fin de 1883, elle dut faire un voyage dans le Midi
     cause d'une tuberculose pulmonaire qui commenait  se
    dvelopper. L elle fit la connaissance d'une Russe, ge de
    quarante ans, en tomba passionnment amoureuse, mais ne trouva
    pas l'amour en retour qu'elle aurait dsir. Un jour la malade
    fut frappe d'alination mentale; elle prenait la Russe pour
    une nihiliste, se croyait magntise par elle; elle eut un
    dlire de perscution manifeste, s'enfuit, fut prise dans
    une ville d'Italie, transporte  l'hpital o elle se calma
    bientt. Elle poursuivit alors de nouveau la dame de ses
    propositions d'amour, se sentant infiniment malheureuse et
    songeant au suicide.

    Rentre au domicile de son mari, elle fut prise d'une profonde
    dpression de ne pas avoir sa Russe, et se montra froide et
    brusque envers son entourage. Vers la fin du mois de mai 1887,
    il se dclara chez elle un tat d'excitation rotique avec
    dlire. Elle dansait, jubilait, dclarait qu'elle tait du
    sexe masculin, demandait aprs ses anciennes matresses,
    prtendait tre de la famille impriale; elle prit la fuite,
    dguise en homme; elle fut ensuite amene dans un tat
    d'motion rotico-maniaque  l'asile d'alines. L'tat
    d'exaltation disparut au bout de quelques jours. La malade
    devint calme, dprime; elle fit une tentative de suicide par
    dsespoir, elle fut ensuite atteinte d'un douloureux _tdium
    vit_, l'inversion sexuelle passant de plus en plus au second
    rang; la tuberculose faisait des progrs. La malade est morte
    de phtisie au commencement de l'anne 1885.

    L'autopsie du cerveau n'a montr rien d'trange en ce qui
    concerne la structure et l'ordre des circonvolutions. Le poids
    du cerveau tait de 1,150 grammes. Le crne tait lgrement
    asymtrique. Aucun signe anatomique de dgnrescence. Les
    parties gnitales internes et externes taient normales.


3. EFFMINATION ET VIRAGINIT.

Il y a, entre le groupe prcdent et celui-ci, plusieurs cas
intermdiaires qui servent de transition, et qui sont caractriss par
le degr d'influence du penchant sexuel sur la personnalit psychique,
spcialement sur les penchants et l'ensemble des sentiments. Dans les
cas les plus avancs du troisime groupe, des hommes se sentent femmes
devant l'homme, et des femmes se sentent hommes en face de la femme.
Cette anomalie dans le dveloppement des sentiments et du caractre
se manifeste souvent ds l'enfance. Le garon aime  passer son temps
dans la socit de petites filles,  jouer aux poupes,  aider
sa maman dans les occupations du mnage; il aime les travaux de la
cuisine, la couture, la broderie, montre du got dans le choix des
toilettes fminines, de sorte que, en cette matire, il pourrait mme
donner des consultations  ses soeurs. Devenu plus grand, il n'aime
pas  fumer,  boire,  se livrer aux sports virils; il trouve, au
contraire, plaisir aux chiffons, aux bijoux, aux arts, aux romans,
etc., au point de faire le bel esprit. Quand la femme reprsente ces
tendances, il prfre frquenter la compagnie des dames.

Son plus grand plaisir c'est de pouvoir se dguiser en femme, 
l'occasion d'une mascarade. Il cherche  plaire  son amant en
cherchant, pour ainsi dire instinctivement,  lui montrer ce qui
plat dans le sexe oppos  l'homme htrosexuel: pudeur, grce, sens
esthtique, posie, etc. Souvent il fait des efforts pour se donner
une allure fminine par sa dmarche, par son maintien, par la coupe de
ses vtements.

La contre-partie est reprsente par l'uraniste fminin, ds l'ge de
petite fille. L'endroit qu'elle prfre est le prau o s'battent les
garons; elle cherche  rivaliser avec eux dans leurs jeux. La petite
fille ne veut rien savoir des poupes; sa passion est le cheval 
bton, le jeu de soldats et de brigands. Elle montre non seulement de
l'antipathie pour les travaux fminins, mais elle y montre aussi une
maladresse insigne. Sa toilette est nglige; elle aime les manires
rudes et garonnires. Au lieu des arts, son got et ses penchants
la portent vers les sciences.  l'occasion, elle fait un effort
pour s'essayer  boire et  fumer. Elle dteste les parfums et
les sucreries. L'ide d'tre ne femme lui inspire des rflexions
douloureuses, et elle se sent malheureuse d'tre  jamais exclue de
l'universit, de la vie gaie d'tudiant et de la carrire militaire.

Une me d'homme sous un sein de femme se traduit par des penchants
d'amazone pour les sports virils, de mme que par des actes de courage
et des sentiments virils. L'uraniste fminin aime la coupe de cheveux
et de vtements des hommes, et le comble de son plaisir serait de
pouvoir,  l'occasion, se montrer habille en homme. Son idal
rside dans les personnages fminins de l'histoire ou de l'poque
contemporaine qui se sont signals par leur esprit et leur nergie.

Quant aux penchants et aux sentiments sexuels de ces uranistes, dont
tout l'tre psychique est galement atteint, les hommes se sentent
femmes devant un homme, et les femmes se sentent hommes devant une
femme. Ils prouvent donc une rpulsion en face des personnes de mme
sexe que le leur, mais ils sont attirs par les homosexuels ou mme
les gens normaux de leur propre sexe. La mme jalousie qu'on trouve
dans la vie sexuelle normale, se rencontre aussi l, quand une
rivalit menace leur amour; cette jalousie est mme souvent
incommensurable, tant donn que les invertis sont, dans la plupart
des cas, sexuellement hyperesthsiques.

Dans les cas d'une inversion sexuelle compltement dveloppe, l'amour
htrosexuel parat  l'individu atteint comme quelque chose de tout
 fait incomprhensible; les rapports sexuels avec une personne de
l'autre sexe lui semblent inconcevables, impossibles. Un essai dans
ce sens choue, par le fait que l'ide entravante de dgot et mme
d'horreur rend l'rection impossible.

Deux individus seulement, des sujets de transition vers la troisime
catgorie, que j'ai observs, ont pu parfois faire le cot, en ayant
recours aux efforts de leur imagination, se figurant que la femme
qu'ils tenaient entre leurs bras tait un homme. Mais cet acte qui
leur tait inadquat, tait un grand sacrifice pour eux et ne leur
donnait aucune jouissance.

Dans les rapports homosexuels, l'homme, pendant l'acte, se sent
toujours comme femme et la femme comme homme. Les procds sont, chez
l'homme, quand il y a faiblesse irritable du centre d'jaculation,
simplement le _succubus_ ou le cot passif _inter femora_, ou dans
d'autres cas la masturbation passive ou _ejaculatio viri dilecti in
ore_. Il y en a qui dsirent la pdrastie passive.  l'occasion, il y
a aussi des dsirs de pdrastie active. Dans un cas d'essai fait dans
ce sens, l'homme y renona, car il fut pris de dgot pour un acte qui
rappelait trop le cot normal.

Jamais il n'existait dans les cas observs, un penchant pour des
mineurs (amour des garons). Dans des cas assez nombreux, on s'en
tenait aux affections platoniques. La satisfaction sexuelle de la
femme consiste probablement dans l'_amor lesbicus_ ou la masturbation
active.

    OBSERVATION 119. Autobiographie.--I. _Antcdents._--J'ai
    maintenant vingt-trois ans; comme vocation j'ai choisi les
    tudes de l'cole polytechnique (cole des Ingnieurs et des
    Mines) o je trouve une parfaite satisfaction. Je n'ai eu que
    des maladies d'enfance sans gravit, tandis que mon frre
    et ma soeur qui sont maintenant bien portants, ont eu  en
    supporter de trs graves. Mes parents sont vivants et mon pre
    est avocat. Il est, ainsi que ma mre, comme on a l'habitude
    de dire, nerveux et trs surexcit. Mon pre a eu un frre et
    une soeur qui sont morts  un ge tendre.

    II. _tat personnel._--En ce qui concerne mes attributs
    physiques, j'ai un corps robuste, sans tre trs bien bti;
    les yeux sont gris, les cheveux blonds. Barbe et poils sur le
    corps, raisonnablement pour mon ge et mon sexe. Les seins et
    les organes gnitaux sont normalement dvelopps, ma dmarche
    est ferme, presque lourde, le maintien nglig. Ce qui est
    surprenant, c'est que la largeur de mon bassin soit gale
    exactement  celle de mes paules.

    De ma nature je suis bien dou intellectuellement. Dans un de
    mes certificats on a mme dclar mes capacits excellentes.
    Sans vouloir me vanter, je dois dire que j'ai pass
    brillamment mes examens, et j'ai un vif intrt pour tout ce
    qui concerne le salut de l'humanit, pour la science, les
    arts et l'industrie. Mon nergie a pu, avec assez de facilit
    relativement, ajourner  une poque opportune la satisfaction
    de mes besoins dont je donnerai la description plus loin.
    Je condamne avec intention et en pleine conscience la morale
    d'aujourd'hui qui force les anormaux sexuels  enfreindre
    des lois arbitrairement cres, et j'estime que les rapports
    sexuels entre deux personnes du mme sexe ne doivent
    dpendre que du consentement libre des individus, sans que
    le lgislateur ait le droit d'intervenir. J'ai puis dans
    mes tudes la premire ide de former, d'aprs le procd
    de Carneri, une morale base sur les doctrines darwiniennes,
    morale qui, il est vrai, ne s'accorde gure avec celle
    d'aujourd'hui, mais qui serait capable d'lever l'homme 
    un niveau suprieur, et de l'ennoblir dans le sens des lois
    naturelles.

    Je ne crois pas qu'il y ait chez moi beaucoup de stigmates ni
    de tares. J'ai une certaine surexcitation. Ce qui me parat
     ce sujet important  noter, c'est que j'ai frquemment
    des rves o il ne s'agit, en gnral, que de choses
    indiffrentes, et qui n'ont jamais pour sujet de soi-disant
    images voluptueuses; tout au plus ils roulent sur les
    toilettes fminines, sur leur essayage, sur ce qui pour moi
    constitue, en tout cas, une ide voluptueuse. Parfois,
    surtout jusqu' l'ge de seize ans, la vivacit de mes songes
    s'accentuait jusqu'au somnambulisme, et trs souvent, ce qui
    m'arrive encore aujourd'hui, jusqu' me faire parler  haute
    voix pendant mon sommeil.

    _Mes penchants._ Mon penchant anormal dont j'ai parl plus
    haut, est le principe fondamental de mon sentiment sexuel.
    Quand je me suis habill en femme, j'prouve une satisfaction
    complte. J'ai alors une tranquillit, un bien-tre
    particulier, qui me permettent de me livrer plus facilement
     une occupation intellectuelle. Mon _libido_ pour
    l'accomplissement de l'acte sexuel est trs minime. J'ai aussi
    beaucoup de dispositions et de got pour les travaux manuels
    de la femme; sans avoir reu la moindre ducation, j'ai appris
    la broderie et le crochet et, en secret, j'aime  faire ces
    travaux. J'aime aussi  m'occuper d'autres travaux fminins,
    tels que la couture, etc. De sorte qu' la maison, o je cache
    soigneusement mon penchant et me garde bien de m'y livrer, des
    preuves que je donnai involontairement de mes aptitudes, m'ont
    valu cet loge que je ferais une excellente femme de chambre,
    loge dont je ne rougis pas du tout, mais qui au contraire m'a
    beaucoup flatt en secret. Je faisais peu de cas de la danse
    avec les femmes; je n'aimais  danser qu'avec mes camarades
    d'cole. Notre cours de danse tait organis de sorte que j'en
    avais souvent l'occasion; mais en dansant avec un camarade, je
    n'avais de plaisir qu' la condition d'tre dans le rle de
    la dame. Je passe sur une srie de rveries et de dsirs qui
    semblent avoir un caractre typique, tant d'une ressemblance
    parfaite avec les phnomnes cits dans la _Psychopathia
    sexualis_: par exemple, les fantaisies funbres de ce jeune
    officier, le costume de ballerine, etc. Pour le reste, mes
    gots ne diffrent pas d'une faon notable de ceux de
    mon sexe. Je fume et bois modrment; j'aime beaucoup les
    sucreries, et je fais peu de cas des exercices du corps.

    III. _Historique de l'anomalie._--Aprs cette description
    sommaire de mon individualit, je peux passer  l'analyse
    historique du dveloppement de mon anomalie. Ds le moment
    o j'ai pu quelque peu penser par moi-mme et que je me suis
    occup de la diffrence des sexes, j'eus le dsir ferme et
    secret d'tre une fille. Je croyais mme l'tre. Mais, en
    prenant un bain avec des camarades, je vis chez les autres
    garons les mmes parties gnitales que chez moi, je me rendis
    compte de l'impossibilit de mon ide. Je dus rabattre de
    mes dsirs et me nourrir de l'espoir d'tre du moins
    hermaphrodite. Comme j'avais une certaine rpulsion  regarder
    de prs les images et les descriptions des parties gnitales,
    bien que de pareils ouvrages me soient tombs souvent entre
    les mains, cette esprance subsista jusqu'au moment o mes
    tudes m'obligrent  m'occuper de plus prs de cette matire.
    Pendant ce temps, je lus tous les livres o il tait question
    d'hermaphrodites, et quand parfois les journaux racontaient
    comment une personne du sexe fminin avait t leve en homme
    et rendue plus tard par hasard  son sexe, j'avais le plus vif
    dsir d'tre  la place de cette personne. Bien fix sur mon
    caractre masculin, j'ai d mettre fin  mes rves, ce qui ne
    m'a caus aucune joie. J'essayai par toutes sortes de moyens
    d'annihiler mes glandes gnitales; mais les douleurs que
    j'prouvai me firent renoncera  ces tentatives. Maintenant
    encore j'ai le dsir trs vif d'avoir les signes extrieurs du
    sexe fminin, d'avoir une jolie natte, un buste bien arrondi,
    une taille de gupe.

     l'ge de douze ans, j'ai eu pour la premire fois l'occasion
    de mettre des vtements fminins; bientt aprs l'ide m'est
    venue d'arranger le soir les draps et les couvertures de mon
    lit comme des jupons. Plus tard, avec l'ge, mon plus grand
    bonheur tait de prendre en cachette les robes de mes soeurs
    et de m'en revtir, ne ft-ce que pour quelques minutes et au
    risque d'tre dcouvert.  ma grande joie il me fut un jour
    permis de jouer un rle de femme dans une reprsentation
    thtrale d'amateurs; on dit que je m'en suis assez bien
    acquitt. Depuis que je suis devenu tudiant et que je mne
    une vie plus indpendante, je me suis procur des vtements et
    du linge de femme, que je tiens moi-mme en bon tat. Quand le
    soir,  l'abri de toute dcouverte, je puis mettre une pice
    aprs l'autre, depuis le corset jusqu'au tablier et aux
    bracelets, je suis tout  fait heureux, et je me mets au
    travail, calme, content dans mon for intrieur, et plein de
    zle pour mon ouvrage. Quand je m'habille en femme, il se
    produit rgulirement une rection qui n'est jamais suivie
    d'jaculation, mais qui s'apaise d'elle-mme en trs peu
    de temps. Je cherche aussi  me rapprocher extrieurement
    davantage du type fminin, en donnant  mes cheveux une
    coiffure correspondant  ce caractre et en rasant ma barbe
    que j'aimerais mieux voir arrache.

    IV. _Penchants sexuels._--En passant  la description de mes
    penchants sexuels, je dois tout d'abord faire remarquer que
    ma maturit sexuelle s'est faite d'une faon normale, si
    j'en conclus par mes pollutions, la mue de ma voix, etc.
    Les pollutions se produisent maintenant encore rgulirement
    toutes les trois semaines et rarement  des intervalles plus
    rapprochs. Je n'en prouve jamais une sensation de volupt.
    Je n'ai jamais pratiqu l'onanisme; jusqu' ces temps derniers
    je n'en connaissais que le nom; quant  la chose, j'ai d me
    renseigner  ce sujet par des informations directes pour
    tre clair. En gnral, tout attouchement de mon membre en
    rection m'est pnible et douloureux, loin de me donner aucune
    sensation voluptueuse.

    Autrefois mon attitude en face des femmes tait trs timide;
    maintenant je me comporte avec calme, comme un gal avec des
    gaux. C'est trs rarement qu'une excitation directe, dans le
    sens sexuel, a t provoque chez moi par une femme; mais, en
    analysant de plus prs ces faits rares, il me semble que ce
    n'tait jamais la personne de la femme, mais seulement sa
    toilette qui produisait cet effet. Je m'amourachais de ses
    vtements et l'ide d'en pouvoir porter de pareils m'tait
    agrable. Ainsi, je n'eus jamais d'excitation sexuelle, mme
    au bordel, o mes amis m'entranaient quelquefois; je restais
    indiffrent malgr l'talage de toutes sortes de charmes
    imaginables et mme devant de vritables beauts. Mais mon
    coeur tait capable de sentiments amicaux pour le sexe
    fminin. Souvent je me figurais que j'tais dguis en femme,
    que je vivais inconnu parmi elles, que j'avais des relations
    avec elles, et que j'tais trs heureux ainsi. C'taient les
    jeunes filles dont le buste n'tait pas encore trop dvelopp
    et surtout celles qui portaient les cheveux courts, qui
    taient plutt capables de me faire quelque impression, parce
    qu'elles se rapprochaient le plus de ma manire de voir.
    Une fois j'eus la chance de trouver une fille qui se sentait
    malheureuse d'appartenir au sexe fminin. Nous conclmes un
    pacte d'amiti solide et nous nous rjouissions souvent
     l'ide de pouvoir changer notre situation sociale. Il
    convient peut-tre de relater encore le fait suivant qui
    pourrait avoir quelque importance pour caractriser mon
    cas. Lorsqu'il y a quelques mois, les journaux rapportrent
    l'histoire d'une comtesse hongroise qui, dguise en homme,
    avait contract un mariage et qui se sentait homme, je songeai
    srieusement  me prsenter  elle pour conclure un mariage
    inverti o j'aurais t la femme et elle l'homme... Je n'ai
    jamais essay le cot et je n'en ai jamais eu envie. Prvoyant
    que, en face de la femme l'rection ncessaire me ferait
    dfaut, je me proposais de mettre, au cas chant, les
    vtements de la femme, et je crois que, ces prparatifs faits,
    le succs attendu n'aurait pas manqu de se produire.

    Pour ce qui concerne mon attitude vis--vis des personnes du
    sexe masculin, je dois avant tout relever le fait que, pendant
    la priode o j'allais  l'cole, j'entretenais avec des
    camarades des amitis des plus tendres. Mon coeur tait
    heureux quand je pouvais rendre un petit service  l'ami
    ador. Je l'idoltrais rellement avec ferveur. Mais d'autre
    part je lui faisais pour un rien des scnes de jalousie
    terribles. Pendant la brouille, j'avais le sentiment de ne
    pouvoir ni vivre, ni mourir. Rconcili je redevenais pour
    quelque temps l'tre le plus heureux. Je cherchais aussi  me
    faire des amis parmi les petits garons que je choyais, que
    je comblais de sucreries et que j'aurais volontiers embrasss.
    Bien que mon amour en restt toujours aux termes platoniques,
    il tait pourtant d'un caractre anormal. Un propos que j'ai
    tenu alors inconsciemment sur un camarade ador et plus g
    que moi, en fournit la preuve: Je l'aime tant, disais-je,
    que je prfrerais  tout le pouvoir de l'pouser. Maintenant
    encore o je vis trs retir, je raffole facilement d'un bel
    homme,  barbe fine et aux traits intelligents. Mais je
    n'ai jamais trouv une me-soeur  laquelle j'aurais pu me
    dcouvrir, pour tre comme une amie auprs de lui. Jamais
    je n'ai essay de raliser directement mes penchants ou de
    commettre quelque imprudence  ce sujet. J'ai finalement cess
    de frquenter les muses o sont exposs des corps d'hommes
    nus, car les rections que me produisait cette vue, taient
    trs gnantes. En secret j'ai parfois soupir aprs l'occasion
    de pouvoir dormir  ct d'un homme, et j'en ai trouv aussi
    l'occasion. Un monsieur plus g, et qui ne m'tait gure
    sympathique, m'y invita un jour.

    _Cum eo concubui, ille genitalia mea tetigit_, et bien que
    sa personne me ft antipathique, j'prouvai le plus grand
    bonheur. Je me sentais tout  fait livr  lui; en un mot je
    me sentais femme.

    S'il m'est permis d'ajouter encore une remarque pour finir,
    je dois formellement dclarer que, bien que j'aie la pleine
    conscience de l'anomalie de mes penchants, je ne dsire
    nullement les changer. Je ne fais qu'aspirer aprs le temps
    ou je pourrai m'y livrer avec plus de commodit et sans risque
    d'tre dcouvert, afin de me procurer un plaisir qui ne fait
    de tort  personne.

    OBSERVATION 120.--Mlle Z..., trente et un ans, artiste, est
    venue  la consultation pour des malaises neurasthniques.
    Elle attire l'attention par les traits grossiers et virils de
    sa figure, sa voix creuse, ses cheveux courts, ses vtements
     coupe masculine, sa dmarche virile et son aplomb. Pour
    le reste, elle est tout  fait femme; elle a des seins assez
    dvelopps; le bassin est fminin; pas de poils sur la figure.

    L'interrogatoire, relativement  l'inversion sexuelle, donne
    un rsultat positif.

    La malade raconte qu'tant encore petite, elle aimait mieux
    jouer avec des garons, notamment aux jeux de soldat, au
    marchand, au brigand etc. Elle dit que dans ces jeux de
    garons elle tait trs violente et effrne; elle n'a jamais
    eu de got pour les poupes ni pour les travaux manuels de la
    femme; elle n'a appris que les plus rudimentaires (tricoter et
    coudre).

     l'cole, elle fit de bons progrs et s'est surtout
    intresse aux mathmatiques et  la chimie. De trs bonne
    heure, s'est veill en elle un penchant pour les beaux-arts
    pour lesquels elle montrait quelques aptitudes. Son but
    suprme tait de devenir une artiste remarquable. Dans ses
    rves d'avenir, elle n'a jamais pens  une liaison conjugale.
    Comme artiste, elle s'intressait aux beaux tres humains,
    mais c'taient seulement les corps de femmes qui l'attiraient;
    quant aux figures d'hommes, elle ne les contemplait qu'
    distance. Elle ne pouvait souffrir les niaiseries des
    chiffons; il n'y a que les choses viriles qui lui plaisaient.
    Les rapports quotidiens avec les filles lui dplaisaient,
    parce que leur conversation ne roulait que sur les toilettes,
    les chiffons, les amourettes avec les hommes, etc., ce qui lui
    paraissait insipide et ennuyeux. Par contre elle avait, ds
    son enfance, des relations d'amiti extatique avec certaines
    filles;  l'ge de dix ans, elle brlait pour une camarade
    d'cole et inscrivait son nom partout o elle pouvait.

    Depuis elle eut de nombreuses amies auxquelles elle prodiguait
    des baisers enrags. En gnral, elle plat aux filles 
    cause de ses manires garonnires. Elle adresse des posies
     ses amies pour lesquelles elle serait capable de grimper sur
    les toits. Elle-mme trouve surprenant ce fait qu'elle soit
    gne devant des filles et surtout des amies. Elle ne serait
    pas capable de se dshabiller devant elles.

    Plus elle aime une amie, plus elle est pudique en face d'elle.

     l'heure qu'il est, elle entretient une de ces liaisons
    d'amiti. Elle embrasse et enlace sa Laura, se promne devant
    ses fentres, souffre tous les supplices de la jalousie,
    surtout quand elle voit son amie s'amuser avec des messieurs.
    Son seul dsir est de vivre toujours  ct de cette amie.

    La malade raconte qu'il est vrai que, deux fois dans sa vie,
    des hommes auraient fait quelque impression sur elle. Elle
    croit que, si on avait srieusement sollicit sa main, elle
    aurait conclu un mariage, car elle aime beaucoup la vie de
    famille et les enfants. Si un monsieur voulait la possder,
    il devrait d'abord la mriter par la lutte, de mme qu'elle
    prfre se conqurir une amie par un combat acharn. Elle
    trouve que la femme est plus belle et plus idale que l'homme.
    Dans les cas trs rares o elle eut des rves rotiques, il
    s'agissait toujours de femmes. Elle n'a jamais rv d'hommes.

    Elle ne croit pas qu'elle puisse encore aimer un homme,
    car les hommes sont faux; elle est d'elle-mme nerveuse et
    anmique.

    Elle se croit tout  fait femme, mais elle regrette de n'tre
    pas homme. Dj  l'ge de quatre ans, son plus grand plaisir
    tait de s'habiller en garon. Elle a dcidment un caractre
    viril; aussi n'a-t-elle jamais pleur de sa vie. Sa plus
    grande passion serait de monter  cheval, de faire de la
    gymnastique, de l'escrime, de conduire des chevaux. Elle
    souffre beaucoup de ce que personne de son entourage ne la
    comprenne. Elle trouve bte de parler affaires de femmes.
    Beaucoup de gens qui la connaissent ont dj mis l'opinion
    qu'elle aurait d natre homme.

    La malade dit qu'elle n'a jamais eu un temprament sensuel.
    En donnant l'accolade  ses amies, elle a souvent prouv
    une curieuse sensation de volupt. L'accolade et les baisers
    taient ses seules manifestations d'amiti.

    La malade prtend tre ne d'un pre nerveux et d'une mre
    folle qui, jeune fille, tait tombe amoureuse de son propre
    frre qu'elle voulut persuader de partir avec elle pour
    l'Amrique. Le frre de la malade est un homme trs trange et
    trs bizarre.

    La malade ne prsente aucun signe extrieur de dgnrescence;
    le crne est normal. Elle prtend avoir eu ses premires
    menstrues  l'ge de quatorze ans. Elles viennent
    rgulirement, mais lui causent toujours des douleurs.

    OBSERVATION 121.--Pour donner tout de suite  mon malheureux
    tat le nom qui lui convient, je vous ferai tout d'abord
    remarquer qu'il porte tous les symptmes de l'tat que vous
    avez dsign sous le nom d'_effeminatio_ dans votre ouvrage
    _Psychopathia sexualis_.

    J'ai maintenant trente-huit ans: grce  mon anomalie, j'ai
    derrire moi une vie remplie de tant d'indicibles souffrances
    que je m'tonne souvent de la force d'endurance dont l'homme
    peut tre dou. Ces temps derniers la conscience d'avoir
    travers tant de supplices m'a inspir une sorte d'estime pour
    moi-mme, sentiment qui seul est capable de me rendre la vie
    encore quelque peu supportable.

    Je vais maintenant m'efforcer de dpeindre mon tat tel qu'il
    est, et selon l'exacte ralit. Je suis au physique bien
    portant; autant que je puis m'en souvenir, je n'ai jamais
    fait de maladie grave et je suis issu d'une famille saine.
    Mes parents, il est vrai, sont tous les deux des natures
    trs irritables; mon pre est ce qu'on appelle un temprament
    colreux, ma mre un temprament sanguin avec un fort penchant
     de sombres mlancolies. Elle est trs vive, trs aime 
    cause de son bon coeur et de son active charit, mais elle
    manque de confiance en elle-mme et prouve un imprieux
    besoin de s'appuyer sur quelqu'un. Toutes ces particularits
    taient aussi trs prononces dans le caractre de son pre.
    J'appuie sur ce fait, parce qu'on dit de moi que je leur
    ressemble; quant  ces dernires particularits, je puis
    moi-mme constater la ressemblance. J'ai toujours cru que mon
    amour pour mon propre sexe n'tait que l'hypertrophie de ces
    deux traits de caractre. Mais, mme quand j'essaie de me
    raffermir intrieurement par l'illusion que je suis fort et
    vigoureux, de dchirer le lien qui m'attire avec un pouvoir
    magique vers l'homme, il me reste toujours dans le sang
    un rsidu que je ne puis loigner. Aussi loin que je puis
    remonter dans mes souvenirs, je vois partout ce dsir primitif
    et nigmatique d'avoir un amant. Il est vrai que la premire
    manifestation fut d'une nature grossirement sensuelle. Je ne
    suis pas si j'avais dj dix ans, quand un jour que j'tais
    couch dans mon lit, je fus surpris de provoquer par une
    pression sur mes parties gnitales des sensations nouvelles
    et enivrantes, en me figurant en mme temps qu'un homme de mon
    entourage me faisait des manipulations voluptueuses. Bien
    des annes plus tard seulement, j'appris que c'tait de
    l'onanisme. Dans les premiers temps, je fus tellement effray
    et tellement assombri par mon mystrieux penchant que je fis
    alors ma premire tentative de suicide. Que n'ai-je pas russi
    alors! Car j'eus ensuite une srie de secousses physiques
    et psychiques si violentes, qu'elles mirent comme une chane
    autour de mon coeur qu'elles rtrcirent et rendirent brutal
    et dur. Pour le dire tout de suite: jusqu' aujourd'hui,
    l'onanisme ne m'a pas lch de ses griffes; il a rsist 
    tous les essais,  tous les efforts de ma volont brise
    pour rompre avec lui. Trois ou quatre fois je l'ai abandonn
    pendant des mois entiers, dans la plupart des cas sous
    l'influence d'motions morales.  l'ge de treize ans, j'eus
    mon premier amour. Aujourd'hui, il me souvient, qu'alors le
    comble de mes dsirs tait de pouvoir embrasser les jolies
    lvres roses et fraches de mon camarade. d'cole. C'tait une
    langueur pleine de rves romanesques. Il devint plus violent 
    l'ge de quinze et seize ans, lorsque pour la premire fois
    je souffris les supplices d'une folle jalousie plus dvorante
    qu'elle ne saurait jamais l'tre dans l'amour naturel. Cette
    seconde priode amoureuse a dur pendant des annes, bien que
    je n'eusse pass que quelques jours avec l'objet de mon amour
    et qu'ensuite nous ne nous soyons pas revus pendant quinze
    ans. Peu  peu mon sentiment s'est refroidi pour lui, et je
    suis encore  plusieurs reprises devenu amoureux fou d'autres
    hommes qui, sauf un seul, taient tous de mon ge.

    Jamais mon amour--vous me permettrez cette expression pour
    dsigner un sentiment condamn par la majorit des hommes--n'a
    t pay de retour; je n'ai jamais eu avec un homme des
    rapports du genre de ceux qui doivent craindre le grand jour;
    jamais un seul d'entre eux n'a eu pour moi plus qu'un intrt
    ordinaire, bien qu'un des amis auxquels je faisais la cour,
    et devin mon dsir secret. Et pourtant, je me suis consum
    dans le dsir ardent de l'amour des hommes. Mes sentiments
    sont, dans ce cas  mon avis, tout  fait ceux d'une femme
    aimante; et j'aperois avec pouvante que mes reprsentations
    sensuelles deviennent de plus en plus semblables  celles
    d'une femme. Pendant les priodes o je suis libre d'une
    affection prcise, mon dsir dgnre, car, en me livrant
     mes procds d'onanisme, j'voque des ides grossirement
    sensuelles. Je peux encore lutter contre ce mal, mais c'est
    bien vainement que je tente de supprimer l'amour mme. Depuis
    une anne, je souffre de cette exaltation de mes sentiments;
    j'ai tant mdit sur leur particularit, que je crois pouvoir
    vous donner une description exacte de mes sensations. Mon
    intrt est toujours veill par la beaut physique. J'ai
    fait,  ce propos, la curieuse remarque que je n'ai jamais
    aim un homme barbu.

    On pourrait en infrer que je suis vou  ce qu'on appelle
    l'amour des garons. Cependant cette supposition n'est pas
    exacte. Car au charme sensuel dont j'ai parl, se joint un
    intrt psychique pour la personne que je frquente, ce qui
    est une source de tourments. Je suis pris d'une affection si
    profonde que je m'attache avec une sorte d'abngation. On se
    lie  moi et cette confiance rciproque pourrait dvelopper
    une amiti trs cordiale, si au fond de mon me ne sommeillait
    ce dmon qui me pousse  une union plus intime qu'on ne
    saurait admettre qu'entre personnes de sexes diffrents. Tout
    mon tre en languit, chaque fibre en palpite et je me
    consume dans une passion brlante. Je m'tonne d'tre capable
    d'exposer ici en quelques mots secs les sensations qui ont
    dchir tout mon tre. Il est vrai qu' force de lutter,
    pendant des annes, j'ai d apprendre  dissimuler mes
    penchants et  sourire quand j'tais dchir par les
    souffrances. Car n'ayant jamais t pay de retour, je
    n'ai connu de l'amour que les supplices, la jalousie, cette
    jalousie folle qui obscurcit l'esprit, pour tous ceux ou
    celles avec qui l'tre ador changeait un seul regard.

    J'ai rserv de m'arrter  la fin sur l'lment psychique
    afin de montrer combien mon penchant anormal est enracin. Je
    n'ai jamais prouv le moindre souffle d'amour sensuel pour
    l'autre sexe. L'ide d'avoir avec lui des rapports sexuels
    me rpugne. Plusieurs fois dj j'ai souffert en entendant
    affirmer que telle ou telle jeune fille tait amoureuse
    de moi. Comme tout jeune homme, j'ai abondamment got aux
    plaisirs du monde, entre autres  celui de la danse. Je danse
    avec plaisir, mais je serais heureux si je pouvais danser
    comme dame avec des jeunes gens.

    Je voudrais une fois de plus insister sur le fait que mon
    amour est tout  fait sensuel. Comment expliquer autrement
    que la poigne de main du bien-aim et souvent son aspect me
    provoquent un serrement de coeur et mme de l'rection!

    J'ai employ tous les moyens pour arracher cet amour de
    mon coeur. J'ai essay de l'tourdir par l'onanisme, de
    l'abaisser dans la fange pour pouvoir d'autant mieux me
    placer au-dessus de lui.--(Il y a dix ans, pendant une de ces
    priodes d'amour, j'avais repouss l'onanisme et j'avais eu
    la sensation que mon sentiment amoureux
    s'ennoblissait).--Maintenant encore j'ai l'ide fixe que si
    mon bien-aim me dclarait m'aimer, et n'aimer que moi, je
    renoncerais avec plaisir  toute satisfaction sensuelle, et je
    me contenterais de pouvoir reposer dans ses bras fidles. Mais
    c'est une illusion que je me fais.

    Trs honor monsieur, j'ai une position sociale pleine de
    responsabilits, et je crois pouvoir affirmer que mon penchant
    anormal ne me fera jamais dvier, pas mme de l'paisseur
    d'un fil, du devoir que je suis oblig d'accomplir. Sauf cette
    anomalie, je ne suis pas fou et je pourrais tre heureux.
    Mais, l'anne dernire surtout, j'ai trop souffert pour ne pas
    envisager avec terreur l'avenir qui, certes, ne m'apportera
    point la ralisation de mon dsir qui couve toujours sous
    la cendre, c'est--dire le dsir de possder un amant qui me
    comprenne et qui rponde  mon amour. Seule une telle union
    me donnerait un rel bonheur psychique. J'ai beaucoup rflchi
    sur l'origine de mon anomalie, surtout parce que je crois
    pouvoir supposer qu'elle ne m'est pas venue par hrdit.
    Je crois que c'est l'onanisme qui a allum ce sentiment
    congnital. Il y a longtemps que j'aurais pu mettre fin 
    toutes ces misres, puisque je ne crains pas la mort, et que
    dans la religion qui, fait curieux, ne s'est pas retire de
    mon coeur impur, je ne trouve aucun avertissement contre le
    suicide. Mais la conviction que ce n'est pas exclusivement
    ma faute qui fait qu'un ver rongeur a rong ma vie ds son
    origine, un certain dfi de rester quand mme, dfi que j'ai
    conu prcisment ces temps derniers  la suite d'un indicible
    chagrin, m'amnent  tenter l'exprience afin de voir s'il
    n'y a pas possibilit d'chafauder sur une nouvelle base un
    modeste bonheur pour ma vie, quelque chose qui me remplisse le
    coeur. Je crois que, sous l'influence d'une vie de famille
    tranquille, je pourrais devenir heureux. Mais je ne dois pas
    vous cacher que l'ide de vivre maritalement avec une femme
    m'est horrible, que je n'entreprendrais que le coeur
    saignant cette tentative de revirement, car alors je devrais
    rompre radicalement avec l'espoir toujours vivace, avec cette
    illusion que le hasard pourrait pourtant m'amener un jour le
    bonheur rv.

    Cette ide fixe s'est tellement enracine que je crains que,
    seule, la suggestion hypnotique puisse m'en gurir.

    Pourriez-vous me donner un conseil? Vous me rendriez
    infiniment heureux. Le conseil le plus pressant se bornera
    probablement  m'interdire l'onanisme. Que je voudrais
    le suivre! Mais si je n'ai pas sous la main des moyens
    directement matriels ou mcaniques, je ne pourrai pas
    m'arracher  ce vice. D'autant moins que je crains qu' la
    suite de ces pratiques durant des annes, ma nature s'y soit
    dj habitue. Les suites, il est vrai, ne m'en ont pas t
    pargnes, bien qu'elles ne soient pas aussi horribles qu'on
    les dpeint ordinairement. Je souffre d'une nervosit peu
    intense; je suis, il est vrai, affaibli et je paie ce vice par
    des troubles priodiques de la digestion; mais je suis capable
    encore de supporter des fatigues; j'y trouve mme quelque
    plaisir si elles ne sont pas trop fortes. Je suis d'humeur
    sombre, mais je peux tre trs gai par moments; heureusement
    j'aime mon mtier; je m'intresse  bien des choses, surtout
     la musique, aux arts,  la littrature. Je ne me suis jamais
    livr  des occupations fminines.

    Ainsi que cela ressort de tout ce que je viens d'exposer,
    j'aime  frquenter les hommes, surtout quand ils sont beaux,
    mais je n'ai jamais entretenu avec aucun d'eux des relations
    intimes. C'est un abme profond qui me spare d'eux.

    _Post-Scriptum._--Je crains de n'avoir pas assez prcis ma
    vie sexuelle dans les lignes prcdentes. Elle ne consiste que
    dans l'onanisme, mais, pendant l'acte, je me laisse influencer
    par ces reprsentations horribles qu'on dsigne par _cotus
    inter femora_, _ejaculatio in ore_, etc.

    Mon rle est, dans ces cas, passif. Ces images se transforment
    et passent  celles de l'accouplement quand une passion m'a
    enchan. La lutte contre cette passion est terrible, parce
    que mon me participe aussi au combat. Je dsire l'union la
    plus troite, la plus complte qu'on puisse imaginer entre
    deux tres humains, la vie commune, des intrts communs, une
    confiance absolue et l'union sexuelle. Je pense que l'amour
    naturel ne diffre de celui-ci que par son degr de chaleur,
    fort au-dessous du feu de notre passion. Prcisment en ce
    moment j'ai de nouveau cette lutte  soutenir et je refoule
    par la violence cette folle passion qui me tient captif dj
    depuis si longtemps.

    Pendant des nuits entires je me roule dans mon lit, poursuivi
    par l'image de celui pour l'amour duquel je donnerais tout ce
    que je possde. Qu'il est triste que le plus noble sentiment
    qui ait t donn  l'homme, l'amiti, soit impossible  cause
    d'un vil penchant sensuel!

    Je voudrais encore une fois dclarer que je ne puis pas me
    dcider  transformer ma vie sexuelle par des rapports sexuels
    avec des femmes. L'ide de ces rapports m'inspire du dgot et
    mme de l'horreur.

    OBSERVATION 122.--J'crirai, tant bien que mal, l'histoire de
    mes souffrances; je ne suis guid que par le dsir de pouvoir
    contribuer par cette autobiographie  renseigner quelque peu
    sur les malentendus et les erreurs cruelles qui rgnent encore
    dans toutes les sphres contre l'inversion sexuelle.

    J'ai maintenant trente-sept ans, et je suis n de parents qui
    tous deux taient trs nerveux. Je rappelle ce fait parce que
    souvent j'ai eu l'ide que mon inversion sexuelle pourrait
    m'tre venue par voie d'hrdit; cependant cette assertion
    n'est que bien vague. Quant  mes grand-pres et grand'mres,
    que je n'ai jamais connus, je voudrais seulement citer comme
    fait digne d'tre retenu, que mon grand-pre du ct maternel
    avait la rputation d'tre un grand don Juan.

    J'tais un enfant assez faible et, pendant mes deux premires
    annes, j'ai souffert de ce qu'on appelle des arthrites;
    c'est probablement  la suite de cette maladie que mon don
    d'assimilation et ma mmoire se sont affaiblis; car j'apprends
    difficilement les choses qui ne m'intressent pas, et j'oublie
    facilement ce que j'ai appris. Je voudrais encore faire
    mention du fait que, avant ma naissance, ma mre fut en
    proie  de vives motions morales, et qu'elle eut souvent des
    frayeurs. Depuis l'ge de trois ans, je suis trs bien portant
    et jusqu'ici j'ai t pargn par les maladies graves. Entre
    l'ge de douze et de seize ans, j'eus parfois des sensations
    nerveuses tranges que je ne puis pas dcrire et qui se
    faisaient sentir dans la tte et sur le bout des doigts. Il me
    semblait alors que tout mon tre voulait se dissoudre.
    Mais, depuis de longues annes, ces accs ne se sont plus
    renouvels. Du reste, je nuis un homme assez vigoureux, avec
    une chevelure touffue, et d'un caractre tout  fait viril.

     l'ge de six ans, je suis arriv tout seul  pratiquer
    l'onanisme auquel malheureusement je fus trs adonn jusqu'
    l'ge de dix-neuf ans. Faute de mieux, j'y ai recours
    encore assez souvent, bien que je reconnaisse le caractre
    rprhensible de cette passion et que je m'en sente toujours
    affaibli, tandis que le rapport sexuel avec un homme, loin
    du me fatiguer, me donne au contraire le sentiment d'avoir
    retremp mes forces.  l'ge de sept ans, je commenai 
    aller  l'cole et bientt j'prouvai une vive sympathie pour
    certains de mes camarades, ce qui d'ailleurs ne me paraissait
    nullement trange. Au lyce, quand j'eus quatorze ans, mes
    condisciples m'ont clair sur la vie sexuelle des hommes,
    chose que j'ignorais absolument; mais leurs explications n'ont
    pu m'inspirer aucun intrt.  cette poque je pratiquais avec
    deux ou trois amis l'onanisme mutuel auquel ceux-ci m'avaient
    incit et qui avait un charme immense pour moi. Je n'avais
    toujours pas conscience de la perversit de mon instinct
    gnital; je croyais que mes fautes n'taient que des pchs de
    jeunesse, comme en commettent tous les garons de mon ge. Je
    pensais que l'intrt pour le sexe fminin se manifesterait
    quand l'heure serait venue. Ainsi j'atteignis l'ge de
    dix-neuf ans. Pendant les annes suivantes, je fus amoureux
    fou d'un trs bel artiste dramatique, ensuite d'un employ
    d'une banque et d'un de mes amis, deux jeunes gens qui taient
    loin d'tre beaux et de porter sur les sens. Cet amour tait
    purement platonique et m'entranait parfois  faire des
    posies enflammes. Ce fut peut-tre le plus beau temps de ma
    vie, car j'envisageais tout cela avec des yeux innocents. 
    l'ge de vingt et un ans, je commenai pourtant  m'apercevoir
    peu  peu que je n'avais pas tout  fait les mmes
    prdispositions que mes camarades; je ne trouvais aucun
    plaisir aux occupations viriles, ni  fumer, ni  boire, ni au
    jeu de cartes; quant au lupanar, il m'inspirait rellement une
    peur mortelle. Aussi n'y suis-je jamais all; j'ai toujours
    russi  m'esquiver sous un prtexte, quand les camarades y
    allaient. Je commenai alors  rflchir sur moi-mme; je
    me sentais souvent abandonn, misrable, malheureux, et je
    languissais de rencontrer un ami prdispos comme moi, sans
    parvenir  l'ide qu'il pouvait bien exister hors de moi des
    gens de cet acabit.  l'ge de vingt-deux ans, j'ai fait
    la connaissance d'un jeune homme qui enfin m'a clair sur
    l'inversion sexuelle et sur les personnes atteintes de cette
    anomalie, car lui aussi tait uraniste et, ce qui est plus,
    amoureux de moi. Mes yeux se dessillrent et je bnis le jour
    qui m'a apport cet claircissement.  partir de ce moment, je
    vis le monde d'un autre oeil, je vis que le mme sort tait
    chu  beaucoup de gens et je commenai  comprendre et 
    m'accommoder autant que possible de ce sort. Malheureusement
    cela marchait trs mal, et aujourd'hui encore je suis pris
    d'une rvolte, d'une haine profonde contre les institutions
    modernes qui nous traitent si mal, nous autres pauvres
    uranistes. Car quel est notre sort? Dans la plupart des
    cas, nous ne sommes pas compris, nous sommes ridiculiss et
    mpriss et, dans le meilleur cas, si l'on nous comprend, on
    s'apitoie sur nous comme sur de pauvres malades ou des fous.
    C'est la piti qui m'a toujours rendu malade. Je commenai
    donc  jouer la comdie, pour tromper mes proches sur l'tat
    de mon me, et, toutes les fois que j'y russissais, j'en
    avais une grande satisfaction. J'ai fait aussi la connaissance
    de plusieurs compagnons de sort; j'ai nou avec eux des
    liaisons qui malheureusement taient toujours de courte
    dure, car j'tais trs peureux et prudent, en mme temps que
    difficile dans mon choix et gt.

    J'ai toujours profondment abhorr la pdrastie, comme
    quelque chose d'indigne d'un tre humain, et je dsirerais
    que tous mes compagnons de sort en fissent autant;
    malheureusement, chez certains d'entre eux, ce n'est pas le
    cas; car, si tous pensaient sur ce sujet comme moi, l'opprobre
    et la raillerie des hommes d'un sentiment diffrent du ntre
    seraient encore plus injustes.

    En face de l'homme aim je me sens compltement femme, voil
    pourquoi je me comporte assez passivement pendant l'acte
    sexuel. En gnral, toutes mes sensations et tous mes
    sentiments sont fminins; je suis vaniteux, coquet, j'aime les
    chiffons, je cherche  plaire, j'aime  me bien habiller, et,
    dans les cas o je veux particulirement plaire, j'ai recours
    aux artifices de toilette pour lesquels je suis assez bien
    expriment.

    Je m'intresse trs peu  la politique, mais je n'en suis
    que plus passionn pour la musique; je suis un partisan
    enthousiaste de Richard Wagner, prdilection que j'ai
    remarque chez la plupart des uranistes. Je trouve que c'est
    prcisment cette musique qui correspond le mieux  notre
    caractre. Je joue assez bien du violon, j'aime la lecture
    et je lis beaucoup, mais je n'ai que peu d'intrt pour les
    autres sujets; de mme tout le reste dans la vie m'est assez
    indiffrent, par suite de la sourde rsignation qui m'envahit
    de plus en plus.

    Bien que j'aie tout sujet d'tre content de la destine, ayant
    comme technicien une position assure dans une grande ville
    d'Allemagne, je n'aime pas mon mtier. Ce que j'aimerais le
    mieux, ce serait d'tre libre et indpendant, de pouvoir, en
    compagnie de l'tre aim, faire de beaux voyages, consacrer
    mes loisirs  la musique et  la littrature, surtout au
    thtre qui me parat comme un des plus grands plaisirs. tre
    l'intendant d'un thtre de la Cour, voil une position que je
    trouverais acceptable.

    La seule position sociale ou vocation qui me paraisse vraiment
    dsirable, est celle de grand artiste, soit chanteur, soit
    acteur, soit peintre ou sculpteur. Il me semblerait encore
    plus beau d'tre n sur un trne royal; ce dsir rpond 
    mon envie trs prononce de rgner.--(S'il y a vraiment une
    mtempsychose, question dont je m'occupe beaucoup et thorie
    qui me parat trs probable, je dois avoir dj vcu une fois
    comme imperator ou comme souverain quelconque).--Mais il faut
    tre n pour tout cela, et comme je ne le suis pas, je n'ai
    pas d'ambition pour les soi-disant honneurs et distinctions de
    la socit.

    En ce qui concerne les tendances de mon got, je dois
    constater qu'il y a l une certaine scission. De beaux jeunes
    gens de talent et qui ont au moins vingt ans, qui se trouvent
    au mme niveau social que moi, me paraissent plutt crs pour
    un amour platonique, et je me contente, dans ce cas, d'une
    amiti trs sincre et trs idale qui rarement dpasse les
    bornes de quelques accolades. Mais sensuellement je ne saurais
    tre excit que par des hommes plus rudes et plus robustes qui
    ont au moins mon ge, mais qui doivent occuper une position
    sociale et intellectuelle infrieure  la mienne. La raison de
    ce phnomne curieux est peut-tre que ma grande pudicit,
    ma timidit native et ma rserve en prsence des hommes de
    ma position, exercent l'effet d'une ide entravante, de
    sorte que, dans ce cas, je n'arriverais que difficilement et
    rarement  une motion sexuelle. Je souffre beaucoup de cet
    antagonisme,--cela s'explique,--car j'ai toujours peur de me
    rvler  ces gens simples qui sont au-dessous de moi et qu'on
    peut souvent acheter pour de l'argent. Car, dans mon ide,
    il n'y aurait rien de plus terrible qu'un scandale qui me
    pousserait immdiatement au suicide. Je ne puis pas assez me
    figurer combien ce doit tre terrible d'tre,  la suite
    d'une petite imprudence ou par la mchancet du premier venu,
    stigmatis devant le monde entier, et pourtant sans que ce
    soit de notre faute. Car que faisons-nous autre chose que ce
    que les hommes de dispositions normales peuvent se permettre
    de faire souvent et sans gne? Ce n'est pas notre faute si
    nous n'prouvons pas les mmes sentiments que la grande foule:
    c'est un jeu cruel de la nature.

    Maintes fois j'ai cherch dans ma tte si la science et
    quelques hommes scientifiques sans prjugs, penseurs
    indpendants, ne pourraient imaginer des moyens pour que,
    nous, les Cendrillons de la nature, nous puissions avoir une
    position plus supportable devant la loi et les hommes. Mais
    toujours je suis arriv  cette triste conclusion que pour se
    faire le champion d'une cause, il faut tout d'abord la bien
    connatre et la dfinir. Qui est-ce qui, jusqu' ce jour,
    pourrait expliquer et dfinir avec exactitude l'inversion
    sexuelle? Et pourtant il faut qu'il y ait pour ce phnomne
    une explication juste, qu'il y ait une voie par laquelle on
    puisse amener la grande foule  un jugement plus sens et plus
    indulgent, et, avant tout, obtenir du moins ceci: qu'on
    ne confonde plus l'inversion sexuelle avec la pdrastie,
    confusion qui malheureusement rgne encore chez la plupart
    des gens, je dirais mme chez tous. Par un pareil acte, on
    s'rigerait un monument imprissable  la reconnaissance de
    milliers d'hommes contemporains et futurs; car il y a toujours
    eu des uranistes, il y en a et il y en aura  toutes les
    poques, et en plus grand nombre qu'on ne le suppose.

    Dans le livre de Wilbrand: _Fridolins heimliche Ehe_, je
    trouve nonce une thorie tout  fait acceptable  ce sujet,
    ayant eu moi-mme dj  plusieurs reprises l'occasion de
    constater que tous les uranistes n'aiment pas au mme degr
    l'homme, mais qu'il y a parmi eux d'innombrables subdivisions
    depuis l'homme le plus effmin jusqu' l'inverti qui aime
    encore autant et aussi souvent les charmes fminins que
    les autres. Ceci pourrait peut-tre expliquer la soi-disant
    diffrence entre l'inversion congnitale et l'inversion
    acquise, diffrence qui,  mon avis, n'existe pas du tout.
    Cependant chez les cinquante-cinq individus que j'ai connus
    dans les trois annes coules depuis que j'ai compris mon
    tat, j'ai rencontr les mmes traits de temprament, d'me et
    de caractre; presque tous sont plus ou moins idalistes, ne
    fument que peu ou pas du tout, sont dvots, vaniteux, coquets
    et superstitieux, et runissent en eux--(je dois l'avouer
    malheureusement)--plutt les dfauts des deux sexes que leurs
    qualits. Je sens un vritable _horror_ pour la femme dans son
    rle sexuel, horreur que je ne saurais vaincre, pas mme avec
    tous les artifices de mon imagination qui est extrmement
    vive; aussi je ne l'ai jamais essay, car je suis convaincu
    d'avance de la strilit d'une tentative qui me parat contre
    nature et criminelle.

    Dans les rapports purement sociaux et amicaux, j'aime beaucoup
     tre en relation avec les filles et les femmes, et je suis
    trs bien vu dans les cercles de dames, car je m'intresse
    beaucoup aux modes, et je sais parler avec beaucoup d'-propos
    et de justesse de ces matires. Je puis, quand je veux, tre
    trs gai et trs aimable, mais ce don de conversation n'est
    qu'une comdie qui me fatigue et qui m'affecte beaucoup. De
    tout temps j'ai montr beaucoup d'intrt et d'adresse pour
    les travaux de femmes; tant enfant, j'ai jusqu' l'ge de
    treize ans passionnment aim  jouer aux poupes auxquelles
    je faisais moi-mme des robes. Maintenant encore, j'ai
    beaucoup de plaisir  faire de belles broderies, occupation
     laquelle malheureusement je ne puis me livrer qu'en secret.
    J'ai une prdilection non moins vive pour les bibelots, les
    photographies, les fleurs, les friandises, les objets de
    toilette et toutes les futilits fminines. Ma chambre que
    j'ai arrange et dcore moi-mme, ressemble  peu prs au
    boudoir surcharg d'une dame.

    Je voudrais encore mentionner, comme particularit curieuse,
    que je n'ai jamais eu de pollutions. Je rve beaucoup et trs
    vivement presque chaque nuit; mes rves rotiques, quand j'en
    ai, ne s'occupent que d'hommes, mais je suis toujours rveill
    avant qu'une jaculation ait pu se produire. Au fond, je n'ai
    pas de grands besoins sexuels; il y a chez moi des priodes de
    quatre  six semaines, pendant lesquelles l'instinct gnital
    ne se manifeste pas du tout. Malheureusement ces priodes sont
    trs rares et sont suivies ordinairement d'un rveil d'autant
    plus violent de mon terrible instinct, qui, s'il n'est
    pas satisfait, me cause de grands malaises physiques et
    intellectuels. Je suis alors de mauvaise humeur, dprim
    moralement, irritable; je fuis la socit; mais toutes ces
    particularits disparaissent  la premire occasion qui me
    permet de satisfaire mon instinct gnital. Je dois remarquer
    que, en gnral, pour les causes les plus futiles, mon humeur
    peut varier plusieurs fois dans la mme journe; elle est
    comme le temps d'avril.

    Je danse bien et volontiers; mais je n'aime la danse qu'
    cause de ses mouvements rythmiques et de ma prdilection pour
    la musique.

    Enfin je dois faire mention d'une chose qui provoque toujours
    mon indignation. On nous prend en gnral pour des malades;
    c'est  tort. Car, pour toute maladie, il y a un remde ou un
    calmant; or aucune puissance au monde ne pourrait ter  un
    uraniste sa prdisposition invertie. La suggestion hypnotique
    mme, qu'on a souvent applique avec un succs apparent,
    ne peut pas amener de transformation durable dans la vie
    psychique d'un uraniste. Chez nous, on confond l'effet avec
    la cause. On nous prend pour des malades, parce que la plupart
    d'entre nous le deviennent rellement avec le temps. Je suis
    profondment convaincu que les deux tiers de nous, arrivs
     un ge avanc, s'ils y arrivent jamais, auront une
    dfectuosit mentale, et c'est facile  expliquer. Quelle
    force de volont et quels nerfs ne doit-on pas avoir pour
    pouvoir pendant toute sa vie et sans interruption dissimuler,
    mentir, tre hypocrite! Que de fois, quand, dans un cercle de
    gens normaux, la conservation tombe sur l'inversion sexuelle,
    n'est-on pas oblig de se rallier aux calomnies et aux
    injures, tandis que chacun de ces propos agit sur nous comme
    un couteau tranchant! D'autre part, tre oblig d'couter les
    propos et les mots d'esprit inconvenants et ennuyeux sur
    les femmes, feindre un intrt et une attention pour ces
    conversations qui aujourd'hui sont en vogue dans la soi-disant
    bonne compagnie! Voir tous les jours, presqu' chaque heure,
    de beaux hommes auxquels on ne peut se rvler, tre forc de
    se priver pendant des semaines, des mois mme, de l'ami dont
    nous aurions tellement besoin, et par-dessus tout la peur
    terrible et continuelle de se trahir devant les hommes, d'tre
    couvert de honte et d'opprobre! Vraiment, il ne faut pas
    s'tonner que la plupart d'entre nous soient incapables de
    tout travail srieux, car la lutte avec notre triste destine
    absorbe toute notre force de volont et notre persvrance.
    Combien il est funeste pour nos nerfs d'tre obligs de
    renfermer toutes nos penses, tous nos sentiments dans notre
    for intrieur, o notre imagination dj si vive, alimente
    par tout cela, travaille avec d'autant plus d'activit, de
    sorte que nous portons avec nous une fournaise qui menace de
    nous dvorer! Heureux ceux de nous qui ne manquent jamais de
    la force pour pouvoir mener une telle vie, mais heureux aussi
    ceux qui en ont dj fini!

    OBSERVATION 123. Autobiographie.--Vous recevrez ci-jointe la
    description du caractre ainsi que des sentiments moraux et
    sexuels d'un uraniste, c'est--dire d'un individu qui, malgr
    la conformation virile de son corps, se sent tout  fait
    femme, dont les sens ne sont nullement excits par les femmes
    et dont la langueur sexuelle ne vise que les hommes.

    Pntr de la conviction que l'nigme de notre existence ne
    saurait tre dmle ou du moins claircie que par des
    hommes de science qui pensent sans prjugs, je vous donne ma
    biographie uniquement dans le but de contribuer par ce moyen
     l'claircissement de cette erreur cruelle de la nature et
    de rendre peut-tre un service  mes compagnons de sort de la
    future gnration. Car des uranistes il y en aura, tant qu'il
    y aura des hommes, de mme que c'est un fait irrfutable
    qu'il y en a eu  toutes les poques. Mais  mesure que
    l'instruction scientifique de notre poque fera des progrs,
    on finira par voir en moi et en mes semblables non pas des
    tres hassables, mais des tres dignes de commisration, qui
    ne mritent jamais le mpris, mais plutt la suprme piti de
    leur prochain plus heureux qu'eux. Je tcherai d'tre aussi
    bref que possible dans mon rcit, de mme que je ferai tous
    les efforts pour rester impartial. Je dois d'ailleurs faire
    remarquer, au sujet de mon langage cru et souvent mme
    cynique, que, avant tout, je tiens  tre vrai: voil pourquoi
    je n'vite point les expressions les plus crues, car ce sont
    elles qui peuvent le mieux caractriser le sujet que je veux
    exposer.

    J'ai trente-quatre ans et demi; je suis un ngociant  revenu
    modique; ma taille est au-dessus de la moyenne, je suis
    maigre, je n'ai pas les muscles forts, j'ai une figure tout 
    fait ordinaire, couverte de barbe et, au premier aspect, je ne
    diffre en rien des autres hommes. Par contre, ma dmarche
    est fminine, surtout quand je presse le pas; elle est un peu
    dandinante; les mouvements sont anguleux, peu harmonieux et
    manquent de tout charme viril. La voix n'est ni fminine ni
    aigu, mais plutt d'un timbre de baryton.

    Tel est mon _habitus_ extrieur.

    Je ne fume ni ne bois pas; je ne puis ni siffler, ni monter 
    cheval, ni faire de la gymnastique, ni tirer de l'pe, ni au
    pistolet non plus; je ne m'intresse pas du tout aux chevaux
    ni aux chiens; je n'ai jamais eu entre les mains ni un fusil
    ni une pe. Dans mes sentiments intimes et dans mes dsirs
    sexuels, je suis parfaitement femme. Sans aucune instruction
    bien solide--je n'ai pass que cinq annes au lyce--je suis
    pourtant intelligent; j'aime  lire de bons ouvrages bien
    crits; je dispose d'un jugement sain, mais je me laisse
    toujours entraner par l'tat d'esprit du moment; qui connat
    mon faible et sait en profiter, peut me manier et me persuader
    facilement. Je prends toujours des rsolutions sans trouver
    jamais l'nergie de les mettre  excution. Comme les femmes,
    je suis capricieux et nerveux, irrit souvent sans aucune
    raison, parfois mchant contre des personnes dont la figure
    ne me va pas ou contre lesquelles j'ai de la rancune; je suis
    alors arrogant, injuste, souvent blessant et insolent.

    Dans tous mes actes et gestes je suis superficiel, souvent
    lger; je ne connais aucun sentiment moral profond, et j'ai
    peu de tendresse pour mes parents, mes soeurs et mes frres.
    Je ne suis pas goste;  l'occasion je suis mme capable de
    faire des sacrifices; je ne puis jamais rsister aux larmes,
    et, comme les femmes, on peut me gagner par une prvenance
    aimable ou par des prires instantes.

    Dj, dans ma tendre enfance, je fuyais les jeux de guerre,
    les exercices de gymnastique, les bagarres de mes camarades
    masculins; je me trouvais toujours dans la compagnie des
    petites filles avec lesquelles je sympathisais plus qu'avec
    les garons; j'tais timide, embarrass, et je rougissais
    souvent. Dj  l'ge de douze  treize ans, j'prouvais des
    serrements de coeur tranges  la vue de l'uniforme collant
    d'un joli militaire; les annes suivantes, pendant que mes
    camarades d'cole parlaient toujours de filles et commenaient
    mme de petites amourettes, j'tais capable de suivre pendant
    des heures un homme vigoureusement bti avec des fesses bien
    dveloppes et plantureuses, et je me grisais  cet aspect.

    Sans rflchir beaucoup sur ces impressions, qui diffraient
    tant des sentiments de mes camarades, je commenai  me
    masturber en pensant pendant l'acte  des hommes btis comme
    des hros et bien mis, jusqu' ce que,  l'ge de dix-sept
    ans, je fusse clair sur mon tat par un compagnon de sort.
    Depuis ce temps j'ai eu huit  dix fois affaire avec des
    filles; mais pour provoquer l'rection, j'ai toujours d
    voquer l'image d'un bel homme de ma connaissance; je suis
    convaincu aujourd'hui que, mme en ayant recours  mon
    imagination, je ne serais pas capable d'user d'une fille. Peu
    de temps aprs cette dcouverte, je prfrai frquenter des
    uranistes vigoureux et gs, car  cette poque je n'avais ni
    les moyens ni l'occasion de voir de vritables hommes. Depuis,
    cependant, mon got a compltement chang, et ce ne sont que
    les hommes, les vrais hommes, entre vingt-cinq et trente-cinq
    ans, aux formes vigoureuses et souples, qui puissent exciter
    au plus haut degr mes sens, et dont les charmes me ravissent
    comme si j'tais vraiment femme. Grce aux circonstances,
    j'ai pu au cours des annes faire environ une douzaine de fois
    connaissance avec des hommes, qui, pour une gratification de
    1  2 florins par visite, servaient  mes fins. Quand je me
    trouve enferm seul dans ma chambre avec un joli garon, mon
    plus grand plaisir, c'est avant tout _membrum ejus vel maxime
    si magnum atque crassum est, manibus capere et apprehendere et
    premere, turgentes nates femoraque tangere atque totum corpus
    manibus contractare et, si conseditur, os faciem atque totum
    corpus, immovero nates, ardentibus oxculis obtegere. Quodsi
    membrum magnum purumque est, dominusque ejus mihi placet,
    ardente libidine mentulam ejus in os meum receptam complures
    horas sugere possum, neque autem detector, si semen in os meum
    ejaculalur, cum maxima corum qui _uraniste_ nominantur
    pars hac re non modo delectatur, sed etiam semen nonnunquam
    devorat._

    Cependant j'prouve la volupt la plus intense quand je
    tombe sur un homme qui est dj dress  ces pratiques et
    qui _membrum meum in os recipit et erectionem in ore suo
    concedit_.

    Quelque invraisemblable que cela paraisse, je trouve toujours,
    moyennant quelques cadeaux, des garons chics qui se laissent
    faire. Ces gaillards apprennent ordinairement ces choses
    pendant leur service militaire, car les uranistes savent trs
    bien que, chez les militaires, on est bien dispos pour de
    l'argent; et le drle, une fois dress  ce service, est
    souvent par les circonstances amen  continuer, malgr sa
    passion pour le sexe fminin.

    Les uranistes, sauf quelques exceptions, me laissent froid
    d'habitude, car tout ce qui est fminin me rpugne au plus
    haut degr. Pourtant il y a parmi eux des individus qui
    peuvent me charmer aussi bien qu'un vritable homme et avec
    lesquels j'aime encore mieux avoir des rapports parce qu'ils
    rpondent  mes caresses enflammes avec une gale ardeur.
    Quand je me trouve en tte--tte avec un de ces individus,
    mes sens excits n'ont plus d'entraves et je laisse se
    dchaner compltement mes fureurs bestiales: _osculor, premo,
    amplector eum, linguam meam in os ejus immitto; ore cupiditate
    tremente ejus labrum superius sugo, faciem meam ad ejus
    nates adpono et odore voluptari et natibus emanente voluptate
    obstupescor_. Les hommes vritables, en uniformes collants,
    font sur moi la plus grande impression. Quand j'ai l'occasion
    d'enlacer de mes bras un superbe gaillard et de l'embrasser,
    cela me donne une jaculation immdiate, fait que j'attribue
    surtout  une masturbation frquente. Car je me masturbais
    souvent dans les premires annes, presque toutes les fois
    que j'avais vu un solide gaillard qui me plaisait; son
    image m'tait alors prsente pendant que je faisais l'acte
    d'onanisme. Mon got, en ces choses, n'est pas trop difficile;
    il est comme celui d'une bonne qui voit son idal dans un
    solide sous-officier de dragons. Une belle figure est, il est
    vrai, un accessoire agrable, mais pas du tout indispensable
     l'excitation de mon envie sensuelle; la principale
    condition est et reste: _vir inferiore corporis parte robusta
    et bene formosa, turgidis femoribus durisque natibus_, tandis
    que le torse peut tre svelte. Un ventre fort me dgote, une
    bouche sensuelle avec de belles dents m'excite et me stimule
    vivement. Si cet individu a, en outre, un _membrum pulchrum
    magnum et qualiter formatum_, toutes mes exigences, mme
    les plus exagres, sont parfaitement satisfaites. Autrefois
    l'jaculation se produisait cinq  huit fois dans une nuit,
    quand je me trouvais avec des hommes qui me plaisaient et qui
    m'excitaient passionnment; maintenant encore j'jacule quatre
     six fois, tant excessivement lubrique et sensuel, au point
    que mme le cliquetis du sabre d'un joli hussard peut me
    causer de l'motion. Avec cela j'ai une imagination trs vive
    et je pense pendant presque toutes mes heures de loisir  de
    jolis hommes aux membres vigoureux, et je serais ravi si un
    gaillard solide et resplendissant de force, _magna mentula
    prditus me prsente puellam futuat; mihi persuasum est,
    fore ut hoc aspectu sensus mei vehementissima perturbatione
    afficiantur et dum futuit corpus adolescentis pulchri tangam
    et si liceat ascendam in eum dum cum puella concumbit atque
    idem cum eo faciam et membrum meum in ejus anum imittum._
    Seuls mes moyens financiers restreints m'empchent de mettre
     excution ces projets cyniques dont mon esprit est trs
    souvent rempli; autrement il y a longtemps que je les aurais
    raliss.

    Le militaire exerce sur moi le plus grand charme, mais j'ai
    encore, en outre, un faible pour les bouchers, les cochers
    de fiacre, les camionneurs, les cavaliers du cirque,  la
    condition qu'ils aient un corps bien fait et souple. Les
    uranistes me sont odieux pour les rapports intimes, et
    j'ai contre la plupart d'entre eux une aversion tout  fait
    injustifie que je ne saurais m'expliquer. Aussi, sauf une
    seule exception, n'ai-je jamais eu une relation d'amiti
    intime avec aucun uraniste. Par contre, les rapports les plus
    cordiaux, consolids par les annes, me rattachent  quelques
    hommes normaux, dans la socit desquels je me trouve trs
    bien, mais avec lesquels je n'ai jamais ou de rapports sexuels
    et qui ne se doutent pas du tout de mon tat.

    Les conversations sur les questions politiques ou conomiques,
    ainsi que toute discussion sur un sujet srieux, me sont
    odieuses; par contre, je cause avec beaucoup de plaisir et
    avec un assez bon jugement des choses de thtre. Dans les
    opras, je me figure tre sur la scne, je ma crois entour
    des applaudissements du public qui me clbre, et je voudrais,
    de prfrence, reprsenter des hrones passives ou chanter
    des rles dramatiques de femmes.

    Les sujets de conversation les plus intressants pour moi
    et mes semblables, ce sont toujours nos hommes; ce thme est
    inpuisable pour nous autres; les charmes les plus secrets
    de l'amant sont alors minutieusement expliqus, _mentul
    stimantur, quanta sint magnitudine, quanta crassitudine;
    de forma carum atque rigiditate conferimus, alter ab altero
    cognoscit cujus semen celerius, cujus tardius ejaculatur_.
    Je mentionne encore qu'un de mes quatre frres s'est laiss
    entraner  des actes uranistes, sans tre uraniste lui-mme;
    tous les quatre sont des adorateurs passionns du sexe fminin
    et font sans cesse des excs sexuels. Les parties gnitales
    des hommes, dans notre famille, sont, sans exception, trs
    fortement dveloppes.

    Enfin, je rpte les paroles par lesquelles j'ai commenc
    ces lignes. Je ne pouvais pas choisir mes expressions, car
    il s'agissait pour moi de fournir un sujet pour l'tude de
    l'existence uraniste; pour cela, il importait, avant tout, de
    ne donner que la vrit absolue. Veuillez donc excuser, pour
    cette raison, le cynisme de ces lignes.

    Au mois d'octobre 1890, l'auteur des lignes qui prcdent se
    prsenta chez moi. Son extrieur rpondait, en gnral, 
    la description qu'il m'en avait faite. Les parties gnitales
    taient volumineuses, trs poilues. Les parents auraient
    t sains au point de vue nerveux; un frre s'est brl la
    cervelle par suite d'une maladie nerveuse; trois autres sont
    nerveux  un degr trs prononc. Le malade est venu chez moi
    en proie au plus grand dsespoir. Il ne peut plus supporter
    la vie qu'il mne, car il en est rduit aux rapports avec des
    individus vnals, et il ne peut pratiquer l'abstinence, tant
    donne sa prdisposition excessive  la sensualit; il ne peut
    pas comprendre non plus comment on pourrait le transformer en
    un individu aimant les femmes et le rendre capable des plus
    nobles jouissances de la vie, car, ds l'ge de treize ans, il
    avait des penchants pour l'homme.

    Il se sent tout  fait femme et aspire  faire la conqute
    d'hommes qui ne soient pas uranistes. Quand il est avec un
    uraniste, c'est comme si deux femmes se trouvaient ensemble.
    Il prfrerait plutt tre sans sexe que de continuer  mener
    une existence comme la sienne. La castration ne serait-elle
    pas une dlivrance pour lui?

    Un essai d'hypnose n'amena chez ce malade excessivement
    motionnel qu'un engourdissement trs lger.

    OBSERVATION 124.--B..., garon de caf, quarante-deux ans,
    clibataire, m'a t envoy comme inverti par son mdecin,
    dont il tait amoureux. B... donna de bonne volont et avec
    dcence des renseignements sur sa _vita ante acta_ et surtout
    _sexualis_, trs heureux de trouver enfin une explication
    srieuse de son tat sexuel qui, de tout temps, lui a paru
    morbide.

    B... ne sait rien de ses grands-parents. Son pre tait un
    homme emport, colreux et trs excit, _potator_, ayant eu,
    de tout temps, de grands besoins sexuels. Aprs avoir fait
    vingt-quatre enfants  la mme femme, il divora d'avec elle
    et mit trois fois en tat de grossesse sa femme de mnage. La
    mre aurait t bien portante.

    De ces vingt-quatre enfants, six seulement sont encore en vie:
    plusieurs d'entre eux ont des maladies de nerfs, mais sans
    anomalie sexuelle, sauf une soeur qui, de tout temps, a eu
    la manie de poursuivre les hommes.

    B... prtend avoir t maladif dans sa premire enfance. Ds
    l'ge de huit ans, sa vie sexuelle s'veilla. Il se masturba
    et eut l'ide _penem aliorum puerorum in os arrigere_, ce qui
    lui fit grand plaisir.  l'ge de douze ans, il commena 
    devenir amoureux des hommes, dans la plupart des cas de ceux
    qui avaient trente ans et portaient des moustaches. Dj, 
    cette poque, ses besoins sexuels taient trs dvelopps; il
    avait des rections et des pollutions.  partir de ce moment,
    il s'est masturb presque tous les jours, en voquant pendant
    l'acte l'image d'un homme aim. Son suprme plaisir tait
    cependant _penem viri in os arrigere_. Il en avait une
    jaculation avec la plus vive volupt. Environ douze fois
    seulement, il a pu, jusqu'ici, goter ce plaisir. Quand il se
    trouvait en prsence d'hommes sympathiques, il n'a jamais eu
    de dgot pour le pnis d'autrui, au contraire. Il n'a jamais
    accept les propositions de pdrastie qui, soit active, soit
    passive, lui rpugne au plus haut degr. En accomplissant
    ces actes pervers, il s'est toujours figur tre dans le
    rle d'une femme. Sa passion pour les hommes qui lui taient
    sympathiques tait sans bornes. Il aurait t capable de tout
    pour un amant. Il tressaillait d'motion et de volupt rien
    qu'en l'apercevant.

     l'ge de dix-neuf ans, il s'est laiss souvent entraner
    par des camarades  aller au lupanar. Il n'a jamais trouv de
    plaisir au cot. Pour avoir de l'rection en prsence de la
    femme, il a toujours d s'imaginer qu'il avait affaire  un
    homme aim. Ce qu'il aurait prfr  tout, c'est que la femme
    lui permt l'_immissio penis in os_, ce qui lui a toujours
    t refus. Faute de mieux, il pratiquait le cot; il est mme
    devenu deux fois pre. Son dernier enfant, une fille de
    huit ans, commence dj  se livrer  la masturbation et 
    l'onanisme mutuel, ce dont il est profondment afflig. N'y
    aurait-il pas quelque remde  cela?

    Le malade affirme qu'avec les hommes il s'est toujours senti
    dans le rle de la femme, mme dans les rapports sexuels. Il
    a toujours pens que sa perversion sexuelle avait pour cause
    originaire le fait que son pre, en le procrant, avait voulu
    faire une fille. Ses frres et ses soeurs l'avaient toujours
    raill  cause de ses manires fminines. Balayer la chambre,
    laver la vaisselle taient pour lui des occupations agrables.
    On a souvent admir ses aptitudes pour ce genre du travaux,
    et on a trouv qu'il y tait plus adroit que bien des filles.
    Quand il pouvait le faire, il se dguisait en fille. Pendant
    le carnaval, il allait dans les bals dguis en femme. Dans
    ces occasions, il russissait parfaitement  imiter les
    minauderies et les coquetteries des femmes, parce qu'il a un
    naturel fminin.

    Il n'a jamais eu beaucoup de got  fumer ou  boire, aux
    occupations et aux plaisirs masculins; mais il a fait avec
    passion de la couture, et, tant garon, il a t souvent
    grond parce qu'il jouait sans cesse aux poupes. Au thtre
    et au cirque, son intrt ne se concentrait que sur les
    hommes. Souvent il ne pouvait pas rsister  l'envie de
    rder autour des pissotires, pour voir des parties gnitales
    masculines.

    Il n'a jamais trouv plaisir aux charmes fminins. Il n'a
    russi le cot qu'en voquant l'image d'un homme aim. Ses
    pollutions nocturnes taient toujours occasionnes par des
    rves lascifs concernant des hommes.

    Malgr de nombreux excs sexuels, B... n'a jamais souffert de
    neurasthnie, et il n'en prsente aucun des symptmes.

    Le malade est dlicat, a une barbe et une moustache peu
    fournies; ce n'est qu' l'ge de vingt-cinq ans que sa figure
    est devenue barbue. Son extrieur, sauf sa dmarche dandinante
    et lgre, ne prsente rien qui puisse indiquer un naturel
    fminin. Il affirme qu'on a dj souvent ridiculis sa
    dmarche fminine. Les parties gnitales sont fortes, bien
    dveloppes, tout  fait normales, couvertes de poils touffus;
    le bassin est masculin. Le crne est rachitique, un peu
    hydrocphale, avec des os paritaux convexes. La face surprend
    par son exigut. Le malade prtend qu'il est facile  irriter
    et enclin aux emportements et  la colre.

    OBSERVATION 125.--Le 1er mai 1880, les autorits policires
    amenrent  la Clinique psychiatrique de Gratz un homme de
    lettres, le docteur en philosophie G...

    G..., venant d'Italie et passant, dans son voyage, par Gratz,
    avait trouv un soldat qui, moyennant argent, s'tait livr
     lui, mais qui finalement l'avait dnonc  la police. Comme
    celui-ci dfendait avec le plus grand sans-gne son amour pour
    les hommes, la police trouva son tat mental douteux et le
    fit placer en observation prs d'alinistes. G... raconta
    aux mdecins, avec une franchise cynique, qu'il y a plusieurs
    annes dj il avait eu,  M..., une affaire analogue 
    dmler avec la police et qu'il avait t, alors, quinze jours
    en prison. Dans les pays du Sud, il n'y a aucune loi contre
    les gens comme lui; en Allemagne et en France seulement, on a
    trouv l'affaire mauvaise.

    G... a cinquante ans; il est grand, vigoureux, avec un regard
    libidineux, des manires coquettes et cyniques. L'oeil a une
    expression nvropathique et vague; les dents de la mchoire
    infrieure sont bien plus en arrire que celles de la mchoire
    suprieure. Le crne est normal, la voix virile, la barbe bien
    fournie. Les parties gnitales sont bien conformes; cependant
    les testicules sont un peu petits. Physiquement, G... ne
    prsente rien  noter, sauf un lger emphysme du poumon et
    une fistule externe  l'anus. Le pre de G... tait atteint
    de folie priodique; la mre tait une personne excentrique;
    une tante tait atteinte d'alination mentale. De neuf enfants
    issus du pre et de la mre de G..., quatre sont morts  un
    ge tendre.

    G... prtend avoir t bien portant, sauf qu'il a eu des
    scrofulides. Il a obtenu le grade de docteur en philosophie.
     l'ge de vingt-cinq ans il a eu des hmoptysies, il alla en
    Italie o, sauf quelques interruptions, il gagnait sa vie avec
    sa plume et en donnant des leons. G... dit qu'il a souvent
    souffert de congestions et aussi quelque peu d'irritation
    spinale, c'est--dire que le dos lui faisait mal. Du reste,
    il est toujours de bonne humeur, seulement son porte-monnaie
    n'est jamais bien garni, et il a toujours bon apptit, comme
    toutes les vieilles htares. Il raconte ensuite avec
    beaucoup de plaisir et de cynisme qu'il est atteint
    d'inversion sexuelle congnitale. Dj,  l'ge de cinq ans,
    son plus grand plaisir tait _videre mentulam_, et il rdait
    autour des pissotires pour avoir ce bonheur. Avant l'ge
    de pubert, il avait pratiqu l'onanisme.  sa pubert il
    s'aperut qu'il avait un sentiment trs tendre pour ses amis.
    Une impulsion obscure lui montrait le chemin que son amour
    prendrait. Il avait pour ainsi dire l'obsession d'embrasser
    d'autres jeunes gens, et parfois de caresser le pnis du l'un
    ou de l'autre. Ce n'est qu' l'ge de vingt-six ans qu'il
    commena  entrer en rapports sexuels avec des hommes; il se
    sentait alors toujours dans le rle de la femme. tant encore
    petit garon, son plus grand plaisir tait de s'habiller en
    femme. Il a t souvent battu par son pre, quand, pour obir
     son impulsion, il mettait les vtements de sa soeur. Quand
    il voyait un ballet, c'taient toujours les danseurs et jamais
    les ballerines qui l'intressaient. Aussi loin que sa mmoire
    remonte, il a toujours eu l'_horror femin_. Quand il allait
    dans un lupanar, ce n'tait que pour voir des jeunes gens,
    puisque, dit-il, je suis un concurrent des putains. Quand il
    voit un jeune homme, il le regarde tout d'abord dans les yeux;
    si ceux-ci lui plaisent, il regarde la bouche pour voir si
    elle est faite pour les baisers, et ensuite vient le tour des
    parties gnitales pour voir si elles sont bien dveloppes.
    G... parle avec une grande suffisance de ses ouvrages
    potiques, et il fait valoir que les gens de son acabit sont
    tous des hommes dous de beaucoup de talent. Il cite  l'appui
    de sa thses comme exemples: Voltaire, Frdric le Grand,
    Eugne de Savoie, Platon, qui, selon lui, taient tous des
    uranistes. Son plus grand plaisir est d'avoir un jeune homme
    qui lui soit sympathique et qui lui fasse la lecture de ses
    vers (les vers de G... ). L't dernier, il a eu un amant de
    ce genre. Lorsqu'il dut se sparer de lui, il s'abandonna au
    dsespoir; il ne mangeait plus, ne dormait plus et ne put que
    peu  peu se ressaisir. L'amour des uranistes est profond et
    extatique. A Naples, raconte-il, il y a un quartier o les
    _effeminelli_ vivent en mnage avec leurs amants, de mme
    qu' Paris les grisettes. Ils se sacrifient pour leur amant,
    entretiennent son mnage, tout comme les grisettes. Par
    contre, il y a rpulsion entre uraniste et uraniste, tout
    comme entre deux putains; c'est une question de boutique.

    G... prouve une fois par semaine le besoin d'avoir des
    rapports sexuels avec un homme. Il se sent heureux de son
    trange sentiment sexuel qu'il considre comme anormal, mais
    non comme morbide ni comme illgitime. Il est d'avis qu'il ne
    reste  lui et  ses compagnons qu'un parti  prendre, c'est
    d'lever au niveau du surnaturel le phnomne contre-nature
    qui est en eux. Il voit dans l'amour uraniste comme un amour
    plus lev, idalis, divinis et abstrait. Quand nous lui
    objectons qu'un pareil amour est contraire aux buts de la
    nature et  la conservation de la race, il rpond d'un air
    pessimiste que le monde doit mourir et la terre continuer 
    tourner autour de son axe sans les hommes qui n'existent que
    pour leur propre supplice. Afin de donner une raison et une
    explication de son sentiment sexuel anormal, G... prend Platon
    comme point de dpart, Platon, dit-il, qui certes n'tait pas
    un cochon. Dj Platon a formul la thse allgorique que
    les hommes taient autrefois des boules. Les dieux les avaient
    coupes en deux disques. Dans la plupart des cas l'homme se
    compasse sur la femme, mais quelquefois aussi l'homme sur
    l'homme. Alors le pouvoir de l'instinct de l'union est aussi
    puissant, et tous deux se raffrachissent par devant. G...
    raconte ensuite que ses rves, quand ils taient rotiques,
    n'ont jamais eu pour sujet des femmes, mais toujours des
    hommes. L'amour pour l'homme est le seul genre qui puisse le
    satisfaire. Il trouve abominable de fouiller avec son pnis
    dans le ventre d'une femme. Comme il l'a entendu dire, c'est
    de cette manire dgotante qu'on pratique le cot. Il n'a
    jamais eu envie de voir les parties gnitales d'une femme;
    cela lui rpugne. Il ne considre pas comme un vice son genre
    de satisfaction sexuelle; c'est une loi de la nature qui
    l'y force. Il s'agit pour lui de l'instinct de conservation.
    L'onanisme n'est qu'un expdient misrable, et nuisible
    encore, tandis que l'amour uraniste relve le moral et
    retrempe les forces physiques.

    Avec une indignation morale qui a l'air bien comique  ct
    de son cynisme ordinaire, il proteste contre la confusion
    des uranistes avec les pdrastes. Il abhorre le _podex_, un
    organe de scrtion. Les rapports des uranistes ont toujours
    lieu par devant et consistent dans un systme d'onanisme
    combin.

    Telles sont les descriptions de G... dont l'individualit
    intellectuelle est aussi, en tout cas, primitivement
    anormale. La preuve en est dans son cynisme, dans sa frivolit
    incroyable, dans l'application de ses maximes au domaine
    religieux, terrain sur lequel nous ne pourrions le suivre,
    sans transgresser les limites traces mme pour une
    observation scientifique; dans son raisonnement philosophique
    entortill sur les causes de son sentiment sexuel pervers;
    dans sa manire retorse d'envisager le monde; dans sa
    dfectuosit thique dans tous les sens; dans sa vie de
    vagabond; dans ses manires bizarres et dans son extrieur.
    G... fait l'effet d'un homme originairement fou. (Observation
    personnelle. _Zeitschrift fr Psychiatrie_).

    OBSERVATION 126.--Taylor avait  examiner une nomme Elise
    Edwards, ge de vingt-quatre ans. L'examen a amen la
    constatation qu'elle tait du sexe masculin. E... avait depuis
    l'ge de quatorze ans port des vtements fminins, elle a
    aussi dbut sur la scne comme actrice; elle portait les
    cheveux longs et,  la mode des femmes, une raie au milieu. La
    conformation de la figure avait quelque chose de fminin;
    pour le reste le corps tait tout  fait masculin. Elle avait
    soigneusement arrach les poils de sa barbe. Les parties
    gnitales viriles, vigoureuses et bien dveloppes, taient
    fixes par un bandage vers le haut sur le ventre.

    L'examen de l'anus indiquait la pratique de la pdrastie
    passive. (Taylor, _Med. jurisprudence_, 1873. 11, p. 280,
    473).

    OBSERVATION 127.--Un fonctionnaire d'ge moyen, mari  une
    brave femme et, depuis plusieurs annes, pre de famille
    heureux, prsente un phnomne curieux dons le sens de
    l'inversion sexuelle.

    L'histoire scandaleuse suivante fut divulgue un jour par
    l'indiscrtion d'une prostitue. X... se prsentait environ
    tous les huit jours au lupanar, s'y costumait en femme; 
    ce dguisement ne manquait jamais une perruque de femme. La
    toilette termine, il se couchait sur un lit et se laissait
    masturber par une prostitue. Il prfrait de beaucoup
    employer, s'il pouvait l'y dcider, un individu masculin,
    l'homme de peine du lupanar. Le pre de X... avait une tare
    hrditaire, fut  plusieurs reprises atteint d'alination
    mentale et _hypersthesia_ et _parsthesia sexualis_.

    OBSERVATION 128.--C... R..., servante, vingt-six ans, souffre
    depuis l'ge de sa formation de _paranoa originaria_ et
    d'hystrie; elle eut,  la suite de ses ides fixes, un pass
    romanesque et s'attira, en 1887, en Suisse, o elle s'tait
    rfugie par monomanie de la perscution, une instruction
    judiciaire.  cette occasion on constata qu'elle tait
    atteinte d'inversion sexuelle.

    On n'a aucun renseignement sur ses parents ni sur sa parent
    R... prtend que, sauf une inflammation des poumons qu'elle a
    eue  l'ge de seize ans, elle n'a jamais t gravement malade
    auparavant.

    La premire menstruation eut lieu sans malaises  l'ge de
    quinze ans; plus tard les _menses_ furent irrgulires et
    anormalement fortes. La malade affirme qu'elle n'a jamais
    eu de penchant pour les personnes de l'autre sexe, et jamais
    tolr qu'un homme s'approcht d'elle. Elle n'a jamais pu
    comprendre comment ses amies pouvaient parler de la beaut et
    de l'amabilit des personnes du sexe masculin. Elle ne peut
    pas comprendre non plus comment une femme peut se laisser
    embrasser par un homme. Par contre, elle fut transporte
    d'enthousiasme quand elle put poser un baiser sur les lvres
    d'une amie bien aime. Elle a pour les filles un amour qu'elle
    ne peut pas s'expliquer. Elle a aim et embrass avec extase
    quelques-unes de ses amies; elle aurait t capable de leur
    sacrifier sa vie. Le comble de son plaisir aurait t de vivre
    avec une pareille amie et de la possder seule et entirement.

    Elle se sent comme homme vis--vis de la fille aime. tant
    encore petite fille, elle n'avait de got que pour les jeux
    des garons; elle aimait surtout entendre les dcharges des
    fusils et la musique militaire; elle en tait tout  fait
    enthousiasme et aurait aim partir comme soldat. Son
    idal tait la chasse et la guerre. Au thtre elle n'avait
    d'intrt que pour les artistes des rles de femmes. Elle
    sait trs bien que cette tendance est contraire au caractre
    fminin, mais c'est plus fort qu'elle. Elle avait grand
    plaisir  aller habille en homme, de mme elle fit de tout
    temps avec plaisir toutes sortes d'ouvrages d'homme et
    y montra une adresse particulire, tandis que c'tait le
    contraire en ce qui concerne les ouvrages de femme et surtout
    les travaux manuels. La malade aime aussi  fumer et 
    boire des boissons alcooliques. A la suite d'ides fixes de
    perscution et pour chapper  ses prtendus perscuteurs,
    la malade s'est,  plusieurs reprises, montre en vtements
    d'homme et a jou des rles masculins. Elle le faisait avec
    tant d'adresse--(native sans doute)--qu'elle sut gnralement
    tromper les gens sur son vritable sexe.

    Il a t tabli documentairement que, dj en 1884, la malade
    avait vcu pendant longtemps tantt habille en civil, tantt
    avec l'uniforme d'un lieutenant, et que, pousse par la
    monomanie de la perscution, elle s'tait, en aot 1884,
    habille d'un costume semblable  celui des laquais et s'tait
    rfugie d'Autriche en Suisse. L elle trouva une place
    comme domestique dans la famille d'un ngociant; elle tomba
    amoureuse de la demoiselle de la maison, la belle Anna,
    qui de son ct, ne se doutant pas du vritable sexe de R...,
    devint amoureuse du jeune et joli servant.

    La malade fait sur cet pisode de sa vie les remarques
    caractristiques que voici: J'tais tout  fait amoureuse
    d'Anna. Je ne sais pas comment cela m'est venu, et je ne
    saurais me rendre aucun compte de cette inclination. C'est
    cet amour fatal qui est cause que j'ai pendant si longtemps
    continu de jouer le rle d'un homme. Je n'ai encore jamais
    prouv d'amour pour un homme, et je crois que mon affection
    se tourne vers le sexe fminin et non pas vers le sexe
    masculin. Je ne comprend pas cet tat.

    R... crivait de Suisse des lettres  son amie et compatriote
    Amlie, qui ont t jointes au dossier du tribunal. Ce sont
    des lettres pleines d'un amour extatique qui dpasse de bien
    loin la mesure de l'amiti. Elle appelle son amie: ma fleur
    de miracle, soleil de mon coeur, langueur de mon me. Elle
    est son suprme bonheur sur terre, c'est  elle qu'elle a
    donn tout son coeur. Dans des lettres adresses aux parents
    de son amie, elle dit qu'ils veillent bien sur cette fleur
    miraculeuse, car si celle-ci mourait, elle ne pourrait plus
    rester parmi les vivants.

    R... fut pendant quelque temps interne  l'asile pour qu'on
    puisse examiner son tat mental. Un jour qu'on autorisa une
    visite d'Anna prs de R..., les accolades et les baisers
    ardents n'en voulaient plus finir. Anna avoua sans rticence
    qu' la maison dj elles s'taient embrasses avec la mme
    tendresse.

    R... est une femme grande, svelte, et d'une apparence
    imposante, de conformation tout  fait fminine, mais avec
    des traits plutt masculins. Le crne est rgulier, pas de
    stigmates de dgnrescence anatomique; les parties gnitales
    sont normales et tout  fait vierges. R... fait l'impression
    d'une personne dcente et moralement trs pure. Toutes les
    circonstances indiquent qu'elle n'a aim que platoniquement;
    le regard et l'extrieur indiquent une nvropathe. Hystrie
    grave priodique, accs d'une sorte de catalepsie avec tat
    dlirant et visions. La malade est facile  mettre en tat de
    somnambulisme par l'influence hypnotique, et, dans cet tat,
    elle est susceptible de recevoir toutes les suggestions.
    (Observation personnelle, _Friedreichs Bltter_, 1881.
    Fascicule 1.)


4. ANDROGYNIE ET GYNANDRIE.

Il y a une transition  peine sensible entre la groupe prcdent et
les cas d'inversion sexuelle o non seulement le caractre et toutes
les sensations du sens sexuel anormal coexistent, mais o mme par la
conformation de son squelette, le type de sa figure, sa voix, etc., en
un mot sous le rapport anatomique comme sous le rapport psychique et
psycho-sexuel, l'individu se rapproche du sexe dans le rle duquel
il se sent vis--vis des autres individus de son propre sexe. Il est
vident que cette empreinte anthropologique de l'anomalie crbrale
reprsente un degr trs avanc de dgnrescence. Mais, d'autre
part, cette dviation est base sur des conditions tout autres que
les phnomnes tratologiques de l'hermaphrodisme envisag au sens
anatomique. Cela ressort clairement du fait que jusqu'ici on n'a
jamais rencontr sur le terrain de l'inversion sexuelle, de tendance
aux malformations hermaphroditiques des parties gnitales. On a
toujours tabli que les parties gnitales de ces individus taient,
au point de vue sexuel, compltement diffrencies, bien que
souvent atteintes de stigmates de dgnrescence anatomique (pi- ou
hypospadies, etc.), qui entravaient le dveloppement des organes qui
taient du reste bien diffrencis au point de vue sexuel.

Mais on ne possde pas encore jusqu'ici un nombre d'observations
suffisant de ce groupe intressant: femmes en vtements d'hommes
avec parties gnitales fminines, hommes en vtements de femmes avec
parties gnitales masculines. Tout observateur expriment se rappelle
sans doute avoir rencontr des individus masculins dont la manire
d'tre fminine (hanches larges, formes rondes avec abondance de
graisse, barbe totalement absente ou trs faiblement dveloppe;
traits de la figure fminins, teint dlicat, voix de fausset, etc.)
tait surprenante, et _vice versa_ des tres fminins qui, par la
charpente des os, le bassin, la dmarche, les attitudes, leurs traits
grossiers et nettement virils, leur voix grave et rauque, etc., l'ont
fait douter de l'ternel fminin.

Nous avons d'ailleurs, dans les groupes prcdents, rencontr des
traces isoles d'une pareille transformation anthropologique, entre
autres dans l'observation 106 o une dame avait des pieds d'homme,
dans l'observation 112 o il y eut dveloppement des mamelles avec du
lait  l'ge de la pubert.

Il parat aussi que chez les individus du quatrime groupe ainsi que
chez quelques-uns du troisime qui forment une transition vers le
quatrime, la pudeur sexuelle n'existe qu'en face d'une personne du
propre sexe et non pas en face du sexe oppos.

    OBSERVATION 129. _Androgynie._--M. V... H..., trente ans,
    clibataire, est n d'une mre nvropathe. On prtend que dans
    la famille du malade il n'y aurait eu ni maladies nerveuses,
    ni mentales, et que son frre unique est tout  fait normal au
    point de vue intellectuel et physique. Le malade, dit-on, eut
    un dveloppement physique tardif et, pour cette raison, on
    l'a envoy  plusieurs reprises aux bains de mer et dans
    les stations climatriques. Ds son enfance, il tait de
    constitution nvropathique et, d'aprs le tmoignage d'un
    parent, il n'tait pas comme les autres garons. De trs
    bonne heure il s'est fait remarquer par son aversion pour les
    amusements des garons et par sa prdilection pour les
    jouets fminins. Il dtestait tous les jeux des garons, les
    exercices de la gymnastique, tandis que le jeu de poupes et
    les ouvrages de femme avaient pour lui un charme particulier.
    Plus tard le malade s'est bien dvelopp au physique, il n'a
    pas eu de maladies graves; mais, au point de vue intellectuel,
    son individualit est reste anormale, incapable d'envisager
    la vie d'une manire srieuse, et empreinte d'une tendance
    tout  fait fminine dans ses penses et ses sentiments.

     l'ge de dix-sept ans, des pollutions se sont produites;
    devenues de plus en plus frquentes, elles avaient lieu mme
    dans la journe; elles affaiblirent le malade et causrent
    des troubles nerveux nombreux. Des phnomnes de _neurasthenia
    spinalis_ se sont dvelopps et ont subsist jusqu' ces
    dernires annes, mais ils se sont attnus  mesure que
    les pollutions devenaient plus rares. Il nie avoir pratiqu
    l'onanisme, mais le contraire parat trs vraisemblable.
    Depuis l'ge de la pubert, son caractre apathique, mou et
    rveur s'est fait de plus en plus jour. Tous les efforts pour
    amener le malade  une profession pratique proprement dite,
    restrent infructueux. Ses facults intellectuelles, bien
    que rellement saines, ne pouvaient s'lever  la hauteur
    ncessaire pour se diriger efficacement avec un caractre
    indpendant et envisager la vie d'une manire plus leve.
    Il est rest sans volont prcise, un grand enfant; rien ne
    caractrise plus manifestement sa conformation anormale que
    son incapacit relle  manier l'argent; de son propre aveu,
    il n'a pas l'esprit  grer l'argent d'une faon ordonne
    et sense. Aussitt qu'il a des fonds, il les dpense en
    bibelots, objets de toilette et autres futilits.

    Le malade parat aussi peu capable que possible de conqurir
    une position sociale, pas mme d'en comprendre l'importance et
    la valeur.

    Il n'a rien appris  fond; il a occup son temps  sa
    toilette, aux passe-temps artistiques, surtout  la peinture
    pour laquelle il semble avoir quelque talent; mais, l
    non plus, il ne faisait rien, n'ayant pas la persvrance
    ncessaire. On ne pouvait pas l'amener  un travail
    intellectuel srieux. Il ne comprenait que les apparences des
    choses; il tait toujours distrait, et s'ennuyait toutes les
    fois qu'il tait question d'affaires srieuses. Des coups
    de tte insenss, des voyages sans rime ni raison, des
    gaspillages d'argent, des dettes: voil ce qui se produisait
     chaque instant dans son existence, et il ne saisissait mme
    pas les inconvnients positifs de ce genre de vie. Il tait
    entt, intraitable; il n'a jamais fait rien qui vaille toutes
    les fois qu'on a essay de le faire marcher tout seul et grer
    lui-mme ses intrts.

    Avec ces phnomnes d'une conformation originairement anormale
    et psychiquement dfectueuse, s'alliaient des symptmes
    prononcs d'un sentiment sexuel pervers qui, d'ailleurs, sont
    aussi indiqus par l'_habitus_ somatique du malade. Il se sent
    sexuellement femme en face de l'homme; il a de l'inclination
    pour les personnes de son propre sexe en mme temps que
    de l'indiffrence, sinon de l'aversion pour les femmes. Il
    prtend avoir eu,  l'ge de vingt-deux ans, des rapports
    sexuels avec des femmes, et avoir accompli le cot d'une faon
    normale; mais il s'est bientt dtourn du sexe fminin, d'une
    part, parce que ses malaises neurasthniques s'accentuaient
    aprs chaque cot, d'autre part, parce qu'il avait peur
    d'tre infect et que l'acte ne lui avait jamais procur de
    satisfaction. Il ne se rend pas parfaitement compte de son
    tat sexuel anormal; il a conscience d'avoir un penchant pour
    le sexe masculin, mais il n'admet qu'avec rticence qu'il a
    pour certains individus masculins un sentiment du dlicieuse
    amiti, sans qu'il s'y joigne un sentiment sensuel. Il
    n'abhorre pas prcisment le sexe fminin, il se dciderait
    mme  pouser une femme qui l'attirerait par des penchants
    artistiques homognes aux siens,  la condition qu'on lui ft
    grce de ses devoirs conjugaux qui lui seraient dsagrables
    et dont l'accomplissement le rendrait faible et le
    fatiguerait. Le malade nie avoir jamais eu des rapports
    sexuels avec des hommes; mais ses dngations sont dmenties
    par l'embarras et la rougeur qu'il manifeste en parlant de
    ce sujet, et plus encore par un incident arriv  N..., o le
    malade se trouvait il y a quelque temps: au restaurant, il a
    essay d'entrer en rapports sexuels avec quelques jeunes gens
    et a provoqu ainsi un immense scandale.

    L'extrieur aussi, l'_habitus_, la conformation du corps,
    les gestes, les manires, la toilette attirent l'attention et
    rappellent dcidment des formes et des allures fminines.
    Le malade est d'une taille au-dessus de la moyenne, mais le
    thorax et le bassin sont de conformation fminine. Le corps
    est riche en graisse, la peau bien soigne, tendre et douce.
    Cette impression qu'on est en prsence d'une femme habille en
    homme est encore renforce par le fait que la figure ne porte
    que peu de barbe qui d'ailleurs est rase, le malade n'ayant
    laiss qu'une petite moustache, et aussi par sa dmarche
    dandinante, ses manires timides et pleines de minauderies,
    ses traits fminins, l'expression flottante et nvropathique
    de ses yeux, les traces de rouge et du blanc sur sa figure, la
    coupe gomineuse de ses vtements, avec un veston bomb devant
    comme par des seins, sa cravate  franges et noue  la faon
    des dames, et enfin ses cheveux spars au milieu par une
    raie, ramens et colls sur les tempes.

    L'examen du corps a permis de constater une conformation
    d'un caractre fminin incontestable. Les parties gnitales
    externes sont, il est vrai, bien dveloppes, mais le
    testicule gauche est rest dans le canal inguinal, le _mons
    Veneris_ est peu poilu, anormalement riche en graisse et
    prominent. La voix est d'un timbre lev et manque absolument
    de caractre viril.

    Les occupations et les penses de V... H... ont galement un
    caractre fminin trs prononc. Il a son boudoir, sa table
    de toilette bien assortie devant laquelle il passe des
    heures entires, s'occupant de toutes sortes d'artifices pour
    s'embellir; il abhorre la chasse, les exercices d'armes et
    toutes les occupations masculines; il se dsigne lui-mme
    comme un bel esprit, parle de prfrence de ses peintures, de
    ses essais potiques, s'intresse aux ouvrages fminins,
    tels que la broderie qu'il fait aussi; il dit que son bonheur
    suprme serait de passer sa vie dans un cercle de messieurs
    et de dames qui auraient des gots artistiques, une ducation
    esthtique, d'occuper son temps en conversations,  faire de
    la musique,  discuter des questions d'esthtique, etc. Sa
    conversation roule de prfrence sur les choses fminines, les
    modes, les travaux manuels de la femme, l'art de la cuisine,
    les affaires du mnage.

    Le malade est bien portant, mais un peu anmique. Il est
    de constitution nvropathique et prsente des symptmes de
    neurasthnie qui sont entretenus par son genre de vie manqu,
    par un trop long sjour au lit et  la chambre, par sa
    mollesse.

    Il se plaint de maux de tte priodiques, de congestions
    cphaliques, de constipation habituelle; il a facilement des
    soubresauts d'effroi: il se plaint d'tre parfois faible et
    fatigu, d'avoir des douleurs aigus dans les extrmits, dans
    la direction des nerfs lombo-abdominaux; il se sent fatigu
    aprs ses pollutions et aprs ses repas; il est sensible  la
    pression sur le _Proc. spinosi_, sur le thorax, la poitrine,
    de mme qu' la palpation des nerfs qui y conduisent. Il
    prouve d'tranges sympathies ou antipathies pour certains
    personnages; quand il rencontre des personnes antipathiques,
    il est en proie  un tat singulier d'angoisse et de trouble.
    Ses pollutions, bien qu'elles soient actuellement devenues
    rares, sont pathologiques, car elles se produisent mme au
    cours de la journe et sans aucune motion voluptueuse.

    _Conclusions mdicales._--1 M. V... H... est d'aprs tout ce
    qu'on a observ en lui et rapport sur sa personne, un tre
    intellectuellement anormal, dfectueux, et il faut ajouter
    qu'il l'est _ab origine_. Son inversion sexuelle prsente un
    phnomne partiel de cette conformation anormale au point de
    vue physique et intellectuel.

    2 Cet tat, tant primitif, n'est susceptible d'aucune
    gurison.

    Il y a dans les centres intellectuels les plus levs une
    organisation dfectueuse, qui le rend incapable de diriger son
    existence par lui-mme et d'acqurir une position sociale
    par l'exercice d'une profession. Son sentiment sexuel pervers
    l'empche de fonctionner sexuellement d'une faon normale; il
    a, en outre, pour lui, toutes les consquences sociales d'une
    pareille anomalie: dangers dans la satisfaction des envies
    perverses qui rsultent de son organisation anormale,
    ses craintes de conflits avec la loi et la socit. Cette
    proccupation cependant ne doit pas tre trs grande, tant
    donn que l'instinct gnital pervers du malade est minime.

    3 M. V... H... n'est pas irresponsable dans le sens lgal du
    mot; il n'y a pas lieu de l'interner dans un asile d'alins,
    cela n'est pas ncessaire.

    Bien que ce soit un grand enfant, incapable de se diriger
    lui-mme, il peut, sous la surveillance et la direction
    d'hommes intellectuellement normaux, vivre dans la socit.
    Il est capable aussi jusqu' un certain degr de respecter
    les lois et les prescriptions de la socit civile et de les
    prendre comme ligne de direction pour ses actes; mais en vue
    des aberrations sexuelles et des conflits avec la loi qui
    en pourraient rsulter, il faut appuyer sur le fait que
    son sentiment sexuel est anormal et bas sur des conditions
    organiques et morbides, circonstance dont ventuellement on
    devra lui tenir compte.

    4 M. V... H... souffre aussi physiquement. Il prsente des
    symptmes d'une anmie lgre et de _neurasthenia spinalis_.

    Un rgime de vie rationnel, un traitement mdical tonique et
    autant que possible hydrothrapique paraissent ncessaires.
    Il faut maintenir le soupon que la masturbation pratique de
    bonne heure a t la cause premire de cette maladie, et
    la possibilit de l'existence d'une spermatorrhe,
    tiologiquement et thrapeutiquement importante, parat
    tout indique. (Observation personnelle, _Zeitschrift f.
    Psychiatrie_.)

    OBSERVATION 130.--Mlle X..., trente-huit ans, s'est prsente
     l'automne de 1881  ma consultation pour de violentes
    douleurs spinales, une insomnie persistante qu'elle a voulu
    combattre et qui l'a amene au morphinisme et au chloralisme.

    La mre et la soeur avaient une maladie de nerfs; les autres
    membres de la famille seraient bien portants,  ce qu'elle
    dit. La malade prtend que sa maladie date de 1872,  la suite
    d'une chute sur le dos dont elle fut vivement effraye: mais
    tant encore jeune fille, elle souffrait dj de crampes
    musculaires et de symptmes hystriques. Par suite de sa
    chute, il s'est dvelopp une nvrose neurasthnico-hystrique
    o prdominaient l'irritation spinale et l'insomnie.
    pisodiquement elle eut de la paraplgie hystrique qui
    dura jusqu' huit mois, et des accs de dlire d'_hysteria
    hallucinatoria_ avec crampes. Au cours de sa maladie, il se
    surajouta des symptmes de morphinisme. Un sjour de plusieurs
    mois  la clinique a fait cesser le morphinisme et a attnu
    considrablement la nvrose neurasthnique;  ce propos, la
    faradisation gnrale s'est montre tonnamment favorable.

    Au premier aspect, la malade avait fait une impression trange
    par ses vtements, ses traits et ses manires. Elle portait un
    chapeau d'homme, des cheveux coups courts, un pince-nez,
    une cravate d'homme, une jaquette  coupe masculine et qui
    couvrait une grande partie de sa robe; elle avait les traits
    durs, masculins, une voix un peu grave: elle fit plutt
    l'impression d'un homme en jupons que d'une dame, en faisant
    abstraction de la gorge et de la conformation fminine du
    bassin.

    Pendant sa longue priode d'observation, la malade ne prsenta
    jamais aucun signe d'rotisme. Interroge sur son genre
    d'habillement, elle rpondit que la mise qu'elle avait choisie
    lui allait mieux. Peu  peu on lui fit avouer qu'tant petite
    fille encore, elle avait une prdilection pour les chevaux
    et les occupations masculines, mais aucun intrt pour les
    ouvrages de femme. Plus tard, elle aima beaucoup la lecture et
    eut le dsir de se faire institutrice. Elle n'a jamais trouv
    aucun plaisir  la danse qu'elle a toujours considre connue
    une chose insense. Le bal non plus n'eut jamais d'attrait
    pour elle. Son plus grand plaisir tait le cirque. Jusqu' sa
    maladie de 1872, elle n'a eu d'affection ni pour les personnes
    de l'autre sexe, ni pour celles de son propre sexe.  partir
    de cette poque, elle ressentit une amiti chaleureuse, qui
    lui paraissait trange  elle-mme, pour les femmes, surtout
    pour les dames jeunes; elle prouva et satisfit son besoin
    de porter des chapeaux et des paletots  la faon des hommes.
    Depuis 1869, elle a coup ses cheveux et elle les porte
    peigns  la faon des hommes. Elle prtend n'avoir jamais t
    excite sensuellement dans ses frquentations avec les jeunes
    dames, mais son amiti et son dvouement pour celles qui
    lui taient sympathiques, taient illimits, tandis qu'elle
    prouvait une aversion pour les hommes et leur socit.

    Ses parents rapportent que, avant 1872, on demanda la malade
    en mariage, mais qu'elle refusa; elle est, en 1877, revenue
    d'une station thermale tout  fait change sexuellement;
    depuis elle a parfois donn  entendre qu'elle ne se
    considrait pas comme un tre fminin.

    Depuis elle ne voulut frquenter que des dames; elle a
    toujours une sorte de liaison amoureuse avec l'une ou avec
    l'autre et laisse parfois chapper la remarque qu'elle se sent
    homme. Cet attachement pour les dames dpasse la mesure de
    l'amiti; il y a des larmes, des scnes de jalousie, etc. En
    1874, comme elle passait dans une ville balnaire, une jeune
    dame est tombe amoureuse de la malade qu'elle prit pour
    un homme dguis en femme. Quand cette dame plus tard s'est
    marie, la malade est devenue mlancolique pendant un certain
    temps et a parl d'infidlit. L'attention des parents
    fut aussitt veille par son penchant pour les vtements
    d'hommes, par ses allures masculines, son aversion pour les
    ouvrages fminins; singularits qui ne se manifestaient que
    depuis sa maladie, tandis que, auparavant, la malade, du
    moins au point de vue sexuel, n'avait prsent aucun symptme
    trange. D'autres recherches il est rsult que la malade
    entretenait, avec la dame dcrite dans l'observation 118,
    une liaison d'amour qui, en tout cas, n'tait pas purement
    platonique et qu'elle crivait  cette dame des billets
    tendres, comme un amant en crirait  sa matresse.

    J'ai revu en 1887 la malade dans un hpital o elle avait
    t transporte de nouveau,  cause de ses accs
    hystro-pileptiques, son irritation spinale et son
    morphinisme. L'inversion sexuelle subsistait toujours; ce
    n'est que grce  une surveillance rigoureuse qu'on a pu
    empcher la malade de faire des tentatives impudiques sur des
    malades femmes. Son tat n'a pas chang jusqu'en 1889. Alors
    la malade fit une grave maladie, et mourut au mois d'aot 1889
    d'puisement.

    L'autopsie a fait constater dans les organes vgtatifs:
    dgnrescence amylode des reins, fibrome de l'utrus, kyste
    de l'ovaire gauche. L'os frontal semblait trs paissi,
    ingal  sa surface interne, avec de nombreuses exostoses; la
    dure-mre tait soude  la boite cranienne.

    Le diamtre longitudinal du crne tait de 175, le diamtre
    en largeur de 148 millimtres. Le poids total du cerveau
    oedmati, mais non atrophi, tait de 1,175 grammes. Les
    mninges taient fines, faciles  dtacher. corce crbrale
    ple, circonvolutions crbrales larges, peu nombreuses,
    et rgulirement disposes. Dans le cervelet et les gros
    ganglions, rien d'anormal.

    OBSERVATION 131 (_Gynandrie_[95]).--Le 4 novembre 1889, le
    beau-pre d'un certain comte V. Sndor se plaignit au parquet
    que le comte lui avait extorqu la somme de 800 florins,
    sous prtexte qu'il avait besoin de cette somme pour un
    cautionnement qu'il devait dposer pour devenir secrtaire
    d'une socit d'actions. On a, en outre, tabli que Sndor
    avait falsifi des traits, que la crmonie nuptiale du
    printemps de 1889, lorsqu'il s'tait uni  sa femme, tait
    fictive, et surtout que ce prtendu comte Sndor n'tait pas
    un homme, mais une femme dguise en homme et dont le vrai nom
    tait comtesse Sarolla (Charlotte) de V...

    [Note 95: Comparez les rapports dtaills des mdecins
    lgistes sur ce cas runis par le docteur Birnbacher dans
    _Friedreichs Bltter f. ger. Med._, 1891, fascicule 1.]

    S... fut arrt et une instruction judiciaire ouverte contre
    lui pour escroquerie et falsification de documents publics.
    Dans le premier interrogatoire, S..., n le 6 dcembre 1866,
    reconnut qu'il tait de sexe fminin, de culte catholique,
    clibataire, et vivait comme auteur, sous le nom de comte
    Sndor V...

    Voici les faits remarquables et corrobors par d'autres
    tmoignages, qui ressortent de l'autobiographie de cet
    homme-femme.

    S... est originaire d'une famille de vieille noblesse, trs
    considre en Hongrie, famille particulirement excentrique.

    Une soeur de la grand'mre du ct maternel tait
    hystrique, somnambule, et resta pendant dix-sept ans au lit
    pour une paralysie imaginaire. Une deuxime grand'tante a
    pass sept ans au lit, s'imaginant qu'elle tait malade 
    mourir, ce qui ne l'empchait point de donner des bals. Une
    troisime avait le spleen et l'ide qu'une console de son
    salon tait maudite. Si quelqu'un mettait un objet sur cette
    console, la dame en avait la plus vive motion, criait sans
    cesse: c'est maudit, c'est maudit! Elle portait l'objet dans
    une pice qu'elle appelait la chambre noire, et dont elle
    gardait sur elle la clef. Aprs la mort de cette dame, on
    trouva dans la soi-disant chambre noire un grand nombre de
    chles, de bijoux, de billets de banque, etc. Une quatrime
    grand'tante n'a pas laiss balayer sa chambre pendant deux
    ans; elle ne se dbarbouillait ni ne se peignait. Elle ne
    se montra qu'aprs ces deux ans expirs. Toutes ces femmes
    taient en mme temps trs instruites, spirituelles et
    aimables.

    La mre de S... tait nerveuse et ne pouvait supporter le
    clair de lune.

    On prtend que la famille du ct paternel avait une vis de
    trop dans ses rouages. Une branche de la famille s'occupe
    presque exclusivement de spiritisme. Deux parents proches
    du ct paternel se sont brl la cervelle. La majorit des
    descendants masculins sont des gens de grand talent. Les
    descendants fminins sont tous des tres borns et terre
     terre. Le pre de S... occupait un poste lev qu'il a
    cependant d quitter  cause de son excentricit et de sa
    prodigalit (il a mang plus d'un million et demi de florins).

    Une des manies du pre fut de faire lever S... tout  fait en
    garon; il la faisait monter  cheval, conduire des chevaux,
    chasser; il admirait son nergie virile et l'appelait Sndor.

    Par contre, ce pre maniaque a fait habiller de vtements
    fminins son fils cadet, et l'a fait lever en fille. La farce
    cessa  l'ge de seize ans, quand ce garon dut entrer dans un
    lyce, pour faire ses tudes.

    Sarolta Sndor, cependant, resta sous l'influence de son
    pre jusqu' l'ge de douze ans; alors on l'envoya chez sa
    grand'mre maternelle, femme excentrique qui vivait  Dresde,
    mais qui la mit dans une pension de demoiselles, lorsque
    les gots virils de la petite commencrent  devenir trop
    exagrs.

     l'ge de treize ans, elle noua dans la pension une liaison
    d'amour avec une Anglaise  laquelle elle dclara tre un
    garon et l'enleva.

    Sarolta revint ensuite chez sa mre qui n'avait aucune action
    sur sa fille et qui dut permettre que sa Sarolta redevienne
    Sndor, qu'elle porte de nouveau des vtements de garon et
    qu'elle ait chaque anne au moins une liaison d'amour avec des
    personnes de son propre sexe. En mme temps, Sarolta recevait
    une ducation trs soigne, faisait de grands voyages avec
    son pre, bien entendu toujours habille en jeune monsieur,
    frquentait les cafs, mme des lieux quivoques, et se
    vantait mme d'avoir, un jour, au lupanar, _in utroque genu
    puellas sedisse_. Sarolta se grisait souvent, tait passionne
    pour les sports virils, trs forte en escrime. Elle se sentait
    particulirement attire vers les actrices ou vers les
    femmes isoles et qui autant que possible n'taient pas de la
    premire jeunesse. Elle affirme n'avoir jamais eu d'affection
    pour un jeune homme et avoir prouv, d'anne en anne, une
    aversion croissante pour les individus du sexe masculin.
    J'aimais mieux aller avec des hommes peu jolis et
    insignifiants dans la socit des dames, afin de n'tre
    clipse par aucun d'eux. Si j'apercevais qu'un de mes
    compagnons veillait des sympathies chez les dames,
    j'en devenais jalouse. Parmi les dames, je prfrais les
    spirituelles  celles qui avaient de la beaut physique. Je ne
    pouvais souffrir ni les dames grosses et encore moins celles
    qui taient folles des hommes. J'aimais la passion fminine
    qui se manifestait sous un voile potique. Toute effronterie
    de la part d'une femme m'inspirait du dgot. J'avais une
    idiosyncrasie indicible pour les vtements de femme et, en
    gnral, pour tout ce qui est fminin, mais seulement sur moi
    et en moi; car, au contraire, j'avais de l'enthousiasme pour
    le beau sexe.

    Depuis environ dix ans, Sarolta a vcu toujours loin de sa
    famille et toujours en homme. Elle eut un grand nombre de
    liaisons avec des dames, fit des voyages avec elles, dpensa
    beaucoup d'argent et contracta des dettes.

    En mme temps, elle se consacrait aux travaux littraires et
    devint le collaborateur trs apprci de deux grands journaux
    de la capitale.

    Sa passion pour les dames tait trs variable. Elle n'avait
    pas de constance en amour.

    Une seule fois une de ses liaisons a dur trois ans. Il y
    a plusieurs annes que Sarolta fit au chteau de G... la
    connaissance de Mme Emma E... qui avait dix ans plus qu'elle.
    Elle tomba amoureuse de cette dame, conclut avec elle un
    contrat de mariage et vcut avec elle pendant trois ans,
    maritalement, dans la capitale.

    Un nouvel amour qui lui fut funeste, l'a dcide  rompre ses
    liens conjugaux avec E... Celle-ci ne voulait pas quitter
    Sarolta. Ce n'est qu'au prix de grands sacrifices matriels,
    que Sarolta a rachet sa libert. E..., dit-on, se donne
    encore aujourd'hui comme femme divorce et se considre comme
    comtesse V... Sarolta a d inspirer aussi  d'autres dames de
    la passion; cela ressort du fait que, avant son mariage
    avec E..., alors qu'elle s'tait lasse d'une demoiselle D...,
    aprs avoir dpens avec elle plusieurs milliers de florins,
    celle-ci la menaa de lui brler la cervelle, si elle ne lui
    restait pas fidle.

    Ce fut l't de 1887, pendant un sjour dans une station
    balnaire, que Sarolta fit la connaissance de la famille d'un
    fonctionnaire trs estim, M. E... Aussitt Sarolta devint
    amoureuse de Marie, la fille de ce fonctionnaire, et en fut
    aime. La mre et la cousine de la jeune fille essayrent
    de la dtourner de cette liaison, mais vainement. Pendant
    l'hiver, les deux amoureux changrent des lettres. Au mois
    d'avril 1888, le comte S... vint faire une visite, et au mois
    de mai 1889, il atteignit le comble de ses dsirs: Marie qui
    entre temps avait quitt sa place d'institutrice, fut unie par
    un pseudo-prtre hongrois  son S... ador dans une tonnelle
    de jardin improvise en chapelle; un ami de son fianc
    figurait comme tmoin.

    Le couple vivait heureux et joyeux, et sans la plainte dpose
    par le beau-pre, ce simulacre de mariage aurait encore dur
    longtemps. Il est  remarquer que pendant la longue priode de
    son tat de fianc, S... a russi  induire la famille de sa
    fiance en erreur complte sur son vritable sexe.

    S... tait fumeur passionn, avait des allures et des passions
    tout  fait masculines. Ses lettres et mme les convocations
    des tribunaux lui parvenaient sous l'adresse de Comte S...;
    il disait entre autres souvent qu'il lui faudrait bientt
    aller faire ses vingt-huit jours. Il ressort des allusions
    faites par le beau-pre que S...--(ce qu'il a d'ailleurs
    plus tard avou)--a pu simuler l'existence d'un scrotum 
    l'aide d'un mouchoir ou d'un gant qu'il fourrait dans une des
    poches de son pantalon. Le beau-pre a aussi remarqu un
    jour chez son futur gendre quelque chose comme un membre en
    rection (probablement un priape); celui-ci a mme donn
     entendre qu'il lui serait ncessaire de se servir d'un
    suspensoir toutes les fois qu'il monterait  cheval. En effet
    S... portait un bandage autour du corps, probablement pour
    attacher un priape.

    Bien que S... se ft souvent raser, pour la forme, on tait
    pourtant convaincu dans l'htel qu'il tait femme, car la
    fille de chambre avait trouv dans son linge des traces de
    sang provenant des menstrues (sang que S... prtendait tre de
    provenance hmorrodale): un jour que S... prenait un bain, la
    mme fille de chambre, ayant regard  travers le trou de la
    serrure, prtendit s'tre convaincue _de visu_ du sexe fminin
    de S...

    Il faut croire que la famille de Mlle Marie fut pendant
    longtemps dans l'erreur sur le vritable sexe du pseudo-poux.

    Rien ne caractrise mieux la navet et l'innocence incroyable
    de cette malheureuse fille que le passage suivant d'une lettre
    adresse par Marie  S... le 20 aot 1889:

    Je n'aime plus les enfants des autres, mais un petit bb de
    mon Sandi, une superbe petite poupe,--ah! quel bonheur, mon
    Sandi!

    Quant  l'individualit intellectuelle de S..., un grand
    nombre de manuscrits nous fournissent les renseignements
    dsirs. L'criture a du caractre, de la fermet et de
    l'assurance. Ce sont des traits de plume foncirement virils.
    Le contenu se rpte partout avec les mmes singularits:
    passion froce et effrne, haine et guerre  tout ce qui
    s'oppose  son coeur avide d'amour et d'affection, amour au
    souffle potique, amour qui ne touche jamais  rien de vil,
    enthousiasme pour tout ce qui est beau et noble, got pour les
    sciences et les beaux-arts.

    Les crits de Sarolta dnotent une vaste connaissance des
    littratures de toutes les langues: il y a l des citations
    des potes et des prosateurs de tous les pays. Des gens
    comptents affirment aussi que les produits potiques et la
    prose de S... ne sont pas sans valeur.

    Les lettres et les crits qui concernent ses rapports avec
    Marie, sont trs remarquables au point de vue psychologique.
    S... parle du bonheur qui fleurit pour elle aux cts de
    Marie, de son immense dsir de voir, ne ft-ce qu'un
    moment, la femme adore. Aprs tant de honte, elle ne dsire
    qu'changer sa cellule contre la tombe. La douleur la plus
    amre, c'est l'ide que maintenant Marie aussi la hara. Elle
    a vers des larmes brlantes sur son bonheur perdu, des
    larmes si abondantes qu'elle pourrait s'y noyer. Des feuilles
    entires sont consacres  la glorification de cet amour,
    aux souvenirs du temps de son premier amour et de sa premire
    connaissance.

    S... se plaint de son coeur qui ne se laisse pas dominer par
    la raison; elle manifeste des explosions de sentiments, qu'on
    ne peut que sentir dans la ralit, et qu'on ne peut feindre.
    Puis de nouveau, des explosions de la passion la plus folle
    avec la dclaration de ne pouvoir plus vivre sans Marie. Ta
    voix si chre et si aime, cette voix au son de laquelle je
    sortirais peut-tre encore de ma tombe, cette voix dont le
    son m'tait toujours la promesse du paradis! Ta seule prsence
    tait suffisante pour soulager mes souffrances physiques
    et morales. C'tait un courant magntique, une singulire
    puissance que ton tre a exerce sur le mien et que je ne
    saurais jamais dfinir. Ainsi j'en suis reste  la dfinition
    ternellement juste et vraie: Je l'aime, parce que je l'aime.
    Dans la nuit sombre et pleine de dsolation, je n'avais qu'une
    toile, l'astre de l'amour de Marie. Cet astre est teint
    maintenant; il n'en est rest que le reflet, le souvenir doux
    et douloureux qui de sa lueur faible claircit encore la nuit
    terrible de la mort, une tincelle d'espoir... Cet crit
    se termine par cette apostrophe: Messieurs, sages
    jurisconsultes, psycho-pathologues et autres, jugez-moi!
    Chaque pas que je faisais tait guid par l'amour, chacun de
    mes actes avait pour cause l'amour.--Dieu me l'a inculqu dans
    le coeur. S'il m'a cre telle et non autrement, est-ce ma
    faute ou sont-ce les voies du destin  jamais insondables?
    J'ai foi en Dieu et je crois qu'un jour la dlivrance viendra,
    car ma faute n'tait que l'amour mme, base et principe
    fondamental de ses doctrines et de son empire. Dieu
    misricordieux, tout-puissant, tu vois mes peines, tu sais
    combien je souffre: penche-toi vers moi, tends-moi ta main
    secourable, puisque tout le monde m'a dj abandonne. Dieu
    seul est juste. Dans quel beau langage le dit Victor Hugo dans
    sa _Lgende des Sicles_! Qu'il me semble triste et singulier
    cet air de Mendelssohn: Chaque nuit je te vois dans mon
    rve...

    Bien que S..., sache qu'aucun de ses crits n'arrivera  sa
    tte de lionne adore, elle ne se lasse point de remplir
    les feuilles de l'exaltation de la personne de Marie, d'y
    transcrire les explosions de sa douleur et de son bonheur en
    amour, de solliciter une seule larme claire et brillante,
    verse par un clair et tranquille soir d't, quand le lac est
    embras des feux du soleil couchant, comme de l'or fondu, et
    que les cloches de Sainte-Anna et de Maria-Woerth se fondent
    en une harmonie mlancolique et annoncent le calme et la paix
     cette pauvre me,  ce pauvre coeur qui jusqu'au dernier
    soupir n'a battu que pour toi.

    _Examen personnel._--La premire rencontre que les mdecins
    lgistes eurent avec Mlle S..., fut en quelque sorte un
    embarras pour les deux parties: pour les mdecins, parce
    que la tournure virile, peut-tre exagre, de S..., leur en
    imposait; pour elle, parce qu'elle craignait d'tre
    dshonore par le stigmate de la _moral insanity_. Une figure
    intelligente, pas laide, qui malgr une certaine dlicatesse
    des traits et une certaine exigut des parties, aurait eu un
    caractre masculin trs prononc, s'il n'y avait pas absence
    totale de moustaches, ce que S... regrettait beaucoup. Il
    tait difficile, mme pour les mdecins lgistes, malgr les
    vtements fminins de Sarolta, de se figurer sans cesse avoir
    devant eux une dame: par contre, les rapports avec Sndor
    homme se passaient avec beaucoup plus de sans-gne, de
    naturel, et de correction apparente, l'accuse elle-mme le
    sent bien. Elle devient plus franche, plus communicative, plus
    dgage, aussitt qu'on la traite en homme.

    Malgr son penchant pour le sexe fminin qui existait chez
    elle depuis les premires annes de sa vie, elle prtend
    n'avoir prouv les premires manifestations de l'instinct
    gnital qu' l'ge de treize ans, lorsqu'elle enleva
    l'Anglaise  cheveux roux du pensionnat de Dresde. Cet
    instinct se manifestait alors par une sensation de volupt,
    quand elle embrassait et caressait son amie. Dj  cette
    poque, elle ne voyait dans ses songes que des tres fminins;
    depuis, dans ses rves rotiques, elle se sentit toujours dans
    la situation d'un homme, et  l'occasion, elle eut aussi la
    sensation de l'jaculation.

    Elle ne connat ni l'onanisme solitaire ni l'onanisme mutuel.
    Pareille chose lui parat dgotante et au-dessous de la
    dignit d'un homme. Elle ne s'est jamais laisse toucher par
    d'autres _ad genitalia_, d'abord pour la raison qu'elle
    tenait beaucoup  garder son secret. Les _menses_ ne se sont
    produites qu' l'ge de dix-sept ans, elles venaient toujours
    faiblement et sans aucun malaise. S... abhorre visiblement la
    discussion des phnomnes de la menstruation; c'est quelque
    chose qui rpugne  ses sentiments et  sa conscience d'homme.
    Elle reconnat le caractre morbide de ses penchants sexuels,
    mais elle ne dsire pas un autre tat, se sentant bien et
    heureuse dans cette situation perverse. L'ide d'un rapport
    sexuel avec des hommes lui fait horreur et elle en croit
    l'excution impossible.

    Sa pudeur va si loin qu'elle coucherait plutt avec des hommes
    qu'avec des femmes. Ainsi quand elle veut satisfaire un besoin
    naturel ou changer du linge, elle se voit dans la ncessit
    de prier sa compagne de cellule de se tourner vers la fentre
    pour qu'elle ne la regarde pas.

    Quand S... se trouve par hasard en contact avec sa compagne
    de cellule, femme de la lie du peuple, elle prouve une
    excitation voluptueuse, et a d en rougir. S... raconte, mme
    spontanment, qu'elle fut en proie  une vritable angoisse
    lorsque, dans la cellule de la prison, elle fut force
    de reprendre les vtements de femme dont elle avait perdu
    l'habitude. Sa seule consolation fut qu'on lui avait laiss
    au moins sa chemise d'homme. Ce qui est trs remarquable et
    ce qui prouve l'importance du sens olfactif dans sa _vita
    sexualis_, c'est qu'elle nous dit que, aprs le dpart de
    Marie, elle avait cherch et renifl les endroits du canap o
    la tte de Marie s'tait pose, pour respirer avec volupt
    le parfum de ses cheveux. Quant aux femmes, ce ne sont pas
    prcisment les jeunes et les plantureuses qui intressent
    S..., les trs jeunes non plus. Elle ne met qu'au second rang
    les charmes physiques de la femme. Elle se sent attire
    comme par une force magntique vers celles qui sont entre
    vingt-quatre et trente ans. Elle trouvait sa satisfaction
    sexuelle exclusivement _in corpore femin_ (jamais sur son
    propre corps), par la manustupration de la femme aime ou en
    faisant le _cunnilingus_.  l'occasion elle se servait aussi
    d'un bas garni d'toupe comme priape. S... ne fait qu'
    contre-coeur et avec un visible embarras pudique ces
    rvlations; de mme, dans ses crits, on ne trouve aucune
    trace d'impudicit ou de cynisme.

    Elle est dvote, a un vif intrt pour tout ce qui est beau et
    noble, sauf pour les hommes; elle est trs sensible  l'estime
    morale des autres.

    Elle regrette profondment d'avoir par sa passion rendu Marie
    malheureuse, trouve pervers ses sentiments sexuels, et
    cet amour d'une femme pour une autre femme moralement
    rprhensible chez les individus sains. Elle a beaucoup de
    talent littraire, possde une mmoire extraordinaire. Sa
    seule faiblesse est sa lgret colossale et son incapacit de
    grer, avec bon sens, l'argent et les valeurs en argent. Mais
    elle se rend parfaitement compte de cette faiblesse et nous
    prie de n'en plus parler.

    S... a 153 centimtres de taille; elle est d'une charpente
    osseuse dlicate et maigre, mais tonnamment musculeuse sur la
    poitrine et sur la partie suprieure des cuisses. Sa dmarche,
    avec des vtements fminins, est maladroite.

    Ses mouvements sont vigoureux, pas dsagrables, bien que
    d'une certaine raideur masculine, sans grce. Elle salue par
    une vigoureuse poigne de mains. Toute son attitude a l'air
    rsolue, nergique, et dnote une certaine confiance en sa
    propre force. Le regard est intelligent, l'air un peu sombre.
    Ses pieds et ses mains sont remarquablement petits comme
    chez un enfant. Les parties tendineuses des extrmits sont
    remarquablement velues, tandis qu'on ne voit pas de poils de
    barbe, ni mme de duvet, malgr les expriences faites avec
    le rasoir. Le torse ne rpond pas du tout  la conformation
    fminine. La taille manque. Le bassin est si mince et si peu
    prominent qu'une ligne partie d'au-dessous de l'aisselle et
    allant au genou correspondant forme une ligne droite et n'est
    ni enfonce par la taille, ni repousse en dehors par le
    bassin. Le crne est lgrement oxycphale et reste dans
    toutes ses dimensions d'un centimtre au-dessous du volume
    moyen du crne fminin.

    La circonfrence du crne est de 32 centimtres, la ligne de
    l'oreille  la pointe postrieure du crne de 24, la ligne de
    l'oreille  l'occiput de 23, celle de l'oreille au front de
    26,5; la circonfrence longitudinale est de 30, la ligne de
    l'oreille au menton de 20,5, le diamtre longitudinal de
    17, le plus grand diamtre en largeur de 13, la distance
    des conduits auditifs de 12, la ligne des jugulaires de
    11,2 centimtres. La mchoire suprieure dpasse la mchoire
    infrieure de 0,5 centimtre. La position des dents n'est pas
    tout  fait normale. La dent oculaire suprieure  droite ne
    s'est jamais dveloppe. La bouche est remarquablement petite.
    Les oreilles sont dcolles, les lobes ne sont pas spars,
    mais se confondent avec la peau des joues. Le palais est dur,
    troit et bomb. La voix est dure et grave. Les seins sont
    assez dvelopps, mais sans scrtion. Le _mons Veneris_ est
    couvert de poils touffus et foncs. Les parties gnitales
    sont tout  fait fminines, sans aucune trace de phnomnes
    d'hermaphrodisme, mais leur dveloppement s'est arrt;
    elles ont le type enfantin d'une fille de dix ans. Les _labia
    majora_ se touchent presque compltement, les _minora_ ont la
    forme d'une crte de coq et prominent au-dessus des grandes.
    Le clitoris est petit et trs sensible. Le _frenulum_ est
    tendre, le _perineum_ trs troit, _introitus vagin_ troit,
    avec muqueuse normale. L'hymen manque (probablement absence
    congnitale), de mme les _caruncul myrtiformes_. La _vagina_
    est tellement troite que l'introduction d'un _membrum virile_
    serait impossible; d'ailleurs trs sensible. Il est vident
    que jusqu'ici le cot n'a pas eu lieu. L'utrus est senti 
    travers le rectum gros comme une noix; il est immobile et en
    rtroflexion.

    Le bassin est aminci dans tous les sens (rabougri), avec un
    type masculin trs prononc. La distance entre les pointes de
    l'os iliaque antrieur est de 22,3 (au lieu de 26,9),
    celle des crtes iliaques 26,5 (au lieu de 29,3) celle des
    trochanter de 27,7 (31), les conjungata externes ont 17,2
    (19-20), et les internes ont 7,7 (au lieu de 10,8). En
    raison du peu de largeur du bassin, les cuisses ne sont pas
    convergentes comme c'est le cas chez la femme, mais leur
    position est tout  fait droite.

    Le rapport mdical a dmontr que chez S..., il y a une
    inversion morbide et congnitale du sentiment sexuel,
    inversion qui se manifeste mme anthropologiquement par des
    anomalies dans le dveloppement du corps, et qui a pour cause
    de lourdes tares hrditaires; qu'enfin les actes incrimins
    trouvent leur explication dans la sexualit morbide et
    irrsistible de la malade.

    La remarque caractristique de S.: Dieu m'a inculqu l'amour
    dans le coeur; s'il m'a cre telle et pas autrement, est-ce
    ma faute, ou sont-ce les voies insondables de la Providence?
    est, sous ce rapport, tout  fait lgitime.

    Le tribunal a prononc l'acquittement. La comtesse en
    vtements d'homme, comme l'appelaient les journaux, rentra
    dans la capitale de son pays o elle figure de nouveau comme
    comte Sndor. Son seul chagrin est que son amour heureux avec
    sa Marie ardemment adore a maintenant disparu.

    Une femme marie,  Brandon (Wisconsin), dont le docteur
    Kiernan rapporte l'histoire (_The med. Standard_, 1888,
    nov.-dc), a eu plus de chance. Elle enleva, en 1883, une
    jeune fille, se laissa marier avec elle  l'glise, et vcut
    maritalement avec elle sans tre drange.

    Un cas rapport par Spitzka (_Chicago med. Review_ du 20 aot
    1881) fournit un intressant exemple historique d'androgynie.
    Il concerne lord Cornbury, gouverneur de New-York, qui a vcu
    sous le gouvernement de la reine Anne, et qui, videmment
    atteint de _moral insanity_, tait un dbauch effrn. Malgr
    sa haute position, il ne pouvait s'empcher de se promener
    dans les rues vtu en femme et avec toutes les allures et les
    minauderies d'une cocotte.

    Sur un des portraits qu'on a pu conserver de lui, on
    remarquera surtout l'troitesse de son os frontal, sa face
    asymtrique, ses traits fminins, sa bouche sensuelle. Il est
    certain qu'il ne s'est jamais pris lui-mme pour une femme.

Chez les individus atteints d'inversion sexuelle, le sentiment et
la tendance sexuels pervers peuvent aussi se compliquer d'autres
phnomnes de perversion.

Il est probable qu'il s'agit, en ce qui concerne la manifestation
de l'instinct, de faits analogues  ceux qui se produisent chez les
personnes htrosexuelles perverses dans la mise en action de leur
instinct.

tant donn cette circonstance que l'inversion sexuelle va presque
rgulirement de pair avec une accentuation morbide de la vie
sexuelle, il est fort possible que des actes sadistes et de volupt
cruelle se produisent sans la satisfaction du libido. Un exemple
caractristique  ce sujet est le cas de Zastroio (Casper-Liman, 7e
dit., t. I, p. 160; t. II, p. 487), qui a mordu une de ses victimes,
un garon, lui a dchir le prpuce, fendu l'anus, et finalement l'a
trangl.

Z... tait issu d'un grand-pre psychopathe, d'une mre mlancolique;
son oncle maternel s'adonnait  des jouissances sexuelles anormales et
s'est suicid.

Z... tait n d'uraniste; dans son _habitus_ et ses occupations, il
tait de caractre masculin, atteint de phimosis; c'tait un homme
faible psychiquement, tout  fait dsquilibr et, au point de vue
social, tout  fait inutilisable. Il avait l'_horror femin_; dans ses
rves rotiques, il se sentait femme en face de l'homme; il avait la
pnible conscience de son absence de sentiment sexuel normal et de
son penchant pervers; il essaya de trouver une satisfaction dans
l'onanisme mutuel et eut souvent des dsirs de pdrastie.

On trouve dans l'historique de quelques-uns des malades prcdents
de pareilles vellits sadistes chez des invertis sexuels (comp.
observations 107, 108 de cette dition). Il y a aussi du masochisme
parfois (comp. observations 43, 6e dition, observation 111, 114 de
cette dition).

Comme exemple de satisfaction sexuelle perverse base sur l'inversion
sexuelle, nous citerons encore ce Grec qui, comme le rapporte
Athenus, tait amoureux d'une statue de Cupidon et la souilla dans le
temple de Delphes; puis, outre les cas monstrueux cits dans le livre
de Tardieu (_Attentats_, p. 272), le cas horrible d'un nomm Artusio
(voir Lumbroso: _L'uomo delinquente_, p. 200) qui a ouvert le ventre
d'un garon et l'a souill par cette ouverture.

Les observations 86, 110, 111 prouvent que, dans l'inversion sexuelle,
on rencontre quelquefois aussi du ftichisme.


DIAGNOSTIC, PRONOSTIC ET TRAITEMENT DE L'INVERSION SEXUELLE

L'inversion sexuelle n'a eu pour la science jusqu' ces derniers
temps qu'un intrt anthropologique, clinique et mdico-lgal; on est
arriv, grce aux recherches plus rcentes,  pouvoir penser aussi 
la thrapie de cette anomalie funeste qui, chez l'individu atteint,
constitue un si grave prjudice au point de vue moral, physique et
social.

La premire condition d'une intervention thrapeutique, c'est la
diffrenciation exacte entre les cas de maladie acquise et ceux de
maladie congnitale, et le classement d'un cas concret dans une des
catgories qu'on a pu dfinir par la voie de l'empirisme scientifique.

Le diagnostic entre les cas acquis et congnitaux n'offre pas de
difficults au dbut.

Si l'_inversio sexualis_ est dj dclare, l'tude rtrospective du
cas donnera les claircissements ncessaires sur la maladie.

La conclusion importante, au point de vue du pronostic, c'est--dire
de savoir s'il y a inversion congnitale ou acquise, ne peut dans ces
cas se dduire que d'une anamnse minutieuse.

Il serait de la plus grande importance, pour juger du caractre
congnital de l'anomalie, d'tablir si l'inversion sexuelle existait
longtemps avant que l'individu se soit livr  la masturbation. Une
enqute dans ce sens se butte  une difficult: la possibilit d'une
indication inexacte de l'poque (erreur de mmoire).

Prouver que le sentiment htrosexuel a exist avant la priode
de dbut de l'auto-masturbation ou de l'onanisme mutuel, est chose
importante pour la constatation d'une inversion sexuelle acquise.

En gnral, les cas acquis sont caractriss de la faon suivante:

1 Le sentiment homosexuel ne se montre dans la vie de l'individu
que secondairement, et peut tre d parfois  des incidents qui ont
troubl la satisfaction sexuelle normale (neurasthnie onaniste, tats
psychiques).

Il est cependant probable que dans ce cas, malgr un libido sensuel et
grossier, les sentiments et les penchants pour l'autre sexe, surtout
au point de vue de l'affection psychique et du sens esthtique, ne
reposent _ab origine_ que sur une base trs faible.

2 Tant que l'inversion sexuelle ne s'est pas manifeste par des
faits, le sentiment homosexuel est jug par la conscience comme
vicieux et morbide, et l'individu ne s'abandonne que faute de mieux 
cette anomalie.

3 Le sentiment htrosexuel reste pendant longtemps prdominant, et
l'individu ressent pniblement l'impossibilit de le satisfaire. Ce
sentiment s'efface  mesure que le sentiment homosexuel se fait de
plus en plus fort.

Dans les cas congnitaux, au contraire, on observe les phnomnes
suivants:

_a_) Le sentiment homosexuel vient en premire ligne et domine la
_vita sexualis_. Il apparat comme une satisfaction naturelle et
prdomine aussi dans les songes de l'individu.

_b_) Le sentiment htrosexuel a manqu de tout temps, ou si, dans le
cours de la vie de l'individu, il se manifeste aussi (hermaphrodisme
psycho-sexuel), il n'est qu'un phnomne pisodique, ne trouve pas de
racines dans l'me de l'individu, et n'est qu'un moyen accidentel pour
satisfaire des impulsions sexuelles.

D'aprs ce qui procde, la diffrenciation entre les divers autres
groupes d'invertis congnitaux et les cas d'inversion acquise ne
rencontrera gure de difficults.

Le pronostic des cas d'inversion sexuelle acquise est de beaucoup
plus favorable que celui des cas congnitaux. Dans les premiers, c'est
vraisemblablement l'effmination complte, la transformation psychique
de l'individu dans le sens de ses sentiments sexuels pervers qui
constitue la limite au del de laquelle il n'y a plus rien  esprer
pour la thrapeutique. Dans les cas congnitaux, les diverses
catgories numres dans ce livre reprsentent autant de degrs
divers de la tare psychosexuelle, et la gurison n'est possible
qu'avec la catgorie des hermaphrodites, et seulement probable (voir
plus loin le cas de Schrenk-Notzing) dans les tats de dgnrescence
plus grave.

La prophylaxie de ces tats n'en serait que plus importante:
empchement pour les congnitaux de procrer de pareils malheureux;
prservation pour les invertis acquis des influences nuisibles qui,
d'aprs l'exprience, pourraient amener cette fatale aberration du
sentiment sexuel.

D'innombrables hrditaires deviennent la proie de ce triste mal,
parce que les parents et les prcepteurs ne se doutent mme pas
des dangers que la masturbation peut avoir pour les enfants, sur un
terrain pareil.

Dans beaucoup d'coles et de pensionnats il y a pour ainsi dire un
apprentissage de la masturbation et de l'impudicit. Aujourd'hui on se
proccupe trop peu de la situation physique et morale des lves.

S'acquitter du programme d'tudes, voil la principale chose.
Qu'importe si en mme temps maint lve sombre au physique et au
moral!

Avec une pruderie ridicule on cache d'un voile pais aux jeunes gens
qui grandissent la vita sexualis: mais on ne fait pas la moindre
attention aux mouvements de leur instinct gnital. Combien peu de
mdecins sont consults par leurs clients souvent les plus lourdement
tars pendant la priode de dveloppement des enfants.

On croit tout devoir abandonner  la nature. Par moments celle-ci
s'agite trop violemment et conduit par des voies dangereuses les
jeunes gens qui manquent de conseils et de secours.

Il ne nous parat pas  propos d'approfondir ici le ct
prophylactique de la question[96].

[Note 96: Les paroles suivantes, que m'a crites le malade de
l'observation 88 de la 6e dition, sont dignes d'attention sous le
rapport de la prophylaxie: Si jamais on arrivait, non pas  dtruire,
comme chez les Spartiates, les jeunes gens malingres pour avoir
une bonne slection dans le sens des ides darwiniennes, mais 
reconnatre notre inversion sexuelle  l'ge de notre premire
jeunesse, on pourrait peut-tre, pendant cette priode, gurir par
la suggestion, la pire de toutes les maladies! Il est probable que la
gurison pourrait tre plus facilement obtenue dans la jeunesse que
plus tard.]

Les parents et les prcepteurs trouveront beaucoup d'indications et
d'instructions dans ce livre ainsi que dans les nombreux ouvrages
scientifiques sur la masturbation.

Voici les points  remplir dans le traitement de l'inversion sexuelle:

1 Combattre l'onanisme ainsi que les autres lments nuisibles  la
_vita sexualis_.

2 Suppression de la nvrose (_neurasthenia sexualis_ et
_universalis_) produite par des conditions anti-hyginiques de la
_vita sexualis_.

3 Traitement psychique pour combattre les sentiments et les
impulsions homosexuels et dvelopper le penchant htrosexuel.

Le point principal de l'action devra viser  remplir la troisime
indication, surtout contre l'onanisme.

L'accomplissement des points 1 et 2 du programme ne suffira que dans
des cas trs rares, quand l'inversion sexuelle acquise n'est pas
encore arrive  un tat avanc. Le cas suivant rapport par l'auteur
dans le l'_Irrenfreund_ de 1884, n I, en fournit un exemple.

    OBSERVATION 132.--Z... 51 ans, de mre psychopathe, a t mis
    dans son jeune ge  l'cole des cadets o il a t entran 
    l'onanisme. Il se dveloppa bien au physique; il avait le sens
    sexuel normal, et devint  l'ge de dix-sept ans lgrement
    neurasthnique  la suite de pratiques de masturbation; il eut
    des rapports sexuels avec des femmes et en prouva du plaisir,
    se maria  l'ge de vingt-cinq ans, mais fut atteint un an
    plus tard de malaises neurasthniques accentus et perdit
    alors tout  fait son inclination pour le sexe fminin. Elle
    fut remplace par l'inversion sexuelle. Impliqu dans un
    procs de haute trahison, il passa deux ans en prison et
    ensuite cinq ans en Sibrie. Pendant ces sept annes, la
    neurasthnie et l'inversion sexuelle s'aggravrent sous
    l'influence de la masturbation continuelle.  l'ge de
    trente-cinq ans, rendu  la libert, le malade a d depuis
    visiter toutes sortes de stations thermales,  cause de ses
    malaises neurasthniques trs avancs. Pendant cette
    longue priode, son sentiment sexuel anormal n'a subi aucun
    changement. Il vivait pour la plupart du temps spar de
    sa femme, qu'il estimait beaucoup pour ses qualits
    intellectuelles, mais qu'il fuyait parce qu'elle tait femme,
    de mme qu'il vitait les contacts avec tout tre fminin.
    Son inversion sexuelle tait purement platonique. L'amiti,
    l'accolade cordiale, un baiser, lui suffisaient. Des
    pollutions occasionnelles se produisaient sous l'influence de
    rves rotiques o il s'agissait toujours de personnes de son
    propre sexe. Pendant la journe aussi, la plus belle femme
    le laissait froid, tandis que la seule vue de beaux hommes
    provoquait chez lui de l'rection et de l'jaculation. Au
    cirque et au bal il n'y avait que les athltes et les
    danseurs qui l'intressaient. Dans ses priodes de plus grande
    motivit, l'aspect mme des statues d'hommes lui provoquait
    du l'rection. Incidemment il retomba  son ancien vice,  la
    masturbation. Homme dlicat de sentiment et cultiv au point
    de vue esthtique, il avait la pdrastie en horreur. Il
    considra toujours son sentiment sexuel pervers comme quelque
    chose de morbide, sans s'en estimer malheureux, tant donn
    son libido et sa puissance manifestement affaiblis.

    Le _status prsens_ a montr les symptmes ordinaires de
    la neurasthnie. La taille, l'attitude et le vtement ne
    prsentaient rien d'trange. Le massage lectrique eut un
    succs extraordinaire. Au bout de quelques sances, le malade
    tait trs ragaillardi au physique et au moral. Aprs vingt
    sances, le _libido_ s'est rveill de nouveau, non dans le
    sens qu'il avait jusqu'ici, mais avec une tendance normale,
    la mme que le malade eut jusqu' l'ge de vingt-cinq ans. 
    partir de ce moment ses rves rotiques n'eurent pour objet
    que la femme, et un jour le malade me raconta avec joie qu'il
    avait fait le cot et qu'il y avait prouv le mme plaisir
    qu'il y a vingt-six ans. Il cohabitait de nouveau avec sa
    femme et esprait tre dlivr pour jamais de la neurasthnie
    et de l'inversion sexuelle. Cette esprance s'est justifie
    pendant les six mois que j'ai encore eu l'occasion d'observer
    le malade.

Ordinairement le traitement physique, mme soutenu par la thrapie
morale, par des conseils nergiques d'viter la masturbation, de
supprimer les sentiments homosexuels et d'veiller les tendances
htrosexuelles, ne suffit pas, mme dans les cas d'inversion sexuelle
acquise.

Seul le traitement psychique--la suggestion--peut tre efficace.

L'observation suivante montre un exemple intressant et rconfortant
du succs obtenu par l'autosuggestion dans les formes attnues de
l'anomalie.

    OBSERVATION 133.--_Autobiographie d'un hermaphrodite
    psychique.--Lutte victorieuse de l'individu contre ses
    penchants homosexuels_.

    Mon pre a eu une attaque d'apoplexie, mais il gurit en
    gardant une lgre dviation de la figure. Ma mre tait trs
    anmique et trs mlancolique. Tous deux ont beaucoup souffert
    d'hmorrhodes; mon pre leur attribuait les maux de reins
    dont il souffrait par moments, mme aprs son mariage.

    Je suis, si j'ose m'exprimer ainsi, un caractre passif. tant
    enfant je m'abandonnais  toutes sortes d'imaginations (les
    religieuses y compris). Je mouillais mes draps et pendant mon
    sommeil je m'amusais avec mes parties gnitales, jusqu'au jour
    o mon pre, pour m'en empcher, m'attacha les mains. (J'tais
     cette poque tout enfant et je ne me masturbais pas.) J'ai
    toujours t timide et maladroit dans mes rapports avec les
    autres.  l'ge d'environ quatorze ou quinze ans je fus pouss
     l'onanisme. L'impulsion et les dsirs pour la femme qui
    se sont manifests lors de l'veil de mon sentiment sexuel,
    n'taient au fond que de nature platonique; d'ailleurs je
    n'avais pas d'occasions de me mettre en relation avec
    des dames.  l'ge d'environ dix-huit ans j'ai essay de
    satisfaire d'une faon naturelle mon besoin sexuel, plutt
    pouss par la curiosit que par une impulsion intrieure. Sans
    avoir eu jamais d'inclination pour la femme, j'ai depuis ce
    temps satisfait mon besoin par des rapports sexuels chaque
    fois que j'en ai eu l'occasion.

    Peu aprs la priode de la pubert, je devins trs anmique
    et je paraissais plus que mon ge. Alors des penses
    mlancoliques et des ides tranges se firent jour.
    J'prouvais une vraie volupt  me reprsenter dans l'tat de
    la plus grande humiliation possible. Il peut tre intressant
    d'ajouter encore qu' cette poque je luttais contre des
    doutes religieux et que ce n'est que plus tard que j'ai trouv
    le courage de me placer au-dessus de la religion. Je tombais
    amoureux des jeunes gens. Au commencement je rsistai  ces
    ides, mais plus tard elles sont devenues si puissantes que je
    suis devenu un vritable uraniste. Les femmes me paraissaient
    n'tre que des tres humains de seconde classe. J'tais dans
    un tat d'esprit dsolant. Avec une lassitude de la vie,
    des tendances  la misanthropie s'installrent dans mon me
    malade. Un jour je lus l'ouvrage: _Was will das werden?_
    (Qu'adviendra-t-il?) Et avant que j'aie pu m'en rendre compte,
    j'tais devenu dmocrate-socialiste, mais dans le sens idal.
    La vie avait de nouveau une valeur pour moi, car j'avais
    un idal: la lutte pacifique pour le relvement social du
    proltariat. Cela produisit une puissante rvolution dans
    mon tre. Comme dans mes meilleurs jours ( l'ge de seize
    et dix-sept ans), je m'enthousiasmais pour l'art et notamment
    pour le thtre.  l'heure qu'il est, je travaille  un drame
    et  une comdie, et je roule dans ma tte de grandes ides.
    J'ai lu une remarque de Schlegel que Sophocle devait son
    nergie et sa puissance de travail aux exercices physiques,
    son sens artistique  la musique. Puis un autre passage:
    L'auteur dramatique doit tre avant tout d'une intelligence
    intacte. Cela me tomba comme une lourde pierre sur l'me; car
    mes sentiments sexuels invertis ne pouvaient tre sortis d'un
    esprit sain et droit.

    Je conus alors l'ide de me faire traiter par l'hypnotisme,
    mais la honte m'en empcha. Je me dis alors que je devais
    tre, au fond, un tre lche et bien faible pour avoir si
    peu de confiance en moi-mme et je rsolus srieusement de
    supprimer mes dsirs uranistes. En mme temps, je combattis
    par un rgime rationnel ma nervosit. Je faisais des parties
    de canot; je frquentais la salle d'armes, je marchais
    beaucoup en plein air, et j'eus la joie, en me rveillant un
    matin, de me trouver comme un homme tout  fait transform.
    Quand je pensais  mon pass entre vingt et vingt-six ans, il
    me semblait que, pendant cette priode, un homme tout  fait
    tranger et dgotant avait log dans ma peau.

    J'tais tout tonn que le plus bel cuyer, le camionneur de
    bire le plus vigoureux ne m'inspirassent plus aucun intrt;
    les musculeux tailleurs de pierres mme me laissaient froid.
    J'avais du dgot en pensant que de pareils gens avaient pu
    me sembler beaux. Ma confiance en moi-mme s'augmente; je suis
    trs bon, c'est vrai, mais je suis d'un caractre foncirement
    actif. Mon extrieur s'est continuellement amlior depuis
    l'ge de vingt ans. J'ai maintenant l'air que comporte mon
    ge. J'ai, c'est vrai, des rechutes dans mes dsirs uranistes,
    mais je les supprime avec nergie. Je ne satisfais mon
    _libido_ que par le cot, et j'espre qu'en continuant ce
    genre de vie rationnel l'envie du cot s'accrotra.

Ordinairement c'est la suggestion par un tiers et la suggestion
provoque par l'hypnose qui offrira des chances de succs.

Dans ces cas la suggestion posthypnotique doit dsuggrer l'impulsion
 la masturbation ainsi que les sentiments homosexuels, et, d'autre
part, inculquer au malade la confiance dans sa puissance et lui donner
des penchants htrosexuels.

La condition premire est naturellement la possibilit d'amener une
hypnose suffisamment profonde. C'est prcisment ce qui ne russit
pas souvent chez les neurasthniques; car ils sont trop excits,
embarrasss, et peu en tat de pouvoir concentrer leur ides.

Ainsi dans un cas que j'ai rapport (T. I, fascicule II, p. 58 de
_Internationale Centralblatt fr die Physiologie und Pathologie der
Harn und Sexualorgane_), je n'ai pas russi  obtenir l'hypnose bien
que le malade la dsirt vivement et ft tout son possible pour y
parvenir.

tant donns les bienfaits normes qu'on peut rendre  ces malheureux,
quand on se rappelle le fait de Ladame (voir plus loin), on devrait
dans de pareils cas faire tout son possible pour forcer l'hypnose,
seul moyen de salut. Le rsultat fut satisfaisant dans les trois cas
suivants.

    OBSERVATION 134. (_Inversion sexuelle acquise par la
    masturbation._)--M. X..., ngociant, vingt-neuf ans.

    Les parents du malade taient bien portants. Dans la famille
    du pre, aucune trace de nervosit.

    Le pre tait un homme irritable et morose. Un frre du pre
    avait t un viveur et est mort clibataire.

    La mre est morte  sa troisime couche, le malade avait six
    ans; elle avait une voix grave et rauque, plutt virile, et
    tait trs brusque dans ses allures.

    Parmi les enfants ns de cette union, il y a un frre du
    malade qui est irritable, mlancolique et indiffrent aux
    femmes.

    tant enfant, le malade eut une rougeole avec dlire. Jusqu'
    l'ge de quatorze ans, il tait gai et sociable;  partir de
    cette poque, il est devenu calme, solitaire, mlancolique.
    La premire trace de sentiment sexuel s'est fait remarquer
     l'ge de dix  onze ans; il fut alors initi par d'autres
    garons  l'onanisme et pratiqua avec eux l'onanisme mutuel.

     l'ge de treize  quatorze ans il eut sa premire
    jaculation. Jusqu' il y a trois mois, le malade ne s'est
    aperu d'aucune consquence fcheuse de l'onanisme.

     l'cole il apprenait avec facilit; parfois il avait des
    maux de tte.  partir de l'ge de vingt ans, il a eu des
    pollutions, bien qu'il se masturbt tous les jours. Quand il
    avait des pollutions, il rvait de scnes d'accouplement; il
    voyait comment l'homme et la femme accomplissaient l'acte. 
    l'ge de dix-sept ans, il a t amen par un homme homosexuel
     pratiquer l'onanisme mutuel. Il y a prouv de la
    satisfaction, car il a toujours eu d'normes besoins sexuels.
    Il s'est pass un temps assez long avant que le malade ait
    cherch une nouvelle occasion d'avoir des rapports avec un
    homme. Il s'agissait seulement pour lui de se dbarrasser de
    son sperme.

    Il n'prouvait ni amiti, ni amour pour les personnes avec
    lesquelles il entretenait des rapports. Il n'prouvait de
    satisfaction que lorsqu'il tait dans le rle actif et qu'on
    le manustruprait. Une fois l'acte accompli, il n'avait que du
    mpris pour l'individu. Quand, avec le temps, le personnage
    lui inspirait de l'estime, il cessait les relations. Plus
    tard, il lui fut indiffrent de se masturber ou d'tre
    masturb. Quand il se masturbait lui-mme, il pensait toujours
     la main des hommes sympathiques qui l'onanisaient. Il
    prfrait les mains dures et rugueuses.

    Le malade croit que, sans la sduction, il se serait dirig
    dans les voies de la satisfaction naturelle de l'instinct
    gnital. Il n'a jamais prouv de l'amour pour son propre
    sexe, mais il s'est plu  l'ide de cultiver l'amour avec des
    hommes. Au commencement il a eu des motions sensuelles en
    face de l'autre sexe. Il aimait  danser; il se plaisait
    avec les femmes, mais il regardait plutt leur corps que leur
    figure. Il avait eu aussi des rections en voyant une femme
    sympathique, il n'a jamais essay de faire le cot, car il
    craignait l'infection; il ignore mme s'il serait puissant en
    prsence d'une femme. Il croit que tel ne serait pas le cas,
    car ses sentiments pour les femmes se sont refroidis, surtout
    depuis cette dernire anne.

    Tandis qu'auparavant, dans ses rves rotiques, il avait des
    reprsentations d'hommes et de femmes, plus tard, il ne rvait
    plus que de rapprochements avec des hommes. Il ne peut se
    rappeler d'avoir, ces annes dernires, rv de rapports
    sexuels avec une femme. Au thtre, ce sont toujours les
    figures fminines qui l'intressent, de mme au cirque et
    au bal. Dans les muses, il se sent galement attir par les
    statues masculines et fminines.

    Le malade fume beaucoup, boit de la bire, aime la compagnie
    des messieurs, est gymnaste et patineur. Les manires fates
    lui ont toujours t odieuses; il n'a jamais eu le dsir de
    plaire aux hommes, mais plutt le dsir de plaire aux dames.

    Il ressent pniblement son tat actuel, l'onanisme ayant pris
    trop d'empire. L'onanisme qui, autrefois, tait inoffensif,
    montre maintenant ses effets nuisibles.

    Depuis le mois de juillet 1889, il souffre de nvralgie des
    testicules; la douleur se fait sentir surtout pendant la nuit;
    il a souvent des tremblements la nuit, (irritabilit rflexe
    exagre): le sommeil ne le repose pas; le malade s'veille
    avec des douleurs dans les testicules. Il est maintenant
    port  se masturber plus souvent qu'autrefois. Il a peur de
    l'onanisme. Il espre que sa vie sexuelle pourra encore tre
    ramene dans les voies normales. Il pense  l'avenir; il a
    mme dj nou une liaison avec une demoiselle qui lui
    est sympathique, et l'ide de l'avoir comme pouse lui est
    agrable.

    Depuis cinq jours il s'est abstenu de l'onanisme, mais il
    ne croit pas qu'il serait capable d'y renoncer par sa propre
    force. Ces temps derniers, il tait trs abattu, n'avait plus
    envie de travailler, se sentait las de la vie.

    Le malade est grand, vigoureux, bien bti, trs barbu. Le
    crne et le squelette sont normaux.

    Rflexes profonds trs accentus, pupilles plus larges que
    la moyenne, gales, ragissant trs promptement. Carotides
    de calibre gal. _Hypersthesia urethr_. Les cordons
    spermatiques et le testicule ne sont pas sensibles; les
    parties gnitales sont tout  fait normales.

    On rassure le malade; on le console par l'espoir d'un avenir
    heureux  la condition qu'il renonce  l'onanisme et qu'il
    reporte son sentiment actuel pour son propre sexe vers les
    femmes.

    Ordonnance: demi-bains (24--20 R.), antipyrine, 1 gr. _pro
    die_; le soir 4 grammes de bromure de potassium.

    13 dcembre. Le malade vient tout effray et troubl  la
    consultation, disant qu'il ne pourra par sa propre force
    rsister  l'onanisme; il prie qu'on l'aide.

    Un essai d'hypnose plonge la malade dans un profond
    engourdissement.

    Il reoit les suggestions suivantes:

    1 Je ne puis, ne dois et ne veux plus faire de l'onanisme;

    2 J'ai en horreur l'amour pour mon propre sexe et je ne
    trouverai plus beau aucun homme;

    3 Je veux gurir et je gurirai; j'aimerai une brave femme,
    je serai heureux et je la rendrai heureuse.

    14 dcembre. Le malade, en se promenant, a vu un bel homme et
    s'est senti puissamment attir vers celui-ci.

     partir de ce moment, tous les deux jours, sances
    hypnotiques avec les suggestions sus-indiques. Le 18
    dcembre, (quatrime sance) on russit  obtenir le
    somnambulisme. L'impulsion  l'onanisme et l'intrt pour les
    individus masculins diminuent.

    Dans la huitime sance, on ajoute aux suggestions
    sus-mentionnes celle de la puissance complte. Le malade se
    sent moralement relev et physiquement renforc. La nvralgie
    des testicules a disparu. Il trouve qu'il est maintenant au
    zro du sentiment sexuel.

    Il croit tre dbarrass de la masturbation et de l'inversion
    sexuelle.

    Aprs la onzime sance, il dclare n'avoir plus besoin des
    sances mdicales. Il veut rentrer chez, lui et pouser une
    fille. Il se sent tout  fait bien portant et puissant. Le
    malade est renvoy au commencement du mois de janvier 1890.

    En mars 1890, le malade m'crit: J'ai eu depuis encore
    quelquefois besoin de rassembler toutes mes forces morales
    pour combattre mon ancienne habitude et Dieu merci! j'ai
    russi  me dlivrer de ce mal. Plusieurs fois dj j'ai pu
    accomplir le cot et j'y ai prouv un plaisir assez srieux.
    Je compte avec tranquillit sur l'avnement d'un avenir
    heureux.

    OBSERVATION 135. (_Inversion sexuelle acquise. Amlioration
    notable par le traitement hypnotique._)--M. P..., n en 1803,
    employ d'un tablissement industriel, est issu d'une famille
    de patriciens trs considre en Allemagne centrale, famille
    dans laquelle la nervosit et les maladies mentales taient
    frquentes.

    L'aeul du ct paternel et sa soeur sont morts alins, la
    grand'mre est morte d'apoplexie, le frre du pre est
    mort fou, la fille de ce dernier a pri d'une tuberculose
    crbrale; le frre de la mre s'est suicid dans un accs de
    folie. Le pre du malade est trs nerveux; un frre an est
    gravement atteint de neurasthnie complique d'anomalie de la
    _vita sexualis_; un autre frre est l'objet de l'observation
    118 de la sixime dition de la _Psychopathia sexualis_, un
    troisime frre a une conduite excentrique et aurait, dit-on,
    des monomanies; une soeur souffre de crampes, une autre
    soeur est morte en bas ge de convulsions.

    Le malade est tar, car ds sa premire jeunesse, il tait
    trs bizarre, irritable, emport; il faisait  son entourage
    l'impression d'un individu anormal.

    De trs bonne heure, la _vita sexualis_ se manifesta chez lui
    violemment, il est venu  l'onanisme sans y tre entran. 
    partir de l'ge de seize ans, ce garon, trs dvelopp pour
    son ge, frquentait les bordels de la capitale, profitant de
    ses sorties du dimanche et des jours de ftes. Il faisait le
    cot avec plaisir, et pendant les jours de la semaine, il se
    satisfaisait par l'onanisme.  partir de l'ge de vingt
    ans, le malade, devenu indpendant, fit des excs avec des
    prostitues; il fut  la suite atteint de _neurasthenia
    sexualis_, devint relativement impuissant, et ne trouva
    plus de satisfaction dans le cot,  cause de sa faiblesse
    d'rection et de l'_ejaculatio prcox_. Son _libido sexualis_
    devint plus puissant que jamais; il le satisfaisait par
    l'onanisme. Au commencement de l'anne 1888, le malade fit la
    connaissance d'un jeune homme.

    Par sa figure agrable, ses manires clines et les belles
    formes extrieures de son corps, il s'acquit toute mon
    affection. J'avais le dsir de lui adresser la parole et je me
    rjouissais d'avance du moment o je pourrais le voir, j'tais
    tout  fait amoureux de lui. Avec cette passion s'teignit mon
    amour pour les femmes. Cet homme pouvait m'exciter  un
    tel point que pendant des minutes, je sentais ma mmoire
    s'vanouir et que je ne pouvais que balbutier.

    Bientt aprs, je fis la connaissance d'un monsieur qui
    m'tait sympathique aussi et qui devait avoir une influence
    dcisive sur le reste de ma vie. Il tait homosexuel. Je lui
    avouai que je n'prouvais plus que du dgot pour le sexe
    fminin et que je me sentais attir vers l'homme.

    Un jour que je demandais  mon camarade comment il s'y
    prenait pour amener des soldats  se livrer  lui, il me
    rpondit que la principale chose tait d'avoir de l'aplomb et
    qu'alors on pouvait faire marcher n'importe qui. Vers la
    fin de 1888, me rappelant ce conseil, je me rapprochai d'un
    brosseur d'officier qui m'avait puissamment excit, bien que
    jamais aucune jaculation n'en et rsult. Voyant que ce
    soldat ne voulait pas se livrer, je n'insistai plus auprs de
    lui. _Alium quondam militem in cubiculum allectum rogavi ut,
    veste exuta, mecum in lectum concumberet. Rogatus fecit qu
    volui et alter alterius penem trivit_.

    Bien qu'aprs ce succs heureux j'aie encore abus de
    beaucoup de gens, je n'tais pour ainsi dire amoureux que d'un
    seul. C'tait un trs joli garon de dix-sept ans. Sa voix me
    semblait si caressante, ses manires taient si convenablement
    tendres, qu'aujourd'hui encore je ne puis l'oublier. Dans mes
    rves je ne m'occupais que de beaux jeunes gens et souvent
    ma sensualit rveille m'empchait de dormir des nuits
    entires.

    Au commencement de l'anne 1889, les manires du malade
    veillrent des soupons d'amour homosexuel. Une dnonciation
    dont il tait menac, le dprima profondment et il songea
     se suicider. Sur le conseil du mdecin de la famille, il
    partit pour la capitale. Comme le malade tait incapable
    de renoncer par sa propre volont  ses gots habituels, on
    commena  lui appliquer le traitement hypnotique. On n'obtint
    qu'un lger engourdissement qui n'eut qu'un succs minime,
    tant donnes les sductions des anciens amants dans la
    proximit desquels le malade se trouvait.

     cette poque, il ne manquait pas encore de principes moraux
    solides. La situation s'amliora grce  l'ide de sa famille
    dsole, et par la crainte d'une poursuite judiciaire dont il
    tait srieusement menac.

    Le malade se dcida  essayer de se soumettre au traitement de
    l'auteur de ce livre.

    J'ai trouv en lui un homme dlicat, ple, gravement
    neurasthnique, qui dsesprait de son avenir, mais qui
    n'avait aucun stigmate extrieur de dgnrescence. Le malade
    reconnaissait qu'il se trouvait dans une fausse position et
    semblait vouloir faire tout son possible pour redevenir un
    homme honnte et convenable.

    Il regrettait profondment sa perversion sexuelle qu'il
    jugeait comme morbide, mais qu'il croyait acquise. Il ne me
    cacha nullement qu'en prsence de jeunes gens il n'tait plus
    matre de lui et qu'il ne pouvait pas garantir non plus de
    pouvoir s'abstenir de l'onanisme auquel il tait forc d'avoir
    recours faute de mieux. Seule une volont puissante pourrait
    par suggestion l'en prserver.

    Son amour homosexuel a consist jusqu'ici exclusivement en
    onanisme mutuel; l'rection ne se produit chez lui qu'au
    contact des hommes aims; l'jaculation a lieu trs tt, mais
    l'accolade seule ne suffit pas pour la provoquer. Il ne
    s'est pas senti dans un rle sexuel particulier vis--vis de
    l'homme. Les parties gnitales et les organes vgtatifs sont
    normaux.

    En dehors des dispositions pour un traitement _contra
    neurastheniam_, on a commenc, le 8 avril 1890, un traitement
    hypnotico-suggestif.

    L'hypnose russit facilement par le simple regard et la
    suggestion verbale. Aprs une demi-minute, le malade tomba
    dans un profond engourdissement avec attitude cataleptiforme
    des muscles. Le rveil eut lieu en lui suggrant qu'il se
    rveillerait en comptant jusqu' trois. Parfois, on pouvait
    obtenir des suggestions post-hypnotiques. Les suggestions
    intra-hypnotiques avaient pour sujet:

    1 Dfense de s'onaniser;

    2 Ordre formel de considrer l'amour homosexuel comme
    mprisable, dgotant et impossible;

    3 Ordre de ne trouver de beaut que chez les dames, de
    s'approcher d'elles, de rver d'elles, de sentir du _libido_
    et de l'rection  leur aspect.

    Les sances ont eu lieu quotidiennement. Le 14 avril,
    le malade m'annona avec contentement et une sorte de
    satisfaction morale qu'il a fait le cot avec plaisir et qu'il
    avait jacul tardivement.

    Le 16, il se sentit exempt de tendances onanistes, attir vers
    la femme et tout  fait indiffrent envers les hommes. Il rve
    de charmes fminins et a des rapports avec des femmes.

    Le 1er mai, le malade parat tout  fait normal sexuellement
    et il se sent comme tel. Il est devenu au physique un tout
    autre homme, plein de courage et de confiance en lui-mme.

    Il fait le cot normal avec une satisfaction parfaite et il se
    croit  l'abri de toute rechute.

    Dans une lettre crite plus tard M. P... dit:

    Ce qui n'est pas autrement remarquable, c'est que je suis
    toujours dlivr de ces aberrations. La seule chose qui me
    rappelle encore cette priode sombre, ce sont les rves, rares
    il est vrai, de mon pass dsol que je n'ai pas le pouvoir de
    bannir et qui parfois occupent mme agrablement mes penses.
    Par ma propre volont, je l'espre, je russirai pourtant
     m'en dbarrasser bientt tout  fait. Dans le cas o je
    redeviendrais faible, vos exhortations instantes, j'en suis
    sr, feront que je rsisterai avec nergie et que je ne
    succomberai point.

    Le 20 octobre 1890 P... m'crivait:

    Je suis compltement guri de l'onanisme et l'amour
    homosexuel ne trouve plus de sympathie en moi. Mais la
    puissance complte ne semble pas encore rtablie, bien que je
    vive avec un rgime trs rgl. Toutefois je me sens content.

    OBSERVATION 136. (_Inversion sexuelle acquise._)--Z...,
    fonctionnaire, trente-deux ans, n d'une mre hystropathe.
    La mre de la mre souffrait galement d'hystrie, et tous ses
    frres et soeurs avaient des maladies de nerfs. Un frre est
    uraniste. Z... tait faiblement dou d'esprit; il apprenait
    difficilement. En dehors de la scarlatine, il n'eut pas
    de maladies d'enfance.  treize ans, il fut amen par des
    camarades de pensionnat  pratiquer l'onanisme. Il tait
    sexuellement hyperesthsique; il commena  l'ge de dix-sept
    ans  faire le cot qu'il pratiquait avec plaisir et puissance
    complte.  l'ge de vingt-six ans, mariage par raison
    d'argent et pour sa position sociale. Le mnage fut
    malheureux. Aprs un ans, Mme Z...,  la suite d'une maladie
    utrine trs grave, devint incapable de supporter le cot.
    Z... satisfaisait ses grands besoins avec d'autres femmes et,
    faute de mieux, par la masturbation. Il s'adonna, en outre, 
    la passion du jeu, mena une vie tout  fait dissolue, devint
    gravement neurasthnique et essaya de ranimer ses nerfs uss
    en buvant de grandes quantits de vin et de cognac.  ses
    malaises essentiellement crbrasthniques se joignirent alors
    des crises de rire et de pleurs; il devint trs motif. Son
    _libido nimia_ subsistait toujours sans tre diminu. Par
    suite du dgot qu'il avait toujours eu des prostitues et
    de la crainte des maladies, il ne se satisfaisait
    qu'exceptionnellement par le cot. Dans la plupart des cas, il
    se soulageait par l'onanisme.

    Il y a quatre ans, il s'aperut d'un affaiblissement
    progressif de l'rection et de la diminution du _libido_ pour
    la femme. Il commena  se sentir attir vers les hommes, et
    les scnes de ses rves rotiques n'avaient plus pour objet la
    femme mais des individus masculins.

    Il y a trois ans, comme un garon de bain le massait, il
    fut trs excit sexuellement (le domestique avait aussi de
    l'rection, ce qui frappa l'attention du malade). Il ne put
    pas se retenir de se serrer contre le garon, de l'embrasser
    et de se faire masturber par lui, ce que celui-ci fit
    volontiers.  partir de ce moment ce genre de satisfaction
    sexuelle fut le seul qui lui convint. La femme lui est devenue
    tout  fait indiffrente. Il ne courait qu'aprs les hommes.
    _Cum talibus masturbationem mutuam fecit, concupivit cum iis
    dormire._ Il abhorrait la pdrastie. Il se sentait tout 
    fait heureux, quand une lettre anonyme (date du mois
    d'aot 1889) qui l'engageait  tre prudent, le ramena  la
    conscience de sa situation. Il fut profondment boulevers,
    eut des attaques hystriques, fut compltement dprim, eut
    honte devant les autres hommes, se sentit comme un paria dans
    la socit, mdita un suicide, s'ouvrit  un prtre qui le
    rassura. Il tomba ensuite dans les ides religieuses, voulut
    entre autres entrer dans un couvent par pnitence et pour
    se gurir de ses aberrations sexuelles. En proie  cet
    tat d'esprit, le malade tomba par hasard sur mon livre
    _Psychopathia sexualis_. Il fut pouvant, honteux, mais il
    trouva une consolation dans l'ide qu'il devait tre malade.
    Sa premire ide fut de se rhabiliter sexuellement devant
    lui-mme. Il surmonta toute son aversion, essaya le cot dans
    un bordel, ne russit pas d'abord par suite de sa trop grande
    excitation, mais finit par remporter un succs.

    Comme ses sentiments d'inversion sexuelle ne disparaissaient
    pas, bien qu'il s'effort de les refouler par toutes sortes
    de moyens possibles, il vint me trouver et me demander
    des soins mdicaux. Il se sentait, dit-il, affreusement
    malheureux, prs du dsespoir et du suicide. Il voyait devant
    lui l'abme et il voudrait tre sauv  tout prix.

    Sa confession fut interrompue  plusieurs reprises par de
    violents accs hystriques. Des affirmations rassurantes,
    l'espoir du salut le calmrent.

    Au point de vue physique, la malade a le front un peu fuyant;
    pas d'autres stigmates de dgnrescence. L'irritation
    spinale, les rflexes profonds exagrs, la congestion de
    la tte, indiquaient la neurasthnie. Du ct des parties
    gnitales point d'anomalies, mais l'_urethra_ tait
    hyperesthsi. Sa mine tait trouble, son maintien relch;
    vie psychique dsordonne et sans aucune consistance.

    Ordonnance: demi-bains, frictions, antipyrine, bromure.
    Interdiction de s'onaniser, d'avoir des rapports avec des
    hommes; interdiction d'avoir des penses libidineuses portant
    sur des hommes.

    Le malade revient aprs quelques jours et se plaint qu'il
    n'est pas assez fort pour excuter ce programme. Sa volont
    est trop faible. tant donne cette situation prcaire, il n'y
    a que la suggestion hypnotique qui puisse porter remde.

    _Suggestions_: 1 Je dteste l'onanisme, je ne puis et ne veux
    plus me masturber.

    2 Je trouve le penchant pour l'homme dgotant, dtestable.
    Jamais je ne trouverai plus l'homme ni beau, ni dsirable.

    3 Je trouve que seule la femme est dsirable. Je ferai le
    cot avec plaisir et avec puissance, une fois par semaine.

    Le malade accepte ces suggestions et les rpte d'une voix
    balbutiante.

    Les sances ont lieu tous les deux jours.  partir du 15
    on russit  obtenir l'tat somnambulique avec suggestions
    posthypnotiques  volont. Le malade reprend une certaine
    solidit morale et se rtablit au physique, mais des malaises
    crbrasthniques le tourmentent encore; parfois il a encore
    des rves d'hommes pendant la nuit, et  l'tat de veille des
    penchants vers l'homme, ce qui le dprime.

    Le traitement dure jusqu'au 21 septembre. Rsultat: le malade
    est guri de l'onanisme; il n'est plus excit par les hommes
    mais bien par les femmes. Cot normal tous les huit jours. Les
    malaises hystriques ont disparu; les malaises neurasthniques
    sont trs attnus.

    Le 6 octobre, le malade m'annonce par lettre qu'il se porte
    bien, et me remercie en paroles mues de l'avoir sauv d'un
    abme profond. Il se sent rendu  une nouvelle vie.

    Le 9 dcembre 1889, le malade revient pour tre soumis de
    nouveau  mon traitement. Il a eu, ces temps derniers, deux
    fois des rves rotiques d'hommes, mais  l'tat de veille
    il n'a prouv aucun penchant pour l'homme, il a pu aussi
    rsister  la tentation de se masturber, bien que vivant seul
     la campagne il n'et pas d'occasions de faire le cot. Il a
    plus que de l'inclination pour l'autre sexe, et ordinairement
    il ne rve que de personnes fminines; rentr dans la
    capitale, il a fait le cot et en a prouv du plaisir. Le
    malade se sent rhabilit moralement, presque dbarrass des
    malaises neurasthniques, et dclare, aprs trois nouvelles
    sances hypnotiques, que maintenant il se croit tout  fait
    guri et  l'abri de toute rechute. Toutefois une rechute a eu
    lieu au mois de septembre 1890. Le malade, aprs un surmenage
    physique dans un voyage  travers de hautes montagnes et une
    srie d'motions morales, et de plus par manque d'occasions de
    faire le cot, tait redevenu neurasthnique.

    Il eut de nouveau des rves d'hommes, se sentit attir vers
    des hommes sympathiques. Il se masturba plusieurs fois et
    n'prouva plus de vrai plaisir lorsque, rentr dans la ville,
    il fit le cot. Du reste, par un traitement antineurasthnique
    et une seule hypnose, on russit vite  rtablir sa sant et 
    rendre sa conduite normale.

    Au cours des annes 1890 et 1891, le malade eut encore par-ci
    par l des tendances  l'inversion sexuelle et des rves dans
    ce sens, mais seulement lorsque,  la suite d'motions morales
    ou d'excs, la nvrose se manifestait de nouveau. Dans ces
    moments, le cot ne lui procurait plus de satisfaction. Le
    malade s'est vu alors dans la ncessit de faire rtablir
    l'quilibre par quelques sances hypnotiques, ce qui a
    toujours facilement russi.

     la fin de l'anne 1891, le malade dclare avec satisfaction
    que depuis son traitement il a su se maintenir  l'abri de la
    masturbation et des rapports homosexuels, et que sa confiance
    en lui-mme, de mme que son estime de lui-mme, s'est
    consolide de nouveau.

    Quant aux autres cas d'inversion acquise, guris par l'emploi
    de la suggestion hypnotique, consulter Wetterstrand, _Der
    Hypnotismus und seine Anwendung in der praktischen Medicin_,
    1891, p. 52; Bernheim _Hypnotisme_, Paris, 1891, etc., p. 38.

Les faits que nous venons de citer et qui montrent le succs de
la suggestion hypnotique en prsence des cas d'inversion sexuelle
acquise, font supposer qu'il est possible de porter secours aussi aux
malheureux qui sont atteints d'inversion sexuelle congnitale.

Bien entendu, la situation dans ces derniers cas est tout autre, en
tant qu'il s'agit de combattre une anomalie congnitale, de dtruire
une existence psycho-sexuelle morbide pour en crer  sa place une
nouvelle qui soit saine. Cet effet parat _a priori_ impossible
 obtenir, du moins chez l'uraniste prononc. Mais, ce qui est en
apparence impossible, devient possible par l'emploi d'artifices; cela
ressort du cas de Schrenck-Notzing que nous trouverons plus loin. Il
dpasse de beaucoup le cas que j'ai rapport et dans lequel du moins
la dsuggestion des sentiments homosexuels a russi avec l'emploi de
l'hypnose.

Une observation analogue est rapporte par Ladame (voir plus loin).

Les conditions sont de beaucoup plus favorables chez l'hermaphrodite
psycho-sexuel, chez qui on peut du moins renforcer par la suggestion
et faire prvaloir les lments et le sentiment htrosexuel qui
existent chez l'individu malade.

    OBSERVATION 137.--Je suis enfant illgitime, n en 1858. Ce
    n'est que tard, en suivant les traces obscures de mon origine,
    que j'ai pu avoir des renseignements sur l'individualit de
    mes parents. Ces renseignements, malheureusement, sont trs
    incomplets. Mon pre et ma mre taient cousins. Mon pre est
    mort il y a trois ans; il s'tait mari avec une autre femme
    et avait plusieurs enfants qui, autant que je sais, sont bien
    portants.

    Je ne crois pas que mon pre ait eu de l'inversion sexuelle.
    tant enfant, je l'ai vu souvent sans me douter que c'tait
    mon pre. Il avait un aspect vigoureux et viril. D'ailleurs,
    on dit qu' l'poque de ma naissance ou auparavant, il aurait
    eu une maladie vnrienne.

    J'ai vu plusieurs fois ma mre dans la rue, mais j'ignorais
    alors que c'tait ma mre. Elle devait avoir environ
    vingt-quatre ans, lorsque je suis venu au monde. Elle tait
    de grande taille, de mouvements brusques et nergiques et d'un
    caractre rsolu. On dit qu' l'poque de ma naissance elle
    a beaucoup voyag, dguise en homme, qu'elle a port les
    cheveux courts, fum de longues pipes et en gnral qu'elle
    s'est fait remarquer alors par ses allures excentriques. Elle
    possdait une excellente instruction, avait t belle dans
    sa jeunesse; elle est morte sans avoir t jamais marie et a
    laiss une fortune considrable.

    Tout cela permettrait, le cas donn, de conclure  des
    penchants homosexuels ou du moins  l'existence d'anomalies.
    Ma mre a, plusieurs annes avant ma naissance, donn le jour
     une fille. Cette soeur que je n'ai jamais connue, s'est
    marie trs jeune; mais elle s'est empoisonne aprs quelques
    annes de mariage, pour des raisons que j'ignore encore.

    J'ai 1 m. 70 de taille; 0 m. 92 de tour; le tour de mes reins
    est de 1 m. 02; je crois donc avoir le bassin un peu fortement
    dvelopp. Le pannicule graisseux a t trs dvelopp chez
    moi de tout temps. La charpente osseuse est vigoureuse.
    La musculature est bien faite, mais pas assez dveloppe,
    peut-tre faute d'exercice ou peut-tre sous l'influence
    de l'onanisme que j'ai pratiqu de bonne heure et avec
    persvrance: de sorte que je parais plus fort que je ne le
    suis. Le systme pileux, les cheveux et la barbe sont normaux.
    Les poils des parties gnitales sont quelque peu clairsems.
    Le reste du corps est presque glabre. Tout mon extrieur a
    un caractre tout  fait viril. La dmarche, le maintien, la
    voix, sont d'un homme complet, et d'autres uranistes m'ont
    souvent dit qu'ils ne se doutaient pas du tout de ma passion.
    J'ai servi dans l'arme et j'ai toujours pris plaisir aux
    exercices du cavalier, monter  cheval, faire de l'escrime,
    nager, etc.

    Ma premire ducation a t dirige par un prtre. Je n'avais
    gure de camarades de jeu pour ainsi dire. La vie de famille
    de mes parents d'adoption tait irrprochable. Au mois
    d'octobre 1871, on m'a mis en pension. L, j'ai commis les
    premiers actes pervers sur lesquels j'aurai  revenir en
    dtail dans l'historique de ma vie sexuelle.

    J'ai fait mes classes au lyce, puis mon service militaire
    comme volontaire d'un an; j'ai tudi ensuite la science
    forestire et je suis maintenant intendant d'un grand domaine.
    Je n'ai appris  parler qu' l'ge de trois ans et ce fait a
    contribu  maintenir les gens dans la supposition que je suis
    hydrocphale.  partir de l'poque o j'allai  l'cole,
    mon dveloppement intellectuel fut normal; j'apprenais mme
    facilement, mais je n'ai jamais pu concentrer mon activit
    sur un point fixe. J'ai beaucoup de got pour l'art et pour
    l'esthtique, mais aucun got pour la musique. Dans mes
    premires annes, j'avais le plus mauvais caractre qu'on
    puisse imaginer. Il a chang compltement au cours de ces
    derniers douze ans, sans que j'en puisse indiquer la cause.
    Aujourd'hui rien ne m'est plus hassable que le mensonge et
    je ne dis plus rien de contraire  la vrit, pas mme en
    plaisantant. Dans les affaires d'argent je suis devenu trs
    conome, sans tre pour cela avare.

    Bref, aujourd'hui je ne pense qu'en rougissant  mon pass et
    je ne me considrerai  juste titre comme un parfait galant
    homme, que lorsque je pourrai tre dlivr de ma malheureuse
    perversion ou perversit sexuelle. J'ai bon coeur, toujours
    prt  faire le bien dans la mesure de mes moyens, de
    caractre gai pour la plupart du temps; je suis un homme bien
    vu dans la socit. Je n'ai aucune trace de cette irascibilit
    nerveuse qu'on remarque si souvent chez mes compagnons de
    souffrance. Je ne manque pas non plus de bravoure personnelle.
    Rien dans les premires phases de mon dveloppement n'indique
    une anomalie. Il est vrai qu'tant encore enfant j'aimais 
    tre au lit et  me coucher sur le ventre; je me suis, dans
    cette position, le matin, frott avec plaisir le ventre contre
    le lit, ce qui a souvent fait rire mes parents adoptifs.
    Mais je ne me rappelle pas avoir ressenti de sensations
    voluptueuses par ces mouvements. Je n'ai jamais recherch
    particulirement la camaraderie des petites filles et je
    n'ai jamais jou aux poupes. De trs bonne heure, j'entendis
    parler des choses sexuelles. Mais en coutant ce genre de
    conversation, je ne pensais  rien. Mme dans la vie de
    mes rves, il n'y avait alors rien qui toucht aux choses
    sexuelles. Il n'en tait pas non plus question dans mes
    relations avec les garons de mon ge. Je crois pouvoir
    affirmer que ma _vita sexualis_ ne s'est veille qu' l'ge
    de treize ans, au pensionnat, aprs avoir t entran par un
    camarade  l'onanisme mutuel. L'jaculation ne se produisit
    pas encore; la premire n'eut lieu qu'un an plus tard. Malgr
    cela, je me livrai avec passion au vice de l'onanisme. Mais 
    cette poque se manifestrent dj les premiers symptmes d'un
    penchant homosexuel. Des jeunes gens vigoureux, des dbardeurs
    de la halle, des ouvriers, des soldats apparurent dans mes
    rves, et l'vocation de leur image jouait un rle pendant
    la masturbation. En mme temps, il se manifesta une premire
    inclination  la pdrastie, notamment  la pdrastie
    passive. Jusqu' l'ge de quatorze ans j'ai fait souvent avec
    mon sducteur des essais de pdrastie mutuelle sans que l'on
    ait russi  accomplir une _immissio_. Paralllement  ces
    tendances, il existait encore un penchant faible pour le sexe
    fminin. Environ six mois aprs la premire masturbation,
    j'allai une fois chez une _puella publica_, mais je n'eus
    ni jaculation ni volupt particulire. Plus tard j'ai fait
    jusqu' l'ge de dix-neuf ans six fois le cot dans des
    maisons publiques. L'rection et l'jaculation se produisaient
    promptement, mais sans me procurer une grande volupt.
    L'onanisme, surtout pratiqu mutuellement, m'tait au moins
    aussi agrable que le cot. Je n'ai jamais eu ce qu'on appelle
    un amour de lycen. Il y a dix ans, lorsque je me trouvais
     la station balnaire de H., je crus qu'il s'veillait en
    moi de l'amour pour une dame d'une beaut extraordinaire qui
    appartenait  une grande famille; je me sentais bien prs
    d'elle et je m'estimai heureux quand je constatai que mon
    amour tait pay de retour. Aussi cette liaison me dtourna
    pendant quelque temps de l'onanisme; seulement j'avais peur,
    par suite de l'onanisme pratiqu pendant des annes, d'tre
    affaibli et d'tre incapable de remplir mes devoirs conjugaux.
    Quand nous fmes ensuite spars par la distance, mon
    affection se refroidit bien vite; je m'aperus que je m'tais
    bern moi-mme et, deux annes plus tard, je pouvais apprendre
    sans la moindre jalousie, que cette dame s'tait marie.
    Mon penchant pour la femme--si jamais il avait exist--se
    refroidissait de plus en plus. Il y a deux ans et demi, tant
    all avec des amis trs virils dans une maison publique  H.,
    je fis mon dernier cot. J'eus encore une rection, mais
    plus d'jaculation. La femme m'est devenue indiffrente; la
    prostitue qui se comporte avec effronterie, provoque mon
    indignation. J'aime la socit des femmes spirituelles,
    surtout de celles qui sont dj d'un certain ge, bien que
    dans la socit je sois maladroit, gauche, et souvent mme
    sans tact. Je n'ai jamais trouv aucun charme aux formes du
    corps fminin.

    Mais revenons  mes tendances perverses. Quand,  l'ge de
    quatorze ans, je suis venu  H..., j'ai perdu de vue mon
    amant, mon sducteur. Il avait quelques annes de plus que
    moi, et il entra dans la carrire administrative  l'ge de
    dix-neuf ans, je l'ai rencontr pendant un voyage en chemin
    de fer. Nous avons interrompu notre voyage, pris une chambre
    commune et essay de la pdrastie mutuelle; mais,  cause des
    douleurs, l'_immissio_ ne nous a pas russi. Nous nous sommes
    satisfaits alors par l'onanisme mutuel.  H..., j'ai eu des
    rapports sexuels avec deux condisciples, mais ces rapports se
    bornaient  de frquentes masturbations mutuelles, mes deux
    camarades ne voulant pas se prter  la pdrastie. Dans la
    dernire anne de mon sjour  H..., j'avais alors dix-neuf
    ans, j'eus encore des rapports avec un troisime ami en
    pratiquant de l'onanisme; mais nos relations taient dj
    plus intimes; nous nous dshabillions et faisions de la
    masturbation mutuelle au lit. Du mois d'octobre 1869 jusqu'au
    mois de juillet 1870, je n'eus pas d'amant. Je faisais de la
    masturbation solitaire. Quand la guerre clata, je voulus me
    faire enrler comme volontaire, mais on ne m'a pas pris.
    En mme temps que moi se prsenta au bureau d'enrlement un
    ancien camarade d'cole qui depuis tait devenu un jeune homme
    d'une rare beaut. J'ai d partager avec lui dans un htel
    trop rempli le mme lit pendant une nuit. Bien qu' l'poque
    de notre sjour  l'cole nous n'eussions jamais eu de
    rapports sexuels l'un avec l'autre, il se montra favorable
     mes assiduits et fit une tentative de pdrastie. Elle ne
    russit pas non plus,  cause des douleurs; cependant pendant
    ces essais il y eut _ejaculatio ante anum meum_. Aujourd'hui
    encore je me rappelle de la sensation de volupt que j'ai
    prouve et qui dpassa toute mon attente. Aprs la guerre
    j'ai encore souvent rencontr cet ami, mais nos rapports se
    bornrent alors aux procds d'onanisme mutuel. Pendant les
    dix-huit annes suivantes, je n'ai eu que deux fois l'occasion
    de pratiquer l'amour homosexuel. L'hiver de l'anne 1879
    je rencontrai dans un compartiment de chemin de fer un beau
    hussard. Je le dcidai  coucher avec moi dans un htel. Plus
    tard il m'avoua avoir dj pratiqu l'onanisme mutuel avec
    le fils du chtelain de sa commune. Je ne pus le dcider  la
    pdrastie. Par contre je provoquai chez lui de l'jaculation
    par la _receptio penis ejus in os meum_. Ce procd ne m'a
    procur aucune satisfaction, mais du dgot. Je n'y suis
    jamais revenu depuis et je n'ai pas accept non plus la
    _receptio penis mei in os alterius_. En 1887 j'ai fait,
    c'tait encore en chemin de fer, la connaissance d'un matelot
    que je dcidai  rester avec moi  l'htel. Il prtendit, il
    est vrai, n'avoir encore jamais fait de la pdrastie, mais il
    s'y montra tout de suite dispos; il tait dans une excitation
    sensuelle manifeste, eut immdiatement de l'rection et
    accomplit l'acte avec une ardeur non dissimule. C'tait la
    premire fois que la _pdicatio_ russissait. J'eus, il est
    vrai, des douleurs atroces mais aussi une jouissance infinie.

    Pendant mon sjour dans cette ville ma _vita sexualis_ a subi
    un changement radical. J'ai constat avec quelle facilit on
    peut, soit pour de l'argent, soit par got, trouver des gens
    qui se prtent  nos penchants. De tristes expriences avec
    des escrocs ne me furent pas pargnes non plus. Jusqu' la
    fin de l'anne passe j'ai got abondamment au plaisir de
    l'amour homosexuel et surtout de la pdrastie passive; depuis
    je n'ai pratiqu que l'onanisme mutuel de peur de contracter
    une maladie vnrienne. Je n'ai jamais t pdraste actif,
    d'abord pour la simple raison que je n'ai trouv personne qui
    pt supporter la douleur qui en rsulte.

    Je cherche de prfrence mes amants parmi les cavaliers,
    les marins, ventuellement parmi les ouvriers, surtout les
    bouchers et les forgerons. Les hommes robustes,  la figure
    colore, m'attirent particulirement. Les culottes de peau
    ordinaire des cavaliers ont pour moi un charme particulier. Je
    n'ai pas de prdilection ni pour les baisers ni pour d'autres
    accessoires. J'aime aussi les grandes mains dures et rendues
    calleuses par le travail.

    Je ne veux pas laisser passer inaperu que, dans certaines
    circonstances, j'ai un grand empire sur moi-mme.

    tant intendant d'un grand domaine, j'habitais une grande
    maison. Mon valet tait un jeune homme d'une rare beaut,
    qui avait fait son service militaire dans les hussards. Aprs
    avoir caus une fois vaguement de cette affaire avec lui et
    appris  cette occasion qu'il tait inaccessible, j'ai habit
    pendant des annes avec ce jeune homme, je me suis rjoui
    de sa beaut, mais je ne l'ai jamais touch. Je crois qu'il
    ignore encore aujourd'hui ma passion. De mme j'ai fait il y
    a deux ans et demi  C... la connaissance d'un matelot
    qu'aujourd'hui encore, mes amis et moi, nous dclarons tre le
    plus bel homme que nous ayons jamais vu. Aprs une absence
    de plus de deux annes, ce marin se rendit, il y a quelques
    semaines,  mon invitation et me fit une visite. Je sus
    m'arranger de faon  ce que nous couchions dans la mme
    chambre; je brlais du dsir de m'approcher de lui. Mais avant
    je le sondai par une conversation confidentielle et quand
    j'appris qu'il mprisait tout ce qui avait rapport  l'amour
    homosexuel, je ne pus me dcider  essayer de nouveaux
    rapprochements. Pendant des semaines nous avons partag la
    mme chambre, je me suis toujours rjoui  la vue de son
    corps superbe (dans les premiers jours j'en tais mme excit
    sexuellement); j'ai pris avec lui un bain romain afin de
    pouvoir regard son corps nu, mais il n'a jamais rien su de
    ma passion. Aujourd'hui encore j'ai une liaison idale et
    platonique avec ce jeune homme qui a une instruction bien
    suprieure  sa position sociale et un joli talent de pote.

    Jusqu' l'ge de trente-huit ans, je n'ai pas eu une ide
    nette de ma situation. Je croyais toujours que je m'tais
    dsaccoutum de la femme par suite de l'onanisme trop prcoce
    et pratiqu depuis, continuellement et avec intensit;
    j'esprais toujours que, quand je rencontrerais la vraie
    femme, j'abandonnerais l'onanisme et que je pourrais trouver
    du plaisir avec elle. Je n'ai connu mon tat qu'aprs avoir
    fait la connaissance de compagnons de souffrance et de gens de
    ma tendance. Je fus d'abord pouvant; plus tard, je me suis
    rsign en me disant que mon sort ne dpend pas de moi. Aussi
    n'ai-je plus fait d'efforts pour rsister  la tentation.

    Il y a deux ou trois semaines, votre livre _Psychopathia
    sexualis_ m'est tomb entre les mains. Cet ouvrage m'a fait
    une impression des plus profondes. Je l'ai d'abord lu avec un
    intrt indubitablement lascif. La description de la formation
    des _mujerados_, par exemple, m'a beaucoup excit. L'ide
    qu'un jeune homme vigoureux soit mascul de cette faon
    pour servir plus tard  la pdrastie de toute une tribu de
    peaux-rouges sauvages, vigoureux et sensuels, m'a tellement
    excit que, les deux jours suivants, je me suis masturb cinq
    fois, toujours en rvant que j'tais un de ces _mujerados_.
    Mais plus j'avanais dans la lecture du livre, plus j'en
    comprenais la porte srieuse, morale, et plus j'ai pris en
    horreur mon tat actuel. J'ai compris de mieux en mieux ce
    qu'il me faudrait faire pour amener, s'il en existe la moindre
    possibilit, un changement dans ma situation prsente. Quand
    j'eus fini l'ouvrage, ma rsolution tait prise d'aller
    chercher remde chez l'auteur.

    La lecture de l'ouvrage cit a eu sans doute un rsultat.
    Depuis, je n'ai pratiqu que deux fois la masturbation
    solitaire, et deux fois avec des cavaliers. Dans ces quatre
    cas, j'ai eu bien moins de satisfaction qu'auparavant et j'ai
    toujours ce sentiment: Ah! puisses-tu donc renoncer  tout
    cela!

    Nanmoins, je vous avoue que maintenant encore j'ai
    immdiatement des rections, quand je me trouve avec de beaux
    militaires.

    Pour terminer, j'ajouterai encore que malgr, ou peut-tre
     cause de la frquence de l'onanisme, je n'ai jamais eu de
    pollutions. L'jaculation qui d'ailleurs ne consiste et n'a
    consist habituellement qu'en quelques petites gouttelettes,
    ne se produit qu'aprs une friction d'une dure relativement
    longue.

    Quand pour une raison ou pour une autre, je m'abstenais
    pendant longtemps de l'onanisme, l'jaculation se produisait
    plus promptement et plus abondamment.

    Il y a douze ans, Hansen a essay, mais en vain, de
    m'hypnotiser.

    Au printemps de 1891 l'auteur de l'autobiographie prcdente
    est venu me trouver, en me dclarant qu'il ne pouvait plus
    continuer cette existence et qu'il considrait le traitement
    hypnotique comme son dernier moyen de salut, ne se sentant
    pas lui-mme la force ncessaire pour rsister  son penchant
    funeste  l'onanisme et  la satisfaction sexuelle avec des
    personnes de son propre sexe. Il se sent comme un paria, un
    tre contre nature, mis hors les lois de la nature et de la
    socit, et se trouvant de plus en danger de tomber entre les
    mains des juges.

    Il prouve une horreur morale en accomplissant l'acte sexuel
    avec un individu masculin, et pourtant il se sent comme
    lectris  la vue d'un beau troupier.

    Depuis des annes, il n'a plus la moindre sympathie, pas mme
    morale, pour la femme.

    La malade m'a paru, au point de vue physique et psychique,
    exactement tel qu'il s'est prsent dans son autobiographie.

    J'ai pu constater que le crne est un peu hydrocphale et en
    mme temps plagiocphale.

    Les essais d'hypnotisation se sont heurts au commencement 
    des difficults.

    Ce n'est que par le moyen du Braid et en me servant d'un peu
    de chloroforme que j'ai pu obtenir, dans la troisime sance,
    un profond engourdissement.

     partir de ce moment, il suffisait de le faire regarder un
    objet brillant.

    Les suggestions consistaient dans l'interdiction de la
    masturbation, dans la dsuggestion des sentiments homosexuels,
    dans l'assurance que le malade prendrait got  la femme et
    qu'il n'aurait plaisir et puissance que dans les rapports
    htrosexuels.

    Une seule fois il revint encore  la masturbation. Aprs la
    troisime sance, le malade rva de femmes.

    Quand, aprs la quatorzime sance, le malade, appel  sa
    maison, par d'importantes affaires, dut partir, il se dclara
    compltement dbarrass des tendances  la masturbation et 
    l'amour homosexuel: cependant, ajoutait-il, le penchant pour
    l'homme n'tait pas encore tout  fait teint.

    Il prouva de nouveau de l'intrt pour le sexe fminin, et il
    espre en continuant le traitement se dlivrer dfinitivement
    de son funeste tat.

    OBSERVATION 138. (_Hermaphrodisme psychique._)--M. V. P.,
    vingt-cinq ans, clibataire, issu d'une famille nerveuse, a
    souffert de convulsions dans son enfance. Il s'en est rtabli,
    mais il est rest malingre, motif et irascible. Il n'a pas
    eu de maladies graves. Avant l'ge de dix ans, la vie
    sexuelle s'est veille. Ses premiers souvenirs  ce sujet
    se rapportent  des sensations voluptueuses qu'il a prouves
    auprs des valets de la maison. Quand il fut plus g, il
    avait des rves rotiques o il s'agissait de rapports avec
    des hommes. Au cirque il s'intressait exclusivement aux
    artistes masculins.

    Les jeunes gens vigoureux lui taient les plus sympathiques de
    tous. Souvent il ne pouvait rsister  l'envie de les enlacer
    et de les embrasser. Ces temps derniers, le simple frlement
    d'un homme le remplissait de dlices et lui donnait de
    l'jaculation. Il a jusqu'ici heureusement rsist 
    l'impulsion de nouer une liaison amoureuse avec un homme.
    Le malade est un hermaphrodite psychique, dans ce sens qu'il
    n'est pas insensible aux charmes fminins; mais il trouve
    l'homme plus beau que la femme. Jusqu'ici,  vrai dire, les
    nudits fminines ne lui ont jamais plu, et ce n'est qu'une
    fois qu'il aurait, d'aprs ses souvenirs, rv du cot avec
    une femme.

    Ayant de grands besoins sexuels et ne voulant pas se commettre
    avec des hommes, il a toutefois commenc  l'ge de vingt ans
     avoir des rapports sexuels avec des femmes. Jusque-l il
    s'est rarement livr  la masturbation manuelle, mais il a
    fait souvent de l'onanisme psychique; ce faisant, des images
    de beaux hommes planaient dans son imagination.

    Il a fait le cot avec succs, mais sans plaisir et sans
    une vritable sensation de volupt. Par des circonstances
    particulires, il fut astreint  l'abstinence de sa
    vingt-deuxime  sa vingt-quatrime anne. Il supporta
    pniblement cette abstinence, mais il se soulageait par-ci
    par-l par l'onanisme psychique.

    Quand, il y un an, il trouva de nouveau l'occasion de faire
    le cot, il s'aperut que son _libido_ pour la femme
    s'tait affaibli, que l'rection tait insuffisante et que
    l'jaculation se produisait trop tt. Finalement il renona au
    cot. Alors il se manifesta chez lui du _libido_ pour l'homme.

    tant donne la faiblesse irritable de son centre
    d'jaculation, le seul contact des hommes sympathiques
    suffisait pour provoquer chez lui un coulement de sperme.

    Le malade est fils unique. Des raisons de famille exigent
    qu'il conclue un mariage. Il a,  juste titre, des scrupules;
    il se croit impuissant imaginatif, et demande conseil et
    remde.

    Il sait bien qu'il faudrait lui enlever ses penchants pour
    l'homme; c'est le seul moyen de le secourir.

    Il est d'un extrieur tout  fait viril. Le crne est
    lgrement hydrocphale. Barbe richement dveloppe, parties
    gnitales normales. Le rflexe crmastrien ne peut pas
    tre provoqu. Aucun symptme de neurasthnie. OEil
    nvropathique. Pollutions rares. rections seulement en
    prsence des hommes sympathiques.

    Le 16 juillet 1889, on a commenc  faire de l'hypnose selon
    la mthode de Bernheim, afin d'agir sur lui par suggestion.
    Ce n'est qu' la troisime sance, le 18, qu'on a obtenu un
    profond engourdissement.

    _Suggestions:_ Vous n'avez plus d'affection pour l'homme.
    Seule la femme est belle et dsirable. Vous aimerez une femme,
    vous l'pouserez, vous serez heureux, et vous la rendrez
    heureuse. Vous tes tout  fait puissant. Vous le sentez dj.

    Le malade accepte toutes les suggestions dans l'hypnose
    qui est rpte chaque jour, mais qui ne dpasse jamais
    l'engourdissement. Le 22 juillet il annonce qu'il a fait
    le cot avec plaisir. Le garon de l'htel o il demeure
    l'intresse de moins en moins. Toutefois, il trouve
    toujours l'homme plus beau que la femme. Le 1er aot on a
    d interrompre le traitement. Rsultat: puissance complte,
    indiffrence totale pour le sexe masculin, et aussi pour le
    moment pour le sexe fminin.

Le mme traitement a eu un succs dcisif dans le cas suivant
d'hermaphrodisme psychosoxuel que j'ai rapport dans le T. 1,
fascicule 2 de l'_Internat. Centralblatt fr die Physiol. u. Pathol.
der Harn und Sexualorgane_.

    OBSERVATION 139.--Monsieur V. X., vingt-cinq ans, grand
    propritaire, n d'un pre nvropathe et emport. Le pre
    dit-on, est sexuellement normal. La mre souffrait des nerfs,
    de mme que ses deux soeurs. La mre de la mre tait
    nerveuse, le pre de la mre tait un viveur et faisait des
    excs _in Venere_. Le malade est enfant unique et tient de la
    mre. Il fut ds sa naissance malingre, souffrit beaucoup de
    migraines; il tait nerveux, il a support diverses maladies
    d'enfance et s'est livr, sans y tre entran,  l'onanisme 
    partir de l'ge de quinze ans.

    Il prtend n'avoir prouv d'inclination ni pour le sexe
    fminin, ni pour le masculin, jusqu' l'ge de dix-sept ans;
    alors s'est veill en lui le penchant pour l'homme. Il est
    devenu amoureux d'un camarade. Celui-ci a rpondu  son amour.
    Ils se sont enlacs, se sont embrasss et se sont masturbs
    mutuellement.  l'occasion le malade pratiquait le cot _inter
    femora viri_. Il abhorrait la pdrastie.

    Ses rves rotiques n'avaient pour objet que des hommes.
    Au thtre et au cirque, il ne s'intressait qu'aux sujets
    masculins. Son penchant le portait vers les gens d'environ
    vingt ans. Une belle taille plantureuse lui inspirait de la
    sympathie.

    Quand ces conditions taient remplies, peu lui importait
     quelle classe de la socit l'homme de sa prdilection
    appartenait. Dans ses rencontres sexuelles, il se sentait
    toujours dans le rle masculin.

     partir de l'ge de dix-huit ans, le malade fut l'objet de
    vives proccupations de la part de sa famille, car il avait
    nou une liaison amoureuse avec un garon de caf, s'tait
    rendu ridicule par cette affaire et s'tait laiss exploiter.
    On le fit rentrer  la maison. Il se commettait avec des
    valets et des cochers. Il y eut scandale. On l'envoya en
    voyage.  Londres il s'attira une affaire de chantage. Il
    russit  regagner sa patrie.

    Ces diverses expriences ne lui furent d'aucun enseignement et
    il manifesta de nouveau un penchant fatal pour les hommes. On
    m'a envoy le malade pour que je le gurisse de son funeste
    penchant (dcembre 1888). C'est un jeune homme bien portant,
    de grande taille, imposant, robuste; il est de conformation
    tout  fait virile, a les parties gnitales fortes et bien
    dveloppes. La dmarche, la voix et le maintien sont tout 
    fait virils. Il n'a pas de passions viriles bien prononces.
    Il fume peu et seulement des cigarettes, boit trs peu, aime
    les sucreries, la musique, les beaux-arts, l'lgance, les
    fleurs, et se meut de prfrence dans les cercles de femmes;
    il porte moustache, mais le reste de la figure est ras. Sa
    mise n'a rien du gommeux. C'est un homme ple, amolli,
    un flneur et un propre  rien du grand monde, qu'il est
    difficile de sortir du lit avant l'heure de midi. Il prtend
    n'avoir jamais senti le caractre morbide de son penchant
    pour son propre sexe. Il croit que cette disposition est
    congnitale; il voudrait, assagi par de fcheuses expriences,
    se dlivrer de sa funeste perversion; mais il n'a gure
    confiance en sa force morale. Il a dj essay, mais alors il
    tombe toujours dans le vice de la masturbation qu'il trouve
    nuisible, car elle lui cause des malaises neurasthniques
    (pas trop graves d'ailleurs). Il n'y a pas chez lui de
    dfectuosits morales. L'intelligence est un peu au-dessous
    de la moyenne. Il a une ducation soigne et des manires
    aristocratiques. L'oeil un peu nvropathique dnote la
    constitution nerveuse de l'individu. Le malade n'est pas
    un uraniste complet et condamn. Il a des sentiments
    htrosexuels, mais ses motions sensuelles pour le beau sexe
    ne se manifestent que rarement et  un degr trs faible. 
    l'ge de dix-neuf ans, il fut pour la premire fois amen par
    des amis dans un lupanar. Il n'prouva pas d'_horror femin_,
    il eut une rection suffisante et fit le cot avec quelque
    plaisir, mais sans cette volupt intense qu'il prouve entre
    les bras d'un homme.

    Depuis, dit le malade, il a encore cot six fois, deux fois
    _sua sponte_. Il affirme qu'il en a toujours l'occasion,
    mais qu'il ne le fait que faute de mieux, quand l'impulsion
    sexuelle le tourmente trop; enfin que le cot ainsi que la
    masturbation lui servent de faible compensation pour remplacer
    l'amour homosexuel. Il a mme dj pens  la possibilit de
    trouver une femme sympathique et de l'pouser. Il est vrai
    qu'il considrerait les rapports conjugaux et l'abstinence
    dfinitive des hommes comme des devoirs trs durs.

    Comme il y avait l des rudiments de sentiment htrosexuel et
    que le cas ne pouvait tre considr comme dsespr, un essai
    thrapeutique me sembla opportun. Les indications taient
    trs claires, mais on ne pouvait compter sur la volont de ce
    malade amolli, qui n'avait nullement la conscience nette de
    sa situation. Il tait donc tout indiqu de chercher dans
    l'hypnose un appui pour l'influence morale du mdecin. La
    ralisation de cet espoir paraissait douteuse, par suite
    du rcit du malade que le fameux Hansen avait,  plusieurs
    reprises, mais en vain, essay de l'hypnotiser.

    Toutefois, il fallait rpter les essais,  cause des intrts
    sociaux importants du malade.  mon grand tonnement,
    la mthode de Bernheim amena immdiatement un profond
    engourdissement avec possibilit de suggestion posthypnotique.

     la deuxime sance, le somnambulisme a t obtenu par un
    simple regard jet sur le malade qui est suggestible dans
    tous les sens. On peut, en lui passant la main sur la peau,
    provoquer des contractures. Le rveil a lieu en comptant
    jusqu' trois.

    La malade a de l'amnsie, en dehors de l'hypnose, pour tout
    ce qui s'est pass pendant son tat hypnotique. On l'hypnotise
    tous les deux ou trois jours pour lui faire des suggestions.
    On fait, en outre, un traitement moral et hydrothrapique.

    Les suggestions faites pendant l'hypnose sont les suivantes:

    1 Je dteste l'onanisme, car il rend malade et misrable;

    2 Je n'ai plus d'affection pour l'homme, car l'amour pour un
    tre masculin est contraire  la religion,  la nature et  la
    loi;

    3 J'prouve du penchant pour la femme, car la femme est un
    tre aimable et dsirable; elle est cre pour l'homme.

    Dans les sances, la malade rpte ces suggestions sur mon
    ordre.

    Aprs la quatrime sance on est surpris de constater dj
    que, dans les cercles o il est prsent, le malade commence 
    faire la cour aux dames. Peu de temps aprs, quand une clbre
    cantatrice passe sur la scne, il est tout feu et flamme
    pour elle. Quelques jours plus tard, le malade s'informe de
    l'adresse d'un lupanar.

    Toutefois, il cherche encore de prfrence la compagnie des
    jeunes messieurs, mais, malgr une surveillance trs troite,
    on n'a pu constater rien de suspect  ce sujet.

    17 fvrier. Le malade demande la permission de faire le
    cot et il est trs satisfait de son dbut avec une dame du
    demi-monde.

    16 mars. Jusqu'ici hypnose environ deux fois par semaine.
    Par un seul regard, le malade est plong dans un profond
    somnambulisme; sur mon ordre, il rpte les suggestions; il
    est accessible  toute suggestion posthypnotique et,  l'tat
    de veille, il ne se rappelle plus de l'influence qu'on
    a exerce sur lui pendant son tat d'hypnose.  l'tat
    hypnotique, il affirme tre parfois tout  fait dbarrass de
    l'onanisme et des sentiments sexuels pour les hommes.
    Comme dans l'hypnose il donne toujours les mmes rponses
    strotypes (par exemple, d'avoir  telle ou telle date fait
    la masturbation pour la dernire fois) et qu'il subit trop
    la volont du mdecin pour pouvoir mentir, ses affirmations
    mritent foi, d'autant plus qu'il a les apparences d'une sant
    florissante, qu'il est exempt de tout malaise neurasthnique,
    qu'il ne donne aucune inquitude dans ses rapports avec les
    messieurs, et qu'il montre un caractre franc, libre et viril.

    Comme il fait parfois le cot avec plaisir et en cdant  son
    libre penchant, et que les pollutions qu'il a quelquefois,
    ne sont provoques que par des rves rotiques concernant
    des personnes fminines, on ne peut plus douter de la
    transformation favorable de _sa vita sexualis_ et l'on peut
    supposer que les suggestions hypnotiques sont maintenant
    devenues des auto-suggestions directrices de la totalit de
    ses sentiments, de ses ides et de ses efforts. Le malade
    restera probablement toujours une _natura frigida_, mais il
    parle souvent de mariage, et de sa rsolution, aussitt qu'il
    aura trouv une dame qui lui soit sympathique, de solliciter
    sa main. On cessa le traitement. (Observation personnelle.
    _International Centralblatt fr die Physiol. u. Pathologie der
    Harn und Sexualorgane._ T. I.)

    Au mois de juillet 1889, j'ai reu une lettre du pre qui
    m'annonce que son fils se porte bien et a une bonne conduite.

    Le 24 mai 1890 j'ai rencontr par hasard mon ancien client
    dans un voyage. Son air de sant florissante me laissa
    supposer un tat des plus favorables. Il me confessa qu'il
    trouvait encore certains hommes sympathiques, mais qu'il
    n'prouvait plus aucune vellit amoureuse pour le sexe
    masculin.  l'occasion, il fait le cot avec des femmes, en
    prouve un plaisir parfait, et il songe srieusement  se
    marier.

    Pour faire un essai, j'ai hypnotis le malade selon la mthode
    que je lui avais applique autrefois et je lui demandai de
    rpter les ordres que je lui avais donns.

    Plong dans un profond somnambulisme et avec la mme
    intonation qu'autrefois, le malade me rcita les suggestions
    qu'il avait reues en dcembre 1888. C'est, en tout cas,
    un exemple de la dure et de la puissance de la suggestion
    posthypnotique.

Le traitement par suggestion hypnotique eut un succs complet dans les
cas suivants.

    OBSERVATION 140. (_Hermaphrodisme psychique. Amlioration par
    le traitement hypnotique_).--M. de K..., 23 ans, d'une grande
    famille, trs bien dou intellectuellement, scrofuleux pendant
    son enfance, descend d'un pre qui, dit-on, a t un viveur.
    Le frre du pre avait la rputation d'tre un inverti sexuel.

    Le malade affirme que, dj  l'ge de sept ans, il avait une
    inclination singulire pour les personnes du sexe masculin.
    C'taient surtout les cochers et les laquais  moustaches qui
    l'enthousiasmaient  cette poque. Il prouvait un sentiment
    de bonheur trange quand il pouvait se frotter contre ces
    individus.

    De bonne heure, le malade fut plac au corps des cadets, o il
    fut entran  l'onanisme mutuel et o il apprit la pratique
    de l'_imitatio cotus inter femora viri_.  l'ge de dix-sept
    ans, il fit pour la premire fois le cot avec une prostitue.

    Il accomplit l'acte trs bien, mais il n'eut pas le moindre
    plaisir, et il reconnut ou que ce genre de satisfaction
    n'tait rien ou bien qu'il devait tre autrement conform que
    les autres jeunes gens.

    Toutefois, il cotait encore souvent, contracta une gonorrhe,
    aprs la gurison de laquelle il prouva une aversion de plus
    en plus vive pour le sexe fminin; il pratiqua dornavant le
    cot de plus en plus rarement et seulement dans les cas o,
    malgr son _libido_ trs vif, il ne pouvait avoir des rapports
    avec des individus masculins. Son penchant pour les hommes
    devenait de plus en plus fort; c'taient notamment les hommes
    adultes bien btis et autant que possible peu barbus qui
    avaient de l'attrait pour lui. Il aboutit aux excs les
    plus dgotants dans le sens du _cotus buccalis_, et de la
    pdrastie active et passive.

    Le malade lui-mme avait grande honte d'une pareille
    dgradation; il essayait toujours de revenir dans la bonne
    voie en faisant le cot avec la femme, mais il dut se rendre
     cette vidence dsesprante que sa force normale tait
    insuffisante, que le rapport avec la femme le laissait froid
    ou mme lui rpugnait, et que,  vrai dire, il tait cr pour
    les rapports sexuels avec des personnes de son propre sexe. En
    effet, ses songes n'avaient jamais les femmes pour objet, mais
    toujours les hommes, et tel tait dj le cas  un ge o il
    n'avait pas encore la moindre ide de la diffrence des sexes.

    Le malade vient  la consultation, car il a compris que le
    bonheur de toute sa vie est en jeu. Il a clairement reconnu le
    caractre immoral et antinaturel de son existence sexuelle.
    Il croit que sa situation n'est pas dsespre, puisqu'il
    n'abhorre pas la femme: il y a trois semaines encore, il a
    cot avec une femme, il a russi, bien qu'il n'ait prouv ni
    plaisir, ni satisfaction morale. Il ne met pas en doute qu'il
    soit en ralit cr pour l'amour du sexe masculin; mais 
    la suite d'une neurasthnie qui vient de se dclarer, il n'a
    plus, mme dans l'acte sexuel avec l'homme, le plaisir qu'il
    prouvait autrefois dans des circonstances analogues. Il a
    abandonn sa position d'officier de l'arme, parce que ses
    troupiers l'excitaient trop sexuellement, et qu'il craignait
    de se compromettre un jour.

    Le malade n'a pas de stigmates de dgnrescence. Il a un
    extrieur tout  fait viril; les parties gnitales sont
    normales. L'examen d'un spcimen du sperme a permis de
    constater des spermatozodes en abondance. Le pnis est grand,
    bien dvelopp; le systme pileux sur les parties gnitales et
    sur le corps en gnral est trs bien fourni. Le malade a des
    gots virils, mais il n'a jamais trouv plaisir ni  fumer
    ni  boire. Son oeil nvropathique est la seule chose
    qu'on pourrait interprter dans le sens d'une prdisposition
    nerveuse.

    Il prtend que dans ses actes sexuels avec les hommes, il
    s'est la plupart du temps senti dans le rle de l'homme, mais
    parfois aussi dans celui de la femme.

    Une tentative d'hypnose a amen un engourdissement avec une
    attitude cataleptiforme des muscles; on l'utilise pour lui
    faire des suggestions appropries  sa maladie.

    Aprs la quatrime sance, il dclare avec satisfaction et
    tonnement  la fois, que les hommes le laissent froid. Il
    voudrait essayer sa bonne chance avec des femmes, mais il
    craint d'tre impuissant.

    Aprs la sixime sance, il essaie le cot _cum muliere_, sans
    y avoir t engag. Son _libido_ fut trs grand, mais _inter
    actum_ le _libido_ ainsi que l'rection l'abandonnrent.

    Aprs la neuvime sance, le malade interrompt le traitement,
    ses affaires l'ayant oblig de rentrer  la maison. Il
    est content en tant qu'il se sent indiffrent vis--vis de
    l'homme, et capable de rsister  toute tentation. Il a la
    conviction certaine qu'il ne retombera plus dans ses anciennes
    vilenies. Mais  l'heure qu'il est, il ne sent pas non plus
    le moindre intrt pour le sexe fminin.

    OBSERVATION 141.--M. X..., trente et un ans, chimiste, issu
    d'une famille nvropathique, tait, ds son enfance, nerveux,
    motif, peureux et sujet aux migraines. Il se rappelle
    nettement qu'tant tout petit garon, il contemplait avec
    plaisir les ouvriers  demi nus dans l'atelier qui se trouvait
    en face de la maison paternelle et qu'il se sentait attir
    vers eux. Quand on l'envoya en classe, il prouva un sentiment
    analogue pour ses camarades. Sans y tre incit, il arriva 
    l'ge de onze ans  faire de l'onanisme; pendant l'acte, il
    pensait toujours  ses camarades d'cole. Plus tard, il
    eut des amitis extatiques. Sa _vita sexualis_ est devenue
    toute-puissante. Devenu grand, il s'intressa aussi aux
    femmes, mais le principal objet du ses dsirs, c'taient les
    hommes des classes leves de la socit. Il sentit l'anomalie
    de ce penchant, chercha des relations avec les _puellis_,
    fit plusieurs fois le cot, mais sans y prouver un vritable
    agrment. Alors il s'gara de plus en plus dans la voie de
    l'inversion sexuelle: il pratiquait la masturbation mutuelle
    et le cot _inter femora viri_, se livrait  l'occasion aussi
     la pdrastie passive, mais il y renona bientt car il n'en
    prouvait que de la douleur.

    Il affirme qu'il se sent tout  fait homme et qu'il n'a jamais
    eu de gots fminins. Squelette, attitude tout  fait virils.
    Systme pileux et barbe trs abondants, parties gnitales
    tout  fait normales. Point d'aversion pour le sexe fminin.
     l'occasion, il fait le cot avec des _puellis_, mais sans en
    tre satisfait. Le malade se sent trs malheureux, reconnat
    nettement sa fausse position, voudrait  tout prix tre
    dbarrass de son penchant homosexuel et devenir capable de se
    marier. Ce serait terrible d'tre toujours forc de jouer la
    comdie. Ds le premier essai d'hypnotisation fait d'aprs
    la mthode de Bernheim, le malade est plong dans un
    profond engourdissement. Il est trs suggestible, reoit les
    suggestions ncessaires, constate avec satisfaction, aprs la
    quatrime sance, que les individus masculins lui sont devenus
    tout  fait indiffrents et qu'il commence  coter avec
    plaisir, mais que dans son me il ne se sent pas satisfait,
    tant donn qu'il est oblig d'avoir recours aux _puell
    public_. Aprs la quatorzime sance, il dclare n'avoir plus
    besoin d'appui. Il est enthousiasm d'une jeune dame et il
    a l'intention de l'pouser. Le malade a sollicit la main de
    cette dame, mais il a t conduit. Bientt aprs, il fit
    un voyage en Italie, et alors l'intrt pour les hommes se
    rveilla de nouveau. Il eut une rechute et me demanda de
    reprendre le traitement. En peu de sances le _statu quo ante_
    fut rtabli.

    OBSERVATION 142. (_Hermaphrodisme psychique. Traitement par la
    suggestion hypnotique suivi de succs_). M. Z..., vingt ans,
    prtend tre issu de grands-parents bien portants, de pre
    sain, mais d'une mre nerveuse. Il est enfant unique et il
    a t gt par sa mre.  l'ge de huit ans, il a t trs
    excit sexuellement par un valet qui lui montrait des gravures
    pornographiques et son pnis.

     l'ge de douze ans, Z... devint amoureux de son
    corptiteur. En s'endormant il eut la vision de cet homme
    tout nu. Il se sentit vis--vis de celui-ci dans la situation
    d'une femme; il s'extasiait  l'ide de pouvoir l'pouser un
    jour.

     l'ge de treize ans,  l'occasion d'une soire dansante
    donne  la maison, une jeune gouvernante excita son
    imagination, et  l'ge de quinze ans il tomba amoureux d'une
    jeune dame. Il est rest sensuellement trs excitable, mais
    les annes suivantes ce furent exclusivement les hommes
    sympathiques qui lui firent cette impression. Il ne pratiquait
    point la masturbation.

     l'ge de vingt ans, le malade est devenu neurasthnique _ex
    abstinentia_. Il essaya alors le cot, mais ne russit pas. En
    revanche, il tait saisi d'un puissant _libido_ quand, dans
    un hammam, il avait l'occasion de voir des _viri nudi_.
    L'un d'eux remarqua l'motion du jeune homme, l'aborda, le
    masturba, ce qui lui causa un grand plaisir. Il se sentait
    puissamment attir vers cet homme et se fit encore masturber
    par lui  plusieurs reprises. Entre temps il faisait des
    essais du cot avec les femmes, mais il remportait toujours un
    chec. Le malade en tait profondment dsol; il consulta des
    mdecins qui expliqurent son impuissance par sa nervosit et
    qui taient d'avis que cela s'arrangerait bientt.

    Jusqu' l'ge de vingt-cinq ans, sa satisfaction sexuelle
    consistait  se faire masturber une fois par mois par l'homme
    aim. C'est  cette poque qu'il se sentit pour la dernire
    fois attir vers la femme. C'tait une paysanne vierge. Elle
    se montra inaccessible  ses dsirs. Comme son amant lui tait
    devenu inaccessible aussi, le malade prit l'habitude de
    la masturbation solitaire.  la suite de ces pratiques, sa
    neurasthnie s'accentua de plus en plus. Il ne put pour
    cette raison terminer ses tudes; il vita les hommes, devint
    sombre, aboulique; il fit sans succs des cures dans divers
    tablissements hydrothrapiques. Le malade vint me trouver
    vers la fin du mois de fvrier 1890 pour me demander conseil
    au sujet de sa neurasthnie (crbro-spinale) qui tait grave
    et continue.

    C'est un homme grand, svelte, de manires aristocratiques,
    d'allures nettement viriles, et d'apparence nvropathique;
    lobes des oreilles grands et se confondant comme un cadre avec
    les joues. Les parties gnitales sont tout  fait normales.
    Il prsente les symptmes ordinaires d'une neurasthnie
    crbro-spinale modre. Il est trs dprim, se plaint que la
    vie lui parat si peu agrable qu'il en est arriv au _tdium
    vit_; il est pniblement affect de son anomalie sexuelle,
    d'autant plus que sa famille insiste pour qu'il se marie.

    Chez la femme il n'y a que l'me qui l'intresse et non le
    corps. Sexuellement il n'a d'affection que pour les hommes, et
    encore faut-il que ceux-ci soient du meilleur monde. Ses rves
    n'ont jamais eu pour objet des individus de son propre sexe,
    mais toujours des personnes du sexe fminin. Dans ces rves
    rotiques il s'est vu dans le rle de la femme.

    La puella la plus raffine n'a jamais pu provoquer de
    l'rection ni du _libido_ chez lui.

    Ses rapports sexuels avec les hommes ont consist dans la
    masturbation passive ou mutuelle. Il ne s'est livr que
    rarement  l'auto-masturbation et quand il ne pouvait faire
    autrement. Depuis cinq mois il s'en est abstenu, depuis le
    mois d'aot 1889 il n'a pas eu non plus de rapports sexuels
    avec des hommes.

    Un essai d'hypnose selon la mthode de Bernheim n'a pas
    russi. En passant plusieurs fois la main sur le front, on
    provoque de l'engourdissement avec catalepsie. Cette mthode
    est employe pour appliquer le traitement suggestif chez ce
    malade digne de piti. L'tat hypnotique reste toujours le
    mme; il est impossible de l'amener au somnambulisme.

     la troisime sance le malade reoit les suggestions:
    l'onanisme et l'amour du sexe masculin sont dtestables; il
    faut trouver les femmes belles et rver d'elles.

    Aprs la sixime sance (10 mars), il se produit une volution
    visible dans l'existence psychique du malade. Il devient plus
    calme, il se sent plus dgag, rve par-ci par-l de femmes,
    et plus d'hommes, trouve que ces derniers lui sont devenus
    tout  fait indiffrents et m'annonce avec satisfaction qu'il
    n'a plus de vellits de masturbation. Il s'approche du beau
    sexe, mais il s'aperoit que les femmes n'exercent pas sur lui
    la moindre force d'attraction.

    Le 19 mars des affaires rappellent le malade chez lui, de
    sorte que le traitement a d tre interrompu.

    Le 17 mai 1890 il revient au traitement. Il affirme qu'entre
    temps il ne s'est pas masturb et qu'il a su rsister  son
    penchant pour les hommes. Aussi n'a-t-il plus rv d'hommes,
    et deux fois mme dans ses songes il s'est occup de femmes,
    mais tout  fait platoniquement. Son asthnie crbrale (_ex
    abstinentia_) s'est augmente. Il souffre videmment du manque
    d'une satisfaction morale et sensuelle de sa _vita sexualis_,
    puisque l'amour homosexuel et la masturbation lui sont devenus
    impossibles, et que, en mme temps, il est aussi priv des
    rapports avec les femmes. Le malade en est pniblement affect
    jusqu'au _tdium vit_.

    On le soumet alors  un traitement antineurasthnique
    (hydro-lectrothrapie) et on reprend le traitement
    hypnotique. Ce n'est qu'aprs une cure laborieuse de dix
    semaines que les malaises neurasthniques disparaissent.
    Paralllement il se produit un changement dans l'individualit
    psychique.

    Le malade s'aperoit avec satisfaction qu'il devient plus
    vigoureux et que la vie sexuelle ne joue plus chez lui un rle
    dominant. Il est vrai qu'il se sent attir plutt vers l'homme
    que vers la femme, mais il rsiste facilement aux dsirs
    homosexuels. Le boudoir qu'il avait jusqu'ici se transforme en
    bureau de travail; au lieu de s'occuper de luxe, de toilette
    et de lectures frivoles, il court dans les forts et sur les
    montagnes.  cause des dangers d'un chec, on laisse le malade
    prendre une initiative sur le terrain htrosexuel.

    Ce n'est que dans la quatorzime semaine de sa cure qu'il se
    met  l'preuve. Il russit brillamment. Il devient un homme
    gai, sain de corps et d'esprit; il nourrit les meilleures
    esprances pour son avenir et caresse mme l'ide de se
    marier.

    Il prouve un plaisir croissant aux rapports sexuels normaux
    et a,  l'occasion, des rves rotiques concernant des femmes;
    il ne rve plus d'hommes.

    Vers la fin du mois de septembre, la cure du malade est
    termine. Il se sent tout  fait normal sous le rapport
    htrosexuel; il est dlivr de sa neurasthnie et il a des
    ides de mariage. Toutefois il avoue franchement qu'il entre
    encore en rection quand il voit un homme bien fait tout nu;
    mais il rsiste avec facilit aux envies qui pourraient le
    prendre  ce propos; dans la vie des songes il a exclusivement
    des relations avec la femme.

    Au mois d'avril 1891 j'ai revu le malade qui se portait
    au mieux. Il croit que sa _vita sexualis_ est compltement
    assainie, en tant qu'il fait le cot rgulirement avec une
    parfaite puissance, qu'il ne rve que de femmes et qu'il n'a
    jamais la moindre vellit de masturbation. Toutefois il
    me fait cet aveu intressant que souvent _post cotum_ il a
    encore passagrement un lger got pour l'homme, mais
    qu'il lui est facile de le dompter. Il se croit rtabli pour
    toujours et nourrit le projet de se marier.

Le traitement par suggestion peut russir aussi dans l'inversion
sexuelle manifestement congnitale, ainsi que le prouvent les sujets
traits par l'auteur et celui de Ladame o du moins on a russi 
dsuggrer les sentiments homosexuels et  obtenir une neutralisation
sexuelle trs salutaire, tant donns les dangers de la honte sociale
et des poursuites judiciaires. Wetterstrand a mme russi  remplacer
la tendance homosexuelle par des sentiments htrosexuels avec
puissance gnitale. Ce cas est cit par von Schrenk (_op. cit._,
observation 49). Des succs analogues ont t encore obtenus par
Bernheim (cit par Schrenk: observation 51), Muller (cit par Schrenk:
observation 53), Schrenk (_op. cit._, cas 66, 67). Ce dernier mme
a russi dans des cas d'effmination (Schrenk, _op. cit._, cas 62 et
63).

Nous tenons  citer ici le premier de ces cas qui est pour ainsi dire
un succs phnomnal et que l'auteur a pu personnellement suivre.
D'ailleurs, ces succs dcisifs et durables ne peuvent tre obtenus
que quand on peut pousser l'hypnose jusqu'au somnambulisme. Toutefois,
il faut se mettre en garde contre les illusions.

    OBSERVATION 143 (_Cas d'inversion sexuelle congnitale
    amlior par suggestion hypnotique_).--R., fonctionnaire,
    vingt-huit ans, demanda, le 20 janvier 1880, des secours
    mdicaux. Il est le frre du malade qui fait l'objet de
    l'observation 135 et par consquent d'une famille trs
    tare. Vers la fin du traitement, il avoue tre l'auteur de
    l'autobiographie qui a t insre comme observation 83 dans
    la cinquime dition de ce livre et que nous allons tout
    d'abord reproduire ici:

    Mon anomalie consiste, pour le dire brivement, en ce que,
    sous le rapport sexuel, je me sens tout  fait femme. Depuis
    ma premire jeunesse, dans mes rves et dans mes actes
    sexuels, j'ai eu devant les yeux uniquement des images d'tres
    masculins et de parties gnitales d'hommes. Jusqu' ce que
    je sois devenu lve de l'Universit, je n'y ai rien trouv
    d'trange. (Je n'ai jamais parl  autrui de mes fantaisies et
    de mes rves; je vivais, quand je frquentais le lyce, trs
    retir, et j'tais trs peu communicatif). Ce qui frappa mon
    attention, alors que j'tais tudiant de l'Universit, c'est
    que les tres fminins ne pouvaient m'inspirer le moindre
    intrt. J'ai essay plusieurs fois depuis, au lupanar et
    ailleurs, de faire le cot ou d'arriver au moins au cot, mais
    toujours en vain.

    Aussitt que j'tais seul avec un tre fminin dans une
    chambre, toute rection cessait immdiatement. J'ai pris
    d'abord ce phnomne pour de l'impuissance, et pourtant
    j'tais  cette poque si excit sexuellement qu'il me fallait
    me masturber plusieurs fois par jour pour pouvoir dormir.

    Mes sentiments pour le sexe masculin se sont dvelopps
    bien autrement: ils sont devenus plus forts chaque anne. Au
    commencement ils se manifestrent par une amiti extrmement
    romanesque pour certains personnages, sous la fentre desquels
    j'attendais la nuit des heures entires, que je cherchais
    par tous les moyens  rencontrer dans les rues, et dont
    je cherchais toujours  me rapprocher. J'crivais  ces
    personnages les lettres les plus passionnes, mais je me
    gardais bien toutefois d'y dclarer trop clairement mes
    sentiments. Plus tard, dans la priode qui suivit mes vingt
    ans, j'eus une conscience nette de la nature sensuelle de mes
    inclinations, surtout  la suite de la sensation voluptueuse
    que j'prouvais aussitt que je me trouvais en contact direct
    avec un de ces amis. C'taient tous des hommes bien btis, aux
    cheveux foncs et aux yeux noirs. Je ne me suis jamais senti
    excit par des garons et je ne comprends pas comment on peut
    avoir du got pour la pdrastie proprement dite.  la mme
    poque (entre ma vingt-deuxime et ma vingt-troisime anne)
    le cercle des personnes que j'aimais, s'largissait de plus en
    plus.  l'heure qu'il est, je ne peux pas voir dans la rue
    un bel homme sans concevoir le dsir de le possder. J'aime
    surtout les personnes de la basse classe dont les formes
    vigoureuses m'attirent: les soldats, les gendarmes, les
    cochers de tramway, etc.. en un mot, tout ce qui porte un
    uniforme. Si quelqu'un de ces gens rpond  mon regard, je
    sens comme un frisson  travers tout mon corps. Je suis excit
    surtout le soir, et rien qu'en entendant le pas vigoureux
    d'un militaire, j'ai souvent des rections des plus violentes.
    C'est pour moi un plaisir particulier de suivre ces individus
    et de les contempler en marchant derrire eux. Aussitt que
    j'apprends qu'ils sont maris ou qu'ils se commettent avec des
    filles, mon motion disparat. Il y a quelques mois encore
    je pouvais matriser mes penchants et ils ne se faisaient
    pas remarquer directement.  cette poque, un soldat que
    je suivais, me sembla dispos  consentir  mes dsirs; je
    l'abordai. Pour de l'argent, il fut prt  tout. _Statim summa
    libidine affectus sum eum amplecti et osculari neque periculo
    videndi deterritus sum, quominus hc facerem. Genitalia
    mea apprehendit manibus et statim ejaculatio evenit._ Cette
    rencontre me fit enfin comprendre le but de ma vie, but que
    je cherchais depuis si longtemps. Je savais que c'tait l
    que mon naturel trouverait son bonheur et sa satisfaction; 
    partir de ce moment j'ai pris la rsolution de faire tous mes
    efforts pour trouver un tre que je puisse aimer et auquel je
    resterais attach pour toujours. Je n'ai aucun remords de ma
    manire d'agir.

    Il est vrai que dans les moments de calme je sens trs bien
    la grande diffrence qui existe entre ma faon de penser
    et les vues du monde; je connais naturellement aussi, tant
    jurisconsulte, les dangers d'une liaison telle que je la
    dsire, mais tant que la totalit de ma nature n'aura pas
    chang, je ne saurais rsister aux tentations qui me hantent.
    Malgr tout, je serais prt  me soumettre  tout traitement
    pour sortir de mon tat anormal.

    Je sens en femme, et je m'en rends compte, entre autres par
    le fait que toute reprsentation sensuelle ayant rapport  une
    femme me parat pour ainsi dire force et mme contre nature.
    Je suis certain aussi que mon estime pour une femme--je
    frquente beaucoup la socit des dames et je m'y trouve trs
    bien--se convertirait en aversion dans le cas o j'apercevrais
    chez elle des inclinations sensuelles pour ma personne. Dans
    mes rves et dans mes fantaisies rotiques concernant les
    hommes, je me figure toujours dans des positions telles que
    leur figure est tourne vers moi. _Maxima mihi esset voluptas,
    si vir robustus nudus me tanta vi amplecteretur, ut reniti
    non possem._ En gnral, je me vois dans ces positions dans un
    rle tout  fait passif, et ce n'est qu'en faisant violence
     mes sentiments que je pourrais m'imaginer dans une autre
    situation. Je suis d'une timidit vraiment fminine. Quelque
    grand que soit mon dsir de m'approcher de tel ou tel
    individu, je fais des efforts aussi grands pour ne rien
    laisser percer de mon inclination. Des moustaches, un systme
    pileux trs dvelopp, et mme la crasse, me paraissent
    particulirement attrayants. Inutile de dire qu'au point de
    vue social mon tat me parat tout  fait dsesprant, et si
    je n'avais pas l'espoir de trouver un tre qui me comprenne,
    je ne saurais gure supporter la vie. Je sens que les rapports
    sexuels avec l'homme sont l'unique moyen de combattre avec
    efficacit mon penchant pour l'onanisme. Bien que cela
    m'affecte beaucoup, je ne puis pas m'en passer longtemps, car
    autrement, ainsi que je l'ai dj prouv par exprience, je
    serais encore plus affaibli par des pollutions nocturnes et
    par des rections qui dureraient des heures entires dans la
    journe.

    Jusqu'ici je n'ai aim vraiment que deux hommes. Tous les
    deux taient des officiers, de beaux hommes, de grand talent,
    sveltes et bien btis, bruns, avec des yeux noirs. J'ai fait
    la connaissance de l'un  l'Universit. J'tais amoureux fou
    de lui; je souffrais beaucoup de son indiffrence, je passais
    la moiti des nuits sous ses fentres, rien que pour tre dans
    sa proximit. Quand il fut transfr dans une autre garnison,
    je fus dsespr.

    Peu aprs je fis la connaissance d'un autre officier qui
    ressemblait au premier, et qui m'a captiv ds le premier
    moment. Je cherchai par tous les moyens possibles  me
    rencontrer avec lui; je passais toute la journe dans la rue
    et dans les endroits o je pouvais esprer le voir. Je
    sentais me monter le sang au visage quand je l'apercevais
     l'improviste. Quand je le voyais causer amicalement avec
    d'autres, je ne me sentais plus de jalousie. Quand j'tais
    assis  ct de lui, j'avais l'impulsion invincible de le
    toucher; je pouvais  peine cacher ma grande motion, quand
    j'avais l'occasion de lui effleurer les _genua aut femora_.
    Cependant jamais je n'ai eu le courage de dclarer mes
    sentiments devant lui, car j'ai cru deviner dans ses manires
    qu'il ne les aurait pas compris ou pas partags.

    J'ai vingt-sept ans, je suis de taille moyenne, bien fait;
    je passe pour tre joli, j'ai la poitrine un peu troite, de
    petites mains, de petits pieds et une voix grle. Au point
    de vue intellectuel, je crois tre bien dou, car j'ai pass
    brillamment mon examen de brevet; je sais plusieurs langues et
    je suis bon peintre.

    Dans mon mtier je passe pour tre travailleur et
    consciencieux. Les gens de ma connaissance me trouvent froid
    et singulier. Je ne fume pas, ne pratique aucun sport; je ne
    puis ni chanter, ni siffler. Ma dmarche est un peu affecte,
    de mme que mon langage. J'ai beaucoup de prdilection pour
    l'lgance, j'aime les bijoux, les sucreries, les parfums, et
    je vais de prfrence dans la socit des dames.

    On apprend encore par les notes prises par le Dr V. Schrenk
    sur la maladie de cet inverti, que les entraves sociales et
    lgales d'un ct, l'impulsion violente pour son propre sexe
    de l'autre ct, ont provoqu dans l'me du malade des luttes
    terribles qui ont fait de sa vie un supplice. C'est pour cette
    raison qu'il s'est confi  un mdecin.

    Le 22 janvier 1889, le malade fut soumis au traitement
    hypnotico-suggestif suivant la mthode de l'cole de Nancy.
    Peu  peu on russit  le mettre en somnambulisme.

    Les suggestions lui ont t faites dans ce sens: indiffrence
    et facult de rsistance vis--vis du sexe masculin, intrt
    croissant pour les rapports avec la femme, interdiction de
    la masturbation, substitution des images fminines aux images
    masculines dans les rves rotiques. Aprs quelques sances,
    les formes fminines commencent  plaire au malade.  la
    septime sance, on lui suggre de faire le cot et d'y
    russir. Cette suggestion est suivie d'effet. Pendant les
    trois mois suivants, le malade se trouvant sous l'influence
    ducatrice des suggestions priodiques, est rest en
    possession complte d'un fonctionnement sexuel normal. Le 22
    avril 1889, il y a rechute, par suite de la sduction d'un
    uraniste. Repentir et horreur dans la sance suivante. Comme
    expiation, cot avec une femme en prsence du sducteur.

    Le malade se plaint que le cot avec des femmes trs
    infrieures comme ducation, ne satisfait pas son besoin
    esthtique. Il espre trouver cette satisfaction dans un
    mariage heureux. Il cesse le traitement, se fiance quelques
    semaines plus tard avec une amie d'enfance, se prsente six
    mois aprs comme un heureux fianc, et croit, par suite du
    bonheur qu'il prouve avec sa fiance, tre  l'abri de toute
    rechute.

    L'auteur assure que le traitement hypnotique n'a jamais
    d'effet nuisible secondaire. tant donne la lourde tare
    hrditaire du malade, il ne tranche pas la question de savoir
    si la gurison sera durable, mais il exprime la conviction
    que, dans le cas de rcidive, la suggestion hypnotique ne
    manquerait pas de produire son effet comme la premire fois.

    Comme le succs incroyable de ce cas m'avait intress au plus
    haut degr, et que je m'intressais encore davantage au cours
    que prendraient les choses aprs la gurison, je me suis
    adress  l'auteur en lui demandant des renseignements sur
    l'tat de sant de son ancien malade.

    Avec la plus grande amabilit, M. le Dr V. Schrenk a mis  ma
    disposition la lettre suivante qu'il avait reue au mois de
    janvier 1890.

    Par le traitement suggestif de M. le baron V. Schrenk, j'eus
    pour la premire fois la facult physique d'avoir des rapports
    sexuels avec une femme, ce qui, jusqu'ici ne m'avait pas
    russi malgr des essais ritrs.

    Comme mon besoin esthtique ne pouvait tre satisfait par
    des relations avec des prostitues, j'ai cru trouver mon salut
    rel dans un mariage. Une affection amicale ancienne pour une
    dame que je connais depuis mon enfance m'a fourni la meilleure
    occasion de conclure un mariage, d'autant plus qu' cette
    poque je croyais que c'tait elle qui serait le plus capable
    d'veiller en moi des sentiments pour le sexe fminin,
    sentiments qui, jusque-l m'taient totalement inconnus.
    Son tre rpond tellement  mes inclinations que je suis
    profondment convaincu de trouver aussi une complte
    satisfaction physique. Cette conviction n'a pas chang pendant
    les mois qui se sont couls depuis nos fianailles.

    J'ai l'intention de me marier dans quatre semaines.

    En ce qui concerne mon attitude vis--vis du sexe masculin,
    ma force de rsistance--c'est le rsultat le plus positif
    et le plus constant du traitement--subsiste toujours au mme
    degr. Tandis que, autrefois, il m'tait impossible, en voyant
    par exemple un beau cocher de tramway, de rsister  une
    excitation sexuelle intense au point de me forcer  quitter
    la voiture: aujourd'hui je peux rester sans aucune excitation
    sexuelle, mme quand je me trouve avec mon ancien amant. Il
    faut ajouter toutefois que la frquentation de ce dernier a
    toujours pour moi un certain attrait qui cependant ne peut
    tre compar  mon ancienne passion.

    D'autre part j'ai refus, et sans que cela m'ait cot
    beaucoup d'efforts, des offres ritres d'entrer en rapports
    sexuels avec des hommes auxquels autrefois je n'aurais pu
    rsister.

    Je puis affirmer que c'est plutt par sentiment de piti
    que je ne romps pas les relations avec mon ancien amant qui a
    conserv pour moi son affection passionne.

    Ces relations me paraissent plutt comme un devoir moral que
    comme un besoin intrieur.

    Depuis que le traitement mdical a t termin, je n'ai plus
    eu de rapports avec des prostitues. Cette circonstance,
    ainsi que les nombreuses lettres de mon ancien amant et
    ses tentatives de renouer l'ancienne liaison, peuvent tre
    considres comme la cause de ce que, dans l'intervalle de
    huit mois, je me suis laiss entraner trois ou quatre fois
    dans nos entretiens  un rapport sexuel. Dans ces occasions,
    j'ai toujours conserv la conscience d'tre parfaitement
    matre de moi-mme, ce qui tait contraire  mon tat
    passionnel d'autrefois, et m'a attir les reproches les plus
    vifs de la part de mon ami. Je sens toujours une certaine
    barrire insurmontable qui n'est pas fonde sur des raisons
    morales mais qui doit tre directement attribue  votre
    traitement. Depuis ce temps, je n'prouve plus pour lui
    d'amour dans le sens d'autrefois. D'ailleurs, depuis que
    le traitement a t termin, je n'ai plus jamais cherch
    d'occasions d'entrer en rapports sexuels avec des hommes et je
    n'en prouve pas non plus le besoin, tandis qu'autrefois il ne
    se passait pas un jour o je ne m'y sentisse pouss au point
    que par moments j'tais incapable de penser  autre chose.

    Les images sexuelles  l'tat de rve ou  l'tat de veille
    sont devenues trs rares.

    Je crois pouvoir exprimer la conviction que mon mariage,
    qui aura lieu d'ici quelques semaines, que le changement de
    domicile qui en sera la consquence et que je dsire moi-mme,
    seront capables de dtruire les derniers rsidus de ma
    perversion, rsidus qui d'ailleurs ne me gnent plus. Je
    termine ces lignes par l'affirmation la plus sincre que, dans
    mon for intrieur, je suis devenu un tout autre homme et
    que cette transformation m'a rendu l'quilibre moral qui m'a
    manqu jusqu'ici.

    Les lignes prcdentes que M. le Dr V. Schrenk complte encore
    en rapportant une communication verbale du malade d'aprs
    laquelle celui-ci ne s'est plus livr  aucun acte de
    masturbation, constituent bien la preuve la plus clatante de
    l'effet durable et efficace de la suggestion post-hypnotique.

    Pour ma part, je tiens le sentiment htrosexuel du malade
    pour une cration artificielle d'un excellent mdecin, et le
    malade lui-mme semble le sentir, car il parle d'une barrire
    qui n'est pas fonde sur des raisons morales, mais qui doit
    tre directement attribue au traitement.

    La lettre suivante, que mon collgue V. Schrenk a bien voulu
    mettre  ma disposition, nous montre quel sort a t rserv 
    ce malade intressant.

    Monsieur le baron, rentr depuis quelques jours de mon voyage
    de noces, je me permets de vous envoyer un rapport sommaire
    sur mon tat actuel. La semaine qui prcda le mariage, je me
    trouvai,  vrai dire, dans un tat d'motion excessive, car je
    craignais de ne pouvoir remplir certains devoirs. Les prires
    pressantes de mon ami, qui voulait  tout prix avoir encore un
    entretien avec moi, m'ont laiss absolument froid. Depuis que
    je vous ai rencontr la dernire fois, je n'ai pas revu cet
    ami. J'tais trs inquiet  l'ide que mon mariage pourrait
    fatalement devenir malheureux. Mais maintenant je n'ai plus
    d'inquitude  ce sujet. Il est vrai que, la premire nuit, je
    n'ai russi que trs difficilement  me mettre en excitation
    sexuelle; mais la seconde nuit et les suivantes je crois avoir
    satisfait  toutes les exigences qu'on peut demander  un
    homme normal; je suis toujours capable d'y satisfaire. J'ai
    aussi la conviction que l'harmonie qui existe, au point de
    vue intellectuel, entre ma femme et moi depuis longtemps, se
    complte encore de plus en plus par un autre genre d'harmonie.
    Il me parat impossible de revenir aux anciennes habitudes.
    Voici peut-tre un fait significatif pour mon tat actuel: la
    nuit passe j'ai, il est vrai, rv d'un ancien amant, mais ce
    rve n'tait pas sensuel et ne m'a pas excit.

    Quant  ma situation actuelle, j'en suis satisfait. Je sais
    bien que mon affection nouvelle est loin d'avoir atteint le
    mme degr que mon affection ancienne. Mais je crois que ce
    penchant crotra en force tous les jours. Dj maintenant la
    vie que je menais autrefois me parat incomprhensible et je
    ne puis pas comprendre pourquoi je n'ai pas pens plus tt 
    refouler ces sentiments anormaux par une satisfaction sexuelle
    normale. Une rechute ne me paratrait possible qu' la suite
    d'une transformation complte de ma vie psychique actuelle, et
    cela, pour le dire en un mot, me semble impossible.

           Votre tout dvou, L...

    J'apprends encore les dtails suivants par une lettre que M.
    le Dr V. Schrenk m'a crite le 7 dcembre:

    Dans le cas prsent, la gurison parat tre de plus longue
    dure que je ne l'aurais attendu, car, lorsqu'il y a quelques
    mois, j'ai parl avec mon ancien malade, celui-ci a dclar
    qu'il se sentait trs heureux de la vie conjugale et, comme je
    l'ai compris, il s'attend  devenir pre d'ici peu de temps.

    En effet, au printemps 1891, il est devenu pre. Le docteur
    V. Schrenk a publi sur son ancien malade de nouveaux
    renseignements trs intressants au point de vue
    thrapeutique, qu'on peut relire dans la _Wiener
    internationale klinische Rundschau_ 1892 ainsi que dans son
    livre _Die Suggestionstherapie_, 1892, p. 242.




IV

PATHOLOGIE SPCIALE

    Les phnomnes de la vie sexuelle morbide dans les
    diverses formes et tats de l'alination mentale.--Entraves
    psychiques.--Affaiblissement mental aigu.--Faiblesse mentale
    conscutive  des psychoses,  des attaques d'apoplexie, 
    une lsion de la tte ou  un _lues cerebralis_.--Dmence
    paralytique.--pilepsie.--Folie priodique.--Psychopathie
    sexuelle priodique.--Manie.--Symptmes d'excitation sexuelle
    chez les maniaques.--Satyriasis.--Nymphomanie.--Satyriasis et
    nymphomanie chroniques.--Mlancolie.--Hystrie.--Paranoia.


ENTRAVES PSYCHIQUES AU DVELOPPEMENT

En gnral, la vie sexuelle est trs peu dveloppe chez les idiots.
Elle fait mme totalement dfaut chez les idiots d'un degr avanc.
Les parties gnitales sont, dans ce cas, petites, atrophies, les
menstrues ne se produisent que tard ou pas du tout. Il y a impuissance
ou strilit. Mme chez les idiots qui ont des facults mentales
d'un niveau relativement plus lev, la vie sexuelle ne tient pas le
premier rang. Elle se manifeste, dans quelques cas trs rares, avec
une certaine priodicit et alors elle se fait jour avec une grande
intensit. Elle ne peut apparatre que sous forme de rut et elle
exige avec imptuosit une satisfaction. Les perversions de l'instinct
gnital ne semblent pas se rencontrer chez les individus dont le
dveloppement intellectuel reste  un degr aussi peu lev.

Si l'impulsion  la satisfaction sexuelle se butte  une rsistance,
il se produit de puissants dsirs accompagns de violences dangereuses
contre les personnes. Il est bien comprhensible que l'idiot ne soit
pas difficile quand il s'agit de sa satisfaction sexuelle et qu'il
s'attaque mme aux personnes de sa plus proche parent.

Ainsi Marc Ideler rapporte le cas d'un idiot qui voulut stuprer sa
propre soeur et qui l'avait presque trangle quand on l'empcha de
commettre l'acte.

Un cas analogue est racont par Friedreich (_Friedreichs Bltter_,
1858, p. 50).

J'ai,  plusieurs reprises, donn mon avis mdical sur des dlits
contre les moeurs commis sur des petites filles.

Girard aussi (_Annales md.-psych._, 1885, n 1) cite un cas  ce
sujet. La conscience de la porte de l'acte manque toujours, mais
souvent l'idiot a le sentiment instinctif que ces actes obscnes ne
sont pas permis en public, c'est ce qui le dcide  accomplir les
actes sexuels dans un lieu solitaire.

Chez les imbciles, la vie sexuelle est ordinairement aussi dveloppe
que chez les individus qui jouissent de la plnitude de leurs facults
mentales. Les sentiments d'arrt moraux sont trs peu dvelopps.
Voil pourquoi la vie sexuelle de ces individus se fait jour d'une
manire plus ou moins vive. C'est aussi pour cette raison que
les imbciles sont un lment troublant pour la vie sociale.
L'accentuation morbide et la perversion de l'instinct sont trs rares
chez eux.

La satisfaction de l'instinct gnital la plus usite, c'est
l'onanisme. L'imbcile ose rarement s'attaquer aux personnes adultes
de l'autre sexe.

Souvent il stupre des animaux. L'immense majorit des sodomistes sont
des imbciles. Les enfants aussi sont assez souvent l'objet de leurs
aggressions.

Emminghaus (_Maschka's Handbuch_, IV, p. 234) rappelle la grande
frquence chez eux des manifestations impudiques de l'instinct
gnital: masturbation dans un lieu public, exhibition des parties
gnitales, violences sur des enfants et mme sur des personnes de leur
propre sexe, sodomie.

Giraud (_Annales md.-psychol._, 1885, n 1) a rapport toute une
srie d'attentats aux moeurs commis sur des enfants.

    1 H..., dix-sept ans, imbcile, a entran avec des noix une
    petite fille dans un grenier, (_Genitalia puell nudavit, sua
    genitalia ei ostendit et in abdomine infantis coitum conatus
    est._ Il n'a pas du tout conscience de la signification de son
    acte au point de vue lgal et moral.

    2 L..., vingt et un ans, imbcile, dgnr, est occup 
    garder les troupeaux. Sa soeur ge de onze ans vient avec
    une camarade ge de huit ans et raconte qu'un inconnu a
    essay de commettre sur elles des attentats obscnes. L...
    conduit aussitt les enfants dans une maison inhabite, essaie
    le cot sur l'enfant de huit ans, mais il abandonne bientt
    sa tentative car l'_immissio_ ne russit pas et l'enfant crie.
    Rentr  la maison, il promet  l'enfant de l'pouser si elle
    ne le trahit pas. Amen devant le juge, il exprime l'intention
    de rparer son tort en pousant la petite.

    3 G..., vingt et un ans, microcphale, imbcile, pratique
    depuis l'ge de six ans la masturbation: il fut plus tard
    pdraste, tantt actif, tantt passif; a essay  plusieurs
    reprises de faire l'acte de pdrastie sur des garons et a
    attaqu des petites filles. Il ne comprenait absolument pas
    la porte de ses actes. Ses envies sexuelles le prenaient
    priodiquement et sous forme de rut, comme chez les
    animaux[97].

    [Note 97: Pour les nombreux cas de ce genre, voir
    _Henkes Zeitschrift_, XXIII, fascicule supplmentaire,
    p. 147.--Combes, _Annales med.-psych._, 1866--Liman,
    _Zweifelhafte Geisteszustaende_, p. 389).--Casper-Liman,
    _Lehrb._, 7e dit., cas 293.--Bartels, _Friedreichs Bltter f.
    d. gerichtl. Med._, 1890, fascicule 1.

    Pour d'autres cas de pdrastie consulter Casper, _Klin.
    Novellen_, cas 5.--Combes, _Annales md.-psychol._, juillet.]

    4 B..., vingt et un ans, imbcile, se trouvant seul au bois
    avec sa soeur ge de dix-neuf ans, lui demande de consentir
    au cot. Elle refuse. Il menace de l'trangler et la blesse
    d'un coup de couteau. La fille affole lui tire violemment le
    pnis comme pour l'arracher, alors il renonce  sa tentative
    et revient tranquillement  son ouvrage. B... a un crne
    microcphale, mal conform: il n'a aucune comprhension de son
    acte.

Emminghaus (_op. cit._ p. 234) cite un cas d'exhibitionnisme.

    OBSERVATION 144.--Un homme de quarante ans, mari, avait
    pendant seize ans exhibitionn dans des squares et autres
    endroits publics devant des petites filles, des bonnes, etc.
    Il choisissait toujours l'heure du crpuscule et sifflait
    pour attirer l'attention sur lui. Des gens qui le guettaient
    l'avaient souvent surpris et lui avaient administr une verte
    correction. Il vitait alors ces endroits; mais il continuait
    ailleurs. Hydrocphalie. Imbcillit  un degr lger. Le
    tribunal inflige une punition minime.

    OBSERVATION 145.--X..., issu d'une famille charge de tares
    hrditaires, imbcile, trange et bizarre dans ses penses,
    ses sentiments et ses actes, est arriv, grce au npotisme,
     occuper les fonctions de juge supplant. _Accusatus est quod
    iterum iterumque ancilis genitalia sua ostendit et superiorem
    corporis partem de fenestra demonstravit._ Hors cela aucune
    trace d'instinct gnital. Prtend n'avoir jamais pratiqu la
    masturbation. (Sander: _Archiv. f. Psych_. T. I, p. 655)

    OBSERVATION 146.--_Actes de pdrastie sur un enfant._ Le 8
    avril 1884,  dix heures du matin, un certain V... entre en
    conversation dans la rue avec Mme X... qui tenait sur ses
    genoux un garon de seize mois. V... lui prit l'enfant sous
    prtexte qu'il voulait le mener promener. Il s'loigna  une
    distance d'un demi-kilomtre, revint et dclara que l'enfant
    lui tait tomb des bras et s'tait, dans sa chute, bless 
    l'anus. Cette partie du corps tait dchire et il en coulait
    du sang.  l'endroit o l'accident a eu lieu, on a trouv
    des traces de sperme. V... avoua son crime abominable, mais
    pendant l'audience il eut une attitude si trange, qu'on
    ordonna un examen de son tat mental. Il fit l'impression d'un
    imbcile aux gardiens de la prison.

    V..., quarante-cinq ans, ouvrier maon, moralement et
    psychiquement tar, est dolichomicrocphale; il a une face
    troite et resserre, une figure et des oreilles asymtriques,
    un front bas et fuyant. Les parties gnitales sont normales.
    V... fait preuve d'une sensibilit cutane trs minime en
    gnral; c'est un imbcile, il n'a pas de conception de rien.
    Il vit au jour le jour, sans s'inquiter de rien, vit pour lui
    et ne fait rien de sa propre initiative. Il n'a ni dsirs
    ni coeur; il n'a jamais fait le cot. Il est impossible
    d'obtenir de lui d'autres dtails sur sa _vita sexualis_.
    L'idiotie intellectuelle et morale est prouve par sa
    microcphalie; le crime doit tre attribu  un instinct
    sexuel indomptable et pervers. Il est intern dans un asile
    d'alins (Virgilio. _Il Manicomio._ Ve anne n 3).

Un cas analys par L. Meyer (_Arch. f. Psych._ T. I, p. 103) nous
montre des femmes imbciles devenues indcentes, se livrant  la
prostitution et  d'autres actes d'immoralit[98].

[Note 98: V. Sander, _Vierteljahrschrift f. ger. M._, XVIII, p.
31.--Casper, _Klin. Novellen_, cas 27.]


DBILIT MENTALE ACQUISE

Dans la pathologie gnrale, nous avons dj parl des anomalies
varies de la _vita sexualis_ dans les cas de _dementia senilis_.
Dans les autres tats de faiblesse mentale acquise, produits par
l'apoplexie, le _trauma capitis_, ou existant comme phases secondaires
des psychoses non encore tablies ou bien sur la base d'inflammations
chroniques de l'corce crbrale (_lues, dom. paralytica_), les
perversions de l'instinct gnital semblent tre trs rares et
les actes sexuels choquants ne semblent avoir pour origine qu'une
accentuation morbide ou une manifestation effrne d'une vie sexuelle
qui en soi-mme n'est point anormale.


1.--DBILIT MENTALE (IDIOTIE) CONSCUTIVE AUX PSYCHOSES.

Casper (_Klin. Novellen_, cas 31) cite un cas d'impudicit commis
sur un enfant et dont s'tait rendu coupable un mdecin, g de
trente-trois ans, faible d'esprit conscutivement  une maladie
hypocondriaque. Il s'excusa d'une manire toute purile, ne saisissant
point la porte lgale et morale de cet acte qui videmment n'tait
que la consquence d'un instinct sexuel devenu indomptable par suite
de la faiblesse mentale de l'individu.

Un cas analogue est cit dans l'observation 21 de l'ouvrage
_Zweifelhafte Geisteszustaende_ de Liman (_Dementia_ par mlancolie;
outrage  la pudeur; exhibitionnisme).


2.--IDIOTIE CONSCUTIVE  L'APOPLEXIE.

    OBSERVATION 147.--B...., cinquante-deux ans, a eu une maladie
    du cerveau  la suite de laquelle il est devenu incapable de
    continuer son mtier de ngociant.

    Un jour, pendant l'absence de sa femme, il attira deux
    petites filles dans sa chambre, leur fait boire des boissons
    alcooliques, leur fit des attouchements voluptueux, leur
    recommanda de ne rien dire et alla ensuite vaquer  ses
    affaires. L'expertise a constat une idiotie conscutive 
    un double accs d'apoplexie. B... qui jusque-l avait eu
    une conduite irrprochable, prtend avoir commis l'acte sous
    l'obsession d'une impulsion qu'il ne s'explique pas lui-mme
    et lui a fait perdre la raison. Aprs le dlit, lorsqu'il fut
    revenu  lui-mme, il en eut honte et il renvoya immdiatement
    les petites filles. Depuis ses attaques d'apoplexie, B...
    tait affaibli mentalement, incapable d'exercer son mtier, 
    moiti paralys, pouvant  peine parler et penser. Il pleurait
    souvent comme un enfant, et fit bientt aprs son arrestation
    une tentative purile de suicide. En tout cas, son nergie
    morale et intellectuelle tait trop affaiblie pour combattre
    ses mouvements sensuels. Pas de condamnation. (Giraud, _Ann.
    md.-psychol._, 1881, mars).


3.--IDIOTIE CONSCUTIVE  DES LSIONS DE LA TTE.

    OBSERVATION 148.--K...,  l'ge de quatorze ans, a t
    gravement bless  la tte par un cheval. Le crne tait bris
    en plusieurs endroits; il a fallu enlever plusieurs esquilles.
    Depuis cet accident, il parat trs born d'esprit, violent
    et emport. Peu  peu s'est dveloppe chez lui une sensualit
    dmesure et vraiment bestiale qui l'amenait aux actes les
    plus impudiques. Un jour il viola une fille de douze ans et
    l'trangla, pour qu'on ne dcouvrt pas son crime. Arrt, il
    avoua. Le mdecin lgiste le dclara responsable. Excution
    capitale.

    L'autopsie a fait constater une soudure de presque toutes les
    sutures du crne, une asymtrie remarquable des deux moitis
    du crne, des traces de fractures du crne guries. La moiti
    du cerveau affecte tait traverse par des masses cicatrises
    en forme de rayons; elle tait d'un tiers plus petite que
    l'autre moiti. (_Friedreichs Bltter_, 1855, fascicule 6.)


4.--IDIOTIE ACQUISE, PROBABLEMENT PAR LUES.

    OBSERVATION 140.--X... officier. _Spius cum parvis puellis
    stupra fecit, eas masturbare ipsum jussit, genitalia sua
    ostendit earumque genitalia tetigit._

    X..., autrefois sain et d'une conduite irrprochable, fut
    atteint, en 1867, de syphilis. En 1879, il se produisit une
    paralysie du premier abducteur. On remarqua alors chez lui,
    comme consquence de cet accident, de la faiblesse de la
    mmoire, un changement dans toutes ses manires et dans son
    caractre, des maux de tte, parfois de l'incohrence du
    langage, de la diminution dans la vivacit de l'esprit et
    de la logique, par moment de l'ingalit des pupilles, de la
    paralysie du ct droit de la bouche.

    X..., trente-sept ans, ne prsente, lors de l'examen,
    aucune trace de _lues_. La paralysie de l'abducteur subsiste
    toujours. L'oeil gauche est ambliopique. Il est affaibli
    mentalement; en prsence des preuves crasantes recueillies
    contre lui, il prtend qu'il s'agit d'un malentendu innocent.
    Traces d'aphasie. Faiblesse de la mmoire surtout pour les
    faits trs rcents, caractre superficiel de la raction
    morale; l'esprit se fatigue trs vite au point qu'il perd
    la mmoire et la facult de parler. Cela prouve que la
    dfectuosit thique et que l'instinct gnital pervers
    sont des symptmes d'un tat crbral morbide qui a t
    probablement occasionn par des _lues_.

    Les poursuites sont abandonnes (Observation personnelle.
    _Jahrbuscher fur Psychiatrie_).


5.--DEMENTIA PARALYTICA.

Dans cette maladie aussi, la vie sexuelle est affecte morbidement;
elle est accentue dans les premires phases de la maladie et dans les
tats d'excitation pisodiques; elle est quelquefois aussi perverse;
vers les dernires phases de la maladie, le _libido_ et la puissance
baissent habituellement jusqu' zro.

Comme dans les phases prodromiques des formes sniles, on voit
se produire de trs bonne heure,  ct de lacunes morales et
intellectuelles plus ou moins grandes, des manifestations d'un
instinct sexuel exagr (propos obscnes, lascivit dans les rapports
avec l'autre sexe, projets de mariage, frquentation des
bordels, etc.), manifestations qui se font avec un sans-gne bien
caractristique d  l'obscurcissement de la conscience.

Excitation  la dbauche, enlvement de femmes, scandales publics,
sont dans ce cas  l'ordre du jour. Au dbut, l'individu tient encore
quelque peu compte des circonstances, bien que le cynisme de sa
manire d'agir soit dj assez frappant.

 mesure que la faiblesse mentale fait des progrs, les malades de
cette catgorie deviennent choquants par exhibitionnisme, ils se
masturbent dans la rue, font des actes obscnes avec des enfants.

Des tats d'excitation psychique amnent le malade  des tentatives de
viol ou du moins  des outrages grossiers  la pudeur, il attaque les
femmes dans la rue, parat en public dans une toilette incomplte,
pntre en toilette nglige dans les appartements d'autrui avec
l'intention de faire le cot avec la femme d'un ami ou d'pouser
sance tenante la fille de la maison.

De nombreux cas de ce genre se trouvent enregistrs dans Tardieu
(_Attentats aux moeurs_), Mendel (_Progr. Paralyse der Irren_,
1880, p. 123), Westphal (_Archiv f. Psychiatrie_, VII, p. 622). Un cas
rapport par Ptrucci (_Annal. md.-psychol._ 1875) nous montre que,
dans ce genre de maladie, les individus atteints peuvent tre aussi
amens  la bigamie.

Ce qui est trs caractristique, c'est la brutalit avec laquelle
les malades  l'tat avanc procdent pour satisfaire leur instinct
sexuel.

Dans un cas rapport par Legrand (_La folie_, p. 519), on surprit
un pre de famille qui se masturbait en pleine rue. Aprs l'acte, il
avala son sperme.

Un malade que j'ai observ, officier, issu d'une grande famille, fit
dans une ville de saison, en plein jour, des tentatives obscnes sur
des petites filles.

Un cas analogue est rapport par Regis (_De la dynamie ou exaltation
fonctionnelle au dbut de la paralysie gnrale_, 1878).

Les observations de Tarnowsky (_Op. cit._, p. 82), nous apprennent
que, dans les phases prodromiques et au cours de la maladie, il se
produit aussi des cas de pdrastie et de bestialit.


PILEPSIE

Il faut ajouter aux maladies dont nous venons de parler l'pilepsie,
qui est souvent une cause d'affaiblissement psychique et qui peut
donner naissance  tous les faits de satisfaction sexuelle brutale
dont nous venons de parler.

D'ailleurs, chez beaucoup d'pileptiques, l'instinct gnital est trs
vif. Dans la plupart des cas, il est satisfait par la masturbation,
parfois par des actes obscnes avec des enfants, par la pdrastie. La
perversion de l'instinct suivie d'actes sexuels pervers ne semble se
rencontrer que rarement.

De beaucoup plus importants sont les cas,--qu'on cite de plus en plus
frquemment dans les ouvrages spciaux,--les cas dans lesquels les
pileptiques ne prsentent pendant certains intervalles aucun
symptme de sexualit excessive, mais seulement au moment des accs
pileptiques, quand ils sont dans un tat d'exception psychique
quivalent ou post-pileptique.

Ces cas ont t jusqu'ici  peine analyss au point de vue clinique,
et nullement au point de vue mdico-lgal; ils mritent pourtant une
tude approfondie, car on pourrait ainsi mieux juger certains actes
contre la morale et certains viols, et viter par ce moyen certains
arrts injustes des tribunaux.

Les faits suivants feront clairement ressortir que les altrations
du cerveau, qui se produisent  la suite des affections pileptiques,
peuvent occasionner une excitation morbide de la vie sexuelle[99].

[Note 99: Arndt (_Lehrbuch. d. Psych._, p. 140), relve
particulirement l'tat de rut qui existe chez les pileptiques. J'ai
connu des pileptiques qui se sont enflamms de la passion la plus
sensuelle pour leur propre mre et d'autres qui taient suspects par
leur pre d'avoir des rapports sexuels avec leur mre. Mais Arndt est
dans l'erreur quand il prtend que partout o il y a une vie sexuelle
anormale, il faut supposer l'existence d'un lment pileptique.]

De plus, dans les tats d'exception psychique, l'pileptique a les
sens troubls et se trouve sans rsistance contre ses impulsions
sexuelles.

Depuis des annes, je vois un jeune pileptique, trs tar, qui,
toutes les fois qu'il a eu des accs ritrs, s'lance sur sa mre
et veut la stuprer. Le malade reprend ses sens aprs un certain
temps, mais avec amnsie pour les faits qui se sont passs. Dans les
intervalles, c'est un homme d'une moralit svre et qui n'a pas de
besoins sexuels.

Il y a quelques annes, j'ai connu un valet de ferme qui, au moment
de ses accs pileptiques, se livrait  une masturbation effrne.
Pendant les intervalles, sa conduite tait irrprochable.

Simon (_Crimes et dlits_, p. 220), fait mention d'une fille
pileptique de vingt-trois ans, de la meilleure ducation et d'une
moralit des plus svres, qui, dans l'attaque de vertige, murmure
quelques paroles obscnes, soulve ensuite ses jupons, fait des
mouvements lascifs et cherche  dchirer son pantalon ferm.

Kiernan (_Alienist und Neurologiste_, janvier 1884) raconte qu'un
pileptique avait toujours comme _aura_ de ses accs la vision d'une
belle femme en position lascive et qu'il en avait de l'jaculation.
Aprs des annes et  la suite d'un traitement bromur, cette vision a
t remplace par celle d'un diable qui l'attaque avec un trident. Au
moment o celui-ci l'atteint, il perd conscience.

Le mme auteur fait mention d'un homme trs respectable qui avait deux
 trois fois par an des accs pileptiques suivis de rage dysthymique
et des impulsions  la pdrastie qui duraient huit  quinze jours;
il parle ensuite d'une dame qui,  la mnopause, avait des accs
pileptiques avec des impulsions sexuelles pour un garon.

    OBSERVATION 150.--W..., sans tare, autrefois sain,
    intellectuellement normal, tranquille, bon, de moeurs
    dcentes, non adonn  la boisson, manqua d'apptit le 13
    avril 1877. Le 14 au matin, en prsence de sa femme et de ses
    enfants, il se leva brusquement de son sige, s'lana sur une
    amie de sa femme, la conjura et conjura sa femme ensuite de
    lui accorder le cot. Repouss, il fut atteint immdiatement
    d'une crise pileptiforme,  la suite de laquelle il se mit 
    rager, cassant ce qu'il trouvait, jetant de l'eau bouillante
     ceux qui voulaient l'approcher et jetant un enfant dans le
    foyer. Bientt aprs il devint calme, resta troubl pendant
    quelques jours encore et recouvrit ensuite ses sens mais
    avec une amnsie complte pour tout ce qui s'tait pass
    (Howalewsky, _Jahrbuescher f. Psych._, 1879).

Un autre cas tudi par Casper (_Klin. Novellen_, p. 267) dans lequel
un homme ordinairement trs convenable, attaqua  peu d'intervalle
quatre femmes dans la rue (une fois mme devant deux tmoins) et en
viola une, quoique son pouse, jeune, jolie et saine, habitt tout
prs,--peut tre aussi rattach  une pilepsie larve, d'autant plus
que l'individu en question avait de l'amnsie de ses actes scandaleux.

La nature pileptique des actes sexuels est incontestable et claire
dans les observations suivantes.

    OBSERVATION 151.--L..., fonctionnaire, quarante ans, poux
    affectueux, bon pre, commit, en quatre annes, vingt-cinq
    dlits graves contre les moeurs pour lesquels il eut 
    purger des peines d'emprisonnement d'assez longue dure.

    Comme premier chef, il tait accus d'avoir, en passant 
    cheval, mis  nu ses parties gnitales devant des filles de
    onze  treize ans et attir l'attention de celles-ci par
    des paroles obscnes. Mme tant en prison, il s'est
    montr(_genitalibus denudatis_)  la fentre qui donnait sur
    une promenade trs frquente.

    Le pre de L... tait un alin, le frre de L... a t un
    jour rencontr dans la rue, vtu seulement d'une chemise.
    Pendant son service militaire, L... eut deux fois des syncopes
    trs graves. Depuis 1859, il souffrait d'tranges accs de
    vertige qui devenaient de plus en plus frquents; il devenait
    alors tout faible, tremblait de tout son corps, devenait d'une
    pleur de mort; un voile obscurcissait ses yeux, il voyait de
    petites tincelles scintiller; il tait oblig de s'appuyer
    pour ne pas tomber. Aprs des attaques plus violentes, grande
    fatigue et sueurs profuses.

    Depuis 1861, grande irascibilit qui attirait des blmes
    svres  ce fonctionnaire dont on avait toujours  se louer
    dans le service. Sa femme le trouvait chang: il y avait des
    jours o il se dmenait comme un fou  la maison, se tenait la
    tte entre les mains, la cognait contre le mur et se plaignait
    de maux de tte. Pendant l't de 1869, le malade est tomb
    quatre fois par terre, restant engourdi et les yeux ouverts.

    On a constat aussi des tats de crpuscule intellectuel.

    L... prtend ne rien savoir des dlits qu'on lui reproche.
    L'observation a fait constater d'autres accs plus violents de
    _vertigo epileptica_. L... n'a pas t condamn. En 1875,
    il s'est dvelopp chez lui une _dementia paralytica_ qui se
    dnoua bientt par la mort. (Westphal, _Archiv f. Psych._,
    VII, p. 113).

    OBSERVATION 152.--Un homme de vingt-six ans, ayant de la
    fortune, vivait depuis un an avec une fille qu'il aimait
    beaucoup. Il faisait le cot rarement, ne se montrait jamais
    pervers. Pendant cette anne, il a eu deux fois, aprs des
    excs alcooliques, des crises pileptiques. Le soir, aprs
    un dner o il avait bu beaucoup de vin, il alla dans
    l'appartement de sa matresse, entra d'un pas ferme dans la
    chambre  coucher bien que la fille de chambre lui et dit
    que sa matresse tait sortie. De l il alla dans une autre
    chambre o un garon de quatorze ans dormait: il se mit  le
    violer. Aux cris du garon qu'il avait bless au prpuce et 
    la main, la bonne accourut. Alors le malade laissa le garon
    et fit violence  la bonne. Il se coucha ensuite et dormit
    pendant douze heures. En se rveillant, il ne se rappelait que
    sommairement de son ivresse et du cot. Plus tard, il a eu 
    plusieurs reprises des crises pileptiques. (Tarnowsky, _op.
    cit._, p. 52).

    OBSERVATION 153.--X..., homme du meilleur monde, mne
    depuis quelque temps une vie trs dissolue et a des attaques
    d'pilepsie. Il se fiance ensuite. Le jour fix pour le
    mariage, peu de temps avant la crmonie nuptiale, il parat
    au bras de son frre dans la salle remplie d'invits pour
    la noce. Arriv devant sa fiance, _denudat coram publico
    genitalia et masturbare incipit_. On l'amne immdiatement
    dans une clinique psychiatrique; en route il se masturbe sans
    cesse et il est encore, pendant quelques jours en proie 
    cette tentation. Le paroxysme pass, le malade n'avait qu'un
    souvenir trs vague des incidents qui venaient de se passer,
    et il ne put donner aucune explication de sa manire d'agir.
    (_Le mme._)

    OBSERVATION 154.--Z..., vingt-sept ans, trs charg de tares
    hrditaires, pileptique, viole une fille de onze ans et
    la tue ensuite. Il nie le fait. Amnsie. L'tat d'exception
    psychique au moment du crime n'a pas t dmontr. (Pugliese,
    _Arch. di Psich._, VIII, p. 622.)

    OBSERVATION 155.--V..., soixante ans, mdecin, a commis des
    actes obscnes avec des enfants; il a t condamn  deux ans
    de prison. Le docteur Marandon a constat plus tard des
    accs de peur pileptodes, dmence, dlire rotique et
    hypocondriaque par moments, accs d'angoisse. (Lacassagne,
    _Lyon mdical_, 1887, n 51.)

    OBSERVATION 156.--Le 4 aot 1878, la fille H..., ge de
    presque quinze ans, cueillait, en compagnie de plusieurs
    petites filles et petits garons, des groseilles sur la route
    publique. Tout d'un coup, H... terrassa la petite L..., ge
    de neuf ans et demi, la dnuda, la tint ferme et invita A...
    g de sept ans et demi et O... g de cinq ans  excuter une
    _conjunctio membrorum_ avec la fille, ce que ces deux petits
    garons firent rellement.

    H... avait une bonne rputation. Depuis cinq ans elle
    souffrait d'irritabilit nerveuse, de maux de tte, de
    vertiges, d'accs pileptiques et s'tait arrte dans son
    dveloppement physique et intellectuel. Elle n'est pas encore
    menstrue, mais elle prsente le _molimen menstruale_. Sa
    mre est suspecte d'pilepsie. Depuis trois mois, H... avait
    souvent, aprs ses accs, fait des choses de travers sans en
    avoir souvenance.

    H... parat dflore. Elle ne prsente pas de dfectuosits
    intellectuelles. Elle dclare ne rien savoir de l'acte dont on
    l'accuse.

    D'aprs le tmoignage de sa mre, elle avait eu le matin du
    4 aot un accs pileptique et sa mre lui avait, pour cette
    raison, donn l'ordre de ne pas quitter la maison. (Purkhauer,
    _Friedreichs Bltter f. ger. Med._, 1879, II. 3.)

    OBSERVATION 157. (_Actes d'impudicit en tat d'inconscience
    morbide chez un pileptique_).--T..., percepteur d'impts,
    cinquante-deux ans, mari, est accus d'avoir pratiqu depuis
    dix-sept ans des actes d'impudicit avec des garons en les
    masturbant ou en se faisant masturber par eux. L'accus,
    un fonctionnaire jouissant de la plus grande estime, est
    constern de cette accusation terrible, et prtend ne savoir
    absolument rien des actes qu'on lui impute. Son intgrit
    mentale parat douteuse. Son mdecin particulier, qui le
    connat depuis vingt ans, fait remarquer le caractre sombre
    et renferm de T..., ainsi que ses frquents changements
    d'humeur.

    Mme T..., de son ct, rapporte que son mari a voulu un jour
    la jeter  l'eau, qu'il avait de temps en temps des accs
    pendant lesquels il arrachait ses vtements et voulait se
    jeter par la fentre. T... ne sait rien non plus de ces faits.
    D'autres tmoins aussi rapportent des changements d'humeur
    surprenants et des bizarreries de caractre de l'inculp. Un
    mdecin prtend avoir constat chez lui par moments des accs
    de vertige.

    La grand'mre de T... tait une aline, son pre tait tomb
    dans l'alcoolisme chronique et avait, dans ses dernires
    annes, des accs pileptiformes; le frre de ce dernier tait
    un alin qui, dans un accs de dlire, avait tu un parent.
    Un autre oncle de T... s'est suicid. Des trois enfants de
    T.... l'un tait idiot, un autre louchait, et le troisime
    a souffert de convulsions. L'accus dclare avoir eu, par
    moments, des accs pendant lesquels sa conscience s'tait
    trouble, de sorte qu'il ne savait plus ce qu'il faisait. Ces
    accs taient prcds d'une douleur en forme d'aura dans
    la nuque. Il prouvait alors le besoin de respirer de l'air
    frais. Il ne savait pas o il allait. Sa femme le satisfaisait
    bien sexuellement. Depuis dix-huit ans il a un eczma
    chronique au scrotum (ce fait a t prouv) qui lui cause une
    excitation sexuelle extraordinaire. Les avis des six mdecins
    taient contradictoires (facults mentales intactes--accs
    d'pilepsie larve); les voix des jurs furent partages, de
    sorte qu'il y eut acquittement. Le docteur Legrand du Saulle,
    appel comme expert, constata que jusqu' l'ge de vingt-deux
    ans T... avait chaque anne urin dix  dix-huit fois dans le
    lit. Aprs cette poque l'incontinence nocturne avait cess,
    mais depuis il y avait des heures pendant lesquelles
    l'esprit de T... tait voil et il avait de temps en temps de
    l'amnsie. Bientt aprs T... fut de nouveau poursuivi pour
    outrage aux moeurs commis en public; cette fois, il fut
    condamn  quinze mois de prison. En prison il tait toujours
    malade et ses facults mentales s'affaiblissaient  vue
    d'oeil. Pour ce motif il fut graci, mais sa faiblesse
    mentale progressait de plus en plus.  plusieurs reprises on
    constata chez lui des accs pileptiformes (crampes toniques
    avec perte de la conscience et tremblements). (Auzouy, _Annal.
    md.-psychol._, 1874, novembre; Legrand du Saulle, _tude
    md.-lgales_, etc., p. 99.)

Nous allons clore cette numration si importante au point de vue
mdico-lgal par le cas suivant d'un dlit de moeurs commis avec
des enfants, cas que l'auteur a personnellement observ et ensuite
rapport dans _Friedreichs Bltter_[100].

[Note 100: Comparez encore Liman: _Zweifelhafte Geistessustaende_,
cas 6; le travail de Lasgue sur les exhibitionnistes (_Union md._,
1871); Ball et Chamburd, _Somnambulisme_ (_Dict. des sciences md._,
1881).]

Le cas est d'autant plus curieux qu'on a pu tablir avec certitude
qu'au moment de l'acte, il y avait inconscience pileptique et
que--ainsi qu'il ressort des _species facti_ donns en latin pour des
raisons qu'on comprendra,--les procds de raffinement sont pourtant
possibles dans cet tat.

    OBSERVATION 158.--P..., quarante-neuf ans, mari, interne d'un
    hospice, est accus d'avoir, le 25 mai 1883, commis dans
    sa chambre les horribles dlits de moeurs suivants sur la
    personne de la petite D..., ge de dix ans, et sur la petite
    G..., ge de neuf ans.

    Voici la dposition de la petite D.:

    J'tais avec G..., et ma petite soeur J..., ge de trois
    ans, dans le pr. P..., nous appela dans sa chambre de travail
    et en ferma la porte aux verrous. _Tum nos exosculabatur,
    linguam in os meum demittere tentabat, faciem que mihi
    lambebat; sustulit me in gremium, bracas aperuit, vestes meas
    sublevavit, digitis me in genitalibus titillabat et membro
    vulvam meam fricabat ita ut humidam fierem._ Lorsque je criai,
    il me donna douze kreutzers et me menaa de me tuer d'un
    coup de fusil si je disais un mot de ce qui s'tait pass.
    Finalement il m'invita  revenir le lendemain.

    Voici la dposition de la petite G.:

    _P., nates et genitalia D..., se exosculatus, iisdem me
    conatibus aggresus est. Deinde filiotum quoque tres annos
    natum in manus acceptum osculatus est nudatumque parti su
    virili appressit. Postea qu nobis essent nomina interrogavit,
    ac censuit genitalia D.. meis multo esse majora. Quia
    etiam nos impulit, ut membrum suum intueremur, manibus
    comprehenderemus et videremus, quantopere id esset erectum._

    Dans son interrogatoire du 29 mai, P..., allgue qu'il ne se
    souvient que vaguement d'avoir, il y a peu de temps, caress
    et embrass des petites filles et leur avoir donn des
    cadeaux. S'il a fait autre chose, il ne doit avoir agi ainsi
    que dans un tat d'irresponsabilit complte. D'ailleurs,
    depuis qu'il a fait une chute, il y a plusieurs annes, il
    souffre de maux de tte. Le 22 juin il ne sait rien des faits
    du 25 mai, et il ne se souvient pas plus de son interrogatoire
    du 29 mai. Cette amnsie est pleinement confirme au cours des
    dbats contradictoires.

    P..., est issu d'une famille de crbraux; un de ses frres
    est pileptique. P... tait autrefois adonn  la boisson.
    Il est exact qu'il a eu une lsion  la tte il y a plusieurs
    annes. Depuis il eut pendant des intervalles de plusieurs
    semaines ou de quelques mois, des accs de troubles mentaux
    prcds de morosit, d'irritabilit, un penchant  l'abus
    de l'alcool, de l'angoisse, un dlire de la perscution qui
    allait jusqu'aux menaces dangereuses et aux actes de violence.
    En mme temps, il avait de l'hyperesthsie acoustique, des
    vertiges, des maux de tte, des congestions crbrales. Tout
    cela lui causait un grand trouble d'esprit et une amnsie pour
    la priode d'accs qui durait souvent des semaines entires.

    Dans les intervalles, il souffrait de maux de tte au niveau
    de sa blessure (petite cicatrice cutane  la tempe droite,
    douloureuse  la pression). Par l'exacerbation du mal de tte
    il devient irrit, morose au point d'tre las de la vie; il
    a une certaine exaltation du sensorium. En 1879, P..., se
    trouvant dans cet tat, a commis tout  fait impulsivement
    une tentative de suicide, dont il ne se souvenait plus aprs.
    Bientt aprs, reu  l'hpital, il faisait l'impression d'un
    pileptique et fut pendant une priode prolonge soumis  un
    traitement par le bromure de potassium. Reu vers la fin de
    1879  l'hospice des infirmes, on n'observa jamais chez lui de
    crise pileptique proprement dite.

    Dans les intervalles, c'tait un brave homme, laborieux et
    bon, et qui n'a jamais montr trace d'excitation sexuelle,
    mme dans son tat d'exception; d'ailleurs il eut jusqu' ces
    derniers temps des rapports sexuels avec sa femme.  l'poque
    de l'acte incrimin, P... prsenta les symptmes d'un accs
    imminent et pria le mdecin de lui faire donner du bromure de
    potassium.

    P..., affirme que, depuis sa chute, il ne peut plus supporter
    les excs de chaleur ni d'alcool qui lui causent des maux
    de tte, et qu'il a tout de suite les sens troubls.
    L'observation mdicale confirme ses autres assertions
    concernant sa faiblesse de mmoire, sa faiblesse d'esprit, son
    irascibilit, son mauvais sommeil.

    Si l'on exerce une pression vigoureuse sur l'endroit de la
    _trauma_, P..., devient congestif, irrit, troubl; alors
    il tremble de tout son corps, parat excit avec trouble des
    sens, et reste dans cet tat pendant des heures entires.

    Dans les moments ou il est exempt de ces sensations dont le
    point de dpart est toujours la cicatrice, il parat poli,
    expressif, franc, libre, serviable, mais toujours avec des
    facults mentales faibles et un esprit voil. P..., n'a pas
    t condamn. (Rapport dtaill dans _Friedreichs Bltter_.)


FOLIE PRIODIQUE

De mme que dans les cas de manie non priodique, il se produit
souvent aussi dans les accs priodiques une manifestation nette ou
mme une accentuation morbide de la sphre sexuelle.

Le cas suivant rapport par Servaes (_Archiv. f. Psych._), nous montre
que le sentiment sexuel peut alors avoir un caractre pervers.

    OBSERVATION 159.--Catherine W..., seize ans, non encore
    menstrue. Le pre est d'une nature colreuse et emporte.

    Sept semaines avant son admission (3 dcembre 1872),
    dpression mlancolique et irritabilit. Le 27 novembre, accs
    de folie furieuse qui a dur deux jours. Ensuite de nouveau
    mlancolique. Le 6 novembre, tat normal.

    Le 24 novembre (vingt-huit jours aprs le premier accs
    de folie furieuse), elle est tranquille, dprime. Le 27
    dcembre, tat d'exaltation (gat, rire, etc.), avec
    rut amoureux pour sa garde-malade. Le 31 dcembre, accs
    mlancolique subit qui disparat aprs une dure de deux
    heures. Le 20 janvier, nouvel accs tout  fait analogue au
    premier. Accs pareil le 18 fvrier, en mme temps traces des
    _menses_. La malade avait une amnsie absolue pour tout ce qui
    s'tait pass pendant ses paroxysmes et apprit en rougissant
    et avec un grand tonnement le rcit des faits passs.

     la suite elle eut encore des accs avorts mais qui, grce
     la rglementation des _menses_, au mois de juin, ont fait
    place  un complet bien-tre psychique.

Dans un autre cas rapport par Gock (_Archiv. f. Psych._), o il
s'agissait probablement d'une folie cyclique chez un homme charg
de lourdes tares, il se produisit pendant l'tat d'exaltation un
sentiment sexuel pour les hommes. Cet individu se prenait alors pour
une femme; l'on peut se demander si ce n'est pas plutt la monomanie
du changement de sexe que l'inversion sexuelle elle-mme qui provoqua
les ides sexuelles du malade.

On peut rapprocher de ces sortes de cas, avec manifestation morbide
de la vie sexuelle comme phnomne partiel d'une manie, ceux plus
intressants o un sentiment sexuel morbide et souvent pervers ne se
fait jour que sous forme d'accs priodiques, et constitue un tat
analogue  la dipsomanie, accs qui sont le noyau de tous les troubles
psychiques, tandis que, dans les priodes d'intervalle, l'instinct
gnital n'a ni une intensit anormale ni un caractre pervers.

Un cas assez net de cette _psychopathia sexualis_ priodique, lie au
processus de la menstruation, a t rapport par Anjel (_Archiv. f.
Psych._, XV, fascicule 2).

    OBSERVATION 160.--Dame tranquille, arrivant  la mnopause.
    Lourdes tares hrditaires. Pendant sa jeunesse accs de petit
    mal. Toujours excentrique, violente; principes moraux rigides;
    mariage sans enfants.

    Il y a plusieurs annes, aprs de fortes motions morales,
    accs hystro-pileptique; ensuite, pendant plusieurs
    semaines, trouble mental post-pileptique. Puis insomnie
    pendant plusieurs mois.  la suite, parfois, insomnies dues
     la menstruation et impulsion _pueros decimum annum nondum
    agentes allicere, osculari et genitalia eorum tangere_. 
    l'heure actuelle il n'y a pas de dsir du cot et pas du tout
    de dsirs de se rapprocher d'un homme adulte.

    La malade parle parfois franchement de cette impulsion,
    demande  tre surveille, car elle ne pourrait pas rpondre
    d'elle. Dans les intervalles, elle vite anxieusement toute
    conversation sur ce sujet, elle est trs dcente et n'a de
    besoins sexuels d'aucun genre.

Pour ces cas encore peu connus de _psychopathia sexualis_ priodique,
Tarnowsky (_op. cit._, p. 38) a fourni des documents prcieux; mais
les cas qu'il rapporte n'ont pas tous un caractre de priodicit.

Il cite des cas o des hommes maris trs bien levs, et pres de
famille, taient de temps en temps forcs de se livrer aux actes
sexuels les plus abominables, tandis que, dans les priodes
d'intervalle, ils taient sexuellement normaux, abhorraient les actes
commis dans leur paroxysme et frmissaient en pensant au retour de
nouveaux accs auxquels ils devaient s'attendre.

Quand le paroxysme clatait, le sentiment sexuel normal disparaissait;
il se produisait un tat de surexcitation psychique accompagn
d'insomnie, avec ides et obsessions d'excuter des actes sexuels
pervers, avec oppression anxieuse et impulsion de plus en plus forte 
des actes sexuels habituellement abhorrs par l'individu, mais dans
ce moment considrs comme une dlivrance, puisqu'ils devaient faire
disparatre l'tat anormal.

L'analogie avec les dipsomanes est parfaite. Pour d'autres cas
(concernant la pdrastie priodique), consulter Tarnowsky (_op.
cit._, p. 41). Le cas 46 qui y est rapport peut tre class dans la
catgorie des pileptiques.

Le cas suivant, rapport par Anjel (_Archiv. f. Psych._, XV, fascicule
2) est un des plus caractristiques pour la manifestation priodique
de l'excitation sexuelle morbide.

    OBSERVATION 161.--Homme de classe sociale suprieure,
    quarante-cinq ans, trs aim de tout le monde, sans tare, trs
    estim, d'une moralit rigoureuse, mari depuis quinze ans,
    ayant eu autrefois des rapports sexuels normaux, pre de
    plusieurs enfants bien portants, vivant de la meilleure vie
    conjugale, eut, il y a huit ans, une peur terrible.  la
    suite de cet incident il eut pendant plusieurs semaines une
    oppression angoissante, des palpitations de coeur. Ensuite
    vinrent des accs singuliers  des intervalles de plusieurs
    mois et mme d'une anne, accs que le malade appelle son
    rhume de cerveau moral. Il perd le sommeil; au bout de trois
    jours perte de l'apptit, irritation d'humeur croissante, air
    troubl, regard fixe, regarde devant lui un point fixe, grande
    pleur alternant avec la rougeur, tremblement des doigts,
    yeux rouges et luisants avec une expression singulire de
    lubricit, langage violent et prcipit. Impulsion pour les
    petites filles de cinq  dix ans, mme ses propres filles.
    Prire adresse  sa femme de mettre ses filles en sret.
    Dans cet tat, le malade se renferme dans sa chambre pendant
    des jours entiers. Autrefois il avait l'obsession de guetter
    dans les rues les petites filles sortant de l'cole, et il
    prouvait une satisfaction particulire _iis prsentibus
    genitalia nudare, se mingentem fingens_.

    De crainte de scandale il se renferme dans sa chambre,
    mdite en silence, incapable de mouvement, de temps en temps
    tourment par des ides angoissantes. La conscience ne semble
    pas tre trouble. Dure des accs: huit  quatorze jours.
    Causes du retour inexplicables. Amlioration subite; grand
    besoin de dormir; aprs la satisfaction de ce besoin, il
    se sent trs bien. Dans l'intervalle rien d'anormal. Anjel
    suppose l'existence d'une base pileptique, et il considre
    les accs comme l'quivalent psychique d'une crise
    pileptique.


MANIE

La sphre sexuelle participe aussi souvent  l'excitation gnrale qui
existe dans ce cas dans la sphre psychique.

Chez les maniaques du sexe fminin, c'est mme la rgle. Dans certains
cas isols, on peut se demander si l'instinct est rellement accentu,
et s'il ne se manifeste pas seulement avec brutalit, ou bien s'il
existe rellement une augmentation morbide. Dans la plupart des cas,
cette dernire supposition pourrait tre juste; elle existe d'une
faon certaine dans les dlires sexuels ou dans leurs quivalents
religieux. Selon le degr de la maladie, l'instinct accentu se
manifeste sous des formes diffrentes.

Dans la simple exaltation maniaque et lorsqu'il s'agit d'hommes, on
observe la manie de faire la cour, la frivolit, la lascivit des
propos, la frquentation des bordels; quand il s'agit de femmes, on
rencontre le penchant  faire des coquetteries dans la socit des
messieurs,  se bichonner,  se pommader,  parler d'histoires de
mariages et de scandales,  suspecter, au point de vue sexuel, les
autres femmes; dans l'ardeur religieuse, quivalent de l'autre manie,
on note des impulsions  participer aux plerinages et aux missions, 
aller au couvent, ou  devenir au moins cuisinire d'un cur, en
mme temps que la malade parle beaucoup de son innocence et de sa
virginit.

Au point culminant de la manie (accs furieux), on observe des
invitations directes  faire le cot, l'exhibition, les propos
obscnes, une irritation dmesure contre l'entourage fminin, un
penchant  se barbouiller avec de la salive, de l'urine et mme des
excrments, des dlires religioso-sexuels, o l'on est couverte par
le Saint-Esprit, o l'on a mis au monde l'enfant Jsus, etc., onanisme
effrn, mouvements du cot en remuant le bassin.

Chez les hommes susceptibles d'accs furieux, il faut s'attendre  des
actes de masturbation honte, et  des viols d'individus fminins.


SATYRIASIS ET NYMPHOMANIE

On a appel satyriasis (chez l'homme) et nymphomanie (chez la femme),
des tats d'excitation psychique dans lesquels l'instinct gnital,
accentu d'une manire morbide, tient le premier rang.

Moreau est d'avis que ces tats sont d'un genre  part: il a
certainement tort d'admettre cette thorie. La complexit des
symptmes sexuels n'est toujours qu'un phnomne partiel d'une
psychose gnrale (manie, folie hallucinatoire).

L'essentiel, dans l'tat d'excitation sexuelle, est un tat
d'hyperesthsie psychique, avec participation de la sphre sexuelle.
L'imagination ne prsente que des scnes sexuelles, avec des
hallucinations et des illusions, et un vrai dlire hallucinatoire.

Les reprsentations les plus indiffrentes provoquent des allusions
sensuelles, et l'accentuation voluptueuse de ces reprsentations et de
ces perceptions est augmente  un vif degr. L'objet de la conscience
morbide prend un empire sur tous les sentiments et toutes les
tendances de l'individu; et il y a alors une excitation physique
gnrale, semblable  celle qui a lieu pendant le cot. Souvent les
parties gnitales sont en turgor constant (priapisme chez l'homme).

L'homme atteint de rage sexuelle cherche  satisfaire son instinct 
tout prix, et, par l, il devient trs dangereux pour les personnes
de l'autre sexe. Faute de mieux, il se masturbe ou commet des actes
de sodomie. La femme nymphomane cherche  attirer les hommes par
exhibition ou par des gestes lascifs; la simple vue d'un homme lui
cause une surexcitation sexuelle dmesure qui se traduit ou par
la masturbation, ou par des mouvements du bassin, ou en se frottant
contre son lit.

Le satyriasis est rare. On remarque plus souvent des cas de
nymphomanie, mais moins souvent  la mnopause. Elle peut se produire
mme dans la vieillesse.

L'abstinence allie  une stimulation continuelle de la sphre
sexuelle par des irritations psychiques et priphriques (_pruritus
pudendi_, oxyures, etc.) peut provoquer ces tats, mais selon toute
probabilit seulement chez des individus tars[101].

[Note 101: Comparez les cas intressants de Marc-Ideler, II, p.
131.--Ideler. _Grundriss der Seelenkeilkunde, II_, p. 488-492.]

En affirmant qu'elle peut se produire aussi  la suite de
l'intoxication par les cantharides, on parat se baser sur une
confusion avec le priapisme. La sensation voluptueuse qui se manifeste
au dbut dans le _priapismus ab intoxicatione cantharidis_ se change
bientt en une sensation contraire. Le satyriasis et la nymphomanie
sont des tats morbides psycho-sexuels aigus.

Il existe du reste des cas qu'on pourrait non sans raison appeler des
cas chroniques de satyriasis ou de nymphomanie.

Il faut classer dans cette catgorie de malades les hommes qui,
dans la plupart des cas, aprs l'_abusus Veneris_, surtout par la
masturbation, souffrent de _neurasthenia sexualis_, mais ont en mme
temps un libido sexuel trs dvelopp. Leur imagination est, de
mme que dans les cas aigus, surchauffe, leur me remplie d'images
malpropres, de sorte que les choses mme les plus sublimes y sont
souilles par des images et des scnes cyniques.

Les penses et les dsirs de ces gens ne visent que la sphre
sexuelle, et, comme leur chair est faible, ils arrivent, aids par
leur imagination, aux plus grandes perversits sexuelles.

On peut appeler nymphomanie chronique les tats analogues chez les
femmes, tats qui mnent naturellement  la prostitution. Legrand
du Saulle (_La folie_, p. 510) rapporte des cas intressants qui
videmment ne peuvent s'expliquer autrement.


MLANCOLIE

La conscience et l'humeur du mlancolique ne sont pas favorables 
l'veil des instincts sexuels. Cependant il arrive parfois que ces
malades se masturbent.

Dans les cas que j'ai observs personnellement, il s'agit toujours de
malades tars et qui, avant leur maladie dj, s'taient adonns  la
masturbation. L'acte ne paraissait pas tre motiv par la satisfaction
d'une excitation voluptueuse; c'tait plutt par habitude, par ennui,
par peur, pour amener un changement temporaire dans leur situation
psychique trs pnible.


HYSTRIE

Dans cette nvrose, la vie sexuelle aussi est trs souvent anormale;
il s'agit presque toujours d'individus tars. Toutes les anomalies
possibles de la fonction sexuelle se rencontrent ici, avec des
aspects varis et des complications tranges; quand il y a une base
dgnrative hrditaire, de l'imbcillit morale, on peut constater
les formes les plus perverses.

Le changement et l'aberration morbides du sentiment sexuel ne restent
jamais sans consquences pour la vie psychique de ces malades.

Un cas bien remarquable  ce sujet est rapport par Giraud.

    OBSERVATION 162.--Marianne L., de Bordeaux, a la nuit, pendant
    que ses matres dormaient sous l'influence du narcotique
    qu'elle leur avait donn, pris les enfants de ses matres, les
    a livrs  son amant pour ses jouissances sexuelles et les
    a fait assister aux scnes les plus outrageantes pour
    la moralit. On a constat que L... tait hystrique
    (hmianesthsie et accs convulsifs) et que, avant sa
    maladie, c'tait une personne trs convenable et trs digne
    de confiance. Depuis sa maladie, elle s'est prostitue d'une
    faon honte, et elle a perdu tout sens moral.

Chez les hystriques la vie sexuelle est souvent excite morbidement.
Cette excitation peut se manifester d'une manire intermittente
(menstruelle). Elle peut avoir pour effet une prostitution honte
mme chez des femmes maries. Quand l'impulsion sexuelle se manifeste
sous une forme attnue, il y alors onanisme, promenades en tat de
nudit dans la chambre, manie de s'oindre d'urine ou d'autres matires
malpropres, de se parer de vtements d'hommes, etc.

Schule (_Klin. Psychiatrie_, 1886, p. 237) note surtout trs
frquemment un instinct gnital morbidement accentu, qui transforme
en Messalines des filles prdisposes et mme des pouses qui vivaient
heureuses en mnage. Cet auteur cite des cas o, pendant le voyage de
noces, des femmes ont essay de s'enfuir avec des hommes de rencontre,
des cas de femmes trs respectes qui ont nou des liaisons sans choix
et ont sacrifi toute dignit  leur insatiable avidit sexuelle.

Dans les dlires hystriques, la vie sexuelle accentue d'une manire
morbide peut se manifester par la monomanie de la jalousie, par
de fausses accusations contre des hommes pour de prtendus actes
d'impudicit[102], par des hallucinations du cot[103], etc.

[Note 102: Voir plus loin, le cas Merlac dans le _Lehrb. d. ger.
Psychopathol._, de l'auteur, 2e dit., p 322.--Morel, _Trait des
maladies mentales_, p. 687.--Legrand, _La Folie_, p. 237.--Procs La
Roncire dans les _Annales d'hyg._, 1re srie, IV, 3e srie, XXII.]

[Note 103: C'est l-dessus que se basent les incubes dans les
procs des sorcires au moyen ge.]

Par moments il peut aussi se produire de la frigidit avec manque de
sensation voluptueuse qui survient dans la plupart des cas par suite
de l'anesthsie gnitale.


PARANOIA

Dans les diverses formes de la folie primaire, les phnomnes anormaux
de la vie sexuelle ne constituent pas un fait rare. Car plusieurs
formes de l'alination mentale provoquent le dveloppement des
abus sexuels (paranoia masturbatoire) ou des processus d'excitation
sexuelle; souvent il s'agit d'individus psychiquement dgnrs
chez lesquels, en dehors d'autres stigmates de dgnrescence
fonctionnelle, la vie sexuelle se trouve aussi souvent charge de
lourdes tares.

C'est surtout dans la _paranoia erotica_ et _religiosa_ que la vie
sexuelle est amene  un degr morbide, que mme elle devient perverse
dans certaines circonstances et se manifeste assez distinctement.
Mais, dans la folie rotique, l'tat de surexcitation sexuelle ne
se manifeste pas tant par des procds et des actes qui visent
directement la satisfaction sexuelle, que--il y a des exceptions--par
un amour platonique, un enthousiasme romanesque pour une personne de
l'autre sexe pour la satisfaction esthtique qu'elle procure; dans
certaines circonstances cet enthousiasme peut se reporter sur un
produit de l'imagination, un tableau ou une statue.

L'amour sans vigueur ou qui ne se manifeste que spirituellement
pour l'autre sexe, n'a d'ailleurs souvent sa cause que dans
l'affaiblissement des organes gnitaux, rsultat de la masturbation
pratique trop longtemps; souvent sous l'enthousiasme chaste pour un
tre aim, se cachent une grande lubricit et des abus sexuels. Chez
les femmes notamment, une excitation sexuelle violente dans le sens de
la nymphomanie peut se dclarer pisodiquement.

Le _paranoia religiosa_ aussi porte, dans la plupart des cas, sur la
sphre sexuelle qui se manifeste par un instinct sexuel d'une violence
morbide et d'une prcocit anormale.

Le _libido_ trouve sa satisfaction dans la masturbation ou dans
l'extase religieuse dont l'objet peut tre la personne d'un prtre ou
de certains saints, etc.

Nous avons parl assez longuement de ces rapports psycho-pathologiques
sur le terrain sexuel et le terrain religieux.

 part la masturbation, les dlits sexuels sont relativement assez
frquents dans la _paranoia_ religieuse.

L'ouvrage de Marc contient un cas bien remarquable de folie religieuse
qui a conduit  l'adultre. Giraud. (_Annal. md.-psychol._) a
rapport un cas d'impudicit commis sur des petites filles par un
homme de quarante-trois ans, atteint de _paranoia religiosa_ et qui
tait temporairement en excitation rotique. Il faut compter dans
cette catgorie un cas d'inceste. (Liman, _Vierteljahrssch. f. ger.
Med._)

    OBSERVATION 163.--M..., a mis sa fille en tat de grossesse.
    La femme, mre de 18 enfants et qui est elle-mme enceinte de
    son mari, l'a dnonc au parquet. M... souffrait depuis deux
    ans de _paranoia_ religieuse. Il m'a t annonc par le ciel
    que je devais coucher avec ma fille, l'ternel soleil. Alors
    il en natra un homme de chair et d'os par ma croyance qui
    date de dix-huit sicles. Cet homme sera un pont pour la vie
    ternelle entre l'ancien et le nouveau Testament. Le fou
    avait obi  cette impulsion qui selon lui tait un ordre venu
    du ciel.

Dans la _paranoia persecutoria_ il se produit aussi parfois des actes
sexuels dus  une cause pathologique.

    OBSERVATION 164.--Une femme ge de trente ans avait attir un
    garon de cinq ans qui jouait prs d'elle, en lui promettant
    de l'argent et un morceau de rti; _pene lusit supra puerum
    flexa coitum conavit_. Cette femme tait une institutrice,
    qui, sduite et ensuite dlaisse par un homme, s'tait jete
    pendant quelque temps dans la prostitution, bien qu'auparavant
    sa conduite ft d'une moralit rigoureuse. L'explication de
    sa lgret de moeurs se trouvait dans le fait qu'elle
    avait une monomanie de la perscution trs tendue et qu'elle
    croyait se trouver sous l'influence mystrieuse de son
    sducteur qui la forait  des actes sexuels. Ainsi elle
    croyait que c'tait son sducteur qui avait mis le petit
    garon en travers de son chemin. On ne pouvait pas supposer
    que le mobile de son crime ait t une sensualit brutale,
    car il lui aurait t trs facile de satisfaire son instinct
    sexuel d'une faon naturelle. (Kuessner, _Berl. klin.
    Wochenschrift._)

Cullere (_Perversions sexuelles chez les perscuts_ dans les _Annales
mdico-psychol._, mars 1886) a rapport des cas analogues, par exemple
l'observation d'un malade atteint de _paranoia sexualis persecutoria_
qui a essay de violer sa soeur, cdant  la prtendue pression
qu'exeraient sur lui les bonapartistes.

Dans un autre cas un capitaine, atteint de la monomanie de la
perscution lectro-magntique, est pouss par ses perscuteurs  la
pdrastie qu'il abhorre au fond. Dans un cas analogue le perscuteur
excite  l'onanisme et  la pdrastie.




V

LA VIE SEXUELLE MORBIDE DEVANT LES TRIBUNAUX[104]

    Dangers des dlits sexuels pour le salut public.--Augmentation
    du nombre de ces dlits.--Causes probables.--Recherches
    cliniques.--Les juristes en tiennent peu de compte.--Points
    d'appui pour juger les dlits sexuels.--Conditions de
    l'irresponsabilit.--Indications pour comprendre la
    signification psycho-pathologique des dlits sexuels.--Les
    dlits sexuels.--Exhibitionnistes; fricatores; souilleurs de
    statues.--Viol; assassinat par volupt.--Coups et
    blessures, dgts, mauvais traitements sur des animaux
    par sadisme.--Masochisme et servitude sexuelle.--Coups et
    blessures; vol par ftichisme.--Dbauche avec des enfants
    au-dessous de quatorze ans.--Prostitution.--Dbauche contre
    nature.--Souillure d'animaux.--Dbauche avec des personnes du
    mme sexe.--Pdrastie.--La pdrastie examine au point de
    vue de l'inversion sexuelle.--Diffrence entre la pdrastie
    morbide et non morbide.--Apprciation judiciaire de
    l'inversion sexuelle congnitale et de l'inversion
    acquise.--Mmoire d'un uraniste.--Raisons pour mettre hors des
    poursuites judiciaires les faits d'amour homosexuel.--Origine
    de ce vice.--Vie sociale des pdrastes.--Un bal de mysogines
     Berlin.--Forme de l'instinct sexuel dans les diverses
    catgories de l'inversion sexuelle.--_Pdicatio
    mulierum._--L'amour lesbien.--Ncrophilie.--Inceste.--Actes
    immoraux avec des pupilles.

[Note 104: Voir S. Weisbrod, _Die Sittlichkeitsverbrechen vor dem
Gesetz_, Berlin, 1891.--Don Pasquale Panta, _I pervertimenti sessuali
nell'uomo_, Napoli, 1893.]


Les codes de toutes les nations civilises frappent celui qui commet
des actes contraires aux bonnes moeurs. Comme le maintien des bonnes
moeurs et de la moralit est une des conditions d'existence les plus
importantes pour la communaut publique, l'tat ne peut jamais faire
trop quand il s'agit de protger la moralit dans sa lutte contre la
sensualit. Mais cette lutte est mene avec des armes ingales; seuls
un certain nombre d'excs sexuels peuvent tre poursuivis par la loi;
la menace du chtiment n'a pas grande action sur les exubrances
d'un instinct naturel si puissant; enfin il est certain qu'une partie
seulement des dlits sexuels parvient  la connaissance des autorits.
L'action de ces dernires est appuye par l'opinion publique qui
considre ce genre de dlits comme infamant.

La statistique criminelle montre ce triste fait que, dans notre
civilisation moderne, les dlits sexuels ont un accroissement
progressif, et particulirement les actes de dbauche avec des
individus gs de moins de quatorze ans[105].

[Note 105: Comparez: Casper, _Klin. Novellen._--Lombroso,
_Goltdammers Archiv_, t. XXX.--OEttingen, _Moralstatistik_, p. 191.]

Le moraliste ne voit dans ces tristes faits qu'une dcadence des
moeurs gnrales et, selon les circonstances, il arrive  la
conclusion que la trop grande douceur du lgislateur dans le chtiment
des dlits sexuels, compare avec la rigueur des sicles passs, est
en partie la cause de l'augmentation de ce genre de dlits.

Mais pour le mdecin observateur l'ide s'impose que ce phnomne
vital de notre civilisation moderne est en connexit avec la nervosit
croissante des dernires gnrations, car cette nervosit cre des
individus chargs de tares nvropathiques, elle excite la sphre
sexuelle, pousse aux abus sexuels et, tant donn que la lubricit
continue  subsister mme quand la puissance sexuelle est diminue,
elle conduit aux actes sexuels pervers.

On verra plus loin combien est justifie cette manire de voir,
surtout quand il s'agit d'expliquer la raison de l'accroissement
remarquable du nombre des dlits de moeurs commis sur des enfants.

Il ressort de ce que nous avons expliqu jusqu'ici que, en ce qui
concerne l'acte des dlits sexuels, ce sont souvent les conditions
nvropathiques et mme psychopathiques de l'individu qui sont
dcisives. Cela pos, la responsabilit de beaucoup de gens accuss de
dlits de moeurs se trouve mise en doute.

On ne peut contester  la psychiatrie le mrite d'avoir reconnu et
dmontr la signification psychiquement morbide de nombreux actes
sexuels monstrueux et paradoxaux.

Jusqu'ici la jurisprudence, lgislature et magistrature, n'a
tenu compte que dans une mesure trs restreinte de tous ces faits
d'observation psycho-pathologique. Elle se met par l en contradiction
avec la science mdicale et risque de prononcer des condamnations
et des peines contre des hommes que la science jugerait comme
irresponsables de leurs actes.

Par suite de cette considration superficielle de ces dlits qui
compromettent gravement l'intrt et le salut de la socit, il arrive
facilement que la loi condamne,  une peine dtermine, un criminel
de beaucoup plus dangereux pour le public qu'un assassin ou une bte
sauvage et le rende  la socit aprs qu'il a purg sa condamnation,
tandis que l'examen scientifique dmontre que l'auteur tait un
individu originairement dgnr psychiquement et sexuellement,
individu qui ne doit pas tre puni, mais mis hors d'tat de nuire
pendant toute sa vie.

Une justice qui n'apprcie que l'acte, et non l'auteur de l'acte,
court toujours risque de lser les intrts importants de la socit
(moralit publique et scurit) et ceux de l'individu (l'honneur).

Sur aucun terrain du droit criminel il n'est aussi ncessaire que
sur ce terrain des dlits sexuels que les tudes du magistrat et du
mdecin lgiste se compltent; seul l'examen anthropologico-clinique
peut faire la lumire.

La forme du dlit ne peut jamais par elle-mme clairer sur la
question de savoir s'il s'agit d'un acte psychopathique, ou d'un acte
commis dans la sphre normale de la vie psychique. L'acte pervers
n'est pas toujours une preuve de la perversion du sentiment.

Les actes sexuels les plus pervers et les plus monstrueux ont dj t
observs chez des personnes saines d'esprit. Mais il faut dmontrer
que la perversion du sentiment est morbide. Cette preuve est fournie
par l'tude du dveloppement de l'individu et des conditions de son
origine, ou par la constatation que cette perversion est le phnomne
partiel d'un tat gnral nvropathique ou psychopathique.

Les _species facti_ sont trs importants, bien que leur analyse ne
donne lieu qu' des suppositions, car suivant que le mme acte sexuel
est commis, par exemple, par un pileptique, par un paralytique ou
par un homme sain d'esprit, il prsente un caractre diffrent ou des
particularits dans la manire de procder.

Le retour priodique de l'acte sous des modalits identiques, la forme
impulsive de l'excution fournissent des indices importants pour
son caractre pathologique. Mais la question ne peut tre tranche
dfinitivement qu'aprs qu'on a ramen l'acte  des mobiles
psychologiques (anomalies des reprsentations et des sentiments)
et aprs qu'on a tabli que ces anomalies lmentaires sont des
phnomnes partiels d'un tat gnral nvro-psychopathique, ou d'un
arrt du dveloppement psychique ou d'un tat de dgnrescence
psychique ou d'une psychose.

Les observations cites dans la partie gnrale et pathologique de ce
livre, pourront fournir des indications prcieuses au mdecin lgiste
pour la dcouverte des impulsivits de l'acte.

Ces faits indispensables pour trancher la question de savoir s'il
s'agit de simple immoralit ou de psychopathie, ne peuvent tre
tablis que par un examen mdico-lgal fait selon les rgles de la
science, qui tudie et apprcie toute la personnalit au point de vue
anamnestique, anthropologique et clinique.

La preuve de l'origine congnitale d'une anomalie de la vie sexuelle
est importante, et il est ncessaire, pour l'tablir, de rechercher
les tats de dgnrescence psychique.

Une aberration acquise, pour pouvoir tre reconnue comme morbide, doit
tre ramene  une nvropathie ou  une psychopathie.

Dans la pratique, il faut, quand pareil cas se prsente, avant tout
songer  l'existence d'une _dementia paralytica_ et  l'pilepsie.

En ce qui concerne la responsabilit, on doit principalement s'appuyer
sur la preuve d'un tat psychopathique chez l'individu accus d'un
dlit sexuel.

Cette preuve est indispensable pour viter le danger que la simple
immoralit se couvre du prtexte de la maladie.

Des tats psychopathiques peuvent amener  des crimes contre
les moeurs, et en mme temps supprimer les conditions de la
responsabilit:

1) Quand aucune contre-reprsentation de nature morale ou lgale ne
s'oppose  l'instinct sexuel normal et ventuellement accentu; encore
faut-il dans ce cas: alpha) que les considrations morales ou lgales
n'aient t jamais acquises (faiblesse mentale congnitale), ou bta)
que le sens moral et juridique soit perdu (faiblesse mentale acquise);

2) Quand l'instinct gnital est renforc (tat d'exaltation
psychique), en mme temps que la conscience est voile, et que le
mcanisme psychique est trop troubl pour laisser entrer en action les
contre-reprsentations qui virtuellement existent dans l'individu;

3) Quand l'instinct sexuel est pervers (tat de dgnrescence
psychique), il peut tre en mme temps exalt et irrsistible.

Les dlits sexuels qui ne se commettent pas dans un tat de
dfectuosit, de dgnrescence ou de maladie psychiques, ne doivent
jamais bnficier de l'excuse de l'irresponsabilit.

Dans de nombreux cas on rencontrera, au lieu d'un tat psychiquement
morbide, une nvrose locale ou gnrale. Comme la ligne de dmarcation
entre la nvrose et la psychose est incertaine, que les troubles
lmentaires psychiques sont frquents dans la premire et se
retrouvent presque toujours dans la perversion profonde de la vie
sexuelle, et comme une affection nerveuse telle que, par exemple,
l'impuissance, la faiblesse irritable, etc., exerce toujours une
influence sur la perptration de l'acte criminel, une juridiction
quitable concluera toujours  des circonstances attnuantes, bien que
l'irresponsabilit ne puisse tre admise que lorsque une dfectuosit
psychique ou une maladie a t constate.

Le jurisconsulte pratique vitera, pour diverses raisons, d'avoir,
dans tous les cas de dlits sexuels, recours  des mdecins lgistes
pour provoquer une enqute psychiatrique.

Quand il se voit dans la ncessit de recourir  ce moyen de dfense,
c'est affaire avec sa conscience et son jugement. Des indices sur
la nature pathologique pourront tre fournis par les circonstances
suivantes:

L'auteur du dlit est un vieillard. Le dlit sexuel a t commis en
public et avec un cynisme tonnant. Le mode de satisfaction sexuelle
est puril (exhibition), ou cruel (mutilation, assassinat par
volupt), ou pervers (ncrophilie), etc.

D'aprs l'exprience acquise, on peut dire que, parmi les dlits
sexuels qu'on peut rencontrer, le viol, l'outrage aux moeurs, la
pdrastie, l'_amor lesbicus_, la bestialit, sont ceux qui peuvent
avoir une origine psycho-pathologique.

Dans le viol compliqu d'assassinat, en tant qu'il vise encore
un autre but que l'assassinat, de mme dans le viol des cadavres,
l'existence d'un tat psychopathique est probable.

L'exhibition, ainsi que la masturbation mutuelle, feront prsumer
comme trs vraisemblable des conditions pathologiques. L'onanisation
d'un autre, de mme que l'onanisme passif peut se rencontrer dans
la _dementia senilis_, dans l'inversion sexuelle, mais aussi chez de
simples dbauchs.

Le _cunnilingus_ de mme que le _fellare_ (_penem in os
mulieris arrigere_) n'ont pas prsent jusqu'ici des symptmes
psycho-pathologiques.

Ces horreurs sexuelles ne semblent se rencontrer que chez les
dbauchs qui, rassasis des jouissances sexuelles naturelles, ont vu
en mme temps s'affaiblir leur puissance. La _pdicatio mulierum_ ne
parat pas tre de nature psychopathique, mais une pratique d'poux
d'un niveau moral trs bas qui ont peur de faire des enfants, ou, on
dehors du mariage, de cyniques rassasis de jouissances sexuelles.

L'importance pratique du sujet nous oblige  examiner de plus prs, au
point de vue mdico-lgal, les actes sexuels qui ont t dclars
par le lgislateur punissables comme dlits de moeurs. Ce qui nous
aidera dans cet examen, c'est que les actes psycho-pathologiques qui
dans certaines circonstances sont tout  fait similaires  ceux qui
appartiennent  la catgorie physio-psychologique, seront mis dans
leur vrai jour par la comparaison avec ces derniers.


1. OUTRAGES AUX MOEURS PAR EXHIBITIONNISME

(Autriche, art. 516; Projet de loi, art. 195; Code allemand, art.
183.)

La pudeur est dans la vie civilise de l'homme moderne un trait de
caractre et un principe tellement enracins par l'ducation des
sicles qu'il faut bien supposer de prime abord l'existence d'un tat
psycho-pathologique chez ceux qui outragent grossirement la dcence
publique.

On supposera, avec juste raison, qu'un individu qui blesse d'une
telle faon le sentiment moral des hommes et en mme temps sa propre
dignit, n'a jamais pu acqurir de principes moraux (idiots), ou les
a perdus (faiblesse mentale acquise), ou qu'il a agi dans un moment de
trouble de sa conscience (folie transitoire, troubles de l'esprit).

Un acte trs singulier et qui rentre dans cette catgorie est
l'exhibitionnisme.

Les cas observs jusqu'ici nous montrent que ce sont exclusivement des
hommes qui dcouvrent avec ostentation leurs parties gnitales devant
des personnes de l'autre sexe, et qui ont ventuellement poursuivi ces
dernires, mais sans devenir agressifs.

La forme purile de cet acte sexuel ou plutt de cette manifestation
sexuelle indique une idiotie intellectuelle ou morale, ou du moins une
entrave temporaire aux fonctions intellectuelles et thiques, en
mme temps que le libido reoit une excitation due  un trouble
considrable de la conscience (inconscience morbide, trouble des
sens); elle met en doute aussi la puissance de ces individus. Il y a
donc diverses catgories d'exhibitionnistes.

La premire comprend les individus atteints de faiblesse mentale
acquise, chez lesquels la conscience a t trouble par une maladie
du cerveau ou de la moelle pinire; les fonctions thiques et
intellectuelles ont t lses et ne peuvent former aucun contre-poids
contre le libido qui a toujours t puissant ou qui a t excit par
la maladie; de plus, ces individus sont impuissants et ne peuvent
plus manifester leur impulsion sexuelle par des actes violents
(ventuellement le viol) mais seulement par des actes purils.

C'est dans cette catgorie que rentrent la plupart des cas
rapports[106].

[Note 106: Lasgue, _Union mdicale_, 1887, mai; Laugier, _Annal.
d'hygine publ._, 1878, n 106; Pelanda, _Ueber Pornopathiker,
Archivio di Psichiatria_, VIII; Schuchardt, _Zeitschrift f.
Medicinalbeamte_, 1890, II. 6.]

Il s'agit d'individus tombs dans la _dementia senilis_, dans
l'idiotie paralytique, ou qui, par abus de l'alcool, par suite
d'pilepsie, etc., sont devenus malades au point de vue intellectuel.

    OBSERVATION 165.--Z..., fonctionnaire suprieur, soixante
    ans, veuf, pre de famille, a provoqu un scandale parce que
    pendant une priode de quinze jours,  plusieurs reprises,
    _genitalia sua de fenestra ostendit_  une fille qui habitait
    en face de lui. Plusieurs mois aprs, cet homme a rpt
    dans des circonstances analogues son acte inconvenant. Dans
    l'interrogatoire il reconnat lui-mme le caractre abominable
    de son procd, mais il ne peut en donner aucune explication.
    Une anne aprs, il est mort d'une affection crbrale.
    (Lasgue, _op. cit._)

    OBSERVATION 166.--Z..., soixante-dix-huit ans, marin, a
    plusieurs fois exhibitionn dans des praux o jouent les
    enfants ou dans la proximit des coles de filles. C'tait
    son seul procd d'activit sexuelle. Z..., mari, pre de dix
    enfants, a eu, il y a douze ans,  la tte, une grave blessure
    dont il porte encore une cicatrice osseuse trs profonde. Une
    pression sur cette cicatrice lui cause de la douleur, en
    mme temps que la figure devient rouge et qu'il a l'air
    comme ptrifi. Le malade parat somnolent; il a souvent des
    convulsions dans l'extrmit suprieure  droite (videmment
    des tats pileptodes en connexit avec une maladie de
    l'corce crbrale). Du reste, constatation d'une dmence
    snile et d'un _senium_ trs avanc. On ne sait pas si les
    exhibitions ont concid avec des accs pileptodes. Preuve
    d'une _dementia senilis_. Acquittement. (Dr Schuchardt, _op.
    cit._)

Pelanda (_op. cit._) m'a communiqu une srie de cas qui rentrent dans
cette catgorie.

1. Paralytique, soixante ans.  l'ge de cinquante-huit ans, il a
commenc  exhibitionner devant des femmes et des enfants. Il a gard
 l'asile d'alins (Verona) pendant longtemps encore son caractre
lascif et a essay aussi de la _fellatio_.

2. Vieux _potator_, soixante-six ans, trs tar, atteint de folie
circulaire. Son exhibitionnisme a t remarqu pour la premire fois 
l'glise, pendant l'office. Son frre aussi tait exhibitionniste.

3. Homme de quarante-neuf ans, tar, _potator_, de tout temps trs
excitable sexuellement, intern  l'asile pour alcoolisme chronique,
exhibe toutes les fois qu'il aperoit un tre fminin.

4. Homme de soixante-quatre ans, mari, pre de quatorze enfants.
Charg de lourdes tares. Rachitique, crne microcphale. Est
exhibitionniste depuis des annes, malgr les condamnations ritres
qu'il s'est attires.

    OBSERVATION 167.--X..., ngociant, n en 1833, clibataire, a
    exhibitionn devant des enfants  plusieurs reprises: parfois
    il urinait devant eux; une fois, pendant qu'il se trouvait
    dans cette situation, il a embrass une petite fille. Il y a
    vingt ans, X... a eu une grave maladie mentale qui a dur deux
    ans et pendant laquelle il aurait eu une attaque d'apoplexie.

    Plus tard, ayant perdu sa fortune, il se livra  la boisson
    et, dans les dernires annes, il semblait souvent avoir des
    absences d'esprit.

    Le _status prsens_ a amen la constatation d'alcoolisme, de
    _senium prcox_, de faiblesse mentale. Penis petit,
    phimosis, testicules atrophis. Preuves de maladie mentale.
    Acquittement. (Dr Schuchardt, _op. cit._)

Ces cas d'exhibitionnisme rappellent l'habitude des jeunes gens plus
ou moins gs et en excitation sexuelle, habitude qui se retrouve
aussi chez certains adultes cyniques d'une moralit trs abaisse, qui
s'amusent  salir les murs des lieux d'aisance publics de dessins
de parties gnitales masculines et fminines. C'est une sorte
d'exhibitionnisme idal mais qui est encore trs loin de
l'exhibitionnisme rel.

Les pileptiques forment une autre catgorie d'exhibitionnistes.

Cette catgorie se distingue de la prcdente par le fait essentiel
qu'il y a absence de mobile conscient pour l'exhibition. Celle-ci
semble plutt un acte impulsif dont l'excution s'impose  l'individu
sans gards pour les circonstances extrieures, par suite d'une
contrainte morbide et organique.

Il y a toujours _tempore delicti_ une obnubilation de l'esprit. Cela
explique aussi pourquoi le malheureux, sans avoir conscience de
la porte de son acte, dans tous les cas sans cynisme, commet sous
l'influence d'une obsession aveugle un acte qu'il regrette et abhorre
quand il a repris ses sens,  moins qu'il ne soit dj arriv  un
tat permanent de faiblesse mentale.

Dans cet tat d'esprit embrouill, _primum movens_ est, comme dans les
autres actes impulsifs, un sentiment d'oppression anxieuse. S'il
s'y joint un sentiment sexuel, l'ide obsdante reoit une ligne de
direction dtermine dans le sens d'un acte correspondant (sexuel).

On trouvera ailleurs l'explication du fait que, chez les pileptiques,
ce sont prcisment les reprsentations sexuelles qui surgissent avec
une facilit particulire _tempore insultus_.

Si une pareille association d'ides s'est faite et que, dans un accs,
un acte dtermin ait lieu, cette association se reproduit dans tous
les accs suivants avec d'autant plus de facilit qu'il s'est form,
pour ainsi dire, un sentier battu dans la voie de la motivation.

L'tat d'angoisse pendant que la conscience est voile, fait paratre
l'impulsion sexuelle associe, comme un ordre, une contrainte
intrieure, qui est excute impulsivement et avec une suppression
absolue du libre arbitre.

    OBSERVATION 168.--K..., fonctionnaire subalterne, vingt-neuf
    ans, de famille nvropathique, vivant heureux en mnage, pre
    d'un enfant, a plusieurs fois, au crpuscule, exhibitionn
    devant des bonnes. Il est grand, svelte, ple, nerveux,
    prcipit dans ses allures. Il n'a qu'un souvenir sommaire
    de ses dlits. Depuis son enfance, il a eu de frquents tats
    congestifs, avec rougeur vive  la figure, pouls acclr et
    tendu, regard fixe et comme dnotant une absence d'esprit. Par
    ci, par l, il y avait dans ces accs, abolition des sens et
    vertige. Dans cet tat exceptionnel (pileptique), K... ne
    rpondait que lorsqu'on avait cri plusieurs fois; alors il
    revenait  lui, comme s'il sortait d'un rve. K... prtend
    que, pendant les quelques heures qui prcdaient les actes
    incrimins, il se sentait toujours excit et inquiet, qu'il
    prouvait une angoisse avec oppression et fluxion vers la
    tte. Arriv au summum de cet tat, il sortait sans but de la
    maison et exhibait quelque part ses parties gnitales. Rentr
     la maison, il n'avait gard de ces incidents que comme un
    souvenir de rve: il se sentait trs fatigu et trs dprim.
    Il est aussi  remarquer que, pendant l'exhibition, il
    allumait des allumettes pour clairer ses parties gnitales.
    L'avis des mdecins lgistes concluait que les actes
    incrimins s'taient produits sous l'action d'une contrainte
    due  l'tat pileptique. Toutefois il fut condamn, avec
    admission de circonstances attnuantes. (Dr Schuchardt, _op.
    cit._)


    OBSERVATION 169.--L..., trente-neuf ans, clibataire,
    tailleur, n d'un pre qui probablement tait adonn  la
    boisson, avait deux frres pileptiques et un qui tait
    alin. Lui-mme prsente des crises pileptiques plus
    lgres; il a de temps en temps l'esprit voil; dans cet tat
    il erre sans but et ne sait plus aprs o il a t. Il passait
    pour un homme convenable; il est maintenant accus d'avoir
    dans une maison trangre exhib quatre  six fois ses parties
    gnitales et jou avec. Le souvenir de ces actes tait trs
    vague chez lui.

    L... avait dj subi une grave condamnation pour avoir dsert
    plusieurs fois pendant qu'il tait au rgiment (probablement
    ces dsertions ont eu lieu dans un tat de trouble
    pileptique); en prison, il fut atteint d'une maladie mentale
    et on le transporta pour cause de folie pileptique  la
    Charit, d'o il fut plus tard renvoy comme guri. En ce
    qui concerne les actes incrimins, il faut exclure l'ide de
    cynisme ou d'exubrance. Il est probable qu'ils ont t commis
    dans un tat d'obnubilation intellectuelle, ce qui ressort
    entre autres du fait que cet homme paraissait trange au point
    de vue psychique, mme aux agents qui l'arrtaient, et qui
    l'appelaient l'idiot. (Liman, _Vierteljahrsschr. f. ger.
    Med._, N. F., XXXVIII, fascicule 2.)

    OBSERVATION 170.--L..., trente-sept ans, s'est rendu coupable
    d'avoir, du 15 octobre jusqu'au 2 novembre 1889, fait un grand
    nombre d'exhibitions devant des filles; il avait commis ces
    actes en plein jour, dans la rue, et mme dans des coles o
    il pntrait.  l'occasion il arrivait qu'il demandait aux
    filles la masturbation ou le cot, et comme cela lui tait
    refus, il se masturbait devant elles.  G..., se trouvant
    dans un cabaret, il frappa avec son pnis, mis  nu, sur les
    vitres, de sorte que les servantes et les enfants qui taient
    dans la cuisine le virent.

    Aprs son arrestation, on constata que, depuis 1870, L...
    avait dj nombre de fois provoqu du scandale par ses
    exhibitions, mais qu'il avait toujours chapp  une
    condamnation, grce aux preuves d'une maladie mentale tablies
    par les mdecins. En revanche, il avait subi, pendant son
    service militaire, des condamnations pour dsertion et vol,
    et une fois, comme civil, pour vol de cigares.  plusieurs
    reprises il a t intern dans un asile d'alins pour maladie
    mentale (accs de folie). Du reste il s'tait fait remarquer
    par son caractre changeant et querelleur, par son excitation
    priodique et son inconstance.

    Le frre de L... est mort paralys. Lui-mme ne prsente aucun
    stigmate de dgnrescence ni d'antcdents pileptiques.
    Pendant la priode d'observation il n'est ni malade d'esprit,
    ni mentalement affaibli.

    Il se comporte d'une manire trs dcente et exprime une
    profonde horreur pour ses dlits sexuels.

    Il les explique de la faon suivante. D'habitude il n'est pas
    buveur, et par moments il a pourtant une impulsion  boire.
    Aussitt qu'il a commenc  boire, il se produit un afflux de
    sang  la tte, des vertiges, de l'inquitude, de l'angoisse,
    de l'oppression. Alors il tombe dans une sorte d'tat de rve.
    Un charme irrsistible le contraint  se dcouvrir, ce qui lui
    procure du soulagement et de la libert pour respirer.

    Une fois dcouvert il ne sait plus ce qu'il fait. Comme signes
    prcurseurs de ces accs il a des scintillements devant les
    yeux et du vertige.

    Il n'a qu'un souvenir trs vague et semblable  un rve
    lointain de sa priode d'obnubilation.

    Ce n'est qu'avec le temps que des reprsentations et
    des impulsions sexuelles se sont associes  ses tats
    d'obnubilation pleins d'angoisse. Dj, plusieurs annes
    auparavant, en proie  cet tat, il avait dsert sans motif
    et en s'exposant aux plus grands dangers; une fois il a saut
    par une fentre du deuxime tage: une autre fois il a quitt
    une bonne place et est all sans projet dans un pays voisin o
    il fut bientt arrt pour exhibitionnisme.

    Quand par hasard L... s'enivrait, en dehors de sa priode
    de maladie, il n'exhibitionnait jamais.  l'tat lucide ses
    sentiments et ses rapports sexuels sont tout  fait normaux.
    (Dr Holzen, _Friedreichs Bltter_, 1890, fascicule 6.) Comme
    autres cas voir les observations 153, 155.

Un groupe qui, au point de vue clinique, est trs voisin de celui
des exhibitionnistes pileptiques, est reprsent par certains
neurasthniques, chez lesquels il se produit aussi par accs des tats
d'obnubilation[107] (pileptode?) avec une oppression anxieuse.
Les impulsions sexuelles qui s'associent  ces tats peuvent amener
impulsivement  des actes d'exhibitionnisme.

[Note 107: Comparez v. Krafft, _Ueber transitorisches Irresein bei
Neurasthenischen, Journal Irrenfreund_, 1883, n 8 et _Wiener klin.
Wochenschrift_, 1891, n 50.]

    OBSERVATION 171.--Dr S., professeur de lyce, a provoqu
    un scandale public par le fait qu'il a t vu,  plusieurs
    reprises, _genitalibus denudatis_ devant des dames et des
    enfants. S... en convient, mais il nie avoir eu ni l'intention
    ni la conscience d'avoir provoqu par l un scandale public;
    il allgue comme excuse qu'en courant rapidement avec
    les parties gnitales dcouvertes, il soulage son motion
    nerveuse. Son grand-pre du ct maternel tait hypocondriaque
    et a fini par le suicide, sa mre tait de constitution
    nvropathique, avait du somnambulisme (se promenait pendant
    son sommeil) et fut passagrement atteinte d'une dpression
    mlancolique. L'inculp est nvropathe; il tait somnambule,
    eut de tout temps une aversion pour les rapports sexuels avec
    les femmes, pratiqua pendant sa jeunesse l'onanisme. C'est
    un homme timide, sans nergie, qui s'embarrasse facilement et
    tombe en confusion; il est neurasthnique. Il tait toujours
    trs excit sexuellement. Il rvait souvent qu'il courait
    _mentula denudata_ ou qu'tant en chemise, il tait suspendu
    sur la barre d'une salle de gymnastique, ayant la tte en bas,
    de sorte que la chemise retombait et que le membre en rection
    se trouvait dcouvert. Ces rves lui donnaient des pollutions,
    et il tait alors calm pour toute une semaine.

    Mme quand il est veill, il a souvent, comme dans ses rves,
    une impulsion  courir, avec son membre dcouvert. Quand il
    se met  dcouvrir son membre, il sent une chaleur ardente;
    il court alors  tort et  travers, son membre devient moite,
    mais il n'arrive pas  la pollution. Enfin il y a _relaxatio
    membri_, il le remet dans son pantalon, il recouvre ses sens
    et est trs heureux quand personne n'a vu ce mange. Dans cet
    tat d'excitation il se sent comme en rve, comme ivre. Il n'a
    jamais eu, dans ces circonstances, l'intention de provoquer
    des femmes. S... n'est pas pileptique. Ses assertions sont
    empreintes d'un cachet de vrit. En effet, se trouvant dans
    cet tat, il n'a jamais poursuivi de femmes, il ne leur a
    mme jamais adress la parole. La brutalit et la frivolit
    semblent tre absentes dans son cas. De toutes faons les
    actes de S... sont dus  un sentiment et  une ide morbides
    et il se trouvait, au moment de les commettre, dans un tat
    de trouble morbide des fonctions mentales. (Liman,
    _Vierteljahrschrift fr gerichtl. Med._ N. F XXX, VIII,
    fascicule 2.)

    OBSERVATION 172.--X..., trente-huit ans, mari, pre d'un
    enfant. De tout temps d'un caractre sombre, taciturne;
    souffrant souvent de maux de tte; gravement neurasthnique,
    mais pas malade au physique, trs tourment par des pollutions
    nocturnes; a plusieurs fois suivi dans la rue des filles de
    magasin qu'il avait guettes dans un urinoir; en les suivant
    il exhibait ses parties gnitales et manipulait son pnis.
    Dans un cas il avait mme poursuivi une fille jusque dans le
    magasin. (Trochon, _Arch. de l'anthropologie criminelle_, III,
    p. 256.)

Dans l'observation suivante l'exhibition n'apparat que comme
un accessoire  ct d'un penchant impulsif  satisfaire par la
masturbation un _libido_ violent qui se manifeste subitement.

    OBSERVATION 173.--R..., cocher, quarante-neuf ans, mari 
    Vienne depuis 1866, sans enfants, est n d'un pre nvropathe
    exalt sexuellement et qui est mort d'une maladie crbrale.
    Il ne prsente aucun stigmate de dgnrescence.

     l'ge de vingt-cinq ans il a eu une _commotio_ grave 
    la suite d'une chute d'un lieu lev. Jusque-l sa _vita
    sexualis_ tait normale. Depuis il tombe tous les trois ou
    quatre mois dans un tat d'excitation sexuelle trs pnible,
    avec une impulsion  la masturbation. Comme signes prcurseurs
    de ces accs, il prouve un sentiment de grande fatigue et de
    malaise avec le besoin de prendre des boissons alcooliques.
    Dans les intervalles il est froid sexuellement, et il n'a eu
    que rarement le besoin de faire le cot avec sa femme qui, du
    reste, est depuis cinq ans malade et inapte  la cohabitation.

    Il affirme ne s'tre jamais masturb pendant qu'il tait jeune
    homme; il n'a pas song davantage, dans les intervalles de ses
    accs,  ce genre de satisfaction sexuelle.

    Pendant la priode dangereuse, l'impulsion  la masturbation
    surgit toujours  la vue de certains charmes fminins, tels
    que jupon court, beau pied et beaux jarrets, apparition
    lgante. L'ge n'y fait rien. Des petites filles mme peuvent
    exercer une impression excitante. L'impulsion est subite,
    irrsistible. R... donne la description des tats et des
    symptmes d'un acte impulsif. Il a souvent essay de rsister,
    mais alors il se sent brl par une chaleur et il a des
    angoisses terribles; il sent comme une chaleur d'bullition
    qui lui monte  la tte; il est comme dans un brouillard; il
    ne perd pas tout  fait conscience, c'est vrai, mais il est
    comme hors de ses sens. En mme temps il a des douleurs et des
    lancements violents dans les testicules et dans les cordons
    spermatiques. Il regrette d'tre oblig d'avouer que
    l'impulsion est plus forte que sa volont. Dans cette
    situation il se sent contraint de se masturber, n'importe dans
    quel endroit o il se trouve. Aussitt que l'jaculation s'est
    produite, il se sent soulag et il retrouve son empire sur
    lui-mme. C'est une chose terrible et fatale. Son avocat
    m'apprend que R... a dj t condamn six fois pour le mme
    dlit: exhibition et masturbation sur la voie publique. Toutes
    les fois il a demand que l'tat mental de son client ft
    soumis  un examen mdical et le tribunal a toujours refus,
    allguant que dans le dossier de la cause on ne trouvait
    exprim aucun doute concernant la responsabilit de l'accus.

    Le 4 novembre 1889, R... tant dans sa priode dangereuse, se
    trouvait dans la rue au moment o un groupe de petites filles
    de l'cole passait devant lui. Son impulsion indomptable
    se rveilla. Il n'eut pas le temps d'aller dans un cabinet
    d'aisances, il tait trop excit. Aussitt il procda 
    l'exhibition, se masturba sous une porte-cochre: immense
    scandale, arrestation. R... n'est pas idiot ni dfectueux
    thiquement. Il gmit sur son sort, prouve une honte profonde
    de son acte, craint de nouveaux accs, mais considre ses
    accs comme morbides, comme une fatalit en prsence de
    laquelle il se trouve impuissant.

    Il se croit encore sexuellement puissant. Le pnis est d'une
    grandeur anormale. Existence du rflexe crmastrien; rflexe
    patellaire accentu. Depuis quelques annes, faiblesse du
    sphincter vsical. Divers symptmes neurasthniques.

    Le rapport mdical a dmontr que R... avait agi sous
    l'influence de conditions morbides et d'une manire impulsive.
    Pas de condamnation. Le malade a t intern dans une maison
    de sant d'o il fut relax quelques mois plus tard.

Dans l'observation prcdente, le point clinique principal n'est pas
dans la nvrose existante, mais plutt dans le caractre impulsif de
l'acte (exhibition pour la masturbation).

Il est vident qu'en tablissant des catgories entre les
exhibitionnistes imbciles, entre ceux qui sont mentalement affaiblis
et ceux qui se trouvent sous l'influence d'un trouble nvrosique
des sens (pileptique ou neurasthnique), le ct mdico-lgal de
ce phnomne n'est pas encore puis. On peut ajouter aux groupes
prcdents un autre groupe dont les reprsentants sont, par suite
de lourdes tares (hrditaires, nvrose dgnrative), pousss
priodiquement et d'une manire impulsive  l'exhibition.

Dans ces tats de _psychopathia sexualis periodica_ l'impulsion 
l'exhibition veille par hasard, n'est qu'un phnomne partiel d'un
ensemble clinique, de mme que dans la _dipsomania periodica_. Magnan,
 qui j'emprunte les deux cas instructifs suivants, attribue, avec
raison, une grande importance au caractre impulsif et priodique
de ces penchants morbides, ainsi qu'au fait que souvent ils sont
accompagns d'une angoisse pnible qui fait place  un sentiment de
grand soulagement aussitt que les dsirs sont raliss.

Ces faits--et, dans une mesure non moins grande, toute l'histoire
clinique de la dgnrescence psychique, qu'on peut dans la plupart
des cas ramener  des influences hrditaires ou  des conditions
qui, dans les premires annes de la vie, ont nui au dveloppement du
cerveau (_Rachitis_, etc.),--sont, au point de vue mdico-lgal, d'une
signification dcisive.

    OBSERVATION 174.--G..., vingt-neuf ans, garon de caf, a, en
    1888, exhib sous la porte d'une glise en face de plusieurs
    filles qui travaillaient dans un magasin. Il avoue le fait,
    et mme que plusieurs fois dj au mme endroit et  la
    mme heure, il s'tait rendu coupable du mme dlit, ce qui,
    l'anne passe, lui avait valu une peine d'un mois de prison.

    G... a des parents trs nerveux. Son pre est mal quilibr
    psychiquement, d'un caractre trs emport. Sa mre est de
    temps en temps malade psychiquement et atteinte d'une grave
    maladie de nerfs.

    G... eut de tout temps un tic nerveux de la face; variations
    continuelles entre une dpression sans motif avec _tdium
    vit_ et des priodes de gaiet.  l'ge de dix ans et de
    quinze ans, il a voulu se suicider pour des raisons futiles.

    Quand il est motionn, il a des convulsions dans les
    extrmits. Il prsente constamment de l'analgsie gnrale.
    En prison il fut tout d'abord hors de lui  cause de la honte
    et du dshonneur qu'il causait  sa famille; il s'accusait
    d'tre le plus mauvais des hommes et de mriter la punition la
    plus grave.

    Jusqu' l'ge de dix-neuf ans, G... s'est satisfait par
    l'auto-masturbation et la masturbation mutuelle: il a aussi
    une fois onanis une fille.  partir de cette poque, employ
    dans un caf, il tait  la vue de la clientle fminine
    tellement excit qu'il en avait souvent de l'jaculation.
    Il souffrait presque continuellement de priapisme et, comme
    l'affirmait sa femme, il en perdait le sommeil, malgr le
    cot. Depuis sept ans, il avait,  plusieurs reprises, exhib
    et s'tait expos _nudatus_ en prsence de _feminis vicinis_.

    En 1883, il a conclu son mariage par amour. Les devoirs
    conjugaux ne suffisaient pas  ses besoins excessifs. Par
    moments, son excitation sexuelle devenait si violente qu'il en
    avait des maux de tte, qu'il paraissait troubl, comme s'il
    tait ivre, trange, et incapable de faire son service.

    Se trouvant dans cet tat le 12 mai 1887, il avait deux fois,
     de courts intervalles, exhibitionn devant des dames dans
    les rues de Paris. Depuis, il livre un combat dsespr contre
    ses penchants morbides qui l'obsdent presque constamment; 
    la fin de cet tat il tait toujours sombre, constern, et il
    pleurait alors des nuits entires. Toutefois, il recommenait
    toujours. Rapport mdical: preuve de dgnrescence
    hrditaire avec ides obsdantes et impulsions irrsistibles
    (perversion dlirante du sens gnital). Acquittement. (Magnan,
    _Arch. de l'anthropologie criminelle_, T. V, n 28).

    OBSERVATION 175.--Br., vingt-sept ans, de mre nvropathe et
    de pre alcoolique, a un frre qui est ivrogne et une soeur
    qui est hystrique. Quatre parents proches du ct paternel
    sont des ivrognes; une cousine est hystrique.

    Il pratiqua,  partir de onze ans, l'onanisme, tantt
    solitaire, tantt mutuel.  partir de l'ge de treize ans
    il eut un penchant  exhibitionner. Il essaya dans l'urinoir
    d'une rue, en prouva un bien-tre voluptueux, mais eut des
    remords bientt aprs. Quand il essayait de combattre son
    penchant, il sentait une angoisse violente et un serrement
     la poitrine. tant soldat, il avait souvent l'obsession de
    montrer, sous divers prtextes, sa _mentulam_ aux camarades.

     partir de l'ge de dix-sept ans, il eut des rapports sexuels
    avec des femmes. Il avait un grand plaisir  se montrer nu
    devant elles. Il continuait ses exhibitions dans les rues.
    Mais comme dans les urinoirs il ne pouvait compter que
    rarement sur des spectateurs fminins, il choisit pour thtre
    de ses dlits les glises. Pour pouvoir exhibitionner dans ces
    endroits, il tait toujours oblig de se remonter le courage
    par quelques verres.

    Sous l'influence des boissons alcooliques, l'impulsion
    qu'il pouvait ordinairement assez bien matriser, devenait
    irrsistible. B... n'a pas t condamn, il perdit sa place et
    depuis il boit encore davantage. Peu de temps aprs, nouvelle
    arrestation pour exhibition et masturbation dans une glise.
    (Magnan, _idem_.)

    OBSERVATION 176.--X..., garon coiffeur, trente-cinq ans,
    plusieurs fois condamn pour dlits de moeurs, a t de
    nouveau arrt parce que depuis trois semaines il rdait
    autour d'une cole de filles, il cherchait  attirer sur
    lui l'attention des filles, et quand il y russissait il
    exhibitionnait immdiatement.  l'occasion, il leur avait
    aussi promis de l'argent en leur disant: _Habeo mentulam
    pulcherrimam, venite ad me ut eam lambatis_.

    X... avoue tout au magistrat, mais, dit-il, il ne sait
    pas comment il a pu arriver  commettre de pareils actes.
    D'habitude c'est un homme de fort bon sens, mais il a un
    penchant  commettre ce dlit, et il ne peut pas le rprimer.

    Dj, en 1879, tant soldat, il a quitt le service pour rder
    dans la ville et exhibitionner devant des enfants. Un an de
    prison. En 1881, mme dlit. Il courait aprs les enfants et
    s'arrtait fixe. Un an et trois mois de prison. Deux jours
    aprs avoir t rendu  la libert il disait  deux petites
    filles: _Si mentulam meam videre vultis, mecum in hanc
    tabernam veniatis._ Il nia ces paroles et prtendit qu'il
    tait ivre. Trois mois de prison.

    En 1883, nouvelle exhibition. Il ne pronona pas une parole;
    pendant son interrogatoire, il prtendit que depuis une
    maladie grave qu'il avait eue, il y a huit ans, il souffrait
    de ces excitations morbides. Un mois de prison. En 1884,
    exhibition devant des filles dans un cimetire; en 1885,
    _idem_. Il dclara: Je reconnais mon tort, mais c'est une
    maladie; quand cela me prend, je ne puis pas m'empcher de
    faire ces actes. Parfois il se passe un plus long laps de
    temps pendant lequel ces penchants ne me viennent pas. Six
    mois de prison.

    Relax le 12 aot 1885, il rcidive le 13 aot. Mme excuse.
    Cette fois on le soumet  un examen mdical qui ne put
    constater aucun trouble mental. Trois ans de travaux forcs.

    Aprs avoir purg cette peine, srie de nouvelles exhibitions.

    Cette fois, l'examen a donn les rsultats suivants.

    Le pre a souffert d'alcoolisme chronique et, dit-on, avait
    commis le mme genre d'actes d'impudicit. La mre et une
    soeur sont atteintes d'une maladie de nerfs; toute la
    famille tait d'un temprament violent.

    X... souffrit de crises pileptiques  partir de sept ans
    jusqu' dix-huit ans.  l'ge de seize ans, premier cot.
    Plus tard, gonorrhe et prtendue syphilis. Dans la priode
    suivante, rapports sexuels normaux jusqu' l'ge de vingt
    et un ans.  cette poque il tait souvent oblig de passer
    devant un prau;  l'occasion il satisfaisait son besoin
    d'uriner et il arrivait que des enfants pousss par la
    curiosit le regardaient.

    Incidemment, il s'aperut que ces regards curieux l'excitaient
    sexuellement et lui donnaient de l'rection et mme de
    l'jaculation. Il trouva alors plus de plaisir  ce genre de
    satisfaction sexuelle, devint de plus en plus indiffrent
    au cot; il ne se satisfaisait que par l'exhibition qui
    envahissait toutes ses penses et dont il rvait mme dans
    ses pollutions. Il lutta contre ce penchant mais en vain; sa
    rsistance devint de plus en plus faible. Il tait pris avec
    une telle puissance qu'il n'avait plus d'gards pour rien,
    qu'il ne voyait ni n'entendait plus rien autour de lui, qu'il
    tait compltement sans raison, comme un taureau qui veut de
    sa tte enfoncer un mur.

    X... a un crne d'une largeur anormale; pnis petit; le
    testicule gauche est atrophi. Le rflexe patellaire manque.
    Symptmes de neurasthnie, surtout neuro-crbrale. Pollutions
    frquentes. Les rves ont la plupart pour sujet le cot
    normal, et rarement l'exhibition devant des petites filles.

    Quant  ses actes sexuels anormaux, il affirme que le penchant
     chercher et  attirer des filles vient chez lui en premire
    ligne, et ce n'est que lorsqu'il a russi, _earum
    intentionem in sua genitalia nudata transferre, erectionem
    et ejaculationem fieri_; pendant l'acte il ne perd pas
    conscience. Aprs il est toujours mcontent de l'avoir commis
    et il se dit, quand il n'a pas t pris en flagrant dlit,
    qu'il a encore une fois chapp au procureur.

    En prison il n'a plus ce penchant; l il n'est tourment que
    par des rves et des pollutions. Quand il est en libert
    il cherche chaque jour l'occasion de se satisfaire par
    l'exhibition. Il donnerait dix annes de sa vie, s'il pouvait
    se dbarrasser de sa manie; cette vie d'angoisse continuelle,
    cette alternative entre la libert et la prison est
    insupportable.

    Le rapport mdical supposa une perversit congnitale du sens
    sexuel en mme temps qu'il constatait, une tare hrditaire
    manifeste, une constitution nvropathique, une asymtrie du
    crne, un dveloppement dfectueux des parties gnitales.

    Il est  remarquer aussi que l'exhibitionnisme s'est dclar 
    partir de l'poque o la maladie pileptique a cess, de sorte
    qu'on pourrait penser  un phnomne vicariant.

    La perversion sexuelle s'est dveloppe sur la base d'une
    prdisposition existante et par le concours d'une association
    d'ides amene par le hasard (regards curieux des enfants
    lorsqu'il urinait),  la suite d'un acte insignifiant en
    lui-mme.

    Le malade n'a pas t condamn, mais transfr dans un asile
    d'alins. (Dr Freyer, _Zeitschr. f. Medicinalbeamte_, 3e
    anne n 8.)

    OBSERVATION 177.--Par une soire du printemps de 1891, vers
    les neuf heures, une dame venait toute consterne au poste
    de police du Stadtpark raconter l'incident suivant. Pendant
    qu'elle se promenait, un homme compltement nu par devant
    tait sorti subitement d'un bosquet et s'tait approch
    d'elle; pouvante, elle avait pris la fuite. L'agent de
    police se rendit immdiatement  l'endroit dsign et y trouva
    un homme qui exposait aux regards _ventrem et genitalia nuda_.
    Il essaya de se sauver, mais il fut rejoint et arrt.
    Il dclara avoir t, par suite d'une forte consommation
    d'alcool, excit sexuellement et sur le point de se mettre
    en qute d'une prostitue. En traversant le parc il s'tait
    souvenu que l'exhibition lui procurait beaucoup plus de
    jouissance que le cot qu'il ne pratique que rarement et 
    dfaut d'un autre genre de satisfaction. Aprs avoir retir sa
    chemise et dboutonn la partie suprieure de son pantalon, il
    s'tait post dans un bosquet et _quum du femin advenissent
    nudatis genitalibus iis occurrisse_. Dans cette situation il
    sent une chaleur agrable et le sang lui monte  la tte.

    L'inculp est un ouvrier d'un tablissement industriel; son
    contrematre le dpeint comme un homme consciencieux dans ses
    devoirs, laborieux, rang, sobre et intelligent.

    Dj en 1886 B... a t condamn pour avoir deux fois
    exhibitionn sur la voie publique: la premire fois en plein
    jour, et la seconde fois, le soir, tant assis sous une
    lanterne.

    B..., g de trente-sept ans, clibataire, fait une impression
    trange par sa mise de gommeux, son langage et ses manires
    affects. Son oeil a une expression nvropathique et
    romanesque; autour de sa bouche se dessine toujours un sourire
    d'infatuation. Il prtend tre n de parents sains. Une
    soeur de son pre et une soeur de sa mre eurent une
    maladie mentale. D'autres soeurs de sa mre passaient pour
    des dvotes excentriques.

    B... n'a jamais eu de maladies graves. Ds son enfance il
    tait excentrique, fantasque, aimait les romans de chevalerie
    et autres, s'absorbait tout entier dans ces sortes d'histoires
    et finissait par s'identifier, dans son imagination
    surchauffe, avec les hros du roman. Il croyait toujours tre
    quelqu'un de suprieur aux autres, attachait une grande valeur
     une mise lgante et aux bijoux; et lorsque les dimanches
    il se pavanait, il croyait dans son imagination tre un
    fonctionnaire suprieur. B... n'a jamais prsent de symptmes
    d'pilepsie. Dans sa premire jeunesse, il a pratiqu un
    onanisme modr, plus tard le cot d'une faon modre. Il
    n'a jamais eu avant des sentiments ou des impulsions sexuelles
    perverses. Il vivait d'une vie retire et employait ses
    loisirs  la lecture (ouvrages populaires et histoires de
    chevalerie, Dumas entre autres). B... n'tait pas buveur. Ce
    n'est qu'exceptionnellement qu'il se prparait une sorte de
    _bowle_ et en la buvant il se sentait excit sexuellement.

    Depuis quelques annes son _libido_ ayant considrablement
    diminu, il avait conu pendant ses libations alcooliques
    l'ide bte en diable et le dsir _genitalia adspectui
    feminarum publice exhibere_.

    Quand il est dans cet tat, il s'chauffe; le coeur lui bat
    violemment, le sang lui monte  la tte, et alors il ne peut
    se dfendre contre son penchant. Il ne voit ni n'entend plus
    autre chose, et il est alors tout  fait absorb par son
    dsir. Aprs il a souvent frapp  coups de poing sa tte
    folle et pris la ferme rsolution de ne plus faire du
    pareilles choses, mais les ides folles lui sont toujours
    revenues.

    Pendant ces exhibitions, son pnis n'a qu'une demi-rection et
    jamais il n'y a jaculation, celle-ci d'ailleurs ne se
    produit que tardivement quand il fait le cot. Il lui suffit,
    lorsqu'il exhibe, _genitalia adspicere_, et il a alors l'ide
    souligne par une sensation voluptueuse que cet aspect
    doit tre trs agrable aux femmes, de mme que lui regarde
    _genitalia feminarum_. Il n'est capable de faire le cot
    que lorsque la _puella_ se montre trs prvenante. Sinon il
    prfre payer et s'en aller sans avoir rien fait. Dans ses
    rves rotiques, il exhibitionne devant des femmes jeunes et
    plantureuses.

    Le rapport mdico-lgal a dmontr la personnalit
    hrditairement psychopathique de l'inculp, la tendance
    perverse et impulsive aux dlits incrimins et a fourni encore
    la preuve, digne d'tre remarque, que les impulsions  la
    consommation de l'alcool, chez cet homme d'habitude sobre et
    conome, doivent tre attribues  une contrainte morbide qui
    revient priodiquement. Il ressort  l'vidence des _species
    facti_ que pendant ses accs B... se trouvait dans un tat
    d'exception psychique, dans une sorte de trouble des sens,
    tout  fait plong dans ses fantaisies sexuelles perverses.
    C'est ainsi que s'explique aussi le fait qu'il ne s'est aperu
    de l'approche de l'agent de police que lorsqu'il tait dj
    trop tard pour prendre la fuite. Ce qui est intressant dans
    cet exhibitionnisme hrditaire, dgnratif et impulsif,
    c'est que le penchant sexuel pervers a t rveill de son
    tat latent par l'influence de l'alcool.

Les frotteurs reprsentent une espce d'exhibitionnistes remarquables
au point de vue mdico-lgal. Leur perversion repose sur un fondement
nvrotico-dgnratif et clinique qui est analogue  celui des autres
exhibitionnistes; mais le procd qui les caractrise particulirement
est provoqu par un _libido_ violent (_hypersthesia sexualis_) qui
existe en mme temps qu'une puissance sexuelle fort entame.

Les trois observations suivantes, empruntes  Magnan (_op. cit._),
sont typiques.

    OBSERVATION 178.--D..., quarante-quatre ans, tar, alcoolique
    et atteint de saturnisme, s'tait beaucoup masturb jusqu'
    il y a un an; il avait aussi dessin beaucoup d'images
    pornographiques et les avait montres  ses amis.  plusieurs
    reprises, se trouvant seul chez lui, il s'tait habill en
    femme.

    Depuis deux ans, tant devenu impuissant, il prouvait le
    besoin d'aller dans la foule  l'heure du crpuscule et
    _mentulam denudare eamque ad nates mulieris crassissim
    terere_.

    Pris un jour en flagrant dlit, il fut condamn  quatre mois
    de prison.

    Sa femme tient une crmerie. _Iterum iterumque sibi temperare
    non potuit quia genitalia in ollam lacte completam mergeret._
    Il prouvait alors une sensation de volupt comme s'il y
    avait contact avec du velours.

    Il tait assez cynique pour se servir de cette huile pour lui
    et pour ses clients.

    En prison il s'est dvelopp chez lui une monomanie alcoolique
    de perscution.

    OBSERVATION 179.--M..., trente et un ans, mari depuis six
    ans, pre de quatre enfants, lourdement tar, souffrant
    pisodiquement de mlancolie, a t il y a trois ans surpris
    par sa femme au moment o, revtu d'une robe de soie, il se
    masturbait. Un jour il fut surpris dans un magasin au moment
    o il se frottait contre une dame. Il fut profondment
    confondu et demanda une punition svre pour son penchant qui
    d'ailleurs tait irrsistible.

    OBSERVATION 180.--G..., trente-trois ans, lourdement charg
    de tares hrditaires, est surpris  une station d'omnibus
    au moment o il frottait son membre contre une dame. Profond
    repentir, mais affirmation qu' l'aspect des _posteriora_
    prononcs d'une dame il se sentait irrsistiblement entran
     faire du frottage et qu'il est alors troubl au point de ne
    plus savoir ce qu'il fait.

    Internement dans un asile d'alins.

    OBSERVATION 181.--Z.... n en 1850, d'un pass irrprochable,
    de bonne famille, employ d'une administration prive, bonne
    situation matrielle, sans tare, veuf depuis 1873, aprs
    un mnage de courte dure, s'tait depuis longtemps fait
    remarquer dans les glises par sa manie de se presser
    par derrire contre les femmes, jeunes ou vieilles, et de
    manipuler leurs tournures. On le guetta et un jour on russit
     l'arrter en flagrant dlit. Il fut constern au plus haut
    degr; dsesprant de sa situation, il pria, en faisant un
    aveu complet, qu'on le mnage, sinon il ne lui resterait qu'
    se suicider.

    Depuis deux ans, il tait obsd par le penchant funeste,
    quand il se trouvait au milieu d'une foule,  l'glise ou au
    thtre,  se frotter par derrire contre les femmes et
    de manipuler leurs robes bouffantes, ce qui lui donnait de
    l'orgasme et de l'jaculation.

    Z... affirme n'avoir jamais t adonn  la masturbation et
    n'avoir dans aucun sens de tendance sexuelle perverse.
    Depuis la mort prmature de sa femme, il avait satisfait ses
    puissants besoins sexuels dans des amourettes temporaires,
    mais il avait toujours eu de la rpugnance pour les bordels
    et les prostitues. Le penchant au frottage lui est venu
    subitement, il y a deux ans; il stationnait par hasard
    dans une glise. Bien qu'il se rendt compte que c'tait
    inconvenant, il n'a pu s'empcher de cder immdiatement
     cette impulsion. Depuis il est devenu si excit par les
    postrieurs des femmes qu'il se sent pouss  chercher des
    occasions de frottage. Chez la femme il n'y a que la tournure
    qui l'excite; tout le reste du corps ou la toilette lui est
    absolument indiffrent, de mme que l'ge de la femme, sa
    beaut ou sa laideur. Depuis il n'a plus d'inclination pour
    la satisfaction naturelle. Ces derniers temps des scnes de
    frottage apparaissaient aussi dans ses rves rotiques.

    Pendant le frottage il se rend parfaitement compte de sa
    situation et de la porte de son acte, et il s'efforce de
    procder autant que possible de manire  n'tre pas aperu.
    Aprs il prouve toujours de la honte d'avoir commis une
    pareille action.

    L'examen mdico-lgal n'a relev aucun symptme de maladie
    mentale ou de faiblesse intellectuelle, mais bien des
    symptmes de _neurasthenia sexualis_--_ex abstinentia
    libidinosi_, ce qui est indiqu aussi par le fait que le seul
    contact du ftiche avec les parties gnitales non exhibes
    suffisait  produire une jaculation. Il est vident que le
    libidineux Z... qui tait sexuellement trs affaibli et qui
    se mfiait de sa puissance, a t amen au frottage par une
    concidence accidentelle: la vue de _posteriora femin_ avec
    une motion sexuelle. C'est cette liaison associative d'une
    perception avec une sensation qui a donn au postrieur
    fminin le caractre d'un ftiche.

Comme actes offensant la moralit publique et, par consquent, tombant
sous le coup de la loi, on peut encore ajouter aux prcdents les cas
d'outrages  des statues dont Moreau (_op. cit._) a recueilli toute
une srie, dans les temps antiques et modernes. Malheureusement il ne
sont rapports que dans des rcits ayant trop le caractre anecdotique
pour pouvoir tre analyss et jugs avec certitude. Ils produisent
toujours l'impression de faits de nature pathologique. Ainsi, par
exemple, l'histoire de ce jeune homme (raconte par Lucianus et saint
Clment d'Alexandrie) qui se servait d'une Vnus de Praxitle pour
assouvir ses dsirs; ensuite le cas de Clisyphus qui, au temple de
Samos, a souill la statue d'une desse aprs avoir appos un morceau
de viande  un certain endroit de cette oeuvre sculpturale.

 une poque plus rcente, le journal _l'vnement_ du 4 mars 1877
publie l'histoire d'un jardinier qui, tant tomb amoureux de la
statue de la Vnus de Milo, fut pris en flagrant dlit au moment o il
faisait des essais de cot sur cette statue. Ces cas sont cependant en
rapports tiologiques avec un _libido_ anormalement fort qui subsiste
en mme temps qu'une puissance dfectueuse ou bien un manque de
courage ou d'occasions pour une satisfaction sexuelle normale.

Il faut faire la mme supposition, en ce qui concerne les soi disant
voyeurs[108], c'est--dire ces hommes qui sont assez cyniques pour
chercher  voir faire le cot afin de stimuler leur puissance, ou
bien qui,  l'aspect d'une femme excite, sont pris d'orgasme et
d'jaculation.

[Note 108: Le docteur Moll dsigne cette perversion par le nom de
Mixoskopie (mixi, = union sexuelle et skeptein, =
regarder). Son hypothse, qui la rapproche du masochisme parce que
peut-tre le voyeur trouve un charme  souffrir en voyant une femme en
la possession d'un autre, ne me parat pas juste. D'autres dtails 
voir chez Moll, _Inversion sexuelle_, dit. franaise, Carr, diteur,
Paris.]

En ce qui concerne ce genre d'aberration morale que nous ne voulons
pas ici traiter plus amplement, pour diverses raisons, il suffirait
de renvoyer au livre de Coffignon: _La Corruption  Paris_. Les
rvlations faites dans ce livre sur le domaine de la perversit
et aussi de la perversion sexuelle, sont de nature  inspirer de
l'horreur.


2. VIOL ET ASSASSINAT PAR VOLUPT.

Code autrichien  125, 127; Projet de Code autrichien  192; Code
allemand  117.

Le lgislateur entend par viol le fait qu'une personne adulte est
force  subir le cot devant une menace dangereuse, ou par un acte
de violence, ou quand elle est mise hors d'tat de se dfendre, ou
qu'elle a perdu conscience d'elle-mme, et enfin, le cot hors du
mariage entrepris sur une fille au-dessous de dix-sept ans. Pour
que le viol ait lieu, il faut au moins la _conjunctio membrorum_
(Schtze).  notre poque, le viol commis sur des enfants est d'une
frquence surprenante. Hoffmann (_Geri. Med._, I., p. 188) et Tardieu
(_Attentats_) rapportent des cas pouvantables.

Le dernier constate le fait que, dans la priode de 1851  1875, on
a jug en France 22,017 dlits de viol dont 17,657 avaient t commis
sur des enfants.

Le crime de viol suppose un penchant sexuel, temporairement trs
puissamment excit, soit par l'alcool, soit par d'autres moyens. Il
est fort improbable qu'un homme sain au moral commette un crime d'une
telle brutalit. Lombroso (_Goltdammers Archiv_) croit que la majorit
des violateurs sont des dgnrs, ce qui est surtout le cas quand le
viol a t commis sur des enfants ou des vieilles femmes. Il prtend
avoir trouv des stigmates de dgnrescence chez beaucoup d'hommes de
cette catgorie.

En effet, souvent le viol est un acte impulsif d'hommes tars,
d'imbciles[109] qui, selon les circonstances, ne respectent pas mme
les liens consanguins de la plus proche parent.

[Note 109: _Annal. mdico-psychol._, 1819, p. 515; 1863. p. 57;
1867, p. 45; 1866. p. 253.]

On peut supposer que des viols aient lieu au milieu d'un accs de
folie furieuse, par suite de satyriasis, ou par suite d'pilepsie; en
effet on a constat dj plusieurs crimes de viol commis dans une des
circonstances que nous venons d'numrer.

Parfois l'acte du viol est suivi d'gorgement de la victime[110]. Il
peut alors s'agir d'un homicide commis sans intention pralable ou
d'un assassinat commis dans le but de faire taire pour jamais le
seul tmoin de la forfaiture ou enfin d'un assassinat par volupt. On
devrait employer, pour ces derniers cas seulement, le terme _Lustmord_
(assassinat par volupt)[111].

[Note 110: Comparez les cas de Tardieu, _Attentats_, p. 182-192.]

[Note 111: Comparez Holtzendorff, _Psychologie des Mords_.]

Nous avons dj parl dans ce livre des mobiles de l'assassinat commis
par volupt. Les exemples que nous avons cits  ce propos sont
bien caractristiques par la faon de procder de l'auteur. On peut
toujours souponner un assassinat par volupt dans le cas o l'on
constate aux parties gnitales des lsions d'un tel caractre et d'une
telle dimension qu'elles ne peuvent pas tre attribues uniquement 
la brutalit de l'acte du cot mme. Cette supposition est encore
de beaucoup plus fonde quand on trouve des plaies sur le corps, des
parties du corps (intestins, parties gnitales) arraches, ou quand
celles-ci manquent et qu'elles ont t enleves par le violateur.

L'assassin par volupt, qui commet son acte dans des conditions
psychopathiques, n'a vraisemblablement jamais de complices.

    OBSERVATION 182. (_Imbcillit. pilepsie. Tentative de viol.
    Mort de la victime_)[112].--Le 27 mai 1888, au soir, le petit
    Blaise, garon de huit ans, jouait avec d'autres enfants prs
    du village de S... Un homme inconnu arriva par la chausse et
    attira l'enfant dans le bois.

    [Note 112: Tardieu, _Attentats_, Observation L1, p. 188.]

    Le lendemain on trouva dans une ravine le cadavre du garon,
    le ventre ouvert, une large blessure du ct du coeur et
    deux blessures par coups de couteau dans le cou.

    On supposa un assassinat par volupt; un homme du signalement
    de l'assassin du petit garon avait dj, le 21 mai, essay de
    traiter de la mme faon une fille de six ans, et il n'en fut
    empch que par l'effet du hasard.

    Il fut constat que le cadavre avait t trouv dans une
    position accroupie et n'ayant comme vtement que la chemise et
    un gilet de flanelle: on a trouv une longue incision sur le
    scrotum.

    Les soupons d'assassinat portrent sur le valet de ferme
    E..., mais  la confrontation les enfants n'ont pu dmontrer
    son identit avec l'inconnu qui avait attir le garon dans
    le bois. De plus, avec l'aide de sa soeur, E... tablit un
    alibi.

    La gendarmerie, infatigable, russit cependant  recueillir de
    nouveaux indices et enfin E... fit des aveux complets.

    Il avait attir la fillette dans le bois, l'avait terrasse,
    lui avait dnud les parties gnitales et avait voulu en
    abuser. Mais comme elle avait la teigne et qu'elle criait
    beaucoup, il avait perdu l'envie de commettre son acte et
    s'tait enfui.

    Aprs avoir attir le garon dans le bois sous prtexte de
    prendre des nids d'oiseaux, il eut une envie subite d'abuser
    de lui. Mais comme l'enfant refusait de dfaire son pantalon,
    il le lui avait enlev de force, et comme il criait, il lui
    avait donn deux coups de couteau dans la gorge. Il avait
    alors fait une incision sur le pubis pour avoir un semblant
    de parties gnitales fminines et pour assouvir son dsir par
    cette fente. Mais le corps tant devenu tout de suite froid,
    il avait perdu l'envie de commettre l'acte, il s'tait
    empress de laver ses mains et son couteau et de prendre la
    fuite.

    En voyant le garon mort, il avait pris peur et son membre
    tait tout de suite devenu flasque.

    Pendant son interrogatoire E... jouait avec son chapelet,
    comme si l'affaire ne le regardait pas. Il a agi par faiblesse
    mentale. Il ne peut pas comprendre, ajoute-t-il, comment il
    a pu commettre une pareille action. C'est peut-tre dans le
    sang, car souvent il devient abruti  en tomber par terre. Ses
    anciens matres affirment qu'il avait des moments o il
    tait comme en absence d'esprit, rcalcitrant, qu'alors il
    ne travaillait pas pendant des journes et qu'il fuyait la
    socit des hommes.

    Son pre dpose que E... apprenait difficilement  l'cole,
    qu'il tait maladroit au travail et souvent si hbt qu'on
    n'osait pas le punir. Alors il ne mangeait rien, quittait
     l'occasion la maison et restait absent pendant plusieurs
    jours.

    Dans ces priodes, il paraissait tout  fait absorb par ses
    penses, faisait des grimaces singulires et tenait des propos
    incohrents.

    tant jeune homme, il pissait encore au lit, et lorsqu'il
    frquentait l'cole il est souvent revenu de la classe avec
    ses vtements mouills ou souills. Son sommeil tait trs
    agit, de sorte qu'on ne pouvait pas dormir  ct de lui.
    Il n'a jamais eu de camarades; il n'a jamais t ni cruel, ni
    mchant, ni immoral.

    La mre fait une dposition analogue; elle dit encore que
    E... eut  l'ge de cinq ans, pour la premire fois, des
    convulsions et qu'il perdit la parole pendant sept jours. 
    l'ge de sept ans environ il a eu pendant quarante jours des
    accs de convulsions et a t aussi hydropique. Plus tard
    encore il avait souvent pendant son sommeil des mouvements
    convulsifs; il parlait pendant son sommeil et quelquefois
    aprs de pareilles nuits on trouvait le matin le lit tout
    mouill.

    Parfois on ne pouvait rien obtenir de ce garon. Comme la
    mre ne savait pas si c'tait  cause de sa mchancet ou par
    maladie, elle n'osait pas le punir.

    Depuis ses accs convulsifs  l'ge de sept ans, il avait
    tellement rtrograd intellectuellement, qu'il ne put mme pas
    apprendre les prires ordinaires; de plus il est devenu d'un
    caractre trs emport.

    Les voisins, les autorits de la commune, les matres
    d'coles, confirment que E... tait un homme faible d'esprit,
    emport, parfois trs bizarre, et se trouvant naturellement
    dans un tat d'exception psychique.

    Voici ce qui ressort de l'examen des mdecins lgistes. E...
    est grand, svelte, maigre, son crne a une circonfrence
    d' peine 53 centimtres; il est rhombiquement dform et la
    partie postrieure est abrupte.

    L'air est inintelligent, le regard fixe, sans expression, le
    maintien du corps nglig, pench en avant; les mouvements
    sont lents et lourds. Les parties gnitales sont normalement
    dveloppes. Tout l'extrieur de E... indique la torpeur et la
    dbilit mentale.

    Pas de stigmates de dgnrescence, ni anomalie des organes
    vgtatifs, pas de troubles du ct de la motilit ni de la
    sensibilit. E... est n d'une famille tout  fait saine. Il
    ne se rappelle pas avoir eu des convulsions dans son enfance
    ni avoir mouill son lit la nuit, mais il raconte que ces
    annes dernires il a eu des accs de vertige et de lourdeur
    dans la tte.

    De prime abord il nie carrment son assassinat. Plus tard il
    avoue tout avec un grand repentir et expose clairement
    devant le juge d'instruction les mobiles de son crime. Jamais
    auparavant une pareille ide ne lui tait venue.

    E... s'est adonn depuis des annes  l'onanisme. Il le
    pratiquait jusqu' deux fois par jour. Il prtend que par
    manque de courage il n'a jamais os demander le cot  une
    femme, bien que, dans ses rves rotiques, c'taient
    toujours des scnes avec des femmes qui planaient devant son
    imagination. Ni dans ses rves ni  l'tat de veille il n'a
    jamais eu de tendances perverses et en particulier pas d'ides
    d'inversion sexuelle ni de sadisme. La vue de l'abatage des
    animaux ne l'aurait jamais intress non plus. Quand il attira
    la fille dans le bois, il a, sans doute, voulu assouvir son
    dsir; mais il ne saurait pas expliquer comment il a pu en
    arriver  s'attaquer au petit garon. Il a d tre alors hors
    de lui-mme. La nuit qui suivit l'assassinat, il n'a pu dormir
    de peur; aussi a-t-il dj deux fois confess son crime pour
    apaiser ses remords. Il ne craint que d'tre pendu. Il prie
    qu'on lui pargne seulement ce genre de chtiment, puisqu'il
    n'a agi que par dbilit d'esprit.

    Il ne saurait dire pourquoi il a ouvert le ventre du garon.
    Il n'a pas eu l'ide de fouiller dans les entrailles, ni de
    les renifler, etc. Il prtend que le lendemain de son attentat
    sur la fille et la nuit qui suivit l'assassinat du garon, il
    avait eu son accs de convulsions. Au moment de ses actes, il
    avait pleine conscience, mais il n'a pas rflchi  ce qu'il
    faisait.

    Il souffre beaucoup de maux de tte, ne supporte pas la
    chaleur, ni la soif, ni les boissons alcooliques; il a des
    heures o sa tte est tout  fait trouble. L'examen de ses
    facults intellectuelles fait constater un degr trs avanc
    d'imbcillit.

    Le rapport mdico-lgal (Dr Kautzner,  Gratz) montre
    l'imbcillit et la nvrose pileptique de l'accus et admet
    comme vraisemblable que ses crimes dont il n'a d'ailleurs
    qu'un souvenir sommaire, ont t commis dans un tat
    d'exception psychique, prpileptique, occasionn par la
    nvrose. En tout cas, E... est un danger pour la scurit
    publique et il a besoin d'tre intern probablement 
    perptuit dans un asile d'alins.

    OBSERVATION 183.[113] (_Viol commis par un idiot sur une
    petite fille. Mort de la victime_).--Le soir du 3 septembre
    1889, Anna, petite fille d'ouvriers, ge de dix ans, alla 
    l'glise du village loigne de trois quarts d'heure de marche
    de sa demeure, elle n'en revint pas. Le lendemain on trouva
    son cadavre  cinquante pas de la chausse, dans un bosquet;
    la face tait tourne vers le sol, la bouche tait bouche
    avec de la mousse;  l'anus il y avait trace de viol.

    [Note 113: Comparez le rapport mdical complet de ce cas
    dans _Friedreichs Bltter_, fascicule 6.]

    Les soupons se portrent sur le journalier K..., g de
    dix-sept ans, car celui-ci avait dj, le 3 septembre,
    essay d'attirer l'enfant dans le bois comme elle rentrait de
    l'glise.

    K..., mis en tat d'arrestation, nie d'abord, mais bientt
    aprs il fait des aveux complets. Il avait tu l'enfant en
    l'touffant et, quand elle ne remua plus, _actum sodomiticum
    in ano infantis perpetravit_.

    Pendant la premire enqute judiciaire, personne n'avait
    soulev la question de savoir quel tait l'tat mental de ce
    criminel monstrueux; la demande de l'avocat auquel la dfense
    avait t confie d'office peu de temps avant les dbats
    judiciaires, que l'tat mental de l'accus ft soumis  un
    examen mdical, avait t repousse parce qu'il n'y avait
    dans le dossier aucun fait mentionn qui pt faire supposer un
    trouble crbral.

    Par hasard le vaillant avocat russit  faire constater que
    l'aeul et la tante du ct paternel de l'accus taient
    des alins; que son pre tait depuis son enfance un buveur
    d'eau-de-vie et estropi d'un ct. Le dfenseur a pu faire
    confirmer ces faits au cours de la sance publique.

    Ces constatations n'eurent pas d'effet non plus. Enfin
    l'avocat dcida le mdecin lgiste  proposer qu'on envoyt
    K... pour six semaines dans une maison de sant pour y tre
    observ.

    Le rapport des mdecins alinistes de l'asile prsenta K...
    comme un idiot qu'on ne pouvait pas rendre responsable de son
    acte.

    Il paraissait indiffrent, abruti, apathique; il avait
    oubli presque tout ce qu'il avait appris  l'cole: il ne
    manifestait jamais dans ses paroles ou dans ses gestes le
    moindre mouvement de piti, de repentir, de honte, d'espoir
    ou de crainte pour l'avenir. Sa figure tait immobile comme un
    masque.

    Le crne est tout  fait anormal et a la forme d'une boule:
    preuve que le cerveau tait dj malade dans la priode
    foetale ou du moins dans les premires annes du
    dveloppement.

    Sur cet avis, K... a t intern pour toujours dans un asile
    d'alins.

    Grce  un brave avocat et  son sentiment infatigable du
    devoir, la magistrature a pu dans ce cas viter de commettre
    un assassinat judiciaire, et la socit humaine a pu sauver
    son honneur.

    OBSERVATION 184 (_Assassinat par volupt. Imbcillit
    morale_).--Homme d'un ge moyen, n en Algrie, prtendant
    descendre de race arabe. Il servit quelques annes dans
    les troupes coloniales, voyagea ensuite comme matelot entre
    l'Algrie et le Brsil et est parti plus tard pour l'Amrique
    du Nord, attir par l'espoir d'y pouvoir plus facilement
    gagner sa vie. Il tait connu dans son entourage comme un
    homme paresseux, lche et brutal. Il a t plusieurs fois
    condamn pour vagabondage; on disait que c'tait un voleur du
    plus bas tage, qu'il se promenait avec des femmes de la plus
    vile espce et qu'il faisait cause commune avec elles.
    On connaissait aussi ses rapports sexuels pervers et ses
    pratiques dans ce sens. Il avait  plusieurs reprises mordu
    et battu des femmes avec lesquelles il avait eu des rapports
    sexuels. D'aprs son signalement, on croyait tenir en sa
    personne cet inconnu qui, pendant la nuit, effrayait dans
    la rue les femmes en les enlaant de ses bras et en les
    embrassant et qu'on dsignait sous le nom de _Jack the Kisser_
    (Jacques l'embrasseur).

    Il tait de haute taille (plus de 6 pieds), un peu vot.
    Le front bas, les pommettes trs saillantes, les mchoires
    massives, les yeux petits, rapprochs l'un de l'autre, rouges;
    le regard perant, de grands pieds, des mains comme des serres
    d'oiseau de proie; en marchant il lanait les pieds. Ses bras
    et ses mains taient couverts du nombreux tatouages, entre
    autres l'image colorie d'une femme autour de laquelle
    se trouvait inscrit le nom de Fatima, fait digne d'tre
    remarqu, car, chez les Arabes des troupes algriennes, le
    tatouage d'un portrait de femme est une marque de dshonneur,
    et les prostitues de ce pays ont une croix tatoue sur le
    corps. Son extrieur faisait l'impression d'un tre d'une
    intelligence trs infrieure.

    N... fut convaincu d'avoir assassin une femme d'un ge
    mr avec laquelle il avait pass la nuit. Le cadavre avait
    plusieurs blessures, remarquables par leur longueur; le ventre
    tait ouvert, des morceaux de boyaux coups, de mme qu'un
    ovaire; d'autres parties se trouvaient parses autour du
    cadavre. Plusieurs des blessures avaient la forme d'une croix,
    et une celle d'un croissant. L'assassin avait trangl sa
    victime. N... nie l'assassinat de mme que tout penchant  de
    pareils actes. (Dr Mac-Donald, _Clark University Mass._)


3. COUPS ET BLESSURES, DTRIORATION D'OBJETS, MAUVAIS TRAITEMENTS SUR
DES ANIMAUX, PAR SUITE DE SADISME.

Autriche,  152, 411; Allemagne,  223; Autriche,  85, 468;
Allemagne,  303; Ordonnance de police autrichienne; Allemagne, Code
pnal,  300; mauvais traitements sur les animaux.

 ct de l'assassinat par volupt, que nous avons trait dans
le chapitre prcdent, on rencontre aussi des manifestations plus
attnues des penchants sadistes, telles que les piqres jusqu'au
sang, la flagellation, la souillure des femmes, la flagellation
des garons, les mauvais traitements sur des animaux, etc. La
signification lourdement dgnrative de ces cas ressort clairement
des observations analyses dans le chapitre de la pathologie gnrale
de ce livre. Les dgnrs intellectuels de ce genre, s'ils sont
incapables de dompter leurs envies perverses, ne peuvent tre que
l'objet d'un internement dans un asile d'alins.

    OBSERVATION 185.--X..., vingt-quatre ans, parents sains, deux
    frres morts de la tuberculose, une soeur souffre de crises
    priodiques.  l'ge de huit ans, X... prouvait dj une
    singulire sensation de volupt avec rection toutes les fois
    qu' l'cole il pressait son abdomen contre le banc.

    Il se procura souvent ce plaisir. Plus tard masturbation
    mutuelle avec un camarade d'cole. La premire jaculation a
    eu lieu  l'ge de treize ans. Au premier essai de cot qu'il
    fit  l'ge de dix-huit ans, il fut impuissant. Il continue
    l'auto-masturbation; il est atteint d'une neurasthnie grave,
    aprs la lecture d'un ouvrage populaire qui dcrivait
    les suites funestes de l'onanisme. Il s'amliore par
    l'hydrothrapie. En renouvelant un essai de cot, il est de
    nouveau impuissant. Retour  la masturbation. Celle-ci choue
    avec le temps. Alors X... saisit des oiseaux vivants par
    le bec et les agite en l'air. L'aspect de l'animal tortur
    produit l'rection tant dsire. Aussitt que l'animal touche
    avec la pointe de ses ailes le pnis, il y a jaculation avec
    grande volupt. (Dr Wuchholtz, _Friedreichs Bltter f. ger.
    Med._, 1892, fasc. 6, p. 136.)

    OBSERVATION 186 (_Sadisme commis sur des garons et des filles
    par un idiot moral_).--K... quatorze ans et cinq mois, tue un
    petit garon d'une manire cruelle. L'enqute constate, outre
    deux cas d'homicide, une srie de sept cas dans lesquels K...
    a cruellement tortur des petits garons. Tous ces enfants
    avaient entre sept et dix ans. K... les attirait dans un
    endroit dsert, les dshabillait compltement, leur liait
    les mains et les pieds, les attachait solidement  un objet
    quelconque, leur billonnait la bouche avec un mouchoir et les
    battait avec un bton, une courroie ou un bout de corde, en
    donnant des coups mesurs, laissant des intervalles d'une
    minute entre chaque coup et souriant pendant ce temps, sans
    prononcer une seule parole. Il fora en le menaant de mort un
    de ces garons de dire deux fois le _Pater noster_, de jurer
    de garder le silence et ensuite de rpter des blasphmes
    qu'il lui dictait. Dans un autre fait, qui a eu lieu plus
    tard, il donne des coups d'pingle  la joue du garon, joue
    avec les parties gnitales de cet enfant et lui fait aussi
    des piqres dans cet endroit du corps et autour; il le fait
    coucher sur le ventre, pitine sur lui, le pique et le mord
    aux _nates_. Un autre garon est mordu au nez, et reoit
    plusieurs coups de couteau. La huitime de ses victimes est
    une petite fille qu'il attire dans le magasin de sa mre. L
    il l'assaille par derrire, lui ferme la bouche d'une main
    tandis que de l'autre il lui coupe la gorge.

    On retrouve le cadavre dans un coin, couvert de cendres et de
    fumier; la tte est spare du corps, la chair dtache des
    os, le corps couvert de nombreuses blessures et d'incisions.
    La plus grande incision, blessure bante, se trouve du
    ct intrieur de la cuisse gauche, traversant les parties
    gnitales jusqu' la cavit du ventre. Une autre incision
    s'tend de la fosse iliaque en sens oblique  travers
    l'abdomen. Les vtements et le linge sont coups en morceaux
    et dchirs.

    Le cadavre de la neuvime victime avait la gorge coupe, le
    sang avait coul des yeux, le coeur tait transperc de
    coups nombreux. Nombre de coups de couteau avaient pntr
    dans la cavit du ventre. Le scrotum tait ouvert, les
    testicules taient coups de mme que le pnis.

    K... avait attir le garon de la mme manire que la fille;
    il lui avait coup d'abord la gorge et ensuite port les coups
    de couteau.

    K..., sur les antcdents duquel on n'a aucun renseignement,
    fut gravement malade pendant toute la premire anne de
    sa vie; il tait alors maigre comme un squelette. Dans la
    deuxime anne de sa vie, il se remit peu  peu, sauf qu'il se
    plaignait souvent de maux de tte et d'yeux, de vertiges; il
    aurait t bien portant jusqu' l'ge de onze ans, alors il
    eut une maladie grave avec dlire. Parfois, les maux de tte
    le prenaient subitement, de telle sorte qu'il interrompait
    brusquement ses jeux, et qu'il n'y pouvait retourner qu'aprs
    un certain laps de temps. Quand on l'interrogeait dans ces
    moments, il ne rpondait qu' voix basse et lente: Oh, ma
    tte! ma tte!

    C'tait un enfant indocile, peu obissant et rfractaire 
    toute ducation. Il montrait des changements brusques dans son
    tat d'esprit, ses dsirs et ses ides.  l'ge de trois ans,
    on le surprit un jour, au moment o il torturait,  coups
    de couteau un petit poulet. Il raconte des fables avec l'air
    d'une vracit parfaite.  l'cole il drange les autres, fait
    des grimaces, murmure sans cesse, est rcalcitrant et manque
    de respect au matre. Il considre toute correction comme une
    injustice. Mis  l'cole de correction, il se tient  l'cart
    des autres lves, s'occupe de lui-mme, est mfiant,
    dtest par ses camarades, n'a pas d'amis. Ses facults
    intellectuelles sont bonnes; on convient qu'il a une
    intelligence claire, de la perspicacit et une bonne mmoire.
    Au point de vue thique, cependant, il se montre trs
    dfectueux. Il ne manifeste pas la moindre douleur, ni le
    moindre repentir de ses actes; il n'a aucune conscience de la
    responsabilit. Pour sa mre seule, il a quelque chose comme
    une vellit de tendresse. Il n'attache aucune importance
    particulire  ses crimes. Il pse froidement ses chances et
    se dit qu'on ne pourra pas le condamner  mort puisqu'il n'a
    que quatorze ans; il sait que jusqu'ici ce n'est pas l'usage
    de pendre des garons de quatorze ans, et, ajoute-t-il,
    ce n'est pas avec lui qu'on commencera  rompre avec la
    tradition. Quant au mobile de ses actes on ne peut obtenir
    aucune explication de K... Une fois, il prtend qu' la suite
    de la lecture de rcits sur les tortures que les prisonniers
    des Peaux-Rouges avaient  subir, il s'enquit de ces cruauts
    et fut pouss  les imiter. Il avait mme, pour cette
    raison, voulu un jour s'enfuir et aller chez les Indiens
    de l'Amrique. Quand il se dsignait une victime il avait
    toujours l'imagination remplie de scnes et d'actes de
    cruaut.

    Le matin de ces jours-l, il s'tait toujours rveill avec du
    vertige et la tte lourde, et cela durait toute la journe.

    Comme anomalies physiques, il n'y a que le volume considrable
    du pnis et des testicules. Le _mons Veneris_ montre un
    systme pileux complet; toutes les parties gnitales ont les
    proportions et le dveloppement de celles d'un homme adulte.
    On ne peut trouver des symptmes indiquant l'existence de
    l'pilepsie. (Dr Mac-Donald, _Clark University Mass._)

    OBSERVATION 187 (_Assassinat par sadisme_).--Homme mari, g
    de trente ans  l'poque de son dernier crime, c'est--dire
    au moment de la dcouverte. Il avait attir une fille dans
    un clocher de l'glise dont il tait sacristain et l'y avait
    tue. Devant les preuves et les indices, il avoua avoir commis
    encore un autre assassinat, analogue  celui-ci.

    Les deux cadavres avaient de nombreuses blessures sur les
    parties molles de la tte, blessures causes par un instrument
    contondant, des enfoncements des os du crne, des effusions de
    sang sous la dure-mre et dans le cerveau. Les deux cadavres
    n'avaient pas de blessures sur les autres parties du corps;
    les parties gnitales particulirement taient intactes.

    Sur le linge du criminel, qui a t arrt bientt aprs le
    crime, on a trouv des taches de sperme. On dcrit L... comme
    ayant un extrieur sympathique; il est brun, imberbe. On n'a
    aucun renseignement sur ses conditions hrditaires, ni sur
    ses antcdents, ni sur sa _vita sexualis ante acta_, etc.

    Il donne comme mobile: volupt de la forme la plus cruelle et
    la plus abominable. (Dr Mac-Donald, _Clark University Mass._)


4. MASOCHISME ET SERVITUDE SEXUELLE.

Le masochisme[114] aussi, peut, dans certaines circonstances, avoir
une porte mdico-lgale, car le droit criminel moderne ne reconnat
plus le principe du _volenti non fit injuria_ et le Code pnal
autrichien, actuellement en vigueur, dit expressment dans son article
4: Des dlits sont commis aussi sur des personnes qui demandent
elles-mmes  tre endommages par l'acte du dlit.

[Note 114: Ainsi que le fait remarquer Herbst (_Handb. des
oesterr. Strafrechts_, Vienne 1878, p. 72), il y a pourtant des dlits
qui n'existent qu' dfaut du consentement de l'endommag et qui, par
consquent, n'existent pas dans le cas o la personne qui parat comme
la partie lse a consenti  l'acte, par exemple,  un vol, au viol.

Herbst range aussi dans la catgorie de ces actes la restriction de la
libert personnelle.

Dans ces derniers temps il s'est produit un changement important dans
la faon d'envisager ce point. Le Code pnal allemand considre pour
le cas d'homicide le consentement de la victime comme un fait si
important qu'il inflige  la suite de cette circonstance une peine
beaucoup plus attnue (art. 216). De mme le projet du Code pnal
autrichien ( 222). On a song  ce propos aux doubles suicides des
couples amoureux. Pour les coups et les blessures, ainsi que pour les
squestrations, le consentement de la personne lse devra trouver
chez le magistrat des gards analogues. Pour juger de la vraisemblance
d'un pareil consentement qu'on pourrait invoquer, la connaissance du
masochisme est en tout cas d'une certaine importance.]

Au point de vue psychologique et mdico-lgal les faits de servitude
sexuelle offrent un intrt beaucoup plus grand. Quand la sexualit
est trop puissante, ventuellement captive par un charme ftichiste
et que la force morale de rsistance est minime, une femme rancunire
ou rapace, au pouvoir de laquelle l'homme est tomb par passion
amoureuse, peut pousser son amant aux crimes les plus graves. Le cas
suivant en est un exemple digne d'tre retenu.

    OBSERVATION 188 (_Assassinat de sa propre famille par
    servitude sexuelle_).--N..., fabricant de savons  Catane, g
    de trente-quatre ans, autrefois de bonne rputation, a, dans
    la nuit du 21 dcembre 1886, tu  coups de poignard sa femme,
    qui dormait  ct de lui, et trangl ses deux filles, dont
    l'ane avait sept ans et la cadette six semaines. N... nia
    d'abord, et essaya de dtourner les soupons sur un autre;
    ensuite il fit des aveux complets et pria les magistrats de le
    faire excuter.

    N..., issu d'une famille tout  fait saine, autrefois bien
    portant, ngociant respect et trs capable, vivant en bon
    mnage, se trouvait, depuis des annes, sous l'influence
    fascinatrice d'une matresse qui savait l'attirer  elle, et
    qui le dominait entirement.

    Il a pu tenir secrets ces rapports et devant le monde et
    devant sa femme.

    En provoquant sa jalousie et en lui dclarant qu'il ne
    pourrait conserver la possession de ses faveurs qu'en
    l'pousant, ce monstre de femme a su pousser son amant, faible
    de caractre et fou d'amour,  assassiner son pouse et
    ses enfants. Aprs l'acte, N... fora son petit neveu  le
    ligotter comme si lui-mme avait t victime des assassins,
    et il imposa le silence au petit garon en le menaant de le
    tuer. Quand les gens arrivrent, il joua le rle d'un pre de
    famille malheureux et victime d'un guet-apens.

    Aprs ses aveux, il manifesta un profond repentir. Pendant
    les deux annes de l'instruction judiciaire et  l'audience
    publique, N... ne prsenta jamais de symptmes de troubles
    mentaux.

    Il ne pouvait s'expliquer que par une sorte de fascination sa
    passion folle pour la catin en question. Il n'a jamais eu  se
    plaindre de sa femme. On ne trouva aucune trace d'un instinct
    gnital anormalement fort, ni d'une tendance perverse chez
    ce criminel passionnel et exceptionnel. Son repentir et sa
    mortification prouvaient qu'il n'tait pas non plus dfectueux
    moralement. Preuve de facults mentales intactes. Exclusion de
    toute impulsion irrsistible. (Mandalari, _Il Morgagni_, 1890,
    fvrier.)

Il va de soi que la responsabilit, dans ce cas horrible et dans
beaucoup d'autres analogues, ne peut pas tre conteste. Dans l'ordre
actuel des choses, l'analyse plus subtile des motifs d'un acte
est hors de la porte des profanes et les juristes se tiennent
systmatiquement  l'cart de toute psychologie en raison d'un
formalisme logique. Il n'y a pas lieu de supposer que la servitude
sexuelle soit apprcie par des magistrats et des jurs, d'autant
moins que dans ce cas le mobile de l'acte criminel n'est pas de nature
morbide et que l'intensit d'un mobile en elle-mme ne saurait tre
prise en considration.

Toutefois on devrait, dans de pareils cas, examiner et peser s'il y
a encore sensibilit aux contre-motifs moraux ou si cet lment a t
limin, ce qui indiquerait un dsquilibrement de l'tat psychique.

Sans doute, dans ces cas, il s'est produit une sorte de faiblesse
morale acquise qui influe sur la responsabilit. Dans les dlits
d'instigation, la servitude sexuelle devrait toujours tre compte
comme une raison pour l'admission des circonstances attnuantes.


5. COUPS ET BLESSURES, VOL  MAIN ARME, VOL PAR FTICHISME.

Autriche,  190; Allemagne,  219 (vol  main arme); Autriche,  171
et 460; Allemagne,  212 (vol).

Il ressort du chapitre de pathologie gnrale qui est consacr au
ftichisme, que le ftichisme pathologique peut devenir quelquefois
la cause de dlits. Jusqu'ici on connat, comme dlits de ce genre: le
fait de couper les nattes de cheveux (observations 78, 79, 80); le vol
 main arme ou le simple vol de linges de femmes, mouchoirs, tabliers
(observations 82, 83, 85, 86), souliers de femmes (observations 67,
87, 88), toffes de soie (observation 93). Il n'y a pas  douter que
les auteurs de ces actes soient psychiquement tars. Mais pour
pouvoir admettre le manque de libre arbitre et, par consquent,
l'irresponsabilit, il est absolument ncessaire de fournir la preuve
qu'il y a une contrainte irrsistible soit dans le sens d'un acte
impulsif, soit par une dbilit d'esprit qui a mis l'individu dans
l'impossibilit de dompter son penchant pervers et criminel.

Toutefois, ces dlits, ainsi que la forme singulire de leur excution
qui diffre sensiblement d'un vulgaire vol ou vol  main arme,
exigent une enqute mdico-lgale. D'autre part, ils n'ont pas
toujours pour cause originaire des circonstances psycho-pathologiques,
ainsi que nous le montrent les cas trs rares o le coupeur de
nattes[115] est pouss uniquement par l'pret au gain.

[Note 115: D'aprs le droit autrichien, ce dlit pourrait tre
qualifi de blessure lgre et tomber sous le coup du  411; d'aprs
le droit criminel allemand, il y a dans ce cas coups et blessures.
(Comparez Liszt, p. 325.)]

    OBSERVATION 189 (_Ftichisme du mouchoir. Vols continuels
    de mouchoirs de femmes_).--D..., quarante-deux ans, valet de
    ferme, clibataire, a t envoy par les autorits, le 1er
    mars 1892,  l'asile du district de Deggendorff (Bavire) pour
    que son tat mental y soit soumis  l'observation mdicale.

    D... est un homme de grande taille, 1 m,62, fort et gras. Le
    crne est sub-microcphale, l'expression de la figure fate.
    L'expression des yeux est nvropathique. Les organes gnitaux
    sont tout  fait normaux. Sauf un degr modr de neurasthnie
    et d'accentuation du rflexe patellaire, on ne trouve rien
    d'anormal physiquement du ct du systme nerveux.

    En 1878, D... a t pour la premire fois condamn par la Cour
    d'assises de Straubing  une peine d'un an et demi de prison
    pour avoir vol des mouchoirs.

    En 1880, il vola dans la cour d'une ferme le mouchoir d'une
    marchande de volailles; il fut condamn  quinze jours de
    prison.

    En 1882, il essaya, sur la route publique, d'arracher  une
    fille de paysan le mouchoir que celle-ci tenait  la main.
    Accus d'acte de brigandage il fut acquitt sur l'avis du
    mdecin lgiste, qui constata une dbilit mentale d'un
    degr trs avanc et un trouble morbide des fonctions
    intellectuelles _tempore delicti_.

    En 1884, la Cour d'assises le condamna  quatre ans de prison
    pour vol d'un mouchoir commis avec violence et dans les mmes
    circonstances que le dlit prcdent.

    En 1888 il tira, dans un march public, un mouchoir de la
    poche d'une femme. Il fut condamn  quatre mois de prison.

    En 1889 il fut condamn pour un dlit de ce genre  neuf mois
    de prison.

    En 1891, _idem_, dix mois. Pour le reste, la liste de ses
    condamnations fait mention encore de quelques contraventions
    et dtentions pour port d'armes prohibes et pour vagabondage.

    Tous les vols de mouchoirs avaient t sans exception commis
    au dtriment de jeunes femmes ou de filles et, dans la plupart
    des cas, en plein jour, en prsence d'autres personnes, et
    avec tant de maladresse et si peu de mnagement que le voleur
    fut toujours immdiatement pris et arrt. Nulle part, dans
    les dossiers, on ne trouve d'indice que D... aurait jamais
    vol d'autres objets, mme les plus insignifiants.

    Le 9 dcembre 1891, D... venait une fois de plus de sortir de
    prison. Le 14, il fut pris en flagrant dlit, au moment o,
    dans la bousculade d'une foire, il tirait un mouchoir de la
    poche d'une fille de paysans.

    Il fut arrt sur place et l'on trouva sur lui encore deux
    mouchoirs blancs de femmes.

    Lors de ses arrestations prcdentes, on avait aussi trouv
    sur D... des collections de mouchoirs de femmes. En 1880, on
    en a trouv 32; en 1882, on en a trouv 17; il en portait 9
    autour du corps; une autre fois 25. Lors de son arrestation en
    1891, on a trouv en le fouillant et en visitant son corps 7
    mouchoirs blancs.

    Dans ses interrogatoires, D... invoquait toujours comme
    mobile de ses vols qu'il se trouvait dans un tat d'brit
    prononce, et qu'il n'avait voulu faire qu'une plaisanterie.

    Quant aux mouchoirs qu'on trouva sur lui, il prtendit les
    avoir en partie achets, en partie troqus contre d'autres
    objets, ou les avoir reus en cadeau des filles avec
    lesquelles il avait eu des rapports.

    Pendant la priode d'observation D... parat
    intellectuellement trs born, en mme temps qu'il y a chez
    lui une dchance due au vagabondage,  l'ivrognerie et  la
    masturbation: mais au fond il est de bon caractre, docile et
    pas du tout rfractaire au travail.

    Il ne sait rien de ses parents; il a grandi sans aucune
    ducation ni aucune surveillance; tant enfant, il subvenait 
    sa vie en mendiant;  l'ge de treize ans, il est devenu valet
    d'curie et,  l'ge de quatorze ans, on abusa de lui pour
    des actes de pdrastie. Il affirme avoir senti son instinct
    gnital trs tt et d'une manire puissante; il a commenc
    trs tt  faire le cot et il pratiquait en outre la
    masturbation.  l'ge de quinze ans, un cocher lui apprit
    qu'on pourrait se procurer un grand plaisir avec des mouchoirs
    de jeunes femmes en se les appliquant _ad genitalia_. Il
    essaya et trouva que le dire du cocher s'tait pleinement
    confirm;  partir de ce moment il essaya par tous les moyens
    de se procurer de ces mouchoirs. Son penchant devenait si
    puissant qu'aussitt qu'il apercevait une femme qui lui tait
    sympathique et qui tenait un mouchoir  la main ou assez
    visiblement dans sa poche, il tait, en sentant une violente
    motion sexuelle, saisi par l'impulsion de se presser contre
    cette personne et de lui voler son mouchoir.

     jeun il lui tait presque toujours possible de rsister 
    ce penchant, par la crainte d'encourir une condamnation. Mais,
    quand il avait bu, sa force de rsistance disparaissait. Dj
    pendant son service militaire, il s'tait fait donner
    des mouchoirs par des jeunes filles ou des femmes qui lui
    plaisaient et il les avait troqus contre d'autres aprs s'en
    tre servi pendant quelque temps.

    Quand il passait la nuit chez une fille, il changeait
    toujours son mouchoir avec elle.  plusieurs reprises il avait
    achet des mouchoirs pour les changer chez des femmes.

    Tant que les mouchoirs taient neufs et n'avaient pas encore
    servi, ils ne produisaient sur lui aucun effet. Ils ne
    l'excitaient sexuellement qu'aprs qu'ils avaient t ports
    par des filles.

    Il ressort du dossier de son procs que souvent, pour mettre
    des mouchoirs neufs en contact avec des femmes, il en avait
     plusieurs reprises mis sur le chemin o des femmes devaient
    passer et avait essay de les forcer  marcher dessus. Une
    fois il assaillit une fille, lui pressa son mouchoir sur le
    cou et se sauva ensuite.

    Quand il tait en possession d'un mouchoir qui avait t
    touch par une femme, il se produisait chez lui de l'rection
    et de l'orgasme. Il passait alors le mouchoir _ad corpus
    nudum_, de prfrence _ad genitalia_, et obtenait alors une
    jaculation satisfaisante.

    Il n'a jamais demand le cot aux femmes; d'une part parce
    qu'il craignait un refus, mais surtout parce qu'il aimait
    mieux le mouchoir que la femme.

    D... ne fait ces aveux qu'avec beaucoup de rticences et par
    petits morceaux. Plusieurs fois il se met  pleurer et dclare
    qu'il ne veut pas continuer  parler, parce que cela le fait
    rougir. Ce n'est pas un voleur; il n'a jamais vol, pas mme
    pour la valeur d'un sou, mme quand il se trouvait dans la
    plus grande misre. Il n'a jamais pu se dcider  vendre les
    mouchoirs.

    Il affirme avec un accent trs sincre et parti du coeur:
    Je ne suis pas mchant garon. Seulement quand je fais de ces
    btises-l, je suis tout sens dessus dessous.

    L'excellent rapport fait par l'administration de l'asile
    appuie sur le fait que les dlits ont t commis sous
    l'influence d'une impulsion morbide et irrsistible qui repose
    sur la prdisposition anormale du sujet; il constate aussi une
    dbilit mentale peu prononce. Acquittement sur l'accusation
    de vol.


6. DBAUCHE AVEC DES INDIVIDUS AU-DESSOUS DE QUATORZE ANS. OUTRAGES
(AUTRICHE).

Code autrichien,  128, 132; Projet autrichien,  189, 191; Code
allemand,  114, 176.

Par dbauche (souillure, outrage) avec des individus non encore
mrs sexuellement, le lgislateur comprend toutes sortes d'actes
d'impudicit commis sur des personnes au-dessous de quatorze ans, et
qu'on ne peut pas qualifier comme des viols. L'expression dbauche,
dans le sens juridique du mot, runit toutes les aberrations
dsolantes et toutes les plus grandes abominations dont un homme
embras par la volupt, d'une morale faible et souvent aussi d'une
puissance sexuelle faible, est seul capable.

Un caractre commun  ces dlits de moeurs commis sur des individus
qui appartiennent plus ou moins encore  l'enfance, c'est leur manque
de virilit, leur caractre de friponnerie et souvent d'ineptie. En
effet,  part les tres pathologiques, reprsents par les imbciles
paralytiques, et les individus tombs dans l'imbcillit snile, ce
genre de dlits est commis presque exclusivement par des gens trs
jeunes qui n'ont pas encore confiance dans leur courage et leur
puissance, ou par des dbauchs qui sont devenus plus ou moins
impuissants. Il est absolument inimaginable qu'un adulte, en pleine
possession de sa puissance sexuelle et de ses facults mentales,
puisse trouver plaisir  la dbauche avec des enfants.

L'imagination du dbauch, dans la mise en scne active ou passive
des actes d'impudicit, est excessivement fconde, et l'on peut se
demander si, par l'numration suivante des actes parvenus jusqu'ici
 la connaissance des hommes de loi, on ait puis tous les cas
possibles capables de se produire dans ce domaine.

Dans la plupart des cas, l'impudicit consiste en attouchements
voluptueux (selon les circonstances, flagellation[116]),
manustupration active, entranement des enfants  la dbauche en se
servant d'eux pour la masturbation ou pour l'attouchement voluptueux.

[Note 116: Pour les cas prcis, voir _Friedreichs Bltter, f. ger.
Anthropologie_, 1859, III, p. 77.]

Parmi les dlits plus rares sont le _cunnilingus_, _irrumare_ sur des
garons ou des filles, _pdicatio puellarum_, _coitus inter femora_,
exhibition.

Dans un cas rapport par Maschka (_Handb._, III, p. 174), un jeune
homme fit danser dans sa chambre des petites filles nues, de huit 
douze ans, il les fit sauter, uriner devant lui jusqu' ce qu'il en
et de l'jaculation.

L'abus des garons par des femmes voluptueuses n'est pas rare
non plus; ces femmes procdent avec les enfants  une _conjunctio
membrorum_ pour se satisfaire par la friction, ou bien elles cherchent
 se procurer de la satisfaction en se faisant masturber[117].

[Note 117: Les cas cits par Maschka, _Handbuch_, III, p.
175.--Caspers, _Vierteljahreschrift_, 1852, t. 1.--Tardieu, _Attentats
aux moeurs_.]

Un des exemples les plus abominables a t observ par Tardieu. Des
servantes, d'accord avec leurs amants, ont masturb des enfants qui
leur avaient t confis, ont fait le _cunnilingus_ avec une fille de
sept ans, lui ont introduit des carottes et des pommes de terre _in
vaginam_ et aussi dans l'anus d'un garon de deux ans.

    OBSERVATION 190.--L..., soixante-deux ans, lourdement tar,
    masturbateur, prtend n'avoir jamais fait le cot, mais avoir
    souvent pratiqu la _fellatio_. Il est  l'asile d'alins
    pour _paranoia_. Son plus grand plaisir tait d'attirer chez
    lui des filles de dix  quatorze ans et de pratiquer sur elles
    le _cunnilingus_ et d'autres horreurs. Il jaculait alors avec
    orgasme.

    La masturbation ne lui procurait pas une satisfaction
    aussi grande et ne lui donnait de l'jaculation que fort
    difficilement. Faute de mieux il tait aussi _fellator
    virorum_ et occasionnellement exhibitionniste. Phimosis. Crne
    asymtrique. (Planda, _Arch. di Psichiatria_, X, fascic. 3.)

    OBSERVATION 191.--X..., prtre, quarante ans, fut accus
    d'avoir attir  lui des filles de dix  treize ans, de les
    avoir dshabilles, d'avoir fait sur elles des attouchements
    voluptueux et de s'tre, aprs ces procds, finalement
    masturb.

    Il est tar, onaniste ds son enfance, imbcile moralement; de
    tout temps il fut sexuellement trs excitable. Le crne est
    un peu petit. Pnis d'une grandeur extraordinaire; symptmes
    d'hypospadias. (_Idem._)

    OBSERVATION 192.--K..., vingt-trois ans, joueur d'orgue de
    Barbarie, est accus et convaincu d'avoir  plusieurs reprises
    attir des garons, parfois aussi des petites filles, et
    d'avoir, dans un lieu cart, pratiqu avec ces enfants
    des actes d'impudicit (masturbation mutuelle, _fellatio
    puerorum_, attouchements des parties gnitales des petites
    filles).

    K... est un imbcile; il est aussi rabougri au physique, il a
     peine 1 m,5 de taille; crne rachitique, hydrocphale,
    avec des dents cartes l'une de l'autre, dfectueuses,
    irrgulires.

    Des lvres paisses, une mine abtie, un langage bgue, des
    attitudes maladroites compltent l'image de la dgnrescence
    physique et intellectuelle. K... se comporte comme un enfant
    qui a t surpris pour une gaminerie.

    Barbe  peine perceptible. Parties gnitales bien et
    normalement dveloppes.

    Il a une ide vague d'avoir commis quelque chose
    d'inconvenant, mais il ne se rend pas compte de la porte
    morale, sociale et judiciaire de ses actes.

    K... est n d'un pre adonn  l'ivrognerie et d'une mre qui
    est devenue folle par suite des mauvais traitements qu'elle
    dut subir de la part de son mari; elle est morte  l'asile
    d'alins.

    Dans les premires annes de sa vie, K... devint presque
    compltement aveugle  la suite d'abcs de la corne;  partir
    de l'ge de six ans, il fut mis chez une femme subventionne
    par l'Assistance publique; devenu plus grand, il gagnait
    pauvrement sa vie comme joueur d'orgue de Barbarie.

    Son frre est un vaurien; lui-mme passait pour un homme
    grincheux, querelleur, mchant, capricieux et irritable.

    Le rapport releva particulirement l'arrt de dveloppement
    intellectuel, moral et physique de l'inculp.

Malheureusement, il faut convenir que les plus abominables de ces
dlits de moeurs sont prcisment commis par des personnes saines
d'esprit, qui, trop rassasies des plaisirs sexuels, ou par lubricit
et brutalit, souvent aussi pendant l'ivresse, oublient  ce point
leur dignit d'hommes.

Mais une grande partie de ces faits procdent d'un fondement
morbide. C'est surtout le cas chez les vieillards[118] qui deviennent
sducteurs de la jeunesse.

[Note 118: Comparez Kirn, _Allgem. Zeitschrift f. Psych._, XXXIX,
p. 47.]

Je me rallie absolument  l'avis de Kirn qui, pour ces cas, croit dans
toute circonstance une _exploratio mentalis_ ncessaire; car souvent
on peut tablir le rveil d'un instinct gnital pervers d'une violence
morbide et indomptable, rveil d'instinct qui peut tre le phnomne
partiel d'une _dementia senilis_.


7. IMMORALIT CONTRE NATURE (SODOMIE[119]).

[Note 119: Je me conforme au langage gnralement en usage, en
traitant la bestialit et la pdrastie sous la dsignation commune de
sodomie. Dans la Gense (chapitre XIX) o ce terme a pris son origine,
il dsigne exclusivement le vice de pdrastie. Plus tard on a
appliqu le mot de sodomie au vice de bestialit. Les thologiens
moralistes, comme saint Alphonse de Ligori, Gury et autres, ont
toujours judicieusement, c'est--dire dans le sens de la Gense, fait
la distinction entre: _sodomia i. e. concubitus cum persona ajusdem
sexus_ et _bestialitas i. e. concubitus cum bestia_. (Comparez Olfers,
_Pastoralmedicin_, p. 73.)

Les Juristes ont port la confusion dans la terminologie en admettant
une _sodomia ratione sexus_ et une _sodomia ratione generis_. La
science devrait cependant ici se dclarer comme l'_ancilla theologi_,
et revenir  l'usage juste des termes.]

Code autrichien,  129, Projet,  190. Code allemand,  175.

_a) Bestialit[120]._

[Note 120: Pour notes historiques intressantes, v. Krauss,
_Psych. des Verbrechens_, p. 130; Mashka, _Hdb._ III, p. 188;
Hoffmann, _Lehrb d. ger. Med._, p. 180; Rosenbaum, _Die Lustseuche_,
3e dition, 1842.]

La bestialit, quelque monstrueuse et rpugnante qu'elle puisse
paratre  tout homme honnte, ne tire pas toujours non plus son
origine de conditions psycho-pathologiques. Une moralit tombe 
un niveau trs bas, une forte impulsion sexuelle qui se butte 
des obstacles pour la satisfaction naturelle, sont peut-tre les
principales raisons de cette satisfaction contre nature qu'on
rencontre aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

Nous savons par Polak qu'en Perse elle tire souvent son origine de
l'ide fixe qu'on peut, par l'acte sodomique, se dbarrasser de
la gonorhe; de mme qu'en Europe, cette croyance est encore trs
rpandue qu'on peut, en faisant le cot avec une petite fille, se
gurir du mal vnrien.

L'exprience nous a montr que la bestialit n'est pas un fait rare
dans les tables de vaches et les curies de chevaux.  l'occasion,
un individu peut s'en prendre aussi aux chvres, aux chiennes, et mme
aux poules, comme nous l'apprennent un cas rapport par Tardieu et un
autre par Schauenstein _(Lehrb._, p. 125).

On connat l'ordre donn par Frdric le Grand au sujet d'un cavalier
qui avait sodomis une jument: Ce gaillard est un cochon, il faut le
mettre dans un rgiment d'infanterie.

Les rapports des individus fminins avec des animaux se bornent aux
relations avec des chiens. Un exemple monstrueux de la dpravation
morale dans les grandes villes, est le cas rapport par Maschka
(_Handb._ III) d'une femme qui,  Paris, en petit comit, contre une
entre paye, se montrait devant des dbauchs et se laissait couvrir
par un bulldogue dress  cette fonction!

Les tribunaux jusqu'ici n'ont pas prt attention  l'tat mental des
sodomistes et n'en ont gure tenu compte.

Dans plusieurs cas, parvenus  la connaissance de l'auteur, il
s'agissait de gens dbiles d'esprit.

Le sodomiste de Schauenstein aussi tait un alin. Le cas de
bestialit suivant est videmment d  des conditions morbides. Il
s'agit d'un pileptique. Le penchant sexuel pour les animaux apparat
ici comme un quivalent de l'instinct gnital normal.

    OBSERVATION 193.--X.... paysan, quarante ans, grec orthodoxe.
    Le pre et la mre taient de forts buveurs.  partir de l'ge
    de cinq ans, le malade a eu des accs pileptiques: il tombe
    par terre et perd conscience; il reste immobile pendant deux
    ou trois minutes; alors il se relve et se met  courir sans
    savoir ou, les yeux grands ouverts.  l'ge de dix-sept ans,
    rveil de l'instinct gnital. Le malade n'a de penchants
    sexuels ni pour les femmes, ni pour les hommes, mais bien pour
    les animaux (oiseaux, chevaux, etc.). Il fait le cot avec des
    poules, des canards, plus tard avec des chevaux, des vaches.
    Ne s'est jamais masturb.

    Le malade est peintre d'images religieuses, trs born
    d'esprit. Depuis des annes, _paranoia_ religieuse avec tats
    d'extase. Il a un amour inexplicable pour la Sainte Vierge,
    pour laquelle il donnerait sa vie. Reu  la clinique, le
    malade ne prsente pas de tares organiques ni de stigmates de
    dgnrescence anatomique.

    Il a eu de tout temps de l'aversion pour les femmes. Ayant
    essay une fois le cot avec une femme, il resta impuissant;
    en prsence des animaux il est toujours puissant. Vis--vis
    des femmes il est toujours pudique. Le cot avec des femmes
    lui semble presque comme un pch. (Kowalewsky, _Jahrb. f.
    Psychiatrie_, VII, fascic. 3.)

    OBSERVATION 194.--Le 23 septembre 1889,  midi, l'apprenti
    cordonnier W..., g de seize ans, attrapa dans le jardin d'un
    voisin une oie et fit sur cet animal des actes de bestialit,
    jusqu' l'arrive du voisin.  ses reproches il rpondit: Eh
    bien! est-ce que l'oie en est malade? et il s'loigna sur
    cette rponse.  l'interrogatoire devant le juge, il avoua
    le fait, mais il s'excusa en allguant une absence d'esprit
    temporaire. Depuis une grave maladie qu'il a eue  l'ge de
    douze ans, il a plusieurs fois par mois des accs accompagns
    de chaleurs  la tte; alors il est trs excit sexuellement,
    ne sait comment se soulager ni ce qu'il fait. C'est dans un
    de ces accs qu'il a commis l'acte. Il se dfendit de la mme
    faon  l'audience publique et prtendit n'avoir appris les
    _species facti_ que par les assertions du voisin. Le pre
    dclare que W... est originaire d'une famille saine, mais que,
    depuis qu'il a eu,  l'ge de cinq ans, la scarlatine, il a
    toujours t maladif et que,  l'ge de douze ans, il a eu une
    maladie crbrale avec fivre. W... avait de bons antcdents;
    il avait bien appris  l'cole et plus tard avait aid son
    pre dans les travaux de son mtier. Il n'tait pas adonn 
    la masturbation.

    L'examen mdical n'a amen la constatation d'aucune
    dfectuosit morale ou intellectuelle. L'examen du corps
    a permis de constater que les parties gnitales taient
    normales. Pnis relativement trs dvelopp, augmentation
    considrable du rflexe du tendon du genou. Pour le reste,
    constatations ngatives.

    Il a t tabli que l'amnsie _tempore delicti_ n'a pas
    exist. On n'a pu constater des accs de troubles mentaux
     une poque antrieure, et on n'a rien remarqu pendant la
    priode d'observation qui a dur six semaines. Il n'y avait
    pas de perversion de la _vita sexualis_. Le rapport mdical
    admit la possibilit d'tats organiques provenant d'une
    maladie du cerveau (fluxion  la tte) ayant pu exercer une
    influence sur la perptration de l'acte incrimin. (Puis dans
    un rapport mdical de M. le docteur Fritsch,  Vienne.)

    OBSERVATION 195.--(_Sodomie impulsive_).--A..., seize ans,
    garon jardinier; enfant illgitime; pre inconnu; mre
    lourdement tare, hystro-pileptique. A... a le crne et la
    face difformes, asymtriques; il en est de mme du squelette.
    Il est de petite taille; masturbateur depuis son enfance;
    toujours morose, apathique, aimant la solitude, trs
    irascible. Ses passions ragissaient d'une faon pour ainsi
    dire pathologique. C'est un imbcile; au physique, il a
    beaucoup dpri, probablement par suite de la masturbation;
    il est neurasthnique. De plus, il prsente des symptmes
    hystropathiques (diminution du champ visuel, dyschromatopsie,
    diminution du sens olfactif et du sens auditif du ct droit,
    _anaesthesia testiculi dextr._).

    A... est convaincu d'avoir en partie masturb, en partie
    sodomis des chiens et des lapins.  l'ge de douze ans, il a
    vu des garons masturber un chien. Il les imita et ne put, par
    la suite, s'empcher de tourmenter de cette faon abominable
    les chiens, les chats et les lapins qu'il rencontrait. Il
    sodomisait beaucoup plus frquemment des lapins femelles, les
    seuls animaux qui avaient quelque charme pour lui. La nuit
    tombante, il allait  l'table  lapins de son matre pour
    assouvir son horrible passion. On a plusieurs fois trouv des
    lapins avec le rectum dchir. Ses actes de bestialit avaient
    toujours lieu de la mme faon. Il s'agissait de vritables
    accs qui se produisaient priodiquement, environ toutes les
    huit semaines, le soir, et toujours avec les mmes symptmes.
    A... prouvait d'abord un grand malaise, une sensation de
    coups de marteau tombant sur sa tte. Il lui semblait qu'il
    perdait la raison. Il luttait contre l'ide obsdante qui
    surgissait et le poussait  sodomiser des lapins, il prouvait
    une angoisse croissante et une augmentation des maux de tte
    au point de ne pouvoir plus les supporter. Arriv au plus
    haut degr de cet tat, il avait des bourdonnements, une sueur
    froide lui perlait  la peau, les genoux tremblaient, enfin
    toute force de rsistance s'vanouissait, et il y avait
    excution impulsive de l'acte.

    L'acte consomm, il est dlivr de son angoisse. La crise
    nerveuse disparat, il reprend son empire sur lui-mme,
    prouve une honte profonde de ce qui vient de se passer et
    redoute le retour de cet tat. A... affirme que si, dans cette
    situation, on le plaait dans l'alternative de choisir entre
    une femme et une lapine, il ne pourrait se dcider que pour
    cette dernire. Dans les intervalles aussi, parmi les animaux
    domestiques, ce sont les lapins seuls qui lui plaisent.
    Dans ses tats d'exception, il lui suffit, pour avoir une
    satisfaction sexuelle, de presser, d'embrasser, etc., le
    lapin; mais parfois il tombe dans une telle _furor sexualis_
    qu'il lui faut imptueusement sodomiser l'animal.

    Ces actes de bestialit, sont les seuls qui puissent le
    satisfaire sexuellement et c'est pour lui la seule forme
    possible d'activit sexuelle. A... affirme qu'il n'a jamais eu
    de sensations voluptueuses; la satisfaction consiste seulement
    en ce que, par ce moyen, il se dlivre de la situation pnible
    que lui cre une contrainte impulsive.

    L'examen mdical a pu facilement dmontrer que ce monstre
    tait un dgnr psychique, un malade priv de son libre
    arbitre, mais non un criminel. (Boeteau, _la France mdicale_,
    38e anne, n 38.)

Le cas suivant ne parat pas tre de nature psycho-pathologique.

    OBSERVATION 196.--_Sodomie._--Dans une ville de province, un
    homme de classe suprieure, g de trente ans, a t surpris
    en rapport sodomique avec une poule. Depuis longtemps,
    on recherchait le malfaiteur, car les poules de la maison
    dprissaient l'une aprs l'autre.

    Le prsident du tribunal demanda  l'accus comment il avait
    pu s'aviser de commettre une action aussi dgotante; il se
    dfendit en invoquant la petitesse de ses parties gnitales
    qui lui rendait impossible tout rapport avec des femmes.
    L'examen mdical a, en effet, constat une exigut
    extraordinaire des parties gnitales. Cet individu tait tout
     fait normal au point de vue intellectuel.

    Pas de renseignements ni sur les tares ventuelles, ni sur
    l'poque du rveil de l'instinct gnital, etc. (Gyurkovechky,
    _Mnnl. Impotenz_, 1889, p. 82)


8. ACTES D'IMPUDICIT AVEC DES PERSONNES DU MME SEXE (Pdrastie,
_Sodomia sensu strictiori_).

Le Code allemand ne connat que l'acte d'impudicit entre des
personnes masculines. La loi autrichienne va plus loin et vise les
actes de ce genre commis entre personnes appartenant au mme sexe; par
consquent, l'impudicit entre femmes peut aussi tomber sous le coup
de la loi.

Parmi les actes immoraux commis entre individus masculins, la
pdrastie (_immissio penis in anum_) tient le premier rang comme
intrt. La lgislation a videmment pens exclusivement  ce genre
de perversit des actes sexuels; d'aprs les dveloppements des
commentateurs les plus autoriss du Code (Oppenhoff, _Stgsb_, Berlin,
1872, p. 324 et Rudolf et Stenglein, _D. Strafgesb f. das Deutsche
Reich_, 1881, p. 423), l'_immissio penis in corpus vivum_ est un fait
requis pour pouvoir tablir le crime prvu dans l'article 175.

D'aprs cette manire de voir, il n'y a pas lieu de poursuivre les
autres actes d'impudicit commis entre hommes,  moins que ces
actes ne soient compliqus d'une offense publique  la pudeur, ou de
l'emploi de la violence, ou du fait qu'ils ont t accomplis sur des
garons au-dessous de quatorze ans. On est revenu ces temps derniers
sur cette manire de voir, et on considre que le fait de dlit contre
nature entre individus de sexe masculin existe quand mme il n'y
aurait que des actes similaires du cot[121].

[Note 121: Un travail sur le caractre dlictueux des
rapports entre hommes publi dans la _Zeitschrift f. d. gesammte
Strafrechtswissenschaft_, t. VII, fascicule 1, ainsi qu'une tude
parue dans _Friedreichs Bltter f. gerichtl. Medizin_, anne 1891,
fascic. 6, nous indiquent d'une manire excellente combien subtile et
sujette  caution doit tre pour le magistrat l'apprciation de
ces actes similaires du cot pour constater le fait objectif du
dlit.--Consultez encore le livre de Moll: _Inversion sexuelle_, et
celui de Bernhardt: _Der uranismus_, Berlin, 1882.]

Les tudes sur l'inversion sexuelle ont mis l'amour homosexuel entre
hommes sous un jour tout autre que celui sous lequel se prsentaient
les dlits de moeurs dus  l'inversion, et particulirement la
pdrastie,  l'poque o l'on a labor les Codes. Le fait que
beaucoup de cas d'inversion sexuelle sont causs par un tat
psychopathologique, permet d'admettre sans aucun doute que la
pdrastie aussi peut tre l'acte d'un irresponsable, et c'est pour
cette raison qu'on devrait dornavant, _in foro_, apprcier non
seulement l'acte en lui-mme mais aussi tenir compte de l'tat mental
de l'accus.

Les ides donnes au dbut de ce chapitre peuvent servir ici de
rgles. Ce n'est pas l'acte, mais seulement le jugement sur l'tat
anthropologico-clinique de l'auteur qui doit trancher la question
de savoir s'il y a perversit criminelle ou perversion morbide de
l'esprit et de l'instinct qui, dans certaines circonstances, pourrait
exclure toute condamnation.

La premire question _in foro_ doit tre pose dans ce sens:
le penchant sexuel pour les personnes de son propre sexe est-il
congnital ou acquis? Et, dans ce dernier cas, il faut examiner si
cette tendance reprsente une perversion morbide ou seulement une
aberration morale (perversit).

L'inversion sexuelle congnitale ne se rencontre que chez des
individus dous d'une prdisposition morbide (tars), comme phnomne
partiel d'une tare caractrise par des anomalies anatomiques ou
fonctionnelles ou par des anomalies de ces deux genres  la fois.
Le cas se dessinera d'autant plus nettement, et le diagnostic sera
d'autant plus sr, que le caractre et la totalit des sentiments de
l'individu paratront peu conformes  sa singularit sexuelle; qu'il
y aura chez lui absence complte d'affection pour l'autre sexe ou mme
_horror_ pour les rapports htrosexuels; que cet individu prsentera
encore dans son impulsion  satisfaire son inversion sexuelle
des symptmes d'autres anomalies de la vie sexuelle ainsi qu'une
dgnrescence profonde caractrise par la priodicit de l'impulsion
et des actes impulsifs, qu'enfin ce sera un nvropathe et un
psychopathe.

L'autre question concerne l'tat mental de l'uraniste. Si cet tat est
tel que les conditions de la responsabilit manquent absolument, le
pdraste n'est pas un criminel, mais un alin irresponsable.

Ce cas est plus rare chez les uranistes congnitaux. Ordinairement ils
prsentent tout au plus des troubles psychiques lmentaires qui ne
suppriment pas la responsabilit en elle-mme.

Malgr cela, la question mdico-lgale de la responsabilit de
l'uraniste n'est pas encore tranche. L'instinct gnital est un des
besoins organiques les plus puissants. Aucune lgislation ne trouve
rprhensible en elle-mme la satisfaction sexuelle en dehors du
mariage; si l'uraniste a un sentiment pervers, ce n'est pas sa faute,
mais celle d'une prdisposition anormale. Son dsir sexuel peut tre
trs rpugnant au point de vue esthtique; mais, envisag au point de
vue morbide de l'uraniste, c'est un dsir naturel. Au surplus, chez
la majorit de ces malheureux, l'instinct sexuel pervers se manifeste
avec une force anormale, et leur conscience ne considre pas leur
instinct pervers comme une tendance contre nature. Ils n'ont donc
point de contrepoids moraux et esthtiques pour contrebalancer leur
impulsion.

Bien des hommes d'une constitution normale sont capables de renoncer
 la satisfaction de leur _libido_ sans tre atteints dans leur sant
par cette abstinence force. Beaucoup de nvropathes--et les uranistes
le sont tous--deviennent malades, quand ils ne peuvent satisfaire
leur instinct naturel ou quand cette satisfaction a lieu d'une manire
qu'ils considrent comme perverse.

La plupart des uranistes se trouvent dans une situation pnible. D'un
ct, ils ont un penchant anormalement fort pour leur propre
sexe, penchant qu'ils sentent comme une loi naturelle et dont la
satisfaction leur parat bienfaisante; d'autre part, il y a l'opinion
publique qui fltrit leurs procds, et la loi qui les menace de
condamnations infamantes. D'un ct, des tats d'me tourmentants
pouvant aller jusqu' l'hypocondrie et au suicide, ou au moins
conduire  des maladies de nerfs; de l'autre ct, la honte, la
perte de leur position sociale, etc. On ne peut contester que cette
malheureuse prdisposition morbide cre des cas de contrainte et de
force majeure. La socit et la loi devraient tenir compte de ces
faits: la premire, en plaignant ces malheureux au lieu de les
mpriser; la dernire, en ne les punissant pas, tant qu'ils restent
dans les limites traces en gnral pour la manifestation de
l'instinct gnital.

Comme confirmation de ces vues et de ces rclamations en faveur de ces
enfants mal partags de la nature, nous nous permettons de reproduire
ici un mmoire adress par un uraniste  l'auteur de ce livre; celui
qui a crit les lignes suivantes est un personnage qui occupe une
haute position sociale  Londres.

    Vous n'avez pas une ide des luttes terribles et continuelles
    que nous tous, surtout les penseurs et les dlicats, avons 
    soutenir encore aujourd'hui, et combien nous avons  souffrir
    de l'opinion errone et presque gnrale sur notre compte et
    sur notre prtendue immoralit.

    Votre opinion que ce phnomne doit, dans la plupart des cas,
    tre attribu  une prdisposition morbide congnitale
    comme cause originaire, pourra peut-tre vaincre bientt les
    prjugs existants et veiller de la compassion pour nous
    autres malades, en place de l'horreur et du mpris dont nous
    sommes encore l'objet.

    Quelque profondment que je sois convaincu que l'ide que
    vous dfendez est pour nous trs avantageuse, je ne puis,
    dans l'intrt de la science, accepter sans rserve le mot
    morbide, et je me permettrai de vous donner  ce sujet
    encore quelques explications.

    Le phnomne est en tout cas anormal; mais le terme morbide
    a encore une autre signification que je ne trouve pas
    exacte, du moins dans les nombreux cas que j'ai eu l'occasion
    d'observer personnellement. Je conviens _a priori_ que, chez
    les uranistes, les cas de troubles mentaux, de surexcitation
    nerveuse, etc., peuvent tre constats dans une proportion
    beaucoup plus considrable que chez les individus normaux.
    Cette nervosit aigu est-elle en connexit ncessaire avec la
    nature du l'uranisme ou ne doit-elle pas, dans la plupart
    des cas, tre attribue  ce que l'uraniste, par suite de la
    lgislation actuelle et des prjugs sociaux, ne peut arriver,
    comme les autres hommes,  satisfaire, d'une manire simple et
    aise, ses penchants sexuels ou gnitaux.

    Le jeune uraniste, ds qu'il sent les premires motions
    sexuelles et qu'il en fait navement part  ses camarades,
    s'aperoit bientt que les autres ne le comprennent pas. Il
    se replie donc sur lui-mme. Confie-t-il  son professeur ou
     ses parents ce qui l'meut, on lui reprsente comme criminel
    ce mouvement qui lui parat aussi naturel que la natation pour
    le poisson: et on lui dit qu'il faut combattre et supprimer
     tout prix ce penchant. Voil que commence une lutte
    intrieure, une suppression violente de l'instinct sexuel;
    et plus on en supprime la satisfaction naturelle, plus
    l'imagination s'chauffe et travaille, plus elle fait surgir,
    comme par enchantement, prcisment ces images qu'on
    voudrait bannir. Plus le caractre qui soutient ce combat
    est nergique, plus le systme nerveux doit fatalement en
    souffrir. C'est,  mon avis, cette suppression violente d'un
    instinct si profondment enracin chez nous, qui dveloppe
    les symptmes morbides que nous pouvons observer chez beaucoup
    d'uranistes, mais ces symptmes ne sont pas ncessairement en
    connexit avec les prdispositions uranistes.

    Les uns continuent pendant une priode plus ou moins longue
    ce combat intrieur, sans trve, et finissent par s'user
    compltement; les autres arrivent finalement  la conviction
    que cet instinct puissant qui leur est congnital ne peut
    pas tre un pch; ils cessent de tenter l'impossible,
    c'est--dire la suppression de leur penchant. Mais alors
    commence en ralit une srie de souffrances et d'excitations
    permanentes. Le Dioning, quand il cherche la satisfaction de
    son instinct gnital, sait toujours la trouver facilement;
    tel n'est pas la cas de l'urning. Il voit des hommes qui le
    charment, mais il ne lui est pas permis d'en rien dire, pas
    mme de laisser voir ce qui l'meut. Il croit que lui seul au
    monde a ces sentiments anormaux. Naturellement, il recherche
    la compagnie des jeunes gens, mais il n'ose pas se confier 
    eux. Ainsi il est amen  se procurer une compensation de
    la satisfaction qu'il ne peut pas obtenir. L'onanisme est
    pratiqu sur une vaste chelle, et toutes les consquences
    de ce vice se font bientt sentir. Si alors, aprs un certain
    laps de temps, il se produit un dlabrement du systme
    nerveux, le phnomne morbide n'est pas occasionn par
    l'uranisme mme, mais il a pris naissance parce que, par
    suite de l'opinion rgnante  notre poque, l'uraniste n'a
    pu trouver la satisfaction sexuelle qui lui est normale
    et naturelle, et que, par consquent, il a d tomber dans
    l'onanisme.

    Admettons que l'uraniste a eu la chance rare de rencontrer une
    me qui sente comme lui, ou qu'il a t renseign par un ami
    expriment sur les choses du monde uraniste; bien des combats
    intrieurs lui sont pargns, mais une longue srie de soucis
    troublants, de craintes, suit tous ses pas. Il sait maintenant
    qu'il n'est plus le seul au monde qui ait ces sentiments
    anormaux; il ouvre les yeux, et il est tonn du trouver tant
    de compagnons dans toutes les couches sociales et dans toutes
    les professions; il apprend que, de mme que chez les Dioning,
    il y a aussi chez les uranistes une prostitution, et qu'on
    peut avoir des hommes vnals, de mme qu'on achte des filles.
    L'occasion de satisfaire l'instinct sexuel ne fait donc plus
    dfaut. Et pourtant, combien diffrent est ici le cours des
    choses, compar  ce qui se passe chez les Dioning!

    Prenons le cas le plus heureux. L'ami de mme tendance aprs
    lequel on a langui toute sa vie, est trouv. Mais il n'est
    pas permis de se livrer franchement  lui comme le jeune homme
    s'abandonne  la fille qu'il aime. Au milieu d'une angoisse
    continuelle, tous deux doivent cacher leur liaison, mme une
    trop grande intimit qui pourrait facilement veiller les
    soupons doit rester cache devant le monde, surtout si tous
    les deux ne sont pas de mme ge ou s'ils n'appartiennent
    pas  la mme classe sociale. Ainsi commence, avec la liaison
    mme, une srie d'agitations; la crainte que leur secret peut
    tre trahi ou devin, ne permet pas au malheureux de jouir en
    toute gaiet de coeur. Un incident insignifiant pour tout
    autre le fait trembler, car il craint que les soupons soient
    veills, son secret perc  jour, ce qui compromettrait
    compltement sa position sociale et lui ferait perdre son
    poste et son mtier. Cette agitation continuelle, ces craintes
    et ces soucis permanents, ne laisseraient-ils aucune trace et
    ne retentiraient-ils pas sur tout le systme nerveux?

    Un autre, moins heureux, n'a pas trouv l'ami de sentiments
    similaires, mais il est tomb entre les mains d'un beau jeune
    homme qui d'abord a t complaisant pour lui jusqu' ce qu'il
    ait pu surprendre les secrets les plus intimes de l'uraniste.
    Alors il se met  pratiquer le chantage le plus raffin. La
    malheureuse victime, place entre l'alternative de payer ou de
    se rendre impossible dans la socit, de perdre une situation
    respecte, de se voir couvert de honte, lui et sa famille,
    paie; et plus il paie, plus devient avide le vampire qui le
    suce jusqu' ce que finalement le pauvre jeune homme n'ait
    plus le choix qu'entre la ruine matrielle ou le dshonneur.
    Qui s'tonnera que les nerfs ne soient pas toujours assez
    forts pour tenir tte  cette lutte terrible? Chez les uns,
    les nerfs succombent compltement, le trouble mental se
    produit, et le malheureux trouve enfin dans une maison de
    sant le repos qu'il n'avait pu trouver dans la vie. Un
    autre, pouss au dsespoir, met fin par le suicide  cet tat
    insupportable. Combien de suicides mystrieux de jeunes gens
    doivent tre attribus  cette circonstance! Voil ce qu'on ne
    peut mme s'imaginer!

    Je ne crois pas me tromper en affirmant que, au moins la
    moiti des suicides de jeunes gens doivent tre ramens 
    de pareilles causes. Mme dans les cas, o il n'y a pas un
    matre-chanteur inexorable qui poursuit l'uraniste, mais
    seulement une liaison entre les deux hommes, liaison qui
    en soi-mme suit un cours satisfaisant, la dcouverte ou
    seulement la crainte de la divulgation pousse souvent au
    suicide. Que d'officiers qui avaient une liaison avec un de
    leurs subordonns, que de soldats qui en entretenaient
    une avec un camarade, ont, au moment o ils se croyaient
    dcouverts, essay d'chapper  la honte en se logeant
    une balle dans la tte! Il en est de mme dans toutes les
    professions.

    Si donc, en ralit, il faut convenir qu'on observe chez les
    uranistes plus d'anomalies intellectuelles et peut-tre aussi
    des troubles mentaux en plus grand nombre, cela ne prouve pas
    encore que ces drangements intellectuels soient fatalement
    en connexit avec l'uranisme et que l'un suppose l'autre. Ma
    ferme conviction est que, dans l'immense majorit, les cas
    de troubles mentaux qu'on a observs chez les uranistes, que
    leurs prdispositions morbides, ne doivent pas tre mis sur
    le compte de leur anomalie sexuelle, mais qu'ils ont t
    provoqus par l'opinion errone actuellement rgnante sur
    l'uranisme et par la lgislation existante.

    Celui qui n'a qu'une ide approximative de la somme de
    souffrances morales et intellectuelles, des craintes et des
    soucis qu'un uraniste doit supporter, des hypocrisies et des
    cachoteries continuelles dont il est oblig de faire usage
    pour dissimuler son penchant, des difficults immenses qui
    s'opposent  la satisfaction naturelle de son instinct sexuel,
    celui-l ne peut que s'tonner qu'il n'y ait pas encore plus
    de troubles mentaux et de maladies nerveuses parmi eux.
    La plus grande partie de ces tats morbides n'arriveraient
    certainement pas  se dvelopper, si l'uraniste,  l'exemple
    du Dioning, pouvait trouver d'une manire simple et aise une
    satisfaction sexuelle, s'il n'tait plus expos  la torture
    de ses craintes ternelles.

De _lege lata_ on devrait avoir des mnagements pour l'uraniste en
tant que le paragraphe en question n'est interprt que dans le sens
d'une pdrastie effective et qu'il faut tenir compte et de l'anomalie
psychico-somatique tablie par une expertise exacte et de l'examen
individuel de la question de culpabilit.

De _lege ferenda_ les uranistes dsirent avant tout la suppression de
ce paragraphe. La lgislateur n'y consentira pas facilement, car il
pense que la pdrastie est plus souvent un vice abominable que la
suite d'une infirmit physique et mentale, que beaucoup d'uranistes,
bien que contraints  pratiquer des actes sexuels sur des personnes
de leur propre sexe, ne sont nullement forcs de se livrer  la vraie
pdrastie, acte sexuel que l'on a considr de tout temps comme
cynique et dgotant et mme nuisible, quand elle est passive. Mais le
lgislateur de l'avenir devrait cependant mrement peser si, pour des
raisons d'utilit (difficults d'tablir la culpabilit, prtextes aux
chantages les plus vils, etc.), il ne serait pas opportun de supprimer
dans les Codes les poursuites judiciaires contre l'amour entre hommes.

Les raisons que j'invoque moi-mme pour la suppression de ce
paragraphe du Code sont les suivantes:

1 Les dlits prvus dans la lgislation prennent d'habitude leur
origine dans une prdisposition morbide de l'me.

2 Seul un examen mdical trs minutieux peut diffrencier les cas
de simple perversit de ceux de perversion morbide. Mais du moment
o l'on requiert judiciairement contre l'individu, celui-ci est dj
perdu au point de vue social.

3 La plupart de ces uranistes sont non seulement atteints de
perversion, mais ont encore le malheur d'avoir un instinct dvelopp
avec une vigueur anormale. En cdant  leur instinct gnital, ils se
trouvent donc directement sous le coup d'une contrainte physique.

4 Pour beaucoup d'entre eux, ce genre de satisfaction ne parat
nullement contre nature; au contraire, pour eux, c'est la faon
naturelle, et celle qui est admise par la loi, qui est contre nature.
Ils manquent donc de tous les correctifs moraux qui pourraient les
empcher de commettre leur dlit sexuel.

5  dfaut d'une dfinition exacte de ce qu'il faut entendre par
impudicit contre nature, on a laiss une trop grande latitude 
l'arbitraire personnel du juge. L'interprtation de plus en plus
subtile du  175, en Allemagne, nous montre combien la manire
d'envisager juridiquement le cas varie et est peu fixe. Le fait
objectif est dcisif pour le jugement. (En gnral on ne s'inquite
jamais du fait subjectif.) Comment peut-on tablir le premier? Le
dlit est toujours commis sans tmoins.

6 On ne peut invoquer aucune raison thorique ou juridique pour
le maintien de l'article du Code. Il n'a que rarement pour effet
d'empcher le dlit par crainte de la punition; son application ne
corrige jamais, car des phnomnes naturels morbides ne peuvent pas
tre dtruits par une punition; comme chtiment d'un acte punissable
qui ne l'est que dans certaines conditions souvent errones,
l'application de cet article peut amener les injustices les plus
formidables. Qu'on n'oublie pas que, dans divers pays civiliss, cet
article du Code n'existe pas, et qu'en Allemagne il ne reprsente
qu'une concession faite au sentiment de la morale publique qui
cependant part d'une supposition fausse et confond la perversion avec
la perversit.

7  mon avis, la jeunesse et la moralit publique sont suffisamment
protges en Allemagne par d'autres articles du Code; l'article 175
fait plus de mal que de bien, car il favorise une des infamies les
plus abominables: le chantage.

Il est vrai qu'on punit aussi le matre-chanteur qui a dnonc le
fait, mais il a pour lui la chance norme que sa victime ne laissera
pas venir les choses  l'extrme, c'est--dire jusqu' la dnonciation
au parquet. Dans les plus mauvais cas, un coquin de cette espce
se laisse nourrir en prison pendant quelque temps, sans qu'il soit
compromis dans son existence honteuse, tandis que sa victime est
dshonore, ruine, et finit souvent par le suicide.

8 Dans le cas o le lgislateur allemand croirait que la suppression
de l'article 175 compromettrait la protection de la jeunesse, il
suffirait d'tendre l'article 176, alina 1, aux individus en gnral,
car l'article, dans sa rdaction actuelle, ne punit que les actes
d'impudicit commis sur les femmes par violence ou menaces. Le Code
pnal franais a un paragraphe dans ce sens. ventuellement, on
pourrait songer encore  modifier l'article 176, alina 3, en fixant
une limite d'ge plus leve que dix-sept ans, limite  partir de
laquelle les actes d'impudicit commis sur de jeunes individus ne
seraient plus poursuivables. Cette extension profiterait aussi 
bien des individus fminins qui,  l'ge de quinze ans, n'ont
qu'exceptionnellement la maturit d'esprit ncessaire et la capacit
pour se diriger elles-mmes et pouvoir se protger suffisamment. Par
l on offrirait aussi aux jeunes individus du sexe masculin (environ
jusqu' l'ge de seize ans) une protection plus efficace que ne
saurait le faire l'article 175 qui, comme on sait, ne vise que la
pdrastie (et, d'aprs de nouvelles interprtations, d'autres actes
similaires du cot), mais qui laisse impunis l'onanisme et les autres
actes d'impudicit. C'est prcisment par ces actes d'impudicit
que les uranistes deviennent dangereux pour les jeunes gens, et
exceptionnellement par la pdrastie. Le lgislateur n'a ni le droit
ni le devoir de menacer de peines des actes immoraux _inter mares_
qui ont lieu _portis clausis_ et avec consentement mutuel, quand les
personnes dont il s'agit ont atteint au moins leur seizime anne, ge
o l'individu dispose dj d'une somme suffisante de maturit morale
et intellectuelle; ces choses sont l'affaire personnelle de chacun,
car aucun intrt public ou priv n'est ls.

Ce qui a t dit de _lege lata_, relativement  l'inversion
congnitale, pourrait s'appliquer  l'inversion acquise. La nvrose
ou psychose qui l'accompagne psera beaucoup, au point de vue
mdico-lgal, dans la balance, quand il s'agira de trancher la
question de la culpabilit.

Un fait d'un trs grand intrt psychopathologique et, selon les
circonstances, mdico-lgal, c'est que, dans le cas o ces invertis
prouvent un refus dans leur amour ou mme une infidlit de la
part de leur amant, ils deviennent capables de toutes ces ractions
psychiques, jalousie et vengeance, que nous pouvons si souvent
observer dans l'amour entre homme et femme et qui frquemment poussent
l'individu outrag dans ses sentiments les plus chers  des actes de
violences contre l'objet de son amour ou contre celui qui lui a vol
son bonheur.

Rien ne prouve mieux combien l'inversion sexuelle est enracine dans
la constitution, combien elle domine tous les sentiments, les
penses et les efforts de l'individu, et combien elle se substitue
compltement  la manire normale de sentir et de se dvelopper des
htrosexuels. Un exemple qui montre de quels actes est capable cet
amour repouss ou trahi, nous est fourni par le cas suivant,
trs instructif, et qui a t emprunt  la chronique judiciaire
amricaine. Je suis particulirement oblig  M. le Dr Boeck, de
Vienne, qui s'est donn la peine de recueillir les documents de cette
cause clbre dans les journaux et dans les comptes rendus des dbats
judiciaires.

    OBSERVATION 197.--_Une fille atteinte d'inversion sexuelle
    assassine son amante qui n'a pas voulu rpondre  son amour._

     Memphis, aux tats-Unis de l'Amrique du Nord, une jeune
    fille, Alice M..., issue d'une des premires familles de la
    ville, a assassin, au mois de janvier 1892, son amie Freda
    W..., galement issue d'une famille du meilleur monde. Elle
    lui a donn plusieurs coups de rasoir au cou.

    L'enqute judiciaire a donn les rsultats suivants. Alice
    est lourdement tare du ct de son ascendance maternelle:
    un oncle et plusieurs cousins du premier degr taient des
    alins, la mre, d'une prdisposition psychopathique, eut
    aprs chaque accouchement une priode de folie puerprale
    qui fut plus grave quand elle accoucha de son septime
    enfant, l'accuse Alice. Plus tard, elle tomba dans un tat de
    dbilit mentale, avec ides de perscution.

    Un frre de l'accuse eut pendant quelque temps des troubles
    d'esprit,  la suite d'une insolation,  ce qu'on prtend.

    Alice M... a dix-neuf ans; de taille moyenne, elle n'est pas
    jolie. La figure est enfantine et presque trop petite en
    proportion du corps, asymtrique; le ct droit de la
    face est plus dvelopp que le gauche; le nez est d'une
    irrgularit surprenante, le regard perant. Alice M... est
    gauchre.

    Ds l'entre en pubert, elle eut frquemment de grands maux
    de tte d'une dure assez longue. Une fois par mois elle
    souffrait d'hmorragies nasales, et souvent mme, ces derniers
    temps, d'accs de tremblement et de _tremor_. Une fois elle en
    perdit connaissance.

    Alice tait une enfant nerveuse, irritable, et en retard dans
    son dveloppement. Elle n'prouva jamais de plaisir aux jeux
    des enfants et pas du tout aux amusements des petites filles.
     l'ge de quatre  cinq ans, elle trouvait beaucoup de
    plaisir  corcher des chats ou  les suspendre par une patte.

    Elle prfrait  ses soeurs son frre cadet et ses jeux de
    garon; elle cherchait  le dpasser en fouettant les toupies,
    dans le _base-ball_ et _foot-ball_, ensuite au tir  la cible
    et dans toutes sortes de gamineries. Son exercice favori tait
    de grimper, et elle y avait acquis une grande adresse. Elle
    aimait particulirement  s'occuper  l'curie auprs des
    mulets. Elle avait six ou sept ans, lorsque son pre acheta
    un cheval; elle aimait  soigner cet animal,  lui donner 
    manger,  monter sur lui sans selle,  la faon des garons,
    et  se faire mener ainsi dans les champs. Plus tard encore,
    elle s'occupait  nettoyer le cheval,  lui laver les pieds;
    elle le conduisait par la bride  travers les rues, elle lui
    mettait les harnais, l'attelait; elle s'entendait trs bien 
    l'attelage des voitures et  les raccommoder.

     l'cole, elle ne peut suivre que lentement et incompltement
    les cours; elle est incapable de s'occuper srieusement de
    quelque chose; elle saisit et retient difficilement. On essaie
    de lui apprendre la musique et le dessin, mais on choue
    compltement; il est impossible de lui faire faire des
    ouvrages fminins. Plus tard, elle n'a pas non plus de got
     la lecture; elle ne lit ni livres, ni journaux. Elle est
    entte et capricieuse; ses professeurs et les gens de sa
    connaissance croient qu'elle n'est pas normale.

    tant enfant, elle ne se commet pas avec les garons, n'a pas
    de camarades parmi eux; plus tard, elle n'a pas d'intrt pour
    les jeunes gens; elle n'a personne qui lui fasse la cour. Elle
    se comporte toujours avec indiffrence envers les jeunes gens,
    quelquefois avec brusquerie, et elle passe pour folle parmi
    eux.

    Elle prouva une affection extraordinaire, aussi haut que
    ses souvenirs remontent, pour Freda W..., fille du mme ge
    qu'elle et enfant d'une famille amie. Fr. tait dlicate
    et pleine de sentiment; elle avait un caractre de fille;
    l'affection existait des deux cts, mais elle tait beaucoup
    plus violente chez Alice; elle s'accrut avec les annes au
    point de devenir une passion. Un an avant la catastrophe, la
    famille W. transporta son domicile dans une autre ville. Al.
    resta plonge dans le chagrin le plus profond. Il s'engagea
    alors une correspondance tendre et amoureuse.

    Deux fois Al. va faire une visite  la famille de Fr.; alors
    les deux jeunes filles ont des rapports d'une tendresse
    dgotante, comme l'affirment les tmoins. On les voit des
    heures entires, couches dans le mme hamac, se pressant
    l'une contre l'autre et s'embrassant. C'taient des pressions
    et des baisers entre les deux filles  en avoir le dgot.
    Al. a honte de faire de pareilles choses en public; elle en
    est blme par Fr.

    Pendant une contre-visite de Freda, Alice essaie de la tuer;
    elle veut, pendant que son amie dort, lui verser du laudanum
    dans la bouche; la tentative choua, car Fr. se rveilla.

    Al. prend alors devant Fr. le poison et en est longtemps
    malade. Voici le mobile de la tentative d'assassinat et de
    suicide: Fr. avait manifest de l'intrt pour deux jeunes
    gens; Al. dclara ne pouvoir vivre sans l'amour de Fr.;
    ensuite elle a voulu se suicider pour se dlivrer de ses
    souffrances et rendre  Fr. sa libert. Aprs la gurison
    d'Al., la correspondance entre les deux amies reprend son
    cours et elle est plus que jamais remplie de protestations
    d'un amour passionn.

    Bientt aprs, Al. commence  dvelopper  son amante son
    projet de l'pouser. Elle lui envoie une bague de fianailles;
    elle menace de la tuer en cas de rupture de promesse. Toutes
    les deux devaient prendre un pseudonyme et fuir ensemble 
    Saint-Louis. Al. voulait s'habiller en homme et chercher de
    l'ouvrage pour toutes les deux; elle voulait aussi, si Fr.
    le dsirait, se faire pousser des moustaches; elle esprait
    obtenir ce rsultat en se rasant.

    Peu de temps avant la mise  excution de la fuite de Fr., le
    plan est dvoil; la fuite est empche; on renvoie  la mre
    d'Al. la bague de fiance et d'autres reliques d'amour, et
    l'on interdit tout rapport entre les deux jeunes filles.

    Al. est compltement abattue. Elle perd le sommeil, ne prend
    que peu de nourriture et  contre-coeur; elle est apathique,
    distraite (elle met sur les comptes de mnage le nom de son
    amante au lieu du sien). Elle cache la bague et les autres
    reliques d'amour, entre autres un d de Fr. qu'elle avait
    rempli du sang de l'amie, dans un coin de la cuisine o elle
    passe des heures entires en contemplant ces objets, tantt
    riant, tantt clatant en sanglots.

    Elle maigrit; sa figure prend une expression craintive, les
    yeux ont une lueur trange et sinistre.  cette poque, elle
    apprend la prochaine visite de Fr.  Memphis; elle conoit
    alors le projet de tuer Fr. puisqu'elle ne peut la
    possder. Elle s'empare d'un rasoir de son pre et le garde
    soigneusement.

    Elle entame avec l'amoureux de Fr., en feignant de l'intrt
    pour lui, une correspondance, afin de pouvoir jeter un coup
    d'oeil dans leurs relations et pour se tenir au courant du
    dveloppement que prendrait cette liaison.

    Pendant la sjour de Fr.  Memphis, toutes les tentatives
    d'Al. pour se rapprocher d'elle ou entrer en correspondance
    avec elle, chouent. Elle guette Fr. dans la rue, tente une
    fois dj d'excuter son projet; mais elle en est empche
    par un hasard. Ce n'est que le jour du dpart de Fr. qu'elle
    russit  s'approcher d'elle sur la route qui va au paquebot.

    Profondment froisse de ce que Fr., dans toute la route
    qu'elle suit dans une petite voiture  ct d'elle, n'a pas
    une parole pour elle, pas seulement un regard, Al. saute de
    sa voiture, attaque Fr. et lui porte un coup profond avec un
    rasoir. Battue et insulte par la soeur de Fr., elle entre
    dans une rage folle et coupe aveuglment la gorge de Fr.
     coups de rasoir vigoureux et profonds; une des blessures
    s'tend d'une oreille  l'autre. Pendant que tout le monde
    s'occupe autour de Fr., Al. part dans sa voiture  bride
    abattue et parcourt  tort et  travers la ville avant de
    rentrer  la maison.  peine rentre, elle raconte  sa mre
    ce qu'elle vient de faire. Elle ne comprend pas ce que cet
    acte a d'horrible; les blmes, l'vocation des consquences
    graves la laissent absolument froide et ne l'meuvent pas;
    c'est seulement lorsqu'elle apprend la mort et l'enterrement
    de Fr. qu'elle se rend compte de la perte de sa bien-aime;
    elle clate en sanglots et en pleurs passionns; elle embrasse
    toutes les photographies qu'elle possde de Fr. et leur parle
    comme si Fr. vivait encore.

    Pendant l'audience publique, elle se fait remarquer aussi par
    son indiffrence pour les membres profondment affligs de
    sa famille et par son insensibilit pour tous les rapports
    thiques de son action.

    Seulement, quand on voque les souvenirs de son amour pour Fr.
    et de sa jalousie, elle est mue et excessivement agite. Fr.
    lui a manqu de fidlit, elle l'a tue parce qu'elle
    l'avait aime. Tous les experts dpeignent le dveloppement
    intellectuel de l'accuse comme tant au niveau de celui d'une
    fille de treize  quatorze ans. Elle comprend que des enfants
    n'auraient pu natre de son union avec Fr., mais elle ne veut
    pas convenir que son mariage aurait t une chose insense.
    Elle repousse la supposition d'avoir eu avec Fr. des rapports
    sexuels (peut-tre masturbation). Sur ce point, de mme que
    sur sa _vita sexualis peracta_, on n'apprend absolument rien;
    on n'a pas procd non plus  un examen gyncologique.

    Le procs se termine par un verdict constatant l'alination
    mentale de l'accuse. (_The Memphis Medical Monthly_, 1892.)


LA PDRASTIE ACQUISE ET NON MORBIDE[122].

[Note 122: Pour notes historiques intressantes, consulter Krauss,
_Psychologie des Verbrechens_, p. 114; Tardieu, _Attentats_; Maschka,
_Hdb._ III, p. 174. Ce vice parat avoir pris son origine en Asie et
s'tre propag de l  travers la Crte en Grce et y avoir t trs
rpandu  l'poque de l'antique Hellas. De l il parvint  Rome, o
il s'est dvelopp. En Perse, en Chine (o il est mme tolr), il est
trs rpandu, mais aussi en Europe. (Comparez Tardieu, Tarnowsky et
autres).]

La pdrastie reprsente une des pages les plus pouvantables de
l'histoire des dbauches humaines.

Les motifs qui amnent  la pdrastie un homme qui primitivement a
des sentiments sexuels normaux et qui est sain d'esprit, peuvent tre
trs divers. Elle peut temporairement servir de moyen de satisfaction
sexuelle,  dfaut du moyen normal, de mme que, dans des cas rares,
il y a bestialit  la suite d'une abstinence force des jouissances
sexuelles normales[123].

[Note 123: Il ressort des faits recueillis par Lombroso que des
rapports sexuels entre des individus du mme sexe, ont lieu aussi chez
les animaux forcs  l'abstinence. (_Le Criminel_, p. 20, etc.)]

Ce fait se produit  bord des navires  longue course, dans les
prisons, les bagnes, etc. Il est fort probable que, dans ces runions
d'individus, il y en a qui sont d'une moralit trs basse et d'une
sensualit trs puissante, ou bien qu'il y a de vritables uranistes
qui deviennent les sducteurs des autres. La volupt, l'instinct
d'imitation, la rapacit font le reste.

Toutefois, preuve bien caractristique de la puissance de l'instinct
gnital, ces mobiles suffisent pour vaincre l'horreur de l'acte contre
nature.

Une autre catgorie de pdrastes est reprsente par ces vieux rous
qui sont saturs des jouissances sexuelles normales et qui trouvent
dans la pdrastie un moyen de ranimer leur volupt, l'acte ayant pour
eux le charme de la nouveaut. Ils stimulent temporairement par ce
moyen leur puissance psychique et somatique abaisse. Cette nouvelle
situation sexuelle les rend, pour ainsi dire, relativement puissants,
et leur donne des jouissances que les rapports sexuels avec la femme
ne peuvent plus leur offrir. Avec le temps la puissance pour l'acte
pdraste disparat aussi. Alors ces individus peuvent en venir  la
pdrastie passive comme  un stimulant passager qui les met dans
la possibilit d'accomplir la pdrastie active, de mme qu'ils ont
occasionnellement recours  la flagellation,  la contemplation de
scnes lascives. (Cas de bestialit cit par Maschka.)

La fin de l'activit sexuelle chez les individus atteints d'une telle
dgradation morale, consiste en faits d'impudicit de toutes sortes
avec des enfants, _cunnilingus_, _fellare_ et autres horreurs.

Cette sorte de pdrastie est la plus dangereuse, car les individus de
ce genre poursuivent avant tout et dans la plupart des cas les jeunes
garons, et leur corrompent l'me et le corps.

Les observations que Tarnowsky (_op. cit._, p. 53, etc.) a recueillies
 ce sujet dans la Socit de Saint-Ptersbourg sont horribles.
Ce sont les pensionnats qui sont le thtre et les foyers de la
pdrastie. De vieux rous et des uranistes jouent le rle de
sducteurs. Au commencement il en cote  celui qu'on sduit
d'accomplir cet acte dgotant. Il a d'abord recours  son imagination
et voque l'image d'une femme. Peu  peu il s'habitue  cette
abomination. Finalement, semblable  l'homme dtraqu sexuellement par
la masturbation, il devient relativement impuissant en prsence de
la femme et en mme temps assez libidineux pour se plaire  l'acte
pervers. Suivant les circonstances, cet individu devient un cynde
vnal.

Ces faits ne sont pas rares dans les grandes villes ainsi que nous
l'apprennent les observations recueillies par Tardieu, Hoffmann, Liman
et Taylor. Il ressort de nombreuses communications que j'ai reues de
la part d'uranistes, qu'il existe une prostitution professionnelle,
de vritables maisons de prostitution pour l'amour entre individus
masculins.

Ce qui est encore digne d'tre remarqu, ce sont les artifices de la
coquetterie que ces mrtrices mles dploient sous forme de toilettes
de luxe, de parfums et de vtements de coupe fminine, pour attirer
les pdrastes et les uranistes. Cette imitation intentionnelle des
particularits de la femme se retrouve d'ailleurs spontanment et
inconsciemment chez les invertis congnitaux et parfois dans les cas
d'inversion sexuelle (morbide) acquise.

Les lignes suivantes fournissent des renseignements intressants et
prcieux pour le psychologue et surtout pour les fonctionnaires de la
police, sur la vie sociale et les menes des pdrastes.

Coffignon, _La Corruption  Paris_, p. 327, divise les pdrastes
actifs en amateurs, entreteneurs et souteneurs.

Les amateurs (rivettes) sont des gens dbauchs, mais souvent des
invertis congnitaux, appartenant au monde, ayant de la fortune et qui
ont des raisons de bien se garder que la satisfaction de leurs dsirs
homosexuels soit connue.  cet effet, il vont dans les lupanars, les
maisons de passe ou dans les appartements particuliers des prostitues
fminines qui ont l'habitude d'tre en bons termes avec les prostitus
masculins. C'est ainsi qu'ils se mettent  l'abri du chantage.

D'aucuns de ces amateurs ont assez d'audace pour se livrer dans des
lieux publics  leurs dsirs abominables. Ils risquent d'tre arrts,
mais moins facilement (dans les grandes villes) le chantage. On dit
que le danger augmente leur jouissance secrte.

Les entreteneurs sont de vieux pcheurs qui ne peuvent s'empcher,
mme au risque de tomber entre les mains des matres-chanteurs,
d'entretenir une matresse masculine.

Les souteneurs sont des pdrastes qui ont subi des condamnations,
qui soutiennent un petit jsus, qui l'envoient en expdition pour
attirer des clients (faire chanter les rivettes), et qui, autant que
possible, surviennent au moment psychologique pour plumer la victime.

Souvent ils vivent ensemble par bandes; chacun remplit selon ses gots
actifs ou passifs le rle d'homme ou de femme. Dans ces bandes, il y
a de vritables noces, des mariages, des bndictions nuptiales, avec
banquets et accompagnement des nouveaux maris dans leurs chambres.

Ces souteneurs lvent leurs petits jsus. Les pdrastes passifs sont
des petits jsus, des jsus, ou des tantes.

Les petits jsus sont des enfants abandonns et dvoys que le
hasard amne dans les mains d'un pdraste actif qui les sduit et
leur ouvre alors une carrire horrible pour gagner leur vie, soit
comme entretenus, soit comme les htares masculines des rues avec ou
sans souteneur.

Les petits jsus les plus russ et les plus recherchs sont levs et
dresss par ceux qui enseignent  ces enfants l'art d'une mise et d'un
maintien fminins.

Peu  peu ils cherchent  se dbarrasser de leurs professeurs et
exploiteurs pour devenir femmes entretenues; souvent ils arrivent
 cette mancipation par une dnonciation anonyme du souteneur  la
police.

La proccupation du souteneur et du petit jsus est que ce dernier
garde, par toutes sortes d'artifices de toilette, son air juvnile
aussi longtemps que possible.

L'extrme limite d'ge est probablement la 25e anne. Alors il devient
jsus et femme entretenue; dans ce cas, il est souvent entretenu
par plusieurs individus  la fois. Les jsus se divisent en
filles galantes, c'est--dire ceux qui sont de nouveau tombs en la
possession d'un souteneur, et en pierreuses (coureurs ordinaires des
rues comme leurs collgues fminines), et enfin en domestiques.

Ces derniers prennent une place de domestique chez des pdrastes
actifs pour servir  leurs dsirs ou parfois aussi pour leur amener
des petits jsus.

Une subdivision de cette catgorie de domestiques est compose
par ceux qui se placent comme femme de chambre petit jsus. Le but
principal de ces domestiques est de se procurer, tant en place, des
documents compromettants  l'aide desquels ils pourront faire plus
tard du chantage et se procurer, par cette extorsion, une existence
assure pour leurs vieux jours.

La catgorie la plus dtestable des pdrastes passifs est bien cette
des tantes, c'est--dire des souteneurs de prostitues fminines,
qui ont une vie sexuelle normale, mais qui, monstres au moral,
pratiquent la pdrastie passive par pret au gain ou dans le but de
faire du chantage.

Les amateurs riches ont leurs runions, leurs locaux o les passifs
apparaissent vtus en femmes et o l'on fait les orgies les plus
horribles. Les garons de service, les musiciens de ces soires sont
tous pdrastes. Les filles galantes n'osent pas, sauf en temps de
carnaval, se montrer vtus en femmes dans les rues, mais ils
savent afficher leur mtier honteux par certaines marques dans leur
extrieur, dans la coupe fminine de leur mise, etc.

Ils attirent par gestes, par attouchements, etc.; ils mnent leurs
conqutes dans les htels, les bains ou les bordels.

Ce que l'auteur dit du chantage est gnralement connu. Il y a des cas
o des pdrastes se laissent extorquer toute leur fortune.

La note suivante coupe dans une feuille berlinoise
(_National-Zeitung_) du mois de fvrier 1881, qui m'est tombe par
hasard entre les mains, parat de nature  bien caractriser la vie et
les menes des uranistes.

    _Le bal des mysogines._ Presque tous les lments de la
    socit de Berlin ont leurs runions: les gros, les chauves,
    les clibataires, les veufs. Pourquoi les ennemis du sexe
    fminin n'auraient-ils pas la leur? Cette espce d'hommes,
    trs curieuse au point de vue psychologique, mais peu
    difiante au point de vue social, donnait ces jours derniers
    un bal. L'affiche annona: Grand bal masqu viennois.
    On procdait avec une svrit extrme  la vente et  la
    distribution des billets: ces messieurs veulent tre entre
    eux. Leur rendez-vous est un grand local de danse bien connu.
    Nous entrons dans la salle vers minuit. On danse ferme aux
    sons d'un orchestre trs bien tenu. L'paisse fume qui
    voile les becs de gaz ne permet pas de voir ressortir assez
    nettement les dtails des mouvements du public. Ce n'est que
    pendant l'entr'acte que nous pouvons passer une revue plus
    minutieuse. Les masques sont en immense majorit; on ne voit
    qu'isolment l'habit noir et la robe de soire.

    Mais qu'est-ce que c'est que cela? Une dame en tarlatan rose
    qui passe prs de nous avec un grand bruit de froufrou,
    tient dans le coin de sa bouche un cigare allum et lance des
    bouffes de fume comme un cuirassier. Elle porte une petite
    barbe blonde  peine dissimule par le maquillage. Maintenant
    elle cause avec un ange fortement dcollet qui est plant
    l, les bras nus derrire le dos et qui fume aussi. Ce sont
    deux voix d'hommes et le sujet d'entretien est aussi trs
    masculin; il s'agit de ce fichu tabac qui ne tire pas. Voil
    donc deux hommes en toilettes de femmes.

    Un clown, comme on en voit tant, est l-bas prs d'une colonne
    en conversation trs affectueuse avec une ballerine et enlace
    d'un bras la taille irrprochable de cette dernire. Elle a
    une coiffure  la Titus blonde, un profil trs accentu et
     ce qu'il parat des formes plantureuses. Les boucles
    d'oreilles tincelantes, le collier avec le mdaillon autour
    du cou, les paules et les bras pleins et arrondis ne laissent
    aucun doute sur son authenticit jusqu' ce que, avec un
    mouvement brusque, elle se dtache du bras qui la tient et
    en billant dise d'une voix du plus bas creux: mile tu es
    aujourd'hui trop ennuyeux. Le professeur en croit  peine ses
    yeux: la ballerine aussi est du sexe masculin!

    Plein de mfiance nous continuons notre examen. Nous sommes
    prs de supposer qu'ici on joue au monde renvers, car voil
    que nous voyons marcher ou plutt trottiner un homme,--non
    dcidment cela n'en est pas un, bien qu'il porte une petite
    moustache bien soigne. Ces cheveux boucls et bien soigns,
    cette figure maquille et poudre, avec des sourcils fortement
    dessins  l'encre de Chine, ces boucles d'oreilles d'or, ce
    bouquet de fleurs qui couvre la partie comprise entre l'paule
    gauche et la poitrine et qui orne l'lgant _smocking_ noir,
    ces bracelets d'or aux poignets et cet ventail lgant 
    la main gante de blanc: ce ne sont point les attributs d'un
    homme. Et avec quelle coquetterie il manie son ventail, comme
    il se dandine et se tourne, comme il trottine et chuchotte!
    Et pourtant! Et pourtant la nature si bonne a cr homme cette
    poupe! Il est vendeur dans une maison de confection de notre
    capitale, et la ballerine que nous venions de voir  l'instant
    est son collgue.

    L bas,  une table de coin, on semble tenir grand cercle.
    Plusieurs messieurs d'un ge mr se pressent autour d'un
    groupe de dames fort dcolletes qui sont assises devant
    des bouteilles de vin et qui,  en juger par leur hilarit
    bruyante, ne lancent pas des plaisanteries trs discrtes.
    Qui sont ces trois dames? Dames, dit en souriant mon guide
    expriment; celle  droite, aux cheveux bruns et en costume
    de fantaisie  demi-long, c'est la marchande de beurre, de
    son mtier garon coiffeur; la seconde, la blonde, en costume
    de chanteuse de caf-concert, avec un collier de perles, est
    ici connue sous le nom de Miss Ella sur la Corde, de son
    mtier un ouvrier tailleur pour dames; la troisime c'est la
    fameuse Lotte, si connue et si clbre.

    Mais il est impossible que cela soit un homme! Voyez cette
    taille, ce buste, ces bras classiques, tout cet air et ces
    manires ont un caractre dcidment fminin!

    On m'apprend que Lotte tait autrefois comptable.
    Aujourd'hui elle ou plutt il est exclusivement Lotte et
    il trouve son plaisir  tenir les hommes aussi longtemps que
    possible en erreur sur son sexe. Lotte est en train de chanter
    un couplet qui n'est pas tout  fait conforme  l'tiquette
    d'une Cour impriale; elle fait entendre, grce  un
    entranement et  un exercice de longues annes, une voix
    d'alto que bien des cantatrices pourraient lui envier. Lotte
    a aussi trs souvent travaill dans la spcialit d'actrice
    comique. Aujourd'hui l'ancien comptable s'est tellement
    absorb dans son rle de dame que, mme quand il sort dans la
    rue, il parat toujours en toilette de femme, et les gens chez
    lesquels il est log, racontent qu'il se sert mme d'une robe
    de nuit de dame joliment brode.

    En examinant de plus prs les assistants, j'ai dcouvert,  ma
    grande surprise, plusieurs personnes de ma connaissance: mon
    cordonnier que j'aurais pris pour tout autre chose plutt que
    pour un ennemi du beau sexe; il est aujourd'hui dguis en
    Trouvre avec pe et chapeau  plumes et sa Lonore en
    costume de fiance me donne habituellement au bureau de tabac
    les Havanne et les Upmann. Je reconnais bien distinctement
    la Lonore qui pendant l'entr'acte s'est dgante: voil
    bien ses grandes mains couvertes d'engelures. Tiens! voil
    aussi mon fournisseur de cravates! Il court dans un costume
    bien risqu; il est en Bacchus et le cladon d'une dame
    attife d'une manire dplaisante, dame qui,  d'autres
    heures, sert comme garon de brasserie. Les vraies dames
    qu'on rencontre ne sauraient faire le sujet d'une description
    destine  la publicit. Dans tous les cas celles-ci n'ont de
    rapports qu'entre elles et vitent tout rapprochement avec
    les hommes mysogines, pendant que ceux-ci restent et s'amusent
    entre eux, et ne prennent aucun souci du sexe fminin.

Ces faits mritent l'attention pleine et entire des autorits
policires qui devraient tre  mme d'avoir lgalement le mme
pouvoir d'agir contre la prostitution masculine, que contre la
prostitution fminine.

Dans tous les cas, la prostitution masculine est de beaucoup plus
dangereuse pour la socit que la prostitution fminine: c'est la plus
grande des hontes dans l'histoire de l'humanit.

Je sais par les renseignements d'un fonctionnaire suprieur de la
police de Berlin que celle-ci connat jusque dans ses moindres dtails
le demi-monde masculin de la capitale allemande et qu'elle fait tout
son possible pour combattre le chantage chez les pdrastes, car
souvent les matres-chanteurs ne craignent pas de commettre mme un
assassinat.

Les faits que nous venons de citer justifient notre dsir de voir le
lgislateur de l'avenir renoncer, du moins pour des raisons d'utilit,
aux poursuites judiciaires contre la pdrastie.

Il est  remarquer  ce sujet que le Code franais laisse la
pdrastie impunie tant qu'elle ne constitue pas en mme temps un
outrage public  la pudeur. Peut-tre pour des raisons politiques et
sociales le nouveau Code italien aussi passe sous silence le dlit
d'impudicit contre nature, de mme que la lgislation hollandaise, et
autant que je sache les lgislations belge et espagnole.

Nous laissons de ct la question de savoir dans quelle mesure les
pdrastes d'levage peuvent tre considrs encore comme normaux
au physique et au moral. Il est probable que la plupart d'entre eux
souffrent de nvroses gnitales. Dans tous les cas, on trouve des
transitions qui se confondent presque avec l'inversion sexuelle
acquise. On ne peut pas, en gnral, mettre en doute la responsabilit
de ces individus qui sont encore bien au-dessous de la prostitue.

En ce qui concerne la forme de la satisfaction sexuelle, on peut, en
somme, caractriser les diverses catgories des hommes aimant
l'homme par ce trait que l'uraniste congnital ne devient
qu'exceptionnellement pdraste, et qu'il y est amen ventuellement
aprs avoir essay et puis tous les autres actes d'impudicit
possibles entre des individus de sexe masculin.

La pdrastie passive est idalement et pratiquement la forme qui
correspond  l'acte sexuel. L'uraniste accomplit la pdrastie
active par complaisance. L'important est son inversion congnitale
et inaltrable. Il n'en est pas de mme avec le pdraste qui l'est
devenu par ducation. Il s'est comport sexuellement d'une faon
normale ou du moins il a senti ainsi; et pisodiquement,  ses heures
de libert, il a encore des rapports avec l'autre sexe.

Sa perversit sexuelle n'est ni primitive ni inaltrable. Il commence
par la pdrastie et finit ventuellement par d'autres pratiques
sexuelles qui sont encore possibles malgr la faiblesse du centre
d'rection ou du centre d'jaculation. Son dsir sexuel, quand il est
 l'apoge de la puissance, n'est pas pour la pdrastie passive, mais
pour l'active. Toutefois il consent, par complaisance ou par rapacit
d'htare masculin,  se prter  la pdrastie passive; parfois c'est
aussi un moyen de stimuler sa puissance en voie d'extinction afin de
pouvoir de temps en temps encore accomplir la pdrastie active.

Une chose bien dgotante que nous devrions mentionner encore c'est la
_pdicatio mulierum_[124] et mme _uxorum_, selon les circonstances.

[Note 124: Comparez Tardieu, _Attentats_, p. 198; Martineau,
_Deutsche med. Zeitg._, 1882, p. 9; Virchow, _Jahrbuch_, 1881, p. 553;
Coutagne, _Lyon mdical_, n 35, 36.]

Des dbauchs accomplissent ces actes d'un got particulier sur des
filles vnales ou mme sur leurs pouses. Tardieu cite des exemples
d'hommes qui, en dehors du cot rgulier avec leurs pouses, faisaient
de temps en temps la pdication. Parfois la crainte de provoquer une
nouvelle grossesse peut pousser l'homme  cet acte et dcider la femme
 le tolrer.

    OBSERVATION 198 (_Pdrastie impute mais non prouve.
    Renseignements puiss dans le dossier_).--Le 30 mai 1888 le
    docteur chimiste S... a t dnonc par une lettre anonyme
    adresse  son beau-pre comme entretenant des rapports
    immoraux avec le fils du boucher G..., jeune homme g de
    dix-neuf ans. On remit au docteur S... la lettre. Indign
    du contenu de cette missive, il alla trouver son suprieur
    hirarchique qui lui promit de procder discrtement dans
    cette affaire, de s'informer auprs de la police des propos
    qui couraient dans le public et de ce qu'on en disait en
    gnral.

    Le 31 mai au matin, la police arrta le jeune G..., qui tait
    atteint de blennorrhagie avec orchite et qui tait couch dans
    l'appartement du docteur S. o on le soignait. Le docteur S.
    fit auprs du procureur des dmarches pour obtenir la mise
    en libert de G.; il offrit mme un cautionnement, ce qui fut
    refus. Dans sa requte adresse au tribunal, le docteur S.
    prtend qu'il y a trois ans il fit dans la rue la connaissance
    du jeune G., que depuis il l'avait perdu de vue, et qu'il ne
    l'aurait retrouv qu' l'automne de 1887 dans le magasin de
    son pre. Depuis novembre 1887, c'est G. qui tait charg de
    fournir la viande ncessaire pour la cuisine du docteur;
    il venait le soir pour prendre la commande et le matin pour
    livrer la marchandise. C'est ainsi que le docteur S. fit
    une connaissance plus troite de G., et peu  peu il eut des
    sentiments amicaux pour ce jeune homme. Le docteur S. tomba
    malade et resta la plupart du temps au lit jusqu'au 15 mai
    1888; G. eut tant d'attentions pour lui que S. ainsi que sa
    femme le prirent en affection  cause de son attitude gaie,
    innocente et toute filiale. Le docteur S. lui montrait sa
    collection d'antiquits, et tous deux passaient souvent
    ensemble des soires pendant lesquelles Mme S. leur tenait
    compagnie. S. prtend encore avoir fait avec G. des essais
    de fabrication de saucisses et de geles, etc. Vers la fin
    du mois de fvrier, G. fut atteint de blennorrhagie. Comme le
    docteur S. l'estimait comme un ami, qu'il aimait beaucoup 
    soigner les malades et qu'il avait tudi la mdecine pendant
    plusieurs semestres, il s'occupa de G. et lui donna des
    mdicaments, etc. Comme G. tait encore malade au mois de mai
    et que, pour bien des raisons, il aurait t dsirable qu'il
    quittt la maison paternelle, M. et Mme S. le prirent chez eux
    pour le soigner.

    S. repousse avec indignation toutes les suspicions auxquelles
    ces faits ont donn lieu; il invoque son pass honorable, sa
    bonne ducation, la circonstance qu' cette poque G. tait
    atteint d'une maladie dgotante et contagieuse et que
    lui-mme S. souffre d'une maladie douloureuse (calculs
    nphrtiques avec coliques temporaires).

    En face de cette version bien inoffensive du docteur S., il
    faut cependant tenir compte des faits suivants qui ont t
    tablis par l'enqute judiciaire et sur lesquels s'est appuye
    la sentence du tribunal de premire instance.

    La liaison de S. et G. a provoqu, par son caractre choquant,
    bien des commentaires chez les particuliers et dans les
    cabarets. G. passait la plupart de ses soires dans le cercle
    de la famille de S. dont il est devenu pour ainsi dire un
    familier. Tous deux faisaient souvent des promenades ensemble.
    Pendant une de ces promenades S. dit  G. qu'il tait joli
    garon et qu'il l'aimait beaucoup. S. prtend n'avoir touch
    ce sujet que pour avertir G. de certains dangers. Quant 
    leurs rapports dans la maison, il est tabli que S. assis
    sur le canap, avait parfois enlac de ses bras G. et l'avait
    embrass. Cette marque d'affection lui fut donne aussi en
    prsence de Mme S. et de la bonne de la maison. Lorsque G. fut
    atteint de blennorrhagie, S. lui montrait comment il fallait
    faire les injections et,  cette occasion, il prenait dans sa
    main le _membrum_ du jeune homme. G. dclare qu'en demandant 
    S. pourquoi il l'aimait tant, celui-ci aurait rpondu: Je ne
    le sais pas moi-mme. Quand G. restait quelques jours
    sans venir, S. s'en plaignait avec des larmes dans les yeux
    aussitt que G. faisait sa rapparition. S. lui disait aussi
    que son mnage n'tait pas heureux et, les larmes aux yeux,
    priait G. de ne pas l'abandonner, car il tait l'ami qui
    devait remplacer sa femme.

    L'acte d'accusation conclut de tous ces faits que la liaison
    entre les deux accuss avait une tournure sexuelle. Si tout
    se passait en public et de faon  tre remarqu par tout le
    monde, c'est une circonstance qui, selon l'acte d'accusation,
    ne vient point  l'appui du caractre inoffensif de la
    liaison, mais c'est plutt une preuve de l'intensit de la
    passion de S. On convient que l'accus a des antcdents sans
    tache, une conduite honorable et un coeur tendre. Il est
    probable que la vie conjugale de S. n'tait pas heureuse et
    qu'il avait des disposions naturelles trs sensuelles.

    Au cours de l'instruction judiciaire, on a plusieurs fois
    soumis G.  un examen mdico-lgal. Il est d'une taille
    moyenne, avec un teint ple, une constitution robuste. Le
    pnis et les testicules sont trs fortement dvelopps.

    On a constat d'un unanime accord que l'anus, par suite du
    manque de plis  son pourtour et du relchement du sphincter,
    tait altr pathologiquement, et que ces changements
    permettaient avec une certaine probabilit de conclure  la
    pratique de la pdrastie passive.

    C'est sur ces faits que fut base la sentence du tribunal.
    L'arrt a reconnu que la liaison existant entre les deux
    accuss n'indiquait pas d'une manire certaine l'impudicit
    contre nature, les constatations faites sur le corps de G. ne
    suffisant pas en elles-mmes  en fournir la preuve.

    Mais, prenant dans son ensemble ces deux circonstances, le
    tribunal s'est fait la conviction que les deux accuss taient
    coupables, et considra comme tabli que: l'tat anormal
    de l'anus de G. n'a pu se produire qu' la suite de
    l'introduction ritre du membre de l'accus S. dans cette
    partie du corps, et que G. s'est prt complaisamment 
    ces pratiques et a tolr l'excution sur lui de ces actes
    immoraux.

    Ainsi le cas prvu par l'article 175 du R. St. G. semble
    tre tabli. En fixant les peines on a tenu compte du degr
    d'instruction de S., du fait que c'est lui qui a videmment
    sduit G.; pour ce dernier on a pris en considration qu'il
    avait t sduit et qu'il tait encore trs jeune; pour tous
    les deux, on admit comme circonstance attnuante leurs bons
    antcdents, et, conformment  ces conditions, le Dr S. a t
    condamn  huit mois de prison, le jeune G.  quatre mois.

    Les accuss se sont pourvus en cassation auprs du tribunal
    de l'empire  Leipzig et se prparaient, dans le cas o la
    cassation serait rejet,  recueillir des documents afin de
    pouvoir demander la rvision du procs.

    Ils se soumirent  l'examen et  l'observation de spcialistes
    clbres. Ceux-ci dclarrent que, d'aprs les constatations
    faites sur l'anus de G., il n'y avait aucun indice d'actes de
    pdrastie passive.

    Comme les parties intresses attachaient aussi une grande
    importance au ct psychologique du cas, dont on ne s'tait
    pas du tout occup pendant l'audience, l'auteur du ce livre
    reut la mission d'examiner et d'observer le Dr S. et son
    coaccus G.

    _Rsultats de mon examen personnel fait du 11 au 18 dcembre
    1888,  Gratz._--Le Dr S..., trente-sept ans, mari depuis
    deux ans, sans enfants, autrefois chef du laboratoire
    municipal  H., est n d'un pre qui,  ce qu'on dit,
    est devenu nerveux  la suite de surmenage.  l'ge de
    cinquante-sept ans il a t atteint d'une attaque d'apoplexie;
     l'ge de soixante-sept ans, il est mort  la suite d'une
    nouvelle attaque d'apoplexie. La mre vit encore: on la
    dpeint comme une femme vigoureuse, mais qui depuis des annes
    souffre des nerfs. La mre de cette dernire est morte  un
    ge assez avanc et, prtend-on,  la suite d'un abcs du
    cervelet. Un frre du pre de la mre aurait t buveur. Le
    grand-pre de l'accus du ct paternel est mort prmaturment
     la suite d'un ramollissement du cerveau.

    Le Dr S... a deux frres qui jouissent d'une bonne sant.

    Lui-mme dclare qu'il est d'un temprament nerveux et d'une
    constitution robuste. Il prtend qu'aprs avoir eu,  l'ge
    de quatorze ans, un rhumatisme articulaire aigu, il a souffert
    pendant plusieurs mois d'une grande nervosit.  la suite, il
    souffrait souvent de rhumatismes, ainsi que de battements de
    coeur et de suffocations. Ces malaises disparurent peu  peu
    sous l'influence de l'usage des bains de mer. Il y a sept
    ans, il a attrap une blennorrhagie. Cette blennorrhagie
    est devenue chronique et lui a caus pendant longtemps des
    douleurs de vessie.

    En 1887, le docteur S. a subi son premier accs de colique
    nphrtique. Ces accs se rptrent plusieurs fois au cours
    de l'hiver 1887-1888, jusqu'au 10 mai 1888 o un gros calcul
    nphrtique se dgagea. Depuis ce moment, son tat de sant
    a t assez satisfaisant. Il prtend que,  l'poque o il
    souffrait de la pierre, il avait pendant le cot, au moment de
    l'jaculation, une douleur aigu dans l'urtre, de mme quand
    il urinait.

    Quant  son _curriculum vit_, S. dclare qu'il a, jusqu'
    l'ge de quatorze ans frquent le lyce; mais,  partir
    de cette poque, il a d,  la suite d'une maladie
    grave, continuer ses tudes sous la direction d'un matre
    particulier. Ensuite, il a pass quatre ans dans l'officine
    d'un droguiste; plus tard, il a, pendant six semestres, suivi
    les cours de la Facult de mdecine; et, pendant la guerre de
    1870, il a servi comme aide-volontaire de lazaret. N'ayant pas
    son baccalaurat, il a abandonn l'tude de la mdecine; il
    a acquis le diplme de docteur en philosophie; ensuite il a
    servi comme assistant au muse minralogique  K., plus tard
     H., et puis il s'est livr  des tudes spciales de chimie
    alimentaire et, il y a cinq ans, il a pris le poste de chef de
    laboratoire municipal.

    S... fait toutes ces dpositions d'une manire sre et
    prcise. Il ne cherche pas  rappeler ses souvenirs en faisant
    ses rponses; de sorte qu'on a de plus en plus l'impression
    d'avoir affaire  un homme qui aime et qui dit la vrit,
    d'autant plus que, dans les examens des jours suivants, les
    dpositions furent toujours les mmes. En ce qui concerne
    sa _vita sexualis_, S. dclare avec modestie, dcence et
    franchise, que,  partir de l'ge de onze ans, il s'est
    rendu compte de la diffrence des sexes, que jusqu' l'ge de
    quatorze ans il fut pendant quelque temps adonn  l'onanisme,
    qu'il a fait son premier cot  l'ge de dix-huit ans, et
    qu'il l'a pratiqu avec modration les annes suivantes. Ses
    dsirs sexuels n'ont jamais t trs grands, l'acte sexuel
    tait normal  tous les points de vue jusqu' ces derniers
    temps; il avait la puissance ncessaire et une sensation
    voluptueuse satisfaisante. Depuis son mariage, conclu il y a
    deux ans, il n'a cot qu'avec sa femme qu'il a pouse par
    inclination et qu'il aime encore beaucoup; il faisait l'acte
    plusieurs fois par semaine.

    Mme S..., qui a d tre entendue, confirme pleinement ces
    dpositions.

     toutes les questions contradictoires au sujet d'un sentiment
    sexuel pervers pour l'homme, le docteur S. rpondit, dans les
    examens ritrs, par la ngative, toujours d'accord avec
    ses dpositions et sans avoir la moindre hsitation dans
    ses rponses; mme lorsqu'on veut lui tendre un pige en
    lui reprsentant que la preuve d'un sentiment sexuel pervers
    serait fort utile pour le but qu'il veut atteindre avec
    le nouvel examen mdical, il persiste dans ses dpositions
    antrieures. On fait cette constatation trs prcieuse que
    S. ne sait rien des faits tablis par la science sur l'amour
    homosexuel. Ainsi on apprend que ses rves accompagns de
    pollutions, n'ont jamais pour objet des individus du sexe
    masculin, que les nudits fminines seules l'intressent,
    qu'aux bals il aime  danser avec des femmes, etc. On ne peut
    dcouvrir chez S. aucune trace de quelque inclination sexuelle
    pour son propre sexe. En ce qui concerne ses relations avec
    G., il fait exactement les mmes dclarations qu'il a faites
    devant le juge d'instruction. Il ne saurait expliquer son
    affection pour G. que par le fait qu'il est un homme nerveux,
    sentimental, d'un coeur facile  toucher, et trs sensible
    aux prvenances aimables. Dans sa maladie, il se sentait isol
    et dprim; sa femme tait souvent absente, en visite chez ses
    parents, et c'est ainsi qu'il est arriv  conclure une amiti
    avec G., jeune homme trs poli et bon garon. Maintenant
    encore, il a un faible pour lui, et se sent dans sa compagnie
    trs rassur et heureux.

    Il eut dj deux fois auparavant des amitis de ce genre:
    quand il tait tudiant, pour un confrre du mme corps
    d'tudiants, un docteur A., qu'il a souvent enlac de ses bras
    et embrass; plus tard pour un baron M. Quand il le perdait
    de vue pendant quelques jours, il tait inconsolable jusqu'aux
    larmes.

    Il a la mme tendresse et le mme attachement pour les btes.
    Ainsi il a eu un chien qui est mort il y a quelque temps, et
    qu'il a pleur comme si c'tait un membre de sa famille; il
    embrassait souvent cet animal. (En voquant ce souvenir, S...
    a les larmes aux yeux.) Ces dpositions sont confirmes par le
    frre du docteur, avec cette remarque que, en ce qui concerne
    l'amiti de son frre avec A. et M., le moindre soupon d'une
    tendance sexuelle parat exclu d'avance. Les interrogatoires
    les plus prudents et les plus insistants, les procds les
    plus insinuants avec le docteur S. ne fournissent pas le
    moindre point d'appui pour des suppositions de ce genre.

    Il prtend n'avoir jamais eu non plus en prsence de G., la
    moindre motion sexuelle, et encore moins une rection ou un
    dsir sexuel. Quant  son affection pour G..., pousse jusqu'
    la jalousie, il l'explique simplement par son temprament
    sentimental et par son amiti exalte. G. lui est encore cher
    aujourd'hui comme s'il tait son fils.

    Un fait bien caractristique, c'est que S. dclare que lorsque
    G. lui racontait ses bonnes fortunes auprs des femmes, il ne
    se sentait pniblement touch que parce qu'il craignait que G.
    court risque de se rendre malade par ses excs et de
    ruiner sa sant. Mais il n'a jamais prouv un sentiment de
    froissement personnel. Si aujourd'hui il connaissait pour G.
    une brave fille, il souhaiterait de bon coeur de les marier,
    et il aiderait  arranger ce mariage.

    S. dit que ce n'est qu'au cours de l'enqute judiciaire qu'il
    a reconnu avoir agi avec imprudence dans ses rapports sociaux
    avec G. en donnant lieu aux cancans des gens. Il dclare
    que ses relations d'amiti taient publiques, parce qu'elles
    avaient un caractre tout  fait innocent.

    Il est  relever que Mme S. n'a jamais remarqu rien de
    suspect dans les rapports de son mari avec G., tandis que
    la femme la plus simple, guide par son instinct, se serait
    doute de quelque chose. Mme S. n'a non plus fait aucune
    objection  ce que G. fut reu  la maison.

    Elle fait valoir,  ce sujet, que la chambre dans laquelle G.
    tait couch pendant sa maladie, se trouve au premier tage,
    tandis que l'appartement de la famille est au troisime;
    que, de plus, S. ne restait jamais seul avec G., pendant que
    celui-ci tait  la maison. Elle dclare tre convaincue de
    l'innocence de son mari, et l'aimer toujours comme auparavant.

    Le docteur S. avoue sans rticence avoir autrefois souvent
    embrass G. et avoir parl avec lui de questions sexuelles.
    G. est trs ardent pour les femmes, et, tant donne cette
    circonstance, S., l'a souvent, par amiti, exhort  ne pas se
    livrer  ces excs, surtout quand G., comme c'tait souvent
    le cas, avait mauvaise mine  la suite de ses dbauches
    sexuelles.

    Il est vrai qu'il a dit une fois que G. tait un joli garon;
    mais cette remarque n'avait qu'un intrt bien inoffensif.

    C'est dans un dbordement d'amiti qu'il a embrass G., alors
    que celui-ci avait fait preuve d'une attention particulire
    ou lui avait fait un plaisir. Mais jamais il n'y avait prouv
    aucune sensation sexuelle. Aussi quand il rvait par-ci par-l
    de G., c'tait d'une faon bien innocente.

    L'auteur de ce livre crut d'une grande importance d'tudier
    aussi le caractre de G. L'occasion s'en est offerte le 12
    dcembre de l'anne courante, et il en a largement profit.

    G... est un jeune homme au corps dlicat, dvelopp
    normalement pour son ge; il a vingt ans; il a une apparence
    nvropathique et sensuelle. Les parties gnitales sont
    normales et fortement dveloppes. L'auteur croit devoir
    passer sur les constatations faites sur l'anus de ce jeune
    homme, car il ne se croit pas autoris  mettre un jugement
    sur le rapport mdical. Quand on s'entretient quelque temps
    avec G..., celui-ci fait l'impression d'un jeune homme
    inoffensif, bon, dnu d'astuce, lger, mais pas du tout
    corrompu moralement. Rien dans sa mise, ni dans son attitude
    n'indique un sentiment sexuel pervers. On ne peut concevoir
    le moindre soupon d'avoir affaire  une courtisane du sexe
    masculin.

    G., amen in _medias res_, dclare que S. et lui ont
    innocemment dit les choses qu'on leur reproche, et c'est
    l-dessus qu'on a chafaud tout le procs.

    Au dbut l'amiti et surtout les embrassements de S. lui ont
    paru tranges. Plus tard il s'est convaincu que c'tait de la
    pure amiti, et il ne s'en est plus tonn.

    G. reconnut dans S. comme un ami paternel, et il l'aima parce
    que ce dernier lui tait agrable sans arrire-pense.

    Le mot joli garon a t prononc un jour que G. avait une
    amourette et qu'il exprimait ses doutes sur son bonheur 
    venir. C'est alors que S. l'avait consol en lui disant: Vous
    avez une jolie tournure, vous ne manquerez pas de faire un bon
    parti.

    Une fois S. s'est plaint  lui que sa femme avait un penchant
    pour la boisson, et, en lui faisant cette confidence, il avait
    les larmes aux yeux. Alors G. fut touch du malheur de son
    ami. C'est  cette occasion que S. l'avait embrass et l'avait
    pri de lui conserver son amiti et de venir souvent le voir.

    S. n'a jamais spontanment amen la conversation sur les
    choses sexuelles. Comme G. lui demandait un jour ce que
    c'tait que la pdrastie, dont il prtendait avoir entendu
    beaucoup parler en Angleterre, S. lui en avait donn
    l'explication.

    G. convient qu'il est homme de prdispositions sensuelles.
     l'ge de douze ans, il a t initi  la vie sexuelle
    en entendant les propos des apprentis. Il ne s'est jamais
    masturb;  l'ge de dix-huit ans, il a fait le cot pour la
    premire fois, et depuis il a beaucoup frquent le bordel.
    Il n'a jamais prouv une inclination pour son propre sexe, ni
    aucune sensation sexuelle quand S. l'embrassait. Il a
    toujours fait le cot d'une faon normale et avec volupt.
    Ses pollutions dans ses rves taient toujours accompagnes
    d'images lascives concernant des femmes. Il repousse avec
    indignation l'insinuation qu'il s'est livr  la pdrastie
    passive, et invoque  ce propos qu'il descend d'une famille
    saine et honnte.

    Avant que le bruit relatif  ces soupons et clat, il ne
    se doutait de rien et ne pensait nullement  mal. Il donne
    sur les anomalies de son anus, les mmes essais d'explication
    qu'on trouve dans le dossier du l'affaire. Il nie avoir fait
    de l'auto-masturbation _in ano_.

    Il est bon de remarquer que J. S., en entendant parler du
    prtendu amour homosexuel de son frre, n'en aurait pas
    t moins tonn que les autres personnes qui connaissaient
    celui-ci de plus prs. Il est vrai qu'il n'a pu comprendre lui
    non plus ce qui attachait son frre  G., et que toutes
    les reprsentations qu'il lui avait faites sur son attitude
    taient restes inutiles.

    L'expert s'est donn la peine d'observer sans qu'on s'en
    apert le docteur S. et G. pendant qu'ils soupaient  Gratz,
    en compagnie du frre de S. et de Mme S. Cette observation
    n'a pas fourni le moindre indice dans le sens d'une amiti
    illicite.

    L'impression gnrale que m'a faite le docteur S. fut celle
    d'un individu nerveux, sanguin, un peu exalt, mais en
    mme temps de bon caractre, franc, et avant tout un homme
    sentimental.

    Le docteur S., est au physique, vigoureux, un peu replet; il
    a une tte rgulire et lgrement brachycphale. Les parties
    gnitales sont trs dveloppes, le pnis est un peu gros, le
    prpuce un peu hypertrophi.

    _Conclusions._--La pdrastie est une forme insolite,
    perverse, et l'on peut mme dire monstrueuse, de la
    satisfaction sexuelle, qui, dans la vie moderne, n'est
    malheureusement pas rare, mais toutefois exceptionnelle parmi
    les populations europennes. Elle suppose une perversion
    congnitale ou acquise du sens sexuel en mme temps qu'une
    dfectuosit du sens moral acquise par des influences
    hrditaires ou morbides.

    La science mdico-lgale connat exactement les conditions
    physiques et psychiques sur la base desquelles se produit
    cette aberration de la vie sexuelle et, dans un cas concret,
    surtout lorsqu'il est douteux, il parat ncessaire d'examiner
    si ces conditions empiriques et subjectives existent aussi
    pour la pdrastie.

     ce sujet, il faut bien distinguer entre la pdrastie active
    et la passive. La pdrastie active se rencontre:

    I. Comme phnomne non morbide:

    1 Comme moyen de satisfaction sexuelle dans le cas d'une
    abstinence force des jouissances sexuelles normales, quand en
    mme temps l'individu a de grands besoins sexuels;

    2 Chez de vieux dbauchs qui, rassasis des jouissances
    sexuelles normales, et devenus plus ou moins impuissants, et
    de plus dpravs moralement, ont recours  la pdrastie pour
    stimuler leur volupt par ce charme d'un nouveau genre, et
    remonter un peu leur impuissance psychique et somatique tombe
    trs bas;

    3 Traditionnel chez certains peuples  un niveau trs bas de
    civilisation et dont ni la moralit ni les moeurs ne sont
    dveloppes.

    II. Comme phnomne morbide:

    1 Sur la base d'une inversion sexuelle congnitale avec
    horreur des rapports sexuels avec la femme, inversion qui va
    jusqu' l'impuissance  accomplir l'acte normal. Ainsi que l'a
    dj remarqu Casper, la pdrastie est trs rare dans ce
    cas. L'uraniste se satisfait avec l'homme par la masturbation
    passive ou mutuelle ou par des actes similaires du cot
    (par exemple _coitus inter femora_) et n'arrive
    qu'exceptionnellement  la pdrastie, par rut sexuel ou par
    complaisance, quand le sens moral est chez lui trs diminu;

    2 Sur la base de l'inversion morbide acquise:

    _a._  la suite de l'onanisme pratiqu pendant des annes et
    ayant rendu l'individu impuissant en prsence de la femme, et
    quand en mme temps un vif dsir sexuel continue  subsister;

    _b._  la suite d'une grave maladie psychique (imbcillit
    snile, ramollissement du cerveau chez les alins, etc.);
    dans ce cas, ainsi que l'a dmontr l'exprience, l'inversion
    sexuelle peut se produire facilement.

    La pdrastie passive se rencontre:

    I. Comme phnomne non morbide:

    1 Chez des individus de la lie du peuple, qui ont eu le
    malheur d'tre sduits ds l'enfance par des rous et dont
    la douleur et le dgot ont t vaincus par l'argent; il faut
    encore que ces individus, moralement dgrads, soient tombs
    assez bas, quand ils arrivent  l'ge adulte, pour se plaire
    dans ce rle d'htares masculins;

    2 Dans des circonstances analogues  celle du paragraphe I,
    pour rcompenser un consentement  la pdrastie active.

    II. Comme phnomne morbide:

    1 Chez des individus atteints d'inversion sexuelle, comme
    compensation de services d'amour rendus et en surmontant la
    douleur et le dgot;

    2 Chez des uranistes qui se sentent femmes, en face de
    l'homme; les mobiles sont la volupt et leur penchant. Chez
    ces hommes-femmes il y a _horror femin_ et incapacit absolue
    pour les rapports sexuels avec la femme. Le caractre et les
    inclinations sont fminins.

    Telles sont les observations recueillies par la science
    mdico-lgale et la psychiatrie. La science mdicale exige
    la preuve qu'un homme appartient  une des catgories
    susnumres, pour qu'elle puisse croire que cet individu est
    pdraste.

    C'est en vain qu'on chercherait, dans les antcdents et dans
    l'extrieur du docteur S., des symptmes permettant de le
    classer dans une des catgories de la pdrastie active
    tablies par la science. Ce n'est ni un individu astreint 
    l'abstinence sexuelle, ni un individu devenu impuissant en
    face des femmes par suite de dbauches, ni un homosexuel, ni
    un individu devenu par suite d'une masturbation continuelle
    indiffrent pour la femme et pouss vers l'homme, ni un
    individu devenu, par suite d'une grave maladie mentale,
    sexuellement pervers.

    Il n'a pas mme les caractres gnraux de la pdrastie:
    imbcillit morale ou dpravation d'un ct, et trop grands
    besoins sexuels de l'autre.

    Il est aussi impossible de classer son complice G., dans une
    des catgories de la pdrastie passive; car il n'a ni les
    attributs d'une htare masculine, ni les stigmates cliniques
    de l'homme-femme. Il est tout le contraire de cela.

    Pour rendre plausible du point de vue mdico-lgal une liaison
    pdraste entre ces deux hommes, il faudrait alors que le
    docteur S., prsentt les antcdents et les symptmes du
    pdraste actif mentionns (I al. 2) et G., ceux du pdraste
    passif cits (II al. 1 ou 2).

    La supposition sur laquelle se fonde le verdict est, au point
    de vue de la psychologie lgale, insoutenable.

    On pourrait, pour la mme raison, prendre tout homme pour
    un pdraste. Reste encore  examiner si, au point de vue
    psychologique, les explications fournies par S., et G., sur
    leur amiti au moins trange, tiennent debout.

    Au point de vue psychologique, ce n'est pas un fait sans
    analogie qu'un homme excentrique et sentimental comme S.,
    conclue une amiti transcendante sans aucune motion sexuelle.

    Il suffit de rappeler  ce propos les amitis intimes qui
    se lient dans les pensionnats de filles, l'amiti pleine
    de dvouement de jeunes gens sentimentaux en gnral, la
    tendresse que l'homme de coeur sensible montre mme envers
    un animal domestique, sans que personne l'interprte comme une
    tendance sodomiste.

    tant donne la particularit psychologique du docteur S., une
    amiti exalte pour le jeune G., est trs comprhensible. La
    franchise avec laquelle se montrait cette amiti devant le
    public laisse plutt supposer le caractre innocent de cette
    affection qu'une passion sensuelle.

    Les condamns russirent  obtenir une revision de la
    procdure judiciaire. Le 7 mars 1890 eurent lieu les nouveaux
    dbats contradictoires. Les dpositions des tmoins fournirent
    en faveur des accuss des faits qui les disculpaient
    entirement.

    Tous reconnurent la conduite morale de S., antrieurement. La
    soeur de charit qui a soign G., pendant que celui-ci se
    trouvait malade  la maison de S., n'a jamais remarqu rien
    de suspect dans leurs rapports. Les anciens amis de S.,
    tmoignrent de sa moralit, de son amiti trs tendre et de
    son habitude de les embrasser  l'arrive et avant le dpart.
    Les modifications qu'on avait autrefois constates  l'anus
    de G., n'existaient plus. Un des experts convoqus par le
    tribunal admit la possibilit que ces anomalies de l'anus
    aient t occasionnes par des manipulations digitales. Leur
    valeur diagnostique a t conteste par le mdecin-expert
    convoqu par le dfenseur.

    Le tribunal a reconnu que la preuve du dlit prsum
    n'existait pas, et il a prononc l'acquittement des accuss.


AMOR LESBICUS[125].

[Note 125: Comparez Mayer, _Friedreichs Bltter_, 1875, p. 41;
Krausold, _Melankolie und Schuld_, 1885, p. 20; Andronico, _Archiv. di
psich. scienze penali e d'anthropol., crim._, vol. III, p. 145]

Son importance mdico-lgale est bien minime quand il s'agit de
rapports entre adultes. En Autriche seulement, il pourrait avoir
une importance pratique. Mais, comme pendant de l'uranisme, il a une
importance anthropologique et clinique. L'_amor lesbicus_ ne parat
pas tre moins rare que l'uranisme. La grande majorit des uranistes
fminins ne cdent pas  un penchant congnital, mais ils se
dveloppent dans des conditions analogues  celles de l'uranisme
artificiel.

Cette amiti dfendue fleurit surtout dans les prisons de femmes.

Krausold (_op. cit._) dit: Les prisonnires lient souvent entre elles
ce genre d'amiti dans laquelle, il est vrai, on aboutit autant que
possible  la manustupration mutuelle.

Mais le but de ces amitis ne consiste pas seulement dans une
passagre satisfaction manuelle. Elles sont aussi lies pour ainsi
dire systmatiquement et pour une poque plus longue pendant laquelle
se dveloppent une jalousie froce et un amour ardent d'une violence
qu'on ne trouve gure plus intense parmi les personnes de sexe
diffrent. Si l'amie d'une prisonnire s'aperoit d'un sourire pour
une autre, il y a des scnes violentes de jalousie et des crpages de
chignon.

Si la prisonnire qui s'est laisse aller aux voies de fait, a t,
selon le rglement, punie et mise aux fers, elle dit que son amie lui
a fait un enfant.

Nous devons aussi  Parent-Duchtelet (_De la prostitution_, 1857)
des renseignements trs intressants sur l'_amor lesbicus_
artificiellement cr.

Le dgot provoqu par les actes les plus abominables et les plus
pervers (_coitus in axilla, inter mammas_, etc.) que les hommes
commettent sur des prostitues, poussent souvent ces malheureuses, dit
l'auteur cit,  l'amour lesbien. Il ressort de ses recherches que ce
sont particulirement les prostitues de grande sensualit qui, non
satisfaites par les rapports avec des impuissants ou des pervers, et
dgotes de leurs pratiques, sont amenes  cette aberration.

De plus, les prostitues qui se font remarquer comme tribades, sont
toujours des personnes qui ont fait plusieurs annes de prison et qui
ont contract cette aberration dans ces foyers d'amour lesbien _ex
abstinentia_.

Il est bien intressant de constater que les prostitues mprisent
les tribades, de mme que l'homme mprise le pdraste, tandis que les
prisonnires femmes ne considrent point ce vice comme choquant.

Parent cite le cas d'une prostitue qui, en tat d'ivresse, a voulu en
violer une autre  la manire lesbienne. L-dessus les autres filles
du bordel furent prises d'une telle indignation qu'elles dnoncrent
cette pervertie  la police. Taxil (_op. cit._ p. 166, 170) cite des
faits analogues.

Mantegazza galement (_tudes d'anthropologie et d'histoire de la
civilisation_) trouve que les rapports sexuels entre femmes ont
surtout la signification d'un vice qui s'est dvelopp  la suite
d'une _hypersthesia sexualis_ non satisfaite.

Nombre de cas de ce genre--abstraction faite de l'inversion sexuelle
congnitale--sont tout  fait analogues aux cas masculins dans
lesquels le vice s'est artificiellement dvelopp, est devenu peu 
peu de l'inversion sexuelle acquise avec horreur des rapports sexuels
avec les individus de l'autre sexe.

Il est probable qu'il s'agit de cas de ce genre dans les
correspondances que nous rapporte Parent entre amantes,
correspondances aussi dbordantes et aussi sentimentales que celles
entre des amoureux de sexe diffrent; l'infidlit et la sparation
mettaient hors d'elle l'abandonne; la jalousie tait froce et
amenait souvent  des vengeances sanglantes. Les cas suivants d'_amor
lesbicus_ cits par Mantegazza sont certainement morbides et peut-tre
des faits d'inversion congnitale.

    1 Le 5 juillet 1877 a comparu devant le tribunal,  Londres,
    une femme qui, dguise en homme, s'tait dj marie trois
    fois avec diverses femmes. Elle a t reconnue femme devant
    tout le monde et condamne  six mois de prison.

    2 En 1773, une autre femme, dguise en homme, fit la cour 
    une jeune fille, demanda sa main, mais sa tentative audacieuse
    ne russit pas.

    3 Deux femmes vcurent ensemble pendant trente ans, comme
    mari et femme. Ce n'est qu'en mourant que l'pouse a rvl
    le secret aux personnes qui entouraient son lit.

Coffignon (_op. cit._, p. 301) cite de nouveaux faits remarquables.

Il rapporte que cette aberration est maintenant trs  la mode, en
partie  cause des romans qui traitent de ce sujet, en partie aussi
par suite de l'excitation des parties gnitales par un travail
excessif avec les machines  coudre, et aussi par la fait que les
domestiques fminins couchent souvent dans le mme lit, puis par les
sductions qui se font dans les pensions par des lves perverties ou
par la sduction des filles de famille par des servantes perverses.

L'auteur prtend que ce vice (saphisme) se rencontre de prfrence
chez les dames de l'aristocratie et chez les prostitues. Mais il ne
distingue pas entre les cas physiologiques et pathologiques, et parmi
ces derniers il ne fait pas non plus la distinction entre les cas
acquis et les cas congnitaux. Certains dtails concernant des cas
srement pathologiques correspondent compltement aux faits qu'on a pu
recueillir sur les hommes atteints d'inversion sexuelle.

Les saphistes ont leurs lieux de runion  Paris, se reconnaissent par
le regard, les gestes, etc. Des couples saphistes aiment  s'habiller
et  se parer de la mme faon. On les appelle alors petites
soeurs.


9.--NCROPHILIE[126].

[Note 126: Comparez Maschka, _Hdb._ III, p. 191 (bonnes notes
historiques); Legrand, _La Folie_, p. 521.]

(Code autrichien,  306.)

Cette forme horrible de la satisfaction sexuelle est si monstrueuse
que la supposition d'un tat psychopathique est justifie dans tous
les cas; Maschka exige que dans ces cas on examine toujours l'tat
mental du sujet. Cette exigence est parfaitement fonde. Il faut
une sensualit morbide assurment perverse pour surmonter l'horreur
naturelle que l'homme prouve devant les cadavres, et pour trouver du
plaisir  la conjonction sexuelle avec un cadavre.

Malheureusement, dans la plupart des cas qui ont t rapports dans
les publications spciales, l'tat mental de l'individu n'a pas t
examin, de sorte que la question de savoir si la ncrophilie est
compatible avec l'intgrit mentale, n'est pas tranche. Celui qui
connat les aberrations horribles de la vie sexuelle n'oserait pas
rpondre  cette question par la ngative.


10.--INCESTE.

(Code autr.,  122; Projet,  189; Code allemand,  174).

La conservation de la puret morale de la vie de famille est due au
dveloppement de la civilisation; chez l'homme civilis qui est encore
intact au point de vue thique, un sentiment pnible se fait toujours
sentir quand il lui vient une ide libidineuse concernant un membre de
sa famille. Une sensualit trs puissante jointe  des ides morales
et juridiques trs dfectueuses est seule capable d'amener un individu
 l'inceste.

Ces deux conditions peuvent se rencontrer dans des familles charges
de tares. L'ivrognerie et l'ivresse chez les individus du sexe
masculin, l'idiotie qui a arrt le dveloppement de la pudeur et
qui, selon les circonstances, se trouve allie  l'rotisme chez des
individus de sexe fminin, sont les lments qui facilitent les actes
incestueux. Les conditions extrieures qui facilitent le dveloppement
de cette aberration sont la promiscuit des sexes dons les familles
proltaires.

Nous avons rencontr l'inceste comme phnomne certainement
pathologique dans des cas de dbilit mentale congnitale ou acquises,
puis dans des cas isols d'pilepsie et de paranoa.

Dans un grand nombre de cas, la majorit peut-tre, on ne peut
cependant pas montrer les causes pathologiques d'un acte qui non
seulement offense les liens du sang, mais aussi les sentiments de
toute population civilise. Dans bien des cas pourtant, qui sont
rapports dans les publications spciales, on peut, pour l'honneur de
l'humanit, supposer un fondement psychopathique.

Dans le cas de Feldtmann (_Marc-Ideber_, I, p. 15) un pre a commis
des attentats aux moeurs rpts sur sa fille adulte, et finalement
l'a tue. Ce pre dnatur tait atteint d'imbcillit et probablement
aussi de troubles crbraux priodiques. Dans un autre cas d'inceste
entre pre et fille (_loc. cit._, p. 244), c'tait cette dernire
qui tait idiote. Lombroso _(Archiv. di Psichiatria_, VIII, p. 519)
rapporte le cas d'un paysan g de quarante-deux ans qui fit l'inceste
avec ses filles ges de vingt-deux ans, de dix-neuf et de onze ans,
qui fora mme sa fille de onze ans  la prostitution, et la visitait
au bordel. L'examen mdico-lgal a fait constater des tares, de
l'imbcillit intellectuelle et morale, du _potatorium_.

Les cas comme celui qui a t rapproch par Schuermayer (_Deutsche
Zeitschr. fr Staatsarzneikunde_, XXII, fasc. 1) n'ont pas t
analyss au point de vue psychique. Dans le cas en question, une femme
a mis sur son ventre son fils g de cinq ans et demi et l'a viol.
Dans un autre cas rapport par Lafarque (_Journ. de md. de Bordeaux_,
1877), une fille de dix-sept ans a pris sur elle son frre g de
treize ans, a procd  la _membrorum conjunctionem_ et l'a masturb.

Les cas suivants concernent des individus chargs de tares. Magnan
(_Ann. md.-psych._, 1885) fait mention d'une demoiselle de vingt-neuf
ans qui, indiffrente aux autres enfants et aux hommes, souffrait
beaucoup  la vue de ses neveux, et ne pouvait rsister  l'impulsion
de cohabiter avec eux. Mais cette _pica_ sexuelle ne subsista que tant
que ses neveux furent tout jeunes.

Legrand (_Ann. md.-psych._, 1876, mai) fait mention d'une jeune fille
de quinze ans qui avait entran son frre  toutes sortes d'excs
sexuels; quand aprs deux annes de rapports incestueux le frre est
mort, elle fit une tentative d'assassinat sur un parent. Dans le
mme endroit on trouve rapport le cas d'une femme marie, ge de
trente-six ans, qui laissait pendre par la fentre ses seins nus et
qui faisait de l'inceste avec son frre g de dix-huit ans; il cite
ensuite une mre ge de trente-neuf ans qui faisait de l'inceste
avec son fils dont elle tait amoureuse  en mourir et qui, devenue
enceinte de lui, provoqua un avortement.

Nous savons par Casper que, dans les grandes villes, des mres
perverties duquent leurs petites filles d'une faon abominable pour
les prparer aux usages sexuels des dbauchs. Cet acte criminel
rentre dans une autre catgorie.


11.--ACTES IMMORAUX COMMIS AVEC DES PUPILLES.--SDUCTION

(Code autrichien,  121; Projet,  183; Code allemand,  173).

Ce qui se rapproche de l'inceste mais sans blesser aussi profondment
les sentiments moraux, ce sont les cas o un individu cherche
 accomplir ou tolre des actes immoraux sur une personne dont
l'ducation, la surveillance lui ont t confies et qui par
consquent se trouve plus ou moins sous sa dpendance. Ces actes
immoraux qui sont particulirement dfinis par les codes,
ne paraissent avoir qu'exceptionnellement une signification
psychopathique.




TABLE DES MATIRES


I

FRAGMENTS D'UNE PSYCHOLOGIE DE LA VIE SEXUELLE

L'instinct sexuel comme base des sentiments thiques.--L'amour
comme passion.--La vie sexuelle aux diverses poques de la
civilisation.--La pudeur.--Le Christianisme.--La
monogamie.--La situation de la femme dans l'Islam.--Sensualit
et moralit.--La vie sexuelle se moralise avec les progrs
de la civilisation.--Priodes de dcadence morale dans la vie
des peuples.--Le dveloppement des sentiments sexuels chez
l'individu.--La pubert.--Sensualit et extase
religieuse.--Rapports entre la vie sexuelle et la vie
religieuse.--La sensualit et l'art.--Caractre idaliste
du premier amour.--Le vritable amour.--La
sentimentalit.--L'amour platonique.--L'amour et
l'amiti.--Diffrence entre l'amour de l'homme et celui de la
femme.--Clibat.--Adultre.--Mariage.--Coquetterie.--Le
ftichisme physiologique.--Ftichisme religieux et
rotique.--Les cheveux, les mains, les pieds de la femme
comme ftiches.--L'oeil, les odeurs, la voix, les caractres
psychiques comme ftiches                                            1


II

FAITS PHYSIOLOGIQUES

Maturit sexuelle.--La limite d'ge de la vie
sexuelle.--Le sens sexuel.--Localisation.--Le dveloppement
physiologique de la vie sexuelle.--rection.--Le centre
d'rection.--La sphre sexuelle et le sens olfactif.--La
flagellation comme excitant des sens.--La secte des
flagellants.--Le _Flagellum salutis_ de Paullini.--Zones
rognes.--L'empire sur l'instinct
sexuel.--Cohabitation.--jaculation                               29


III

NEUROPATHOLOGIE ET PSYCHOPATHOLOGIE GNRALES DE LA VIE SEXUELLE

Frquence et importance des symptmes
pathologiques.--Tableau des nvroses sexuelles.--Irritation
du centre d'rection.--Son atrophie.--Arrts dans le
centre d'rection.--Faiblesse et irritabilit du
centre.--Les nvroses du centre d'jaculation.--Nvroses
crbrales.--Paradoxie ou instinct sexuel hors de la priode
normale.--veil de l'instinct sexuel dans
l'enfance.--Renaissance de cet instinct dans la
vieillesse.--Aberration sexuelle chez les vieillards
explique par l'impuissance et la dmence.--Anesthsie
sexuelle ou manque d'instinct sexuel.--Anesthsie congnitale;
anesthsie acquise.--Hyperesthsie ou exagration morbide de
l'instinct.--Causes et particularits de cette
anomalie.--Paresthsie du sens sexuel ou perversion de
l'instinct sexuel.--Le sadisme.--Essai d'explication du
sadisme.--Assassinat par volupt
sadique.--Anthropophagie.--Outrages aux cadavres.--Brutalits
contre les femmes; la manie de les faire saigner ou de
les fouetter.--La manie de souiller les femmes.--Sadisme
symbolique.--Autres actes de violence contre les
femmes.--Sadisme sur des animaux.--Sadisme sur n'importe
quel objet.--Les fouetteurs d'enfants.--Le sadisme de la
femme.--La _Penthsile_ de Kleist.--Le masochisme.--Nature
et symptmes du masochisme.--Dsir d'tre brutalis ou
humili dans le but de satisfaire le sens sexuel.--La
flagellation passive dans ses rapports avec le masochisme.--La
frquence du masochisme et ses divers modes.--Masochisme
symbolique.--Masochisme d'imagination.--Jean-Jacques
Rousseau.--Le masochisme chez les romanciers et dans les
crits scientifiques.--Masochisme dguis.--Les ftichistes
du soulier et du pied.--Masochisme dguis ou actes malpropres
commis dans le but de s'humilier et de se procurer une
satisfaction sexuelle.--Masochisme chez la femme.--Essai
d'explication du masochisme.--La servitude
sexuelle.--Masochisme et sadisme.--Le ftichisme; explication
de son origine.--Cas o le ftiche est une partie du corps
fminin.--Le ftichisme de la main.--Les difformits comme
ftiches.--Le ftichisme des nattes de cheveux; les coupeurs
de nattes.--Le vtement de la femme comme ftiche.--Amateurs
ou voleurs de mouchoirs de femmes.--Les ftichistes du
soulier.--Une toffe comme ftiche.--Les ftichistes de
la fourrure, de la soie et du velours.--L'inversion
sexuelle.--Comment on contracte cette disposition.--La
nvrose comme cause de l'inversion sexuelle acquise.--Degrs
de la dgnrescence acquise.--Simple inversion du sens
sexuel.--viration et dfmination.--La folie
des Scythes.--Les mujerados.--Les transitions  la mtamorphose
sexuelle.--Mtamorphose sexuelle paranoque.--L'inversion
sexuelle congnitale.--Diverses formes de cette
maladie.--Symptmes gnraux.--Essai d'explication de cette
maladie.--L'hermaphrodisme psychique.--Homosexuels ou
uranistes.--Effmination et viraginit.--Androgynie et
gynandrie.--Autres phnomnes de perversion sexuelle
chez les individus atteints d'inversion sexuelle.--Diagnostic,
pronostic et thrapeutique de l'inversion sexuelle                 48


IV

PATHOLOGIE SPCIALE

Les phnomnes de la vie sexuelle morbide dans les diverses
formes et tats de l'alination mentale.--Entraves
psychiques.--Affaiblissement mental acquis.--Faiblesse
mentale conscutive  des psychoses,  des attaques
d'apoplexie,  une lsion de la tte ou  un
_lues cerebralis_.--Dmence paralytique.--Epilepsie.--Folie
priodique.--Psychopathie sexuelle
priodique.--Manie.--Symptmes d'exaltation sexuelle chez les
maniaques.--Satyriasis.--Nymphomanie.--Satyriasis et
nymphomanie chroniques.--Mlancolie.--Hystrie.--Paranoa          473


V

LA VIE SEXUELLE MORBIDE DEVANT LES TRIBUNAUX

Dangers des dlits sexuels pour le salut public.--Augmentation
du nombre de ces dlits.--Causes probables.--Recherches
cliniques.--Les juristes en tiennent peu de compte.--Points
d'appui pour le jugement des dlits sexuels.--Conditions de
l'irresponsabilit.--Indications pour comprendre la
signification psycho-pathologique des dlits sexuels.--Les
dlits sexuels.--Exhibitionnistes.--Frotteurs.---Souilleurs de
statues.--Viol; assassinat par volupt.--Coups et blessures,
dgts, mauvais traitements sur des animaux par
sadisme.--Masochisme et servitude sexuelle.--Coups et
blessures, vol par ftichisme.--Dbauche avec des enfants
au-dessous de quatorze ans.--Prostitution.--Dbauche contre
nature.--Souillure d'animaux.--Dbauche avec des personnes du
mme sexe.--Pdrastie.--La pdrastie examine au point de
vue de l'inversion sexuelle.--Diffrence entre la pdrastie
morbide et non morbide.--Apprciation judiciaire de l'inversion
sexuelle congnitale et de l'inversion acquise.--Mmoire
d'un uraniste.--Raisons pour mettre hors des poursuites
judiciaires les faits d'amour homosexuel.--Origine de ce
vice.--Vie sociale des pdrastes.--Un bal de mysogines 
Berlin.--Forme de l'instinct sexuel dans les diverses
catgories de l'inversion sexuelle.--Pdicatio
mulierum.--L'amour lesbien.--Ncrophilie.--Inceste.--Actes
immoraux avec des pupilles                                         501





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refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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